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Entretiens

  • Alain de Benoist : à la recherche du berceau des Indo-Européens...

    Nous reproduisons ci-dessous un entretien donné par Alain de Benoist à la revue Eléments à l'occasion de la publication de son essai Indo-européens - À la recherche du foyer d’origine (Krisis/La Nouvelle Librairie, 2026).

     

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    Alain de Benoist : à la recherche du berceau des Indo-Européens

    ÉLÉMENTS : Qu’est-ce que la connaissance des Indo-Européens peut faire pour nous aider à traverser notre crise de civilisation ?

    ALAIN DE BENOIST. Je ne suis pas sûr de pouvoir bien répondre à votre question, car ce n’est sans doute pas avec des connaissances, quelles qu’elles soient, que l’on parviendra à surmonter la crise généralisée à laquelle nous sommes aujourd’hui confrontés. Néanmoins, on peut rappeler que l’avenir se nourrit toujours du passé : ceux qui ne savent pas (ou ne veulent pas savoir) d’où ils viennent sont incapables de comprendre où ils vont. L’étude des Indo-Européens nous montre que notre civilisation existe depuis au moins 5 000 ans, dont 3 000 ans correspondent à la proto-histoire et à l’Antiquité. La prise en compte du fait indo-européen installe donc d’emblée notre civilisation dans la longue durée, une durée beaucoup plus longue que ne se l’imaginent ceux qui la font commencer avec le christianisme, l’apparition de l’État-nation ou la révolution des droits de l’homme ! Si nous devons rechercher les « racines » de la civilisation européenne, c’est vers les Indo-Européens – les Grecs et les Romains, les Celtes et les Germains, les Baltes et les Slaves, les Indo-Iraniens et les Indo-Aryens, pour ne citer qu’eux – que l’on doit se tourner.

    ÉLÉMENTS : Vous retracez la quête du foyer indo-européen. Est-il désormais identifié ? Vous évoquez la question hyperboréenne : a-t-elle été totalement discréditée ?

    Mon livre n’est pas un ouvrage de plus sur les Indo-Européens. C’est un ouvrage qui retrace, chronologiquement parlant, l’histoire des études indo-européennes qui, depuis au moins deux siècles, ont d’abord démontré la parenté et l’origine commune des langues indo-européennes, avant de s’interroger sur le foyer où se serait déroulée l’ethnogenèse des Indo-Européens à partir d’un substrat proto-indo-européen (PIE). Les hypothèses n’ont pas manqué, mais avec le temps les plus improbables (ou les plus extravagantes) ont été éliminées. À la fin du siècle dernier, le débat s’est circonscrit entre deux théories : d’une part, la théorie anatolienne, qui identifiait les premiers Indo-Européens avec les agriculteurs du néolithique, et celle qui plaçait leur dernier foyer commun dans les steppes pontiques proches de la mer Noire, au sud de l’Ukraine et de la Russie actuelles, plus précisément dans la culture des kourganes créée par des peuples que l’on appelle aujourd’hui Yamnaya ou Yamna, qui semble apparaître vers 3300 avant notre ère. La théorie anatolienne n’a pas résisté aux critiques de toutes sortes qui lui ont été opposées, ce dont leur principal exposant, Colin Renfrew, a fini lui-même par convenir. Reste donc, pour l’essentiel, la culture Yamna. Mais bien sûr, ce noyau de certitude n’a fait que renouveler les discussions portant, par exemple, sur la date à laquelle les différentes langues se sont différenciées de la langue commune, sur les relations entre leurs différents locuteurs, sur les différents « foyers communs » qui ont pu précéder la culture des kourganes, et bien d’autres choses encore qui restent à découvrir.

    Il n’y a jamais eu à proprement parler d’hypothèse « hyperboréenne ». Les Hyperboréens sont un peuple mythique de l’Antiquité dont on trouve la première mention au VIIIe siècle avant notre ère, dans Les Épigones (une épopée perdue rattachée au Cycle thébain) et chez Hésiode. Il est plus que probable que ces Hyperboréens, dont le nom signifie qu’ils habitaient aux confins septentrionaux du monde habité (« par-delà Borée », le vent du nord), aient été des Indo-Européens, mais les éléments dont on dispose ne permettent guère de les localiser. On notera que, dans la religion grecque, le dieu Apollon fut transporté par des cygnes de l’île de Délos, son lieu de naissance, jusque « chez les Hyperboréens ».

