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Points de vue

  • Le flicage plutôt que le dépistage...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Michel Geoffroy cueilli sur Polémia et consacré aux mesures liberticides prises tranquillement par le gouvernement sous couvert de la crise sanitaire largement provoquée par son inaction face à l'épidémie... Ancien haut-fonctionnaire, Michel Geoffroy a récemment publié La Superclasse mondiale contre les peuples (Via Romana, 2018).

     

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    « Français, vos papiers ! » Le flicage plutôt que le dépistage

    Le ministre de l’Intérieur en avait sans doute rêvé : voilà les Français assignés à résidence pour une durée indéterminée. Et les rassemblements interdits. Finis les Gilets jaunes ! Oubliée la claque reçue par le parti présidentiel lors du premier tour des municipales ! Puisque de toute façon le second tour n’est pas pour demain.
    Avec le coronavirus, on a enfin muselé ces Gaulois jamais contents. Ah, Dieu, que la pandémie est jolie !

    Les Français, coupables de l’épidémie

    Faute de masques, de dispositifs de dépistage, de respirateurs, et compte tenu de la saturation de notre système hospitalier, le gouvernement ne pouvait que prendre la voie du confinement durable des Français.

    Même si cela surprend les Chinois et suscite les critiques du corps médical. Mais le conseil scientifique, qui semble désormais diriger la France, en a, paraît-il, décidé ainsi. Don’t acte.

    Ah ! Ces cochons de Français rebelles au confinement, aux gestes barrière et à la distanciation sociale, on va les mâter !

    Les médias et les ministres ne cessent de les diaboliser : bientôt la pandémie sera de leur faute. Pas celle de la mondialisation débridée, du sans-frontiérisme, de la réduction des emplois et des dépenses publiques au nom du pacte de stabilité européen et de la bureaucratisation des professions de santé.

    Non, c’est la faute aux Français qui ne se confinent jamais assez bien !

    Curieusement on nous parle moins de ce qui se passe dans les banlieues ou les quartiers de l’immigration, manifestement à des années-lumière du confinement national. Mais il parait que «ce n’est pas une priorité que de faire respecter dans les quartiers les fermetures de commerces et de faire cesser les rassemblements», pour le Secrétaire d’État Laurent Nuñez. Il ne faut pas les stigmatiser comme dirait Sibeth Ndiyae, la porte-parole du gouvernement.

    De même on glisse sur les bobos, alliés du pouvoir, qui ont quitté les villes pour se réfugier à la campagne, emportant nonchalamment le virus avec eux.

    Non ce qui importe ce sont, encore et toujours, ces maudits français souchiens, ceux de la France périphérique, qui d’après nos médias ne comprendraient jamais rien.

    Avec le coronavirus, on va plus loin

    Le choix gouvernemental du confinement permet d’aller encore plus loin dans le flicage des Français.

    Le gouvernement a déjà rétabli les Ausweis : pour sortir il faut désormais exhiber le bon papier lors des contrôles. Sinon, Achtung ! On menace les Français d’amendes alourdies, voire de prison, au moment où le ministre de la Justice souhaite relaxer 5 000 détenus en fin de peine pour… lutter contre l’épidémie dans les maisons d’arrêt. Comprenne qui pourra.

    Peut-être demain rétablira-t-on les tickets de rationnement, comme au bon vieux temps, pour empêcher les autochtones de faire trop souvent leurs courses ? Le préfet de l’Aisne ne voulait-il pas interdire la vente d’alcool comme au temps de la prohibition ?

    Certains maires mettent déjà en place un couvre-feu avec l’accord des préfets, donc de l’État (mais pas en Seine-Saint-Denis, ce ne serait pas approprié, nous dit-on). D’autres rêvent de géolocalisation qui permettrait de mieux pister les malades et surtout les Français récalcitrants. On lâche les drones de surveillance.

    On en vient donc à adopter ce que l’on condamnait hier en Chine.

    Où va-t-on s’arrêter ?

    L’état d’urgence était-il urgent ?

    Emmanuel Macron a déjà fait entrer en 2017 les dispositions de l’état d’urgence contre le terrorisme dans le droit commun, ce qui signifie qu’il a réduit à due concurrence les libertés des Français. Mais cela ne suffisait pas, manifestement.

    Nous voilà donc maintenant sous le régime de l’état d’urgence sanitaire, qui autorise de nouvelles restrictions aux libertés et au droit de propriété, pour une durée de deux mois. Au-delà il faudra une loi pour le proroger, mais, comme LREM a encore la majorité des suffrages à l’Assemblée nationale, cela ne constitue pas vraiment une garantie !

    En outre, l’état d’urgence sanitaire concerne tous les Français sans restriction, alors que les mesures antiterroristes ne touchaient qu’un nombre limité de personnes.

    Mais cette urgence était-elle nécessaire ? Pour fabriquer des masques ? Pour construire des hôpitaux ? Ou pour continuer de déconstruire le droit social ?

    La peur, c’est bon pour l’audience, coco !

