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10/10/2016

Une histoire mondiale de la guerre économique...

Les éditions Perrin viennent de publier un ouvrage de synthèse d'Ali Laïdi intitulé Histoire mondiale de la guerre économique. Docteur en sciences politiques, Ali Laïdi est Chercheur à l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS).

 

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" La guerre économique est une vieille histoire. Elle est à l'économie ce que la science de la guerre est à la politique : un affrontement pour capter les ressources. Dès la préhistoire, les hommes s'affrontent pour conquérir les meilleurs territoires de chasse et de cueillette, tandis que Phéniciens, Egyptiens, Romains et Chinois de l'Antiquité sécurisent leurs routes commerciales pour éliminer la concurrence. Au Moyen Age, les marchands allemands regroupés au sein de la Hanse mènent des guerres, déclenchent des blocus économiques, le tout au nom de la défense de leurs intérêts commerciaux. Avec les grandes découvertes, les Etats prennent les rênes : Portugais, Espagnols, Hollandais, Anglais et Français se livrent de terribles batailles pour s'emparer des épices des nouveaux mondes. Lors du premier conflit mondial, détruire le potentiel commercial de l'adversaire est un des buts de guerre affichés, tandis qu'aujourd'hui les multinationales affrontent l'hyperconcurrence avec leurs propres armes, lesquelles n'ont souvent rien à envier à celles des services de renseignements et de sécurité des Etats.
Cette première synthèse sur la guerre économique démontre l'enracinement des conflits de ce type dans l'histoire. On comprend, à sa lecture, pourquoi le mythe libéral du " doux commerce " a toujours nié cette évidence : la politique n'a pas le monopole de la violence. Elle le partage avec l'économie. "

27/09/2016

Traités de libre-échange : bienvenue dans le monde d'Orwell...

Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Jean-Michel Quatrepoint, cueilli sur Figaro Vox et consacré à ce que recouvre la négociation, toujours en cours, du Traité transatlantique entre l'Union européenne et les Etats-Unis...

 

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Traités de libre-échange : bienvenue dans le monde d'Orwell

Nous sommes en guerre! On pense, bien sûr, à Daech et au terrorisme islamiste. Mais il y a aussi une autre guerre, plus sournoise, plus vicieuse, puisqu'elle nous oppose à des amis, des alliés. Je veux parler de la guerre avec les États-Unis, de la guerre entre l'Europe et les États-Unis, de la guerre aussi entre le modèle culturel anglo-saxon, un modèle communautarisme, et notre modèle républicain, laïc. Cette guerre a un champ de bataille: le marché, l'économie. Avec un objectif pour les États-Unis, ou plutôt pour les multinationales, en très grande majorité anglo-saxonnes: assurer un nouvel ordre mondial, où le rôle des États est réduit à la portion congrue, où les citoyens sont cantonnés à un rôle de consommateurs, où la politique s'efface devant les impératifs du marché et d'un libre-échange total, absolu.

Cette bataille, elle se joue aussi sur les traités commerciaux, à travers le TAFTA, le TPP pour le Pacifique, le TISA pour les données. Sans oublier le traité entre l'Europe et le Canada qui a servi en quelque sorte de matrice aux négociations transatlantiques sur le TAFTA. Cette offensive américaine se déroule comme à la parade. Dans un premier temps, les autorités judiciaires d'outre-Atlantique ont mis en place un arsenal juridique pour imposer peu à peu l'extraterritorialité du droit américain. C'est ainsi qu'on a vu se multiplier, depuis des années, les amendes colossales contre les groupes européens. Amendes pour avoir obtenu des contrats dans divers pays du Tiers Monde avec des commissions. On pense, bien sûr à Alstom. Amendes pour avoir financé des opérations commerciales avec des pays frappés d'embargo par les États-Unis. On pense, bien sûr, à BNP Paribas. Amendes pour avoir bidouillé, comme Volkswagen, les moteurs Diesel vendus sur le marché américain, etc. À chaque fois ce sont des montants considérables. Des milliards, voire des dizaines de milliards de dollars.

