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14/03/2017

Le cœur du Système... (2)

Nous reproduisons ci-dessous la suite d'une réflexion entamée par Slobodan Despot dans la lettre d'Antipresse et consacrée au Système... Écrivain et éditeur, Slobodan Despot est l'auteur de recueils de chroniques mordantes, comme Despotica (Xénia, 2010) et Nouvelleaks (Xénia, 2015), et d'un merveilleux petit roman intitulé Le Miel (Gallimard, 2014).

Vous pouvez lire ici la première partie de cette réflexion : Le cœur du Système, I

 

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Leur nom est Légion (Le cœur du Système, II)

[Jésus] lui disait : “Esprit impur, sors de cet homme.” Et il lui demanda : “Quel est ton nom?” Et il répondit: “Mon nom est Légion, car nous sommes nombreux”.» (Marc 5:8,9)

Il y a quelque chose d’insuffisant, d’insatisfaisant et de superficiel dans la manière dont on critique la propagande des médias de grand chemin et peut-être plus encore dans la manière dont on y répond.

Cette même observation, on peut l’étendre également à la révolte contre le système politique qui s’organise de plus en plus ouvertement au détriment du bien commun alors qu’il est élu et financé par la communauté des citoyens.

Peut-on penser sérieusement que les dégâts infligés par des médias partiaux seront corrigés par des médias vertueux? Misera-t-on sur une neutralisation de leur penchant «progressiste-globaliste» par la poussée contraire (conservatrice et nationaliste ou local-patriotique) des «altermédias»? Ou alors, par un décret de régulation universelle, imposera-t-on un équilibrage quantitatif des thèses et des partis pris au sein de chaque pôle d’information financé peu ou prou par l’État? Un coup à droite, un coup à gauche, une tribune «lobby homo» pour une tribune «lobby des familles»?

C’est dérisoire, on le voit bien. Mais que proposer d’autre, en l’état?

De la même manière, par quoi remplacera-t-on le cartel de partis clonés les uns sur les autres — malgré les divergences de façade — qui pratiquent tous la même cuisine avec plus ou moins de sel et qui prétendent représenter et guider les peuples d’Europe depuis la dernière guerre? Balancera-t-on l’influence néfaste d’un parti d’apparatchiks globalistes par un parti d’apparatchiks identitaires? Même s’il apparaît de plus en plus clair que l’ensemble de la classe politique européenne est composé d’hologrammes et de drones humains pilotés d’outre-Atlantique ou d’on ne sait quelle stratosphère, que va-t-on bien pouvoir faire d’elle? La retourner, par l’entrisme, la corruption ou la subversion? Mais qui financera un si vaste chantier quand tout l’argent est justement de l’autre côté? La renverser pacifiquement? Mais elle tient toutes les clefs du système législatif et juridique qu’elle a elle-même tricoté pour son propre confort. La renverser par la force? Mais elle détient le monopole de la coercition face à des populations vaccinées contre tout recours à la force légitime par plus d’un demi-siècle d’éducation ciblée.

Enfin, et même si le Système actuel, profondément terré dans l’entre-soi, devait être remplacé, qui nous dit que son remplaçant serait plus équitable et plus respectueux du bien commun? A titre d’exemple: si le Ministère de l’information actuellement revendiqué par Le Monde devait tomber aux mains des protagonistes de la «réinformation», l’information résultante serait-elle plus honnête et plus équilibrée?

Derrière l’information, la formation

Si nous poussons plus loin le questionnement: avons-nous vraiment besoin d’une information de masse? Dans quelle mesure nous informe-t-elle vraiment? Un ami m’a fait part d’une expérience faite avec des jeunes étudiants aspirant à des fonctions de cadres dans la société actuelle. Ces jeunes réputés instruits ne consommaient pas vraiment les médias «de référence», mais ils étaient constamment «en réseau» et «sur les réseaux», et s’estimaient donc informés à la minute. Lorsque le conférencier leur a demandé de résumer une seule nouvelle apprise le même jour, ils en ont été incapables. Leur «information» consiste en un brouhaha quasi subliminal où des mots-clefs et des thèses simples martelés à l’infini leur infusent des comportements et des attitudes sans les armer du moindre argument susceptible de les justifier. Mais à quoi bon les arguments, quand la masse (de mots, de voix, de chiffres) décide de tout?