    Les mêmes qui, il y a quelques semaines encore, relayaient les messages lénifiants de Mme Buzyn alors ministre de la Santé, nous bombardent maintenant de nouvelles toujours plus effrayantes, appliquant une nouvelle fois une vieille recette de la désinformation : la méthode du fil de fer, consistant à tordre l’opinion dans un sens et dans un autre, pour la briser.

    On nous dit que, dans l’Est, les cadavres vont s’entasser dans les patinoires. Dans les EHPAD, nos anciens tomberaient comme des mouches. On s’attendrait à des centaines de milliers de morts. Nous ne sommes qu’au début de la crise, avertissent les experts médiatiques. Voyez ce qui se passe en Italie…

    La peur, c’est bon pour l’audience, donc pour la pub, coco ! Et le confinement c’est aussi bon pour l’audimat et la propagande !

    La peur, instrument de la stratégie du chaos

    La peur permet surtout la sidération de la population. Elle nous fait entrer dans l’émotionnel et abandonner le rationnel.

    Elle relève de la stratégie du chaos, qui sert à déconstruire les défenses immunitaires du corps social, pour lui imposer ce qu’il ne veut pas.

    Comme l’écrivait Jacques Attali, « l’histoire nous apprend que l’humanité n’évolue significativement que lorsqu’elle a vraiment peur [1] ». C’est pourquoi le mondialisme va de pair avec le catastrophisme : l’annonce par les experts (les sachants) de catastrophes à venir permet de justifier la marche vers un gouvernement mondial auprès de la population.

    Aujourd’hui, le coronavirus a nettement remplacé les vociférations de Greta Thunberg, dans le registre de la peur surmédiatisée en Occident.

    Un flicage disproportionné

    Nos concitoyens ont peur de l’épidémie et globalement, malgré ce que prétendent les médias, ils respectent les règles de confinement. Il suffit de voir nos villes vidées de leurs habitants pour s’en convaincre. Même s’ils se montrent critiques vis-à-vis de la façon dont on a géré jusqu’à présent l’épidémie et s’ils se méfient des mensonges du pouvoir [2].

    Dans ce contexte, le prurit répressif qui s’est emparé des autorités et des édiles, semble plus que disproportionné. Mais il est, avec la propagande et ses mensonges, une composante essentielle de la macronie.

    Il sert aussi à masquer la médiocre efficience de nos autorités dans la gestion, jusqu’à présent, de cette crise.

    Face au virus , le flicage ne remplacera pas le dépistage. Mais il risque de renforcer la dictature Macron.

     

    Michel Geoffroy (Polémia, 30 mars 2020)

     

    Notes :

    [1] L’Express du 3 mai 2009.

    [2] Selon un sondage Elabe pour BFMTV, publié le 25 mars 2020, trois Français sur quatre considèrent que la France n’est pas préparée pour lutter contre l’épidémie. La moitié n’approuve pas les actions du gouvernement. Enfin, près de neuf sondés sur dix sont préoccupés par la situation.

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  • Voir au-delà de l’épidémie...

    Vous pouvez découvrir ci-dessous une intervention de Slobodan Despot consacrée à l'épidémie de Coronavirus et à sa suite. Éditeur, directeur de la lettre hebdomadaire Antipresse, Slobodan Despot a, notamment, publié deux romans, Le miel (Gallimard, 2014) et Le rayon bleu (Gallimard, 2017).

     

                                         

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  • La liberté, malgré les urgences !...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue d'Eric Werner, cueilli sur le site d'Antipresse et consacré au recul progressif de la liberté en Europe, et en particulier en France.

    Penseur important et trop peu connu, Eric Werner est l'auteur de plusieurs essais marquants comme L'avant-guerre civile (L'Age d'Homme, 1998 puis Xénia, 2015), De l'extermination (Xénia, 2013), ou Un air de guerre (Xénia, 2017), et de recueils de courtes chroniques comme Ne vous approchez pas des fenêtres (Xénia, 2008) et Le début de la fin et autres causeries crépusculaires (Xénia, 2012). Il vient de publier dernièrement Légitimité de l'autodéfense (Xénia, 2019).

     

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    La liberté, malgré les urgences !

    Les sociétés européennes se trouvent aujourd’hui confrontées à de tels défis qu’il peut apparaître étrange, pour ne pas dire inactuel, de s’interroger sur ce que devient aujourd’hui la liberté en Europe. Ce n’est à coup sûr pas une priorité. Et pourtant c’est ce qu’on va essayer ici de faire malgré le couvre-feu matériel et mental imposé par la lutte contre le Coronavirus.

    Il est beaucoup aujourd’hui question de «dérive autoritaire» en Europe. C’est évidemment un euphémisme. La vraie question, en fait, qui se pose (au-delà même de celle consistant à se demander si nous sommes encore en démocratie) est celle de l’État de droit. Que subsiste-t-il aujourd’hui encore dans nos pays de l’État de droit?

