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Points de vue

  • Quentin, Lyon et la fracture française : la violence politique annonce la barbarie...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Yann Vallerie cueilli sur Breizh-Info et consacré à l'irrépressible montée de la barbarie dans notre société...

     

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    Quentin, Lyon et la fracture française : la violence politique annonce la barbarie

    Il y a des morts qui ne sont pas seulement des drames. Ce sont des symptômes.

    La mort tragique de Quentin a agi comme un révélateur brutal. Une génération découvre que la violence politique n’est plus une relique des années 70, ni une parenthèse marginale. Elle est là. Filmée. Partagée. Commentée. Justifiée.

    Il ne se passe plus une semaine sans qu’apparaissent sur les réseaux sociaux des vidéos où l’on voit des groupes s’acharner à coups de pied et de poing sur un homme déjà à terre. Les images circulent, alimentent la rage des uns, la satisfaction des autres, l’effroi silencieux du reste.

    Et chacun reste dans sa bulle.

    Nous vivons dans une civilisation fracturée. Non pas divisée — fracturée. Ce n’est plus un désaccord, c’est une incompatibilité croissante.

    Les réseaux sociaux n’informent plus : ils enferment. Ils construisent des univers parallèles. Chaque camp lit sa propre actualité, interprète les faits à travers son filtre, renforce ses certitudes. On ne confronte plus ses idées : on les consomme.

    Il y a désormais plusieurs réalités simultanées dans un même pays.

    Certains voient un climat d’agressions politiques unilatérales. D’autres ne voient que des “rixes” entre extrêmes. Certains parlent d’ultra-violence organisée. D’autres dénoncent la “récupération”.

    La vérité importe moins que l’appartenance.

    Quand les faits deviennent secondaires face à l’adhésion tribale, la société entre dans une zone dangereuse.

    Le symbole d’une époque

    Un détail pourrait sembler anecdotique : le MMA est aujourd’hui infiniment plus populaire chez les jeunes que la boxe anglaise.

    La boxe classique était un affrontement codifié, debout, avec des règles strictes. Le MMA, lui, autorise le combat au sol, l’étranglement, l’écrasement, la domination physique totale de l’adversaire.

    Ce n’est pas un jugement moral. C’est un symbole.

    Notre époque ne valorise plus la confrontation réglée. Elle valorise la neutralisation. La soumission. L’anéantissement de l’autre.

    La violence n’est plus une transgression. Elle devient un spectacle.

    Et quand la violence devient spectacle, elle devient contagieuse.

    L’impossibilité croissante du “vivre ensemble”

    Le mot est usé. Mais le problème demeure.

    Peut-on vivre ensemble lorsque les différences ne sont plus négociées, mais exacerbées ? Lorsque les identités deviennent des blocs étanches ? Lorsque chaque camp considère l’autre non comme un adversaire, mais comme une menace existentielle ?

    Nous sommes entrés dans une ère d’hyper-sensibilité identitaire et de radicalité émotionnelle.

    On ne discute plus : on accuse.
    On ne débat plus : on disqualifie.
    On ne tolère plus : on exclut.

    Les réseaux amplifient cette mécanique. Les algorithmes récompensent l’indignation, pas la nuance. La colère, pas la complexité. La dénonciation, pas la confrontation argumentée.

    Chaque jour, des milliers de personnes s’éveillent dans une réalité soigneusement calibrée pour conforter leur vision du monde.

    Comment s’étonner ensuite que l’incompréhension dégénère en violence?

    Une génération saturée

    Les jeunes générations grandissent dans un climat d’images permanentes : émeutes, affrontements, humiliations filmées, combats clandestins, “expositions” publiques d’adversaires.

    La frontière entre militantisme, hooliganisme et guérilla symbolique devient floue.

    Quand l’action politique s’exprime d’abord par l’intimidation physique, quand la rue redevient un théâtre de démonstration de force, la démocratie s’érode silencieusement.

    La violence ne surgit pas du néant. Elle est préparée, normalisée, légitimée par des discours qui transforment l’adversaire en ennemi absolu.

    Le risque d’une escalade

    La guerre civile ne commence jamais par une déclaration officielle. Elle commence par des ruptures successives : sociales, culturelles, informationnelles.

    Elle commence quand des groupes ne partagent plus aucun récit commun.
    Quand ils ne reconnaissent plus les mêmes autorités.
    Quand ils ne reconnaissent plus les mêmes faits.

    Nous n’y sommes pas encore.

    Mais nous avançons sur une pente dangereuse.

    La mort d’un jeune homme, les vidéos de lynchages politiques, les discours de justification implicite ou de relativisation sont autant de signaux faibles qui, additionnés, dessinent un paysage inquiétant.

    Une société qui ne sait plus réguler ses conflits par la parole finit toujours par les régler autrement.

    Retrouver le sens du réel

    La barbarie ne vient pas seulement de la rue. Elle vient du refus du réel.

    Refus de voir la fragmentation.
    Refus de reconnaître l’exaspération mutuelle.
    Refus d’admettre que l’accumulation des haines nourrit une dynamique autonome.

    Si chacun continue à vivre dans sa bulle, à considérer l’autre comme irrécupérable, à alimenter la radicalité comme un carburant identitaire, alors oui, l’escalade deviendra probable.

    Le vivre ensemble n’est pas un slogan. C’est une discipline.

    Et aujourd’hui, cette discipline s’effondre.

    La question n’est pas de savoir qui a commencé. La question est de savoir si quelqu’un veut encore arrêter.

    Parce qu’une civilisation ne meurt pas seulement d’attaques extérieures. Elle peut aussi se dissoudre dans ses propres fractures.

    La barbarie ne surgit pas toujours avec fracas. Elle s’installe d’abord dans les esprits.

    Et c’est là qu’elle devient irréversible.

    Yann Vallerie (Breizh-Info, 16 février 2026)

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  • La gauche et la guerre culturelle, chronique d’un réveil douloureux...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Balbino Katz, le chroniqueur des vents et des marées, cueilli sur Breizh-Info et consacré à la guerre culturelle...

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    La gauche et la guerre culturelle, chronique d’un réveil douloureux

    Je suis assis tranquillement dans ma cuisine, à cette heure incertaine où le matin n’a pas encore choisi son camp. Le Monde est déplié devant moi, étalé comme une nappe rituelle. Le journal a cette manière de s’imposer dans l’espace domestique, comme s’il occupait naturellement la place du prêtre et du notaire. Une page entière retient l’attention. Le titre est sans détour, presque inquiet, « L’extrême droite mène sa bataille culturelle », signé par Julie Carriat. Une page entière, illustrée, pesée, grave, pour constater ce que le quotidien de référence a longtemps refusé de voir.

    Quand la gauche se désespère, elle ne commence jamais par s’interroger sur ses propres échecs. Elle cherche des causes extérieures à ses défaites. La « guerre culturelle » devient alors l’explication commode, le démon explicatif qui permet d’éviter toute autocritique. L’article du Le Monde s’inscrit pleinement dans cette tradition. Il ne s’agit pas d’un texte de compréhension, mais d’un texte de constat anxieux, presque d’un chant funèbre discret, où affleure la stupeur d’un camp qui découvre que le terrain qu’il croyait définitivement conquis ne lui appartient plus sans partage.

    L’effort de contextualisation historique mérite toutefois d’être relevé. Julie Carriat remonte à Antonio Gramsci, rappelle le concept d’hégémonie culturelle, reconnaît que la droite française marginalisée des années soixante a puisé dans cette réflexion pour tenter de survivre intellectuellement après la Seconde Guerre mondiale. Elle admet que la notion de « gramscisme de droite » a été formulée tôt, officialisée même lors d’un congrès du GRECE en 1981. Sur le papier, l’honnêteté semble au rendez-vous.

    Ce que le journal se garde pourtant bien de raconter, c’est le contexte existentiel de cette conversion stratégique. En 1965, l’échec de la campagne présidentielle de Jean-Louis Tixier-Vignancourt ferme définitivement la voie électorale à toute une génération. L’activisme, quant à lui, s’épuise dans la stérilité. Lorsque Dominique Venner choisit de déposer le fusil de la révolution pour s’éloigner celui des battues de chasse, une génération entière se retrouve alors sans horizon politique immédiat, contrainte de penser autrement sa survie.

    C’est là que surgit ce que Le Monde désigne avec une prudence soupçonneuse comme une entreprise de « brouillage des frontières ». Le mérite d’Alain de Benoist et de ceux qui l’entourent est pourtant ailleurs. Il consiste à avoir compris que la droite avait perdu bien avant de perdre les élections. Elle avait perdu la bataille des catégories mentales, du langage, des évidences. À défaut de pouvoir conquérir l’Elysée ou la rue, il fallait reconquérir ce qui précède toute victoire politique, l’imaginaire, les idées, les représentations.

