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05/06/2018

Dix pensées que les hommes doivent connaître...

Vous pouvez découvrir ci-dessous une vidéo de Julien Rochedy, cueillie sur le site Major, dans lequel il commente dix préceptes classiques destinés à la conduite de la vie. Major est "un magazine et une école de formation pour les hommes qui ne supportent plus l’injonction moderne à la féminisation et qui souhaitent constamment s’améliorer dans les domaines liés à la culture, au corps, au cœur et au caractère"...

 

                                     

02/06/2018

L’organisation d’un « islam de France » pacifique et représentatif est-elle possible ?...

Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Sébastien Froment, cueilli dans Novopress et consacré à la question de l'Islam de France.

 

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Pourquoi l’organisation d’un « islam de France » pacifique et représentatif est impossible

Depuis les années 80 et l’affaire du voile à Creil, la question de la « gestion » de l’islam en France a été une préoccupation constante des différents pouvoirs politiques qui se sont succédés. Au fur et à mesure de l’avancée de l’islamisation, la volonté de faire émerger des interlocuteurs de la communauté musulmane n’a cessé d’être à l’agenda. L’objectif : parvenir à avoir le contrôle de l’islam via des instances supposées être représentatives. Concrètement, ce fut bien souvent une illusion de domestication, au profit d’une soumission quant à elle bien réelle.

Dès 1999, Jean-Pierre Chevènement, alors ministre de l’Intérieur, organise une consultation rassemblant toutes les fédérations musulmanes, les grandes mosquées et certaines personnalités et leur soumit un texte qui ne pouvait « faire l’objet d’une négociation ». Pourtant, devant la bronca suscitée par quelques lignes souhaitant consacrer « le droit de toute personne à changer de religion ou de conviction », Chevènement décida finalement de retirer discrètement le passage polémique à la grande satisfaction des autorités musulmanes, l’UOIF (proche des islamistes des Frères musulmans) en tête.

En 2003, c’est au tour de Nicolas Sarkozy de vouloir remodeler l’organisation du culte musulman (avec la création d’une nouvelle structure, le CFCM – Conseil Français du Culte Musulman) au prétexte qu’il ne voulait pas d’un « islam en France », mais un « islam de France »… Mais cette volonté d’un islam francisé s’écroule très rapidement : dès la première élection des représentants du CFCM, les islamistes de l’UOIF arrivent en 2e position, devant la Grande Mosquée de Paris et son médiatique recteur Dalil Boubakeur. Par un tour de passe-passe permettant de surmonter ce résultat problématique, c’est néanmoins ce dernier qui obtient la présidence du CFCM.

Cette ambigüité va contribuer à créer un fossé qui ne va aller qu’en s’accroissant au fur et à mesure des années. L’UOIF marginalisée au sein du CFCM, Dalil Boubakeur décrédibilisé au sein de la communauté musulmane pour sa supposée trop grande proximité avec le pouvoir politique, l’essor du salafisme en dehors du CFCM et la « radicalisation » progressive d’une partie importante des musulmans de France ont contribué à créer une scission entre la base de cette communauté et des dirigeants souvent perçus comme illégitimes ou peu représentatifs.

Maladroitement, de nombreuses célébrités médiatiques et politiques essayeront de pallier à l’échec du CFCM par la promotion de personnalités, pensant naïvement qu’ils parviendraient à imposer par le haut des représentants à la communauté musulmane. Ce fut tout l’inverse : la mise en avant d’un individu comme l’imam Chalgoumi (dont le parcours est trouble : il fut fiché dans les années 90 pour avoir appelé au djihad dans ses prêches), présenté comme un « imam républicain », quasi-analphabète et ne cessant de dénoncer l’extrémisme islamique fut ressenti comme une forme de trahison, et eut pour conséquence d’accroître encore cette défiance.

Suite aux attentats de Charlie Hebdo, bien qu’officiellement ces attaques n’aient eu « rien à voir avec l’islam », le gouvernement socialiste se hâta de réformer l’organisation des musulmans de France avec la création d’une Fondation pour l’islam de France. L’objectif était de parvenir à une instance « plus représentative » mais « sans extrémistes ». Soit l’équation impossible à résoudre (d’ailleurs des dirigeants de l’UOIF y participèrent). Car soyons clair : pour qu’elle soit réellement emblématique, une représentation des courants ouvertement salafistes serait nécessaire. Or c’est impossible. Du coup, le serpent se mord la queue.

