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28/09/2018

Chemnitz : fin ou renaissance du peuple allemand ?...

Nous reproduisons ci-dessous un point de vue d'Olivier Tisier, cueilli sur Metamag et consacré à l'impact qu'ont eu en Allemagne les manifestations de Chemnitz, provoqués par le meurtre d'un Allemand par des migrants. Olivier Tisier vit et travaille en Allemagne.

 

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Chemnitz : fin ou renaissance du peuple allemand ?

Voilà plus d’une semaine que l’Allemagne ne parle que de ça. Dans chaque ville, à chaque coin de rue, dans chaque commerce, chaque entreprise, chaque Kneipe et Kiosk à Lotto de Bundesrepublik… absolument partout!…

Récapitulons brièvement les faits. Chemnitz, une ville modeste de Saxe. 240 000 habitants, un soir de week end. On fête le 845e anniversaire de la ville dans une ambiance bonne enfant si propre à l’Allemagne. Quand soudain des “réfugiés“ s’en prennent à une jeune allemande dans l’idée de la violer. Un groupe d’Allemands lui vient alors en aide. Parmi eux Daniel Hillig, 35 ans. Il sera poignardé par les agresseurs et perdra la vie. Scénario tragique mais hélas dorénavant classique qui n’est pas sans rappeler la mort du jeune Adrien Perez 26 ans poignardé lui aussi à mort en France à Grenoble cet été à la sortie d’une boîte de nuit dans l’indifférence quasi générale des autorités.

La suite ? Un coup de tonnerre, une mobilisation sans précédent, des marches et des manifestations en hommage à son acte de courage mais aussi la colère d’un peuple allemand qui est complètement à bout. Un peuple allemand qui a fait sécession avec la politique de Merkel et plus généralement avec ses élites classiques. Tout un peuple ? Hélas non, les traditionnnels antifas organisent contre-manifestations, blocages et violences à l’endroit des quidams qui témoignent leur peine et leur légitime colère. Les médias? Comme d’habitude acquis au politiquement correct et au pas d’amalgame. Ils ont pour mission de prévenir par la doxa toute évolution droitière de l’opinion. Mais aussi de maintenir la police sous pression afin de la rendre zélée sous peine d’être taxée d’empathie voire de collusion avec le peuple qu’elle est chargée de défendre. Et pour finir les traditionnels artistes engagés décidant d’organiser un concert gratuit à Chemnitz pour que l’amour soit plus fort que la haine. Le slogan est breveté internationalement, il faut le croire.

Déjà la propagande s’enclenche, le nazisme serait de retour en Allemagne

Oui vous avez bien entendu le nazisme! L’extrême droite menacerait à nouveau la viabilité de l’état allemand et il faudrait à nouveau la combattre pieds à pieds sans attendre. Les contre-manifestations antifas ont d’ailleurs réunis plusieurs milliers de personnes, sentant à juste titre qu’à Chemnitz se jouait une bataille symbolique. Pour l’occasion la société flixbus et blablacar ont même offert des Gutschein, des bons d’achats en cadeau permettant de se rentre à Chemnitz à moindre frais pour y défendre le vivre ensemble aux côtés des bolchos et d’assister aux concerts de rockeurs millionnaires…Mais hélas pour tous ces sinistres représentants d’une Allemagne déconfite, bien plus nombreux étaient les anonymes et les militants nationalistes de toute obédience venus rendre hommage à plusieurs reprises à Daniel. „Nous sommes le peuple“ scandaient ils comme d’autres avant eux lorsqu’ils défiaient le pouvoir totalitaire de la RDA.

Il y aura un avant et un après Chemnitz car cela a été le crime de trop

Les Allemands de l’Est ne pardonneront ni n’oublieront jamais. Il faut bien comprendre qu’après guerre on a troqué en Allemagne de l’Ouest le sentiment national contre une douce qualité de vie. Beaucoup d’Allemands de l’Ouest se sont alors vautrés dans un matérialisme répugnant fait de grosses berlines impeccables, de costumes hugo boss, d’appartenance à des clubs de tennis ou de golf, de voyages sur des îles plus ou moins lointaines en compagnie de créatures exotiques plus ou moins majeures… bref la panoplie intégrale du gros beauf fier de son affiliation à une classe moyenne supérieure tant fantasmée. Mais en Allemagne de l’Est, ce fut bien différent et il existe encore des survivances de traditions anciennes, de solidarités locales, de sociabilités et de comportement non-mercantiles. Les „ossies“ , les habitants de l’Est placent leur art de vivre avant toute autre contingence. Ce sont des gens rugueux, peu ouverts au compromis et manquant de souplesse dans les affaires. Mais la préservation de leur modus vivendi est à ce prix. Et c’est de là que provient cette solidarité ethnique. Celle là même qui a fait fuiter le nom de l’assassin et son origine dans la presse ainsi que celles de ses complices. J’imagine qu’un fonctionnaire de justice n’a pas voulu laisser passer. Notons encore que l’importance de l’implication des corps constitués dans un processus révolutionnaire s’avère toujours crucial.

Pour aborder l’affaire sous le volet politicien, indiquons que l’AfD, parti qualifié d’extême droite a lui aussi manifesté. C’est le seul parti chez qui on ne peut reprocher une quelconque récupération politique car ils ont fait du refus de l’immigration leur cheval de bataille. En Saxe, ils sont de plus sur leurs terres et le cortège fut suivi par plusieur milliers de personnes.

On entend parler en France d’une arrogance allemande, d’une domination allemande. La domination politique et économique de l’Allemagne sur l’Europe est incontestable mais la domination culturelle ou la fierté nationale? Elle n’existe presque plus ailleurs qu’en Allemagne de l’Est. Figurez-vous que les gens ont plus peur de se faire traiter de facho à l’ouest que d’avouer leur tristesse et leur colère face à la mort de cet homme qui est venu en aide à une femme. Je discutais avec une amie à Berlin originaire du land de NRW, elle ne m’a pas un instant parlé de la mort de cet homme qui est pourtant l’événement principal. Elle m’a confié sa crainte de voir l’extrême droite arriver au pouvoir. On a véritablement corrompu le peuple allemand, on l’a acheté avec de l’argent, du papier et ce dès la fin de la guerre et le début du processus de dénazification qui a vu tous les membres de l’enseignement supérieur suspecté de sympathie nazie être mis au rancard. Et dans tous les segments de la société avec notament l’utilisation du fameux Fragebogen(le Questionnaire) sur lequel a écrit un auteur qui nous est cher, Ernst von Salomon. Questionnaire visant à tirer les vers du nez et à ficher les éventuels éléments réticents au nouvel ordre démocratique et marchand. L’Allemagne a troqué sa vitalité, sa fierté, sa capacité à se penser comme un peuple… bref son identité contre du divertissement et du confort c’est à dire pour devenir en bout de course un pays de vieillards jouisseurs.