    Après 1945, un partage tacite s’était imposé en Europe occidentale. À l’Est, la gauche s’emparait de tous les leviers de pouvoir. À l’Ouest, elle investissait les pouvoirs culturels, universitaires, éditoriaux, médiatiques, laissant à la droite libérale la gestion de l’économie. Cette dernière acceptait volontiers ce compromis. À vous la culture et ses prébendes, laissez-nous administrer les marchés. Le Monde est l’un des produits les plus achevés de ce modus vivendi, cette répartition des territoires qui assurait à la gauche un monopole moral sans partage.

    Fondé en 1968, le GRECE va entreprendre un travail de fond, patient, souvent ingrat, qui n’a rien d’une manœuvre opportuniste. Contrairement à ce que suggère l’article, il ne s’agit pas de recycler cyniquement Gramsci, mais de produire un corpus cohérent. L’ethno-différentialisme, qui enterre définitivement le racisme biologique, la critique de l’universalisme abstrait, le refus de réduire l’homme à l’homo œconomicus, la mise en valeur de l’identité, de l’héritage, de la transmission, autant de thèmes que Le Monde préfère réduire à une simple « guerre des mots ».

    L’article affirme qu’il n’y aurait eu aucun renouvellement doctrinal depuis la Nouvelle Droite. Cette accusation trahit moins une analyse qu’un malentendu fondamental. Une pensée conservatrice n’a pas vocation à se réinventer au rythme des modes. Elle se mesure à sa capacité à durer, à nommer ce qui persiste lorsque le décor change. Ce qui dérange Le Monde, ce n’est pas l’absence de nouveauté, mais la persistance d’idées qu’il croyait disqualifiées.

    La véritable inquiétude affleure lorsque l’article évoque la constitution d’un écosystème culturel alternatif. Chaînes de télévision, radios, maisons d’édition, fondations, cercles de formation, financements privés. Vincent Bolloré devient la figure commode du Mal, Pierre-Édouard Stérin l’incarnation d’un capital enfin réveillé. Ce passage est révélateur. Pendant des décennies, la gauche a vécu sur l’idée que les capitalistes financeraient indéfiniment un système culturel hostile à leurs propres intérêts, comme dans la formule attribuée à Lénine sur la corde et le pendu. Or ces capitalistes ont fini par comprendre que la gauche les conduit à une société où eux-mêmes n’ont plus de raison d’être. Il ne s’agit plus de philanthropie, mais de survie.

    Ce qui désoriente profondément la gauche, et l’article du Monde en est l’aveu involontaire, c’est la perte de son monopole sur le Bien. Se pensant depuis des décennies comme le camp moral par excellence, elle ne supporte pas de voir ce statut contesté. Elle observe avec stupeur que des mots naguère bannis pénètrent le langage politique, que des notions qu’elle croyait enterrées ressurgissent, que le peuple ne se laisse plus dicter ses catégories par l’université et les rédactions.

    L’article tente de se rassurer en citant des experts expliquant que les intellectuels ne feraient pas basculer les masses. C’est précisément ce qui effraie la gauche. Si les masses cessent d’obéir aux prescripteurs culturels, alors tout l’édifice s’effondre. Ce n’est pas la victoire culturelle de la droite qui inquiète Le Monde, c’est la fin de la docilité culturelle.

    La droite, longtemps aveugle à cette dimension, a fini par comprendre que la guerre culturelle faisait partie intégrante du combat politique. En France, l’irruption d’Éric Zemmour dans l’arène électorale a brisé un plafond de verre médiatique, permettant à des idées longtemps confinées aux marges d’atteindre l’ensemble des Français. En Argentine, l’arrivée au pouvoir de Javier Milei a placé la guerre culturelle au cœur même de l’action gouvernementale. Aux États-Unis, plus aucun acteur politique conservateur ne conçoit désormais l’affrontement électoral sans combat frontal contre l’hégémonie culturelle progressiste.

    La gauche demeure puissante. Dominante à l’université, influente dans les médias, majoritaire parmi les étudiants. Cette domination n’est cependant plus absolue. Des failles sont apparues. Elles permettent à des idées élaborées voici trente, quarante ou cinquante ans d’atteindre enfin ceux auxquels elles étaient destinées. C’est cette fissure que Le Monde contemple avec inquiétude.

    Derrière le vocabulaire faussement analytique, l’article de Julie Carriat est un requiem discret. Il constate l’incapacité de la gauche à produire des idées nouvelles, attractives, capables de séduire les jeunes générations. Il découvre que la guerre culturelle, qu’elle croyait imaginaire ou marginale, est devenue un champ de bataille réel. Non parce que la droite l’aurait inventée, mais parce que la gauche a cessé de la gagner.

    La tentation de la censure apparaît alors comme un réflexe de fin de cycle. Quand on ne parvient plus à convaincre, on rêve d’interdire. Quand on ne domine plus intellectuellement, on invoque la régulation. Ce réflexe n’a rien de nouveau. Il accompagne toujours les fins de monde.

    La guerre culturelle n’a pas commencé aujourd’hui. Ce qui est nouveau, c’est que Le Monde reconnaît enfin son existence. Non pour la mener, mais pour s’en plaindre.

    Balbino Katz, chroniqueur des vents et des marées (Breizh-Info, 10 février 2026)

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  • Les violences de la Jeune Garde : Rétrospective sur six ans...

    Après le meutre en réunion du jeune militant nationaliste Quentin, tabassé à mort par une meute de nervis antifas appartenant à la mouvance de la Jeune Garde, dont Raphaël Arnault, député LFI, est le porte-parole, nous reproduisons ci-dessous un article de l'Observatoire des violences politiques sur les violences et les agressions commises par cette milice gauchistes choyée par Jean-Luc Mélenchon et ses adeptes...

     

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    Clément Mickael Bal alias Cem Yoldas, Raphaël Arnault et Safak Sagdic, les chefs de la Jeune Garde.

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    Raphaël Arnault, nervis gauchiste et député de la République...

     

    Les violences de la Jeune Garde : Rétrospective sur six ans

    On ne cesse aujourd’hui de parler de la Jeune Garde, qui est progressivement devenue le visage de l’antifascisme de rue en France dans les grands médias, supplantant la traditionnelle mouvance antifa. Cette arrivée sur le devant de la scène à trouver son apogée lors de l’élection de Raphaël Arnault (de son vrai nom Archenault) à la fonction de député sous l’étiquette la France Insoumise en 2024. Née à Lyon en janvier 2018, dans le sillage de la campagne Fermons les locaux fascistes, une fédération des syndicats et organisations de gauche communistes et anarchistes traditionnelles contre l’implantation locale du Bastion Social et de Génération Identitaire, la Jeune Garde s’est très rapidement imposée comme un groupe actif et dynamique sur l’ensemble du territoire national, particulièrement remarquée pour sa violence.

    Le but assumé de la Jeune Garde, héritière des Voraces, un précédent groupe de cogneur antifa lyonnais, c’est de rompre avec les traditionnelles pratiques militantes du milieu antifa-autonome, à savoir le squat, les black blocks en manifestation, la casse, pour se concentrer sur la violence de rue contre les opposants d’extrême droite. De l’aveu du fondateur de la Jeune Garde, Safak Sagdic, l’activité des Voraces était déjà « beaucoup d’affrontements, beaucoup de nettoyage, beaucoup d’attaques contre les locaux de l’extrême droite [1] ». L’engagement violent de Safak ne se limitera pas d’ailleurs à ses actions dans la rue : il combattra en effet dans les milices de la YPG au Kurdistan syrien, de 2015 à 2016, un engagement qu’il revendique ouvertement.

    La rupture avec la sous-culture antifa se traduit également par une simplification du discours. Bien que le groupe conserve ses fondamentaux marxistes, la problématique de la lutte contre l’extrême droite est réduite par lui à sa plus sommaire expression : la société est infestée de « racistes » et de « nazis » qui « sont en roue libre » à cause du RN et des « médias de Bolloré » et il faut agir préventivement avant que ceux-ci ne se livrent à des exactions à grande échelle contre les populations immigrées. Ainsi la Jeune Garde présente ostensiblement son combat comme purement défensif.

    On constate pourtant que la très grande partie de ces violences sont revendiquées ouvertement et ne rentrent aucunement dans le cadre de la légitime défense. Sur cinq années d'activité, de 2019 à début 2025, on recense pas moins de 52 faits d'agressions et de menaces, dont 27 à Lyon. La plupart des cibles, présentées « nazis » ou a minima nationalistes ne peuvent être identifiées et très souvent leur désignation est purement unilatérale par la communication de la Jeune Garde. Enfin, Raphaël Arnault (Archenault) est également clairement reconnaissable dans plusieurs de ces revendications d'attaque, ce qui ne l’a pourtant pas empêché d’être considéré comme suffisamment respectable pour être investi comme candidat par la France insoumise et pour être élu dans la première circonscription du Vaucluse.