Plusieurs groupes salafistes l’ont bien noté. Certains réclament (avec un sens stratégique certain) la fin de l’islam consulaire où les imams sont envoyés par des pays étrangers (Algérie, Maroc et Turquie notamment). « Nous voulons des imams français et des représentants français ! » disent-ils sournoisement. L’objectif est en réalité simplement de prendre le contrôle des mosquées pour en finir avec l’islam « bledard » pas suffisamment salafiste à leurs yeux.

Pour chaque gouvernement, (et la question se pose actuellement pour le gouvernement de Macron) l’organisation communautaire des musulmans de France est un véritable casse-tête, encore plus aujourd’hui à l’heure du djihad et des attentats islamistes incessants. Auparavant, le pouvoir politique pouvait choisir les représentants de la communauté musulmane, ces derniers montraient patte blanche en chantant les louanges de la République sur les plateaux télé et recevaient en retour des facilités, notamment pour construire des mosquées. Ce n’est plus -autant- possible aujourd’hui. Une méfiance s’est largement répandue au sein de la population française envers ces représentants communautaires au discours qui sonne faux. De l’autre côté, une large part de la communauté musulmane perçoit une partie de ces porte-parole comme des traîtres. L’équation est impossible à résoudre : faut-il intégrer les courants islamistes les plus durs dans des organes officiels et avoir une vraie représentativité des musulmans – mais en leur reconnaissant une légitimité – ou bien les ignorer et n’avoir de fait que des coquilles vides et accentuer le divorce ?

Sur ce sujet comme sur d’autres, le réel poussera à renverser complètement le paradigme. En effet, dans les termes actuels, résoudre cette problématique de la représentativité des musulmans est impossible. Parce que la solution n’est pas là. La solution n’est pas « islam de France » ou « islam en France » mais islam hors de France ! Plus que jamais, seule la remigration, c’est-à-dire le retour dans leur pays d’origine d’une majorité de musulmans permettra de résoudre toutes ces crises paraissant aujourd’hui insolubles.

Sébastien Froment (Novopress, 29 mai 2018)

31/05/2018

Aussi loin que porte le regard...

Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Paul Fortune, cueilli sur son blog et consacré à l'impasse du conservatisme. Paul Fortune est l'auteur d'un excellent récit initulé Poids Lourd...

 

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Aussi loin que porte le regard

Tout ce qu’on peut recouvrir du nom de « droite » est voué à perdre, pour la bonne et simple raison que la droite, en France du moins, ne sait rien faire d’autre que regarder vers le passé. Or, s’il est bien une chose dont nous pouvons être certain, c’est que la posture du « c’était mieux avant » a toujours échoué. Toute la contre-révolution, depuis Burke et Joseph de Maistre, et malgré leur intelligence, n’a strictement rien empêché. La restauration monarchique a été un échec lamentable. Les gens qui aujourd’hui se rappellent avec nostalgie les années 60 – ou 40 pour certains – n’aboutiront pas non plus. Peut-être que c’était mieux avant – encore que sous certains aspects, il soit permis d’en douter. Mais le passé est, par définition, passé. La gauche au contraire parvient toujours à ses fins. Il n’y a pas là de sens de l’histoire ou autre force fumeuse issue du cerveau agité d’un intellectuel désœuvré. La gauche a toujours un but et regarde vers le futur. Elle a un projet, souvent néfaste, mais qui a le mérite d’exister. La seule façon de sortir du marasme est de proposer autre chose. Il faut d’ailleurs noter que les seuls mouvements qu’on aime à classer à droite qui ont imposé quelque chose étaient en réalité de gauche et porteur d’un projet, certes contestable, mais indéniablement novateur – vous savez, le genre de projet avec des aigles comme emblèmes, un tantinet agressif.

Pareillement, la posture systématiquement défensive qu’adoptent les conservateurs et autres droitards ne mènera nulle part, car l’action bat toujours la réaction. Il faut être offensif. Mais on en revient au problème précédent : il faut un projet. La difficulté vient de ce que ce projet n’est pas encore mûr. Il est clair cependant que les lubies portées par la gauche vont finir en vaste chaos. Notre démocratie droitdelhommiste, que certains nous présentent comme aboutissement ultime de l’humanité, est évidemment vouée à disparaître. Elle ne pouvait fonctionner qu’avec l’existence de classes moyennes éduquées dans un occident en pleine croissance économique et démographiquement viable face au reste du monde. Tout cela est fini. Les conditions ne sont plus là, cette forme politique va disparaître. Elle est déjà un astre mort. Tout le défi est d’imaginer ce qui va venir après, et il est probable que nous sommes à l’aube d’un bouleversement au moins aussi colossal que celui que fut la révolution industrielle.