    Je dis «nos pays», car la question ne se pose pas seulement dans certains d’entre eux à l’exclusion d’autres hypothétiquement mieux favorisés, mais peu ou prou partout. Un pays comme la France est évidemment en première ligne. Il serait fastidieux de dresser la liste de toutes les atteintes à l’État de droit survenues en France au cours de la période récente, en lien ou non avec l’épisode des Gilets jaunes. Ces atteintes sont graves et n’ont pas leur équivalent ailleurs. Mais il ne faut pas se faire d’illusions. On est certainement légitimé à insister sur la singularité française. Mais, d’une part, cette singularité n’est que relative, et d’autre part la France ne fait que précéder les autres pays dans une évolution d’ensemble n’épargnant, en fait, aucun pays. Elle a simplement une longueur d’avance.

    Le problème doit donc être abordé à l’échelle du continent dans son ensemble. On admettra sans peine par exemple que les violences policières constatées ces derniers mois en France n’ont pas leur équivalent en Suisse. Mais divers scandales survenus récemment à Genève, ville frontalière, montrent que la Suisse n’est pas a priori à l’abri de tels débordements (1). D’autres exemples pourraient être cités, notamment un, il y a deux ans, dans le canton de Berne. L’affaire avait débouché dans une interpellation au Grand Conseil bernois. Les violences policières sont encore en Suisse l’exception. Mais il ne faut pas dire qu’elles n’existent pas.

    Par ailleurs, les violences policières n’épuisent pas le problème. Ainsi, toujours en Suisse, le Parlement s’apprête à adopter un projet de loi sur les mesures policières de lutte contre le terrorisme, projet de loi entérinant le principe selon lequel de telles mesures pourraient être prises en dehors de tout contrôle judiciaire. Il ne faut pas idéaliser la justice, ni bien sûr non plus surestimer son aptitude à protéger les libertés fondamentales (la violence judiciaire n’est pas un vain mot, elle n’a souvent rien à envier à la violence policière proprement dite), mais le contrôle judiciaire n’en est pas moins préférable à pas de contrôle du tout. Un tel contrôle ne garantit assurément pas en lui-même la survie des libertés fondamentales, mais peut en revanche, dans une certaine mesure au moins, la favoriser. Alors qu’avec sa suppression une telle survie devient hautement improbable, pour ne pas dire désespérée.

    Le modèle français

    La Suisse se borne ici à suivre l’exemple français, puisqu’en 2017 déjà le Parlement français avait décidé de transférer dans le droit ordinaire certaines dispositions de l’état d’urgence, au nombre desquelles, justement, l’abolition du contrôle judiciaire sur les actes des autorités en lien avec la lutte contre le «terrorisme». On met ici le mot «terrorisme» entre guillemets, car les autorités françaises ont tendance à user et abuser de cette notion en en donnant une interprétation très extensive. On est très vite aujourd’hui en France traité de «terroriste».

    On pourrait aussi parler des atteintes croissantes à la liberté de parole et de critique, qui font qu’il devient de plus en plus risqué aujourd’hui d’aborder certains sujets jugés sensibles. Il n’y a pas encore à l’heure actuelle en Suisse de loi Avia, mais il est évident qu’un jour ou l’autre il y en aura une, car on voit mal la Suisse ne pas s’aligner sur ce qui se fait ailleurs en ce domaine. Ce ne sera au reste pas très compliqué. Il suffira de compléter l’article 261 bis du Code pénal, par simple adjonction d’un ou deux alinéas, comme cela vient de se faire pour la pénalisation de l’homophobie. Il faut en tenir compte quand on dit que la liberté d’expression est aujourd’hui mieux garantie en Suisse qu’en France. C’est certainement vrai en soi, mais encore une fois, c’est le mouvement d’ensemble qui compte.

    Et ainsi de suite. En France toujours, un décret du 20 février dernier légalise le fichage généralisé des individus, au travers d’une nouvelle application numérique dénommée GendNotes. Les gendarmes sont encouragés désormais à collecter des données à caractère personnel (y compris celles relatives aux opinions philosophiques et politiques). Ils l’ont naturellement toujours fait dans le passé, mais c’est maintenant légalisé. On peut bien, si l’on y tient, parler ici de «dérive autoritaire», mais chacun admettra qu’il s’agit de tout autre chose. On assiste en fait à la mise en place d’un régime de type orwellien inaugurant une nouvelle espèce de totalitarisme. La généralisation à tous les coins de rue de la reconnaissance faciale s’inscrit également dans ce contexte.

    Insistons au passage sur le fait qu’avec l’avènement des nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC), les choses se font en quelque sorte toutes seules. C’est une opportunité qui s’offre à l’État, et celui-ci, tout naturellement, en profite.

