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10/03/2017

La gloire des Grecs...

Les éditions du Cerf viennent de publier un essai de Sylvain Gouguenheim intitulé La gloire des Grecs. Médiéviste, Sylvain Gouguenheim, qui est l'auteur d'une étude sur les Chevaliers teutoniques et de Frédéric II - Un empereur de légende (Perrin, 2015), s'est fait connaître avec Aristote au Mont Saint-Michel - Les racines grecques de l'Europe chrétienne (Seuil, 2008), ouvrage qui a provoqué une violente polémique au moment de sa sortie. André Perrin a consacré à cette affaire un chapitre particulièrement éclairant de son essai Scène de la vie intellectuelle en France (Toucan, 2016)...

 

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" Quel fut le rôle de l'empire byzantin dans l'essor culturel de l'Europe latine à l'époque de l'art roman ? C'est à Byzance, en effet, que fut recopiée la quasi-intégralité des œuvres de l'Antiquité grecque. Et c'est dans la cité impériale que la culture antique continua pendant des siècles à servir de socle à l'enseignement scolaire. Ce bagage byzantin fut transmis aux cours royales et aux abbayes de l'Europe à l'époque romane. On rencontre ainsi les influences artistiques byzantines à travers toute l'Europe des Xe-XIIe siècles, dans les vallées de la Meuse ou du Rhône, en Allemagne, jusque dans les royaumes scandinaves. De nombreux textes antiques furent alors traduits en latin puis commentés. Les routes et les intermédiaires humains par lesquels cette transmission s'est effectuée montrent un couloir de circulation reliant la Sicile, l'Italie du Sud, la vallée du Rhône, la cour de Champagne, les abbayes d'Île-de-France et de Normandie, le monde rhénan... C'est toute l'influence byzantine sur le monde latin, visible dans les fresques et les enluminures, dans la transmission d'ouvrages, d'abord religieux, puis savants que retrace dans cet essai magistral Sylvain Gouguenheim."

La revue de presse d'un esprit libre... (24)

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La revue de presse de Pierre Bérard

Au sommaire :

Cinquième épisode des conversations entre Paul-Marie Coûteaux et Alain de Benoist dans l’une des bibliothèques de ce dernier. Sont abordés successivement la chape de plomb des  années 80 et 90, la chute du mur de Berlin et la tentation unipolaire des États-Unis d’Amérique aboutissant aux  guerres du Golfe et des Balkans afin de les « remodeler » et d’y imposer leur conception du Nouvel Ordre Mondial. Autant de boîtes de Pandore conduisant au chaos actuel. Il rappelle qu’il était au premier rang des manifestants avec Alain Krivine et André Krasucki contre les bombardements de Belgrade. C’est aussi l’époque où une tendance du Parti Communiste Français cherchait à s’ouvrir à des éléments droitiers et où elle finançait L’Idiot International de Jean-Edern Hallier. À propos de Mitterrand qu’il reconnait comme notre dernier président de droite, ne serait-ce que par ses goûts littéraires, il suggère que se ralliant à la société de marché lors du tournant de 1983 , il baissa du même coup les bras devant le système de l’argent. De Benoist reconnait sa dette 
envers Péguy et Bernanos, des auteurs chrétiens qui haïssaient l’argent, équivalent universel qui permet de transmuer toute qualité en simple quantité. Il revient dès lors sur 
l’anthropologie libérale qui définit l’homme comme un individu producteur et consommateur doté de droits fondés en nature et donc pré-sociaux et pré-politiques d’où les ennemis 
principaux désignés par de Benoist; sur le plan étranger, les États-Unis, sur le plan social; la bourgeoisie, et le libéralisme sur le plan doctrinal. L’anthropologie libérale considère la diversité constitutive du monde comme un obstacle à réduire, ce qui la rapproche du point de vue des fins de tout les totalitarismes. Réflexion pertinente sur la Révolution Française à la fois progressiste et désireuse de balayer le passé synonyme de superstitions et se référant sans cesse aux Grecs et aux Romains.
 
 
 
Alain de Benoist répond à un interviewer italien sur le totalitarisme qui, au delà des moyens qu’il mobilise pour parvenir à ses fins, est essentiellement caractérisé par l’idéal du même. Ce vers quoi la société libérale contemporaine s’achemine sans avoir à user des mécanisme habituels des régimes totalitaires en réalisant l’idéal d’un monde homogène où l’équivalence de chacun l’emporte sur les différences jaugées comme provisoires ou secondaires.
 