Ce qui s’est passé à Chemnitz, cet horrible drame se reproduira à nouveau nous le savons tous. Il incombe aux jeunes Allemands d’inverser maintenant le cours de l’histoire. Tout n’est peut être pas perdu. L’Allemagne de l’Est se dresse face au pouvoir de Berlin. Il faut que d’autres foyers révolutionnaires se lèvent ailleurs et en particulier à l’Ouest. Mais le dynamisme allemand agit hélas sur tous ou presque comme du bromure. Paralysant ici et là toute volonté de révolte. C’est triste à dire mais il n’y aurait qu’une crise économique violente, plongeant l’Allemagne dans la misère pour relever ce peuple, peuple qui conserve malgré tout en lui des qualités d’organisation, de sérieux et un stoïcisme dans l’épreuve qui continue de forcer notre admiration.

Olivier Tisier (Metamag, 24 septembre 2018)

27/09/2018

Education nationale : la fin de la Blanquer-mania ?...

Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Michel Geoffroy, cueilli sur Polémia et consacré à la politique de Jean-Michel Blanquer à la tête du Ministère de l’Éducation nationale. Ancien haut-fonctionnaire, Michel Geoffroy a récemment publié La Superclasse mondiale contre les peuples (Via Romana, 2018).

 

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Une couverture de Valeurs Actuelles datant de février 2018...

 

Claude Meunier-Berthelot annonce la fin de la Blanquer-mania

Le livre de Claude Meunier-Berthelot, Blanquer, ce monstre froid – Remède de cheval contre la « blanquer-mania »[1], arrive à point nommé au moment où le ministre de l’Education nationale – la bien mal nommée – annonce son intention catastrophique d’encourager l’enseignement de l’arabe à l’école.

Car Claude Meunier-Berthelot dénonce dans cet essai vigoureux, mais aussi rigoureux, l’escroquerie politique et pédagogique incarnée par Jean Michel Blanquer, le ministre qu’adule une certaine droite qui ne sait pas aller plus loin que les déclarations d’intentions relayées par des médias complaisants.

Claude Meunier-Berthelot sait de quoi elle parle : elle connaît le Mammouth de l’intérieur et a déjà écrit de nombreuses études dénonçant l’entreprise de déracinement qu’est devenue d’Education nationale, notamment depuis la loi de « refondation de l’école » de 2013.

L’analyse clinique de la manipulation

Son essai est de nature clinique : il en a la sèche objectivité, sans fioritures inutiles.

Point par point, depuis l’école maternelle jusqu’à ParcourSup, en passant par la laïcité, l’autonomie des établissements ou les écoles hors contrat, Claude Meunier-Berthelot met en effet en regard des affirmations ministérielles, la réalité des circulaires, des budgets et du fonctionnement de l’Education Nationale.  C’est plus qu’un essai de 171 pages : c’est à une véritable dissection que l’auteur nous invite, décryptant et démontant chaque composante de l’escroquerie Blanquer.

Avec un remarquable esprit de synthèse, Claude Meunier-Berthelot démontre le double langage permanent du ministre. Car en digne représentant de la macronie, Jean Michel Blanquer est avant tout passé maître dans l’art de la communication, c’est-à-dire de l’enfumage médiatique de la population. Car il dirige surtout le ministère de la parole.

Blanquer, le ministre du statu quo

Claude Meunier-Berthelot nous montre que Jean-Michel Blanquer, homme du Système, ne change rien du tout, sinon dans le mauvais sens. Il ne fait que poursuivre la ligne de ses prédécesseurs dont il constitue un nouveau clone.

Il ne remet pas en cause, notamment, le cadre dressé par le vieux Plan Langevin Wallon d’inspiration communiste de 1947 et par la loi de refondation de l’école de 2013 élaborée par le socialiste Vincent Peillon, le ministre qui voulait « arracher » l’enfant de toutes ses « servitudes » pour lui inculquer les droits de l’homme.

L’enfumage médiatique permanent

La première méthode d’enfumage du ministre consiste à affirmer devant les caméras des orientations qui paraissent souhaitables : par exemple le port de l’uniforme ou la méthode d’enseignement de la lecture.

Tout le microcosme médiatique, complice, se met alors à gloser sur l’audace ministérielle afin de faire croire que de simples propos correspondraient à une véritable volonté politique et ensuite à une réalité sur le terrain.

Mais ensuite rien ne se passe : aucun texte, aucun cadrage national, ne vient confirmer les propos du ministre. Et si la rue de Grenelle accouche finalement d’une circulaire, celle-ci remettra les vagues intentions ministérielles dans le droit fil du pédagogiquement correct.

Claude Meunier-Berthelot montre par exemple dans le détail comment Jean Michel Blanquer a trompé son monde sur la question de la méthode d’apprentissage de la lecture : car la méthode « syllabique » qu’il présente comme une alternative à la méthode « globale » n’est en réalité… qu’un succédané de cette dernière, comme l’illustre l’analyse précise de la circulaire du 26 avril 2018 à laquelle se livre l’auteur.

Blanquer : le ministre des Autres

La seconde manipulation, la plus lourde de conséquences, consiste à passer sous silence que l’essentiel des réformes destinées à améliorer la qualité de l’enseignement public annoncées par Jean Michel Blanquer, ne concernent en réalité… que les zones classées REP et REP+[2] ! C’est-à-dire les zones où sont scolarisés en majorité les enfants issus de l’immigration légale ou non, ceux que l’Education Nationale appelle du doux euphémisme : EANA – élèves allophones nouvellement arrivés.