Pis, ces menaces pèsent sur le système bancaire européen qui n'ose plus financer les investissements des entreprises, françaises et autres, dans des pays sensibles. Ainsi, les banques françaises sont très frileuses sur l'Iran, sur la Russie. Nos entreprises ratent des contrats. Pour le plus grand profit… des Américains. Bref, tout se passe comme si cette menace subliminale que fait peser la justice américaine et Washington sur les banques et entreprises européennes était destinée à les paralyser, à les tétaniser. Parallèlement, le capitalisme américain a déployé sur une très grande échelle une forme moderne de corruption: l'influence, le trafic d'influence. Plus besoin de verser des bakchichs, il suffit d'offrir aux dirigeants politiques, aux élites européennes de belles et rémunératrices fins de carrière, ou de faciliter l'accès de leurs progénitures aux cercles restreints du pouvoir des multinationales.

Aujourd'hui, les masques tombent. C'est un ancien président de la Commission européenne dont on savait qu'il était très proche des Américains qui pantoufle chez Goldmann Sachs. On découvre qu'une ancienne commissaire à la concurrence avait pris systématiquement des décisions nuisibles aux intérêts industriels européens tout en étant administrateur d'un fonds off shore aux Bahamas. Cerise sur le gâteau: elle a intégré Bank of America et, au printemps dernier, le groupe américain… Uber. Un autre commissaire, négociateur et thuriféraire de l'accord TAFTA, a, lui, rejoint les conseils d'administration de CVC Partners, un fonds américain et Merit Capital. Bref, les Américains savent remercier ceux qui ont œuvré pour eux. Mais ceux qui rechignent à intégrer ce nouvel ordre mondial sont frappés. Volkswagen, mais aussi Deutsche Bank et maintenant Airbus que l'on menace de dizaines de milliards d'amende, parce que le groupe aurait bénéficié de subventions européennes. Mais comment Boeing s'est-il développé sinon avec l'argent du département de la Défense? Comment la Silicon Valley est-elle devenue ce qu'elle est sinon avec les subsides sous diverses formes de l'État américain? Comment les GAFAM et autres NATU (Netflix, Airbnb, Tesla et Uber) prospèrent-ils sinon en optimisant fiscalement aux États-Unis (les multinationales américaines ont exporté plus de 2 000 milliards de dollars dans les paradis fiscaux) et en ne payant pratiquement pas d'impôt en Europe? Et lorsque une commissaire européenne ose s'élever contre les avantages exorbitants accordés par l'Irlande à Apple, c'est le président Obama et 250 patrons américains qui volent au secours de la firme et somment l'Europe d'abandonner ses poursuites.

Trop, c'est trop! Ou les Européens se couchent et nous allons collectivement basculer dans un monde où quelques monopoles régneront sur notre vie de tous les jours, géreront nos données… un monde digne de Big Brother. Ou l'Europe se réveille, refuse ces diktats, renvoie les accords TAFTA aux calendes grecques. On ne négocie pas dans une position de vassal. Voilà pourquoi la bataille du TAFTA est symbolique. Voilà pourquoi si nous voulons défendre nos valeurs, une certaine idée de la géopolitique, il faut dire non au TAFTA, relancer l'idée de la préférence communautaire, défendre nos banques et nos grandes entreprises. À condition, bien sûr, qu'elles veuillent être défendues et qu'elles n'aient pas déjà pactisé avec l'Oncle Sam… pour un plat de lentilles.

Jean-Michel Quatrepoint (Figaro Vox, 23 septembre 2016)

28/06/2016

Goldman Sachs, une banque de guerre économique...

Nous reproduisons ci-dessous un point de vue , cueilli sur le site Infoguerre et consacré au rôle de prédateur financier qu'a joué la banque Goldman Sachs dans la crise grecque...