On croit que le système d’information n’a pour but que de diffuser des informations et qu’il dysfonctionne lorsque ces informations entrent violemment en collision avec la réalité vécue. Et puis l’on constate, pantois, que le démenti du réel ne change rien au fonctionnement du système.

On serait moins surpris si l’on revenait au sens même du mot. L’information n’est autre que la formation du dedans. Le façonnage de notre univers mental. Cela n’a un rapport avec la vérité des faits que si le pouvoir qui nous façonne a le culte de la vérité des faits. Aucun pouvoir ne l’a eu, celui d’aujourd’hui moins encore que les précédents. C’est pourquoi le système ne manque pas de pare-feux, y compris et surtout d’ordre philosophique: qu’est-ce que la réalité? Qu’est-ce que la vérité? Et un fait, comment le définit-on?

Sitôt que vous entrez sur ce terrain, vous voilà perdus. Vous êtes seul avec votre bon sens, la culture que vous avez pu accumuler et les syllogismes candidement produits par votre logique innée. Bref: votre éducation ancestrale, familiale et spontanée qui, elle, a le culte de la vérité des faits. (Car 2 et 2 ne font 4 que pour les petites gens.) En face: une batterie de spécialistes, d’experts, de professeurs, de consultants, de communicants répétant les mêmes phrases, ou peu s’en faut. Et derrière eux: des millions de pages de thèses, de rapports, de mémoires, des milliers d’années de séminaires, de formations et de colloques servant de caution à des thèses simplettes dont un enfant saisirait la fausseté. Face à cette armada parlant d’une même voix, le bon sens solitaire n’a aucune chance. L’adversaire a pensé à tout, il a tout organisé. Il a mis en doute les fondements mêmes de la vérité intellectuelle, de la vérité «objective», et discrédité les lois de la logique. En sorte que n’importe quelle sornette, fût-elle totalement absurde, puisse lui servir de malleus maleficarum (marteau des sorcières) pour peu qu’elle émane des lieux du pouvoir.

Par exemple, dans l’actualité récente: comment tant de gens réputés intelligents et instruits peuvent-ils vouloir imposer aux Syriens ou aux Ukrainiens ces mêmes terroristes, ces mêmes nazis qu’ils prétendent combattre chez eux? Ou alors, comment peuvent-ils, au nom du civisme et de la démocratie, favoriser en Europe l’expansion d’une religion politique impliquant un modèle social totalement incompatible avec ces mêmes valeurs?

Un esprit enfantin, mais logique, ne le pourrait pas. Eux le peuvent. Ils ont déployé, depuis plus d’un siècle, le fleuron de l’esprit rationnel et de la pensée objective dans le but de mettre à bas la rationalité et l’objectivité. Cette même rationalité, cette même objectivité, qui permettaient à un Montaigne, un Pascal ou à un Pierre Beyle de résister au Système de leur temps et de préserver leur personnalité. Or la cohérence intellectuelle, de l’aube du XXe siècle à nos jours, a conduit tant de brillants esprits à la clinique psychiatrique ou, carrément, à la folie par l’isolation. Car le système s’est armé et s’est dévoyé plus vite que les individus.

Seuls face à l’Ordre

Le système d’information, de même que la comédie politique, ne sont que les émanations ostensibles d’une structure cachée, comme les champignons poussent sur le réseau souterrain du mycélium. Cette structure est invisible pour les hommes comme la mer l’est pour les poissons. Elle constitue l’Ordre même, la loi selon laquelle nous vivons et que l’immense majorité ne songera jamais à transgresser, car elle n’en est même pas consciente.

L’Ordre traditionnel s’appuyait sur la religion, le pouvoir politique et le pouvoir guerrier. L’Ordre moderne repose sur le pouvoir politique, le système d’information, l’économie et la formation. La formation a remplacé la religion comme productrice des dogmes fondamentaux servant à la fois d’orientation et d’alibis aux pouvoirs temporels. La politique, l’information et l’économie elle-même sont tributaires des dogmes de la formation. La formation, autrement dit le système académique, est en réalité le pouvoir suprême, même s’il se prostitue volontiers aux trois autres.

