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Métapo infos - Page 6

  • Le marinisme : solution ou impasse pour la France ?...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Balbino Katz, cueilli sur Breizh-Info, qui dénonce les insuffisances idéologiques du populisme de Marine Le Pen...

     

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    Délepéniser la droite : pourquoi le marinisme enferme le peuple qu’il prétend défendre

    À Barjols, en Provence, le marché avait ce matin-là cette paix dont les grandes villes ont perdu jusqu’au souvenir. Il n’y avait point d’ostentation, point de tumulte inutile, point de ces cris métalliques qui transforment désormais tant de lieux publics en salles d’attente de gare. Les allées sentaient le fruit mûr, la tomate encore tiède, le fromage sec, la charcuterie honnête et la poussière blonde des villages du Midi. On regardait, on tâtait, on soupesait. Un homme examinait des courgettes avec la gravité d’un expert en monnaies anciennes. Une femme, panier au bras, demandait si les abricots tiendraient jusqu’au soir. Plus loin, un boucher levait une pièce de viande vers la lumière, et deux vieillards, les mains croisées derrière le dos, jugeaient de sa couleur avec cette science muette qui se transmet moins par les livres que par les dimanches.

    Je me suis arrêté là, sans hâte, dans cette douceur encore habitable. Ce qui me frappait n’était pas seulement la beauté du lieu, ni même cette Provence qui sait encore mêler la pierre, l’ombre et l’olivier comme d’autres accordent trois notes justes. C’était la paix des visages. Non une paix abstraite, décrétée par brochure ministérielle, subventionnée par comité Théodule, affichée sur panneaux municipaux avec des mots anglais et des sourires réglementaires. Une paix plus ancienne, plus modeste, presque animale. Les gens se reconnaissaient sans avoir à se connaître. Ils appartenaient au même monde de gestes, d’accents, de pudeurs, de lenteurs et d’évidences. Ils formaient cette communauté tacite que les sociologues, lorsqu’ils n’ont pas entièrement perdu le sens du réel, appellent confiance.

    Voilà ce que les grands prêtres de la société diversitaire ne comprennent pas. La paix n’est pas d’abord un règlement intérieur. Elle naît souvent d’une continuité. Elle procède d’une familiarité longue, d’une ressemblance de mœurs, de paysages, de souvenirs, de façons de se tenir devant un étal, de saluer le voisin, de marchander sans vilenie, de laisser passer une vieille dame, de ne pas faire de son existence une revendication permanente. Les peuples n’ont pas besoin de doctorats pour savoir cela. Ils le sentent dans leurs os. Ils savent que l’hétérogénéité imposée, lorsqu’elle devient massive, rapide et arrogante, ne produit pas mécaniquement de la richesse humaine, mais souvent du soupçon, du retrait, de la fatigue et, au bout du compte, cette guerre froide civile qui fait de chaque rue un petit traité de sociologie appliquée.

    C’est pourquoi ces régions votent comme elles votent. Non par mauvais cœur. Non par cette méchanceté provinciale que leur prêtent les journaux de la capitale. Elles votent pour être protégées. Elles votent pour que le marché du matin demeure le marché du matin, et non l’antichambre bariolée d’un pays qui se défait. Elles votent pour que les enfants puissent hériter d’autre chose qu’un discours sur la diversité. Elles votent pour que leur monde ne soit pas dissous au nom d’une idéologie qui leur explique, d’un ton de surveillant général, qu’ils doivent se réjouir de disparaître.

    C’est dans ce décor que je lus sur X le mot de Thomas Ferrier : « Délepéniser la droite ! » La formule a d’abord quelque chose de barbare, comme un terme de clinique politique inventé entre deux réunions. Elle est pourtant juste. Il faut délepéniser la droite française. Non pour revenir à la droite honteuse, gestionnaire, notabiliaire, qui parfumait ses renoncements d’eau bénite gaulliste ou libérale. Non pour livrer le pays aux conservateurs de salon qui ne conservent jamais rien, sinon leurs fauteuils. Il faut délepéniser la droite parce que Marine Le Pen enferme le peuple de droite dans un piège terrible : celui d’un populisme qui, au fond, ne porte pas jusqu’au bout les aspirations profondes du peuple qui vote pour lui.

