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Points de vue

  • Union européenne : taper du poing sur la table, avant de la renverser !...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Paul Derey, cueilli sur Polémia et consacré à la possibilité d'une politique de force de la France vis-à-vis de l'Union européenne pour imposer des choix politiques hétérodoxes...

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    Union européenne : taper du poing sur la table, avant de la renverser !

    Les critiques de l’Union européenne sont omniprésentes à droite, mais les mesures de sortie des traités sont peu populaires. Éric Zemmour, en conférence à Toulon vendredi 17 septembre, estimait qu’il n’est pas question de sortir des traités, mais de cesser d’être « les bons élèves de l’Europe ». À Lille le 2 octobre, il appelait à lancer un ultimatum à Bruxelles, « tenir tête1 ». Détaillons cette position : existerait-il une alternative au Frexit pour la France afin de défier la bureaucratie bruxelloise ? Est-ce possible de désobéir à Bruxelles sans sortir de l’Union européenne ?
    Nous allons étudier et proposer une posture aussi radicale que crédible dans le contexte de la prochaine élection présidentielle ; politique esquissée par certains candidats déclarés. Quelques exemples pour comprendre où se trouve le véritable nœud gordien à trancher, et pourquoi il s’agit des juges français.

    Le mirage de la sortie de l’UE : un Brexit pour une « Global Britain »

    Derrière les critiques eurosceptiques des institutions européennes se cache un problème humain bien plus qu’économique ou juridique. Le Brexit en est une parfaite illustration : si les Britanniques n’ont pas plébiscité le Remain, c’est avant tout par préoccupation du contrôle des frontières et par volonté de reprendre le contrôle sur la politique d’immigration du pays2. C’est chose faite, puisque Boris Johnson propose finalement une politique migratoire plus « ouverte » que jamais : le 13 juillet 2019, il déclarait vouloir régulariser le statut de tous les sans-papiers présents sur le territoire, soit 500 000 rien qu’à Londres; il déclarait de même en juin 2020 vouloir offrir la nationalité britannique à trois millions de Hongkongais à la suite des velléités chinoises sur l’île4. Ces deux mesures de régularisation massive représenteraient près de 6 % de la population britannique…

    La mise en lumière des responsabilités de l’Union européenne et ses satellites ne doit pas conduire à déresponsabiliser les électeurs de ses États membres. Membre des traités européens ou non, une classe politique cosmopolite poursuit une politique cosmopolite. Le “problème européen” est humain et non institutionnel, en premier lieu, les classes politique et judiciaire françaises sont d’abord à blâmer. Michel Barnier déclarait jeudi dernier à propos de la politique migratoire à mettre en œuvre : « Nous ne pouvons pas faire tout cela sans avoir retrouvé notre souveraineté juridique, en étant menacés en permanence par d’un arrêt ou d’une condamnation de la Cour de justice européenne ou de la Convention des droits de l’homme, ou d’une interprétation de notre propre institution judiciaire5. » Derrière sa critique de la CEDH et de la CJUE, il livre une vérité que l’auteur du Coup d’État des juges6 connaît bien : “notre propre institution judiciaire” serait un frein égal à une réforme des politiques migratoires que les Cours européennes.

    La bureaucratie bruxelloise, miroir parfait des États membres

    Il faut d’abord comprendre que les représentants européens des États membres… sont avant tout nommés par les États membres ! En effet, un bref rappel de la nomination du personnel européen dans les différentes institutions s’impose afin de montrer que l’Europe des nations, c’est bien celle en place actuellement. En résumé, les institutions européennes « qui comptent » sont composées par les États membres (voir cet article pour une présentation détaillée des institutions européennes, la nomination de leurs membres, et leurs pouvoirs). En bref, les membres de la Commission sont proposés par les États membres et approuvés par le Parlement européen, les membres du Conseil européen et du Conseil de l’Union européenne sont les membres du gouvernement des États membres, même les juges de la CJUE et de la CEDH sont présentés par les États membres…

    Même les arrêts de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) ne sont contraignants que par un choix des juges français. Ces derniers sont le principal obstacle à la menée d’une politique patriote. Les membres des institutions européennes sont à l’image des pays qui les composent, en sortir ne garantit donc aucunement de ne plus subir ses effets.