Ceux qui s’accrochent au monde ancien seront emportés. Je ne crois pas que ce qui nous attende soit confortable, bien au contraire. Mais nous n’avons pas vraiment le choix, de toute façon.

Paul fortune (Blog de Paul fortune, 28 mai 2018)

30/05/2018

La montée de l'hyperviolence est-elle évitable ?...

Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Xavier Raufer, cueilli sur Atlantico et consacré au discours du président de la République sur les banlieues. Pour lui, le diagnostic est en partie là. Il faut maintenant passer aux actes...

Criminologue et spécialiste des questions de sécurité, Xavier Raufer a publié ces dernières années Les nouveaux dangers planétaires (CNRS, 2012) et Criminologie - La dimension stratégique et géopolitique (Eska, 2014) et a également coordonné l'ouvrage collectif intitulé La première cyber-guerre mondiale ? (Eska, 2015).

 

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Montée de l’hyperviolence : une impuissance politique pourtant si évitable

Énoncés ci-après, ces graves crimes sont TOUS advenus ces trois derniers jours. TOUS, dans les fameux "quartiers prioritaires de la politique de la ville" (QPV). Il en va de même, homicide après homicide, émeute après émeute, lynchage après lynchage, trafic après trafic, incendie après incendie, dans ces mêmes QPV, jour après jour et toute l'année, depuis désormais quarante ans et plus ; le chaos s'aggravant en outre d'année en année.

Au point que désormais, il est possible de diagnostiquer sans exagérer que la France a un problème criminel et un seul, celui de ces ghettos hors-contrôle livrés à des bandes armées et autres narco-milices ; et qu'y rétablir l'ordre une bonne fois pour toutes ferait s'effondrer, de moitié voire plus, nos statistiques criminelles nationales.
 
Qu'on en juge :
 
- MARSEILLE, cité de la Busserine (QPV) des Ninjas cagoulés d'une narco-milice tirent à la kalachnikov sur tout ce qui bouge, kidnappent un voyou rival et mettent en joue des policiers venu voir. Façon guerre civile en Algérie -  la vidéo qui circule est si effrayante que le pauvre maire de la ville n'ose même plus bêler que "Marseille n'est pas Chicago".
 
- CASTELSARRAZIN (Tarn-et-Garonne), cité Gambetta (QPV) - sur le mur d'un fief local des dealers, s'étalent les noms des policiers du secteur et de leurs proches, assortis de menaces de mort.
 
- PAU, quartier Saragosse (QPV) - une meute des aimables chérubins de Mme Taubira, dont de juvéniles prédateurs tchétchènes, lynchent à mort un ex-bandit africain, pour d'obscurs et sans doute futiles motifs.
 
- COURCOURONNE (Essonne, QPV) quatre policiers veulent contrôler un jeune en moto. Une meute violente les moleste, un policier est lynché, cheville fracturée.
 
- ROMAINVILLE (93, QPV) - Poignardé en plein cœur, un quadragénaire meurt, suite à des heurts avec l'usuelle meute de voyous.
 
Bien sûr, tous ces quartiers et cités sont d'ores et déjà inondés d'argent public, en vue d'une réhabilitation du bâti qui, s'agissant de sécurité publique et de "reconquête républicaine", échoue pathétiquement depuis vingt ans et plus. Pour le seul quartier Saragosse de Pau, on claque ainsi, sur quatre ou cinq ans, cent trente millions d'euros.
 
Que, d'assassinats en émeutes, la France aille droit à des zones localisées de guerre civile, le président Macron a dû le ressentir : il est jeune et ainsi, son horizon est plus profond que celui de récents politiciens d'une Ve république vieillissante et fatiguée, cyniques adeptes du bien connu "après moi, le déluge".
 
D'instinct, M. Macron aura senti que le ruineux et fantasmagorique plan de M. Borloo, pur cataplasme-sur-jambe-de-bois, était partie intégrante du problème, pas de sa solution.
 