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Goldman Sachs, une banque de guerre économique

En 1999, lorsque la création de l’euro est décidée, la Grèce ne peut adhérer à la monnaie unique car elle ne répond pas aux critères rigoureux énoncés par le traité de Maastricht : dette inférieure à 60% du produit intérieur brut (PIB), déficit budgétaire sous les 3%. Le gouvernement grec, dans sa course à l’euro, décide alors de chercher conseil auprès de la banque Goldman Sachs (GS). L’objectif est clair : trouver des moyens astucieux pour rejoindre la zone euro. Athènes veut surtout dissimuler l’ampleur de ses déficits. L’accord avec GS marque le début d’une coopération entre une banque et un État qui allait progressivement muter en rapport de force économique. Ce rapport de force économique fait intervenir plusieurs acteurs agissant sur des scènes différentes. Les deux principaux sont la banque Goldman Sachs (GS) et les gouvernements grecs qui se sont succédés de 2001 à 2015. Autour de ce pilier, s’en articulent d’autres secondaires, émanant de la sphère politique (certains gouvernements de la zone euro et le Parlement européen), économique (la réserve fédérale des Etats-Unis) et sociale (le Financial Times et le Risk Magazine, Der Spiegel). Ces acteurs vont tous jouer un rôle structurant dans le rapport de force économique opposant la banque GS à l’État grec.

Un marché de dupes

D’un côté, l’État grec cherche à obtenir un avantage politique et économique : son entrée dans la zone euro pour éviter sa marginalisation sur le continent européen ; de l’autre, la banque GS recherche un avantage commercial : réaliser le maximum de profits pour conforter sa place de leader mondial dans le secteur bancaire.
Comprendre cet affrontement suppose d’en distinguer les différents niveaux qui correspondent aux différents rôles qu’a joué la banque vis à vis de l’État grec.
Le premier niveau de ce rapport de force apparaît au cours de l’année 2001, quand GS accepte d’aider la Grèce à baisser sa dette. Jusque là, le rapport n’est qu’une simple relation de conseilleur/conseillé. Pourtant, la recherche de profits inhérente à la première banque d’affaires mondiales va pousser l’équipe en charge de ce dossier (Antigone Loubiadis épaulée par les spécialistes dans la négoce des devises) à mettre en place une offre qui, à long-terme va se révéler beaucoup plus coûteuse pour la Grèce et beaucoup plus profitable pour GS qu’un simple prêt bancaire.
Cette offre réside dans l’utilisation des credit default swap (CDS). D’apparence complexe, le fonctionnement des CDS est simple. Il s’agit de contrats d’assurance sur une dette qui garantissent au créancier qu’il sera remboursé même si son débiteur se défausse. Ils offrent donc aux investisseurs la possibilité de limiter les risques associés à des obligations, qu’elles soient émises par des États ou des entreprises.  Dans le cas des obligations grecques, ce mécanisme permet de se protéger des effets de change en transformant en euros la dette initialement émise en dollars. L’autre avantage des CDS est que le marché de gré à gré de cet instrument financier est nébuleux. Les transactions se font à l’abri des regards, loin des places boursières et de leurs règles contraignantes, sans intermédiaires ni identification des opérations ou de leurs auteurs. Par là, la Grèce a pu mettre en place un emprunt qui n’est pas apparu dans les statistiques officielles. Appuyé par cet instrument spéculatif, GS lance un engrenage qui va lui permettre de réaliser d’énormes bénéfices. D’une part, le taux de change choisi est très favorable à GS. D’autre part- et c’est là le coup de force de la banque- le montant couvert par les CDS dépasse celui de la dette publique grecque. Autrement dit, GS réussit à vendre plus de contrats qu’il n’en faut pour couvrir le risque de la dette grecque. L’État grec quant à lui, contraint, en vue de ses difficultés financières à négocier un rallongement de l’échéance de sa créance, doit s’engager à payer à la banque d’importantes sommes jusqu’en 2019 et ce, à des conditions plus onéreuses, ce qui aggravent encore sa situation économique.
Si la dissimulation de la dette grecque fut réussie et permit à ce pays d’entrer au sein de la zone euro, la conquête de bénéfices de la banque GS est édifiante. En 2001, lorsque l’affaire fut conclue, le gouvernement devait 600 millions d’euros à la banque, plus les 2.8 milliards qu’elle avait emprunté selon Spyros Papnicolaou. Lorsque ce dernier prit la tête, en 2005, de l’agence de la gestion de la dette du pays, le prix de la transaction avait presque doublé à 5.1 milliards d’euros. Du reste, ce contrat et le maquillage des dettes publiques devaient jouer un rôle dans l’apparition de la  crise de souveraineté grecque qui allait faire évoluer cet affrontement.
En effet, le second niveau du rapport de force apparaît au cours de l’année 2009. Au cours de celle-ci, le nouveau gouvernement socialiste grec de Georges Papandréou annonce que les comptes publics grecs ont été truqués. La nouvelle crée un choc financier pour l’État grec. Dès la fin de l’année 2009, les agences de notation, Fitch la première, dégradent la signature de sa dette, à BBB +. Les marchés commencent à douter de la capacité qu’a l’État grec à rembourser sa dette tandis que les taux d’intérêt payés par celui-ci s’envolent. Le scénario d’une faillite circule dans les salles de marché. Devant les difficultés de la Grèce, la banque GS, son ancienne conseillère, va spéculer sur la baisse de l’euro. Le rapport de force apparaît ici dans toute son ampleur : l’ancienne banque conseillère spécule dorénavant contre l’État grec et a tout intérêt à ce que sa situation ne s’améliore pas, pour que l’euro continue de baisser.
Au cours de l’évolution de ce rapport de force économique, les différents acteurs vont mettre en place des stratégies visant à atteindre leurs objectifs et à prendre le pas sur l’adversaire.