    La résistance européenne en action

    Il serait dommage d’abdiquer le jeu de la politique européenne sans l’avoir joué. Il s’agit de quitter le légalisme, et de rentrer dans la politique, l’arène des rapports de force. Quelques exemples de résistances au rouleau compresseur du politiquement correct occidental et aux juges supranationaux afin de montrer que l’UE n’est que le « léviathan » que nous voulons voir en elle :

    • Les partis de gouvernement et d’opposition en Slovaquie se mettaient d’accord en novembre 2016 pour augmenter le seuil de pratiquants au-delà duquel une religion est reconnue par ce pays (de 20 000 à 50 000), afin de restreindre l’islam. La Slovaquie est un des pays européens les plus restrictifs en la matière, il ne comporte à ce jour toujours aucune mosquée sur son territoire, et ne semble pas décidé à changer7: « L’islam n’a pas sa place dans ce pays », ajoutait l’ex-Premier ministre Robert Fico en mai 20168.
    • En Estonie, la Constitution en vigueur (votée par référendum en 1992) prévoit dans son préambule que l’État « est établi sur le droit inextinguible du peuple estonien à l’autodétermination nationale […] qui garantira la préservation de la nation estonienne et de sa culture à travers les âges […]». Dénoncé comme « ethno-nationaliste9 », le préambule utilise en effet les concepts de nation estonienne (eesti rahvus) et de peuple estonien (Eesti rahvas) ; « eesti ravus » signifiant nation, au sens ethnique. Il y a donc la nation ethnique et la nation civique en Estonie, ce qui permet à certains chercheurs de qualifier l’Estonie, et parfois la Lettonie, de « démocratie ethnique » ; parmi ces chercheurs le sociologue israélien Sammy Smooha, inventeur de ce terme. Ce pays d’environ 1 300 000 habitants a beau déplaire au Conseil de l’Europe10, à l’ONU11 et à la Commission européenne12, son État a toujours pour but la préservation de la nation ethnique estonienne.
    • En Allemagne, la Cour suprême fédérale de Karlsruhe tapait sur les doigts de la Banque centrale européenne concernant ses programmes de rachat d’actifs en mai 202013. En effet, les juges avaient exigé dans leur arrêt que la BCE justifie ces rachats par rapport à son mandat (principe d’attribution), alors même que la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) validait en 2018 cette procédure de rachat de dette publique. Il s’agit d’une remise en cause retentissante de la primauté du droit européen sur les droits nationaux, qui a entraîné une procédure d’infraction de la Commission européenne en juin 202114 (« Un grave précédent», selon elle). Le gouvernement allemand annonçait en août 2021 « rejeter » cette procédure d’infraction, estimant que la Cour constitutionnelle fédérale n’avait nullement méconnu le droit européen15.
    • Toujours en Allemagne, la même Cour suspendait en mars 2021 la ratification du plan de relance de l’UE pourtant voté par le Parlement allemand, en raison d’un recours pour inconstitutionnalité. Ce recours, rejeté le mois suivant par les juges allemands16, montre cependant qu’un poids lourd de l’UE peut rappeler la primauté de son droit, lorsque ses juges le
    • La Hongrie et la Pologne, ont bloqué plusieurs semaines le plan de relance européen subordonné au respect de « l’état de droit » jusqu’en décembre 202017, remportant une victoire en demi-teinte, car ne « pesant » pas autant que leurs voisins de l’Ouest.

