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07/04/2018

« La zombification est un phénomène de dérèglement de l’instinct de conservation »...

Nous reproduisons ci-dessous un entretien donné par Lucien Cerise à la revue Rébellion consacré au phénomène de la "zombification" de la société occidentale. Penseur indépendant et non-conformiste, Lucien Cerise a publié Gouverner par le chaos (Max Milo, 2010), Oliganarchy (Le Retour aux Sources, 2013, Neuro-pirates - Réflexions sur l'ingénierie sociale (Kontre Kulture, 2016) et, dernièrement, Retour sur Maïdan - La guerre hybride de l'OTAN (Le Retour aux sources, 2017).

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Entretien avec Lucien Cerise : « La zombification est un phénomène de dérèglement de l’instinct de conservation ».

Qui sont les zombies que tu évoques dans ta future conférence ?

À l’origine, dans le vaudou, le zombie est un mort réanimé par un sorcier pour en faire son esclave. C’est un pantin sous contrôle et corvéable à merci, une sorte de golem. Dans l’imaginaire audio-visuel contemporain (cinéma, jeux vidéo), le zombie n’est pas forcément sous contrôle et se caractérise plutôt par sa sauvagerie anarchique sans bornes. Dans les deux cas, le zombie représente le dépassement de l’instinct de conservation. Comme il est déjà mort, il ne craint plus la mort, on peut donc lui faire faire n’importe quoi, il ne dira jamais « non » et il produira docilement tous les comportements destructeurs et autodestructeurs qui lui seront dictés. Par métaphore, les zombies que j’évoque sont ces individus irrationnels et impulsifs qui obéissent aveuglement à une loi autre que celle de leur intérêt bien compris. Ils vivent autour de nous mais ils ne voient plus les choses comme elles sont et agissent sous l’emprise de conditionnements et d’automatismes qui ressemblent à des programmes d’ordinateurs incapables de se corriger, répétant les mêmes erreurs en boucle. Le zombie est donc l’homme de la masse décrit par la psychologie des foules de Gustave Le Bon, c’est-à-dire le fanatique, l’obsessionnel, le sectaire ou le « radicalisé », terme à la mode. On le trouve dans tous les milieux sans exception, non seulement chez les adeptes des religions, mais aussi chez les non croyants. Sur le fond, il n’y a guère de différences entre les consommateurs qui se battent dans un supermarché pour des pots de Nutella en soldes et les croyants millénaristes de toutes obédiences qui se délectent à l’idée que leur messie arrivera dans un déchaînement de violence matérielle signant la fin des temps. Quand ces deux sortes de « zombies » agissent en synergie, comme c’est le cas à notre époque, on peut dire qu’ils nous rapprochent effectivement de l’apocalypse, par effet de prophétie auto-réalisatrice.

L’aliénation zombifiante du système se prépare et s’exprime comment pour toi ?

La zombification est un phénomène de dérèglement de l’instinct de conservation. Quand ce dérèglement est provoqué méthodiquement chez autrui, on peut parler d’une ingénierie sociale négative. Un symptôme de cette aliénation zombifiante est la simplification de l’esprit dans deux tonalités primitives du cerveau reptilien, le sexe et la peur, ce qui peut se traduire de deux façons : le consumérisme et le militarisme (au-delà du militantisme). Aujourd’hui, le consumérisme n’a pas disparu mais il est un peu relégué derrière un conditionnement de masse pour nous préparer à la guerre. Après avoir fabriqué des consommateurs morts-vivants pendant des décennies, le système reprend aujourd’hui une tournure militarisée, mais non conventionnelle, adaptée aux méthodes de la guerre hybride. Il ne s’agit plus de former des troupes régulières mais de militariser les civils et l’opinion publique par l’ingénierie sociale : formater des comportements agressifs ou déprimés en faisant monter la méfiance ou l’indifférence vis-à-vis de telle ou telle cible. Par exemple, prononcer le nom « Poutine » doit déclencher automatiquement un réflexe conditionné d’agressivité par association avec les éléments de langage « bolchévique » ou « homophobe », selon le segment de public visé, afin de faire monter la méfiance et faire aboyer les chiens, ou encore par la diffusion d’une narration du type « Poutine est mondialiste, tout est sous contrôle », ce qui permet d’inculquer la passivité, la résignation, l’impuissance (cf. Martin Seligman). La propagande de guerre consiste toujours à personnaliser à outrance les débats pour faire baisser le niveau d’analyse en barrant l’accès à une compréhension systémique et parfois contre-intuitive du fonctionnement réel de nos sociétés de masse, dont la complexité est rétive à tout réductionnisme. Un volet de la zombification consiste donc à radicaliser la population en l’enfermant dans un monde mental où les projections de confiance et d’amour, ou de méfiance et de haine vont occuper toute la place dans le jugement et former un écran idéologique devant tous les faits contradictoires.