L’exploitation des faiblesses de l’adversaire

La première stratégie utilisée par GS a été de jouer sur les points faibles de l’État grec. Si l’équipe de GS a accepté l’affaire que lui proposait la Grèce, c’est parce qu’elle savait que cet État disposait d’un système bancaire et de statistiques de finances publiques faibles. Du reste, son économie noire florissante rendait aléatoires les rentrées d’impôts et de taxes. Par là, le géant financier pénétrait un marché où la Bourse était dépourvue de règles contraignantes et où l’État brouillait le jeu économique. Ces conditions ont permis à GS de mettre en place les instruments financiers les plus aptes à lui assurer le maximum de bénéfices. Outre cet environnement économique propice, GS a aussi joué sur la position qu’elle détenait dès le début. Dans une telle affaire, le client quémandeur n’est pas en position de force. Lorsque la Grèce a modifié les échéances de remboursement de sa créance, GS était en mesure de lui imposer des conditions plus drastiques encore qu’elles ne l’étaient au début et s’assurer, dès lors, toujours plus de bénéfices.
L’autre point faible sur lequel a pu compter GS est à la fois conjoncturelle et interne à l’Union européenne : la désorganisation d’Eurostat, l’institut européen de la statistique censé être l’arbitre attitré du respect des critères du traité de Maastricht. Le lancement de l’euro, le 1er janvier 2002, a donné à Eurostat pour mission d’harmoniser les statistiques des États membres afin de concevoir des agrégats à l’échelle européenne. Il s’agit d’indicateurs clés dans l’élaboration de la surveillance budgétaire et de la politique monétaire de la Banque centrale européenne. Mais, pris dans la tourmente d’un scandale financier interne, l’office des statistiques est, au moment de l’affaire grecque, paralysé. De fait, ses dirigeants acceptent de facto les comptes que lui présente le gouvernement grec de l’époque.

