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Points de vue

  • Démographie et dépendance à la main d’oeuvre immigrée : les deux cancers qui accélèrent le Grand Remplacement...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Jean-Pierre Tredia cueilli sur Breizh-Info et consacré aux effets délétères du recours à la main d’œuvre immigrée...

     

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    Grèves de 1982 à Citroën-Aulnay...

     

    Démographie et dépendance à la main d’œuvre immigrée : les deux cancers qui accélèrent le Grand Remplacement

    Savez-vous pourquoi l’Afrique du Sud n’a jamais connu de majorité blanche en matière de population comme ce fut le cas pour les USA, le Canada, l’Australie ou la Nouvelle-Zélande ?

    Pourquoi l’Afrique du Sud n’a jamais attiré une immigration de masse européenne

    Parce que l’Afrique du Sud ne représentait pas une destination de choix pour les candidats à l’émigration à faible bagage socio-culturel venant d’Europe. Alors qu’un manœuvre écossais pouvait aisément trouver du travail en Nouvelle-Zélande ou en Australie, en Afrique du Sud, sous l’Apartheid, il entrait directement en concurrence avec les Bantous (les Noirs) à qui les emplois subalternes étaient réservés. En Afrique du Sud, il fallait être commerçant, cadre, ingénieur, chef d’équipe, prédicateur calviniste ou avocat pour pouvoir prétendre émigrer d’Amsterdam ou de Hanovre en ayant la certitude de trouver du travail à l’arrivée. Un cireur de chaussure choisissait, lui, plutôt l’Amérique ou l’Australie.

    Cette spécificité a donné au pays de Verwoord une intelligence hors du commun, ce qui amènera les Afrikaners a avoir une centrale atomique dès 1976 et à pratiquer la première greffe d’un cœur en 1967. Mais à l’inverse, cette spécificité était le ver dans le fruit qui allait abattre l’édifice un jour ou l’autre.

    La politique sud-africaine de création de « foyers nationaux noirs » (bantoustans) pour tous les peuples bantous du pays afin de garder la majorité du pays sous domination blanche aura été un échec car il était trop tard. Toutes les villes réputées « blanches » étaient déjà à majorité noire. Masse de jardiniers, éplucheurs de pommes de terre, mineurs ou pousseurs de brouettes de ciment, car il était impensable pour un afrikaner des années 50-60-70 de devoir couper lui-même sa pelouse ou de vider ses ordures, « les Noirs étaient fait pour cela » disait-on alors. Mais comme ces Noirs avaient une démographie beaucoup plus importante que les bourgeois blancs et que l’immigration blanche n’était réservée qu’aux élites, les villes réservées aux Blancs en théorie sont devenus rapidement noires en pratique.

    Si l’on compare grossièrement Johannesburg à New-York, par exemple, c’est comme si Manhattan était le seul territoire majoritairement blanc d’une ville dont tous les autres quartiers, du Bronx au Queens en passant par Brooklyn et Staten Island étaient composé exclusivement de Peaux-Rouges ou de Métis.

    En campagne, c’était exactement la même chose. Le mythe du fermier blanc afrikaner doit être largement nuancé. L’Afrique du Sud agricole est effectivement historiquement et, aujourd’hui encore, contrôlée par les Blancs. Mais le Blanc est le « Baas » (boss) qui règne sur une cohorte d’ouvriers agricoles noirs. Là encore, la question démographique est imparable. Au lieu d’employer des ouvriers agricoles blancs qui auraient, à travers leurs salaires et les soins médicaux assurés par le pouvoir blanc, engendrés des familles blanches qui se seraient multipliées, les fermiers blancs ont permis à des familles noires de prospérer.

    L’assassinat d’Eugène Terre’blanche, emblématique chef de l’AWB, est l’illustration de ce paradoxe. Leader d’une des branches les plus dures de la politique d’Apartheid et du Baaskap (suprématie blanche en Afrique du Sud), il fût assassiné en 2010 par deux ouvriers noirs qu’il employait dans sa ferme !

    Au final, au pic de l’Apartheid, la communauté blanche, afrikaners et anglophones, n’aura jamais dépassé les 20% de la population.

    Main-d’œuvre étrangère : une solution de court terme aux effets durables

    Ce ne sont pas les sanctions internationales ou la figure de Nelson Mandela qui ont signé la fin de l’Afrique du Sud blanche, ce sont la démographie et la dépendance à la main-d’œuvre noire qui aura multiplié les grèves et les sabotages de l’économie, entraînant une fuite des capitaux et des industries, fuite également encouragée les sanctions internationales, bien entendu.

    Ce schéma mortifère de double dépendance est celui que nous connaissons actuellement en France.

    La question démographique est traitée régulièrement dans nos colonnes, je ne reviens pas dessus. Le futur démographique de la France est en train de naître en ce moment même à Saint-Louis du Sénégal ou à Kaboul car Chloë et Matisse ne veulent pas faire d’enfant pour « sauver la planète » ou hésitent à en faire un deuxième car il n’y a pas, autour de chez eux, d’infrastructures de santé, d’accueil ou de scolarité suffisants, sans parler du risque économique et des conséquences sur la carrière de Chloë. A la place, ils adopteront un chien.

    Mais, au-delà de la démographie, la question de la dépendance à la main-d’œuvre immigrée est de plus en plus préoccupante et elle n’est pas du tout abordée dans le débat public. Même dans les cercles conservateurs. Les dernières élections ont montré une situation à la sud-africaine en périphérie des grandes villes. En l’espèce, une présence massive des populations africaines dans les banlieues. Les centres urbains ne conservent que quelques secteurs blancs, le reste étant progressivement gagné par la « diversité » black beur black. Diversité laborieuse ou non mais occupant généralement les emplois les moins qualifiés. « Les métiers que les Français ne veulent plus faire » dit la rumeur populaire. Et celle-ci n’est pas fausse. Car une politique de bas-salaire pratiqué par le grand patronat couplé à un dénigrement systématique des filières d’enseignement technique et professionnel aura donné une université de Rennes 2 ultra-majoritairement blanche (et gauchiste !) et des CFA de la banlieue rennaise de plus en plus colorés.

    La bonne nouvelle, c’est que l’IA va régler une partie du problème en grand-remplaçant certains métiers prisés par les jeunes Blancs (graphistes, développeurs, métiers administratifs, …) alors qu’il faudra attendre encore un peu pour que ChatGPT monte sur les toits pour remplacer les ardoises.

    Autrefois cantonné aux villes, ce phénomène de dépendance à la main d’œuvre immigrée touche désormais les campagnes et notamment la Bretagne confrontée au manque structurel d’employés dans les usines agro-alimentaires. Emplois pénibles, mal rémunérés (quoique, ce n’est plus aussi vrai), mal considérés, où il faut être dans le froid, le chaud, l’humidité, etc…, ces secteurs professionnels sont désormais sous la coupe d’agence d’intérim qui vont directement faire leur marché en Afrique ou en Roumanie. Les dernières élections municipales à Pontivy et l’élection de Soizic Perrault sont indirectement lié à cette question par exemple. Le très industrieux bassin de Pontivy est, en effet, devenu une véritable enclave étrangère entretenue et alimentée par le secteur agro-alimentaire.