Comment juges-tu la première année de Macron ?

Cette première année est conforme à ce que l’on pouvait attendre. Aucune surprise. Macron est le zombie par excellence : soumission totale au mondialisme, au régime de Bruxelles, UE et OTAN, aux lobbies communautaires, ce qui se traduit par la russophobie, l’ouverture des frontières et le djihadisme d’État, en Syrie et ailleurs. Macron ne décide de rien, il obéit à tout, et sans discuter. Son cas individuel est sans intérêt, c’est un pion dans un programme plus vaste qui devait aboutir en 2016 à placer Hillary Clinton à la tête des USA, et en 2017 à faire réélire confortablement Angela Merkel en Allemagne, ce qui est un demi-échec au vu des résultats de son parti.

Les mesures antisociales du gouvernement te semble-t-elles une commande de l’oligarchie ?

Les mesures antisociales du gouvernement sont effectivement des directives de Bruxelles et de la Commission européenne. Encore au-dessus, elles sont réclamées par la finance internationale et elles vont toujours dans le même sens : privatiser les biens publics. L’oligarchie qui pilote ces mesures nous promet la tiers-mondisation et le chaos, comme en Ukraine, un vrai cas d’école, où le gouvernement libéral issu de Maïdan vient d’autoriser la vente aux enchères de 3000 entreprises publiques, sur fond de guerre civile. L’Occident est en phase de régression à tous les niveaux, socio-économique mais aussi intellectuel, et l’on sait d’où ça vient.

Comment résister au nouvel ordre macroniste ?

Le nouvel ordre macroniste agit depuis les institutions. Pour lui résister efficacement, il faut se hisser au même niveau, sinon on ne fait pas le poids. Autrement dit, la résistance consiste à prendre le pouvoir au niveau institutionnel, ce qui exige de passer par le même système électoral que celui par lequel Macron est passé. Une bonne partie de la guerre hybride qui nous est livrée est menée depuis des bureaux et des administrations. La technocratie est un champ de bataille. La politique politicienne conventionnelle est un théâtre d’opérations qu’il ne faut en aucun cas déserter. Tout le monde n’a pas le temps de s’y impliquer, évidemment, car il y a beaucoup à faire. En effet, à côté du système des partis, il y a aussi un travail métapolitique indispensable à mener pour gagner l’hégémonie culturelle. Mais si cette hégémonie culturelle n’a pas de traduction institutionnelle et n’acquiert pas force de loi, la métapolitique revient à « pisser dans un violon » et ne sert pas à grand-chose. Une résistance non institutionnelle est fragile, précaire, en sursis et sera démantelée légalement un jour ou l’autre. Il faut donc viser la conquête du pouvoir central et ne pas se contenter de lui résister dans les marges, car ces marges seront interdites, criminalisées, déclarées illégales et disparaîtront pour toujours. Il est impératif de s’extraire du romantisme des marges pour conquérir et exercer le pouvoir à l’Élysée, au Parlement, dans les ministères et les préfectures. La seule Reconquista pertinente est là : c’est celle de l’État, car c’est le seul moyen d’organiser des purges dans l’État profond pour en finir avec le terrorisme et l’immigrationnisme, et d’autre part de peser face au pouvoir des banques pour stopper la casse sociale et la clochardisation de notre pays.

Lucien Cerise (Rébellion, 1er avril 2018)

05/04/2018

Pas de sympathie pour les traîtres...

Nous reproduisons ci-dessous entretien avec Alain de Benoist, cueilli sur Boulevard Voltaire, dans lequel il évoque l'actualité, avant l'attentat de Trèbes... Philosophe et essayiste, Alain de Benoist a récemment publié Le moment populiste (Pierre-Guillaume de Roux, 2017), Ce que penser veut dire (Rocher, 2017) et Décroissance ou toujours plus ? (Pierre-Guillaume de Roux, 2018).