    Sur le canal Telegram Antifa Squads, page lancée à l'origine par Raphaël Arnault et Safak Sagdic sur Facebook, où les violences antifas au niveau national sont souvent revendiquées en toute décomplexion, le nom de la Jeune Garde est cité à ce jour… soixante-deux fois depuis 2021 ! Preuve en est de l’activité prolifique du groupe. Le vocabulaire laisse peu d’équivoque, le conflit est recherché en permanence, et les opposants qui refusent de jouer le jeu de la violence avec la Jeune Garde sont régulièrement moqués pour leur lâcheté. En revanche, la plupart de ces mêmes revendications donnent lieu à un double discours quand on les compare avec leurs équivalents sur le canal principal de la Jeune Garde, ou ceux de ses porte-paroles (Raphaël Arnault et Cem Yoldas). Un discours consensuel et défensif pour plaire au public de gauche modéré, et un discours offensif et vindicatif pour la gauche radicale.

    On notera que suite à une brouille de trop avec l'AFA (représentée par Mehdi Daddane, lui aussi cofondateur d'Antifa Squads), la Jeune Garde revendique à présent ses violences sur un canal portant le nom de Youth Antifa.

    La stratégie de la Jeune Garde n’est d’ailleurs pas exempte de critiques au sein de la mouvance antifa traditionnelle, pourtant elle-même pas fâchée avec la violence. Ainsi un militant de l’AFA Toulouse leur reproche ouvertement une agression contre un jeune fan de métal mineur en juillet 2022, qu’il qualifie « d’aberration » dont il a « du mal à voir comment ça va populariser l’antifascisme politique. Et si demain Raphaël Arnault obtient un poste, c’est le genre de dossier qui sera facile à ressortir pour des adversaires : des membres de l’organisation dont il a été porte-parole tabassent des adolescents et le revendiquent. [1] »

    Enfin les violences de la Jeune Garde sont loin de ne cibler que d’hypothétiques « nazis » mais touchent aussi des opposants politiques à gauche et au centre, et parfois des passants identifiés à tort comme d'extrême-droite. On peut par exemple souligner leur règlement de compte largement documenté avec leurs rivaux de la GALE, groupe antifa lyonnais, en 2022. Ou encore en 2023, l'agression de militants des Jeunes avec Macron par la section parisienne de la Jeune Garde.

    S’il ne reste plus de traces des premières actions violentes de la Jeune Garde, marquées par des attaques de locaux contre le Bastion Social et l’Action française à Lyon comme Marseille, il est encore possible de retrouver les faits suivants :

    - 9 mai 2019 : Attaque de la terrasse du restaurant le Charivari dans le 6e arrondissement de Paris par un commando d’antifas menés par Raphaël Arnault (dans lequel on compte également Alix Manga des Supras Auteuil et Amaï Goudiaby des Rapaces Paris).

    - 17 janvier 2020 : Très violente rixe de presque 10 minutes à Lyon entre les membres de la Jeune Garde, dont Raphaël Arnault, et des opposants nationalistes dans le quartier du Vieux Lyon.

    - 1er juin 2020 : Attaque revendiquée d’Audace Lyon, petit groupuscule nationaliste, par un commando de la Jeune Garde mené par Raphaël Arnault et Luc Bawa, le dernier étant poursuivi pour apologie du terrorisme, la Jeune Garde revendique le « passage aux urgences » des cibles qui finiront dépouillées de leurs vêtements.

    - 19 août 2020 : Une vingtaine de membres de la Jeune Garde Lyon attaque le bar The Big White, six d’entre eux sont interpellés.

    - 30 septembre 2020 : Attaque revendiquée d’un collage de l’Action française par la Jeune Garde à Strasbourg.

    - 17 octobre 2020 : Tentative d'agression revendiquée par un groupe de la Jeune Garde mené par Raphaël Arnault en marge de l'ouverture de la librairie de droite Les Deux Cités à Nancy, interrompue par l'intervention de la police.

    - 20 octobre 2020 : Agression revendiquée d’un skinhead d’extrême droite par trois membres de la Jeune Garde à Lyon dont Raphaël Arnault, reconnaissable à ses bagues et ses vêtements.

    - 19 février 2021 : Agression revendiquée d’un « leader jeune » nationaliste par un groupe d’une dizaine de membres de la Jeune Garde à Lyon.

    - 23 avril 2021 : Agression revendiquée d’un jeune homme présenté comme militant nationaliste par la Jeune Garde à Lyon.

    - 24 avril 2021 : Raphaël Arnault est condamné pour des faits d'agression de ce jour en bande à 6 contre un jeune homme à Lyon.

    - 5 mai 2021 : Attaque revendiquée d’un « leader Lyon Populaire » par quatre antifas de la Jeune Garde.

    - 15 juin 2021 : Raphaël Arnault, accompagné de plusieurs membres de la Jeune Garde Lyon, se rend sur la place Carnot afin de provoquer des personnes identifiées comme nationalistes qui buvaient un verre. Très vindicatif, il multiplie les insultes et appelle ouvertement à la confrontation physique. Sur la vidéo, il est celui qui parle et qui invective.

    - 10 juillet 2021 : Attaque revendiquée du local identitaire La Traboule à Lyon par la Jeune Garde, présence de Luc Bawa.

    - 4 septembre 2021 : Attaque revendiquée d’un cortège antipass par les militants de la Jeune Garde à Lyon. Un habitant du quartier pris par erreur pour un nationaliste subira 30 jours d’ITT et perdra 4 dents. Un membre de la Jeune Garde sera interpellé et déferré suite à ces faits.

    - 20 novembre 2021 : Attaque du service d’ordre de Némésis durant une manifestation féministe organisée par Nous Toutes à Paris, présences d’Antoni Salamone, Raphaël Arnault, Maia Sniezek et Maxime Bon.

    - 16 décembre 2021 : Agression revendiquée et vol de matériel de militants de l’Action Française par la Jeune Garde à Lille.

    - 6 février 2022 : Les antifas de la Jeune Garde Lille se mobilisent l'occasion d'un meeting d'Éric Zemmour dans la ville. Ils revendiquent le fait d'avoir « repéré et recadré » plusieurs « militants d’extrême droite » qui se rendaient à la réunion politique dans le cadre de l'élection présidentielle.

    - 23 février 2022 : À l’occasion d’une conférence de Raphaël Arnault à la faculté Rennes 2, des militants de la Jeune Garde, dont Safak Sagdic et Lucas Labaj dit Faucon, ont frappé et séquestré un des participants à la conférence, identifié comme militant de droite à cause de sa coque de téléphone qui arborait une fleur de lys. Une plainte a été déposée.

    - 5 mars 2022 : Agression revendiquée de militants de GZ qui finissent dépouillés de leur matériel militant par une dizaine de membres de la Jeune Garde, dont Thomas Soliva, à Lyon.

    - 5 mai 2022 : Série d’agressions filmées sur des militants nationalistes à Lyon, à chaque fois seuls contre une bande de militants de la Jeune Garde.

    - 1er mai 2022 : Bagarre entre la Jeune Garde et son rival, le Groupe Antifasciste Lyon et Environ (aujourd’hui dissous) au local de Radio Canut à Lyon.

    - 29 juin 2022 : Agression revendiquée de 5 membres de GZ à Paris en marge d’une soirée de l’Institut de Formation Politique par un groupe de la Jeune Garde mené par Antoni Salamone.

    - 9 juillet 2022 : Agression revendiquée (puis finalement effacée) d’un jeune homme habillé en fan de blackmetal par les militants de la Jeune Garde à Aubervilliers, menés par Antoni Salamone.

    - 14 décembre 2022 : Agression revendiquée de deux ultras du Paris Saint-Germain à Paris par la Jeune Garde en marge du match France-Maroc.

    - 4 mars 2023 : Deux membres de la Jeune Garde, dont Thomas Soliva, tatoueur sous le pseudo « Casual Ink » agressent un ultra du Kop of Boulogne dans les rues de Paris.

    - 28 mars 2023 : Violente bagarre revendiquée entre la Jeune Garde et leurs opposants nationalistes en marge du blocus de la fac Lyon 3. Les militants de la Jeune Garde retiennent ensuite un opposant et filment son tabassage.

    - 14 avril 2023 : Attaque revendiquée de la sortie du local de l’Action française à Paris par les militants de la Jeune Garde.

    - juin 2023 : Agression revendiquée d’un homme présenté comme un soutien du régiment ukrainien Azov par trois militants de la Jeune Garde dans les rues de Paris.

    - 2 septembre 2023 : la Jeune Garde Lille traque les identitaires de la Citadelle durant tout un week-end et revendique le fait d’avoir « attrapé » plusieurs militants.

    - 21 septembre 2023 : Agression des membres des Jeunes avec Macron par la Jeune Garde sur le campus de la faculté de Nanterre.

    - 29 septembre 2023 : Agression revendiquée des militants du groupe Luminis par la Jeune Garde en terrasse du restaurant Au Vieux Colombier à Paris.

    - 3 octobre 2023 : Agression d'un militant de Génération Zemmour à Lyon par Arnaud Monteiro, membre de la Jeune Garde et du service d'ordre de la CGT.

    - 16 octobre 2023 : Durant un hommage à Dominique Bernard à Lyon, Raphaël Arnault a intimidé Mila et menacé mort Alice Cordier, la directrice du collectif Némésis.