Une offensive informationnelle très bien orchestrée

Dans cette affaire, GS s’est aussi illustré comme maître de la guerre de l’information. D’une part en s’appuyant sur de fausses rumeurs et d’autres part en faisant jouer ses relais d’influence pour véhiculer des informations qui épousaient ses intérêts. Le mercredi 27 janvier 2010, le Financial Times affirme que la Chine a refusé d’acheter 25 milliards d’euros d’emprunt grec, apporté en exclusivité par l’intermédiaire de GS. C’est Gary Cohn, en personne, écrit le FT, qui aurait proposé l’affaire au Premier ministre grec. La nouvelle sème la panique. Pour les traders, Athènes est proche du gouffre puisqu’elle est obligée de solliciter la Chine en direct. Malgré le démenti immédiat d’Athènes, les investisseurs exigent immédiatement une prime de risque encore plus élevée. Pourtant, les professionnels ont vite compris que l’information était fausse. Selon un membre de la division Methodology and standard development de la Banque centrale européenne (BCE) «des opérations où un pays achète 25 milliards d’euros de dette d’un seul coup n’existent pas ». Selon lui, « si Goldman Sachs n’a pas démenti, c’est qu’elle avait intérêt à ce que la rumeur se propage ». L’intérêt en question c’est que cette nouvelle allait accréditer l’idée que la Grèce connaissait d’importantes difficultés et donc accélérer le mouvement de spéculation sur la baisse de l’euro, que GS suivait.
Outre l’instrumentalisation de fausses informations, GS s’est aussi servi de son réseau d’influence pour publier des articles qui allaient dans son sens. Dans le Financial Times du 15 février 2010, Otmar Issing, ex-membre du directoire de la Bundesbank, ancien économiste en chef de la BCE, signe un texte hostile à une opération de sauvetage européenne. Selon lui pour ne pas mettre en péril la zone euro, Athènes doit se débrouiller seule. Mais Issing signe cette tribune en omettant de préciser que, depuis 2006, il est conseiller international de GS. Au moment de la publication de l’article, le département trading de cet établissement a tout à perdre d’une intervention des Européens. Goldman joue l’euro à la baisse, et en théorie, une opération de rescousse européenne ne peut que faire rebondir l’euro.
Dans cette guerre de l’information, le rôle trouble du Financial Times mérite d’être questionné. Si parler de collusion entre les deux organismes semble exagéré, l’existence d’un partenariat officiel entre les deux organismes dans l’octroi du Business book of the year montre que GS fait figure de sponsor pour le FT. GS a donc pu s’appuyer sur cette position pour faire de ce journal un relai d’influence dans l’affaire grecque.