    Mais qui blâmer ? Ceux qui ne veulent pas aller y travailler ou les patrons confrontés à de continuels manques de main d’œuvre ? Les deux sans doute car le grand patronat aura lui-même organisé sa pénurie d’ouvriers par diverses stratagèmes et politiques salariales et sociales. Aujourd’hui, avec la multiplication des arrêts maladie, il en paye le prix car même les employés roumains ou mahorais ont désormais des exigences et ont compris « comment ça fonctionne ».

    Idem dans la restauration ou la cueillette de fruits et légumes, secteurs très demandeurs de main d’œuvre immigrée. Il n’y a qu’à voir les annonces des restaurateurs qui promettent des conditions de travail qui s’améliorent par rapport à celles d’autrefois. Seul bémol et il est de taille, une offre d’emploi à 12,2€ brut/heure chez Buffalo Grill avec travail le week-end, coupures, etc… à ce prix-là (environ 1443€ net/mois) et au regard du prix de l’essence, autant rester au chômage, chez soit devant Netflix !

    Partant, une future majorité « nationale » (RN par exemple) devra prendre ces deux problèmes à bras le corps.

    1/ La démographie. Il fût un temps où le RN proposait le « salaire maternel », qu’en est-il de cette proposition qui permettrait aux femmes qui le veulent de rester à la maison élever leurs enfants sans que le couple soit pénalisé pour leur désir de construire une grande famille. D’autres propositions natalistes sont également envisageables.

    2/ Pour que les parents incitent leurs enfants à devenir plâtriers ou mécaniciens, il va falloir plus que des mesures bêtement libérales (« supprimons les aides ») ou des campagnes d’affichage « découpeur de volaille is beautiful », il va également falloir que les conditions de travail s’améliorent encore et que les patrons des grosses entreprises augmentent massivement les salaires. Si un « choc des charges sociales et des normes » libérera l’économie française de ce qui l’empêche d’être concurrentielle à l’international, il ne faut pas non plus oublier les profits records de certaines boîtes. Revenons à Buffalo Grill : 508 millions de chiffre d’affaire et une croissance de 6,5% par an en 2023 pour l’enseigne, on peut applaudir la performance, mais avec des salaires comme celui mentionné plus haut, on comprend que ce succès n’est pas dû qu’à la qualité des steaks et à la bonne stratégie commerciale de l’entreprise.

    Apparemment, une partie du patronat a compris que l’immigration était en train de tuer l’Europe. On découvre chaque jour de nouveaux « patrons patriotes », suivant l’exemple de Pierre-Edouard Stérin ou de Vincent Bolloré. Parfait ! Et bienvenue dans le « cercle du réel ». Mais quel patron osera publiquement mettre en place au sein de sa boîte une audacieuse politique d’entreprise « patriotique » qui incitera les Français a réinvestir certain métiers ? On connaît la musique dans les cercles patronaux : « les Français sont des fainéants, ils ne veulent pas bosser, supprimons les aides ». Eh oui, mais progressivement les employés ont imposé leur loi et leurs exigences aux patrons, grâce notamment à l’arme « arrêt maladie » et « burn-out ». Si un patron augmente significativement ses salariés et cesse de les stresser en permanence (c’est encore le cas dans beaucoup de professions !), les arrêts-maladie fondent bizarrement rapidement.

    Car un certain patronat a oublié que la loi de l’offre et de la demande ça fonctionne dans les deux sens.

    Revenons cependant à un autre patronat : le patronat sud-africain. Celui-ci qui avait construit une partie de sa réussite sur des employés noirs payés 15 fois moins cher que les employés blancs a senti à un moment le vent tourner au mitan des années 80 et, pour ceux qui en avaient les moyens, a déménagé sa production aux USA ou en Australie. Aujourd’hui, cet exil beaucoup plus difficile et les boîtes sud-africaines qui sont restées sont désormais contraintes d’employer deux personnes pour le même poste d’encadrement grâce aux lois de discrimination positive de l’ANC : une (blanche) pour faire le travail, l’autre (noire) pour toucher le salaire.

    Les entreprises françaises devraient réfléchir à cela. Car, quand le basculement démographique et la dépendance à la main d’œuvre sera achevée, elles n’auront nulle part où aller (le Grand-Remplacement touche désormais tous les pays occidentaux) à part en Russie, avec la corruption qui va avec. Et celles qui resteront seront également sûrement contraintes de négocier avec des municipalités, collectivités locales, syndicats ou organisations religieuses d’une autre nature que celles actuelles.

    Il est temps d’ouvrir les yeux camarade patron !

    Jean-Pierre Tredia (Breizh-Info, 2026)

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  • Onlyfans : l’ubérisation de la pornographie...

    Nous reproduisons ci-dessous un article de César Cavallère, cueilli sur le site de l'Institut Georges Valois et consacré au "phénomène" Onlyfans, plateforme de contenus pornographiques en pleine expansion...

     

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    Onlyfans : l’ubérisation de la pornographie

    Le plus grand proxénète de la planète est mort ce lundi 23 mars. Leonid Radvinsky vient de décéder des suites d’un cancer à l’âge de 43 ans.

    Né en Ukraine d’une famille juive, Leonid déménage rapidement aux États-Unis avec ses parents. Dans les années 1990, Leonid créera plus de dix sites permettant d’obtenir illégalement des mots de passes à des sites et contenus pornographiques. Le principal de ces sites, Ultra Passwords aurait rapporté 1,8 million de dollars par an pendant plusieurs années.

    Il est diplômé d’économie en 2002. Deux ans plus tard, il fonde MyFreeCams, un site de streaming de contenu adulte. Microsoft l’attaque en justice, l’accusant d’avoir envoyé des millions de mails frauduleux à des utilisateurs de boîtes de messagerie hotmail, mais il est relaxé.

    À partir de 2009, il s’occupe d’un fonds de Capital Risque appelé « Leo », avec lequel il investit principalement dans le secteur du numérique, notamment dans la société israélienne B4X. Radvinsky et son épouse ont également donné 11 millions de dollars à AIPAC, un lobby pro-israélien.

    En 2018, Radvinsky achète 75 % d’Onlyfans. Lors de ses deux premières années d’existence (2016-2018), OnlyFans n’était pas du tout centré sur le contenu pornographique. C’était alors une alternative de niche aux plateformes comme Youtube ou Instagram, qui devait permettre aux créateurs de contenus de partager leur passion tout en dégageant un revenu grâce à un système d’abonnement. Leonid Radvinsky en fera rapidement le nouveau géant du porno en le dotant d’un nouveau modèle économique.