    On a en revanche quelques raisons de penser qu’une partie au moins des premiers Indo-Européens ont vécu quelque temps dans des régions circumpolaires, proches de la Baltique, qu’ils durent abandonner suite à une catastrophe « cosmique » de grande ampleur (dont le récit germanique du Ragnarök conserve peut-être le souvenir). En témoignent, dans les strates les plus archaïques de la mythologie indo-européenne, diverses considérations relatives au « symbolisme cosmique » que l’on retrouve dans le monde celtique, ainsi qu’en Inde et en Iran.

    ÉLÉMENTS : Quels sont les fondamentaux anthropologiques des Indo-Européens qui semblent définitivement acceptés par la recherche ?

    C’est un domaine sur lequel, jusqu’à ces dernières décennies, on ne disposait guère que des témoignages des auteurs anciens et des descriptions figurant dans des textes écrits eux-mêmes à des dates très anciennes, comme l’Iliade et l’Odyssée. Depuis dix ans, l’essor rapide de la paléogénétique a complètement modifié la situation. Il n’y a pas de « race indo-européenne », contrairement à ce que l’on a pu croire autrefois, mais les Indo-Européens avaient bien sûr des caractéristiques ethniques, comme en ont tous les peuples de la Terre. Ils étaient de race blanche, tout comme le sont aussi les rares peuples européens qui ne parlent pas une langue indo-européenne (Basques, Hongrois, Finlandais et certains habitants du Caucase). Mélangé à d’autres apports, le type nordique semble avoir été prédominant, au moins chez certains d’entre eux.

    ÉLÉMENTS : Qu’est-ce que la mythologie comparée ou la linguistique peuvent nous dire sur la recherche du foyer commun ?

    La linguistique a joué le rôle essentiel : il ne faut jamais oublier que le fait indo-européen est avant tout un fait linguistique, et que la majorité des indo-européanisants sont aujourd’hui des linguistes. C’est elle qui a permis d’établir que la plupart des langues aujourd’hui parlées en Europe et au-delà, de l’Islande au subcontinent indien, dérivent d’une proto-langue commune, dont la comparaison systématique a permis de restituer le vocabulaire, la phonologie, la morphologie, la syntaxe, ainsi que la phylogénie. Le principe de base en est que tout fait linguistique commun à plusieurs langues indo-européennes qui ne peut être identifié à un emprunt peut légitimement être tenu pour hérité de l’indo-européen commun.

    La mythologie comparée, quant à elle, a permis d’établir la parenté fonctionnelle des principaux dieux des panthéons indo-européens, mais aussi l’origine commune de quantité de cultes et de rituels, d’éléments du formulaire poétique, de motifs essentiels des grandes épopées, etc. Tout cela représente une littérature considérable, dont rendent compte régulièrement les revues spécialisées et dont je présente les principaux acquis dans mon livre.

    ÉLÉMENTS : Peut-on dire que la « Weltanschauung » de la Nouvelle Droite a été influencée par les études indo-européennes ?

    Influencer serait beaucoup dire, mais dans la mesure où la Nouvelle Droite a toujours porté un vif intérêt à l’histoire des origines des différentes cultures européennes, les acquis des études indo-européennes y ont tout naturellement trouvé leur place. C’est ce qui explique que nous ayons aussi souvent attiré l’attention sur les travaux des grands indo-européanisants, à commencer par Émile Benveniste (sur le vocabulaire des Indo-Européens), Georges Dumézil (sur la tripartition fonctionnelle) ou Jean Haudry (sur la « religion cosmique » des Indo-Européens).

    ÉLÉMENTS : Quelles pistes de recherche aimeriez-vous voir explorées dans l’avenir concernant les Indo-Européens ?