La contre-attaque du camp européen

Devant ces attaques spéculatives et le jeu à double face de GS, l’État grec a pu compter sur le soutien d’alliés émanant à la fois de la sphère civile et politique. En 2003, l’article de Nick Dunbar du Risk Magazine révèle  le rôle de GS dans la présentation orientée des comptes publics grecs et crée une polémique qui fait rapidement le tour du monde après que l’hebdomadaire allemand Der Spiegel reprend à son compte les assertions de Nick Dunbar en 2010. Ces révélations ont eu un écho dans la sphère politique. Fait rarissime, les politiciens ont pris parti dans cette affaire sans jamais nommer directement la banque. Angela Merkel a jugé «scandaleux» que certaines banques aient pu aider à maquiller le déficit budgétaire de la Grèce et provoquer ainsi une crise de toute la zone euro. Lors d’un colloque organisé à Londres les Premiers ministres espagnol, norvégien et britannique apportent leur soutien à leur homologue grec. Selon Thibault Renard, la Grèce a très bien su profiter de ces attaques envers Goldman Sachs pour se positionner en État-victime, manipulé par le géant financier. Dans ce concert de soutien à la Grèce, seule la Réserve fédérale, au terme d’une enquête,  estime que l’établissement n’a pas aidé Athènes à cacher l’ampleur de ses déficits.
La banque GS a été contrainte de s’expliquer. En 2010, Gerald Corrigan (président de GS Bank aux Etats-Unis) était écouté par le Parlement européen. Au cours de cet interrogatoire, Corrigan n’a reconnu que le manque de transparence dans cette affaire en affirmant qu’ « avec le recul, il est évident que les normes de transparence auraient dû être meilleures ». Pour maintenir son intégrité et sa déontologie, la banque a publié sur son site Internet un communiqué affirmant que l’impact des opérations a été minimal sur la situation budgétaire globale du pays. La dette grecque est passée de 105,3% à 103,7% du PIB, soit une faible diminution au cours de la période concernée. Concernant l’éthique, la défense de GS est simple. La Grèce a refusé la logique de la zone euro axée sur la discipline budgétaire. C’est à Athènes que revient la charge de se poser  les questions éthiques. La banque s’est contentée de jouer un rôle technique et de satisfaire un client, en l’occurrence un État dans le cadre légal que lui imposait Eurostat.
« Je fais le travail de Dieu ». À lui seul, ce propos tenu par le PDG de GS, Lloyd Blankefein, incarne la volonté de puissance de la plus grande banque d’affaire au monde. Le rôle de cette banque dans le maquillage des comptes publics de l’État grec et sa spéculation, quelques années plus tard, sur la faillite de ce pays démontre la place dont peut se targuer la finance dans le nouvel ordre mondial : une arme économique, capable de mener des attaques spéculatives sur un État. Par là, ce rapport de force est révélateur de  la complexification des conflits que Nicolas Mazzucchi évoque dans son chapitre Compétition et adversité, du Manuel d’intelligence économique. La conflictualité mondiale n’est en effet plus seulement interétatique ni concurrentielle mais peut aussi opposer des acteurs aux visages différents, comme le montre ce rapport de force « politico-financier » confrontant un pouvoir politique à un pouvoir financier.
La crise grecque s’est révélé une manne pour GS. La banque a empoché des commissions tirées de l’aide apportée au gouvernement grec. Elle a spéculé sur les difficultés de la Grèce et contre l’euro. Elle semble donc avoir gagné sur tous les tableaux. Cependant, la polémique révélée par Risk Magazine et relayée par Der Spiegel a pris de l’ampleur dans le monde entier. Devant la menace de voir sa réputation entamée, la banque a été contrainte de s’expliquer. Du reste, si la polémique semblait éteinte, l’élection, en 2015 du gouvernement Tsipras a relancé l’affaire. Le Premier ministre grec a en effet affirmé que l’État grec pourrait poursuivre GS pour récupérer la commission colossale de 600 millions d’euros que le gouvernement avait payés à la banque pour ses services.
Toutefois, devant les immenses bénéfices que l’affaire grecque a représentés pour GS, une victoire de la Grèce à ce procès- qui n’est pour l’instant qu’un projet- ne pourrait en aucun cas rééquilibrer un rapport de force qui fut largement remporté par GS. Rappelons à ce sujet que le chiffre d’affaire de 2014 de la banque qui s’élevait à 40,085 milliards de dollars (avec un bénéfice net de 8,48 milliards en hausse de 10,1% par rapport à 2013) confirme que « la Firme » n’a que peu à craindre de la retombée d’un éventuel procès qui relancerait l’affaire grecque.

Christopher Quagliozzi (Infoguerre, 20 mai 2016)

12/06/2016

Comment reconstruire les économies nationales en Europe ?...

Vous pouvez découvrir ci-dessous l'allocution prononcée par Hervé Juvin au colloque organisé par la Fondation pour une Europe des Nations et des Libertés, le 14 mai 2016 à Paris. Hervé Juvin intervenait sur le thème "Comment reconstruire les économies nationales en Europe ?"...

 

30/05/2016

Vers un crash économique mondial ?...

Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Guillaume Faye, cueilli sur son site J'ai tout compris et consacré à la menace d'un nouvel effondrement des marchés financiers qui pèse sur les économies mondiales...

 

 

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Vers un crash économique mondial ?

Les économistes classiques distinguent deux niveaux de crise : la récession et la dépression, la première étant passagère (une grippe), la seconde étant plus grave (une pneumonie), comme la crise de 1929. Il existe un troisième niveau, jamais envisagé, à tort, par les économistes officiels : le crash, comparable à un cancer. Mortel. Le dernier en date eut lieu au début du Ve siècle avec l’effondrement de l’Empire romain d’Occident. Il aura fallu près de mille ans pour s’en remettre.