Conformément au programme présidentiel d’Emmanuel Macron, le ministre Blanquer organise en effet cyniquement une école à deux vitesses, mais bien sûr au nom de l’égalité !

D’une part une école qui enseigne les savoirs mais avant tout pour les enfants des immigrants et qui vampirise les moyens budgétaires et humains notamment à cause du dédoublement des classes de CP.

On ferme ainsi des « moyens d’enseignement » – donc des classes – dans la France profonde pour financer de dédoublement des CP dans les banlieues de l’immigration. Car cette école des REP et des REP + bénéficie de toutes les attentions ministérielles et présidentielles. Les banlieues de l’immigration ne sont-elles pas une… chance pour la France ?

L’enseignement de l’ignorance pour les petits Français

Et de l’autre côté, l’école des petits français souchiens, devenue une garderie (un lieu de vie) où l’on n’enseigne pas grand-chose car on continue d’y appliquer tous les délires pédagogiques et où l’on met des enseignants à la qualification déclinante[3]: transversalité, interdisciplinarité, « construction » des savoirs par les élèves eux-mêmes par le moyen de « parcours » sont les maîtres mots de cette nouvelle garderie. Mais une garderie où l’on veille surtout à diffuser la doxa bien-pensante, repentante, droit de l’hommiste et LGBT friendly auprès des futurs électeurs….

Mais cela ne gêne pas l’oligarchie, bien au contraire.

Car comme le montre Claude Meunier-Berthelot, citant Rousseau, l’ignorance ouvre justement la voie à la sujétion des Européens : « Le pauvre enfant qui ne sait rien, qui ne peut rien , qui ne connaît rien , n’est-il pas à votre merci ? »

La destruction du savoir c’est-à-dire de la transmission de la culture et de l’identité par l’Education nationale ne résulte pas d’un accident de parcours, mais bien d’une volonté politique : celle qui programme la mise en servitude des autochtones.

La fin de la Blanquer-mania

Il faut donc lire le livre de Claude Meunier-Berthelot car il constitue un exemplaire et salutaire exercice de décryptage de l’enfumage macronien, d’autant plus salutaire qu’une partie de l’opinion de droite – généralement ignorante des questions d’éducation – s’est laissée prendre à l’habile communication de Jean-Michel Blanquer.

Comme la Macron-mania n’est désormais qu’un lointain souvenir quand les sondages montrent que deux Français sur trois désapprouvent l’action et le comportement du président de la république, Claude Meunier-Berthelot nous annonce maintenant la fin de la Blanquer-mania.

Et c’est une bonne nouvelle.

Michel Geoffroy (Polémia, 23 septembre 2018)

 

« Blanquer, ce monstre froid » – Remède de cheval contre la blanquer-mania – Editions des Trianons

[1] Editions des Trianons  2018, avec une préface de François Billot de LOCHNER ;

[2]Réseaux d’éducation prioritaire et réseaux d’éducation prioritaire renforcée ; il y en a environ 1200 REP

[3] « emploi-avenir-professeur », « contrat de service civique » et autre « réserve citoyenne »

25/09/2018

La paille et la poutre...

Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Jean Bricmont cueilli sur le site Arrêt sur Info et consacré à la vision biaisée des dirigeants européens quant à la question de la désinformation. Chercheur et professeur en physique théorique, Jean Bricmont est un disciple de Noam Chomsky et un défenseur de la liberté d'expression. Il s'est fait connaître dans le monde des idées par un livre, Impostures intellectuelles (Odile Jacob, 1997), écrit avec Alan Sokal dans lequel il étrillait quelques figures médiatiques de la pensée socio-philosophique française, et plus récemment par un essai intitulé La République des censeurs (L'Herne, 2014).

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Le secrétaire d'Etat américain Colin Powell devant l'ONU en février 2003

pour dénoncer la présence d'armes de destruction massive en Irak

 

La paille et la poutre

Qu’as-tu à regarder la paille dans l’œil de ton frère, alors que la poutre qui est dans ton œil à toi, tu ne la remarques pas ?

(Evangile selon saint Luc, 6, 42)

Etant physicien et non spécialiste des sciences humaines, je ne suis pas habitué au niveau auquel peuvent s’abaisser certaines recherches dans ces domaines. Par conséquent, je suis tombé de ma chaise en lisant «Les manipulations de l’information, un défi pour nos démocraties», rapport rédigé par quatre experts du Centre d’analyse, de prévision et de stratégie du ministère des Affaires étrangères (CAPS) et de l’Institut de recherche stratégique de l’Ecole militaire (IRSEM), et présenté ce 4 septembre lors d’un colloque à l’Ecole militaire, en présence de la ministre des Armées Florence Parly.

Le rapport se veut académique et encyclopédique : on y parle de Foucault et Derrida, du relativisme, des pseudo-sciences, de l’opinion de Marc Bloch en 1921 sur les fausses nouvelles durant la Première Guerre mondiale, des analyses de Gérald Bronner et de Jacques Ellul ; on y trouve des mots russes comme dezinformatzia (p. 52) qui est supposé être l’origine du mot français «désinformation». On y parle de l’Indonésie, du Vietnam, de l’Amérique latine.

Ce n’est donc pas un document limité à la supposée ingérence russe dans les affaires françaises, même si le plat de résistance du texte est constitué par la «désinformation russe».

Mais comment faire un travail aussi apparemment exhaustif sur la désinformation en ne mentionnant nulle part :

– Les faux charniers de Timisoara en 1989 lors du reversement de Ceaucescu.

– L’affaire des bébés jetés hors des couveuses au Koweït lors de la première guerre du Golfe.

– L’affaire des armes de destruction massives en Irak, sauf de façon très marginale (p. 187).

– Les usages des armes chimiques en Syrie, qui sont systématiquement mises sur le dos du gouvernement syrien, alors que des experts américains en armements ont, au moins en 2013, catégoriquement réfuté ces assertions.

Les auteurs du rapport évaluent aussi la «désinformation» à l’aune de ce qu’eux considèrent comme des faits établis : l’annexion forcée de la Crimée par la Russie (que savent-ils des volontés de la population criméenne ?), ou l’agression russe en Ukraine (pourquoi la population russophone de l’est de l’Ukraine ne pourrait-elle pas s’opposer au gouvernement central, issu d’un coup d’Etat, et qui lui est manifestement hostile, comme l’a fait la population albano-kosovare face au gouvernement serbe ?).