 
 
Au cours de cet entretien donné au site « boulevard Voltaire » sur la notion de « revenu universel », Alain de Benoist rappelle que sous diverses dénominations il a été plaidé par des écoles philosophiques aussi nombreuses que variées. Ne peut-on pas le justifier quand le travail se raréfie et que l’objectif du plein emploi devient hors de portée ?
N’apparait-il pas dès lors comme le seul moyen de réappropriation des gains de productivité par l’ensemble de la collectivité ? Sans doute, mais à cette seule condition, c’est que la « collectivité » s’éprouve comme un « peuple » relativement homogène. 
 
 
 
Dans son émission Répliques du 04/03/2017 Alain Finkielkraut donnait la parole à Dorian Astor et Céline Dent sur le thème « Comment peut-on être nietzschéen ? » 
 
 
 
Mis en cause par la vertueuse coalition des juges et des journalistes François Fillon doit faire face à une vive déstabilisation de sa campagne. Répondant à Natacha Polony, Alain Finkielkraut constate que Fillon ne fait que recevoir la monnaie de sa pièce mais que de ce fait les affaires communes (le commun) ne sont nullement abordées dans cette période pourtant propice à l’échange d’arguments contradictoires. Bref, magistrats et pouvoir médiatique confisquent le débat politique renforçant ainsi la dépolitisation du pays. 
La morale privée prend la place de la morale politique. Conclusion de cet excellent entretien : « L’essentiel, contrairement à ce que nous martèle la vulgate économiste commune au marxisme et et au libéralisme, ce n’est pas l’économie mais la situation de la France, le risque de partition du pays et la violence qui s’installe ».
 
 
 
Contre l’égoïsme national qui risque de mener l’Europe à sa perte Gérard Dussouy partant du fait que la mondialisation est un fait acquis propose aux « Vrais Européens » de s’unir en une unité continentale suffisamment puissante pour conserver ses identités et jouer son rôle dans la reconfiguration du monde telle qu’elle est en train de se jouer.
 
 
 
Le pessimisme actif de Laurent Ozon concernant la généralisation des Organismes Génétiquement Modifiés et la privatisation du vivant qu’elle implique est contrebalancée par une conclusion qui pourra paraitre surprenante au regard de ceux qui se disent « humanistes » et qui nous gouvernent présentement : « Jamais dans l’histoire, une technologie n’a disparu de la surface de la terre sans avoir été dépassée en puissance ou en efficacité ou sans l’élimination de ses utilisateurs ».
 
 
 
La démocratie présupposant la liberté d’expression, la séparation des pouvoirs et la protection des élus par des immunités parlementaires Jean-Yves Le Gallou avance avec raison que ces trois conditions ne sont plus remplies dans la France d’aujourd’hui. 
 
 
 
On pourrait user de cette phrase d’un député frondeur du PS : « Le bilan politique de Hollande est une catastrophe, il nous laisse un champ de ruines »( Le Monde 06/03 ) et l’étendre à l’ensemble de la droite gouvernementale tant « l’obstination » ( le mot prononcé le même jour est d’Alain Juppé ) semble mortifère pour celle-ci qui se trouve acculée dans l’impasse. De ce réjouissant spectacle de déliquescence d’une caste politique faillie, Laurent Cantamessi tire une chronique amusante dont il ressort qu’en cas de duel final entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron c’est bien la mise au rancart du vieux clivage horizontal droite-gauche qui serait confirmée au profit d’une polarisation inédite opposant la France d’en bas à la France d’en haut.
 
 
 
La « rééducation » des Allemands de l’ouest considérés comme une population déviante par des psychiatres américains avant et après 1945. Une guerre culturelle qui s’ignore pour 
nombre de ses protagonistes. Il s’agissait d’aboutir à une société mondiale des égaux comme la projetaient Margareth Mead et ses amis. Cette entreprise de remodelage et de mise au pas semble avoir fonctionné au delà de toute espérance. En ajoutant à cette longue et Intéressante émission de la chaîne Arte les travaux de Lucien Cerise concernant l’ingénierie sociale contemporaine on aura une vue complète des possibilités de manipulation qu’offrent les science sociales.
 
 
 
Un article de la Fondation Polémia illustre à merveille le thème précédent en enregistrant le décès possible de l’Allemagne emportée par une épidémie de peste blanche et le tarissement démographique qui s’ensuit. Payerait-elle là sa « rééducation » au prix fort ? On se le demande tant les Allemands ahuris semblent consentir à leur propre disparition.
 