    Enfin, un exemple contraire, afin de montrer que dans l’UE, tout n’est que rapport de force : la Commission européenne annonçait en août 2021 vouloir retirer des subventions européennes à des régions polonaises en raison de leur résistance à la promotion de l’idéologie LGBT. Ces petites régions, fortement dépendantes des fonds européens, se sont couchées une par une quelques semaines plus tard à la suite de ce chantage18. Éric Zemmour, en « meeting » à Lille le 2 octobre, expliquait que la France doit « tenir tête à la Commission de Bruxelles et aux juges européens […]. Nous ne devons pas craindre les rodomontades et les crises d’hystérie de la Commission », car, contrairement à la Pologne, la France n’est pas dépendante des fonds européens, étant contributrice nette au budget de l’UE. Un atout de taille qui fera la différence avec la Hongrie, explique le journaliste. Cette position, qui rappelle le « plan A négociations » et le « plan B Frexit » de Jean-Luc Mélenchon en 2017, semble la meilleure en l’état actuel.

    Perspectives pour 2022 : que la France « tienne tête »

    Nous attendons donc le réveil d’un État fondateur de l’UE qui appuierait les États conservateurs de l’Est. La France pourrait être cet État conservateur, mais Michel Barnier rappelle que nos propres juges sont un frein à une politique patriote, au moins autant que les juges européens. Si le Conseil constitutionnel consacrait en 200619 la supériorité de « l’identité constitutionnelle de la France » contre les directives européennes allant à son encontre, les juges de la rue de Montpensier, menés par Laurent Fabius, sont aujourd’hui peu prompts à affirmer cette identité française : Éric Zemmour a raison de vouloir brider cette institution par une réforme constitutionnelle20.

    Peut-être faudra-t-il sortir la France de l’Union européenne et des autres traités, peut-être d’autres États membres21 le décideront avant nous. Cependant, ces mesures sont majoritairement rejetées par les électeurs du fait de la propagande gouvernementale, d’un sentiment européen diffus mais réel, et surtout de la peur justifiée de telles mesures. La France n’a pas encore tenté la moindre opposition sérieuse en politique européenne, il est urgent que le camp identitaire s’empare de cette question et porte au pouvoir au niveau local et national le changement qu’il souhaite imposer à l’international.

    Au risque d’être répétitif, la droite nationale doit tenter ce qui ne l’a en réalité jamais été au niveau européen : taper du poing sur la table, avant de la renverser. Ce n’est qu’après un possible quinquennat patriote entraînant enfin du ménage dans les institutions françaises d’abord, européennes ensuite, qu’il faudra se poser la question de la sortie des traités. Sans cela, l’incantation mystique d’un Frexit tourné vers l’Afrique sonnera comme ce qu’il apparaît être aux yeux des Français : un reniement de leurs racines, mais surtout une très mauvaise idée.

    Paul Derey (Polémia, 15 octobre 2021)

    Notes :

    1 Éric Zemmour en conférence à Lille, YouTube, 2 octobre 2021.

    2 « Brexit : les motivations de ceux qui l’ont voté », Jean-Christophe Catalon, La Tribune, 28 octobre 2016.

    3 « Régularisation, système à points… Boris Johnson veut revoir la politique migratoire britannique », Bahar Makooi, InfoMigrants, 29 juillet 2019.

    4 « Le pari fou de Boris Johnson », Anthony Bellanger, France Inter, 4 juin 2020.

    5 « La classe politique divisée après les critiques de Michel Barnier contre la justice européenne », Alexis Feertchak, Le Figaro, 12 septembre 2021.

    6 Zemmour (Éric), Le Coup d’État des juges, Grasset, 1997.

    7 « Slovakia bars Islam from becoming state religion by tightening church laws », Gabriel Samuels, The Independent, 1er décembre 2016.

    8 « Robert Fico: “Islam has no place in Slovakia” », Vince Chadwick, Politico, 26 mai 2021.

    9 « Preamble of Estonian Constitution: strive towards ethnic favoritism? », International Centre for Ethnic and Linguistic Studies, 9 avril 2018.

    10 « ECRI – Report on Estonia », European Commission against Racism and Intolerance (ECRI), Council of Europe, 2015.