Arriver à parler, comme les auteurs du rapport le font, de la «désinformation russe en Amérique latine», sans dire un mot de l’ingérence américaine qui est loin de se limiter à la désinformation (jamais entendu parler d’Arbenz, de Goulart, d’Allende, de l’invasion de la République dominicaine en 1965, du soutien aux «Contras» au Nicaragua sandiniste, du coup contre Chavez en 2002 ?) est un véritable tour de force idéologique.

Le plus gros de l’ingérence étrangère dans nos pays est d’origine américaine

Un autre sujet soigneusement évité par les auteurs du rapport, et qui est l’éternel éléphant dans la pièce que personne ne veut voir, c’est l’ingérence israélienne à travers les lobbies pro-israéliens qui, au moins aux Etats-Unis, est très bien documentée même si elle est totalement ignorée par les médias (à cause justement de la force de frappe de ces lobbies).

On pourrait penser aussi à la campagne de désinformation récente au Royaume-Uni menée contre le Labour Party et Jeremy Corbyn sous prétexte d’antisémitisme et qui est entièrement liée à leurs positions sur le conflit israélo-palestinien.

Et en France ? Comment expliquer l’influence d’un BHL ou d’un Kouchner, qui non seulement sont passionnément attachés à Israël, mais ont poussé la France à entrer en guerre avec la Libye, et indirectement avec la Syrie, sur la base d’une multitude de fausses nouvelles (dont le bombardement imminent à Benghazi) ? Ces guerres étaient manifestement en contradiction avec les intérêts de la France et ont engendré la crise des réfugiés qui déstabilise aujourd’hui toute l’Europe.

Ce que les auteurs du rapport semblent ne pas comprendre, c’est que le plus gros de l’ingérence étrangère dans nos pays est bien d’origine américaine. Mais elle se fait à travers une multitude de think tanks, de colloques, d’institut de «recherche», d’invitations dans les grandes universités américaines ; tout cela forme la vision du monde de nos élites, vision dans laquelle nous sommes entourés d’ennemis contre lesquels l’action militaire et politique des Etats-Unis, même à des milliers de kilomètres de leurs rives, est purement défensive. Quand on remarque que trois des quatre auteurs du rapport ont travaillé dans ces universités américaines ou à l’OTAN, on n’est pas étonné de cette incompréhension.

«L’honnêteté est la meilleure politique»

Quand on en arrive aux recommandations concrètes, les auteurs du rapport ne savent pas très bien sur quel pied danser : ils se méfient à juste titre de la censure et se rendent compte que, lorsque des médias dominants font des listes de sites fiables et non fiables, la méfiance qui existe à l’égard de ces médias tend à légitimer les sites déclarés par eux non fiables.

Ma grand-mère, qui me répétait souvent «l’honnêteté est la meilleure politique» avait trouvé, il y a longtemps, la solution à la crise de confiance dans les médias dominants, solution à laquelle les auteurs du rapport n’ont pas pensé. Mais la perte de crédibilité de la presse ne date pas d’hier. Elle a commencé aux Etats-Unis avec la guerre du Vietnam et n’a fait qu’empirer avec les guerres récentes. Espérer l’adoption d’une politique d’honnêteté des médias pour tout ce qui concerne l’international suppose un tel changement dans la vision du monde des journalistes que cela relève du vœu pieux. De plus, la crédibilité, c’est un peu comme la virginité : il est plus facile de la perdre que de la regagner.

Quand il s’agit de savoir qui utilise des armes chimiques, ou de ce qu’il en est de l’affaire Skripal ou du Russiagate, comment peut-on se faire une opinion si ce n’est en confrontant des points de vue différents ? Cela n’a rien de relativiste et ne signifie nullement que «tout se vaut», mais est la base même de l’attitude scientifique et de la philosophie des Lumières, dont se réclament les auteurs, mais qu’ils défendent très mal.

La vision du monde véhiculée par les auteurs du rapport est le symptôme d’un nouveau déclin de l’Occident, qui s’exprime par l’incapacité à l’auto-critique : toute allégation d’une ingérence occidentale ou toute mise en doute du récit médiatique dominant est supposé exprimer une «mentalité complotiste», mais les allégations concernant l’ingérence russe sont prises comme parole d’Évangile ; cependant, concernant justement l’Évangile, ils oublient un peu vite la phrase de saint Luc rappelée en exergue de cet article.

Jean Bricmont (Arrêt sur info, 10 septembre 2018)

24/09/2018

Face au défi de la montée des violences, une réforme sérieuse de la justice s'impose !...

Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Xavier Raufer, cueilli sur Atlantico et consacré aux dysfonctionnements de la justice française...

Criminologue et auteurs de nombreux essais, Xavier Raufer a récemment publié Les nouveaux dangers planétaires (CNRS, 2012) et Criminologie - La dimension stratégique et géopolitique (Eska, 2014) et a également coordonné l'ouvrage collectif intitulé La première cyber-guerre mondiale ? (Eska, 2015).

 

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Pourquoi la réforme de la justice n’est absolument taillée pour répondre au défi de la montée des violences

A Saint-Denis, une fusillade a provoqué la mort d'un adolescent. A Tours, un homme a été battu à mort pour une place de parking. C'est à l'aune de ce genre de problème que Nicole Belloubet devrait construire sa réforme de la Justice.

Impuissante à la barre d'un bateau ivre, Mme Belloubet dit, en termes judiciaires, souvent n'importe quoi. Le laxisme de gauche persistant, son plan rabote encore l'échelle des peines qui, courtes, "ne serviraient à rien". Faux : deux cas criminologiques célèbres prouvent que, vite infligées, les peines courtes sont efficaces. Ces exemples, les voici. 

• Jadis, l'OMS qualifiait Glasgow de "capitale des homicides en Europe". Les morts étant d'usage issus de gangs rivaux, tués à l'arme blanche. En 2006 la police de Glasgow crée une Violence reduction Unit et multiplie les fouilles de suspects juvéniles. Peine pour détention d'arme blanche : 15 mois fermes. Dès 2007, les homicides à Glasgow baissent de moitié et depuis les hospitalisations pour ces blessures ont baissé de 65% à Glasgow, quand elles explosent de + 54% en Angleterre.