Le système académique américain est en première ligne dans la guerre menée par des minorités agissantes contre le nouveau président élu, dont le péché tient primordialement à des délits verbaux contre des dogmes de nature religieuse. Ceux-là mêmes qu’édicte — en matière de races, de sexes, etc. — le système académique et que les autres pouvoirs sont tenus d’intégrer, sous peine de… malleus maleficarum. De l’autre côté, l’adversaire du président élu, Hillary Clinton, jouissait d’un appui ferme des milieux académiques malgré ses colossales compromissions, car elle en était elle-même issue en tant qu’avocate.

Par ailleurs, le «tireur de ficelles» le plus influent et le plus agissant dans le monde contemporain, George Soros, n’a pas construit son modèle d’influence sur l’argent. Au contraire: ses milliards ne sont que le nerf de la guerre. Ce qu’il met au premier plan, jusque dans l’appellation de son organe central, l’Open Society Foundation, est un concept académique: la «société ouverte». On ne saurait tenir les pères de cette idée — Bergson et Popper — pour responsables des manœuvres et des complots auxquels l’implantation de la «société ouverte» a servi de couverture. Là n’est pas le propos. Le propos, c’est que cette idée-là fournissait le meilleur cadre pour l’instauration d’un gouvernement financier planétaire («…réformes économiques, sociales et légales favorisant l’implantation de l’économie libre de marché»). Exactement comme la noble mission d’évangéliser les païens a servi, au temps des Conquêtes, d’alibi pour un accaparement économique d’une envergure encore jamais vue dans l’histoire.

(On oublie trop aisément que l’expansion mondialiste et l’idéologie correspondante sont nées au XVe siècle: heureusement que Pierre Legendre est là pour nous le rappeler!)

La cape d’invisibilité

Il est amusant de voir l’opiniâtreté myope avec laquelle certains milieux combattent les «idées de la franc-maçonnerie» — autrement dit le projet d’une humanité sans frontières gouvernée par une élite éclairée — quand ces mêmes idées, dans leur version publique, règnent sans concurrence dans l’ensemble des universités du monde occidental et au-delà! Et donc, par effet de cascade, dans l’ensemble des systèmes de formation. Les mêmes «réacs» renient-ils leurs diplômes d’études supérieures et ceux de leurs enfants? Et comment pensent-ils revenir à des sociétés «fermées» (nationales, ethniques, tribales, etc.) fondées sur des «traditions» quand leur progéniture est mise en garde contre le «repli» et les «préjugés» à chaque jour qu’elle passe en formation, de l’école primaire à l’université? Leur projet est voué à l’échec parce qu’ils ne perçoivent pas le cadre global de leur politique, sa note de base.

Le grand avantage de la religion académique sur les religions classiques tient justement dans son invisibilité. Grâce à son arrière-plan scientiste, elle n’apparaît pas comme une institution idéologique, mais comme une traduction transparente des lois objectives de la nature. Son prestige est immense et son impersonnalité lui assure adhésion des médiocres et des conformistes. Le grand C. S. Lewis avait très bien identifié ce tour de passe-passe dans son essai sur L’Abolition de l’Homme. Il l’a sublimement illustré dans Au-delà de la planète silencieuse, son roman de S. F. sur une Terre «bâillonnée» par la secte scientiste. Mais pour l’immense majorité des modernes, les dogmes de la religion académique sont aussi imperceptibles que le bourdon d’un raga indien pour une oreille distraite. Quand on confond un ordre politique et intellectuel avec l’ordre du monde lui-même, celui qui pense autrement apparaît comme une monstruosité de la nature. On peut l’éliminer sans état d’âme, au même titre qu’une nuisance. Cette assurance de l’esprit adossé aux «lois objectives» explique, entre autres, l’inhumanité absolue du système marxiste soviétique.

Que pèsent les partis pris du système d’information ou de la classe politique face à ce conditionnement fondamental? Ils ne sont que la cerise sur le gâteau. C’est l’ensemble d’une vision du monde qu’il s’agit de reconstruire, repenser le monde selon notre «évidence» comme aurait dit Albert Caraco, et décomposer en petits rouages chacun de nos concepts, au risque du blasphème et du reniement complet. Qui en aura le courage et la force d’âme?

Slobodan Despot (Antipresse n° 65, 26 février 2017)

10/03/2017

Comment survivre ?...

Nous reproduisons ci-dessous une chronique de Richard Millet, cueillie sur son site personnel et dans laquelle il évoque la crise de la démocratie...