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Alain de Benoist : « Pour les libéraux « occidentalistes », c’est plus que jamais la Bérézina »

Une fois n’est pas coutume, il s’agit d’un tour d’horizon de l’actualité et non point d’un sujet spécifique. Que penser de la triomphale réélection de Vladimir Poutine, avec 76,6 % des voix dès le premier tour ?

Je m’en réjouis, bien entendu. Mais le plus important, c’est de constater que les seuls concurrents de Poutine étaient les communistes de Pavel Groudinine (11,7 % des voix) et les ultra-nationalistes de Vladimir Jirinovski (5,6 %), tandis que l’unique candidat libéral, Ksenia Sobtchak, a décroché le score mirobolant de 1,6 % des suffrages : à peu près le score de Philippe Poutou à la présidentielle de 2017 ! Pour les libéraux « occidentalistes », c’est donc plus que jamais la Bérézina. Emmanuel Macron (24 % des voix au premier tour, trois fois moins que Poutine) se trouve maintenant face à un nouveau tsar en Russie, à un nouvel empereur en Chine, à un nouveau sultan en Turquie, tous trois au summum de leur popularité. Partie inégale.

La tentative d’assassinat de l’ex-agent double Sergueï Skripal, dont les Anglais, immédiatement soutenus par Macron et par Donald Trump, ont immédiatement attribué la responsabilité à la Russie, n’a apparemment pas nui au maître du Kremlin ?

Elle a, au contraire, encore renforcé sa popularité. Les Russes savent mieux que personne que si Poutine a sans doute des défauts, il est difficile de le considérer comme un idiot. J’ai, pour ma part, beaucoup de mal à imaginer que Vladimir Poutine n’avait vraiment rien de plus pressé, à la veille d’une élection présidentielle (pour ne rien dire de la Coupe du monde de football), que d’aller faire tuer un individu inactif depuis plus de cinq ans, en utilisant un gaz neurotoxique pointant vers le Kremlin. Comme l’a écrit Slobodan Despot, autant laisser sur place sa carte d’identité ! Je comprends, en revanche, fort bien comment pareil coup monté pouvait être utilisé contre lui, afin de servir la russophobie des gouvernements et des médias. Quant au sort de Sergueï Skripal, il m’indiffère : je n’ai pas de sympathie pour les traîtres.

Nicolas Sarkozy mis en examen dans l’affaire d’un présumé financement libyen de sa campagne électorale ?

Sarkozy s’est, à mon avis, déjà déshonoré deux fois : la première en réintégrant la France dans le giron de l’OTAN, dont le général de Gaulle l’avait fait sortir, la seconde en déclenchant contre la Libye une guerre criminelle dont nous n’avons pas fini de subir les conséquences. Sur l’affaire dont vous parlez, je ne suis pas dans le secret de l’instruction. Je ne ferai donc de procès d’intention à personne, non par respect de la présomption d’innocence (ainsi dénommée par antiphrase, puisque c’est au contraire quand on est suspecté d’être coupable que l’on est mis en examen), mais parce que je n’ai qu’une confiance très mesurée dans la Justice de mon pays. En tout état de cause, si les charges étaient avérées, ce serait un scandale d’État sans précédent.

Le projet de réforme de la SNCF, incluant la remise en cause des privilèges des cheminots, et l’imposant programme de grèves annoncé par les syndicats ?

Les grèves des transports ne sont jamais très populaires, ce que l’on peut comprendre. Mais arrêtons de prendre pour boucs émissaires des cheminots dont les « privilèges » ne sont qu’une goutte d’eau face à ceux des grands patrons du CAC 40 ! Ce n’est pas la faute des cheminots si les trains n’arrivent plus à l’heure et si les lignes de chemin de fer ne sont plus entretenues. Ce ne sont pas eux qui sont responsables de la gestion désastreuse qui a transformé la SNCF en tonneau des Danaïdes (47 milliards de dettes). La seule vraie question qui se pose dans cette affaire est de savoir si la SNCF va rester un service public au service de tous les usagers, où qu’ils habitent, ou si l’on va s’orienter progressivement vers une privatisation dont les conséquences inéluctables seront une hausse des tarifs (+27 % en Angleterre depuis dix ans) et la suppression programmée de centaines de petites lignes à la rentabilité insuffisante, ce qui accentuera encore la coupure entre les métropoles et la France périphérique.