    L’humain rapetissé

    On est dès lors amené à se poser cette question: comment se fait-il que personne ne réagisse? En fait, ne se révolte? Car, effectivement, les gens ne révoltent pas. On pourrait dire que la non-révolte est chose normale: plus normale, en tout cas, que la révolte. On ne se révolte qu’exceptionnellement. Les gens ne se rendent pas non plus toujours compte à quels risques ils s’exposent en ne se révoltant pas. Ou quand ils s’en rendent compte, il est déjà trop tard. Ils cèdent également volontiers à la peur. Etc. Tout cela étant admis, on n’en reste pas moins surpris de la passivité et de l’absence de réaction des citoyens. Ils donnent l’impression d’être comme tétanisés. Il y a certes eu l’épisode des Gilets jaunes. Mais leurs revendications étaient d’ordre surtout économique.

    C’est un sujet complexe, on ne va bien sûr pas ici en faire le tour, juste développer une ou deux remarques. On s’inspirera ici du dernier livre d’Emmanuel Todd, Les Luttes de classes en France au XXIe siècle (2), qui aborde le problème sous l’angle anthropologique. Prenant le contre-pied d’une thématique aujourd’hui ressassée, celle de «l’homme augmenté», Todd dit que l’homme contemporain est au contraire extrêmement «diminué». L’individu n’est pas devenu aujourd’hui «plus grand», comme on le prétend parfois, mais au contraire «plus petit». Todd se réfère à certains travaux récents sur la dépression et la fatigue mentale des individus à notre époque. Il insiste également sur le fait que les dernières décennies ont été marquées par un double effondrement religieux et moral, double effondrement qui n’est évidemment pas resté sans effet sur la psyché individuelle. L’ancienne religion s’est effondrée, et avec elle l’ensemble des croyances et points de repère qui contribuaient jusqu’à une date encore récente à «encadrer» l’individu et par là même à le renforcer, à lui donner confiance en lui-même: on pense en particulier au cadre national. L’individu est aujourd’hui très largement abandonné à lui-même. Et donc, tout naturellement, tend à «s’affaisser», à se rapetisser.

    C’est un début de réponse. La fatigue, en elle-même, n’est pas nécessairement incompatible avec la révolte, il y a des gens fatigués qui pourtant se révoltent. Mais ce n’est pas le cas le plus fréquent. Ce que la fatigue nourrit plutôt, c’est le renoncement, la passivité. Mais on pourrait dire autre chose encore. Qu’ils soient ou non fatigués, les gens, en règle générale, se révoltent quand ils ont faim. Encore une fois, il faut citer les Gilets jaunes. Or être privé de liberté, ce n’est pas exactement mourir de faim. La liberté n’est pas un bien matériel, mais immatériel. On croise ici Dostoïevski et sa légende du Grand Inquisiteur. Le Christ dit au Grand inquisiteur: l’homme ne vit pas seulement de pain. Soit, mais la plupart de nos contemporains sont aujourd’hui sincèrement convaincus du contraire: l’homme ne vit que de pain. Pourquoi dès lors le fait d’être privé de liberté les conduiraient-il à se révolter?

    On retrouve ici l’effondrement religieux. Avec raison, Emmanuel Todd, met la fatigue en lien avec l’effondrement religieux. L’effondrement religieux conduit à la fatigue, qui elle-même conduit à la non-révolte. Sauf que ce passage par la fatigue n’est que facultatif. La non-révolte se laisse aussi penser comme un produit direct de l’effondrement religieux.

    Eric Werner (Antipresse n°226, 29 mars 2020)

     

    Notes :
    1. Voir Slobodan Despot: « L’affaire Simon Brandt, un “signal faible” — mais assourdissant! », Antipresse 219 | 09/02/2020.

    2. Seuil, 2020. Cf. en particulier le chapitre V (pp. 127-153).

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  • L’énarcho-bureaucratie, maladie mortelle du système de santé...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Dominique Remmaker, cueilli sur Polémia et consacré à la crise de l'hôpital. Dominique Remmaker, biologiste et chercheur.

     

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    Covid-19. L’énarcho-bureaucratie, maladie mortelle du système de santé

    À l’occasion d’une pandémie qui agit comme un véritable révélateur de l’incurie de nombre de ses dirigeants, la France vient de découvrir avec horreur qu’elle est un pays sous-développé. Un pays qui dépense annuellement plus de 11 % de son PIB pour financer son système de santé et où, pourtant, manquent les moyens les plus élémentaires de protection des soignants et de la population en face d’un virus respiratoire ; ainsi que les moyens de diagnostiquer l’infection et de dépister les porteurs asymptomatiques, ceux qui sont à haut risque de propager le virus. De ce fait, des êtres humains meurent et mourront, qui ne devraient pas mourir.

    Les mensonges des politiciens

    Ces êtres humains meurent et mourront d’imprévision, d’inconséquence, d’incompétence. Parmi eux, des médecins et d’autres professionnels, qui seront allés au front pour aider leurs semblables, sans aucune protection, comme les Saint-Cyriens en 1914 face aux mitrailleuses allemandes. Conséquences terribles, mais hélas prévisibles et maintes fois dénoncées, de vingt années de pouvoir sans partage de l’énarcho-bureaucratie de la santé, à la main du pouvoir politique.