Auteur de La confession négative (Gallimard, 2009) et de Tuer (Léo Scheer, 2015), Richard Millet vient de publier aux éditions Léo Scheer un roman intitulé Province.

 

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Comment survivre ?

La démocratie, qui s’est longtemps moquée des scores à 99% des régimes dictatoriaux, se voit aujourd’hui prise à son propre piège : elle se révèle non pas la panacée politique égarée dans une impasse provisoire (l’épuisement des institutions de la Ve République ayant amené, murmurent certains, la pantalonnade électorale dont on ne peut pourtant que se réjouir), mais, tout au contraire, un système essentiellement pernicieux et totalitaire qui, en France, comme partout, ne se survit que dans la farce médiatique. Elle n’est pas seulement la « démocratie contre elle-même », pour reprendre un titre de Marcel Gauchet, mais un système politique qui joue contre le peuple lui-même, lequel se résout de moins en moins à voir son équilibre ethnique et religieux modifié par des éléments allogènes toujours plus nombreux et hostiles.

            C’est pourquoi Le Monde tente, quotidiennement, comme Arte et tous les médias officiels, de faire avaler le prétendu thériaque migratoire en célébrant, par exemple, l’arrivée d’une famille de neuf Soudanais à Bugeat, en haute Corrèze. Des Soudanais à trois kilomètres du village où je suis né ? Voilà de quoi je demanderai des nouvelles à mes cousines de Viam, qui me diront si ces repeupleurs sont accueillis avec autant d’enthousiasme que le prétend La Pravda. Nul doute néanmoins que la propagande y trouvera de quoi s’attendrir sur ses propres vertus, comme elle le fait pour « Tarnac », qui est passé de l’état de village à celui de logo gaucho-culturel, particulièrement actif dans la propagation de l’épidémie migratoire.

On connaît l’argument qui permet au gauchisme de passer outre toute contradiction et de composer avec l’hypercapitalisme : plutôt des Soudanais, des Syriens, des Erythréens, des Afghans que rien du tout ; car ils sont bons pour l’économie locale. C’est en quelque sorte l’argument ontologique perverti par l’économisme idéologique devenu le destin même de la démocratie. Plus on parle de « valeurs » et de « vivre ensemble », moins ces valeurs sont ce qu’elles se prétendent ; elles  se révèlent même aussi creuses qu’un roman de Ben Jelloun, un article de BHL, un discours de Macron ou de ses semblables, de droite comme de gauche – lesquels empêchent que soit posée la seule question qui importe : que faire, en cette période d’agonie civilisationnelle, où, par exemple, Trump est désigné comme une menace pour la démocratie, tandis qu’Obama et son exemplaire épouse reçoivent 60 millions de dollars pour « écrire » un livre ? Oui, comment vivre, au lieu de faire partie des morts-vivants spirituels que la démocratie  produit en masse? me dis-je en tentant de lire l’ouvrage que m’a offert une ironique amie : Le Royaume de Carrère, qui, mal écrit, est un parfait précis de déchristianisation, tout comme Elle, le film de Verhoeven, primé sans qu’on cille, lors de la cérémonie des Césars, parce que puissamment anti-catholique, comme il se doit. Comment supporter qu’on nous veuille avaler l’idée que le flux migratoire, incessant et massif, est tout autre chose d’une nouvelle invasion barbare ? Pendant ce temps, nul ne se soucie du sort des chrétiens d’Orient ni de celui des fermiers blancs de l’ex-Rhodésie et de l’Afrique du Sud, régulièrement assassinés par des Noirs…

Sans doute doit-on, pour comprendre où nous en sommes, entendre les recommandations de l’officine islamo-gauchiste Terra Nova, pour qui ce qu’il reste de christianisme (les jours fériés correspondant aux fêtes catholiques) doit être dilué dans les autres religions, qui doivent aussi avoir leurs jours de fêtes officiels. Ainsi n’est-on pas très loin de la libanisation de la vie quotidienne…On peut aussi lire la lettre qu’un des promoteurs de la démocratie médiatique, Raphaël Glucksmann, qui s’est contenté de naître, comme tant de fils et filles de héritant des nouveaux appareils idéologiques d’État, la lettre, donc, que Glucksmann a écrite à Mélenchon, ce tribun d’extrême gauche qu’on ne désespère pas de voir se muer en Doriot : il lui demande de renoncer à ses prétentions présidentielles au profit de l’idéologue socialiste Hamon, afin de hâter la venue d’une VIe République, « plus démocratique et plus horizontale ».