    Le paradoxe est cruel. Des millions de Français déposent leur bulletin RN dans l’urne afin de défendre une continuité charnelle, une sécurité concrète, une identité menacée, une manière française ou européenne d’habiter le monde. Ils pensent voter pour la protection de leur pays réel. Ils pensent voter pour la possibilité de dire encore « nous » sans demander pardon. Ils pensent voter pour une frontière, pour une école, pour une autorité, pour une mémoire. Ils pensent voter contre la grande entreprise de substitution anthropologique qui avance sous les mots sucrés d’ouverture, d’inclusion et de vivre-ensemble. Or, au sommet de ce mouvement, Marine Le Pen demeure prisonnière d’une idéologie républicaine molle, télévisuelle, presque centriste, où l’on ne défend jamais l’identité qu’à condition de la dissoudre aussitôt dans la liberté religieuse, le pouvoir d’achat, la souveraineté administrative et la laïcité de préfecture.

    Ses récentes déclarations sur l’islam en donnent une illustration parfaite. Marine Le Pen rappelle qu’elle fut attaquée par Éric Zemmour pour avoir dit que « l’islam était compatible avec la République ». Elle ajoute qu’elle s’attaque à « l’idéologie totalitaire islamiste » et qu’elle demeurera le défenseur de la liberté religieuse. On reconnaît là le vieux distinguo de la classe politique française, islam paisible d’un côté, islamisme dévoyé de l’autre, comme si l’affaire relevait seulement d’une mauvaise utilisation du mode d’emploi. La formule rassure les plateaux. Elle apaise les éditorialistes. Elle permet de paraître ferme sans cesser d’être fréquentable.

    Elle ne répond pourtant pas à la question que se posent les Français. Les Français ne demandent pas d’abord si l’islam peut entrer dans un tableau Excel de compatibilité républicaine. Ils se demandent si une civilisation issue d’une histoire chrétienne, gréco-latine, rurale, monarchique, communale, révolutionnaire et nationale peut absorber indéfiniment une religion-civilisation qui porte avec elle d’autres mœurs, d’autres réflexes juridiques, d’autres rapports entre le sacré et le politique, d’autres conceptions de la femme, de la famille, de la pudeur, du blasphème, de l’apostasie et de l’espace public. Ils ne demandent pas que les musulmans soient voués aux gémonies. Ils demandent que l’on cesse de leur mentir. Il faut distinguer les personnes, qui relèvent du droit commun, et un corpus religieux lorsqu’il prétend façonner la cité.

    Éric Zemmour, dans sa réponse, a vu le nœud de l’affaire. Il a demandé à Marine Le Pen de choisir. Si l’islam est compatible avec la République, pourquoi vouloir interdire le voile dans l’espace public ? Si le voile n’est qu’une prescription religieuse parmi d’autres, pourquoi le tenir pour un problème politique ? Toute la contradiction lepéniste tient dans cette oscillation. Elle veut combattre les effets visibles d’un phénomène dont elle refuse de nommer la racine. Elle veut rassurer les Français inquiets sans rompre avec le catéchisme de la République abstraite. Elle veut incarner la rupture tout en parlant la langue de ceux qui ont organisé l’impuissance.

    C’est en cela qu’elle devient un mystère. La fille de Jean-Marie Le Pen semble avoir hérité du nom, de la rente électorale, d’une partie de la clientèle politique, d’un appareil, d’un réflexe populaire, et pourtant non de la substance doctrinale qui permettait de comprendre la question vitale : un peuple n’est pas seulement une addition de citoyens soumis à la même administration. Un peuple est une forme historique. Il a une chair, une mémoire, des limites, des antipathies légitimes, des fidélités, des héritages, une nature propre au sens ancien du terme. La République, lorsqu’elle nie cette nature, n’est plus le cadre du peuple. Elle devient la machine qui le remplace.

    On touche ici à la grande erreur du lepénisme mariniste. Il a cru qu’il suffisait de dédiaboliser le nom pour accéder au pouvoir. Il fallait arrondir les angles, gommer les aspérités, donner des gages, sacrifier les mots dangereux, parler social, parler protection, parler pouvoir d’achat, se dire ni droite ni gauche, expulser les fantômes du père, rassurer les fonctionnaires, cajoler les retraités, promettre l’ordre sans effrayer les studios. La manœuvre a réussi électoralement. Elle a échoué historiquement. Car on peut conquérir des voix en édulcorant une pensée. On ne sauve pas un peuple avec une pensée édulcorée.