 
 
Toujours dans le même ordre d’idées on pourra constater les ravages saisissants du lavage de cerveau dans l’école qui est sensée former les « élites » françaises (Sciences-Po) avec cette malheureuse élève qui nous présente le parfait clone d’un hybride zombie-perroquet occidentiste.
 
 
 
L’Institut Iliade pour la longue mémoire européenne organise des stages de formation à fort contenu intellectuel. Ici, la troisième partie du mémoire de fin de cycle que nous propose Valoë Frimas portant sur « La réécriture des mythes européens dans le Seigneur des Anneaux » (Tolkien). Rappelons que L’Institut Iliade organise par ailleurs son colloque annuel le samedi 18 mars à la Maison de la chimie sur le thème : « Européens : transmettre ou disparaître ».
 
 
 
Dans le libre Journal de l’identité du 03-03-2017, Grégoire Gambier présentait L’Institut Iliade et son prochain colloque du 18 mars (première référence). Jean-Yves Le Gallou quant à lui explique les motivations profondes qui ont présidé à l’organisation de ce colloque (deuxième référence).
 
 
 
10 ans après sa mort, Jean Baudrillard incite toujours penser. Article fort honnête provenant, pour une fois, du quotidien Le Monde.
 

 

 

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Comment survivre ?...

Nous reproduisons ci-dessous une chronique de Richard Millet, cueillie sur son site personnel et dans laquelle il évoque la crise de la démocratie...

Auteur de La confession négative (Gallimard, 2009) et de Tuer (Léo Scheer, 2015), Richard Millet vient de publier aux éditions Léo Scheer un roman intitulé Province.

 

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Comment survivre ?

La démocratie, qui s’est longtemps moquée des scores à 99% des régimes dictatoriaux, se voit aujourd’hui prise à son propre piège : elle se révèle non pas la panacée politique égarée dans une impasse provisoire (l’épuisement des institutions de la Ve République ayant amené, murmurent certains, la pantalonnade électorale dont on ne peut pourtant que se réjouir), mais, tout au contraire, un système essentiellement pernicieux et totalitaire qui, en France, comme partout, ne se survit que dans la farce médiatique. Elle n’est pas seulement la « démocratie contre elle-même », pour reprendre un titre de Marcel Gauchet, mais un système politique qui joue contre le peuple lui-même, lequel se résout de moins en moins à voir son équilibre ethnique et religieux modifié par des éléments allogènes toujours plus nombreux et hostiles.

            C’est pourquoi Le Monde tente, quotidiennement, comme Arte et tous les médias officiels, de faire avaler le prétendu thériaque migratoire en célébrant, par exemple, l’arrivée d’une famille de neuf Soudanais à Bugeat, en haute Corrèze. Des Soudanais à trois kilomètres du village où je suis né ? Voilà de quoi je demanderai des nouvelles à mes cousines de Viam, qui me diront si ces repeupleurs sont accueillis avec autant d’enthousiasme que le prétend La Pravda. Nul doute néanmoins que la propagande y trouvera de quoi s’attendrir sur ses propres vertus, comme elle le fait pour « Tarnac », qui est passé de l’état de village à celui de logo gaucho-culturel, particulièrement actif dans la propagation de l’épidémie migratoire.

On connaît l’argument qui permet au gauchisme de passer outre toute contradiction et de composer avec l’hypercapitalisme : plutôt des Soudanais, des Syriens, des Erythréens, des Afghans que rien du tout ; car ils sont bons pour l’économie locale. C’est en quelque sorte l’argument ontologique perverti par l’économisme idéologique devenu le destin même de la démocratie. Plus on parle de « valeurs » et de « vivre ensemble », moins ces valeurs sont ce qu’elles se prétendent ; elles  se révèlent même aussi creuses qu’un roman de Ben Jelloun, un article de BHL, un discours de Macron ou de ses semblables, de droite comme de gauche – lesquels empêchent que soit posée la seule question qui importe : que faire, en cette période d’agonie civilisationnelle, où, par exemple, Trump est désigné comme une menace pour la démocratie, tandis qu’Obama et son exemplaire épouse reçoivent 60 millions de dollars pour « écrire » un livre ? Oui, comment vivre, au lieu de faire partie des morts-vivants spirituels que la démocratie  produit en masse? me dis-je en tentant de lire l’ouvrage que m’a offert une ironique amie : Le Royaume de Carrère, qui, mal écrit, est un parfait précis de déchristianisation, tout comme Elle, le film de Verhoeven, primé sans qu’on cille, lors de la cérémonie des Césars, parce que puissamment anti-catholique, comme il se doit. Comment supporter qu’on nous veuille avaler l’idée que le flux migratoire, incessant et massif, est tout autre chose d’une nouvelle invasion barbare ? Pendant ce temps, nul ne se soucie du sort des chrétiens d’Orient ni de celui des fermiers blancs de l’ex-Rhodésie et de l’Afrique du Sud, régulièrement assassinés par des Noirs…