Voici quels sont les facteurs de déclenchement possibles de l’ apocalypse économique.

1. Un mécanisme spéculatif international fondé sur des robots numériques et déconnecté de l’économie réelle.

Le spéculateur va du fonds de pension au petit épargnant en passant par les banques et autres institutions financières, avec aussi les fonds souverains et les important investisseurs privés. Les bourses ne dépendent plus des ordres concrets des détenteurs d’actions mais les ordres d’achats et de ventes, instantanés, sont définis par des algorithmes informatiques, simplement contrôlés, mais non décidés intelligemment, par des ”financiers” rivés à leurs écrans. Ce sont les milliers de robots interconnectés qui décident de vendre, d’acheter, d’emprunter, de prêter. De gigantesques flux d’argent, hors contrôle et totalement virtuels innervent la planète à une vitesse et avec une instantanéité phénoménales. Cela n’a aucun rapport avec l’économie réelle et peut créer des bulles explosives. Le terme d’ « économie de casino », créé par le prix Nobel d’économie Maurice Allais s’applique aujourd’hui bien plus que de son temps.

2. Un système bancaire international opaque et adepte de pratiques dangereuses.

Blanchiment d’argent sale, aide aux fraudes fiscales, prêts pourris… La prudence et l’honnêteté de beaucoup de banques (pas toutes évidemment !) dans tous les pays du monde peuvent être mises en cause. Il en va de même pour les compagnies d’assurance. Les banques des deux premières économies mondiales (États–Unis et Chine) sont particulièrement adeptes de créances douteuses et de pratiques risquées et opaques. L’absence de réorganisation du système bancaire international après l’alerte de 2008–2009 est inquiétante parce que le niveau des créances et d’opérations dangereuses ne cesse d’augmenter.

3. Un endettement structurel de tous les acteurs économiques mondiaux, publics et privés.

La dette, comme un virus, est au cœur du fonctionnement de l’économie internationale : endettement croissant des États, des entreprises et des particuliers. Cette situation, jamais vue auparavant, est intenable à moyen terme. Si tout le monde emprunte plus qu’il ne peut rembourser, le système s’effondre. Parce que l’ensemble de l’économie mondiale dépense plus qu’il ne produit. Si l’État français est endetté à hauteur de presque 100% du PIB, en hausse constante, l’État chinois l’est à 230% du PIB contre 130% en 2008. Les chemins de fer chinois (China Railway Corp) sont endettés à hauteur de 557 milliards d’euros, plus que la Grèce (311 milliards) !

Pour l’instant, tout tourne mais ça ne durera pas. De plus, le vieillissement des populations occidentales, de la Chine et du Japon va considérablement alourdir la dette globale, du fait des dépenses de santé et de dépendance, si des économies drastiques ne sont pas accomplies par ailleurs par les États. (étude de S&P Global Ratings, mai 2016). L’éclatement de la bulle d’endettement mondial peut provoquer un ”effondrement systémique” : faute de pouvoir être remboursées, la plupart des institutions financières mondiales font faillite. Et entraînent dans leur chute une majorité des acteurs économiques qui sont totalement liés les uns aux autres. C’est le fameux effet domino.

4. Une Union européenne plombée par la France socialiste, homme malade de l’Europe.

Contrairement à ce que prétendent certains (au FN, etc.), ce n’est pas l’Union Européenne, aussi imparfaite soit-elle, qui plombe l’économie française mais le système socio-économique français, d’inspiration marxiste, qui se plombe lui-même… et qui menace toute la zone Euro. Pour l’économiste Nicolas Baverez, la France risque l’ « implosion » et peut entraîner dans sa chute la zone Euro, ce qui provoquerait une récession mondiale. « Le grand écart entre les deux principales économies de la zone euro (France et Allemagne) est insoutenable à terme ». Les dirigeants français ont toujours « refusé toute réforme d’un modèle économique et social suicidaire ». Si la droite revient au pouvoir en 2017, il est très peu probable qu’elle ait le courage d’accomplir un tournant majeur, en dépit des promesses de chevaux de retour candidats à la primaire. On les connaît…
De plus, indépendamment du cas français, l’UE est menacée de dislocation du fait d’autres causes structurelles : elle constitue un ensemble mal organisé, économiquement et financièrement mal géré, sans frontières, sans politique commerciale extérieure. La France entraînera d’autant plus facilement l’Europe dans son naufrage que cette dernière est déjà un navire qui prend l’eau.