    Les études politologiques ont d’ailleurs bien montré cette inflexion : le programme économique de Marine Le Pen a longtemps porté une forte coloration redistributive, presque social-populiste. On y trouvait la retraite, les prix, les salaires, les protections, l’État consolateur, le refus du libéralisme, le vieux soupçon contre l’entreprise, la grande musique du pouvoir d’achat. Tout cela n’est pas illégitime en soi. Les gens modestes ont le droit de vivre. Les Français ordinaires ne sont pas des variables d’ajustement pour cabinets de conseil. Cependant une droite qui ne parle plus que comme une gauche sociale avec des frontières finit par se tromper d’âme. Elle croit flatter le peuple. Elle oublie que le peuple de droite ne veut pas seulement être subventionné. Il veut être continué.

    Cette confusion éclaire aussi la question européenne. Marine Le Pen s’est longtemps enfermée dans un souverainisme défensif, jaloux, parfois rabougri, hostile à toute idée d’identité européenne, comme si l’Europe n’était qu’un piège bruxellois. Il y a certes beaucoup à dire contre Bruxelles, sa bureaucratie, son juridisme, son hybris réglementaire, sa soumission intermittente aux puissances extérieures. Les Bretons savent ce qu’il advient des pêcheurs quand les administrations lointaines prétendent mieux connaître la mer que ceux qui la travaillent. Toutefois confondre l’Union européenne et l’Europe est une erreur de géographe débutant. L’Europe précède Bruxelles comme la mer précède le port de plaisance.

    La droite française devra sortir de ce provincialisme national. Elle devra comprendre que le destin des Français, des Italiens, des Espagnols, des Polonais, des Hongrois, des Grecs ou des Croates se joue dans une même épreuve de civilisation. Spengler avait ses duretés, ses excès et ses ombres, mais il avait compris que les civilisations meurent lorsqu’elles ne savent plus se concevoir comme des formes. La droite française, si elle veut survivre à autre chose qu’aux prochaines législatives, devra penser la France dans l’Europe et l’Europe comme demeure commune des peuples européens. Non l’Europe supranationale des commissaires, non l’Europe dissolvante des traités illisibles, mais l’Europe-puissance, l’Europe-civilisation, l’Europe qui sait que les nations sont ses membres et non ses ennemies.

    Le récent épisode du règlement européen « Retour » montre à quel point les contradictions deviennent visibles. Lorsque le Parlement européen durcit les règles permettant d’accélérer les expulsions et d’envisager des centres de retour hors de l’Union, Marine Le Pen y voit d’abord une atteinte à la souveraineté des États. On comprend l’argument en droit. Il n’est pas absurde. Il rappelle que l’Union ne doit pas absorber toutes les compétences. Toutefois le peuple qui vote pour elle ne raisonne pas ainsi. Il ne se demande pas si l’expulsion est nationale, confédérale, européenne ou intergouvernementale. Il demande que les clandestins soient effectivement éloignés. Il préfère une expulsion européenne réelle à une souveraineté française impuissante. Là encore, Marine Le Pen défend le contenant au moment où ses électeurs attendent le contenu.

    Jordan Bardella apparaît, pour cette raison, comme un symptôme intéressant. Il n’est pas certain qu’il ait une doctrine, même si ses lectures de jeune homme sont de bon augure car ils a eu la chance de croiser de bons mentors. Il n’est pas certain qu’il ait cette épaisseur qui distingue l’homme politique du bon élève médiatique. Il est encore enveloppé de communication, de prudence, de sourires réglés, de cette jeunesse qui plaît aux magazines parce qu’elle leur donne l’illusion d’avoir compris l’avenir. Pourtant il semble plus libre que Marine Le Pen à l’égard de certains dogmes hérités. Son rapport à l’union des droites, aux conservateurs européens, à la question économique, à l’idée d’une architecture continentale, indique peut-être la sortie d’un vieux logiciel mariniste. Là où Marine Le Pen conserve la méfiance du vieux « ni droite ni gauche », Bardella paraît comprendre que la droite ne gagnera qu’en cessant d’avoir peur d’être la droite.