    Les politiques et leurs affidés médiatiques mentent : ils commencent par expliquer que les masques ne servent à rien pour justifier qu’on en manque. Puis, ils racontent que le dépistage du virus n’a pas d’intérêt en dehors des cas graves (ce qui, si l’on y réfléchit bien, n’a aucun sens) pour masquer le manque de réactifs, alors que le matériel et les professionnels sont là, mais ces derniers n’ont pas les moyens de travailler.

    En sorte que, si nous avons le choix entre deux paradigmes pour faire face à la crise Covid-19 : le confinement généralisé avec protection maximale de ceux qui travaillent pour la collectivité (incluant les masques) versus le dépistage généralisé avec isolement radical des seuls porteurs (comme en Corée du Sud, à Singapour), nous ne sommes pas capables d’en appliquer un seul.

    Le système hospitalier français : du meilleur au pire

    Comment le système de santé français et, au premier chef, l’hôpital public, qui furent les meilleurs du monde à l’orée des années 2000, en sont-ils arrivés là ?

    C’est qu’il fallait en finir avec le « pouvoir médical », pour installer celui des directeurs gestionnaires issus de l’ENA et de son avatar, l’École de Rennes.
    Et créer l’invraisemblable gabegie des Directions ministérielles et Agences de l’État, toutes redondantes les unes avec les autres, et des Agences Régionales de Santé, véritables usines à fonctionnaires sans la moindre vision territoriale de l’organisation médicale, qui est pourtant leur mission.
    Il fallait former des générations de hussards gris, en quête d’ascenseur social, pour mettre au pas ces soignants qui gaspillent l’argent public, pour saigner à blanc l’hôpital public, réduisant chaque année davantage ses moyens en personnels et en matériels. Leur obsession : fermer des lits et « rendre » des postes. Tout cela au nom de la folle idéologie de l’hôpital-entreprise et du Directeur-Patron, consacrée par la loi HPST (Hôpital, Patient, Santé, Territoire) de Sarkozy et Bachelot, puis de l’économisme libéral au pouvoir, avec le désastreux duo Hollande-Touraine. Des promotions entières de jeunes hauts-fonctionnaires arrogants, soucieux de plaire à Monsieur/Madame le Ministre, sont venus expliquer aux médecins comment traiter leurs malades, car ils se sont mêlés de tout, ces nouveaux seigneurs, y compris de décider des projets médicaux, de l’organisation des soins, de la recherche. Sans y connaître rien. C’est ainsi que les tableurs Excel et les premiers de la classe à Henri IV ont décidé du sort des malades.

    Kafka à l’hôpital

    Pour autant, l’hyper-administration de l’hôpital n’a pas régressé ; elle n’a fait qu’enfler, au point d’engloutir jusqu’à 30 % du budget hospitalier. On a vu fleurir les Directions (et autant de rentes bien juteuses pour fonctionnaires et autres politiques méritants, en pré-retraite ou dans l’attente de leur nomination dans un grand corps de l’État… Avec appartement de fonction et voiture avec chauffeur, prébendes dignes de l’Ancien Régime) à mesure qu’on manquait de lits et d’infirmières. On a créé des Directions de la « Qualité », des Directions de la « Performance » (sans rire !), des « Relations Internationales » et mille autres emplois de bureaucrates inutiles ; on a arrosé d’argent public des cabinets d’audits incompétents pour produire des études sans intérêt, qui n’ont servi qu’à opprimer les soignants un peu plus, les contraignant à une productivité digne du fordisme, au détriment des malades, de l’humanité médicale et de la qualité (réelle) des soins.

    On a fabriqué une « organisation » du système de santé dont la complexité est ubuesque et dont les dirigeants sont en perpétuelle querelle de pouvoirs et de prés carrés. Tout le monde veut décider et personne ne gouverne. Avec, en dessous, un énorme ventre-mou de fonctionnaires à trente-deux heures, qui constitue un obstacle permanent à la fluidité de la chaîne de décision.

    Et si seulement les inutiles se contentaient d’être payés à ne rien faire… Au contraire, pour justifier son existence et sa prétendue utilité, la bureaucratie produit des normes et des réglementations incessantes, reflets de sa peur panique de l’imprévu et de ses propres responsabilités. Elle menace d’asphyxie budgétaire tous ceux qui ne veulent pas se soumettre. Elle travaille à son maintien et à son pouvoir, comme les politiques qui la légitiment. Mais à la fin, tout va bien, Madame la Ministre, regardez les courbes des indicateurs… Avec les économies réalisées, nous pouvons nommer un nouveau Directeur dans un grand CHU : avez-vous un obligé à caser ?