    11 « Report of the Special Rapporteur on contemporary forms of racism, racial discrimination, xenophobia and related intolerance – Mission to Estonia », Human Rights Council of the United Nations, 17 mars 2008.

    12 « The meaning of racial or ethnic origin in EU lax: between stereotypes and identities », Lilly Farkas, European network of legal experts in gender equality and non-discrimination, European Commission, 2017.

    13 « L’arrêt du 5 mai 2020 de la Cour constitutionnelle fédérale d’Allemagne concernant le programme PSPP de la Banque centrale européenne », Jean-Claude Zarka, Actu juridique, 3 juillet 2020.

    14 « L’Allemagne dans le collimateur de l’UE, l’arrêt de la Cour constitutionnelle constitue un “grave précédent”! », Capital, 9 juin 2021.

    15 « Germany rebuffs EU legal move against Germany over ECB ruling », Reuters, 10 août 2021.

    16 « Feu vert de la justice allemande au plan de relance européen », Armelle Bohineust, Le Figaro, 21 avril 2021.

    17 « Plan de relance européen : la Pologne et la Hongrie se disent prêtes à lever leur veto », Virginie Malingre, Le Monde, 10 décembre 2020.

    18 « Quatre régions polonaises cèdent au chantage LGBT », Visegrád Post, 29 septembre 2021.

    19 Décision n° 2006-540 DC, Conseil constitutionnel, 27 juillet 2006.

    20 Éric Zemmour chez Pascal Praud, « L’heure des pros », CNews, 13 septembre 2021.

    21 « Still unpopular among the public, Polexit is no longer a taboo for the Polish right », Olivier Bault, Visegrád Post, 11 septembre 2021.

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  • L'âme des peuples, origine des institutions...

    Vous pouvez découvrir ci-dessous une nouvelle vidéo d'Ego Non qui évoque l’importance de l’hérédité et de l’histoire chez les peuples au travers de l'œuvre du sociologue et anthropologue Gustave Le Bon (1841-1931) célèbre, notamment, pour son essai intitulé Psychologie des foules.

     

                                          

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  • La nouvelle « nouvelle économie »...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue d'Hervé Juvin, cueilli sur son site personnel et consacré à la nouvelle économie des entreprises géantes et monopolistiques.

    Économiste de formation et député européen, Hervé Juvin est notamment l'auteur de deux essais essentiels, Le renversement du monde (Gallimard, 2010) et La grande séparation - Pour une écologie des civilisations (Gallimard, 2013). Candidat aux élections européennes sur la liste du Rassemblement national, il a publié récemment un manifeste intitulé France, le moment politique (Rocher, 2018).

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    La nouvelle « nouvelle économie »

    Elle faisait les grands titres des journaux économiques dans les années 2000. C’était le temps de « l’entreprise sans usines » (Serge Tchuruk), le temps aussi où des sociétés à peine nées, sans chiffre d’affaires et sans business model, mais avec une belle histoire à raconter aux investisseurs, réunissaient des millions de dollars.

    Cette nouvelle économie est venue se briser sur le krach des valeurs du numérique et de la « tech » au début des années 2000, elle a sombré lors du krach de 2007-2008. Mais voilà que de nouveau le mot, ou la question, s’imposent : l’économie a changé. À l’évidence, les règles jugées acquises ne s’appliquent plus. Et nous manquons à la fois des mots pour désigner la situation, des concepts pour l’analyser, et des lunettes pour regarder en face la réalité d’une économie sortie de son lit. De sorte que nous n’en finirons jamais avec la nouvelle économie — chaque fois nouvelle et si vite dépassée…

    Seule l’Union européenne croit à la concurrence

    Première caractéristique ; la fin de la concurrence comme l’économie classique l’enseigne, comme seules l’Union européenne et sa Commission y croient encore. Pour une part sans cesse croissante des services et de l’industrie, des acteurs en situation de monopole et, plus souvent, d’oligopoles, se partagent les marchés mondiaux, décident des prix et des offres. Peter Thiel l’affirme sans détour ; « la concurrence est l’affaire des perdants ».