Et que l'exubérant fan-club-Borloo tendait la gamelle dans des conditions de gabegie telles qu'elles horrifient depuis vingt ans la Cour des comptes - et ont déjà conduit des élus de Marseille, devenus au fil des ans de purs proxénètes de la "politique de la ville", sur la paille humide des cachots.
 
Car ce qu'a asséné M. Macron respire enfin le réalisme :
 
- Fin de la récré-Borloo "Je ne vais pas annoncer un plan ville, un plan banlieues",
 
- L'Etat a "perdu la bataille des trafics dans de nombreuses cités",
 
- Ca s'aggrave : "Il faut regarder les choses en face, c'est en train d'empirer",
 
- Le problème est criminel : "Dans nos quartiers, il y a aussi de la violence, il y a des choses qui ne vont pas et c'est explosif"
 
- L'avenir est sombre : "Une tension qu'on a laissé s'enkyster... Une forme d'éloignement avec la République"
 
Ce que dit M. Macron, les criminologues réalistes, et aussi par ailleurs le courageux Georges Bensoussan, le rabâchent depuis belle lurette.
 
Enfin ! Un diagnostic présidentiel ouvre une perspective.
 
D'autant plus, que la voie ainsi tracée fait l'effet d'une affreuse douche glacée pour les médias gauche-caviar-Niel-Drahi - furieux et dépités au point qu'ils ont censuré les propos présidentiels les plus raides, ceux exposés ci-dessus ; hier introuvables sur leurs sites.
 
Que faire alors ? Lancer un "plan de mobilisation générale contre les trafics internationaux de stupéfiants", indique le président Macron.
 
C'est en effet la bonne voie.
 
Reste à s'y engager vigoureusement.
 
Xavier Raufer (Atlantico, 23 mai 2018)

28/05/2018

Objets connectés et guerre de l’information...

Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de François-Bernard Huyghe, cueilli sur son site Huyghe.fr et consacré aux menaces que font peser les réseaux d'objets connectés qui nous entourent. Spécialiste de la guerre de l'information, François Bernard Huyghe, auteur de nombreux livres, a récemment publié La désinformation - Les armes du faux (Armand Colin, 2015), Daech : l'arme de la communication dévoilée (VA Press, 2017) et Fake news - La grande peur (VA Press, 2018).

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Objets connectés et guerre de l’information

Les objets connectés - des estimations nous en promettent 30 milliards pour 2020 - posent d’évidents problèmes de sécurité (qui ont fait l’objet d’un passionnant colloque de la FRS le 15 mai). Un objet connecté réunit quatre caractéristiques particulières, tout en continuant à remplir ses anciennes fonctions triviales (transporter, mesurer, chauffer, recouvrir, etc.) :
- Il capte des informations (qui sont à la fois des données susceptibles d’être stockées et traitées, et des « nouvelles » en ce sens qu’elles reflètent des changements instantanés.
- Il traite ces informations en fonction d’algorithmes (ou elles sont traitées par le système auquel il est relié) ; il se livre donc à des opérations de calcul qui se formulent souvent comme des propositions adressées à un être humain (qu’il s’agisse d’aller acheter du lait ou de diminuer son rythme de course).
- Il fait ou il prend des décisions comme de changer un réglage.
- Il communique, puisqu’il est en relation avec Internet donc potentiellement avec un univers de traitement et diffusion d’une quantité inimaginable de données.

Ces caractéristiques sont à évaluer en fonction des trois types de stratégies offensives que permet ou que favorise le numérique : acquisition de données confidentielles d’une victime (espionnage ou surveillance), perturbation de systèmes ciblés (sabotage, paralysie...) et enfin action sur le cerveau humain et sur ses croyances (illusions,propagande, manipulation...).

Si nous tentons maintenant de croiser les deux grilles, nous devons tenir compte que les objets connectés, du fait de leur conception, de leur faible prix, de leur nouveauté, de leur modestie apparente, etc sont a priori moins bien sécurisés ou font l’objet de moins de précautions que des ordinateurs, par exemple, dont tout le monde pense qu’ils peuvent faire l’objet de cyberattaques.