    Parmi les innombrables questions qui se posent, celle des origines exactes de la culture de la céramique cordée (Schnurkeramik, Corded Ware), qui apparaît au IIIe millénaire avant notre ère, reste à éclaircir. Là encore, deux thèses sont en présence : l’une fait de cette culture une « descendante » de la culture steppique Yamna, qui serait remontée vers le nord après s’en être détachée, l’autre allègue plutôt un développement parallèle des deux cultures à partir d’un foyer commun antérieur à la culture des kourganes, foyer qui pourrait se situer lui aussi aux alentours de la Baltique. Le fait que l’haplotype R1a, caractéristique des Cordés, soit antérieur à l’haplotype R1b, dominant chez les Yamna, semble plaider en faveur de la seconde hypothèse, mais l’échantillonnage des sépultures, c’est-à-dire le nombre de restes humains provenant de la culture cordée dont on a pu déchiffrer l’ADN, est encore trop faible pour qu’on puisse conclure définitivement.

    Alain de Benoist, propos recueillis par Gabriel Piniès (Site de la revue Eléments, 12 octobre 2026)

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  • Laurent Obertone : « Les Français se sont habitués à cet état de barbarie ! »...

    Vous pouvez découvrir ci-dessous un entretien donné par Laurent Obertone à Frontières pour évoquer son dernier livre La France Demolition Man (Magnus, 2026).

    Journaliste, Laurent Obertone est l'auteur de trois enquêtes essentielles, La France Orange mécanique (Ring, 2013), La France Big Brother (Ring, 2015) et La France interdite (Ring, 2018), qui ont contribué à fissurer l'édifice du politiquement correct, puis d'essais comme Game over - La révolution antipolitique (Magnus, 2022), Raisonnablement sexiste (Magnus, 2023), ou Guerre - Le combat dont vous êtes enfin le héros (Magnus, 2024).

     

                                                  

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  • Guerre, rupture logistique, prix de l’énergie : le local nous sauvera !...

    Vous pouvez découvrir ci-dessous un entretien donné par Hervé Juvin à Clémence Houdiakova sur Tocsin et consacré au nécessaire retour au localisme pour faire face aux crises de la mondialisation...

    Économiste de formation et ancien député européen, Hervé Juvin est notamment l'auteur de deux essais essentiels, Le renversement du monde (Gallimard, 2010) et La grande séparation - Pour une écologie des civilisations (Gallimard, 2013) et d'un manifeste localiste intitulé Chez nous ! - Pour en finir avec une économie totalitaire (La Nouvelle Librairie, 2022).

     

                                                

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  • La marche de l’AfD vers le pouvoir...

    Vous pouvez découvrir ci-dessous un entretien donné par Benedikt Kaiser à Polémia et consacré à la montée en puissance de l'AfD.

    Benedikt Kaiser, né en 1987, est une des figures de la Nouvelle Droite allemande. Collaborateur de plusieurs revues ou magazines comme Sezession, Freilich ou Éléments en France, Kaiser est aussi l’auteur de plusieurs ouvrages consacrés à la stratégie politique, à la politique sociale ou encore à l’actualité politique allemande, dont l'un vient d'être traduit en français sous le titre de Vers l'hégémonie - Le combat métapolitique vu d'Allemagne (La Nouvelle Librairie/Institut Iliade, 2026).

     

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    La marche de l’AfD vers le pouvoir – Entretien avec Benedikt Kaiser

    Polémia : Du point de vue français, l’ascension rapide de l’AfD aux élections régionales et dans les sondages pour les élections fédérales est impressionnante. Comment expliquez-vous cela ?

    Benedikt Kaiser : Les résultats des partis traditionnels — des Verts au SPD, en passant par la CDU et la CSU — ont été catastrophiques ces dernières années. Et ils le sont toujours. La frustration gagne donc des couches toujours plus larges de la population. À cela s’ajoute un profond malaise face à la situation économique : la peur du déclassement augmente. Dans le même temps, la crise migratoire n’est pas résolue et les prix de l’énergie s’envolent, entre autres problèmes. Dans ce contexte, l’AfD apparaît à un nombre croissant d’électeurs, notamment à d’anciens abstentionnistes, comme la seule force qui ne porte aucune responsabilité dans ce grand malaise, puisqu’elle n’a encore jamais gouverné. Autrement dit, beaucoup d’électeurs savent déjà que les anciens partis ne sont pas capables de gouverner correctement. Avec l’AfD, ils espèrent au moins que les choses pourront être différentes !