    Rien n’est joué. Le dauphin peut devenir un poisson rouge dans un aquarium de sondages. La politique française a déjà produit trop de mirages pour que l’on s’enflamme au premier reflet. Bardella pourrait n’être qu’un produit de transition, un visage plus lisse posé sur les mêmes incertitudes, une manière de changer la vitrine sans changer l’arrière-boutique. Il faudra voir s’il comprend que la question n’est pas de parler plus « business » devant les patrons, plus « social » devant les ouvriers, plus « identité » devant les militants, plus « République » devant les journalistes. La question est de produire une doctrine cohérente, capable de dire au pays ce que la droite veut préserver, ce qu’elle veut transmettre, ce qu’elle veut restaurer et ce qu’elle accepte enfin de combattre.

    Délepéniser la droite ne signifie donc pas haïr Marine Le Pen. Elle a eu sa fonction. Elle a porté, souvent avec courage, un mouvement que tout le système voulait maintenir hors du champ admissible. Elle a donné à des millions de Français le droit minimal de se compter. Elle a tenu face aux insultes, aux procès en illégitimité, aux crachats médiatiques, à cette morgue qui fait de la classe parlante française l’une des plus antipathiques d’Europe. Il serait injuste de l’effacer. Il serait pourtant dangereux de s’y arrêter.

    Car Marine Le Pen appartient désormais à un passé qui a du mal à passer. Elle est le visage d’une transition, non l’instrument d’une fondation. Elle a incarné le moment où le peuple disait non. Il faut maintenant un moment où le peuple dise oui : oui à sa durée, oui à son identité, oui à une Europe des peuples charnels, oui à une autorité qui protège, oui à une politique qui ne confonde pas l’administration de la colère et l’organisation d’un avenir. La préservation de l’identité française et européenne doit devenir prioritaire sur la conservation d’une idéologie républicaine qui, à force de nier les conditions de son existence, porte en elle-même sa propre condamnation à mort.

    Je repensais au marché de Barjols en quittant les allées. Rien n’y ressemblait à un manifeste. Personne ne parlait de doctrine, de souveraineté, de règlement européen ou d’islam compatible. Les gens achetaient des melons, discutaient du prix des œufs, cherchaient une ombre, souriaient à une connaissance. C’est pourtant là que tout se comprend. La politique n’est pas d’abord dans les congrès. Elle est dans cette paix fragile que les peuples veulent transmettre parce qu’ils savent, sans avoir besoin de le formuler, qu’elle peut disparaître.

    La droite française sera digne de ce peuple lorsqu’elle cessera de lui vendre seulement une protestation. Il lui faut un langage de protection et de grandeur, de proximité et d’horizon, de racines et de puissance. Elle devra sortir du nom de Le Pen comme on sort d’une maison trop basse où l’on a pourtant passé des années décisives. On ne renie pas l’abri. On le quitte parce qu’il empêche de grandir. Le marché de Barjols continuait de bruire derrière moi. Il y avait là plus de France réelle que dans cent discours. Encore faut-il qu’un parti, un jour, ose la regarder en face.

    Balbino Katz, Chroniqueur des vents et des marées (Breizh-Info, 27 juin 2026)

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  • César et la guerre...

    Les éditions du CNRS viennent de rééditer au format poche un recueil de textes de Yann Le Bohec intitulé César et la guerre - Études d'histoire militaire.

    Professeur émérite à la Sorbonne, Yann Le Bohec est un des meilleurs spécialistes de l'histoire romaine. Il a déjà publié, notamment, César, chef de guerre (Rocher, 2001), une Histoire militaire des guerres puniques (Rocher, 2011), Alésia (Tallandier, 2012), Géopolitique de l'Empire romain (Ellipses, 2014), Histoire des guerres romaines - Milieu du VIIe siècle avant J.-C. - 410 après J.-C (Tallandier, 2017) et Vercingétorix - Stratège et tacticien (Tallandier, 2023).