• Pour pacifier High Point, Caroline du nord, la police cible les gangs. D'abord, les 16 dealers habituels, dont les 3 plus agressifs et violents filent en prison. La police dialogue avec les 13 autres : on vous réinsère - mais si le deal continue, c'est aussi la prison. Menace crédible : la sanction a été rapide et certaine. Et la durée de la peine ? Pour qui vit au jour le jour, elle importe peu. 12 voyous acceptent le marché, la criminalité baisse. Depuis lors (2005-2016), les braquages, cambriolages et vols de véhicule ont bien diminué à High Point : la proportion infraction/habitant passe de 521 en 2005 à 351 en 2016.

Deuxième bourde-Belloubet : "plus on construit de prisons, plus on les remplit", archaïsme dissipé par la criminologie. Démonstration : dans la criminalité des rues, les malfaiteurs sont le plus actifs quand débute leur carrière déviante, vers 18-25 ans. Mais, notre système pénal incarcérant tard, ces récidivistes sont d'abord rappelés à la loi, puis condamnés avec sursis - n'allant en prison qu'après une décennie ou plus. Pour une génération criminelle, un long décalage existe donc entre le pic de criminalité et le pic d'incarcération. Inertie qui dissipe l'idée qu'on remplit sans fin les prisons : c'est en fait un processus diastole-systole où à la fin, les prisons se vident - avant une possible crise criminelle nouvelle. Mais pour que Mme Belloubet le comprenne, il lui faudrait un système statistique décent - or celui de la place Vendôme est nul : elle avance donc ses théories sans appui scientifique probant.

Myope, le ministère de la Justice est aussi fauché. Les magistrats, personnels pénitentiaires et leurs syndicats, ont appris la réforme-Belloubet dans le journal. Consultés, ils auraient pu dire que les réformes promises - bracelets électroniques, semi-liberté, placements externes, travaux d'intérêt général, suivi-réinsertion des détenus, ne seront efficaces qu'en créant des milliers de poste de surveillants et en doublant l'effectif du Service pénitentiaire d'insertion et de probation (SPIP). Sans quoi, le plan Belloubet subira un bide du type de la "probation pénale" de Mme Taubira. Mais foin des accusations abstraites : revue de détail du chaos judiciaire-pénitentiaire des mois écoulés.

Avortements et mascarades judiciaires

- Marseille : "Les homicides finissent au tribunal correctionnel" - des assassins jugés comme des voleurs de poules...

- Amiens : des récidivistes (déjà condamnés aux Assises pour braquages) sont jugés en correctionnelle, pas aux assises, pour "vol aggravé, association de malfaiteurs, port d'armes en réunion, séquestration en bande organisée, et recel de vol". Voleurs de poules, toujours.

- Paris : "Mama Alicia", maquerelle nigériane ayan, avec sa bande prostitué, torturé et violé 50 jeunes Africaines est libérée avant son procès : (encore) une "erreur de procédure",

- Pontoise : "Huit trafiquants de drogue présumés relâchés faute de juges",

- Lyon : "un meurtrier présumé libéré après une erreur de date",

- Sous contrôle judiciaire, Sibi, 20 ans, et ses complices lynchent (barre de fer, etc.), pour lui voler son engin, un motard qui "présente de multiples fractures au crâne, à la mâchoire et a perdu ses dents",

- Cuers : braquage à l'Intermarché ; l'un des deux truands est en semi-liberté pour une précédente condamnation,

- San Remo, Italie : braquage d'une bijouterie. Arrêté en France, un des truands est en permission de sortie de la prison où il purge une peine pour d'antérieurs braquages.

- Loches : braquage, un des braqueurs est en semi-liberté, condamné pour "vols avec violences, menaces de morts sur gendarmes, saccages et déprédations",

- Fontenay-sous-Bois : fuyant ses obligations judiciaires, un détenu libéré viole une femme de 54 ans et "la passe à l'eau de javel pour effacer son ADN".

- Massy : venu du centre de semi-liberté de Corbeil, un dealer " laisse pour mort" (boîte crânienne défoncée) un locataire tombé par mégarde sur sa cachette de drogue.

Intimidation criminelle des personnels pénitentiaires

- Prisons de Sequedin, Valence et Fresnes : des voyous brûlent en série les voitures de surveillants devant leurs domiciles ou sur le parking de la prison.

Evasions

- A Colmar, deux "Roumains" s'évadent en cassant leur plafond. Normal disent les gardiens : les murs de la Maison d'arrêt "datent du Moyen-Age".

- Brest : "L'évasion d'un fiché S souligne les failles des escortes des détenus".

- Sarreguemines, Meaux, Fontenay-le-Comte : des détenus s'évadent en courant du tribunal ou lors de visites médicales. A chaque fois, de somnolents gardiens ou gendarmes les regardent cavaler, bras ballants.

Evasion de Redoine Faïd : le scandale

Au jour de rédaction de cet article, Redoine Faïd est en cavale depuis 77 jours. Lorsqu'il s'évade : 

- le plan non-flouté de la prison de Réau est lisible sur Internet,

- La cour d'honneur de la prison n'a pas de filet anti-hélicoptère,

- Des drones ont survolé plusieurs fois la prison,

- Evasion filmée et mise en ligne par un détenu (les portables sont interdits en prison),

- Le portable de service des gardiens est en panne ; leur seule arme... un sifflet à roulette.

Prisons passoires

- Nancy : à l'isolement, un détenu pour terrorisme possède un portable,

- Saint-Maur (Indre) un détenu pour homicide (23 ans de réclusion) a un passe-partout ouvrant (presque) toutes les portes de la prison. Un autre détenu du lieu a pour maîtresse... sa conseillère-réinsertion.

- Maison d'arrêt de Nantes : repéré dans un couloir de la prison, un jeune homme livre direct des téléphones portables aux cellules. Interpellé "il repart libre".