    Polémia : Comment l’AfD est-elle organisée ? Centraliste ? Fédéraliste ? Y a-t-il une certaine subsidiarité dans son fonctionnement ou non ?

    Benedikt Kaiser : L’AfD est un parti où la démocratie de base est réellement vécue. Même si elle se professionnalise et se modernise de plus en plus, elle conserve ce réflexe très fort de ne vouloir se laisser dicter sa conduite par personne — pas même par ses propres dirigeants, très souvent ! Au fond, l’Allemand moyen, contrairement à beaucoup de Français, est très attaché au fédéralisme. Cela vaut aussi pour l’AfD : les fédérations régionales des Länder jouent un rôle important et il n’existe pas, à Berlin, de direction centrale autoritaire.

    Polémia : Quels sont les efforts déployés pour recruter et former des dirigeants et des militants ?

    Benedikt Kaiser : Au niveau fédéral, on commence progressivement à mettre en place des structures de formation et à mieux former les jeunes cadres de la relève. Il était grand temps ! Certaines fédérations régionales — fédéralisme oblige ! — ont joué un rôle d’avant-garde, par exemple en Thuringe. L’Est impulse les dynamiques, l’Ouest suit. Mais, dans l’ensemble de l’Allemagne, il reste encore beaucoup à faire en matière de recrutement, de formation initiale et de formation continue.

    Polémia : Comment fonctionne le mouvement de jeunesse de l’AfD ? Est-il dynamique ? N’expose-t-il pas trop l’AfD aux rigueurs du politiquement correct et à la surveillance des « services » ?

    Benedikt Kaiser : L’organisation de jeunesse de l’AfD, Generation Deutschland (GD), est nouvelle. L’ancienne organisation de jeunesse, la Junge Alternative (JA), a été dissoute. La répression des services de renseignement est réelle, la terreur antifasciste est réelle, tout comme la pression venant de l’intérieur même du parti (notamment de ses courants libéraux). Et pourtant, je pense que la GD est sur la bonne voie pour former, de manière dynamique et professionnelle, l’AfD de demain. Mais il faut encore aller plus loin. Dans la frange « plus âgée » du populisme de droite allemand, l’idée pourtant élémentaire qu’il faut un soubassement métapolitique et qu’il faut élaborer une vision du monde suffisamment sensée, cohérente et consistante n’est pas encore réellement admise par tous. À mes yeux, c’est l’un des principaux problèmes. Je constate davantage de progrès chez les jeunes. Ils doivent apprendre à articuler de manière constructive métapolitique et Realpolitik. Si les piliers que sont les valeurs, le savoir et la vision du monde font défaut, un responsable politique peut certes se montrer flexible dans la gestion quotidienne, mais il tend alors — comme le montrent tant de partis de droite en Europe ! — à verser trop souvent dans l’opportunisme et l’inconsistance.

    Polémia : Quel rôle joue le terme de remigration dans le discours et le programme de l’AfD ? Mobilise-t-il ? Inquiète-t-il ?

    Benedikt Kaiser : Le terme suscite beaucoup d’irritation et constitue, au sens de Chantal Mouffe, un « signifiant vide ». Autrement dit, des acteurs différents y projettent des contenus différents. La « remigration » peut désigner beaucoup de choses : l’expulsion des seuls immigrés clandestins ; ou également celle des salafistes et des criminels ; ou davantage encore. Le terme reste ouvert — et, pour l’AfD, c’est souvent un avantage. Chaque électeur peut y mettre ce qu’il attend précisément d’un responsable de l’AfD lorsqu’il parle de remigration. En moyenne (!), l’AfD est néanmoins devenue aujourd’hui nettement plus modérée sur cette question que son propre électorat. Les exceptions confirment la règle.

    Polémia : L’AfD est régulièrement exposée à des campagnes de diabolisation. Comment y fait-elle face ? Affrontement ? Contournement ? Dédiabolisation ? Contre-diabolisation ? Y a-t-il des différences de traitement entre l’Est et l’Ouest ?