    - 23 novembre 2023 : Cinq antifas de la Jeune Garde Strasbourg, dont Clément Mickael Bal alias Cem Yoldas, agressent un nationaliste qui vient de sortir d’une église.

    - 17 décembre 2023 : Raphaël Arnault menace des personnes âgées qui ont tracté pour le Rassemblement national à Lyon, dans le quartier de Croix-Rousse.

    - 22 décembre 2023 : Bagarre revendiquée entre les militants de la Jeune Garde et des opposants nationalistes à Lyon.

    - 26 janvier 2024 : Nouvelle attaque revendiquée de la Jeune Garde sur le local de l’Action française à Paris.

    - 4 mars 2024 : Nasrollah Marouf, qui accompagne la Jeune Garde Strasbourg dans ses agressions, est arrêté par la BAC avec quatre autres antifas pour l’agression d’un jeune homme de 18 ans qui sortait d’une conférence organisée par le Cercle Mercure.

    - Avril 2024 : Dans le Pays d'Aix, deux antifas de la Jeune Garde, dont Malek Medjani, agressent le porte-parole de Tenesoun et ancien collaborateur parlementaire RN Raphaël Ayma.

    - 19 avril 2024 : à Lyon, les militants de la Jeune Garde Alexandre Lele et Arnaud Monteiro ont lynché un militant RN qui sortait du métro. Ils seront jugés le 11 septembre 2025 au tribunal correctionnel de Lyon pour violence aggravée par deux circonstances.

    - 27 avril 2024 : Cinq antifas de la Jeune Garde, dont Florian Cuntreri, revendiquent d’avoir attaqué trois militants nationalistes à Marseille, dont deux ont été mis « KO ».

    - 9 mai 2024 : Un jeune homme de 19 ans est passé à tabac par une vingtaine de militants de la Jeune Garde à Lyon. Un coup de béquille lui provoquera une double fracture de la mâchoire.

    - 12 mai 2024 : Agression revendiquée de deux militants nationalistes dépouillés de leurs affiches et vêtements dans le métro par la Jeune Garde à Lyon.

    - 22 mai 2024 : Attaque revendiquée de la terrasse du bar « Le Danois » à Lyon par la Jeune Garde.

    - 27 mai 2024 : À Lyon, Raphaël Arnault, accompagné de militants de la Jeune Garde, agresse un homme identifié comme étant un militant identitaire. Plus tard dans la soirée, un autre homme est agressé par la Jeune Garde.

    - 6 juin 2024 : Un commando d’une dizaine de militants de la Jeune Garde Strasbourg attaque deux personnes faussement identifiées comme étant membres du groupe nationaliste « Gargouilles ». Une plainte a été déposée et quatre jours d’ITT prescrits. La plainte mentionne le nom de Clément Mickael Bal dit Cem Yoldass, porte-parole de la Jeune Garde comme Raphaël Arnault.

    - 7 juin 2024 : Agression revendiquée de membres de l’Action française à Lyon par la Jeune Garde.

    - 7 juin 2024 : Des militants de GZ, la branche jeunesse de Reconquête, collent leurs dernières affiches avant les élections européennes à Lyon. Au cours du collage, ils sont alpagués par un homme en scooter et qui porte donc un casque : « On va vous crever […] On va revenir […] Une balle dans la tête ». Les militants identifient clairement Raphaël Arnault. Une plainte a été déposée.

    - 13 juin 2024 : Raphaël Arnault, inquiet pour son intégrité physique car il aurait « été reconnu dans le train » au départ de Paris, a sollicité l’adjoint au maire de Lyon chargé de « la Sûreté, de la Tranquillité et de la Sécurité », Mohamed Chihi, afin que celui-ci envoie une patrouille de policiers municipaux à son arrivée à Lyon. Finalement, ce sont les membres de la Jeune Garde qui agressent un homme soupçonné d’être « nationaliste ». Le meneur est Jacques-Élie Favrot, l’assistant parlementaire de Raphaël Arnault. La Jeune Garde s'est en effet jetée sur la victime, qui a été lynchée. Tandis que Jacques-Elie donnait des coups de pieds, un autre portait des coups avec une matraque télescopique. Une plainte a été déposée.

    - 16 juin 2024 : À Annecy, des membres de la Jeune Garde, armés de barres de fer, ont tenté d’agresser le responsable des Jeunes du RN en Haute-Savoie, sans y parvenir.

    - 27 juin 2024 : Huit membres de la Jeune Garde Paris ont été mis en examen après avoir agressé un juif de quinze ans dans le métro. Celui-ci était accusé d’appartenir à la Ligue de défense juive.

    - 13 janvier 2025 : À Montpellier, un jeune étudiant de 18 ans et membre de la Cocarde s’est fait lyncher au sol par quatre membres de la Jeune Garde, dont Adrien Ghisolfi, Yaël Legouhy et un certain Lucas, surveillant au collège du Jeu de Mail à Montpellier, parce qu’il venait de retirer un de leur autocollant à la sortie d'un restaurant universitaire. Une plainte a été déposée et sept jours d'ITT ont été prescrits.

    - 22 janvier 2025 : Alors qu’ils tractaient à la faculté de Strasbourg, quatre membres du syndicat étudiant La Cocarde ont été repérés par des membres de la Jeune Garde Strasbourg, dont Nasrollah Marouf, qui ont suivi le groupe, avant de les insulter puis de les frapper. Quatre jours d’ITT ont été prescrits à chaque membre de la Cocarde, une plainte a été déposée.

    - 28 janvier 2025 : Nasrollah Marouf, étudiant à l'université de Strasbourg, a été surpris en train de surveiller une conférence de l’Action française. Repéré, il a fui, tandis que les militants de la Jeune Garde, qui attendaient une rue plus loin, ont été dispersés par la police. La Jeune Garde prévoyait d'attaquer les militants d'AF.

    - 6 avril 2025 : La Jeune Garde Lyon a tenté d'attaquer des participants à La Marche pour la Vie à l’issue de celle-ci. Ils ont été repérés alors qu’ils étaient en train de se cagouler et de s’armer. Ils ont alors été repoussés et deux d’entre eux ont même été interpellés par les forces de l’ordre.

     

    Observatoire des violences politiques (Observatoire des violences politiques, 8 avril 2025)

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  • La droite politique, culturelle comme médiatique doit cesser de tendre la joue...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Yann Vallerie cueilli sur Breizh-Info et consacré à la mode, à droite, de la “vidéo-victimisation”...

     

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    Victimisation ou reconquête ? La droite politique, culturelle comme médiatique doit cesser de tendre la joue

    Il y a une chose que la droite française doit comprendre – vite, et sans se raconter d’histoires : on ne gagne pas une bataille de civilisation en se comportant comme un club de soutien psychologique. On ne rallie pas des hommes debout avec des vidéos de types à terre. Et surtout, on ne bâtit pas une promesse d’ordre en exhibant, en boucle, sa propre impuissance comme si c’était une médaille.

    Je vais le dire sans détour, parce que personne n’ose le formuler clairement : la “vidéo-victimisation” est une drogue. Elle donne des shoots d’indignation, des likes faciles, des “courage !” en commentaires, et ça fait monter l’audience comme une perfusion d’adrénaline. Mais politiquement, culturellement, symboliquement, c’est un poison. À force de montrer qu’on se fait humilier, voler, casser, expulser, bousculer, et qu’on revient la semaine suivante pour recommencer – on imprime dans les têtes un message simple : “Nous sommes faibles, et nous acceptons de l’être.”

    Or la politique, ce n’est pas seulement des idées. C’est une affaire de gravité, de verticalité, de prestige. Les gens ne suivent pas des victimes professionnelles. Ils suivent ceux qui dégagent une énergie d’action, une capacité à tenir, à durer, à encaisser sans pleurnicher, à se relever sans s’exhiber. Une femme, normalement, ne fait pas un enfant avec un homme qui ne lui inspire aucune sécurité. Ce n’est pas un slogan, c’est une loi anthropologique. La confiance naît du sentiment de protection. Et ce qui vaut dans l’intime vaut dans le collectif : on ne confie pas l’avenir de son pays à des gens qui ont l’air de se faire bolosser avec une sorte de jouissance morale.

    Je n’écris pas ceci par haine, ni pour jouer au “plus pur que toi”. J’écris parce que je suis fatigué de voir notre camp saboter sa propre image à coups de contenus “martyrs en 4K”. Il y a une grande confusion : certains croient qu’être “la cible” prouve qu’on est “dans le vrai”. Comme si la violence adverse était un label de qualité. Non. La violence adverse est un fait, parfois inévitable, et qui doit être traité comme tel : avec stratégie, discipline, et organisation. Pas comme un spectacle.

    Car le problème, bien souvent, n’est même pas le courage individuel. Le problème, c’est l’amateurisme. Aller volontairement se jeter dans une nasse hostile, sans service d’ordre, sans repérage, sans plan de repli, sans cadre juridique, puis pleurer devant la caméra quand ça dégénère, ce n’est pas du courage : c’est de l’imprudence mise en scène. Et l’imprudence, en politique, coûte cher aux autres. Elle décourage les sympathisants, elle affaiblit les militants, elle donne aux adversaires la certitude qu’ils peuvent chasser, intimider, confisquer l’espace – sans conséquence.