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    " La fascination publique pour César semble éternelle. Personnalité hors norme, faiseur de mondes, il a suscité une littérature immense souvent bien éloignée de la réalité du personnage. L'historien Yann Le Bohec, grand spécialiste de l'armée romaine, réunit et met à jour ici ses recherches sur le fameux chef de guerre.
    Ni biographie, ni étude globale, ce livre s'attache à la seule facette militaire du pontifex maximus. S'appuyant sur une parfaite connaissance des textes anciens, l'auteur met à profit les études et les fouilles des sites les plus récentes, afin d'affiner la chronologie et de mieux connaître les parties en présence, leurs forces matérielles et morales.
    Yann Le Bohec opère ainsi des mises au point magistrales sur la manière dont César a conduit ses troupes, avec une force psychologique rare et le soutien des dieux et du droit. Suivant d'abord la chronologie, il explore ensuite certains aspects primordiaux de la guerre : la poliorcétique, le rôle des esclaves, la guérilla... sans oublier, bien sûr, Vercingétorix et Alésia. Il apporte enfin des éléments pour contribuer à l'histoire militaire de la guerre civile, qui opposa César à Pompée."

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  • Grooming gangs : le rapport accablant qui dévoile l'ampleur d'un crime d'Etat...

    Vous pouvez découvrir ci-dessous un entretien donné par François Bousquet, rédacteur en chef de la revue Éléments, à Ligne droite, sur Radio Courtoisie, dans lequel il revient sur le rapport explosif de 220 pages publié par le parlementaire britannique Rupert Low. 250 000 jeunes filles blanches auraient été violées par des grooming gangs, principalement pakistanais, sur fond de silence complice des autorités britanniques. Un chiffre vertigineux, des témoignages insoutenables et un mode opératoire systématique qui s’est répété pendant plus de 20 ans dans de nombreuses villes anglaises.

     

                                              

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  • Les personnages de Céline...

    Les éditions du Lérot viennent de publier le Dictionnaire des personnages dans l’œuvre littéraire et les textes retrouvés de Louis-Ferdinand Céline, établi par Gaël Richard, une nouvelle édition mise à jour après la publication des romans retrouvés, Guerre, Londres et La volonté du roi Krogold.

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    C’est en pensant à la fois au lecteur des romans, soucieux de trouver rapidement des repères sur leurs protagonistes et les figures qu’ils mentionnent, ainsi qu’au chercheur en quête de références transversales, que cette nouvelle édition du Dictionnaire des personnages de Louis-Ferdinand Céline a été refondue. Les quelques 2 420 notices qu’il renferme – près de 350 d’entre elles étant issues des textes retrouvés en 2021 – permettent de dresser un nouvel état des apports de la recherche sur les personnages de Céline. S’attachant à rassembler les connaissances acquises, tant sur les sources textuelles que les modèles réels et les données de l’expérience transposés par l’écrivain, cet outil de travail permet d’appréhender les textes les plus méconnus d’une œuvre littéraire qui continue à s’enrichir, en renvoyant aux éditions de références disponibles. Une table des noms des modèles, noms de fantaisie, surnoms, diminutifs et variantes offre la possibilité d’explorer d’autres pistes. Illustré de quelques pages manuscrites inédites qui éclairent l’art du romancier, ce volume vient ainsi compléter le Dictionnaire de la correspondance de Céline (2012), À la ronde du Grand Paris (2016) et La Bibliothèque de L.-F. Céline (2020).

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  • La multipolarité contre l’entropie...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue du Japonais Kazuhiro Hayashida cueilli sur Euro-Synergies et consacré à la question de la multipolarité...

     

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    La multipolarité contre l’entropie

    L’essence de la confrontation entre multipolarité et unipolarité est plus profonde qu’une différence dans la répartition du pouvoir sur l'échiquier de la politique internationale; elle peut être comprise comme un affrontement entre structures civilisationnelles sur la manière dont l’augmentation de l’entropie au sein de l’ordre social doit être traitée.

    La civilisation est une structure sociale de long terme construite pour placer l’être humain, la terre, la vocation, la famille, la religion, l’État, la mémoire et l’axe temporel dans un certain ordre, afin de réprimer la dispersion anarchique; en ce sens, la civilisation peut être considérée comme un système destiné à contenir l’augmentation de l’entropie sociale.