    Benedikt Kaiser : L’AfD est diffamée depuis le premier jour de son existence, en 2013. Elle a toujours été présentée comme une force « d’extrême droite », alors même qu’elle était à l’origine libérale sur le plan économique et eurosceptique. Les réactions au sein de l’AfD sont diverses. Une partie du parti cherche à s’adapter afin d’apaiser les services de renseignement et les antifascistes de tous les partis. Elle prend ses distances avec ses propres compagnons de route, avec des thèmes comme la « remigration » ou encore avec le Vorfeld. Mais tout cela ne sert à rien. Un autre camp, au sein de l’AfD, adopte une attitude beaucoup plus assurée : il ne se laisse pas impressionner par ce que les services de renseignement et les antifascistes affirment dans la politique et les médias, par ce qu’ils inventent ou entreprennent. C’est cette partie de l’AfD qui réussit. On la trouve principalement — mais pas uniquement ! — en Allemagne de l’Est. L’Allemagne de l’Est est plus anticonformiste, plus disposée au changement, plus patriotique, plus courageuse — tout simplement différente. Cela s’explique par des facteurs culturels, historiques et psychologiques liés aux trajectoires divergentes de l’Ouest et de l’Est depuis 1945.

    Polémia : Considérez-vous que la droite en Allemagne a conquis une certaine forme d’hégémonie et que celle-ci sert l’AfD ?

    Benedikt Kaiser : On peut diagnostiquer une hégémonie culturelle et politique relative de la droite, au moins dans certaines parties de l’Allemagne de l’Est. Mais tout cela reste encore très précaire et superficiel. Il reste énormément à faire, même si la possibilité existe. On observe également de premiers progrès dans les zones rurales de l’Allemagne de l’Ouest. Mais tout cela prend du temps. Il faut beaucoup de patience et de nombreux projets couronnés de succès, capables à leur tour de servir de modèles à d’autres villes et régions. Trop souvent, cependant, les populistes de droite présents dans les parlements ne comprennent pas ce que signifie le travail hégémonique. Ils s’enferment dans le « contre » au lieu de construire le « pour quoi ».

    Polémia : Quel est le rôle du Vorfeld et, de manière générale, de la bataille culturelle et politique dans cette montée de l’AfD ?

    Benedikt Kaiser : C’est une question dont on pourrait discuter pendant des heures. Je vais essayer de faire bref. Chez Jungeuropa Verlag — qui constitue le cœur de la « Nouvelle Droite » originelle en Allemagne —, nous partons de l’idée que toute progression des orientations patriotiques dans la lutte pour l’hégémonie suppose d’abord une interaction efficace et professionnelle entre un parti électoral patriotique et son Vorfeld extraparlementaire. Ce Vorfeld doit, dans chaque domaine, précéder le parti électoral et agir là où s’opère la formation quotidienne, consciente mais souvent aussi inconsciente, des citoyens : dans les associations, les initiatives citoyennes, les journaux, le sport, les réseaux sociaux, etc.

    Dans ce schéma de la « mosaïque de droite », le Vorfeld de l’AfD constitue son espace de protection, de soutien et de recrutement. Il faut y ranger les organisations, associations et regroupements qui se sentent idéologiquement proches d’un parti donné. Les acteurs du Vorfeld n’ont nullement besoin d’être membres du parti pour contribuer à élargir son espace de résonance. Les pièces de la mosaïque sont disposées les unes à côté des autres, et non les unes au-dessus des autres. Mais, au moyen de projets exemplaires menés en commun et de situations de coopération, on peut élaborer une compréhension théorique commune de certaines approches, puis les mettre à l’épreuve dans la pratique. Adapté à notre situation, cela signifie que la « Realpolitik » (c’est-à-dire la politique parlementaire) et la « métapolitique » (c’est-à-dire la politique des idées, jusqu’à la politique sociale au sens large, le champ de la lutte pour l’hégémonie) doivent considérer cette tâche comme une entreprise commune menée sur des terrains d’action différents. Il faut se connaître, se comprendre et, lorsque c’est possible, se faire confiance. C’est ainsi qu’une « mosaïque » de travail peut coopérer de façon constructive sur le long terme.