    Alors oui : la droite doit arrêter de faire les victimes. Mais qu’on s’entende bien sur “rendre les coups”. Je ne parle pas de fantasmes adolescents, de bagarre romantique, de “guerre civile” chantée par des bavards. Je parle de riposte intelligente, légitime, et surtout efficace.

    Rendre les coups, c’est d’abord refuser le récit imposé. C’est nommer, démonter, exposer. C’est cesser de s’excuser d’exister. C’est refuser la position de proie médiatique. C’est apprendre à répondre du tac au tac, à retourner l’accusation, à faire payer le prix symbolique à ceux qui croient avoir tous les droits.

    Rendre les coups, c’est ensuite l’organisation. Pas la bravade. L’organisation. Un dispositif de sécurité adapté, une discipline collective, une préparation du terrain, une maîtrise de la logistique. C’est éviter de livrer des “moments” gratuits à l’ennemi. C’est comprendre que, dans une université, une manifestation, un reportage “dans la fosse”, vous êtes dans un théâtre d’hostilité : si vous y allez, vous y allez pour occuper l’espace, pas pour servir de punching-ball pédagogique. Si vous ne pouvez pas occuper, vous ne venez pas. On ne fait pas de politique en tendant la joue.

    Rendre les coups, c’est aussi l’arme qui fait paniquer nos adversaires : le droit, la procédure, la plainte systématique, la traçabilité, la documentation. Chaque dégradation, chaque intimidation, chaque agression doit produire un coût. Pas un tweet. Un coût. Dépôts de plainte, constitution de dossiers, suivi, publicité méthodique, pression locale. Ceux d’en face ont compris une chose : l’impunité est un carburant. Il faut l’assécher. Et l’assécher demande du sang-froid, pas du cinéma.

    Mais je vais plus loin : la droite doit aussi montrer l’exemple. Parce que l’autorité ne se proclame pas, elle se pratique. On ne peut pas réclamer l’ordre et vivre dans le désordre. On ne peut pas exiger la discipline nationale et se complaire dans la querelle de chapelles, la jalousie d’ego, le narcissisme de micro-audience. On ne peut pas dénoncer la décadence en mimant les codes d’un monde décadent : hystérie, indignation permanente, victimisation performative, mise en scène de soi.

    Ce que les Français veulent entendre, au fond, c’est simple : “Nous allons tenir. Nous allons bâtir. Nous allons protéger.” Ils cherchent des gens qui donnent envie de s’aligner, pas de s’excuser. Des gens qui respirent la maîtrise, pas la plainte. Des gens qui inspirent le respect, pas la pitié.

    Aujourd’hui, trop de figures de droite confondent “faire parler de nous” et “imposer une force”. Or la notoriété n’est pas la puissance. La puissance, c’est la capacité à durer, à structurer, à conquérir, à former, à transmettre. La gauche radicale l’a compris : elle protège ses nervis, elle fabrique ses héros, elle transforme ses agresseurs en victimes. Et nous, que faisons-nous ? Nous transformons nos victimes en contenu.

    Stop.

    Il faut une droite qui cesse de quémander. Une droite qui cesse de trembler devant les injonctions morales. Une droite qui cesse de s’exhiber en martyr. Une droite adulte, stratégique, enracinée, disciplinée. Une droite qui ne cherche pas à être aimée par ses ennemis, mais respectée par le peuple.

    Là est le choix : la posture victimaire ou la reconquête. La plainte ou l’exemple. Le buzz humiliant ou le travail de puissance.

    Se faire sciemment bolosser en boucle n’est pas une stratégie politique. C’est une défaite mise en abonnement.

    Yann Vallerie (Breizh-Info, 9 février 2026)

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  • La littérature sous la dictature du marché...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue d'Alexandre Narc, cueilli sur le site de la revue Éléments et consacré à l'absorption de la littérature dans le grand marché des produits culturels.

    alexandre nasc, littérature, réenracinement, hyperconcentration

     

    La littérature sous la dictature du marché

    La littérature est siliconée, poudrée, emballée à la dernière mode et chargée de produits culturels. Elle défile sur la longue passerelle de la modernité, où se pressent les « écrivains », les « éditeurs », les « libraires », les « médias », les « critiques » et les « lecteurs ». Sous les projecteurs du marché global orientés par les conglomérats, elle se dandine, se produit et se reproduit à l’envi. Elle présente à chaque passage les bras chargés de nouveautés, des livres par milliers, uniformes mais colorés. Mais voilà… Que propose-t-elle ? Des biens à consommer, sans substance, sans identité, à jeter et à recommencer… Nourrit-elle l’imaginaire, l’âme et l’esprit ? Interroge-t-elle notre passé, notre présent et notre devenir ? Elle fait du surplace, nous tend ses fétiches, il faut les contempler.

    La littérature à l’ère du capitalisme mondialisé

    Si le principe de l’art est sa reproductibilité[1], le marché littéraire ne se limite plus à la multiplication des exemplaires : il valorise la capacité d’une œuvre à s’aligner sur le marché et assurer la rentabilité. Le caractère littéraire (valeur esthétique, formelle, etc.) tend à s’effacer au profit de son potentiel de circulation, de consommation et de rentabilité, c’est-à-dire à l’axe économicopolitique du champ littéraire. Les écrivains et les éditeurs, influencés par cette logique de visibilité et de rentabilité, produisent souvent une littérature calibrée pour plaire et répondre aux attentes économiques et idéologiques des conglomérats (Bolloré, Kretinsky, etc.) qui les possèdent. La frontière entre ce qu’il était d’usage d’appeler la littérature commerciale et la littérature « sérieuse » s’estompe progressivement pour laisser place à une littérature accessible, où la réception médiatique et du lectorat pèsent fortement sur le succès de l’œuvre. La tension traditionnelle entre autonomie (l’art pour l’art, l’engagement, etc.) et hétéronomie (impératifs économicopolitiques) dans le champ littéraire[2] tend à s’affaiblir, bien que des îlots de résistance subsistent (éditeurs et critiques indépendants). Les livres ne s’offrent plus comme des langues ou des intériorités à découvrir, un univers à explorer ou le surgissement d’un imaginaire. Ils ne sont plus que l’expression noir sur blanc d’un contenu plus ou moins complexe et plus ou moins bien ficelé : un scénario densifié, sans style, sans langue, sans singularité. C’est d’ailleurs ce que valorise le marché global : des livres déclinables à merci en jeux-vidéos, en films, en séries, etc., et parfois même l’inverse. Il est même devenu naturel qu’un livre soit réédité ou, plutôt, réimprimé et augmenté d’un nouvel emballage lors d’une sortie de film ou d’une série à succès. L’acte d’écrire, de publier et de lire ne s’inscrit plus désormais dans la singularité, dans une identité particulière ou le risque littéraire. La littérature est dissoute dans l’urgence du moment, la fragmentation du multimédia, l’économie de la répétition, de la variation de modèles, de personnages et de topoï qui fonctionnent, à un certain nombre d’horizons d’attente[3] à satisfaire.

    Histoire et évolution du marché du livre

    Depuis le XIXe siècle, la création d’un marché du livre a profondément transformé les rapports entre création et économie. L’émancipation du mécénat traditionnel et de ses logiques acte un marché structuré autour de l’édition et des logiques financières de standardisation et de rentabilité. Émile Zola s’en félicite en son temps, en saisit l’ampleur et devient, selon ses mots, un « marchand comme un autre[4] ». Réseaux dans les mondes journalistiques et lettrés, surexposition par d’habiles négociations, publicités diverses et variées allant des remerciements aux petits scandales, tout doit concourir au succès et donc aux ventes.[5] L’art pour l’art amorcé par Théophile Gauthier peut être en cela considéré comme une réaction, une résistance à la financiarisation de la littérature, à une forme de perte, d’enlisement de la couronne poétique dans « la fange du macadam[6] ».

    Avec les années 50, la production littéraire s’est massifiée et standardisée, surtout dans ses segments dominants. Les éditeurs indépendants, largement invisibilisés, conservent des logiques différentes et moins commerciales. Ils sont submergés par la surproduction livresque des grands éditeurs et peinent à se démarquer. Les grands éditeurs, quant à eux, intégrés à des conglomérats financiers, ne sont plus des éditeurs traditionnels depuis à peu près une cinquantaine d’années.[7] La démarche dominante n’est plus de découvrir, de révéler et de distinguer par l’édition ; mais, au contraire, de sonder un public quitte à pratiquer la « censure du marché », en déterminant la publication d’un livre sur « l’existence ou l’absence d’un pré-public[8] ». Ils peuvent autoriser et interdire, mais aussi accélérer ou freiner la parution d’une œuvre, en fonction d’un cahier des charges occulte, dicté par leurs intérêts économiques, politiques, sociaux ou même électoraux. Ils deviennent ainsi des acteurs centraux du contrôle symbolique, des « gardiens de l’accès » (gatekeepers), capable d’orienter le paysage culturel en invisibilisant ou en sélectionnant ce qui peut ou non parvenir au public, et à quel rythme. Cet état de fait conduit à une forme de mise en conformité par influence réciproque de l’auteur, de l’éditeur et du lecteur aux logiques commerciales et idéologiques. Aussi peut-on supposer que le système capitaliste procède désormais par « contraception[9] » : des livres ne sont pas pensés, écrits ou édités, car invendables selon les exigences de 10 à 15% de rentabilité des conglomérats.[10] Rappelons que tout au long du XIXe et du XXe siècle, les bénéfices moyens étaient de 3 à 4%.[11] Cet écart implique donc une révolution du monde éditorial depuis les années 70.[12] Il y a en effet une véritable « fabrique du champ littéraire par le marché[13] », et les conglomérats y participent. Ils sont « synonymes d’hyperconcentration éditoriale, de financiarisation et de mondialisation[14] ».