    Le Boom OnlyFans : le tournant du porno

    À partir du rachat d'OnlyFans par Radvinsky, les censures sautent et la pornographie explose sur la plateforme. Celle-ci profite alors du confinement pour s’imposer. Tous les acteurs du secteur migrent sur OnlyFans, les camgirls et influenceuses s’y essaient, bientôt rejointes par des jeunes filles cherchant un complément de revenu.

    La nouveauté apportée par OnlyFans, c’est l’interaction directe avec l’utilisateur. Onlyfans est un modèle hybride entre le réseau social et le site pornographique. Les contenus adultes disponibles sur abonnement ne sont en fait que des produits d’appel. L’utilisateur peut utiliser la messagerie pour contacter les créatrices de contenu pornographique, mais elles ne répondent pas gratuitement. Les demandes de messages représentent environ 70 % des revenus, tandis que les abonnements sont d’environ 4%.

    Dans l’univers étrange d’OnlyFans, on appelle « whales » (« baleines ») la minorité d’utilisateurs qui dépensent des centaines ou des milliers d’euros chaque mois en messages, demande de contenus personnalisés et abonnements. La plupart des autres utilisateurs ont entre 1 et 3 abonnements en même temps. C’est à dire qu’ils suivent une minorité d’actrices, se désabonnent d’une d’entre-elles, s’abonnent à une autre, et ainsi de suite. Seuls 4,2 % des membres payent, le reste des utilisateurs ne sortent pas leur portefeuille. Lorsqu’un utilisateur paye, c’est en moyenne une somme d’environ 48,52 dollars à une créatrice.

    La pornographie respectable : le mythe de l’empouvoirement

    À partir de 2021, OnlyFans se lance dans une stratégie de légitimation de son image. La plateforme réalise des campagnes de publicité sur les thèmes « liberté créative » et « débloquez vos fans » en montrant des contenus non-sexuels. Elle se vend comme un outil d’empowerment numérique féminin, qui permet d’acquérir une autonomie économique.

    Elle adopte le langage de la tech et de l’influence, comme s’il n’y avait pas un particularisme de la vidéo pornographique, et met en avant la sécurité numérique. Des figures publiques telles que Cardy B. ont rejoint la plateforme, généralement pour du contenu non-explicite.

    En réalité, le modèle s’appuie sur un marché de la visibilité : la plateforme profite de la viralité sur les réseaux externes (Twitter, Instagram, TikTok). Des coups de communication et de publicité bas pour l'entreprise, puisque ce travail est délégué aux créatrices qui font elles-mêmes leur réclame sur les réseaux sociaux. Cela produit un véritable entrisme de la pornographie sur des plateformes pensées comme tout public et sur lesquelles les adolescents passent une grande partie de leurs journées.

    Nous disposons de peu d’études sur le niveau de revenu et le niveau d’étude des créatrices de contenu. En revanche, le consommateur se situe majoritairement dans les 18 – 34 ans, et 80 à 90 % d’entre-eux sont des hommes1. La croissance de la plateforme semble révéler un sentiment de solitude auquel répond un semblant de contact direct, notamment pendant la période du confinement.

    Les stratégies des créatrices : entre agences et différenciation

    Avec la généralisation de la pornographie sur la plateforme apparaissent des agences. Leurs missions : gérer le contenu à la place des créatrices, promotion sur les plateformes, automatisation des messages et gestion de la relation client. Ce travail est aujourd’hui souvent réalisé par IA, quand il n’est pas externalisé à des indépendants tout aussi ubérisés. Ces agences prennent généralement une commission comprise entre 30 % et 50 % des revenus des créatrices.

    Les actrices font leur publicité croisée sur Reddit, Twitter, TikTok, Discord, Telegram. Elles envoient des messages privés automatisés pour engager l’utilisateur potentiel. Ce tunnel marketing permet de passer d’un réseau social à la plateforme pornographique en quelques clics. C’est le grand génie d’Onlyfans : les besoins en termes de publicité sont minimes, puisque les actrices font la réclame de la plateforme dans leur propre intérêt.

    Les créatrices se positionnent sur des niches : esthétique, fétichisme, role-play, “girlfriend experience”. Au cœur de la démarche des créatrices, il y a une stratégie de différenciation. Chacune doit avoir sa marque de fabrique, viser un public, jusqu’à attraper les « baleines » qui lui permettront d’augmenter son revenu, et le cas échéant, il faudra les fidéliser. Si la recherche première est celle de l’authenticité, les clients ne trouveront souvent qu’une actrice, au contenu calibré pour un marché particulier par une agence. Les créatrices peuvent par ailleurs facilement perdre le contrôle de leur image, dont elles cèdent tout ou partie des droits. Plusieurs se sont faites léser de plusieurs milliers d’euros par des agences.

    Dès lors, la promesse d’indépendance économique apparaît hypocrite : la majorité des créateurs gagnent peu, dans les mêmes rapports que sur toutes les plateformes de création de contenu. 55 % des créateurs gagnent moins de 100 $/mois, tandis que les 0,1 % supérieurs captent 76 % des revenus2. Cette asymétrie pousse beaucoup à l’abandon ou à la recherche d’agences pour faire croître leur activité. Par ailleurs, les créatrices de contenus sont selon les législations en vigueur en auto-entreprise, micro-entreprise ou équivalent, ce qui s’inscrit dans la vague d’ubérisation de la période covid avec tout ce qu’elle suppose de précarisation. Aux Etats-Unis, en Angleterre et en Allemagne, elles sont tenues de payer des impôts.

    Un problème éthique : la banalisation de la prostitution numérique

    De nombreuses jeunes filles se sont lancées dans la production amateur de contenus pornographiques avec la croissance importante d'OnlyFans. On comptait 3 millions de créatrices pour plus de 200 millions d’utilisateurs en 2024, soit une créatrice pour 66 utilisateurs environ. Comme l’expliquent plusieurs créatrices qui sont revenu de leur activité pornographique, la société de consommation numérisée créé un pont entre l’utilisation normale des réseaux sociaux et cette prostitution.

    Des études récentes montrent que, chez les utilisatrices, OnlyFans peut représenter la suite logique de leur usage habituel des réseaux3. La transition peut se faire naturellement depuis Instagram et TikTok. Pourquoi ne pas faire payer ce contenu, si elles le produisent (et diffusent) déjà à titre gratuit ? Ce basculement est encouragé par une promesse de revenus rapides, mais aussi par une atmosphère de normalisation de la prostitution en ligne. Des créatrices racontent une trajectoire partant des vidéos de mode de vie et d’humour, pour passer progressivement à l’érotisme et à la pornographie. Cette perméabilité entre les plateformes classiques et ce nouveau type de prostitution devrait nous inquiéter, banalisant la marchandisation du corps et la pornographie.