Je me suis trouvé une fois avec Glucksmann dans une émission de télévision. Il y disait sa satisfaction de voir déchue la verticalité au profit de cette horizontalité qui est pourtant l’apanage des marécages et des cloaques. La démocratie, c’est la grande fadeur contemporaine. On le voit partout, notamment dans l’insignifiance littéraire. Je regrette de n’avoir pas répondu à Glucksmann : la question de la verticalité est au coeur d’un de mes livres, Arguments d’un désespoir contemporain, paru en 2011, aux éditions Hermann, sans aucun écho dans la presse officielle. Si je n’ai pas interpellé Glucksmann, pendant l’émission, c’est que j’avais déjà beaucoup parlé, et que Joffrin, qui se trouvait en face de moi, s’apprêtait à m’attaquer. Je regrette, pour cela, d’avoir croisé le fer avec ce laquais de la presse la plus servile – celle qui va faire élire Macron, tout en faisant mine de soutenir l’islamophile Hamon. Glucksmann est plus subtil que Joffrin, et d’autant plus dangereux. Au moins avais-je reniflé à sa source l’origine de l’imposture immigrationniste : les fils des soixante-huitards arrivent au pouvoir en déniant à autrui toute forme d’autorité, à commencer par celle que tout homme peut revendiquer pour soi. La démocratie n’est rien d’autre que cette confiscation qui s’opère au nom même du peuple.

Richard Millet (Site officiel de Richard Millet, 6 mars 2017)

09/03/2017

OGM, le temps du politique...

Nous reproduisons ci-dessous un point de vue stimulant de Laurent Ozon, cueilli sur son blog Centurie News et consacré à la question des OGM. Agitateur d'idées, tenant d'une écologie localiste et identitaire, Laurent Ozon est l'auteur de l'excellent essai intitulé France, années décisives (Bios, 2015).

 

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OGM, le temps du politique

Les OGM sont des organismes vivants dont les gènes ont été modifiés par intervention humaine avec des techniques de biologie moléculaire. Elles consistent à attribuer des caractéristiques génétiques d’une espèce à une autre espèce ou d’un sujet génétique à un autre sujet génétique. De ce fait, les OGM sont des organismes transgéniques fabriqués pour conformer leurs caractéristiques à des objectifs déterminés par ceux qui les réalisent. Cette pratique a débuté au début des années 70 au nom de visées thérapeutiques. La première application commerciale sera celle de la production de l’insuline dite « recombinante » en 1982 par l’introduction d’un gène humain dans une bactérie qui déboucha sur la production d’insuline à l’origine de la plupart des traitements actuels du diabète. La même année, le transfert du gène d’une hormone de croissance du rat sur une souris aboutit à la naissance d’une souris géante, le premier animal génétiquement modifié. A partir de cette période, les modifications visant à modifier des plantes (1983) puis progressivement l’ensemble des organismes vivants seront utilisés par l’industrie à des fins diverses : résistance aux maladies ou à des insectes et nuisibles, résistance à des traitements chimiques, stérilisation de semences, digestibilité des aliments,  amélioration de productivité, adaptation à des écosystèmes, amélioration de caractéristiques esthétiques ou gustatives, et d’une façon générale, toute modification susceptible de servir des objectifs définis par les chercheurs.

Loin de se justifier pour des questions de productivité agricole, les études de productivité comparées à l’hectare entre les productions OGM aux Etats-Unis et celles des agriculteurs européens (sans OGM) font apparaître que si les gains de productivité de l’agriculture américaine sur ces denrées grâce aux OGM lui ont permis d’approcher les rendements (sans OGM) des cultures similaires des européens, elles ne leurs ont pas permis de les dépasser. Les plantes OGM sont cultivés depuis 1996 aux États-Unis, en Argentine et au Canada. En 2013, les PGM sont cultivées sur 175 millions d’hectares dans 27 pays (sur 197). Toutefois, 87% des surfaces GM sont concentrées sur le continent américain (nord et sud).