    Rôle des conglomérats multimédiatiques

    Pour illustrer ce phénomène, une carte parue en avril 2025 intitulée « Édition, qui possède quoi[15]» du média Le Vent se lève et des éditions Agone, en partenariat avec Le Monde diplomatique, propose une vue générale de cette hyperconcentration. Il apparaît qu’en France, cinq grands groupes concentrent trois quarts du secteur de l’édition. Il s’agit du conglomérat Bolloré qui possède depuis 2023 le grand groupe Hachette (Fayard, Stock, Grasset, Larousse), le conglomérat Kretinsky qui possède, depuis 2024, le grand groupe d’édition Editis (La Découverte, Delcourt, Robert Laffont, Nathan), la famille Montagne qui possède Média Participations (Seuil, Fleurus, Dargaud), la famille Gallimard qui dirige son grand groupe Madrigall (Gallimard, Flammarion, Folio) et la famille Esménard qui, via le conglomérat Société Huyghens de participations, contrôle le grand groupe Albin Michel (PUF, Belin, Delagrave). Si l’on ajoute les cinq autres groupes d’importance sont concentrés 87% du chiffre d’affaires de l’édition, et les 13% restant à de petits groupes et aux éditeurs indépendants.[16] Ainsi « 90% de la production éditoriale est […] aux mains d’une poignée de grandes fortunes plus ou moins liées à des intérêts industriels ou financiers[17] », indique l’affiche. Ces conglomérats possèdent d’ailleurs non seulement le système dominant de l’édition mais aussi de distribution, de promotion et de réception. Ils sont en cela multimédiatiques : ils contrôlent très souvent des organes de presse écrite, de radios et de télévisions.

    Le cas Musso est particulièrement intéressant dans la mesure où il illustre parfaitement l’étendue du réseau multimédiatique des conglomérats.[18] En 2019 paraît La vie secrète des écrivains chez Calmann-Lévy, édition du groupe Hachette (appartenant à l’époque au conglomérat Lagardère), diffusé par Interforum, présent entre autres dans tous les points Relay (du conglomérat Lagardère). D’ailleurs, Guillaume Musso a bénéficié d’une large couverture médiatique, invité sur Europe 1 et RFM – toutes deux appartenant au conglomérat Lagardère. Ainsi peut-on se demander dans quelle mesure ces conglomérats multimédiatiques contrôlent l’ensemble de la chaîne du livre – de la production (éditeurs et auteurs) à la diffusion (diffuseurs et libraires) jusqu’à la réception (médias, critiques, réseaux) –, exigent un retour sur investissement et fabriquent artificiellement des « coups » littéraires et des créatures médiatiques.

    Prix littéraires et mécanismes de légitimation

    Dans cette coterie structurelle, les Prix dits littéraires sont loin d’être des garants de qualité. Ils sont des facilitateurs commerciaux et non des preuves de littérarité comme pourrait se méprendre le lecteur naïf.[19] Il faut bien se rendre compte que ces distinctions déforment le livre, car elles le fétichisent et le transforment en produits culturels. Les Prix contribuent à l’huilage de la mécanique capitaliste. Ils créent et recréent à l’envie l’événement, stimulent l’économie, rendent vendable, respectable et exportable. Ils sont souvent l’obsolescence programmée de la littérature et sa renaissance standardisée. Il suffit d’un bandeau coloré et de quelques mots élogieux, peu importe d’ailleurs qu’il s’agisse d’un Prix, parfois même un bandeau suffit pour attirer le regard, pour que le livre gagne en qualité, en prestige et, surtout, en rentabilité. Il existe aujourd’hui plus de deux mille prix en France pour toutes les cibles du marché : du plus traditionnel comme le Prix Goncourt ou le Prix Renaudot, au plus ridicule comme le Prix de la Page 111 ou encore le Prix littéraire U. Pour ne prendre qu’un seul exemple, le prix Goncourt décernait à l’origine une rente à son lauréat pour se consacrer à son art sans compromission économique.[20] Cette intention permettait de protéger l’écrivain, son rôle et son œuvre. Aujourd’hui, le prix Goncourt n’offre que 10 euros à son lauréat. Il est d’ailleurs devenu un prix d’éditeurs, plus ou moins joué d’avance, surmédiatisé et un formidable stimulant marchand. Les livres auréolés de Prix sont destinés à trôner parmi les têtes des ventes, et la valeur littéraire s’efface derrière différents types de valeurs marchandes, « utilitaires, corporatistes, éducatives, ludiques […] qui se soucient peu du devenir de la littérature[21] ».

    La consécration critique cède la place à la stratégie mercatique. Les circuits de légitimation (prix, médias, critiques) et de diffusion (libraires, grandes surfaces) s’entrecroisent et forment un système où tout concourt à la reproduction des mêmes modèles. En effet, depuis les années 70, les pages littéraires se réduisent désormais à des notes promotionnelles ou à des activités résumantes dans une large partie de la presse généraliste, tandis que d’autres espaces critiques subsistent à ses marges.[22] La « culture moyenne » et la démocratisation, lisible et rentable, s’imposent comme norme.

    Le petit monde littéraire français participe à ce nivellement par la rentabilité et la culture moyenne. Les amitiés plus ou moins avouées, les coucheries diverses et variées, les entrevues entre époux sur différents formats (visuels, audio, etc.), l’entreléchage constant dans les émissions dites littéraires ou culturelles, la mainmise germanopratine, de ses gratte-papiers demi-mondains, poseurs orgueilleux, les critiques compromis, tous se félicitent de cet état des lieux. Dans cet univers consanguin où journalistes, éditeurs et auteurs se côtoient dans un même cercle d’intérêts – ce constat n’est pas nouveau – la littérature perd sa distance critique, son identité, sa valeur intrinsèque. L’écrivain lui-même devient un acteur médiatique ou un agent commercial : tantôt concessionnaire ou tantôt publicitaire. C’est le cas, par exemple, de Joël Dicker, auteur suisse et ambassadeur en 2016 de la Citroën DS ou encore de la compagnie aérienne Swiss.

    Le système de consécration (didactique, université, etc.) n’est pas en reste. Il est lui aussi pris dans cette logique et participe à la confusion de ce qu’est la littérature. Il promeut et feint de filtrer des œuvres contemporaines approuvées par le polysystème livresque (production, édition, diffusion, promotion, réception et consécration) qui tendent à répondre, dans certains cas, à un canon bien particulier. Aussi peut-on s’étonner que soient « étudiés » au collège, au lycée et à l’université : Annie Ernaux, Édouard Louis, Le Clézio, Mathias Énard, Maëlys de Kerangal et la liste est longue… Ce canon – le canon classique pourrait lui aussi passer à la même question – répond à la fois du filtrage des conglomérats, des considérations idéologiques actuelles et du narratif général de nos sociétés. Ne pourrait-on pas aussi déceler une forme de paresse intellectuelle, de copinage ou de facilités de la part des enseignants, des chercheurs et des universitaires ?

    Impact du numérique et perspectives

    Avec le numérique, la logique du marché se renforce, d’autant plus qu’il faille aujourd’hui composer avec l’économie de « l’hyperattention[23] ». Cette dernière est caractérisée par une faible tolérance à l’ennui, une déconcentration accrue et un besoin de stimulation varié : auditif, visuel, etc. De nouvelles questions émergent et les solutions envisagées sont discutables. Doit-on composer avec cette économie de l’hyperattention et proposer une ludification des contenus littéraires, en incluant des stimuli visuels et auditifs, divers types d’interaction ou encore des systèmes de récompenses ou de succès comme dans les jeux vidéo ? Ou devrait-on plutôt préserver les nouvelles générations, en les habituant à l’attention approfondie, en favorisant une approche productive plutôt que consommatrice ?

    Le numérique implique aussi de nouvelles potentialités de production et de création. Les données de lecture, les ventes et les retours sur liseuses deviennent des indicateurs potentiels pour orienter la production, anticiper les succès et concevoir des œuvres à partir de modèles éprouvés. Constituera-t-elle une manne pour l’intelligence artificielle, non pas celle d’aujourd’hui, mais celle en devenir ? L’écriture elle-même devient un processus d’optimisation, encadrés par des ateliers d’écriture qui naissent et fourmillent un peu partout promettant des techniques d’écriture voire des promesses de publication. Ces derniers forment à des techniques narratives standardisées et participent par ailleurs à l’uniformisation et à la dissolution de l’identité amorcée par la financiarisation de la littérature.