    César Cavallère (Institut Georges Valois, 4 avril 2026)

     

    Notes :

    1/ https://onlyguider.com/blog/onlyfans-statistics/

    2/ Ibid

    3/ https://arxiv.org/abs/2205.10425?utm

     

     

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  • La rébellion spirituelle : Dominique Venner et Julius Evola contre le monde moderne...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Carlos N. Mancini, cueilli sur le site de Terre & Peuple et consacré à la mise en parallèle des rébellions spirituelles de Julius Evola et de Dominique Venner.

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    La rébellion spirituelle : Dominique Venner et Julius Evola contre le monde moderne

    Dominique Venner, penseur français, et Julius Evola, qui n’a plus besoin d’être présenté à nos lecteurs, partagent une vision radicale : la rébellion n’est pas seulement un acte politique, mais une affirmation existentielle et spirituelle face à un monde en déclin. À travers leurs écrits, ces deux penseurs défient la modernité, la soumission et le déterminisme historique, et proposent un retour aux principes transcendants qui donnent un sens à la lutte humaine.

    Exister, c’est résister

    Dominique Venner, dans son ouvrage Le Samouraï d’Occident, propose une vision profondément combative de l’existence : « Exister, c’est lutter contre ce qui me nie ». Pour Venner, la vie n’est pas un état passif, mais un acte continu de défi face aux forces qui cherchent à annuler l’essence de l’individu. Se rebeller, dans ce sens, n’est ni un geste impulsif ni une simple réaction ; c’est rester debout face au néant, s’accrocher à une norme supérieure qui transcende les contingences du moment. Ce principe trouve un écho dans la pensée de Julius Evola, qui, dans « Révolte contre le monde moderne », introduit la figure de « l’homme différencié ». Cet homme ne se définit pas par les circonstances qui l’entourent, mais par son opposition consciente et délibérée à la médiocrité et au vide de l’époque contemporaine. Sa résistance ne naît pas d’un caprice ou d’une rébellion adolescente, mais d’une nécessité ontologique : affirmer son être comme une réalité inébranlable, enracinée dans l’éternel et l’absolu.

    Pour Venner comme pour Evola, la rébellion acquiert une dimension qui dépasse le simple aspect pratique ou utilitaire. Il ne s’agit pas d’un simple rejet du statu quo ou d’un combat pour des objectifs matériels ou immédiats. C’est, en réalité, une posture existentielle qui vise à restaurer un ordre perdu, un idéal que le monde moderne a défiguré sous le poids de la banalité et du relativisme. Pour eux, résister est un acte de fidélité à une vérité supérieure, une manière de préserver l’étincelle du sacré en un temps de décadence. Ainsi, l’existence devient une forme de combat, et le rebelle, le gardien de ce qui demeure face à l’avancée implacable de l’éphémère.

    Contre l’histoire écrite

    Ni Dominique Venner ni Julius Evola ne se soumettent aux interprétations qui conçoivent l’histoire comme un processus linéaire ou un mécanisme inéluctable. Venner, avec son approche viscérale et combative, rejette catégoriquement les théories déterministes de penseurs comme Karl Marx, qui réduit l’existence humaine à un rouage des forces économiques, ou Francis Fukuyama, avec sa proclamation de la « fin de l’histoire » comme triomphe passif du libéralisme. Pour Venner, de telles visions dépouillent l’homme de son statut d'agent/d'acteur, le condamnant à n’être qu’un simple spectateur d’un scénario déjà écrit. Il propose au contraire une existence active et volontariste, où l’individu ne se limite pas à accepter le cours des événements, mais le façonne par sa propre détermination, s’affirmant face aux courants qui veulent dissoudre son identité et son but.

    Julius Evola, quant à lui, pousse cette critique encore plus loin dans Les hommes au milieu des ruines. Il ne s’oppose pas seulement aux récits linéaires de progrès ou de décadence, mais remet également en question les conceptions cycliques de l’histoire, comme celles proposées par Oswald Spengler. Bien que Spengler décrit l’essor et la chute des civilisations comme un rythme organique et inévitable, Evola voit dans cette perspective une forme de passivité résignée, qu’il considère inacceptable. Pour lui, le déclin n’est pas un destin auquel l’homme doit se soumettre avec fatalisme ; c’est un défi à relever. «L’homme authentique», dans la vision d’Evola, s’élève avec une volonté souveraine, non comme simple produit de son temps, mais comme un être capable de le transcender.

    Depuis cette position élevée, ancrée dans des principes métaphysiques et éternels, il défie la décadence non par nostalgie ou désespoir, mais avec une force intérieure qui cherche à réaffirmer un ordre supérieur face au chaos et à la dissolution du monde moderne. Ainsi, Venner et Evola transforment la résistance historique en un acte de création, un refus radical d’être prisonnier d’une narration imposée.

    La tradition comme boussole

    Pour Dominique Venner, la figure d’Antigone transcende le cadre de la tragédie grecque et s’érige en symbole éternel de la rébellion légitime. Dans son interprétation, Antigone ne se rebelle pas par caprice ou pour une cause personnelle égoïste, mais agit par une loyauté inébranlable envers une tradition sacrée qu’elle estime supérieure aux lois humaines.

    Face à la tyrannie de Créon, qui représente le pouvoir arbitraire et l’imposition d’une autorité dépourvue de racines transcendantes, Antigone incarne la résistance fondée sur un ordre plus élevé : les lois non écrites des dieux, qui pour Venner symbolisent une continuité spirituelle et morale que l’homme moderne a oubliée. Cette vision fait de la tradition une boussole, un phare qui guide l’individu au milieu de la confusion et du déracinement, lui offrant un sens profond dans sa lutte contre les forces qui menacent de le dépouiller de son essence.

    Julius Evola, dans une perspective similaire mais avec son approche métaphysique caractéristique, approfondit encore cette idée. Pour lui, la Tradition — écrite avec une majuscule pour la distinguer des simples coutumes passagères — n’est pas un ensemble d’habitudes héritées ni une relique du passé conservée par nostalgie. Dans La tradition et les traditions, Evola soutient que la Tradition est un ordre cosmique, une structure éternelle qui relie l’homme à des principes universels et transcendants. Il ne s’agit pas d’une répétition mécanique de pratiques obsolètes, mais d’un cadre vivant qui légitime l’action humaine en l’alignant sur une réalité supérieure. Depuis cette perspective, la résistance n’est ni un acte arbitraire ni une réaction viscérale face aux injustices du moment ; elle n’acquiert sens et autorité qu’en s’appuyant sur ces principes éternels qui transcendent les contingences historiques.

    Antigone, en privilégiant les lois divines sur l’édit humain de Créon, devient l’archétype de cet idéal : son défi n’est pas une simple désobéissance, mais une affirmation d’un ordre sacré qui dépasse et juge les prétentions du pouvoir terrestre. Pour Venner et Evola, la tradition n’est donc pas un poids qui attache au passé, mais une force libératrice qui oriente la rébellion vers un but supérieur, la transformant en un acte de restauration cosmique face à la tyrannie et au chaos.