5. Les migrations massives et le choc avec l’islam.

Ces deux facteurs, qui menacent l’Europe (surtout) et l’Amérique du Nord, sont lourds de conséquences économiques. Une colonisation de peuplement par des populations en grande majorité musulmanes et globalement (qu’ils soient migrants récents ou nés ici) d’un niveau très inférieur aux populations autochtones en déclin démographique dramatique, va être la source d’énormes troubles. Ils s’ajouteront aux causes ethniques et démographiques d’un effondrement économique global et prendront probablement la forme d’une guerre civile, d’abord en France. Cette dernière sera un facteur d’accélération d’un crash économique qui affectera toute l’Europe et, par effet de dominos, le monde entier.

Quelques signes avant–coureurs de l’effondrement

Tout d’abord le cours de l’or explose : +18% depuis le 1er janvier 2016. C’est une valeur refuge, un placement improductif. 1.290 tonnes d’or ont été négociées depuis cette date, soit 25% de plus qu’en 2015.Chiffre énorme. Le repli sur l’or est de très mauvais augure, il traduit un pessimisme profond, l’attente d’une catastrophe économique.

Ensuite, sur la côte Ouest américaine, paradis des start–up et de l’économie numérique, les investissements ont chuté de 25% au premier trimestre 2016. La Silicon Valley, temple et thermomètre de la ”nouvelle économie”, est en grande difficulté financière. C’est la première fois depuis sa création, voici trente ans. Enfin, les fonds financiers européens et américains ont, depuis quelques mois, retiré 90 milliards de dollars des marchés des actions pour les reporter sur… l’achat d’or. N’oublions pas non plus l’inquiétante récession du Brésil : un PIB en chute de 3,8% en 2015 et probablement autant en 2016 selon le FMI.

L’optimisme forcé, assez irrationnel, sur la ”nouvelle économie numérique”, avec le big data, la blockchain, l’impression 3D, le ”transhumanisme”, etc. qui préfigureraient une ”troisième révolution industrielle” et un nouveau paradigme (et paradis) économique mondial, relève probablement de l’utopie et de l’auto persuasion. Et de la croyance aux miracles.

Les conséquences d’un crash économique mondial

En Europe, un effondrement du niveau de vie d’environ 50% est parfaitement possible, avec le retour de nombreux pays à une économie de subsistance, à la suite d’un déclin géant de tous les échanges et investissements. Certains diront que tout cela sera positif en créant un terrible chaos qui remettra les pendules à l’heure et provoquera par contrecoup un effet révolutionnaire de renaissance.

Un tel crash pourrait peut-être stopper et inverser les flux migratoires en Europe. On ne sait pas, nous verrons bien. On ne peut pas prévoir les conséquences exactes d’événements qui, eux pourtant, sont prévisibles. Il faut simplement se préparer au pire qui peut aussi être le meilleur.

Guillaume Faye (J'ai tout compris, 23 mai 2016)

 

 

07/05/2016

Sur la guerre économique...

Vous pouvez découvrir ci-dessous un entretien du Cercle Henri Lagrange avec Christian Harbulot, réalisé en avril 2016 et consacré à la question de la guerre économique. Directeur de l'Ecole de guerre économique et spécialiste de l'intelligence économique, dont il a été un des introducteurs en France, Christian Harbulot a récemment publié Sabordage - Comment la France détruit sa puissance (François Bourin, 2014) et Fabricants d'intox - La guerre mondialisée des propagandes (Lemieux, 2016) et a également coordonné l'ouvrage collectif Les chemins de la puissance (Tatamis, 2007).