Sans doute doit-on, pour comprendre où nous en sommes, entendre les recommandations de l’officine islamo-gauchiste Terra Nova, pour qui ce qu’il reste de christianisme (les jours fériés correspondant aux fêtes catholiques) doit être dilué dans les autres religions, qui doivent aussi avoir leurs jours de fêtes officiels. Ainsi n’est-on pas très loin de la libanisation de la vie quotidienne…On peut aussi lire la lettre qu’un des promoteurs de la démocratie médiatique, Raphaël Glucksmann, qui s’est contenté de naître, comme tant de fils et filles de héritant des nouveaux appareils idéologiques d’État, la lettre, donc, que Glucksmann a écrite à Mélenchon, ce tribun d’extrême gauche qu’on ne désespère pas de voir se muer en Doriot : il lui demande de renoncer à ses prétentions présidentielles au profit de l’idéologue socialiste Hamon, afin de hâter la venue d’une VIe République, « plus démocratique et plus horizontale ».

Je me suis trouvé une fois avec Glucksmann dans une émission de télévision. Il y disait sa satisfaction de voir déchue la verticalité au profit de cette horizontalité qui est pourtant l’apanage des marécages et des cloaques. La démocratie, c’est la grande fadeur contemporaine. On le voit partout, notamment dans l’insignifiance littéraire. Je regrette de n’avoir pas répondu à Glucksmann : la question de la verticalité est au coeur d’un de mes livres, Arguments d’un désespoir contemporain, paru en 2011, aux éditions Hermann, sans aucun écho dans la presse officielle. Si je n’ai pas interpellé Glucksmann, pendant l’émission, c’est que j’avais déjà beaucoup parlé, et que Joffrin, qui se trouvait en face de moi, s’apprêtait à m’attaquer. Je regrette, pour cela, d’avoir croisé le fer avec ce laquais de la presse la plus servile – celle qui va faire élire Macron, tout en faisant mine de soutenir l’islamophile Hamon. Glucksmann est plus subtil que Joffrin, et d’autant plus dangereux. Au moins avais-je reniflé à sa source l’origine de l’imposture immigrationniste : les fils des soixante-huitards arrivent au pouvoir en déniant à autrui toute forme d’autorité, à commencer par celle que tout homme peut revendiquer pour soi. La démocratie n’est rien d’autre que cette confiscation qui s’opère au nom même du peuple.

Richard Millet (Site officiel de Richard Millet, 6 mars 2017)

09/03/2017

La Russie en révolutions...

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La Nouvelle Revue d'Histoire est en kiosque (n° 89, mars - avril 2017).

Ouvert par l'éditorial de Philippe Conrad ("Octobre 1917 et l'histoire du XXe siècle"), le dossier central est consacré aux révolutions de 1917 en Russie. On peut y lire, notamment,  outre un entretien avec François-Xavier Coquin ("Relire la révolution de 1917"), des articles de Rémy Porte ("1914-1917. La Russie dans la guerre" ; "Missions et matériels français en Russie") et de Gaël-Georges Moullec ("Le soldat russe. L'oublié de l'histoire" ; "Lénine, l'artisan de la révolution d'Octobre").

Hors dossier, on pourra lire, en particulier, un entretien avec Marie-Thérèse Urvoy ("L'Islam dans sa réalité") ainsi que des articles de Jean de Viguerie ("Charlotte Corday, la Républicaine"), de Christian Brosio ("Maurassiens en rupture de ban" ; "Paris. Les fantômes de Picpus"), d'Arnaud Imatz ("La guerre d'Espagne fantasmée de Mr Preston"), de Philippe d'Hugues ("Vichy tel quel" ; "Adieu au «prince du bonheur», Michel Déon" ; "Danton, remis en cause par Wajda"), d'Emma Demeester ("Bayard, la figure du héos"), de Philippe Conrad ("Alphonse Duprond"), ou encore les chroniques de Péroncel-Hugoz et de Philippe d'Hugues...

 

 

OGM, le temps du politique...