Macron n’aurait jamais été élu sans le soutien massif des retraités et des fonctionnaires, deux catégories l’une et l’autre protégées jusqu’ici des effets de la mondialisation. Dès son élection, il s’est attaqué aux premiers, il s’attaque maintenant aux seconds, qui représentent 22 % du salariat. Il scie donc lui-même la branche sur laquelle il est assis. Le jour où la classe moyenne, qui se trouve déjà en état d’insécurité culturelle, se retrouvera en état d’insécurité sociale, les choses basculeront.

Les dernières élections italiennes ont vu la victoire massive des populistes de tous bords. Pour le moment, seule la France semble « résister » à cette vague en Europe. Pourquoi ?

Elle n’y résiste pas tant que ça, puisque les grands partis de gouvernement ont déjà presque disparu, et que c’est pour faire face à la déferlante populiste que Macron a saisi cette occasion d’engager une recomposition générale du paysage politique. Mais vous avez raison : la déferlante en question pourrait être plus ample. Ce qui manque, c’est un homme (ou une femme) susceptible de l’incarner.

Mayotte se trouve en première ligne face à l’immigration clandestine. Que faire ?

L’indépendance me semble être une bonne solution.

Alain de Benoist, propos recueillis par Nicolas Gauthier (Boulevard Voltaire, 26 mars 2018)

03/04/2018

Quinze conseils aux journalistes...

Le 5 février 2018, Olivier Frèrejacques recevait, sur TV libertés, Jean-Yves Le Gallou, président de la fondation Polémia et animateur de l'émission I-Média, pour dresser le bilan de la cérémonie des Bobards d'or 2018.

 

                              

31/03/2018

François Bousquet : « Notre vie ressemble désormais à une addition d’interdits, peut-être même à une addiction à l’interdit »

Nous reproduisons ci-dessous un entretien donné par François Bousquet, rédacteur en chef d’Éléments, à Boulevard Voltaire, à l'occasion de la sortie du nouveau numéro de la revue.

 

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François Bousquet : « Notre vie ressemble désormais à une addition d’interdits, peut-être même à une addiction à l’interdit »

Vous consacrez votre dossier à la « dictature victimaire ». Une pandémie mondiale, selon vous…

C’est la victimocratie, du grec « kratos », qui veut dire « pouvoir ». Autrement dit, la victimocratie est ce nouveau régime dans lequel le pouvoir est détenu par les victimes, réelles ou présumées. Cela leur confère un capital lacrymal, très lucratif, et les place au centre du jeu social. Or, qui dit victime dit coupable. Celui-ci est tout trouvé, c’est le fléau de la « suprématie blanche » : tout individu porteur de ce que les Américains appellent le « white privilege », le privilège blanc censé conférer un ensemble d’avantages invisibles par rapport à ce que vivent au quotidien les non-Blancs (sic). L’objectif, c’est d’abolir ledit privilège dans une nuit du 4 août mondiale depuis les États-Unis, où sévit un néo-maccarthysme hystérique qui n’est pas sans rappeler les délires ubuesques de la révolution culturelle chinoise. Il est l’œuvre de minorités « racisées » et « genrées » ; et s’appelle lutte contre le racisme, le sexisme, l’homophobie et tout ce qui est susceptible d’une suffixation phobique, des handicapés aux islamistes, selon la logique d’emballement victimaire qui commande notre monde.
Ainsi, tout un chacun, à la condition qu’il soit pourvu d’un stigmate social, est-il invité à s’installer dans une posture victimaire parce que c’est symboliquement la position dominante la plus confortable et la plus rentable. En somme, c’est : Maman, quand je serai grand, je serai une victime ! Ce néo-maccarthysme diffuse partout une culture gémissante de la vindicte publique et de la délation. Au lieu de parler de culture du viol, il serait du reste bien plus juste de parler de culture de la délation. Sur les réseaux sociaux, on est sommé de « signaler un contenu inapproprié » (comprenez : un discours de haine). Le CSA croule sous les signalements (90.000 en 2017). Facebook encourage la dénonciation, Google déréférence à tout-va et Twitter suspend au même rythme. Avec les réseaux sociaux, le moindre minuscule « dérapage » se transforme tout de suite en affaire d’État. Ces réseaux fonctionnent comme l’effet papillon. Un battement d’ailes à Hollywood provoque une tornade dans tous les médias occidentaux. Et un éternuement de Caroline De Haas, un tremblement de terre à Paris, Londres et Berlin. Seuls les Russes sont épargnés. Pourvu qu’ils tiennent !