    Quand on fera le bilan de la tragédie en cours, il faudra se garder de guillotiner des coupables ou de faire sauter des fusibles, pour mieux persister ensuite dans l’injustifiable. Il ne faudra pas s’en prendre aux individus, quelque incompétents qu’ils aient pu être ; ne pas les jeter en pâture à la population et aux journalistes. Tout cela ne servira à rien. C’est tout un système à bout de souffle qu’il faudra abattre. L’énarcho-bureaucratie a fait son temps. Elle doit être mise à l’os et, pour ce qui en restera, au service des soignants et des patients. Et alors, seulement, il y aura l’argent et l’efficacité nécessaires pour faire face à la prochaine pandémie.

    Dominique Remmaker (Polémia, 24 mars 2020)

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  • Premières leçons de l’épidémie de Conoravirus 19

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Jean-Yves Le Gallou publié sur le site de l'Institut Iliade et consacré à ce que vient nous rappeler l'épidémie de coronavirus. Ancien haut-fonctionnaire, président de la Fondation Polémia, Jean-Yves Le Gallou a, notamment, publié La tyrannie médiatique (Via Romana, 2013),  Immigration : la catastrophe - Que faire ? (Via Romana, 2016) et Européen d'abord - Essai sur la préférence de civilisation (Via Romana, 2018). 

     

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    Premières leçons de l’épidémie de Conoravirus 19

    Répétons-le : le coronavirus n’est ni bon, ni méchant, il est indifférent. Le virus s’est propagé en profitant des faiblesses offertes par la mondialisation : entassement dans les villes, multiplication des échanges et des communications, goût du lucre, éloignement des centres de production et de communication. En même temps, dans le silence des villes et des forêts imposé par le confinement, la nature sauvage reprend ses droits. Malgré les utopies progressistes, la compétition des espèces n’a jamais cessé.

    « L’histoire est le lieu de l’inattendu » : jamais la leçon de Dominique Venner ne s’est montrée aussi profonde. L’imprévu ici ce n’est pas le coup de feu tuant un archiduc mais une épidémie mondiale remettant en cause l’ensemble du système économique. Comme la Grande peste marqua la fin du Moyen Âge et les mauvaises récoltes de 1788 préparèrent la Révolution. Sans doute le libre-échangisme mondial se montrera résilient mais tout porte à penser que la thèse de la « mondialisation heureuse » aura du mal à se remettre de l’épidémie.

    D’autant que le retour des frontières – thème du VIe colloque de l’Institut Iliade — s’impose comme une réponse à la fois sanitaire, économique, sociétale, politique. Au moment même le refus idéologique des frontières entre peuples et nations débouche sur le rétablissement de frontières intérieures et le confinement à domicile.

    « Est souverain celui qui décide des circonstances exceptionnelles » : l’analyse de Carl Schmitt prend ici tout son sens. Ouvrir ou fermer des frontières, confiner ou non la population, faire appliquer partout ou non ces mesures, mobiliser des moyens privés et publics, réquisitionner ou non des produits, sont des décisions politiques. Et seulement politiques. S’abriter derrière des « experts » (souvent bien défaillants d’ailleurs) ou un pseudo conseil scientifique présente un côté dérisoire. Avec la Ve République en France le souverain c’est le président de la République. Qu’il soit bon ou mauvais c’est une autre affaire. Qu’il ait un jour ou l’autre des comptes à rendre, c’est entendu, mais aujourd’hui c’est à lui décider. Pourtant un autre système se profile : la théocratie judiciaire. Saisi par des collectifs de médecins, le Conseil d’État s’est jugé compétent pour statuer sur la nécessité de renforcer ou non le confinement des Français. Certes il s’est gardé de trancher trop nettement mais c’est une avancée de plus vers le gouvernement des juges.

    « Politique d’abord » : si le Conseil d’État s‘est retenu d’aller trop loin, c’est qu’il a pris conscience des difficultés d’envahir le champ de la décision politique : car en prendre une exige de s’assurer d’abord de son opportunité mais aussi de sa proportionnalité, de sa pertinence (coût/ avantages), de son acceptabilité et tout simplement de sa faisabilité. Dans la trilogie de la séparation des pouvoirs, le pouvoir judiciaire juge a posteriori, le pouvoir législatif organise a priori, l’exécutif agit dans le présent et pour le futur. C’est le rôle du politique.

    Le retour du réel  et du risque : le confinement a opéré brutalement un classement entre les tâches essentielles et celles qui le sont moins. Les tâches essentielles : les missions de service public (santé, sécurité, électricité, eau, transports, enlèvement des ordures ménagères) et l’approvisionnement (agriculture, agro-alimentaire, livraisons). Les activités qui le sont moins ? Remplir des tableaux Excel ou préparer un Power Point ! L’épidémie a mis aussi en avant les métiers les plus exposés : soignants mais aussi caissier(e)s. Les plus exposés mais pas toujours les plus considérés, et souvent les plus mal payés. Tel qu’il s’est exprimé jusqu’au 15 mars, le corps médical n’a pas vu venir la crise, mais il est aujourd’hui sur la ligne de front, exposé à la contagion, et son prestige remonte.