    Les gagnants de l’économie d’aujourd’hui ne sont pas en concurrence. Ils créent leur marché, ils inventent leur marché, ou bien ils concentrent les offres pour partager leur marché. Ce qui veut dire en clair qu’ils suppriment le marché comme nous le connaissons, et comme nous faisons encore semblant qu’il existe. Il est grand temps de se le dire ; la concentration des entreprises étouffe la concurrence, et le « quantitative easing » signifie la suppression de la fonction éminente des marchés ; donner un prix au risque et hiérarchiser les risques des investissements. Les marchés ont perdu leur fonction principale, pour devenir les courroies de transmission des banques centrales, anesthésiées qu’ils sont par l’afflux intarissable de monnaie. Mais quel réveil les attend ?

     Quant à la fonction de l’entrepreneur… Au capitalisme monopoliste d’État a succédé le capitalisme monopoliste privé. Il n’est pas sûr que nos sociétés y aient gagné quelque chose. D’autant que ce mouvement s’accentue au moment où la marche en avant du grand marché mondial s’inverse. Fin du « zéro stock, zéro délai, trésorerie zéro » ; disruption majeure des chaînes logistiques qui assuraient la ronde incessante des composants autour du monde — le manque de semi-conducteurs paralyse déjà maints constructeurs, la pénurie d’énergie menace des millions de ménages de précarité énergétique, et certains voient venir la pénurie alimentaire… et en pareilles circonstances, seule l’intervention de l’État peut maintenir les marchés en état de marche, et empêcher qu’ils ne tournent au racket, à l’usure, et aux monopoles.

    Une concentration féodale de l’économie

    Deuxième caractéristique ; la concentration qui se poursuit, et même, s’accélère, repose la question des inégalités en termes de pouvoir, donc de démocratie. Concentration des capitaux, des moyens, et des revenus. Le pape François s’était attiré la commisération des économistes, en dénonçant une théorie du « ruissellement » (« trickle down economics ») justifiant la faible imposition des super-riches en vertu du principe selon lequel leur richesse « ruissellerait » naturellement vers les classes moyennes et les plus démunis. Il avait raison. Rien ne vient vérifier cette théorie, jamais observée nulle part depuis le Moyen Âge et le devoir de munificence imposé aux riches et puissants ; ils doivent dépenser, pour que les autres, artisans, commerçants, paysans profitent de leur richesse!

    Et le succès mondial du travail de Thomas Piketty, malgré ses imperfections de détail, dit l’essentiel ; le sentiment d’inégalité grandit, il s’appuie sur les faits, et il devrait figurer en tête de toute réflexion politique. Car ce n’est plus d’argent qu’il s’agit, mais de pouvoir. Car pour beaucoup de ceux qui se croyaient « classe moyenne », ce n’est plus d’inégalité qu’il s’agit, mais d’injustice, et de pauvreté. Ce n’est pas qu’en France que le pouvoir d’achat redevient la première préoccupation de citoyens de plus en plus exposés à la précarité économique, énergétique, alimentaire bientôt !

    Le mouvement de concentration le plus préoccupant se déroule dans l’industrie et la finance saisies par le numérique. Trois sociétés de gestion, toutes Américaines (Blackrock, State Street, Vanguard ; voir American Affairs, spring 2021), sont en passe de contrôler la plupart des conseils d’administration des très grandes entreprises américaines et européennes. Une poignée d’entreprises contrôle l’alimentation mondiale, que ce soit comme fournisseurs d’intrants, comme propriétaires des gènes des espèces exploitées, ou comme commerçants des matières premières alimentaires. Et dans combien d’autres secteurs industriels, le pouvoir de marché est entièrement passé aux mains de producteurs qui forment ostensiblement des oligopoles.