C’est ce qui vous fait dire qu’« on peut plus rien dire », comme le chantait Didier Bourdon des Inconnus ?

Notre vie ressemble désormais à une addition d’interdits, peut-être même à une addiction à l’interdit. Une nouvelle génération d’inquisiteurs est en train de s’imposer. Ce ne sont plus les austères commissaires politiques à l’ancienne, comme dans feu l’Union soviétique, mais des Robespierrettes féministes, des Torquemada transgenres, des procureurs revêtus de robe arc-en-ciel, des Tontons macoutes antiracistes, des Toussaint Louverture geeks. Un mélange d’Ubu roi, de Harry Potter et de Bisounours… qui finissent par ressembler à des gremlins, ces peluches qui se transforment en petits monstres. Des noms ? Osez le féminisme !, les collectifs LGBT, la LDH, SOS Racisme, la LICRA, le MRAP, le CRAN, le Parti des indigènes de la République (PIR), le Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF). On dénombre même une Brigade anti-négrophobie. Ces associations font régner un climat de terreur, ou plutôt de tiédeur, dans les salles de rédaction, mises à l’amende dès qu’elles franchissent la ligne jaune. Ce n’est plus tant le législateur – même s’il est déchaîné depuis un demi-siècle (les lois liberticides Pleven, Gayssot, Taubira, Lellouche, Perben II, etc., sont là pour en témoigner) – qui tient aujourd’hui les ciseaux d’Anastasie (du nom de la censure au XIXe siècle) que ces associations. Au fond, la puissance publique sous-traite la censure à des prestataires extérieurs : les associations antiracistes et les ligues de vertu féministes.

Vous avez évoqué les États-Unis. À vous lire règne outre-Atlantique un climat d’hystérie et de chasse aux sorcières…

Y aurait-il quelque chose de pourri dans le royaume à la bannière étoilée ? Telle est la question. L’économie psychique nord-américaine semble fonctionner sur le transfert de ses pathologies au monde entier, comme si elle se soignait en exportant ses phobies, sa paranoïa, sa fièvre antiseptique. L’Amérique semble hantée par l’image d’agents pathogènes qui menacent de la terrasser. L’histoire est ancienne, mais les rôles sont intervertis. Les premiers puritains (« puritain », du verbe « to purify », « se purifier »), qui traquaient le démon sous les espèces de la corruption féminine, ont trouvé de dignes héritières dans les mères la vertu féministes. À elles de faire le procès de la domination masculine. Hier, le sujet infectieux, c’était la femme ; aujourd’hui, c’est l’homme. Naguère, c’était le Noir ; désormais, c’est le Blanc. Dans tous les cas, le mal est endémique et il faut le purger. Les Américains ne savent plus quoi inventer. Là-bas, la dernière mode est à la dénonciation des « crimes de haine raciste ». Problème : ce sont, dans la plupart des cas, de faux crimes racistes, totalement instrumentalisés par la presse. En un mot, des affaires bidon, exactement comme l’affaire Théo en France. Rien qu’au cours des six derniers mois, notre correspondant américain a recensé une demi-douzaine de cas. Ils sont construits toujours selon le même canevas – des minorités se disent victimes d’insultes racistes ou sexistes – et sont suivis du même emballement médiatique. Or, il apparaît rapidement que ce sont généralement des mystifications montées de toutes pièces par des individus issus des minorités dites « visibles » et complaisamment relayées par les médias centraux. Qui ne donnent jamais la même publicité à leurs affabulations quand il s’agit de les démentir. Pour pasticher La Fontaine, les « fake news » vous rendront blanc ou noir, selon que vous serez puissant ou misérable.

François Bousquet (Boulevard Voltaire, 24 mars 2018)

 

28/03/2018

Xavier Raufer : « Dans le monde du numérique, tout est falsifiable ! » ...

Vous pouvez découvrir ci-dessous un entretien avec Xavier Raufer réalisé le 21 mars 2018 pour Boulevard Voltaire, et consacré au piratage des données de cinquante millions d’utilisateurs Facebook par la société Cambridge Analytica au profit de la campagne électorale de Donald Trump. Criminologue et auteurs de nombreux essais, Xavier Raufer a récemment publié Les nouveaux dangers planétaires (CNRS, 2012) et Criminologie - La dimension stratégique et géopolitique (Eska, 2014) et a également coordonné l'ouvrage collectif intitulé La première cyber-guerre mondiale ? (Eska, 2015).