    La faillite de l’État : aux mains d’experts déconnectés (pour mémoire le Directeur général de la santé est professeur de médecine et infectiologue) l’État a perdu la main. Il n’offre plus sa protection aux citoyens, ce qui est sa première fonction. D’où le retour à la subsidiarité : des soignants fabriquent eux-mêmes leurs masques avec du tissu. D’autres soignants décident de traiter des patients atteints du Covid 19 avec la méthode du professeur Raoult alors que celle-ci n’est pas homologuée, voire déconseillée. Des maires décrètent un couvre-feu.

    Le survivalisme n’est pas idiot : les Français découvrent qu’il faut se méfier de l’État et s’organiser de façon autonome. La crise a montré les défaillances du gouvernement : manque de gels hydro-alcooliques, manque de masques, annonces mal préparées, décisions tardives, perte de contrôle d’une partie du territoire. Dès l’annonce du confinement les vieux réflexes d’autoprotection ont repris droit de cité : constitution de stocks alimentaires et pharmaceutiques, exode depuis les villes. La crainte d’autres événements –pillages, émeutes — dans les banlieues ne peut conduire qu’à prendre d’autres précautions : la détention d’armes notamment.

    Les banlieues de l’immigration font sécession : alors que dans leur immense majorité les Français ont accepté les mesures très contraignantes de fermeture des écoles, arrêt des entreprises et confinement, la loi commune est particulièrement mal appliquée dans les quartiers à majorités afro musulmanes. Pour une raison simple : beaucoup d’habitants ne se sentent pas concernés par le destin commun des Français et n’ont pas le sentiment d’appartenir au même peuple.

    La micro cellule familiale a repris la place centrale dans la vie des Français et des Européens.

    L’État, les communes, les entreprises, découvrent qu’ils devront se passer à l’avenir de leurs fournisseurs chinois, ou à tout le moins limiter leur dépendance à l’égard de toute zone de production hors Union européenne.

    L’Union européenne est restée hors-jeu en ne fermant pas suffisamment tôt ses frontières extérieures par pure idéologie sans-frontièriste. Et en étant parfaitement inutile par la suite : ses 43 000 bureaucrates n’étant d’aucune utilité ni pour soigner, ni pour produire les biens de première nécessité.

    Jean-Yves Le Gallou (Institut Iliade, 25 mars 2020)

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  • La crise du Coronavirus ou le grand retour du tragique...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Michel Maffesoli, cueilli sur Figaro vox et consacré à l'ébranlement que provoque dans notre société la pandémie de coronavirus. Penseur de la post-modernité, Michel Maffesoli a publié récemment  Les nouveaux bien-pensants (Editions du Moment, 2014) , Être postmoderne (Cerf, 2018), La force de l'imaginaire - Contre les bien-pensants (Liber, 2019) ou, dernièrement, La faillite des élites (Lexio, 2019).

     

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    Michel Maffesoli: «La crise du Coronavirus ou le grand retour du tragique»

    Sans craindre les foudres d’une intelligentsia apeurée, on ne dira jamais assez que nous assistons à la décadence inéluctable de la modernité. Fin d’un monde se manifestant, au quotidien, dans une dégénérescence intellectuelle, politique, sociale dont les symptômes sont de plus en plus évidents.

    Dégénérescence de quoi, sinon du mythe progressiste? Corrélativement à l’idéologie du service public, ce progressisme s’employait à justifier la domination sur la nature, à négliger les lois primordiales de celle-ci et à construire une société selon les seuls principes d’un rationalisme abstrait dont l’aspect morbide apparaît de plus en plus évident. Les réformes dites «sociétales» (mariage pour tous, PMA-GPA, etc.) en étant les formes caricaturales.

    Le point nodal de l’idéologie progressiste, c’est l’ambition voire la prétention de tout résoudre, de tout améliorer afin d’aboutir à une société parfaite et à un homme potentiellement immortel.

    Qu’on le sache ou non, la dialectique: thèse, antithèse, synthèse est le mécanisme intellectuel dominant. Le concept hégélien de «dépassement» (Aufhebung), est le maître mot de la mythologie progressiste. C’est stricto sensu, une conception du monde «dramatique», c’est-à-dire reposant sur la capacité à trouver une solution, une résolution permettant d’accéder à la perfection à venir.

    Il est une formule de K. Marx qui résume bien une telle mythologie: «L’humanité ne se pose jamais que les problèmes qu’elle peut résoudre.» Ambition, prétention de tout maîtriser. Et que l’on veuille ou non le reconnaître, il existe, gauche et droite confondues, une véritable «marxisation» des esprits. L’élite moderne: politiques, journalistes et divers experts, est contaminée par cette prétention quelque peu paranoïaque. Dans un avenir, plus ou moins proche, l’on arrivera à réaliser une société parfaite!

    C’est bien cette conception dramatique, donc optimiste qui est en train de s’achever. Et, dans le balancement inexorable des histoires humaines, c’est le sentiment du tragique de la vie qui, à nouveau, tend à prévaloir. Le dramatique, je l’ai dit, est résolument optimiste. Le tragique est aporique, c’est-à-dire sans solution. La vie est ce qu’elle est.