- Fleury-Mérogis : sortie de sa cellule par la fenêtre, une détenue divague dans les cours. Un syndicat exige "la réouverture des miradors". N'y a-t-il plus de miradors actifs à Fleury?

- Lille-Sequedin (encore) une gardienne-stagiaire est filmée, faisant une gâterie à un détenu. Sans rire, l'administration dénonce une "posture inadaptée".

- Grasse : des détenus défoncent en enfilade les murs de SEPT cellules pour lyncher celui de la 8e. Les syndicats de la maison d'arrêt dénoncent une "prison en carton".

- La Talaudière : 4 évasions ou tentatives en deux mois. La même prison s'avise enfin qu'un détenu a depuis quatre ans une piscine gonflable dans sa cellule.

- Bois d'Arcy : un braqueur chronique sort en fin de peine. Avec ses affaires, le greffe lui rend... son pistolet factice. L'homme reprend ses braquages trois jours plus tard...

"Les phénomènes graves sont peu nombreux" dit Mme Belloubet. Eh bien, elle devrait mieux s'informer.

Xavier Raufer (Atlantico, 19 septembre 2018)



22/09/2018

A propos de l'illibéralisme...

Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Richard Dessens, cueilli sur EuroLibertés et consacré à la question de l'illibéralisme. Docteur en droit et professeur en classes préparatoires, Richard Dessens a notamment publié La démocratie travestie par les mots (L'Æncre, 2010), Henri Rochefort ou la véritable liberté de la presse (Dualpha, 2017) et La démocratie interdite (Dualpha, 2018).

 

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L’illibéralisme

L’« illibéralisme » ou la notion de démocratie illibérale est une construction développée dans les années 1990 par le syndicaliste, sociologue et homme « de gauche » financé par le grand capital, Pierre Rosanvallon. Il plongerait ses racines dans le vieux courant de la droite bonapartiste, sans aucune aménité comme on peut le comprendre.

Il s’agirait d’un mouvement assez large, de fronde anti-système assez confus, plutôt autoritaire, à tendance nationaliste, partisan d’un État fortement centralisé et critique de « l’État-de-droit », formule incertaine censée garantir toutes les libertés individuelles… ou en réalité individualistes, ce qui est très différent dans nos nouvelles sociétés post-modernes.

La théorisation négative de l’illibéralisme renaît dans les années 2010 lors de l’arrivée de pouvoirs eurosceptiques en Hongrie et en Pologne. En 2014, Viktor Orban s’approprie l’expression pour définir le pouvoir qu’il incarne. L’illibéralisme devient peu à peu la marque des nouveaux régimes ou mouvements montants en Europe, opposés à l’Union européenne actuelle, anti-immigrationnistes, et défenseurs de leurs identités nationales.

Consciente des dangers de séduction potentielle d’une telle définition des nouvelles « démocraties illibérales », la Grande Presse Officielle va tenter d’imposer le terme de « Populistes », beaucoup plus négatif pour décrédibiliser ces gouvernements ou partis en ascension. D’autres adversaires, universitaires ou intellectuels référents, dénoncent le rejet de l’« État de droit » des illibéraux et les rapprochent des thèses de Poutine sur la « verticale du pouvoir » ou de Carl Schmitt sur la primauté du politique par rapport à l’État de droit et aux droits fondamentaux. D’autres encore tentent de discréditer la formule en l’appliquant à la politique de Trump aux USA… sans grande pertinence sur le fond.

Pour susciter des échanges encore discrets entre intellectuels, l’illibéralisme n’en est pas moins une réalité politique qui forge ses valeurs dans une Europe en recomposition. L’« illibéralisme » affiche sans conteste son rejet du libéralisme tel qu’il est compris dans les démocraties post-modernes, un libéralisme devenu libertarisme avec le triomphe de l’individualisme et l’effacement de l’État et des attributs de sa souveraineté. Il affirme la reconnaissance de valeurs identitaires évacuées par un libéralisme mondialisé valorisant toutes les mixités.

Il s’agit donc principalement d’un illibéralisme politique plus qu’économique, ce qu’on pourrait par ailleurs critiquer ou contester sur ses incertitudes de cohérence et son manque de profondeur de réflexion sur ce point.

Pourtant à son prétendu rejet de l’« État de droit », fondement inviolable des démocraties libérales et gage de ses valeurs, l’illibéralisme lui préfère l’idée d’« État de Justice ». Le droit n’est qu’un principe lorsque la justice est un fait qui concerne les citoyens dans leur vie quotidienne. Qu’est-ce que le droit si la justice n’est plus rendue ?

Appliquer par exemple le « principe de précaution » à la justice, c’est-à-dire protéger les personnes et les biens avant qu’il n’y soit porté atteinte est probablement contraire à l’« État de droit » qui préfère intervenir après que les délits et les crimes ont été commis, au nom du respect des droits individuels… des voyous, mais contre les droits à la sécurité des honnêtes gens (mais les « honnêtes gens », autrement appelés « victimes », n’existent pas dans un État de droit). Ainsi un État de Justice ne serait simplement qu’un État (d’un autre) droit, mais effectivement protecteur.

Mais l’État de Justice, c’est aussi garantir la justice sociale, la justice au travail, la justice du sens commun, celle du « bon et du juste » des Anciens qui assure une réelle équité pour un vivre-ensemble réhabilité.

L’illibéralisme, un nouvel étendard pour demain pour tous ceux qui rêvent d’une démocratie affermie, juste pour les victimes, protectrice des citoyens, fière de son identité culturelle et de ses legs civilisationnels ? Cette démocratie populaire de la justice remplacerait avec bonheur le « populisme » méprisant de ses adversaires acharnés.

Richard Dessens (EuroLibertés, 19 septembre 2018)

21/09/2018

Le contrôle social par la Jeune-Fille en Occident...

Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Nicolas Bonnal, cueilli sur De Defensa et consacré à la figure de la Jeune Fille en Occident. Chroniqueur et essayiste, Nicolas Bonnal est notamment l'auteur de Tolkien, les univers d'un magicien (Les Belles Lettres, 1998) et de Le salut par Tolkien (Avatar, 2016) ainsi que de plusieurs livres sur le cinéma, dont Ridley Scott et le cinéma rétrofuturiste (Dualpha, 2013), Les mystères de Stanley Kubrick (Dualpha, 2014) ou Le paganisme au cinéma (Dualpha, 2015).