 

                               

23/03/2018

Zakhar Prilepine : « On demande aux Russes d'avoir honte de leur existence »...

Nous reproduisons ci-dessous un entretien donné par Zakhar Prilepine à Eugénie Bastié pour Figaro Vox. Journaliste, combattant et publiciste, Zakhar Prilepine est également un des écrivains russes actuels les plus célèbres. Une partie importante de son œuvre est disponible en traduction française, dont ses romans San'kia (Actes sud, 2009), Le Péché (Syrtes, 2009), Une fille nommée Aglaé (Actes sud, 2015), son récit tiré de son expérience en Tchétchénie, Pathologies (Syrtes, 2017), ou encore son Journal d'Ukraine (La Différence, 2017) et, dernièrement, Ceux du Donbass (Syrtes, 2018).

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Zakhar Prilepine : « On demande aux Russes d'avoir honte de leur existence »

FIGAROVOX.- Que pensez-vous de la réélection triomphale de Vladimir Poutine?

Zakhar PRILEPINE.- Je respecte le choix du peuple. À l'heure actuelle il n'existe pas en Russie un membre de l'opposition qui puisse contrebalancer ce choix. Un ex-membre des services secrets français a dit un jour que Poutine était un animal politique. Apparemment, ça plaît au peuple russe. Mais je crois que la Russie reste un pays démocratique. On regarde toujours les quatre mandats de Poutine: mais Merkel aussi entame son quatrième mandat. Aux États-Unis, il y a des dynasties présidentielles: Bush père et fils, les Clinton!

«Je n'aime pas beaucoup le pouvoir soviétique. Simplement, ceux qui ne l'aiment pas du tout appartiennent à un type d'individus qui, en général, me révulsent» écrivez-vous dans L'Archipel des Solovki. Êtes-vous dans la nostalgie de l'URSS?

Ce n'est pas le pouvoir soviétique qui compte en ce moment pour les Russes, il est écrasé, pitoyable, renié. Les gens font leur choix en grande partie par nostalgie. Ils réagissent à un antisoviétisme qui a viré à la russophobie chez certains. Les Occidentaux ont tendance à penser que les Russes ne regrettent pas le pouvoir soviétique, mais c'est pourtant le cas. Dans les années 1990, nous avons détruit le pays, anéanti l'économie, supprimé l'idée de gauche. Nous avons écrit des centaines de livres, de films, où il était question de haine à l'égard de l'union soviétique. On nous demande de nous sentir coupables, honteux de ce passé, de notre existence.

On accuse les Russes d'être partout, de truquer les élections. Pensez-vous qu'il existe une russophobie en Occident?

Je pense que la russophobie existe dans l'élite politique, mais qu'elle ne touche pas la plupart de la population. Je suis venue en France au moins 25 fois, et je n'ai jamais eu de conflits avec les lecteurs. La France est le seul pays européen à avoir accepté d'éditer mon livre «Ceux du Donbass». En revanche, les récits de ceux qui combattent côté ukrainien sont édités partout.

Que pensez-vous de la décision d'Emmanuel Macron de boycotter le pavillon russe au Salon du Livre de Paris où vous étiez présent?

Poutine n'aurait jamais fait ça en Russie. Ce n'est pas un geste contre la Russie de Poutine, mais un geste contre la littérature russe, qui est peut-être ce qu'il y a de plus européen en Russie. La littérature reste, tandis que les présidents passent.

Dans Ceux du Donbass (éd. des Syrtes, 2018), vous racontez les chroniques de votre guerre en Ukraine. Pourquoi vous êtes-vous engagé dans le Donbass?

Parce que je suis pour la démocratie. Les gens qui expriment le désir de vivre dans un espace culturel et politique souverain en ont parfaitement le droit. Les ambassadeurs occidentaux se sont déplacés place Maïdan où il y avait 300.000 personnes qui manifestaient contre le régime de Ianoukovitch (NDLR: président renversé par un mouvement anti-corruption et pro-UE en 2014), mais ils auraient dû aussi se déplacer dans le Donbass où des centaines de milliers de personnes manifestaient contre le régime de Porochenko [NDLR: président ukrainien depuis 2014]. Que les Européens m'expliquent quelle est la différence entre la liberté revendiquée à Kiev et celle revendiquée dans le Donbass? Pourquoi n'auraient-ils pas les mêmes droits?