    Plutôt que de vouloir dominer la nature, on s’accorde à elle. Selon l’adage populaire, «on ne commande bien la nature qu’en lui obéissant.» La mort, dès lors, n’est plus ce que l’on pourra dépasser. Mais ce avec quoi il convient de s’accorder.

    Voilà ce que rappelle, en majeur, la «crise sanitaire». La mort pandémique est le symbole de la fin de l’optimisme propre au progressisme moderne. On peut le considérer comme une expression du pressentiment, quelque peu spirituel, que la fin d’une civilisation peut être une délivrance et, en son sens fort, l’indice d’une renaissance. Indice, «index», ce qui pointe la continuité d’un vitalisme essentiel!

    La mort possible, menace vécue quotidiennement, réalité que l’on ne peut pas nier, que l’on ne peut plus dénier, la mort qu’inexorablement l’on est obligé de comptabiliser, cette mort, omniprésente, rappelle dans sa concrétude que c’est un ordre des choses qui est en train de s’achever.

    Ce qui est concret, je le rappelle: cum crescere, c’est ce qui «croît avec», avec un réel irréfragable. Et ce réel c’est la mort de cet «ordre des choses» ayant constitué le monde moderne!

    Mort de l’économicisme dominant, de cette prévalence de l’infrastructure économique cause et effet d’un matérialisme à courte vue.

    Mort d’une conception purement individualiste de l’existence. Certes, les élites déphasées continuent à émettre des poncifs du type «compte tenu de l’individualisme contemporain», et autres sornettes de la même eau. Mais l’angoisse de la finitude, finitude dont on ne peut plus cacher la réalité, incite, tout au contraire, à rechercher l’entraide, le partage, l’échange, le bénévolat et autres valeurs du même acabit que le matérialisme moderne avait cru dépasser.

    Encore plus flagrant, la crise sanitaire signe la mort de la mondialisation, valeur dominante d’une élite obnubilée par un marché sans limites, sans frontières où, là encore, l’objet prévaut sur le sujet, le matériel sur le spirituel.

    Souvenons-nous de la judicieuse expression du philosophe Georg Simmel, rappelant que le bon équilibre de toute vie sociale est l’accord devant exister entre le «pont et la porte». Le pont nécessaire à la relation, et la porte relativisant cette relation afin d’accéder à une harmonie bénéfique pour tout un chacun.

    C’est ce que j’ai appelé «Écosophie», sagesse de la maison commune. En termes plus familiers, il s’agit de reconnaître que «le lieu fait lien». Toutes choses rappelant qu’à l’encontre du leitmotiv marxiste: «l’air de la ville rend libre», formule archétypale du déracinement, la glèbe natale retrouve une force et vigueur indéniables.

    Enracinement dynamique rappelant que, comme toute plante, la plante humaine a besoin de racines pour pouvoir croître, avec force, justesse et beauté! Ainsi face à la mort on ne peut plus présente, est rappelée la nécessité de la solidarité propre à un «idéal communautaire» que certains continuent à stigmatiser en le taxant, sottement, de communautarisme.

    La mort de la civilisation utilitariste où le lien social est à dominante mécanique, permet de repérer la réémergence d’une solidarité organique. Organicité que la pensée ésotérique nomme «synarchie». Ce qu’avait également bien analysé Georges Dumézil en rappelant l’interaction et l’équilibre existant, à certains moments, entre les «trois fonctions sociales».

    La fonction spirituelle, fondant le politique, le militaire, le juridique et aboutissant à la solidarité sociétale. Ainsi, au-delà d’une suradministration déconnectée du Réel, c’est bien un tel holisme que l’on voit resurgir de nos jours.

    Mais la prise en compte d’une telle synarchie organique nécessite que l’on sache le dire avec les mots étant le plus en pertinence avec le temps. Il est amusant, il vaudrait mieux dire désolant, de lire sous la plume de la plupart des observateurs sociaux que la situation est dramatique et quelques lignes plus loin parler de son aspect tragique. Ce qui montre bien que la formule de Platon est toujours d’actualité: «la perversion de la cité commence par la fraude des mots!»

    La conception «dramatique» est le propre d’une élite croyant trouver à tout une solution opportune. Le «tragique», bien au contraire, s’accorde à la mort. Il sait, d’un savoir incorporé, savoir propre à la sagesse populaire, vivre la mort de tous les jours.

    Voilà en quoi la crise sanitaire porteuse de mort individuelle est l’indice d’une crise civilisationnelle, celle de la mort d’un paradigme progressiste ayant fait son temps. Peut-être est-ce cela qui fait que le tragique ambiant, vécu au quotidien, est loin d’être morose, conscient qu’il est d’une résurrection en cours. Celle où dans l’être-ensemble, dans l’être- avec, dans le visible social, l’invisible spirituel occupera une place de choix.

    Michel Maffesoli (Figaro Vox, 23 mars 2020)

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