Nous reproduisons ci-dessous un point de vue stimulant de Laurent Ozon, cueilli sur son blog Centurie News et consacré à la question des OGM. Agitateur d'idées, tenant d'une écologie localiste et identitaire, Laurent Ozon est l'auteur de l'excellent essai intitulé France, années décisives (Bios, 2015).

 

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OGM, le temps du politique

Les OGM sont des organismes vivants dont les gènes ont été modifiés par intervention humaine avec des techniques de biologie moléculaire. Elles consistent à attribuer des caractéristiques génétiques d’une espèce à une autre espèce ou d’un sujet génétique à un autre sujet génétique. De ce fait, les OGM sont des organismes transgéniques fabriqués pour conformer leurs caractéristiques à des objectifs déterminés par ceux qui les réalisent. Cette pratique a débuté au début des années 70 au nom de visées thérapeutiques. La première application commerciale sera celle de la production de l’insuline dite « recombinante » en 1982 par l’introduction d’un gène humain dans une bactérie qui déboucha sur la production d’insuline à l’origine de la plupart des traitements actuels du diabète. La même année, le transfert du gène d’une hormone de croissance du rat sur une souris aboutit à la naissance d’une souris géante, le premier animal génétiquement modifié. A partir de cette période, les modifications visant à modifier des plantes (1983) puis progressivement l’ensemble des organismes vivants seront utilisés par l’industrie à des fins diverses : résistance aux maladies ou à des insectes et nuisibles, résistance à des traitements chimiques, stérilisation de semences, digestibilité des aliments,  amélioration de productivité, adaptation à des écosystèmes, amélioration de caractéristiques esthétiques ou gustatives, et d’une façon générale, toute modification susceptible de servir des objectifs définis par les chercheurs.

Loin de se justifier pour des questions de productivité agricole, les études de productivité comparées à l’hectare entre les productions OGM aux Etats-Unis et celles des agriculteurs européens (sans OGM) font apparaître que si les gains de productivité de l’agriculture américaine sur ces denrées grâce aux OGM lui ont permis d’approcher les rendements (sans OGM) des cultures similaires des européens, elles ne leurs ont pas permis de les dépasser. Les plantes OGM sont cultivés depuis 1996 aux États-Unis, en Argentine et au Canada. En 2013, les PGM sont cultivées sur 175 millions d’hectares dans 27 pays (sur 197). Toutefois, 87% des surfaces GM sont concentrées sur le continent américain (nord et sud).

Malgré la volonté d’encadrer, de limiter, voire d’interdire ce type de pratiques, le développement de la modification génétique du vivant se généralise et ses répercussions aboutissent progressivement à la conformation du vivant dans son ensemble (directement ou par contamination) aux  objectifs déterminés par les acteurs de celles-ci. Les arguments des opposants à ces pratiques sont à classer en cinq catégories parfois utilisés de façon croisées :

1/ Le principe de précaution à cause des risques liés à une connaissance imparfaite des effets induits par les transferts génétiques, de la contamination de l’ensemble du vivant et des déplacements de pouvoirs induits par la brevetabilité des organismes créés.

2/ Le principe naturel au nom d’une vision conservatrice d’un vivant à préserver en l’état des modifications « aveugles » d’une humanité qui bricole et veut « jouer à Dieu ».

3/ Le principe politique dans la mesure où ces pratiques engendrent la privatisation et la marchandisation du vivant au nom d’intérêts privés engageant l’arraisonnement et la conformation du monde à leurs objectifs et leurs pouvoirs.

4/ Le principe sélectionniste porté par ceux qui considèrent que le « Génie Génétique » est non viable dans la mesure où il ne peut reconstituer les conditions de la sélection naturelle du fait de l’impossibilité des chercheurs et acteurs de ces techniques à mathématiser les effets de leurs « innovations » et des interactions qu’elles génèrent.

5/ Le principe de liberté. De ce fait, les OGM viseraient à court-circuiter les processus de sélection naturelle et à imposer des modifications à des organismes sur la base d’anticipations utilitaristes (obtenir un effet à un instant T), ce qui engagerait l’humanité à résoudre les difficultés qu’elle se crée en poussant toujours plus loin l’ingénierie génétique, comme elle sera tentée de le faire avec l’ingénierie sociale, climatique, etc.

Cette révolution engendrera un effet domino à trois dimensions qui aboutira à la conformation totale du vivant, de ses manifestations, de ses comportements et attributs afin de limiter l’impact des expériences précédentes sur la société.