    Des mots qui libèrent

    Dominique Venner accorde aux mots un rôle central dans la lutte pour la liberté intérieure et l’autonomie de l’individu. Pour lui, ils ne sont pas de simples outils de communication, mais des armes puissantes capables de briser les chaînes de l’oppression, qu’elles soient imposées par des structures extérieures ou par la tyrannie des idées dominantes. Dans sa pensée, des mots bien choisis et prononcés avec conviction ont le pouvoir de défier la narration imposée, de rendre à l’homme le contrôle de son propre destin. Venner trouve l’inspiration chez des figures comme Friedrich Nietzsche, dont la prose acérée et provocatrice démantèle les certitudes de la morale conventionnelle, et Alexandre Soljenitsyne, qui par son témoignage littéraire a mis à nu les mensonges du totalitarisme soviétique.

    Pour Venner, ces auteurs incarnent l’acte de se définir soi-même par le langage, un geste qui libère non seulement l’individu des entraves extérieures, mais l’élève aussi au-dessus de la médiocrité et du conformisme de son époque. Les mots, dans ce sens, deviennent un moyen de résistance active, un outil pour revendiquer la souveraineté sur son propre être face à un monde qui cherche à le faire taire ou à le soumettre.

    Julius Evola, dans Chevaucher le tigre, partage cette révérence pour le pouvoir du langage, bien qu’il l’intègre dans sa vision plus large de l’autonomie spirituelle. Pour Evola, l’homme moderne vit au milieu des ruines, entouré par une civilisation qui s’effondre sous le poids de la manipulation, du matérialisme et de la perte de sens.

    Dans ce contexte, le langage et les symboles émergent comme des bastions de résistance, des outils essentiels pour que «l’homme différencié» préserve son intégrité et son essence inconquise. Evola soutient que la manipulation moderne — qu’elle passe par la propagande, la culture de masse ou la dégradation de la pensée — opère précisément en privant l’individu de sa capacité à nommer et comprendre le monde par lui-même.

    En retrouvant l’usage conscient des mots et des symboles, l’homme peut contrer cette dissolution, affirmant son indépendance face aux forces qui tentent de le réduire à un rouage passif.

    Dans la vision d’Evola, le langage ne reflète pas seulement la réalité, il la façonne : c’est un acte créateur qui permet à l’individu de rester ferme, comme un cavalier qui maîtrise la bête du chaos, dans un monde qui s’enfonce dans la confusion et la décadence. Ainsi, pour Venner et Evola, les mots transcendent leur fonction pratique et deviennent un véhicule de libération, un moyen d’affirmer la volonté et l’identité face à l’oppression et à la ruine.

    Lutter sans capituler

    Dominique Venner, avec son intensité caractéristique, proclame une maxime qui condense sa vision de l’existence : «Face aux revers, ne te demande jamais si la lutte est inutile». Dans ces mots résonne une éthique guerrière qui dépasse les calculs pragmatiques et rejette les doutes qui paralysent l’esprit.

    Pour Venner, la lutte ne se mesure pas par son résultat immédiat ni ne se soumet à l’analyse froide de l’utilité ; sa valeur réside dans l’acte même de résister, dans la décision de rester ferme face à l’adversité, peu importe à quel point elle paraît écrasante.

    Cette posture trouve un profond écho dans La Métaphysique de la guerre de Julius Evola, où l’action acquiert une dimension quasiment sacrée. Pour Evola, le combat — qu’il soit physique, spirituel ou intellectuel — ne se justifie pas par la certitude de la victoire, mais par sa capacité à refléter une dignité intrinsèque, une noblesse qui se manifeste dans le refus absolu de se soumettre aux forces de la décadence ou du chaos.

    Venner et Evola élèvent tous deux la résistance à un plan qui transcende le contingent et le matériel. Pour eux, agir ne dépend pas de la promesse d’un triomphe tangible ni de l’approbation d’un monde qui, selon eux, a perdu le cap. La lutte, même lorsqu’elle semble vouée à l’échec dans une perspective extérieure, devient un témoignage d’honneur, un geste qui affirme l’essence de l’être face à la tentation de capituler.

    Cette approche aristocratique — au sens d’une élévation de l’âme au-dessus des préoccupations ordinaires — imprègne leurs écrits d’un mépris pour la mentalité utilitariste qui domine la modernité. La reddition, pour eux, n’est pas seulement une défaite pratique, mais une trahison des principes qui donnent sens à l’existence. Ainsi, la lutte sans capitulation se transforme en un acte d’affirmation suprême: un défi lancé au destin, une déclaration que l’homme, en résistant, préserve son humanité et sa connexion à quelque chose d’éternel, au-delà des ombres passagères de l’histoire. Dans cet ethos, Venner et Evola voient la résistance non comme un moyen vers une fin, mais comme une fin en soi, une forme de vie qui incarne la grandeur face à la médiocrité et à la décomposition.

    L’histoire comme poésie

    Dominique Venner conçoit l’histoire non comme une simple succession de faits froids ou un dossier poussiéreux plein de données factuelles, mais comme une fusion de «connaissance et poésie». Pour lui, l’histoire est un art vivant, une narration qui entrelace la rigueur de l’intelligence et la beauté de l’imagination, permettant à l’homme de retrouver la mémoire de ce qui fut et, ainsi, de donner sens au chaos du présent.

    Dans cette vision, le passé n’est pas un poids mort ni un simple registre d’événements ; c’est une source d’inspiration, un réservoir d’expériences et de leçons qui, contemplées avec des yeux poétiques, offrent à l’individu et à la communauté une boussole pour naviguer dans les tempêtes de leur temps. Venner préconise de «voler au passé» non pas dans un sens nostalgique ou escapiste, mais comme un acte créatif : saisir les fragments lumineux de l’histoire — ses héros, ses mythes, ses moments de grandeur — et les projeter vers l’avenir comme des phares qui éclairent le chemin vers une existence plus pleine et plus consciente.

    Julius Evola, bien que moins sensible à la lyrique de Venner, partage cette révérence pour le passé, mais l’aborde sous un angle plus métaphysique et combatif. Dans Révolte contre le monde moderne, Evola ne voit pas l’histoire comme une simple chronique, mais comme un champ de bataille où se livre une lutte éternelle entre la Tradition — toujours avec une majuscule, comprise comme un ordre cosmique et éternel — et les forces de la décadence qui érodent cet ordre.

    Pour lui, les civilisations anciennes ne sont pas seulement des reliques d’un temps perdu, mais des modèles vivants de régénération spirituelle, des exemples de la manière dont l’homme peut s’aligner sur des principes transcendants pour surmonter la médiocrité et la dissolution de la modernité. Bien que son ton soit plus analytique que poétique, son approche résonne avec l’idée de Venner d’extraire du passé une force vitale : les cultures de l’Antiquité, avec leurs structures hiérarchiques, leurs valeurs sacrées et leur connexion à l’éternel, deviennent des miroirs dans lesquels l’homme contemporain peut se regarder pour redécouvrir son potentiel de grandeur.