    L’AfD récolte ce que d’autres ont semé dans l’espace extraparlementaire. Mais elle récolte aussi parce que son adversaire politique a commis presque toutes les erreurs qu’il pouvait commettre. Et, dans de nombreux endroits, elle dispose elle-même de bonnes forces qui contribuent également à garantir son ascension. Bref, il s’agit d’un ensemble de facteurs. Le Vorfeld n’est pas, à lui seul, responsable de la montée de l’AfD. Mais, sans Vorfeld, cette progression serait plus limitée et seulement temporaire.

    Polémia : Comment votre livre a-t-il été accueilli par le parti AfD et par ses opposants ? En quoi est-il utile pour les Français de lire sa traduction proposée par l’Institut Iliade aux éditions de la Nouvelle Librairie ?

    Benedikt Kaiser : Le livre a été accueilli de manière très contrastée au sein de l’AfD. Des responsables politiques comme Björn Höcke et Christoph Berndt, qui dirigent respectivement l’AfD en Thuringe et dans le Brandebourg, l’ont recommandé comme le livre politique du moment. D’autres figures importantes de l’AfD le considèrent d’un œil critique, parce qu’elles craignent que la critique du libéralisme formulée dans le Vorfeld de l’AfD ne rende la CDU encore plus hostile au parti — alors qu’elle l’est de toute façon depuis longtemps. Nous sommes très satisfaits des ventes : plusieurs milliers d’exemplaires ont été écoulés, ce qui est déjà considérable, pour nous, s’agissant d’un ouvrage de théorie politique. Cela tient aussi au fait que mon livre, et ma personne, ont suscité une grande attention dans les médias dominants, du Financial Times jusqu’à Die Zeit, le plus grand hebdomadaire de la République fédérale. En Allemagne, toutefois, le camp de droite est traversé par de nombreuses démarcations internes. C’est pourquoi mon livre a fait l’objet de nombreuses recensions dans des journaux et revues de gauche libérale, voire d’extrême gauche, mais presque aucune dans les médias libéraux-conservateurs et de centre droit. Cela paraîtra certainement choquant et absurde aux Français ; à nous aussi, d’ailleurs, mais nous nous y sommes habitués.

    Les lecteurs français pourront, grâce à ce livre, mieux comprendre la situation allemande, celle des conservateurs, de la « Nouvelle Droite », mais aussi celle des forces de gauche qui perdent aujourd’hui, peu à peu, leur hégémonie. Au-delà de l’histoire et de l’actualité allemandes que j’y traite, des lecteurs non allemands peuvent en tirer des enseignements essentiels. Car mon « gramscisme de droite » n’est pas une lubie intellectuelle, mais est très orienté vers la pratique. Il peut donc être appliqué tout aussi bien à la France, à la Belgique ou à d’autres pays ! Enfin, dans quelques années, l’AfD gouvernera la République fédérale d’Allemagne. Il pourrait être intéressant, pour les patriotes français, de comprendre dès maintenant — avant les médias dominants — pour quelles raisons l’AfD et son Vorfeld progressent vers l’hégémonie !

    Benedikt Kaiser (Polémia, 6 octobre 2026)

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  • Remigration : le recours à la force inéluctable ?...

    Le 30 septembre 2026, Pierre Bergerault recevait, sur TV libertés, Jean-Yves Le Gallou pour évoquer avec lui le sommet sur la remigration qu'il organise à Paris le 31 octobre 2026.

     

                                              

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  • Clausewitz : penser la guerre moderne...

    Vous pouvez découvrir ci-dessous un échange entre Ego Non et Laurent Schang autour de la pensée de Clausewitz sur la guerre...

    Écrivain, chroniqueur et éditeur militaire, Laurent Schang a à son actif plusieurs récits et recueils de nouvelles, comme Le constat d'Occident (Alexipharmaque, 2007), Kriegspiel 2014 (Le Mort-qui-Trompe, 2009) ou Le bras droit du monde libre (Alexipharmaque, 2019), et des biographies comme Maître Morihei Ueshiba (Pygmalion, 2004), Von Rundstedt - Le maréchal oublié (Perrin, 2020) ou Carl von Clausewitz - Soldat, réformateur, stratégiste (La Nouvelle Librairie/Institut Iliade, 2025).

     

                                               

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