    La conséquence politique est majeure ; la démocratie libérale reposait sur le tissu d’indépendant, d’artisans, de PME familiales qui créent encore aujourd’hui 80 % des emplois. Ce tissu se déchire. Avec lui, le libéralisme. Et nous devons regarder la réalité en face ; l’économie des monopoles de l’Internet et de la distribution est la moins libérale qui soit. Des monopoles capitalistes privés remplacent les monopoles capitalistes d’État, qui croit au progrès ?

    Un capitalisme totalitaire ?

    Troisième caractéristique ; le capital acquiert le monopole de la force. C’est le fait révolutionnaire du capitalisme devenu totalitaire. Twitter, Facebook, combien d’autres, peuvent prononcer la mort sociale de tous ceux qui ne se conforment pas aux codes implicites qu’ils ont eux-mêmes établi, ou pire encore, qu’ils n’ont jamais établi, ce qui laisse place à l’arbitraire, et qu’ils font appliquer par des sous-traitants dont il est permis de mettre en doute la faculté d’appréciation. Le mécanisme est bien connu, les régimes totalitaires l’ont employé ; la seule perspective d’être censuré instaure une autocensure préventive, de sorte que même les informations les plus vérifiées, les faits les plus établis, les opinions les plus largement partagées ne seront pas exprimées, dès lors que leur expression enfreint le code imposé par les censeurs des réseaux.

    Ceux qui ont connu les formules obligées de l’empire soviétique, ou de la Chine de Mao, du « tigre de papier » américain aux « chiens de garde » du capitalisme retrouvent avec curiosité les formules obligées sur « la société ouverte et inclusive », sur « les bénéfices du multiculturalisme » et, bien entendu, sur « les hommes sont tous les mêmes ». Inutile de préciser que c’est le moyen choisi pour imposer l’immigration de masse aux peuples qui la refusent, de nier le lien manifeste entre migrations illégales et délinquance, ou d’interdire le débat sur un multiculturalisme dont, pourtant, même Mme Merkel avait constaté l’échec manifeste en Europe.

    Il s’agit là du renversement le plus décisif. Le monopole de la force appartient à l’État dans toute Nation civilisée ; c’était l’un des piliers du droit et des Droits. Il n’en reste rien. Quand un magnat d’Internet et des réseaux, comme Jack Ma, défie le pouvoir en place à Pékin et l’autorité du Parti communiste chinois, il va méditer quelques semaines en résidence forcée sur la fragilité de son empire — d’autres méditeront plus longuement en camp de travail. Quand Twitter suspend le compte du Président en exercice du pays le plus puissant du monde, Donald Trump, c’est le Président qui s’en va, et ni Jeff Bezos, ni Bill Gates, ni Mark Zuckerberg ne tremblent devant la perspective de quelques mois en camp de travail…

    Devant les géants d’Internet, nos dirigeants ont abandonné leur mission de défense des libertés. Après quelques annonces à ce sujet ; même Donald Trump a vite abandonné la partie… Nos démocraties sont en proie à un capitalisme devenu totalitaire, à une économie sortie de ses bases, et à l’avènement d’un constructivisme social absolu. Ce n’est pas ce qui est qui compte, c’est ce qui devrait être. Énoncer la réalité, la regarder en face et en témoigner publiquement, c’est déjà se rendre coupable. Après Marine Le Pen, et tant d’autres avec elle, Éric Zemmour va bientôt s’en rendre compte…

    Pénaliser le débat autour d’un génocide dont la réalité se limite sans doute à celle de massacres intercommunautaires, en Bosnie-Herzégovine, mais dont le proconsul allemand nommé par Washington veut faire un article de foi dont la négation serait passible de prison, afin de marginaliser la résistance serbe ; interdire d’appeler les choses par leur nom, de dire qui est qui, qui fait quoi, et qui est responsable de quoi ; un effort immense pour mettre le spectacle que la société se donne à elle-même en conformité avec les intérêts dominants, pas avec la réalité de ce qu’elle est, refonde l’espace public, la liberté d’expression, et, à la fin, la conscience de soi. La réécriture de l’histoire bat son plein ; et de Shakespeare à Tintin ou au Club des Cinq, l’héritage européen subit la censure des « woke » — et sa destruction de l’intérieur.