    Ainsi, tandis que Venner tisse l’histoire avec des fils de poésie pour inspirer, Evola la dissèque avec la précision d’un philosophe guerrier, cherchant en elle les clés d’une restauration spirituelle. Tous deux, à leur manière, conviennent que le passé n’est pas un but, mais un moyen : un écho puissant qui, s’il est entendu attentivement, illumine l’avenir et donne sens à la lutte du présent.

    Un legs contre la décadence

    En résumé, Dominique Venner et Julius Evola articulent une rébellion spirituelle qui se dresse comme un rempart face aux assauts de la modernité, défiant ses fondements avec une force qui transcende le politique et le temporel. Cette rébellion repose sur trois piliers fondamentaux.

    Premièrement, un rejet catégorique du déterminisme historique — qu’il s’agisse du matérialisme de Marx, du fatalisme cyclique de Spengler ou du triomphalisme libéral de Fukuyama — qui réduit l’homme à un spectateur impuissant d’un scénario déjà écrit. À la place, ces penseurs proposent une vision volontariste de l’existence, où l’individu revendique sa capacité à façonner son destin par des actes de résistance consciente.

    Deuxièmement, un engagement passionné pour la tradition comme source de légitimité : non comme un attachement aveugle à l’ancien, mais comme une connexion vivante à un ordre éternel qui donne sens et autorité à la lutte face à l’arbitraire du présent. Pour Venner, cette tradition s’exprime dans la mémoire poétique des peuples ; pour Evola, dans un cadre cosmique qui relie l’homme au transcendant.

    Troisièmement, une défense inébranlable de l’action désintéressée, une éthique guerrière qui méprise l’obsession moderne pour l’utilité et le succès immédiat, et qui trouve sa valeur dans la dignité intrinsèque du geste rebelle, même lorsque le monde le condamne à l’échec apparent.

    Face aux « tyrannies masquées » du présent — ces formes subtiles d’oppression qui se cachent derrière la façade du progrès, de l’égalité creuse ou de la consommation anesthésiante —, le message de Venner et Evola résonne avec une clarté implacable : la vraie liberté ne se conquiert pas dans les promesses éphémères de la modernité, ni dans la soumission à ses dogmes déguisés en libération. Elle naît, au contraire, d’une fidélité inébranlable à l’éternel, à ces principes intemporels qui transcendent les modes et les ruines d’un monde en déclin.

    Leur héritage n’est pas une simple critique, mais un appel à l’action, un défi pour que l’homme se lève, retrouve sa souveraineté spirituelle et s’affirme comme gardien d’un ordre supérieur face au vide qui avance. En ce sens, Venner et Evola ne se contentent pas de diagnostiquer la maladie de leur époque : ils offrent un antidote, une vision de l’homme comme rebelle et créateur, capable de transformer la lutte contre la décadence en un acte d’affirmation suprême.

    Carlos N. Mancini (Site de Terre et Peuple, 6 avril 2026)

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  • La guerre contre l’Iran – Quelles conséquences après une guerre d’agression contraire au droit international ?

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Siegfried Bublies, cueilli sur le site Euro-Synergies et consacré aux leçons à tirer par les Européens de la guerre menée par les États-Unis et  Israël contre l'Iran. Editeur, Siegfried Bublies, est également le fondateur de la revue Wir selbst, publiée depuis 1979 (avec une interruption entre 2002 et 2019).

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    La guerre contre l’Iran – Quelles conséquences après une guerre d’agression contraire au droit international ?

    Le 28 février, lorsque les forces aériennes d’Israël et des États-Unis ont lancé leurs attaques coordonnées contre des responsables iraniens, des commandants militaires et des institutions de l’État iranien, tuant notamment le guide iranien Ayatollah Ali Khamenei ainsi que près de 50 hauts représentants du régime iranien, cela a été justifié par la déclaration qu’il s’agissait simplement d’exercer le droit à l’auto-défense. En principe, toutefois, pour tous les membres des Nations Unies, l’interdiction de faire usage de la menace ou de la force militaire est établie dans l’article 2 de la Charte des Nations Unies. Les exceptions à cette règle sont strictement limitées aux mesures de légitime défense en cas d’attaque ou d’attaque imminente.

    Tant l'armée israélienne que les États-Unis soutiennent que leur attaque constitue une « frappe préventive ». En général, la doctrine du droit international ne justifie une frappe préventive qu’en dernier recours, avant une attaque imminente. Mais ce n’est pas le cas en l'occurrence.

    Déjà du 13 au 25 juin 2025, les installations du programme nucléaire iranien avaient été largement détruites par des frappes aériennes israéliennes et américaines. De nombreuses rampes de lancement de missiles balistiques avaient également été détruites lors de cette guerre de 12 jours. Les capacités militaires de l’Iran avaient ainsi été suffisamment neutralisées pour qu’on ne puisse plus envisager une attaque à court terme de l’Iran contre Israël ou les États-Unis. Il faut surtout voir comme particulièrement pernicieuse l’attaque des forces aériennes d’Israël et des États-Unis contre la direction iranienne le 28 février, d’autant plus qu’elle a eu lieu à un moment où, parallèlement, les négociations entre les États-Unis et l’Iran – selon les déclarations du ministre des Affaires étrangères omanais, qui agissait en tant que médiateur – étaient proches d’un aboutissement décisif, et où l’Iran avait promis de faire de larges concessions en matière d’enrichissement d’uranium (avec un accès permanent pour les inspecteurs américains aux installations) et de programme de missiles. Joseph Kent, un républicain et directeur du Centre américain de lutte contre le terrorisme, un représentant éminent du mouvement MAGA, a annoncé sa démission à Trump à la mi-mars, en déclarant : « Je ne peux pas soutenir en conscience cette guerre persistante en Iran. L’Iran ne représentait pas une menace immédiate pour notre pays. »

    On peut évidemment contourner l’interdiction d’utiliser la force, telle qu’elle est prévue dans la Charte des Nations Unies, si l’on possède la puissance militaire suffisante pour agir sans subir ensuite des sanctions. Tant les États-Unis que Israël disposent de cette force militaire. En ce qui concerne les sanctions de l’ONU, ni les États-Unis ni Israël ne doivent s’en soucier, car les États-Unis, en tant que membre permanent du Conseil de sécurité, peuvent bloquer toute mesure par leur droit de veto.

    Il s’agit en tout cas d’une guerre d’agression contraire au droit international. Cependant, Israël et les États-Unis soutiennent également – dans une démarche de mise en scène moralisante – que ces aspects du droit international seraient sans importance, dès lors qu’il est établi que le régime des mollahs en Iran mène une politique criminelle, tant par le soutien à des groupes islamistes terroristes au Moyen-Orient que par la répression brutale de sa propre population. Il est évident que cette vision – que Trump et Netanyahou, en tant que représentants d’une mission anti-islamiste et humanitaire, semblent partager – est largement répandue dans le spectre politique conservateur-libéral en Allemagne, un récit que l’on se plaît à adopter, car il reflète l’attitude servile des rêveurs transatlantiques face à la puissance occidentale de plus en plus agressive, incarnée par les États-Unis.