    La civilisation orientale a accompli cette régulation de l’entropie par un agencement multipolaire. L’ordre oriental peut être décrit comme un arrangement multipolaire dans lequel de multiples centres existent, chacun conservant ses propres frontières, sa mémoire, ses rites, sa lignée royale, sa communauté, sa religion et son ordre professionnel, tout en demeurant voisins; il s’agit d’une structure qui maîtrise les frictions issues du contact entre civilisations en préservant la distance dans laquelle les différences peuvent subsister tout en restant différentes. Ce qui importe pour comprendre l’ordre civilisationnel oriental, ce n’est pas l’unité mais la frontière, et c’est la distance et la non-ingérence réciproques, plus que l’homogénéisation ou l’égalité.

    En revanche, la civilisation occidentale a remplacé la limitation de l’entropie par une particule unique et a cherché à la mettre en œuvre au moyen d’un principe d’unification. Elle a tenté de créer un ordre en faisant converger le monde vers une seule valeur, une seule institution, un seul axe temporel, une seule vision progressiste de l’histoire, et une seule conception de l’humanité.

    La particule unique établie à cette fin est le libéralisme, qui considère l’individu comme l’unité la plus petite du monde. Le libéralisme sépare l’être humain de la civilisation, de la communauté, de la religion, de la famille, de la vocation, de la lignée royale, de la protection de l’État et de la mémoire historique, et place l’individu dans une séquence linéaire: individu, droits, liberté, autonomie; à ce moment, l’ordre occidental intègre en lui-même la cause de son propre effondrement. Car l’absolutisation des droits individuels les fait entrer en collision avec ceux des autres individus coexistant dans le même espace, et ce choc se répète sans fin.

    De plus, les individus fragmentés perdent leur capacité à résister aux forces dominantes, car leur structuration en corps collectifs est entravée. Lorsque des structures telles que la civilisation, la communauté, la vocation, la religion, la famille, la protection de l’État et la mémoire historique sont préservées, l’être humain n’existe pas isolément, mais est inséré dans de multiples relations, et ces relations génèrent jugement collectif et capacité de résistance. Le libéralisme rompt ces liens, les considérant comme des carcans à la liberté individuelle; en transformant la société en un agrégat d’individus fragmentés, il détruit le sens commun, les coutumes, les valeurs traditionnelles et l’axe temporel historique, construisant ainsi une société facilement gérable par le gouvernement et le marché.

    Le néolibéralisme contemporain est la forme actuelle de la domination, dans laquelle ce principe libéral d’augmentation de l’entropie s’est accompli par le biais du marché, de la finance, des institutions et du management technologique. Le néolibéralisme désarticule les individus séparés de la civilisation par le libéralisme via le marché, les contrats, les prix, les dettes, la finance, l’efficacité de l’investissement et les normes internationales. Ce qui est important ici, c’est qu’avant de pouvoir marchandiser la société, le néolibéralisme doit d’abord démanteler les forces civilisationnelles fixes qui s’opposent à la marchandisation. Terre, vocation, famille, religion, protection étatique et mémoire historique gardent des critères de jugement qui ne peuvent être traités uniquement par les prix du marché, et tant qu’ils subsistent, le marché ne peut devenir le critère suprême de la société dans son ensemble.

    Sur cette base, on comprend que l’objectif du néolibéralisme n’est pas l’expansion du marché. Ce dont il a besoin, c’est du démantèlement des forces civilisationnelles fixes qui existent hors du marché, et de la transformation des structures qui s’opposent à la marchandisation—telles que la terre, la vocation, la famille, la religion, la protection de l’État et la mémoire historique—en unités pouvant être traitées par l’évaluation des prix, les relations contractuelles, la mobilité du capital et l’efficacité de l’investissement. La civilisation décide, selon des critères différents de ceux du marché, de ce qui peut être vendu ou doit être conservé, de ce qui peut être transféré ou doit être protégé, de ce qui doit être refusé même si c’est rentable, et de ce qui doit être maintenu même à perte; le néolibéralisme doit donc démanteler ce mécanisme civilisationnel du jugement.