Comment jugez-vous la manière dont les médias occidentaux ont traité le conflit?

La presse européenne ne s'intéresse pas à présenter les événements de manière objective. Le 2 mai 2014 a lieu à Odessa un incendie criminel de la Maison des syndicats par des rebelles pro-Maïdan, qui a coûté la vie à 42 manifestants anti-Maïdan. Ce massacre a été sous-traité par les médias occidentaux. Et ce n'est qu'un exemple parmi d'autres.

Nous allons fêter cette année le centenaire de la naissance de Soljenitsyne. Votre Archipel des Solovki s'inspire de L'Archipel du Goulag. Quelle place tient-il dans votre filiation littéraire?

Soljenitsyne est une figure immense, qui est à mon avis beaucoup plus politique que littéraire. Le texte de L'Archipel du goulag comporte énormément d'imprécisions et d'erreurs, ce qui peut se comprendre étant donné que Soljenitsyne n'a jamais eu la possibilité de consulter les archives à l'époque. Dans les années 1980, Soljenitsyne a écrit des textes assez nombreux qui parlaient de la perestroïka comme d'une énorme catastrophe pour la Russie. Ce ne sont pas les plus connus.

Vous situez-vous comme lui dans une tradition slavophile?

Non, car Soljenitsyne, à la différence de moi, avait l'idée d'une union des trois pays slaves: la Russie, l'Ukraine, et la Biélorussie. Je pense pour ma part que la Russie est un pays beaucoup plus complexe. Il y a une population musulmane, une population bouddhiste. Nous sommes plus proches aujourd'hui de certains pays asiatiques, comme la Chine, que d'autres pays slaves, comme l'Ukraine. Comme le disait Poutine, «si l'Europe ne veut pas entamer de dialogue avec nous, nous allons nous tourner vers la Chine et l'Inde».

La Russie ne fait pas partie de l'Europe?

C'est un espace eurasien, c'est à la fois l'Europe et l'Asie. Mais notre culture, elle, reste européenne. Dans une certaine mesure, la Russie garde la tradition européenne.

Pourquoi la Russie sécrète-t-elle de si grands écrivains?

C'est un pays très vaste à l'histoire complexe. Sans vouloir vous flatter, vous avez une littérature aussi bonne que la nôtre! Je pense que la francophilie russe qui existe depuis longtemps a eu un impact important sur la littérature russe. Lorsque la Russie est critiquée en France, les Français devraient se rendre compte que c'est eux-mêmes qui ont apporté beaucoup de choses à la Russie. Moi par exemple, on me reproche mon militarisme, mais je prends exemple sur Guillaume Apollinaire, Romain Gary et Antoine de Saint-Exupéry, avec qui j'ai grandi!

«Notre différence tient dans le fait que nous nous punissons très vite et de nos propres mains - nous n'avons pas besoin pour cela des autres peuples.» écrivez-vous dans L'Archipel

Il existe un masochisme russe, c'est vrai. Nous nous donnons nous-mêmes le fouet, mais parfois nous aimons que d'autres y participent. Prenons l'exemple de la Seconde Guerre mondiale: les pertes subies ont été énormes, 19 millions de personnes. Elles sont mortes en majeure partie en 1941-1942, tuées par l'Allemagne et ses alliés. Personne ne parle de ces millions de Russes sacrifiés pour vaincre le nazisme. Cette ingratitude et cet oubli blessent les Russes.

Vous vous êtes rapproché récemment de l'Église orthodoxe. L'orthodoxie est-elle un pilier de l'identité russe?

J'ai été baptisé en 1975, à l'époque soviétique. Nous avions des icônes et la Bible à la maison. Je ne suis pas un fervent croyant, toutefois je crois que Dieu existe, et que la religion orthodoxe fait partie de notre tradition culturelle. Mais en Europe, les gens exagèrent l'impact de l'église orthodoxe sur la politique russe et la population. Il y a plus de pratiquants dans les pays scandinaves ou en Grande-Bretagne qu'en Russie !

Zakhar Prilepine, propos recueillis par Eugénie Bastié (Figaro Vox, 20 mars 2018)