    Ainsi, Ulf Poschardt (photo), rédacteur en chef du journal Die Welt, peint déjà le tableau utopique d’un Iran orienté vers les valeurs occidentales, après un changement de régime provoqué par des bombardements israéliens et américains. Ce point de vue méconnaît non seulement la complexité du système de pouvoir iranien, dans lequel la Garde révolutionnaire islamiste possède une base de plusieurs millions d’adhérents avec un potentiel militaire et économique considérable, mais il ignore aussi complètement la situation géopolitique et la logique de puissance des États-Unis et d’Israël au Moyen-Orient.

    Cela témoigne d’une naïveté de belle ampleur et d’un dogmatisme idéologique propre aux conservateurs-libéraux en Allemagne, qui pensent à tort que cette guerre d’agression extrêmement coûteuse et risquée, menée par les forces américaines et israéliennes contre l’Iran, aurait pour but la libération du peuple iranien d’un régime dictatorial, afin de leur offrir ensuite les promesses de bonheur de la communauté occidentale. Cette guerre d’agression n’est qu’un autre exemple de l’application brutale de leurs propres intérêts géopolitiques par les États-Unis et Israël. Il serait également pertinent de se demander quelle est l’attractivité réelle d’une communauté de valeurs occidentale, telle qu’elle est proposée dans la version américaine, qui piétine constamment les fondements du droit international qui visent à assurer une coexistence pacifique entre peuples et nations, un Occident américain qui utilise sa puissance militaire de manière impitoyable et coercitive, même envers ses alliés.

    Israël voit dans cette situation, qui est tout à fait compréhensible pour un État entouré d’ennemis, une occasion d'affaiblir militairement ou même d’éliminer l’Iran en tant que principal ennemi au Moyen-Orient, à court terme, par le biais de frappes militaires. Netanyahou profite de la guerre en cours, en coordination réfléchie avec les ultra-orthodoxes, pour intervenir militairement au Liban et potentiellement occuper durablement le sud du pays. Il ne s’agit pas seulement de détruire le Hezbollah, mais aussi d’établir progressivement un Grand Israël, projet auquel Netanyahou a explicitement adhéré. Cela inclut la Cisjordanie, Jérusalem-Est, la bande de Gaza, le plateau du Golan syrien et probablement aussi le sud du Liban.

    Les États-Unis considèrent que l’Iran est surtout un allié de la Russie et de la Chine, et cherchent donc, par leur intention de réduire l’Iran à néant, à détruire un système de alliances qui se resserre, lequel sert principalement les ambitions énergétiques chinoises en matière de sécurisation des ressources, mais va à l’encontre des intérêts impérialistes américains.

    La concurrence politico-militaire, de plus en plus claire et également plus dangereuse, entre les deux superpuissances restantes, les États-Unis et la Chine, s’est – et ce n’est pas nouveau depuis la guerre d’agression illégale contre l’Iran – déplacée de la rivalité économique vers la confrontation militaire. La volonté d'escalade provient clairement des États-Unis. Les alliés européens n’ont pas été informés avant le début de la guerre d’agression contre l’Iran, et les conséquences encore imprévisibles sur le plan énergétique et financier leur ont été imposées comme autant de faits accomplis. Une puissance dirigeante occidentale, aussi impitoyable dans la poursuite de ses propres intérêts, a perdu toute légitimité à prétendre façonner et diriger la grande région en tant qu’hégémonie, que ce soit culturellement, juridiquement ou économiquement.

    Cela implique des conséquences pour une orientation politique à long terme des États européens :

    1. La guerre d’agression illégale des États-Unis et d’Israël contre l’Iran met en évidence de manière éclatante que la situation géopolitique impose un retour des États européens à une politique de sécurité qui leur est propre. Les États-Unis et Israël poursuivent leurs propres intérêts stratégiques, qui ne sont pas compatibles avec ceux des Européens. Il en découle impérativement que la sécurité d’Israël ne peut pas être la raison d’État de l’Allemagne. De plus, la concurrence conflictuelle entre les États-Unis et leur adversaire oriental, la Chine, tourne autour des marchés de débouché et des sources de matières premières. Les Européens, économiquement et militairement impuissants, ne jouent plus aucun rôle en tant qu’acteurs sur la scène mondiale.

    2. Les obligations d’alliance au sein de l’OTAN doivent être redéfinies. Il est probable que les États-Unis se retireront eux-mêmes de l’OTAN. Si cela n’était pas le cas, les responsabilités devront être renégociées. Il est incompréhensible que le commandant suprême des forces de l’OTAN en Europe – doté de compétences très étendues – doive toujours être un général américain. À moyen terme, les Européens ont besoin d’une alliance de défense propre pour remplacer l’OTAN.

    3. Étant donné que les bases militaires américaines en Allemagne (environ 35.000 soldats sont stationnés sur le sol allemand), qui servent de points d’appui opérationnels pour les interventions militaires américaines en Afrique et au Moyen-Orient, sont essentielles pour la machine de guerre américaine, dès lors une résiliation des accords d’implantation serait dans l’intérêt de l’Allemagne si elle ne souhaite pas être impliquée dans l’escalade guerrière des États-Unis dans les périphéries de première importance pour l’Europe, c'est-à-dire en Afrique et au Moyen-Orient.

    4. La politique énergétique vitale pour l’Allemagne, en tant qu’État industriel, ne doit pas dépendre des intérêts américains. À court et moyen terme, nous avons à nouveau besoin de la Russie en tant que fournisseur de pétrole et de gaz. Pour des raisons géographiques, énergétiques, sécuritaires, politiques et, plus prosaïquement, égoïstes, l’Europe est donc durablement dépendante d’un partenariat étroit avec la Russie. Réactiver ette orientation politique doit être rapidement décidé, et les Européens doivent se préparer à résister résolument aux États-Unis.

    5. Le droit international est le droit des faibles ! L’Allemagne, ainsi que les peuples et États européens, sont des nains militaires, et c’est précisément pour cette raison qu’ils doivent faire des normes du droit international, telles qu’elles sont inscrites dans la Charte des Nations Unies et reconnues mondialement comme éléments de sécurité pacifique, la base de leur politique internationale et le fondement de leur conception politique. Cela inclut le non-recours à la violence et la reconnaissance de la souveraineté des nations ainsi que du droit à l’autodétermination des peuples comme des remparts contre l’arrogance des acteurs mondialistes et impérialistes.

    Siegfried Bublies (Euro-Synergies, 5 avril 2026)

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  • Guerre en Iran : la crise économique qui vient...

    Vous pouvez découvrir ci-dessous un entretien donné par l'économiste Jacques Sapir à Omerta à propos des conséquences économiques de la guerre contre l’Iran.