    Dans une société où la civilisation demeure, le marché fonctionne comme un outil. Dans une société où la civilisation est démantelée, le marché devient le critère de jugement. La terre passe de patrie à bien immobilier; la vocation, de structure d’apprentissage et de responsabilité communautaire à simple compétence sur le marché du travail; la famille, d’espace de continuité générationnelle à agrégat de contrats individuels; la religion, de fondement de l’ordre mondial à valeur privée; l’État, de garant de la protection civilisationnelle à simple environnement d’investissement. À travers cette série de transformations, la société n’est pas libéralisée, elle est tarifée, et elle entre dans une condition où elle peut être achetée, déplacée, évaluée, jetée.

    Le néolibéralisme attaque les forces civilisationnelles fixes comme inefficaces, fermées, discriminatoires, privilégiées, archaïques ou irrationnelles. Les communautés professionnelles sont traitées comme des intérêts particuliers fermés, la famille comme une institution ancienne qui entrave la liberté individuelle, la religion réduite à une croyance privée, et la protection étatique considérée comme un obstacle à la concurrence du marché. Ainsi, les structures à faible entropie qui soutenaient la société sont démantelées et la société devient fluide. Une société fluidifiée devient une condition aisément réorganisable depuis l’extérieur par la finance, les institutions internationales, les contrats et le management technologique.

    Cette structure est également liée à la théologie du marché visible aux États-Unis et dans l’UE. Lorsque le marché est traité comme un ordre sacré et autorégulateur, les obligations civilisationnelles qui ne se soumettent pas au marché sont perçues comme des ordres anciens à sacrifier. Le sacrifice des êtres humains obéissant aux exigences du marché est justifié au nom de la rationalité économique; la pauvreté, le chômage, l’inégalité, la guerre, voire la destruction industrielle sont traités comme des jugements du dieu-marché. Dans cette structure, l’existence même de Dieu, du roi, de la communauté, de l’État et des obligations civilisationnelles au-dessus du marché devient un obstacle. La raison pour laquelle le néolibéralisme démantèle les liens civilisationnels peut ainsi être expliquée comme une condition de fonctionnement de cette théologie du marché.

    La structure japonaise d’après-guerre est un exemple concret de ce démantèlement civilisationnel. Par l’occupation, le Japon fut privé du droit de parler de ses propres origines, et a perdu la capacité de saisir le passé, le présent et le futur comme un axe temporel continu. Même le fait fondamental que l’ONU était une structure de gestion des vaincus, formée par les vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale, a disparu de la conscience japonaise. Il ne s’agit pas d’un manque de connaissances, mais d’une situation où l’axe temporel nécessaire pour comprendre son origine a été détruit. Le système de valeurs libéral a donné au peuple japonais des mots abstraits comme démocratie, humanitarisme et société internationale, mais en échange, il lui a ôté la capacité de comprendre où son propre pays se situe dans le système mondial qui définit le Japon comme un État vaincu.

    Un État qui a perdu son origine ne peut juger ce qu’il est. Par l’opération méthodologique du libéralisme et du néolibéralisme, l’Amérique a réussi à faire en sorte que le Japon, bien que situé en Asie, adopte les valeurs occidentales, et, se trouvant à l’interface de l’Orient, internalise les intérêts de la civilisation continentale américaine comme sa propre conviction. Dans une situation où il ne possède pas de noyau civilisationnel propre, le Japon ne peut affirmer ses propres valeurs au contact des autres civilisations.

    Dans ce vide s’engouffrent les valeurs américaines. Ce phénomène est celui du vidage civilisationnel qui survient lorsque le Japon est coupé de la connexion au noyau civilisationnel du continent eurasien, et cela devient la raison fondamentale pour laquelle le Japon, tout en étant en Asie, agit comme une vigie de l’Occident. La destruction réussie d’un pays doté d’une si longue histoire et civilisation que le Japon montre comment cette théorie se réalise pour dominer divers pays par des procédures standardisées, jamais rendues publiques.

    L’effondrement de la reconnaissance historique peut s’expliquer selon la même structure. Les structures historiques plurielles comme le gouvernement de Nankin, le gouvernement de Chongqing, Soong Ching-ling, l’aile gauche du Kuomintang, la fondation de la République populaire de Chine, la relation complexe entre l’armée japonaise et les forces communistes, le pacte de neutralité soviéto-japonais, l’armée du Mandchoukouo, le gouvernement de la région frontalière de Shaan-Gan-Ning et les soldats japonais restants ne peuvent être saisies sans axes temporels parallèles.