Les objets connectés recueillent des données sur eux-mêmes (identifiant, géolocalisation), sur leur environnement et parfois sur les êtres humains qui les utilisent. On connaît des exemples où les objets connectés, mal sécurisés, ayant un mot passe faible, etc., se sont révélés le maillon le plus faible et ont permis d’accéder aux données d’un système beaucoup plus vaste Ainsi un simple thermomètre d’aquarium a permis de pirater les données confidentielles d’un casino. Ou encore, pour prendre un exemple de piratage, en octobre 2017, des réseaux d’objets connectés (caméras, téléviseurs) ont servi à pervertir (par une sorte de déni d’accès, en la surchargeant de demandes incessantes) la société américaine Dyn qui redirige des requêtes, puis par extension, ils ont pu rendre inaccessibles quelques heures des services comme Amazon, eBay, Airnb, Paypal, etc.

À partir de là, il n’y a plus qu’à laisser aller son imagination pour décrire les vols d’information ou les sabotages les plus sophistiqués passant par un frigidaire, un téléphone, une montre et demain une boîte de conserve ou un maillot. Un excellent roman policier comme « Tension extrême » de Sylvain Forge raconte ce que ferait un fou d’informatique faisant exploser des Pacemakers, paralysant les forces de police d’une ville, etc. À vous de fantasmer sur ce que réaliserait une puissance étatique ou un groupe mafieux qui prendrait le contrôle de toutes les bicyclettes d’une métropole, la priverait de transports ou saurait tout de la sexualité et de la santé des dirigeants de la planète par leur rasoir ou leur équipement de jogging. Si votre voiture ou votre fusil ne vous obéissait plus ? Si un bijou en disait plus sur vous qu’un micro ? Etc.

Mais la dimension la plus intrigante est celle de l’action sur l’esprit : un objet trivial peut-il agir sur nos affects, voire sur nos comportements, sur le fonctionnement de l’opinion, voire de la démocratie ? Jusqu’à présent cela s’est fait par des médias au sens large, c’est-à-dire par des dispositifs faits explicitement pour délivrer des messages à nos cerveau. De la projection du cuirassé Potemkine sur écran géant à la rumeur que vous transmet votre compte Facebook.
Forcément quelqu’un a ou va penser à une stratégie d’action sur le cerveau humain par les objets connectés. Nous n’en sommes qu’au tout début, mais on peut déjà esquisser trois types de scénarios.
Le premier est évidemment « à la Big Brother » : la suraccumulation de données sur les citoyens par un pouvoir centralisé. Suivant une information récente la Chine a commencé à doter certains ouvriers de casquette connectées qui détecteraient les ondes cérébrales, le stress, l’état émotif. À partir du moment où une technologie sait qui vous êtes, où vous êtes, avec qui vous êtes en relation, ce que vous faites, mais aussi ce que vous ressentez, il n’y a évidemment pas de limite au contrôle politique de la population.
Le second scénario suppose plus subtilement que les données soient collectées discrètement, traitées massivement par l’intelligence artificielle, employées à nous profiler donc à nous prédire et que cela se traduise non pas par la répression des mauvais sujets, mais plus subtilement par une politique de l’attente et du désir. Après tout, les Gafa passent déjà leur temps à nous proposer le livre, le restaurant ou les vacances qui nous conviennent et à répondre à la question unique que nous pensions porter secrètement en nous : j’ai envie de... Le scandale Cambridge Analytica a montré comment une proposition politique pouvait nous être adressée de la façon la plus personnalisée pour nous suggérer de voter X ou Y en fonction de nos habitudes, de nos préjugés, de nos appartenances, voire de nos traits de caractère. Le stade suivant serait la prédiction par notre environnement le plus familier d’incitations parfaitement adaptées : obéissant aux calculs d’un algorithme, y compris en politique, nous aurions la sensation de n’obéir qu’à nous-mêmes et à nos pulsions les plus secrètes.
Un pas plus loin : peut-on imaginer des dispositifs qui joueraient sur nos perceptions, nos lunettes, nos téléphones, et nous prédisposeraient à tel ou tel comportement ? Nous n’avons pas encre réussi à imaginer un scénario où une puissance occulte déclencherait des émeutes ou ferait voter machin en envoyant des virus à des frigidaires, des montres ou des vélos, mais soyons certains d’une : il y a forcément quelqu’un qui va y penser un jour où l’autre. Toutes les potentialités négatives de l’objet trouveront tôt ou tard une exploitation stratégique. Raison de plus pour commencer dès maintenant à penser les vulnérabilités du banal.