    Ce constat général n’est cependant pas propre à la France : ces logiques innervent le monde, avec une prédominance des États-Unis et de l’anglais comme centre, sur le marché mondial qui constitue une périphérie.[24] Dans cette périphérie, d’autres centres et d’autres périphéries gravitent et coexistent : le monde francophone autour de la France (Paris), le monde hispanophone autour de l’Espagne (Madrid), etc. Il n’en demeure pas moins que la configuration même du système capitaliste est parcourue par un certain nombre de contradictions et de tensions. L’une d’elles, la tension entre standardisation et recherche de singularité persiste, créant ainsi un cycle où l’originalité est absorbée, recyclée, standardisée puis réintroduite dans le marché pour redynamiser les ventes.[25] Dans ce système, les éditions indépendantes ne peuvent agir que dans les interstices, dans les failles, se frayant difficilement un chemin. Elles demeurent cependant noyées par la surproduction des grandes maisons. Il est plus qu’évident, lorsqu’on observe les vitrines ou les étales, que les librairies débordent de livres et de stimuli promotionnels. D’une certaine manière, sous l’effet des conglomérats multimédiatiques, le lectorat est considéré comme une masse, un consommateur à la capacité d’agir limitée.[26]Le lecteur, s’il peut être ainsi nommé, titube, hébété par les collines livresques, par les bandeaux promotionnels, les coups de cœur, les conseils de lecture et les autres Prix qui se déclinent presque à l’infini, sans savoir que lire. Il prend au hasard, séduit par la maison d’édition, par le Prix, tous deux gagent d’une prétendue qualité.

    Pistes de résistance : structurelles et infrastructurelles

    Il existe cependant des pistes de résistance à la fois individuelles et collectives à cette hyperconcentration éditoriale. D’un point de vue gouvernemental, la Norvège offre un modèle particulièrement intéressant à envisager. En 1965, le gouvernement norvégien a créé sur décision parlementaire le Conseil des Arts norvégien (Kulturrådet) pour soutenir toutes les formes d’art et de littérature, financer la création culturelle et sa diffusion, préserver le patrimoine et rendre accessible la culture au plus grand nombre.[27] L’une de ses multiples missions consiste à maintenir des éditions indépendantes des grands groupes ainsi que diffuser et préserver l’identité et la culture du pays.[28] Un budget est destiné à assurer « un minimum de ventes sur certains titres, en achetant une partie du tirage et en le donnant aux bibliothèques publiques[29] ». Ainsi le budget alloué à la littérature et à l’achat des livres en 2025 représente environ 28%[30] du budget total, soit 23,5 millions d’euros des 86 millions du fond total.[31] Bien que ce modèle soit possible grâce aux réserves pétrolières de la Norvège, il s’agit là d’une volonté politique qui pourrait tout à fait être envisagée et promue en Europe à la fois à l’échelle nationale et continentale.

    Au niveau de la structure et de la gestion des maisons d’édition, d’autres formes de gouvernance peuvent être envisagées : le paritarisme, qui consiste dans le contrôle de l’entreprise par ses employés ; la fondation ou la société d’intérêt public à but non lucratif, qui verrouillerait définitivement la possibilité de rachat; ou encore la coopérative de lecteurs, qui fonctionnerait sur la base d’une cotisation mensuelle ou annuelle. Ces différentes formes permettraient d’éviter un contrôle, un rachat ou une absorption par un conglomérat.[32]

    Enfin, le lectorat et les auteurs ont aussi un rôle décisif à jouer dans cette vaste mécanique. Il s’agirait d’abord de sensibiliser le public afin de faire émerger une véritable conscience éditoriale : rendre visibles les structures de propriété, mettre au jour les réseaux de concentration multimédiatique et développer des labels clairs tels que « éditeur indépendant » ou « maison coopérative ». Les actes d’achat pourraient être aussi orientés, en soutenant prioritairement les librairies indépendantes et les petits éditeurs, afin que le choix du livre devienne un geste politique et culturel. Du côté des écrivains, il s’agirait de refuser l’uniformisation et l’autocensure imposé par le marché, de revaloriser la prise de risque et de se réenraciner plutôt que de s’internationaliser. Car l’hyperconcentration éditoriale, adossée au capitalisme culturel, engendre une véritable crise identitaire de la littérature : elle pousse à l’uniformisation des formes – le roman est la forme actuelle par excellence – des voix et des imaginaires, jusqu’à la dissolution des singularités dans une identité exportable, interchangeable, rentable, le tout inséré dans une culture globale. Comme la valeur de la littérature est devenue entre autres marchande et rentable autant pour les auteurs que pour les éditeurs, il faut déplacer cette valeur et l’orienter à nouveau vers la rentabilité culturelle, c’est-à-dire le temps long de la création et de la réception.

    Ces pistes ouvrent la voie à une véritable écologie du livre : le consommateur y devient lecteur engagé, le créateur de contenu redevient auteur responsable, et l’actif financier se transforme en éditeur au sens plein du terme. Face à l’hyperconcentration éditoriale, la résistance ne peut être seulement structurelle, elle doit devenir culturelle, politique et collective.

    Alexandre Nasc (Site de la revue Éléments, 3 février 2026)

     

    Notes :

    [1] Walter Benjamin, L’œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique [1935], dans Œuvres III, Paris, Gallimard, 2000, p. 67 et suiv.

    [2] Pierre Bourdieu, Les Règles de l’art. Genèse et structure du champ littéraire (rééd. poche), Paris, Seuil, collection « Points », 2012.

    [3] Hans Robert Jauss, Pour une esthétique de la réception [1975], Paris, Gallimard, 1978.

    [4] Emile Zola, Le Roman expérimental : « L’Argent dans la littérature », [1880], dans Œuvres complètes t. X, Tchou, 1968, p.1259.

    [5] Colette Becker, « Se vendre : l’exemple de Zola ». In Portraits de l’écrivain en publicitaire, édité par Myriam Bouchareng et Laurence Guellec. Rennes : Presses universitaires de Rennes, 2018. doi:10.4000/books.pur.179192.

    [6] Charles Baudelaire, Le Spleen de Paris, Paris, GF Flammarion, 2017, p.183.

    [7] André Schiffrin, L’argent et les mots, trad. Eric Hazan, Paris, La Fabrique, 2010, p.17.

    [8] André Schiffrin, L’édition sans éditeurs, trad. Michel Luxembourg, Paris, La Fabrique, 1999, p.64.

    [9] André Schiffrin, L’argent et les mots, op. cit., p.22.

    [10] André Schiffrin, L’édition sans éditeurs, op. cit., p.66. André Schiffrin, L’argent et les mots, op. cit., p.14.

    [11] André Schiffrin, L’argent et les mots, op. cit., p.17.

    [12] Ibid., p.17.

    [13] Hélène Ling et Inès Sol Salas, Le fétiche et la plume. La littérature, nouveau produit du capitalisme, Rivages, Paris, 2022, p.23.

    [14] Ibid., p.32.

    [15] Malo Janin, « Édition : les trois quarts du secteur entre les mains de cinq grands groupes », Basta ! [article de presse en ligne], 22 mai 2025 : https://basta.media/edition-trois-quarts-du-secteur-entre-les-mains-de-cinq-grands-groupes-Bollore-Hachette

    [16] Ibid.

    [17] Julien Decourt, « Qui possède les médias en France ? », L’Essentiel de l’Éco [article de presse en ligne], 29 mai 2025 : https://lessentieldeleco.fr/2322-qui-possede-les-medias-en-france/

    [18] Cas présenté par Hélène Ling et Inès Sol Salas, op. cit.

    [19] Sylvie Ducas, La littérature à quel(s) prix ? Histoire des prix littéraires, Paris, La Découverte, coll. « Cahiers libres », 2013.

    [20] Sylvie Ducas, op. cit., p.40.

    [21] Ibid., p.53.

    [22] Hélène Ling et Inès Sol Salas, op. cit., p.57. On pensera, par exemple, au blog littéraire Stalker, de Juan Asensio. https://www.juanasensio.com/

    [23] Hayles, Katherine, Lire et penser en milieux numériques. Attention, récits, technogenèse, UGA Éditions, 2016.

    [24] André Schiffrin L’édition sans éditeur. Gisèle Sapiro. Sol Salas.

    [25] Gisèle Sapiro, Les contradictions de la globalisation éditoriale, Paris, Éditions Nouveau Monde, 2009.

    [26] Thierry Discopolo, La trahison des éditeurs, Marseille, Agone, coll. « Contre-feux », 2011, p.17-18.