    La vision libérale de l’histoire comprime cette structure en une chronologie monocouche. Il en résulte des schémas binaires grossiers: Taiwan ou le continent, démocratie ou dictature, proaméricain ou antiaméricain. C’est à la fois la perte du contenu de l’histoire et la destruction de la reconnaissance spatiale nécessaire à la compréhension de l’histoire.

    À partir de ces faits, le libéralisme, le néolibéralisme, l’unipolarité et l’augmentation de l’entropie peuvent être définis comme une seule et même structure continue. Le libéralisme est le principe de dissolution de l’ordre qui apparaît à chaque époque, et le néolibéralisme en est la forme moderne, marchande, financière et institutionnelle. L’unipolarité en est la forme dans l’ordre mondial. L’augmentation de l’entropie en est la conséquence civilisationnelle. Le libéralisme abstrait les liens concrets qui constituent la société, le néolibéralisme traite ces unités abstraites sur le marché. L’unipolarité unifie ce traitement à l’échelle globale. Résultat: la société perd son centre, ses frontières, sa mémoire, sa vocation, sa religion, sa famille, sa protection étatique et glisse vers une condition de haute entropie.

    La multipolarité est le contrôle civilisationnel contre ce processus. Elle réprime l’entropie sociale en permettant à chaque civilisation de préserver son propre centre, ses frontières, sa mémoire, son ordre professionnel, sa religion, sa protection étatique et sa structure familiale. La multipolarité n’est pas une idéologie qui unifie le monde selon une norme unique, mais une forme d’ordre où plusieurs civilisations maintiennent leur ordre interne tout en entrant en contact et en gérant la friction à leurs frontières par la distance. C’est là la force de l’ordre oriental. Les systèmes d’investiture, les lignées royales, les rites, la religion, la communauté, la vocation, la famille et la terre doivent être compris comme des technologies civilisationnelles de régulation de l’entropie sociale.

    La véritable droite et la véritable gauche sont également redéfinies dans cette structure. La vraie droite préserve la terre, la religion, la lignée royale, la famille, l’État et la continuité historique. La vraie gauche préserve le peuple, la vocation, le travail, la protection communautaire et l’élan prolétarien antigouvernemental. Les deux ne sont pas la droite et la gauche à l’intérieur du libéralisme ; ce sont les deux ailes qui résistent, chacune à leur manière, à la dissolution de l’ordre libéral. Sur la ligne réduite du libéralisme, droite et gauche sont opposées comme ennemis ; mais dans une perspective circulaire, ces deux ailes se dressent directement face au libéralisme.

    L’essence de la multipolarité face à l’unipolarité est l’opposition entre la régulation de l’entropie et son accroissement. La multipolarité orientale maintient l’ordre social par des centres et des frontières de civilisation multiples. L’unipolarité occidentale tente d’unifier le monde par une norme unique, l’individualisme et la marchandisation, et dans ce processus, elle décompose la société de l’intérieur.

    Le néolibéralisme est la forme contemporaine de domination qui exécute cette décomposition au nom du marché, de la finance, des institutions et de la gestion technologique. Le libéralisme en est le principe spirituel, l’unipolarité sa forme dans l’ordre international, et la montée de l’entropie sa conséquence. Défendre la civilisation, c’est restaurer l’axe temporel, redéfinir ce qui ne peut être acheté ou vendu, et réorganiser une société qui glisse vers la décomposition infinie autour de centres communs de sens : frontière, mémoire, vocation, religion, famille et fonctions de protection de l’État.

    Kazuhiro Hayashida (Euro-Synergies, 19 juin 2026)

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    Au sommaire cette semaine :

    - sur Le Grand Continent, un article de Kaiser Kuo, ancien directeur de communication de Baidu (le Google chinois...), pour nous faire prendre la mesure de ce que Pékin a fait à l’histoire du monde...

    Le grand réveil

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    - sur Persée, un article de Catherine Fricheau sur le mythe wagnérien, tiré des Cahiers de Fontenay (1978)...

    L'anneau (ou le centre inhabitable). Mythe et cosmos de Richard Wagner

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