François-Bernard Huyghe (Huyghe.fr, 21 mai 2018)

25/05/2018

Europe : Sortir de l’enfance stratégique...

Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Caroline Galactéros, cueilli sur son blog Bouger les lignes et consacré à la situation géopolitique du moment qui offre à l'Europe la possibilité de prendre (enfin...) son indépendance stratégique... Docteur en science politique, au diteur de l'IHEDN, Caroline Galactéros est l'auteur de  Manières du monde, manières de guerre (Nuvis, 2013) et intervient régulièrement dans les médias. Elle vient de créer, avec Hervé Juvin, Geopragma qui veut être un pôle français de géopolitique réaliste.

 

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Europe : Sortir de l’enfance stratégique

Il était une fois Europe, jeune princesse naïve et capricieuse, enfant gâtée ne voulant grandir à aucun prix. Elle se convainquait chaque jour qu’elle échapperait aux sorcières et autres monstres malfaisants du vaste monde si elle se soumettait gentiment à son Prince charmant. Celui-ci l’isolait dans une tour imprenable, mais, fièrement juché sur son blanc destrier de redresseur de torts universels, maniait aussi vaillamment l’épée autour d’elle. Pour son bien naturellement, il l’empêchait de se faire des amis, décidait de ses fréquentations, de ses projets et même de ses rêves. Son autorité implacable lui faisait si peur qu’elle subissait ce joug avec docilité, le confondant avec une protection sûre et amicale. Le jour de la déception vint lorsqu’elle comprit enfin, à force d’avanies, que son sauveur n’était qu’un rustre égoïste et jaloux qui faisait le vide autour d’elle, se moquait bien de ses rêves de liberté et de grandeur, et l’entraînait dans des impasses dangereuses pour sa vertu comme pour ses intérêts. Elle résolut alors de lui échapper et de grandir enfin, la vue dessillée mais sans rancune, sortant dans un même mouvement de l’enfance et de l’ignorance, déterminée à se faire une place à elle dans le monde des Grands… Elle ne se maria pas, mais eut beaucoup d’enfants.

Nous en sommes là. La dernière « crise » déclenchée par la sortie américaine de l’accord sur le nucléaire iranien est l’occasion pour l’Europe de faire enfin sa crise d’adolescence. Sortir de l’enfance stratégique est urgent. Il nous faut « tuer le père » pour savoir qui nous sommes et pouvons être. Comment faire ? Est-il possible de conquérir notre indépendance sans fracas, sans éclat, d’instaurer et de démontrer la légitimité d’une distanciation douce vis-à-vis de notre flamboyant tuteur américain, premier stade de l’autonomie de pensée et d’action ? Comment s’émanciper sans déclencher un mélodrame et surtout des réactions vengeresses ? L’Amérique a toujours confondu alliance et allégeance, amitié et servilité. Ce qui est bon pour elle s’impose à ses alliés, même si c’est aux antipodes de leurs intérêts propres. Le mythe du ruissellement de la richesse s’applique. Elle prend les meilleurs morceaux, eux les rataillons, et ils doivent encore s’incliner et remercier. Pourquoi ? Nul ne le sait plus. Parce que les États-Unis furent notre allié décisif durant les deux guerres mondiales ? Mais la Russie aussi…

L’Europe fait donc face à un choix qui n’est ni facile ni naturel. La faiblesse est naturelle, le courage l’exception. L’Europe est surtout divisée sur à peu près tous les sujets… C’est donc une révolution culturelle et mentale qu’elle doit oser, en prenant conscience de l’énormité du dernier camouflet que vient de lui infliger Washington qui a joué à quitte ou double… et a, semble-t-il, perdu. L’Amérique cherchait à polariser ses alliés-vassaux autour d’elle dans la désignation d’un nouvel ennemi après avoir connu un succès mitigé dans la diabolisation de Moscou ? Elle n’a pour l’instant réussi qu’à les polariser contre elle.