 

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Le contrôle social par la Jeune-Fille en occident

Alors que l’occident est sous contrôle psychiatrique-pathologique, belliciste-humanitaire, féministe-antiraciste, androphobe-russophobe et sociétal-transgenre, relisons ou découvrons un admirable ouvrage collectif (1) sur ce sujet instructif, la Jeune-Fille :

« La Jeune-Fille veut être “indépendante”, c’est-à-dire, dans son esprit, dépendante du seul ON. »

Oui, cet « on », ces « ils », ces indéfinis, qui ne font pas assez couler assez d’encre, en auront-ils fait couler du sang… Et regardez la guerre que May se prépare contre la Russie…

Tout comme une mauvaise demoiselle peut dans les romans du Graal dérouter le chevalier (2), la Jeune-Fille humanitaire, consumériste des temps postmodernes nous mène à de drôles de guerres psy :

« Sous les grimaces hypnotiques de la pacification officielle se livre une guerre. Une guerre dont on ne peut plus dire qu’elle soit d’ordre simplement économique, ni même sociale ou humanitaire, à force d’être totale. Tandis que chacun pressent bien que son existence tend à devenir le champ d’une bataille où névroses, phobies, somatisations, dépressions et angoisses sonnent autant de retraites, nul ne parvient à en saisir ni le cours ni l’enjeu. »

La Jeune-Fille (n’oubliez pas le tiret), c’est la guerre hybride du système pour arraisonner 95% des consciences :

« Paradoxalement, c’est le caractère total de cette guerre, totale dans ses moyens non moins que dans ses fins, qui lui aura d’abord permis de se couvrir d’une telle invisibilité. »

La guerre hybride serait-elle d’origine chinoise ? Amusons-nous sans Sun Tze :

« Aux offensives à force ouverte, l’Empire préfère les méthodes chinoises, la prévention chronique, la diffusion moléculaire de la contrainte dans le quotidien. Ici, l’endoflicage vient adéquatement relayer le flicage général et l’auto-contrôle individuel le contrôle social. Au bout du compte, c’est l’omniprésence de la nouvelle police qui achève de la rendre imperceptible. »

Le but est pour chaque conscience de devenir sa propre police (peau lisse) :

« L’enjeu de la guerre en cours, ce sont les formes-de-vie, c’est-à-dire, pour l’Empire, la sélection, la gestion et l’atténuation de celles-ci.

La mainmise du Spectacle sur l’état d’explicitation public des désirs, le monopole biopolitique de tous les savoirs-pouvoirs médicaux, la contention de toute déviance par une armée toujours plus fournie de psychiatres, coachs et autres “facilitateurs” bienveillants, le fichage esthético-policier de chacun à ses déterminations biologiques, la surveillance sans cesse plus impérative, plus rapprochée, des comportements, la proscription plébiscitaire de “la violence”, tout cela rentre dans le projet anthropologique, ou plutôt anthropotechnique de l’Empire. Il s’agit de profiler des citoyens… »

Il y a les asservis (clin d’œil à La Boétie, lisez notre texte) et les résistants :

« Les citoyens sont moins les vaincus de cette guerre que ceux qui, niant sa réalité, se sont d’emblée rendus : ce qu’on leur laisse en guise d’“existence” n’est plus qu’un effort à vie pour se rendre compatible avec l’Empire. »

Mais définissons la Jeune-Fille ; d’abord par ce qu’elle n’est pas : 

« Entendons-nous : le concept de Jeune-Fille n’est évidemment pas un concept sexué. Le lascar de boîte de nuit ne s’y conforme pas moins que la beurette grimée en porno-star. Le sémillant retraité de la com’ qui partage ses loisirs entre la Côte d’Azur et ses bureaux parisiens où il a gardé un pied lui obéit au moins autant que la single métropolitaine trop à sa carrière dans le consulting pour se rendre compte qu’elle y a déjà laissé quinze ans de sa vie. »

Et qu’est-ce qu’elle est alors ?

« …la Jeune-Fille n’est que le citoyen-modèle tel que la société marchande le redéfinit à partir de la Première Guerre mondiale, en réponse explicite à la menace révolutionnaire. En tant que telle, il s’agit d’une figure polaire, qui oriente le devenir plus qu’elle n’y prédomine. »

En tant que fashion victim on s’en fout. C’est la jeune fille bio qui nous intéresse, qui donne la Suède, Barack-Hillary, May, Macron, Merkel et leurs croisades humanitaires, leur bolchevisme sociétal. L’équipe Tiqqun explique (admirable texte collectif, une des rares aventures stylistiques récentes) :

« À mesure que le formatage jeune-filliste se généralise, la concurrence se durcit et la satisfaction liée à la conformité décroît. »

D’où ce bon vieux virage bio :

« Un saut qualitatif s’avère nécessaire ; l’urgence impose de s’équiper d’attributs neufs autant qu’inédits : il faut se porter dans quelque espace encore vierge. Un désespoir hollywoodien, une conscience politique de téléjournal, une vague spiritualité à caractère néo-bouddhiste ou un engagement dans n’importe quelle entreprise collective de soulagement de conscience feront bien l’affaire. Ainsi éclot, trait à trait, la Jeune-Fille bio. »

Faut être gentil alors (si tu veux la guerre prépare la paix, si tu veux être méchant, exige la gentillesse) :

« La Jeune-Fille prise la “sincérité”, le “bon cœur”, la “gentillesse”, la “simplicité”, la “franchise”, la “modestie”, et d’une façon générale toutes les vertus qui, considérées unilatéralement, sont synonymes de servitude. »

L’important est la soumission :

« La Jeune-Fille vit dans l’illusion que la liberté se trouve au bout d’une soumission totale à la “Publicité” marchande. Mais au bout de cette servitude, il n’y a que la vieillesse, et la mort. »

L’empire (le pire) contre-attaque et il est sur ses gardes (mégarde) :

« Contrairement à son ancêtre, la Jeune-Fille bio n’affiche plus l’élan d’une quelconque émancipation, mais l’obsession sécuritaire de la conservation. C’est que l’Empire est miné à ses fondements et doit se défendre de l’entropie. »

Après on fait du Merkel. On aime les LGTBQ ou les migrants, c’est les hommes et les Allemands qu’on déteste :

« La Jeune-Fille bio sera donc responsable, “solidaire”, écologique, maternelle, raisonnable, “naturelle”, respectueuse, plus autocontrôlée que faussement libérée, bref : biopolitique en diable. Elle ne mimera plus l’excès, mais au contraire la mesure, en tout. »

Succession d’aphorismes héraclitéens ou presque :

« Car la Jeune-Fille veut la paix du foutre.