     

                                            

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  • Citoyenneté sans peuple, la fiction politique du droit du sol...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Balbino Katz, le chroniqueur des vents et des marées, cueilli sur Polémia et consacré à la question du droit du sol...

     

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    Citoyenneté sans peuple, la fiction politique du droit du sol

    Une querelle juridique qui masque une question vitale

    L’audience portée devant la Cour suprême des États-Unis à propos du droit du sol est présentée comme une controverse constitutionnelle. Elle est en réalité d’une tout autre nature. Ce qui s’y joue n’est pas seulement l’interprétation d’un amendement, mais la définition même du corps politique.

    Le discours dominant s’efforce de ramener cette question à une opposition morale, ouverture contre fermeture, universalité contre exclusion. Cette rhétorique dispense de penser. Elle évite surtout de poser la question décisive, qu’est-ce qu’un citoyen lorsque le peuple auquel il appartient cesse d’être défini ?

    Comme le pensait Pierre Manent, « il n’y a pas de démocratie sans peuple, et il n’y a pas de peuple sans limites ». Or toute extension indéfinie de la citoyenneté tend précisément à abolir ces limites.

    La grande confusion, citoyenneté et nationalité

    L’un des traits majeurs de la modernité tardive réside dans la confusion entretenue entre citoyenneté et nationalité. Cette confusion n’est pas innocente, elle permet de substituer un statut juridique à une réalité historique.

    La citoyenneté, entendue comme participation aux droits politiques, tend à absorber la nationalité, qui désigne pourtant une appartenance plus profonde, culturelle, historique, parfois même anthropologique. Cette substitution permet de faire croire que l’appartenance peut être produite par le droit.

    Or l’expérience historique montre l’inverse. Même les régimes les plus universalistes ont été contraints de reconnaître cette distinction. L’Union soviétique elle-même distinguait la citoyenneté, soviétique, de la nationalité, ethnique. Cette reconnaissance implicite d’une pluralité irréductible des appartenances traduisait une réalité que l’idéologie ne pouvait abolir.

    La citoyenneté libérale, une construction sans mémoire

    La conception libérale de la citoyenneté repose sur une abstraction fondatrice. Elle suppose que l’individu peut être détaché de ses origines, de son histoire, de ses appartenances, pour être reconnu comme sujet de droit.

    Cette vision trouve son expression classique chez Ernest Renan. Mais l’interprétation contemporaine en trahit profondément l’esprit. Car Renan lui-même insistait sur le « riche legs de souvenirs » sans lequel aucun plébiscite n’est possible. La volonté ne suffit pas, elle suppose une mémoire.

    La modernité tardive, décrite par Marcel Gauchet, tend à dissoudre cette mémoire dans l’universalisme des droits. La citoyenneté devient un attribut, un label, une qualité attribuée indépendamment de toute continuité.

    Le droit du sol constitue l’aboutissement de cette logique. Il transforme la naissance en fait générateur d’appartenance, indépendamment de toute inscription dans une histoire commune. Le territoire devient un support administratif, non plus un espace vécu.

    L’illusion de la citoyenneté universelle

    Cette extension indéfinie de la citoyenneté repose sur une illusion, celle d’une communauté politique sans fondement substantiel. Elle suppose que des individus peuvent partager des droits sans partager un monde.

    Dominique Schnapper a montré que la citoyenneté moderne repose sur une tension entre universel et particulier. Lorsque cette tension disparaît au profit du seul universel, la citoyenneté perd sa consistance.

    Le résultat n’est pas l’unité, mais la juxtaposition. Des individus juridiquement égaux coexistent sans nécessairement former un peuple. Le droit produit une fiction d’unité que la réalité sociale dément.

    La conception organique, la citoyenneté comme destin partagé

    Face à cette abstraction, une autre conception subsiste, plus ancienne, plus enracinée. Elle considère la citoyenneté comme l’expression d’une continuité historique.

    Alexis de Tocqueville soulignait que les institutions démocratiques reposent sur des mœurs. Ces mœurs, produit d’une histoire longue, constituent le socle invisible de la citoyenneté.

    Dans une perspective proche, Alain de Benoist rappelle que « toute identité est héritée avant d’être choisie ». Cette formule dit l’essentiel, la citoyenneté ne se décrète pas, elle se reçoit et se transmet.

    Le juriste Carl Schmitt apporte une clé décisive. Le politique suppose une distinction, une capacité à dire qui appartient et qui n’appartient pas. Une citoyenneté indifférenciée tend à abolir cette distinction, et avec elle, la possibilité même du politique.

    Le droit du sol, moteur de la déliaison

    Le débat américain met en lumière une transformation du droit du sol lui-même. Ce qui fut un instrument d’intégration devient un mécanisme de déliaison.

    Les critiques soulignent ses effets concrets, attraction migratoire, stratégies d’ancrage par la naissance, transformation de la citoyenneté en moyen d’accès indirect au territoire. La figure des « anchor babies » illustre cette mutation, la citoyenneté cesse d’être un aboutissement pour devenir un levier.

    Plus profondément, elle tend à produire ce que l’on pourrait appeler une citoyenneté de circonstance. Elle ne procède plus d’une appartenance, mais d’un événement, la naissance sur un sol.

    Cette évolution correspond à ce que Oswald Spengler décrivait comme le destin des civilisations tardives, la survie des formes au prix de la disparition de leur contenu.

    Dissocier pour restaurer

    Face à cette crise, une piste consiste à rétablir la distinction entre nationalité et citoyenneté. La première relèverait de l’appartenance historique, la seconde de la participation politique.

    Une telle dissociation permettrait de reconnaître la réalité des sociétés contemporaines tout en préservant l’existence du corps politique. Elle introduirait une hiérarchie là où règne aujourd’hui la confusion.

    Elle suppose toutefois de rompre avec l’illusion selon laquelle le droit peut produire de l’appartenance. Comme le rappelait Guillaume Faye, une société qui ne se définit plus finit toujours par être définie par d’autres.

    Une question européenne décisive

    L’Europe est désormais confrontée à cette question dans toute son ampleur. Le droit du sol, dans ses différentes déclinaisons, participe à une transformation silencieuse du corps civique.

    Cette transformation ne se limite pas à des statistiques ou à des flux. Elle affecte la perception même de l’appartenance, et donc la cohésion politique.

    Le débat américain ne fait qu’anticiper des interrogations qui s’imposeront, tôt ou tard, aux nations européennes.

    Un révélateur

    Le droit du sol n’est pas un simple mécanisme juridique. Il est un révélateur.

    Il révèle une mutation profonde, le passage d’une citoyenneté enracinée dans une histoire à une citoyenneté produite par le droit. Entre ces deux conceptions, le choix n’est pas technique, il est existentiel.

    Car au terme de cette évolution, une question demeure à laquelle il faudra bien un jour donner une réponse : une communauté politique peut-elle survivre lorsque la citoyenneté n’exprime plus une appartenance, mais seulement une procédure ?

    Balbino Katz (Polémia, 1er avril 2026)

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