L’Europe doit donc changer de posture pour changer enfin de stature et de statut dans le concert international et d’abord aux yeux des Américains. La servilité en effet ne suscite que mépris et indifférence. On rétorquera que c’est trop dangereux, que nos entreprises vont se faire de nouveau attaquer et mettre à l’amende si elles osent l’insoumission à l’extraterritorialité du droit américain. Mais le principe actif des sanctions s’est dissous dans leur application outrancière. En Iran comme en Russie, trop de sanctions tue les sanctions et provoque la résistance entêtée du sanctionné et de tous ceux qui subissent de plein fouet les dommages collatéraux de sa mise à l’index. Les États-Unis jouent sur la division des Européens pour semer la peur parmi leurs gouvernements et entreprises. Si Bruxelles protégeait aussi son marché, menaçait de boycott et imposait de très lourdes sanctions aux opérateurs américains en cas de représailles américaines envers des entreprises commerçant avec l’Iran ou la Russie, que ferait-elle de si scandaleux finalement ? Elle imiterait juste le président américain dans sa tactique de mise sous pression maximale du concurrent commercial avant l’entrée en négociation…

Et puis… le cynisme du discours occidental sur Le Bien, Le Mal, la morale, le terrorisme est si patent qu’il a perdu toute crédibilité. Ce n’est pas l’Iran qui commet depuis vingt ans des attentats terroristes en Europe, ce sont bien les groupuscules islamistes sunnites que l’Occident tolère ou appuie dans tout le Moyen-Orient depuis près de quarante ans. C’est bien l’État islamique (EI) qui vient de revendiquer l’attentat en plein Paris de l’un de ses soldats hébétés. C’est l’EI toujours, qui renaît au Yémen de ses prétendues cendres (plutôt des braises encore bien rougeoyantes), et dont la Coalition néglige la réduction définitive, préférant braquer le projecteur sur la Perse qu’il faut estourbir sans attendre pour tenter de renverser un rapport de force régional défavorable à force d’entêtement dans des alliances incohérentes.

L’axe Washington-Tel Aviv-Riyad concentre sa vindicte sur Téhéran, source désignée du mal, qui sert en fait de leurre permettant d’escamoter le véritable scandale : les États-Unis et la Grande-Bretagne ‒ comme la France malheureusement ‒ ont soutenu durant des années les succédanés de l’ogre officiel Al-Qaïda qui pourtant fit tomber les tours jumelles de New York, secoue depuis la planète de centaines d’attentats, l’ensanglante de dizaines de milliers de morts à l’occasion des conflits irakien, libyen et syrien… que l’Occident a déclenchés ou favorisés. On a donc atteint les limites du cynisme. Le « plus c’est gros, plus ça passe » ne marche plus ; d’autant que, dans ce capharnaüm oriental, La Russie a beau jeu d’avancer ses pions en marchant sur les plates-bandes américaines, cherchant notamment avec Riyad des accords commerciaux, militaires et même politiques (dans la perspective du règlement du conflit syrien, puisque l’Arabie saoudite patronne toujours bien des « rebelles »). Quant à la Chine, elle observe avec gourmandise la foire d’empoigne de ces Occidentaux trop pressés, et attend de voir avec qui finalement elle assurera ses intérêts énergétiques et sa pénétration économique de l’Europe, et sur quels points d’appui moyen-orientaux.

La question urgente est désormais celle de la forme optimale du système de gouvernance mondiale. Si ce n’est plus l’ONU, alors quoi ? La loi du plus fort, celle de la jungle, celle du pur argent, celle d’une réalité virtuelle se substituant à celle qui nous dérange ou que l’on ne veut pas comprendre ? Notre entêtement à vouloir à tout prix que les relations internationales obéissent à des principes moraux nous rend incapables d’analyser le réel, d’agir sur lui et de voir le prosaïsme structurel du jeu international. Mais il nous empêche aussi, paradoxalement, de prendre des décisions humaines alors que nous nous targuons de défendre urbi et orbi nos « valeurs ». Or les grandes déclarations de principe sur l’avènement souhaitable de la démocratie au Moyen-Orient, sur les « bouchers » et autres « dictateurs sanguinaires » font le jeu des pires phalanges terroristes et beaucoup, beaucoup de morts, jusque chez nous. Ce discours faussement irénique nourrit la dislocation des États laïcs multiconfessionnels et justifie les régressions politiques dangereuses que sont le communautarisme et la confessionnalisation des antagonismes sociaux, vendus aux masses comme des moteurs d’affirmation identitaire et de liberté, alors que ce sont ceux de leur soumission ultime.