La Jeune-Fille est le collaborateur idéal.

La Jeune-Fille conçoit la liberté comme la possibilité de choisir entre mille insignifiances.

La Jeune-Fille ne veut pas d’histoire.

La Jeune-Fille vise à la réglementation de tous les sens. »

Pauvre Rimbaud, encore un macho ! Et vive le dérèglement de tous les sens… interdits !

Par sa consommation et sa réglementation, la néo-nurse (cf. Chesterton) promeut la soumission :

« Dans le monde de la marchandise autoritaire, tous les éloges naïfs du désir sont immédiatement des éloges de la servitude. »

C’est que dans le monde américanisé (moderne), dit Chesterton (3), on n’aura pas plus de droits que dans une nursery (cf. Tocqueville qui devine vers 1830 qu’on sera « maintenus dans l’enfance ») :

« La violence avec laquelle la féminitude est administrée dans le monde de la marchandise autoritaire rappelle comme la domination se sent libre de malmener ses esclaves, quand bien même elle aurait besoin d’eux pour assurer sa reproduction. »

Evidemment pas question de râler (sinon on appelle les casques bleus, blancs, roses…) :

« La Jeune-Fille est le pouvoir contre lequel il est barbare, indécent et même carrément totalitaire de se rebeller. »

L’homme doit être rééduqué (c’est déjà fait, allez, dans les années 80 Kundera parla de cet arbre à enfantsqui remplace le paternel) :

« Il faudrait créer un grand projet éducatif (peut-être sur le modèle chinois ou khmer rouge), sous forme de camps de travail où les garçons apprendraient, sous l’égide de femmes compétentes, les devoirs et les secrets de la vie ménagère.»

Ce n’est plus la mère aux trousses, c’est le khmer aux trousses ! Mais continuons comme dirait Jean-Paul :

« Et de fait, lorsque la Jeune-Fille “fait tomber le masque”, c’est l’Empire qui vous parle en direct.

« ... et si on éliminait les mecs de la planète ? Pourquoi essayer de faire du neuf avec du vieux ? Y en a marre des mecs, allez ouste, du balai ! D’ailleurs inutile de s’énerver, historiquement, génétiquement, l’homme a fait son temps. Il se pousse tout seul vers la sortie. »

Le bonhomme a fait son temps, la Jeune-Fille androphobe l’entame…

L’épuration éthique règne dans le camp de déconcentration de ce déconcertant féminisme épurateur :

« Chaque Jeune-Fille est en elle-même une modeste entreprise d’épuration. Prises dans leur ensemble, les Jeunes-Filles constituent le corps franc le plus redoutable que l’on ait à ce jour manœuvré contre toute hétérogénéité, contre toute velléité de désertion. Parallèlement, elles marquent à chaque instant le poste le plus avancé du Biopouvoir, de son infecte sollicitude et de la pacification cybernétique de tout. »

Une phrase qui résume la philosophie de BHL (qui ressemble depuis longtemps à une vielle Jeune-Fille) :

« La Jeune-Fille n’aime pas la guerre, elle la fait. »

Enfin, comme pour parodier les vilaines chansons de Boris Vian, auteur et chanteur bobo, on liquide les ohms :

« MARRE DES MECS? PRENEZ UN CHIEN ! Vous avez quoi !? 18, 20 ans ? Vous entreprenez des études qui s’annoncent longues et ardues ? Croyez-vous que ce soit le moment de ralentir ce bel envol en cherchant désespérément de l’affection chez un garçon qui finalement n’a rien à donner ? Pire ! Vous affubler d’un compagnon, lui-même pas tout à fait fini, pas très gentil et pas toujours bien propre... »

On redéfinit la violence dans une sentence impeccable :

« Comme tout ce qui est parvenu à une hégémonie symbolique, la Jeune-Fille condamne comme barbare toute violence physique dirigée contre son ambition d’une pacification totale de la société. »

La société ludique est sécuritaire, comme le voyait Muray :

« Elle partage avec la domination l’obsession de la sécurité. »

Tout se militarise :

« Le caractère de machine de guerre qui frappe dans toute Jeune-Fille tient à ce que la façon dont elle mène sa vie ne se distingue pas de la façon dont elle mène sa guerre. Mais par un autre côté, son vide pneumatique annonce déjà sa militarisation à venir. »

Car la Jeune-Fille a déclaré la guerre à tout ou presque :

« La Jeune-Fille a déclaré la guerre aux microbes.

La Jeune-Fille a déclaré la guerre au hasard.

La Jeune-Fille a déclaré la guerre aux passions.

La Jeune-Fille a déclaré la guerre au temps.

La Jeune-Fille a déclaré la guerre au gras.

La Jeune-Fille a déclaré la guerre à l’obscur.

La Jeune-Fille a déclaré la guerre au souci.

La Jeune-Fille a déclaré la guerre au silence.

La Jeune-Fille a déclaré la guerre au politique. »

Enfin, pourquoi la tautologique Jeune-Fille incarne-t-elle la fin de l’histoire alors ? Parce que :

« LA JEUNE-FILLE A DÉCLARÉ LA GUERRE À LA GUERRE. »

Et les hommes dans tout cela ? Comme me disait en 2006 une serveuse à Mar del Plata, tandis que je polissais mes contes latinos, « ils se sont éteints, les hommes. »

Nicolas Bonnal (De Defensa, 14 septembre 2018)

 

Notes :

(1) Premiers matériaux pour une théorie de la Jeune-Fille, groupe Tiqqoun

(2) Nicolas Bonnal, Perceval et la reine, préface de Nicolas Richer (Amazon.fr)

(3) Chesterton – What I saw in America (Gutenberg.org)