Si ces arguments sont largement recevables, la probabilité pour qu’ils puissent empêcher la généralisation de ces pratiques est nulle. Les arguments des acteurs de la transformation génétique seront humanitaires (nourrir le monde, soigner les maladies, lutter contre les effets de telle ou telle évolution climatique, environnementale, etc.) et l’argument darwinien (si nous ne le faisons pas, nous laissons aux autres le soin de le faire et de nous imposer leurs règles, leur puissance et leur compétitivité) est et sera le meilleur moteur de la généralisation des OGM. L’apparition de technologies BioGM visant par exemple à attribuer des caractéristiques de résistance à des organismes afin de se dispenser de l’utilisation d’intrants chimiques, achèvera de fragmenter le camp des opposants aux technologies de modifications géniques.

Plus encore, avec les technologies du type CRISPR-Cas9, les outils disponibles pour intervenir sur les gènes deviennent accessibles à des budgets de plus en plus faibles et l’on peut prévoir que ces manipulations deviendront tout aussi accessibles au grand public dans le futur qu’une simple analyse de sang. Les politiques n’ont plus à déterminer s’il faut ou non utiliser ces techniques, mais quels types d’objectifs leur assigner, quels objectifs poursuivre et quels acteurs limiter en fonction de leurs objectifs propres ?

De fait, l’opposition parfaitement légitime des opposants aux modifications génétiques a empêché une approche pragmatique et politique de la question de l’utilisation du génie génétique, laissant à des intérêts privés le soin d’investir massivement des champs de recherche pour leurs propres profits et d’accumuler des compétences et des moyens qu’aucune politique d’endiguement n’empêchera durablement de proliférer. Il nous faudra probablement, face à la prolifération incontrôlable des technologies de manipulations génétiques et sans méconnaître les arguments solides des opposants aux OGM, opérer une distinction entre OGM nuisibles aux mains des transnationales de l’agrochimie et de futurs BioGM souverains. Jamais dans l’histoire, une technologie n’a disparu de la surface de la terre sans avoir été dépassée en puissance ou en efficacité ou sans  l’élimination de ses utilisateurs.

Laurent Ozon (Centurie News, 9 décembre 2016)

08/03/2017

Nietzsche en dictionnaire...

Les éditions Robert Laffont publient dans leur collection Bouquins, sous la direction de Dorian Astor, un Dictionnaire Nietzsche. Philosophe, germaniste et musicologue, Dorian Astor est déjà l'auteur d'un biographie de Nietzsche dans la collection Folio ainsi que d'un essai intitulé Nietzsche - La détresse du présent (Folio, 2014).

 

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"« Les mots et les concepts, écrivait Nietzsche en 1879, nous induisent continuellement à penser les choses plus simples qu'elles ne sont. » Conscients de cette mise en garde et du danger qu'il y a à prendre les mots pour des choses, les auteurs de ce Dictionnaire ont suivi un fil d'Ariane dans le labyrinthe de la pensée nietzschéenne : toute interprétation doit être elle-même interprétée, toute valeur doit à son tour être évaluée, avec ce sens de la nuance et cet " art de bien lire " recommandés par le philosophe-philologue, qui était aussi artiste et médecin.
Ce Dictionnaire Nietzsche, le premier d'une telle ampleur, fait pénétrer le lecteur dans le monde de la volonté de puissance, du surhumain et de l'éternel retour, dans l'univers de la tragédie et du gai savoir, dans la généalogie " humaine, trop humaine " des passions, des croyances, des idéaux et de la vérité elle-même. Il évoque aussi les adversaires et les alliés, les livres et les lieux, les arts et les sciences qui ont inspiré Nietzsche, reconstituant de proche en proche sa vie et son œuvre. Ce Dictionnaire témoigne de l'inépuisable créativité du philosophe, esprit libre et solitaire, critique sans concession du passé et du présent, penseur intempestif d'une philosophie de l'avenir dont les remèdes, parfois radicaux mais le plus souvent extrêmement subtils, n'ont pas fini de nous solliciter et de mettre à l'épreuve nos manières de penser.
Plus de trente spécialistes de Nietzsche, français et internationaux, ont contribué à ce Dictionnaire qui non seulement cristallise l'état présent des recherches mais indique aussi des directions pour leur évolution future. Accessible à différents niveaux, il s'adresse à tout lecteur curieux, qu'il soit familier ou non de Nietzsche et de la philosophie, en lui offrant des points de repère et des analyses approfondies pour découvrir l'une des pensées les plus déterminantes de l'époque moderne et contemporaine. "