Et l’Europe dans ce magma ? Ne peut-elle enfin apprendre à dire non à Washington et voir qu’il en va de son intérêt politique, économique, culturel et stratégique de mettre à profit sa position médiane entre Washington et Moscou, piliers d’un Occident janusien qui a du mal à se concevoir dans sa globalité. Faut-il rappeler que (même) le Donald Trump de 2016, en businessman réaliste et de bon sens, l’avait compris qui voulait un véritable reset de la relation avec Moscou… avant qu’on ne le remette dans le droit chemin de l’anti-russisme primaire. L’alignement et la servilité ne sont pas une fatalité. Surtout pour la France qui n’a rien à y gagner, mais doit comprendre qu’elle a une place particulière aux yeux du monde. Quand Paris se trompe, se fourvoie, se couche, c’est un peu de l’espoir secret des autres Européens – et de bien des pays du monde qui croient encore en notre singularité et en notre capacité à sortir du rang – qui s’étiole.

Ultimement, si l’Europe veut exister stratégiquement, si elle souhaite enfin compter et être crue quand elle s’engage dans un conflit ou une médiation, elle doit faire sauter le tabou qui brûle toutes les lèvres : celui de l’OTAN. L’Alliance atlantique est-elle à jamais LA structure « naturelle » garantissant la sécurité européenne ? Peut-être est-ce vrai en matière de défense du continent contre une véritable agression (pas contre la construction délirante d’un bellicisme russe justifiant nos propres déploiements menaçants type pays baltes…). Certainement pas en matière de déploiement à l’extérieur, car l’OTAN, de fait dominée et dirigée par Washington depuis toujours et à jamais, est avant tout au service de la politique étrangère des États-Unis.

Tant que l’UE ne sera pas capable d’évaluer le degré d’adéquation des mécanismes et décisions de l’Alliance avec les siens propres, d’affirmer l’obligation d’inscrire ses opérations dans un cadre onusien et surtout la nécessité pour elle de compter en tant qu’acteur stratégique autonome face aux États-Unis, à la Russie et à la Chine, elle demeurera mineure stratégiquement. Pour sauver l’Europe, il faut donc oser éliminer les tares de naissance qui la minent depuis l’origine et ne sont pas que psychologiques. L’esquive interminable de la question pourtant cardinale de la souveraineté collective sous prétexte que l’économie finirait par entraîner la convergence politique n’est plus tenable. Il faut s’y atteler et définir les contours et limites de cette souveraineté complémentaire, dans le respect scrupuleux de celle des États membres.

Certains Européens objecteront que la sujétion atlantique fait leur affaire car ils n’ont pas les moyens militaires de cette indépendance ? Fort bien. Mais nous, oui. C’est donc à nous d’initier le mouvement d’émancipation et nous ferons école progressivement, lorsque l’intérêt d’une position propre deviendra évident pour échapper à la vaste manœuvre américano-chinoise de réalignement du monde autour de leur nouveau duo-pôle. Que nous a d’ailleurs sérieusement apporté depuis dix ans la réintégration du commandement militaire intégré de l’Alliance ? Cette question ne peut plus être éludée par un pays comme le nôtre. Ou alors il faut cesser de prétendre à une influence quelconque en Europe, au Moyen-Orient ou en Afrique et admettre une destinée de supplétif progressivement dissous dans une prétendue « solidarité euro-atlantique » qui n’est que l’autre nom de la soumission et du renoncement.

Partir demande parfois du courage. Rester peut éventuellement se justifier mais requiert une véritable analyse, pas simplement des cris d’orfraie sur « l’impensable » et « l’évident ». Rien n’est plus évident. Les cadres stratégiques de pensée de l’après-« guerre froide » ont tous implosé, et nous rassurer en enfouissant la tête dans le sable ne nous apportera rien d’autre que l’asphyxie. Encore une fois, il ne s’agit nullement d’embrasser la Russie sur la bouche ou de jeter le gant à Washington. Il s’agit d’avoir conscience de soi, de ce que l’on est, de ce que l’on représente, de ce que l’on peut et doit faire pour concourir à un apaisement global des foyers de tension de plus en plus nombreux et à une intelligence du monde et des hommes. Il s’agit de s’en donner les moyens, au risque de l’impopularité immédiate qui est presque toujours la première marque de la grandeur d’une décision. Disruptive indeed !

Caroline Galactéros (Bouger les lignes, 16 mai 2018)