Malgré la volonté d’encadrer, de limiter, voire d’interdire ce type de pratiques, le développement de la modification génétique du vivant se généralise et ses répercussions aboutissent progressivement à la conformation du vivant dans son ensemble (directement ou par contamination) aux  objectifs déterminés par les acteurs de celles-ci. Les arguments des opposants à ces pratiques sont à classer en cinq catégories parfois utilisés de façon croisées :

1/ Le principe de précaution à cause des risques liés à une connaissance imparfaite des effets induits par les transferts génétiques, de la contamination de l’ensemble du vivant et des déplacements de pouvoirs induits par la brevetabilité des organismes créés.

2/ Le principe naturel au nom d’une vision conservatrice d’un vivant à préserver en l’état des modifications « aveugles » d’une humanité qui bricole et veut « jouer à Dieu ».

3/ Le principe politique dans la mesure où ces pratiques engendrent la privatisation et la marchandisation du vivant au nom d’intérêts privés engageant l’arraisonnement et la conformation du monde à leurs objectifs et leurs pouvoirs.

4/ Le principe sélectionniste porté par ceux qui considèrent que le « Génie Génétique » est non viable dans la mesure où il ne peut reconstituer les conditions de la sélection naturelle du fait de l’impossibilité des chercheurs et acteurs de ces techniques à mathématiser les effets de leurs « innovations » et des interactions qu’elles génèrent.

5/ Le principe de liberté. De ce fait, les OGM viseraient à court-circuiter les processus de sélection naturelle et à imposer des modifications à des organismes sur la base d’anticipations utilitaristes (obtenir un effet à un instant T), ce qui engagerait l’humanité à résoudre les difficultés qu’elle se crée en poussant toujours plus loin l’ingénierie génétique, comme elle sera tentée de le faire avec l’ingénierie sociale, climatique, etc.

Cette révolution engendrera un effet domino à trois dimensions qui aboutira à la conformation totale du vivant, de ses manifestations, de ses comportements et attributs afin de limiter l’impact des expériences précédentes sur la société.

Si ces arguments sont largement recevables, la probabilité pour qu’ils puissent empêcher la généralisation de ces pratiques est nulle. Les arguments des acteurs de la transformation génétique seront humanitaires (nourrir le monde, soigner les maladies, lutter contre les effets de telle ou telle évolution climatique, environnementale, etc.) et l’argument darwinien (si nous ne le faisons pas, nous laissons aux autres le soin de le faire et de nous imposer leurs règles, leur puissance et leur compétitivité) est et sera le meilleur moteur de la généralisation des OGM. L’apparition de technologies BioGM visant par exemple à attribuer des caractéristiques de résistance à des organismes afin de se dispenser de l’utilisation d’intrants chimiques, achèvera de fragmenter le camp des opposants aux technologies de modifications géniques.

Plus encore, avec les technologies du type CRISPR-Cas9, les outils disponibles pour intervenir sur les gènes deviennent accessibles à des budgets de plus en plus faibles et l’on peut prévoir que ces manipulations deviendront tout aussi accessibles au grand public dans le futur qu’une simple analyse de sang. Les politiques n’ont plus à déterminer s’il faut ou non utiliser ces techniques, mais quels types d’objectifs leur assigner, quels objectifs poursuivre et quels acteurs limiter en fonction de leurs objectifs propres ?

De fait, l’opposition parfaitement légitime des opposants aux modifications génétiques a empêché une approche pragmatique et politique de la question de l’utilisation du génie génétique, laissant à des intérêts privés le soin d’investir massivement des champs de recherche pour leurs propres profits et d’accumuler des compétences et des moyens qu’aucune politique d’endiguement n’empêchera durablement de proliférer. Il nous faudra probablement, face à la prolifération incontrôlable des technologies de manipulations génétiques et sans méconnaître les arguments solides des opposants aux OGM, opérer une distinction entre OGM nuisibles aux mains des transnationales de l’agrochimie et de futurs BioGM souverains. Jamais dans l’histoire, une technologie n’a disparu de la surface de la terre sans avoir été dépassée en puissance ou en efficacité ou sans  l’élimination de ses utilisateurs.

Laurent Ozon (Centurie News, 9 décembre 2016)

07/03/2017

De la correction des errants...

Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de François-Bernard Huyghe, cueilli sur son site Huyghe.fr et consacré à la prétention du système de détenir de détenir la vérité et de pouvoir l'enseigner à ceux qui errent... Spécialiste de la stratégie et de la guerre de l'information et directeur de recherches à l'IRIS, François Bernard Huyghe vient de publier La désinformation - Les armes du faux (Armand Colin, 2015).