    [27] Kulturdirektoratet, « A society rich in art and culture – Arts and Culture Norway», 2025: https://www.kulturdirektoratet.no/om-oss/et-samfunn-rikt-paa-kunst-og-kultur/andre-spr%C3%A5k/about-arts-and-culture-norway

    [28] André Schiffrin, L’argent et les mots, op. cit. Ainsi que Line Elise Holmboe, Innkjøpsordningene for litteratur. Store norske leksikon, 26 novembre 2024 (programmes d’achat de livres pour la littérature) : https://snl.no/innkj%C3%B8psordningene_for_litteratur

    [29] Ibid., p.40.

    [30] La littérature représente 24% du budget total soit 20 millions d’euros et l’achat des livres 4% soit 3.5 millions d’euros.

    [31]Kulturdirektoratet,«Økonomi og budsjettfordeling – Norsk kulturfond», 2025: https://www.kulturdirektoratet.no/kulturradet/strategi-og-styringsdokumenter/oekonomi-og-budsjettfordeling

    [32] Ces formes de maisons d’édition ont été proposées par André Schiffrin dans Le contrôle de la parole ainsi que dans L’argent et les mots.

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  • Nuremberg, ou la victoire des vainqueurs sur l’histoire...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Balbino Katz, le chroniqueur des vents et des marées, cueilli sur Polémia et consacré à la sortie du film Nuremberg, de James Vanderbilt, avec Russell Crowe...

     

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    Nuremberg, ou la victoire des vainqueurs sur l’histoire

    À travers le film Nuremberg, Hollywood prétend livrer une leçon d’histoire universelle. En réalité, il impose une lecture idéologique, amputée de ses acteurs essentiels et conforme aux hiérarchies mémorielles anglo-saxonnes. À partir d’une critique rigoureuse publiée dans la presse ukrainienne, cette analyse interroge la transformation d’un tribunal politique en mythe moral, la disparition de l’Europe orientale du récit, et plus largement la manière dont certaines civilisations dominent durablement la mémoire du passé en produisant des images, des récits et des symboles.

    Un film à prétention universelle

    Le film américain Nuremberg, récemment sorti sur les écrans, se présente comme une fresque judiciaire et morale consacrée au Tribunal militaire international de 1945-1946. L’ambition affichée est considérable, rappeler les fondements de la justice internationale moderne et tirer des leçons universelles d’un moment fondateur du XXᵉ siècle. Or, comme l’a montré avec rigueur une tribune du Kyiv Post signée par Bohdan Nahaylo, cette œuvre relève moins de l’histoire que de la mise en récit idéologique, au sens le plus classique du terme.

    L’américanisation du Tribunal militaire international

    La première critique, centrale, porte sur l’américanisation radicale du procès de Nuremberg. Le tribunal est présenté comme une confrontation quasi exclusive entre des procureurs américains et des dignitaires allemands, avec un effacement presque total des autres puissances alliées. Cette lecture est historiquement fausse. Le Tribunal militaire international fut une construction quadripartite associant les États-Unis, le Royaume-Uni, l’Union soviétique et la France. Chacune de ces puissances disposait de juges, de procureurs et d’une influence réelle sur la définition des charges, la procédure et l’interprétation juridique des faits.

    L’effacement de la France et de l’Europe continentale

    La marginalisation de la France n’est pas anodine. Le juge Donnedieu de Vabres, représentant une tradition juridique continentale héritée du droit romain et du droit public français, joua un rôle important dans les débats sur la légalité, la responsabilité pénale individuelle et les limites de la rétroactivité. Son absence à l’écran contribue à donner l’illusion d’une justice anglo-saxonne universelle, alors qu’il s’agissait en réalité d’un compromis fragile entre systèmes juridiques profondément différents.

    La disparition soviétique et l’amnésie de l’Est

    L’effacement le plus lourd de conséquences demeure cependant celui de l’Union soviétique. Comme le souligne la tribune ukrainienne, les Soviétiques furent des acteurs majeurs du procès. Le procureur Rudenko mena certains des interrogatoires les plus décisifs, notamment face à Hermann Göring. Surtout, l’URSS représentait les peuples ayant subi la majorité de la violence allemande, destructions massives, famines organisées, violences sur les populations civiles, traitements inhumains des prisonniers de guerre. En supprimant cette présence, le film efface mécaniquement la mémoire de l’Europe orientale, réduite à une zone muette du conflit.

    Une hiérarchie mémorielle réécrite

    Cette omission entraîne une seconde distorsion majeure, la relecture anachronique des chefs d’accusation. Le film fait de la tragédie vécue par les Juifs d’Europe un angle central du procès, comme si cette question avait structuré l’ensemble des débats dès 1945. Or, les archives montrent autre chose. À Nuremberg, le génocide des Juifs est intégré à la catégorie plus large des crimes contre l’humanité. Le centre de gravité juridique du procès réside ailleurs, dans la qualification de la guerre d’agression comme crime international, notion portée avec insistance par la délégation soviétique. L’objectif premier était de criminaliser l’acte même de déclencher une guerre de conquête.

    Ce décalage entre la mémoire actuelle et la réalité historique illustre un phénomène bien connu des historiens. Comme l’écrivait Raymond Aron, toute lecture du passé est travaillée par les préoccupations du présent. Le film projette sur Nuremberg une hiérarchie morale construite a posteriori, au prix d’un écrasement des autres crimes allemands, notamment ceux commis à l’Est contre des populations slaves.

    Göring ou la mise en scène du mal

    La focalisation sur Hermann Göring participe de cette simplification. Göring fut incontestablement la figure centrale du banc des accusés. Sa défense, fondée sur la souveraineté des États, la dénonciation de la justice des vainqueurs et la légitimité stratégique des décisions allemandes, constitue l’un des moments les plus révélateurs du procès. Carl Schmitt, dans ses écrits de l’après-guerre, avait parfaitement identifié cette tension fondamentale, la transformation du conflit politique en procès moral, où le vainqueur s’arroge le droit de définir le bien et le mal.

    Nuremberg comme justice de la victoire

    Le tribunal de Nuremberg n’échappe pas à cette logique. Rétroactivité des incriminations, absence de poursuites pour les bombardements alliés, silence sur les crimes soviétiques comme le massacre de Katyn ou les déportations massives, tout concourt à montrer qu’il s’agit moins d’une justice impartiale que d’un acte fondateur de l’ordre international issu de la victoire. Comme l’écrivait Julien Freund, le droit international reste inséparable du rapport de forces qui le sous-tend.

    Mémoire catholique et oubli protestant

    Cette dynamique mémorielle dépasse largement le cas de Nuremberg. Elle s’observe dans le rapport différencié des civilisations à leur passé. Le catholicisme, par exemple, a toujours intégré son histoire, y compris ses parts sombres, en les inscrivant dans une continuité mémorielle. Le culte des martyrs, la centralité du souvenir, la ritualisation du passé ont permis à l’Église catholique de dominer durablement l’espace symbolique chrétien. Le protestantisme, en revanche, en rejetant le culte des morts et des images, a souvent laissé son passé se dissoudre, au profit de récits concurrents plus puissants.

    L’Espagne face à la légende noire

    Ce rapport inégal à la mémoire se retrouve à l’échelle des nations. L’Espagne offre un exemple emblématique. Pendant des siècles, elle a subi la légende noire forgée par ses rivaux protestants et libéraux, relayée avec constance par la littérature et le cinéma anglo-saxons. Inquisition caricaturée, conquête de l’Amérique réduite à une entreprise exclusivement génocidaire, Empire espagnol présenté comme archaïque et sanguinaire, cette vision s’est imposée faute de contre-récit puissant.

    Il est frappant de constater que l’Espagne ne commence que récemment à revendiquer son histoire, à déconstruire cette légende noire et à produire une lecture plus équilibrée de son passé impérial. Longtemps, elle a intériorisé le récit de ses adversaires. Hollywood et la production culturelle anglophone ont joué un rôle décisif dans cette domination symbolique, imposant une vision du monde où les vainqueurs moraux sont toujours les mêmes.

    Hollywood, fabrique du récit dominant

    Le film Nuremberg s’inscrit pleinement dans cette tradition. Il ne cherche pas à comprendre la complexité historique du tribunal, mais à en extraire un mythe mobilisateur, celui d’une justice universelle incarnée par l’Amérique. Comme le notait déjà Ernst Jünger, le vainqueur ne se contente jamais de gagner la guerre, il entend aussi gagner la mémoire.

    La mémoire comme champ de bataille

    Il existe pourtant d’autres voies. Marguerite Yourcenar, dans Les Mémoires d’Hadrien, a montré qu’il était possible de restituer une figure historique sans la trahir, en combinant rigueur documentaire et intelligence psychologique. À l’inverse, la majorité des productions cinématographiques contemporaines préfèrent la simplification, l’émotion immédiate et l’utilité idéologique.

    La conclusion s’impose. La mémoire collective n’est jamais donnée, elle se conquiert. Ceux qui renoncent à raconter leur histoire acceptent que d’autres la racontent à leur place. Le débat suscité par Nuremberg ne porte donc pas seulement sur un film, mais sur une question essentielle, qui maîtrise aujourd’hui le récit du passé et dans quel but.

    Balbino Katz, Chroniqueur des vents et des marées (Polémia, 1er février 2026)

     

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