    Ceux qui parlent de l’obscurantisme de l’Islam, pas toujours sans raison, ceux qui dénoncent le contrôle social que la Chine exerce sur ses citoyens, à juste titre, ceux qui mettent en cause avant même que les bureaux de vote ne soient ouverts, la sincérité des élections en Russie, devraient être plus attentifs à l’obscurantisme qui gagne les démocraties libérales, sous couvert de big data, d’intelligence artificielle, et de contrôle des réseaux. Car la vraie force de l’Europe, puis de l’Occident a été une conscience aiguë du monde tel qu’il est ; à la suite de Machiavel, et de son invite à considérer «  la réalité effective de la chose », plutôt que l’histoire qui en est racontée, l’Occident a su ne pas se raconter d’histoire. Ce temps-là est fini. Mais quel est ce nouveau voile d’ignorance que la société prétendue de la connaissance étend sur le réel, ceux qui le disent, et ceux qui se vouent à cette vertu oubliée ; la lucidité ?

    Hervé Juvin (Site officiel d'Hervé Juvin, 11 octobre 2021)

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  • Le lobby saoudien : l'argent n'a pas d'odeur...

    Pierre Conesa, membre du conseil d'orientation de Geopragma, évoque pour Terra Bellum le lobby saoudien et son action à travers le monde...

    Agrégé d'histoire et énarque, Pierre Conesa a fait partie dans les années 90 de la Délégation aux affaires stratégiques du Ministère de la défense. Il est l'auteur de plusieurs essais, dont, notamment, Dr. Saoud et Mr. Djihad - La diplomatie religieuse de l'Arabie saoudite (Robert Laffont, 2016), Hollywar - Hollywood, arme de propagande massive (Robert Laffont, 2018), et Le lobby saoudien en France - Comment vendre un pays invendable (Denoël, 2021).

     

                                               

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  • La guerre des cerveaux a commencé, mais nous regardons ailleurs...

    Vous pouvez découvrir ci-dessous un point de vue d'Olivier Babeau cueilli sur Figaro Vox et consacré à l'enjeu de la préservation de l'intelligence dans nos sociétés. Professeur en sciences de gestion à l’université de Bordeaux, Olivier Babeau est également président de l'Institut Sapiens.

     

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    Utilisation des jeux vidéo encadrée en Chine: «La guerre des cerveaux a commencé, mais nous regardons ailleurs»

    La Chine a pris plusieurs décisions surprenantes au cours des derniers mois. Les jeunes de 18 ans ne peuvent désormais plus jouer plus de trois heures par semaine aux jeux vidéo en ligne (seulement de 20h à 21h, du vendredi au dimanche). Les moins de 16 ans ont l'interdiction de diffuser leurs parties vidéos en ligne. Les montants dépensés chaque mois dans ces jeux sont également plafonnés. Cette réglementation vient considérablement durcir des limitations mises en place en 2019. Autre annonce récente : le temps de présence sur l'appli TikTok, très populaire auprès des jeunes, est désormais limité à 40 minutes par jour.

    On peut bien sûr s'indigner de ces mesures et les interpréter comme des exemples supplémentaires de l'autoritarisme du régime chinois. Mais ce serait passer à côté de l'essentiel. Ces interdictions ne sont pas des mesures de contrôle politique, mais de santé publique et d'efficacité économique. Les motifs de ces interdictions sont clairement explicités : il s'agit de lutter contre «l'opium mental» que constituent les écrans pour les jeunes.

    Les comportements addictifs liés aux écrans ne sont pas sans conséquence : baisse de la vision, de la mémoire et de la capacité d'attention, vie trop sédentaire, dépression et anxiété. Des inquiétudes corroborées par d'innombrables études, comme le rappelle Michel Desmurget, auteur du livre à succès La fabrique du crétin digital : «sur un cerveau en construction, on observe un impact majeur des écrans récréatifs sur le langage, la concentration, la mémoire, l'attention et la réussite scolaire. L'intelligence humaine étant intimement liée à nos capacités langagières, de mémoire et de concentration, il y a vraiment de quoi s'inquiéter».