 

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Déradicalisation et Decodex

La correction des errants

Hasard de l'actualité : il est beaucoup question en ce moment question de déradicalisation et de Decodex, deux formes de désintoxication spirituelle, promues par le gouvernement dans le premier cas, par les médias (le Monde pour ne pas le nommer) et les grands du Net dans le second.

Pour faire simple, la déradicalisation se présente comme un retour à la normale : un traitement administré à des individus, volontaires, pas encore trop impliqués dans l'action sanguinaire ; elle devrait les reconvertir à des valeurs ou idées sans danger pour la démocratie, à des comportements qui excluent terrorisme ou djihadisme. Bref, à une vision du monde pacifiée sans violence à motivation idéologique.
Quant à Decodex, c'est un dispositif supposé ramener à la vérité ; intégré à un navigateur, il indiquera à l'internaute si les sites sur lesquels il se rend sont fiables ou s'ils risque d'être entraîné dans le processus dit de la post-vérité, des "fakes" ou de la désinformation ... Il est sensé procéder à une "vérification de masse" où les mauvais esprits verront une rectification des masses.

Les deux dispositifs ont suscité un lot de critiques. Pour la déradicalisation, par le rapport de deux sénatrices (ou du moins par ce qu'elles en ont laissé entrevoir avant publication définitive), pour Decodex par nombre d'articles récents s'élevant contre le ministère de la Vérité ainsi établi ; le plus remarquable étant celui de F. Lordon dans le Monde diplomatique. À la déradicalisation, il est permis de reprocher de ne pas être efficace au service d'intentions naïves, à Decodex de risquer de l'être au service d'intentions plus ambigües.

Retour à la normale

La déradicalisation traite les engagements comme des maladies : un processus pathologique, comme une excroissance de la croyance. Certains esprits influençables pourraient se radicaliser comme on tombe dans la délinquance ou dans la drogue, et adopter des convictions intolérables dans une société tolérante. L'imprécision du concept gêne : qu'est-ce qu'il faut empêcher ou annuler ? Certaines idées, relatives par exemple à la loi divine ? Les apologies de la violence qu'en déduisent certains ? Ou encore la tentation de rejoindre une communauté combattante (les djihadistes en Syrie), et d'envisager le plus naturellement du monde de tuer des gens pour imposer son triomphe ?
Le flou de la notion de radicalisation contraste avec le sens qu'avait mot dans les années 80 : à l'époque mener une critique radicale ou radicaliser ses revendications était la marque d'une révolte touchant aux fondements de la domination. Était radical quelqu'un qui visait les bases mêmes de l'ordre établi pour des raisons idéologiques, au nom du prolétariat, de l'Histoire ou de la Révolution, par exemple. La radicalisation, terme désormais presque synonyme de rupture sociale ou de sociopathie, est décrite comme une anomalie individuelle.
Mais réparable. Cela se ferait en injectant au malade de grandes doses de "valeurs", de sociabilité et de vivre ensemble, et si possible en évitant de parler religion. Comme si les djihadistes n'avaient justement pas trouvé des valeurs, une communauté et un idéal de vie... et comme si ce que nous pouvons leur offrir notre société libérale satisfaisait bien mieux leurs aspirations que la promesse du Paradis et du salut du monde.

Les méthodes de déradicalisation varient : les unes reposent surtout sur l'écoute de gens supposés en détresse psychique, d'autres sur le rétablissement de liens avec la société civile, d'autres sur la resocialisation ou la réhabiliation du sujet... Certaines occultent la dimension religieuse du phénomène, d'autres font intervenir des imams qui vont ramener les sujets à une interprétation non djihadiste du dogme (en faire de simple salafistes quiétistes qui ne prendraient plus les armes). En tout cas celles qui ont été employées en France ne doivent pas être les meilleures.
Le rapport parle de pseudo experts, de sommes énormes gâchées, de déradicalisés présumés qui reprenaient le chemin du djihad. Ainsi, il semblerait que 2, 5 millions aient été dépensées, par exemple, pour n'aboutir qu'à l'ouverture d'un centre à Pontourny qui n'aurait accueilli, fort sporadiquement, que neuf candidats dont un repris sur la route de la Syrie.
Attendons les détails du rapport pour savoir s'il s'agit d'un échec bureaucratique ou de la conséquence d'une conception iréniste.