    Chacun sait que deux grands modèles politiques se livrent plus que jamais une lutte sourde : les démocraties libérales et les régimes autoritaires. Les premières refusent d'utiliser les mêmes outils que les seconds. Mais elles sont pourtant confrontées aux mêmes défis. Au XXIe siècle, le capitalisme industriel est devenu capitalisme cognitif ; le succès des pays dépend de l'abondance et la performance et cerveaux affûtés.

    Un système scolaire d'excellence ne suffit pas : encore faut-il que les cerveaux ne soient pas abîmés par les écrans. Les dirigeants chinois ont jugé nécessaire de limiter le temps d'écran car ils estimaient qu'ils constituaient une menace, au fond, non seulement pour la santé des jeunes, mais à plus long terme pour la performance de leurs cerveaux. Or il n'y a aucune raison de penser que les écrans affectent moins la cognition des petits Français que celle des petits Chinois. Selon l'ANSES, les 11-24 ans passent plus de 26 heures par semaine devant les écrans en moyenne. Ce temps est pris aux dépens d'une activité physique qui se réduit à moins de 30 minutes par jour pour 45% des 11-14 ans.

    La guerre des cerveaux fait rage, et elle détermine la puissance future des nations, mais nous regardons ailleurs. En Corée du Sud, c'est pour empêcher les enfants de travailler qu'il a fallu légiférer ! Le gouvernement a dû interdire les cours après 22 heures. Mais cette interdiction est contournée grâce aux vidéos en ligne dont le pic de connexions a lieu entre 23h et 1h du matin ! Un risque qui ne menace pas la France ...

    Si nous devons nous inquiéter de l'usage qui est fait du «temps de cerveau disponible» (pour reprendre l'expression célèbre de Patrick Le Lay), ce n'est pas seulement parce qu'il porte en germe un affaiblissement face à des pays concentrés sur le développement de leurs performances cognitives ; le risque est aussi celui d'une aggravation des déterminismes sociaux. Les études ont montré depuis longtemps que les comportements dangereux pour la santé sont très significativement plus répandus dans les populations plus modestes. La pauvreté, autrement dit, est corrélée à la consommation de cigarette, d'alcool et à l'obésité. Les conséquences sur leur vie sont hélas mesurables : ils vivent moins longtemps et en moins bonne santé. L'écran fait partie de ces nouveaux comportements à risque. Le temps d'écran est supérieur de 40% chez les enfants de foyers modestes par rapport aux foyers aisés.

    Les milieux aisés développent des stratégies élaborées de contrôle de ce temps pour leurs enfants. Elles permettent de tirer le meilleur de ces ressources nouvelles d'apprentissage et de formation au monde. Il faut prendre conscience que les milieux modestes n'ont pas ce savoir-faire. Tous les efforts de rattrapage des inégalités sociales faits durant le temps scolaire risquent fort d'être anéantis s'ils ne se doublent pas d'une action sur le temps d'écran. Il ne s'agit sans doute pas d'utiliser en France les méthodes chinoises ; mais il importe de réfléchir collectivement à la façon dont nous pouvons mieux protéger les enfants, en particulier ceux issus des milieux les plus modestes, du risque avéré lié à une fréquentation incontrôlée des écrans.

    Olivier Babeau (Figaro Vox, 5 octobre 2021)

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  • L’Occident comme déclin...

    Vous pouvez découvrir ci-dessous une nouvelle vidéo d'Ego Non qui évoque l'œuvre capitale de Guillaume Faye, L’Occident comme déclin (Le Labyrinthe, 1984). Dans cet ouvrage, la réflexion de Faye embrasse l’évolution historique de l’Occident, les caractéristiques fondamentales de « l’idéologie occidentale » ainsi que l’épineuse question du déclin, déjà abordée par Oswald Spengler.

     

                                           

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