Ministère de la vérité

Quant à Decodex, ce n'est pas une liste de sites (comme il en existe déjà) exprimant une opinion sur leur objectivité, leurs tendances complotistes, leur sérieux, etc., ce qui serait parfaitement légitime. Ce n'est pas non plus un site de fact-checking allant vérifier à des sources qu'il site des informations données par des confrères ou des affirmations d'hommes politiques. Decodex est le nom d'un dispositif technique : une extension qui "évalue" le site sur lequel vous êtes, plus un moteur de recherche, plus un "bot" (robot) Facebook qui vous dit que penser d'une information pendant que vous explorez certains réseaux sociaux, etc. Page verte, page orange, page rouge, page bleue (pour les contenus ironiques ou parodiques). Menteur, complotiste, désinformateur : vous voilà prévenus.

Il ne s'agit donc pas d'un jugement au premier degré - comme pourrait l'exprimer un site concurrent qui dirait, par exemple que l'article que vous êtes en train de lire est mal écrit, son raisonnement fallacieux, son auteur nul... (ce qui me vexerait, mais resterait une controverse normale en démocratie). Decodex s'introduit sinon dans votre cerveau, du moins entre votre cerveau et le message. Des pastilles apparaissent pendant que vous naviguez, que vous consultez un compte ou visionnez une vidéo d'une chaîne You Tube, pour vous faire savoir si vous êtes sur une page généralement fiable, peu fiable, orientée et cachant ses buts idéologique ou sur un site parodique... Vous ressentez donc en permanence la manifestation d'une sorte de Surmoi virtuel qui vous dit si vous risquez d'être induit en tentation. Et non pas ce que vous devez penser, mais ce à quoi il est mauvais de penser. Decodex ne fonctionne pas par controverse, par dialectique et réfutation, à égalité, fait contre fait, argument contre argument mais en faisant intérioriser les règles (ou plutôt en la faisant intégrer à votre outil d'information). Ni censurer, ni combattre, formater, c'est mieux.

Passons sur quelques objections qui ont été faites à ce système :

Éditorialement parlant, Decodex en se donnant le droit d'évaluer ses confrères rivalise avec l'œil de Dieu, parfait et discernant tout. Sans opinion au sens où La Tseu dit que "le sage est sans opinion", puisqu'il saisit tout. De mauvais esprits se demandent si, par le passé, Dieu/ le Monde n'a pas lui-même répandu quelques fausses nouvelles et s'il n'a pas quelques intérêts (concurrentiels, idéologiques ou autres) à dévaloriser ses concurrents. Voire s'il na pas fait quelques choix partisans. Mais poser cette question, n'est-ce pas risquer de se faire classer parmi les sites complotistes ?


Philosophiquement, Decodex se place en position transcendentale : une pure rationalité, formant les conditions de connaissance des objets. Sa devise pourrait être la phrase de Kant : "J'appelle transcendentale toute connaissance qui ne porte point sur les objets, mais sur notre manière de les connaître, en tant que cela est possible, a priori". Les conditions d'exercice de la raison critique et partant de l'exercice sincère de la démocratie passeraient donc par ce processus, de surcroît délégué à un algorithme, et qui permettraient d'accéder au Vrai, au Bien, au Juste. Mazette, que n'y a-t-on songé plus tôt !

Épistémologiquement, le critère de sélection est tout sauf clair : mentir délibérément, rapporter des informations non vérifiées qui flattent vos préjugés idéologiques, être engagé et rapporter systématiquement ce qui va dans le même sens, etc.

- Idéologiquement, Decodex, le vengeur démasqueur, s'auto-attribue le monopole de l'établissement des faits vrais, donc de la désignation des systèmes faux. Toute proposition contredite par lui, et affublée d'une pastille de la mauvaise couleur, ce qui renvoie au mieux au purgatoire des intentions utopiques, au pire à l'Enfer de la désinformation, généralement imputable au complot russo-populiste. Mais une affirmation validée (pastille verte : vous pouvez circuler, il y a quelque chose à croire) échappe à l'idéologie, exclut les intentions coupables et monte immédiatement au ciel de l'évidence. Par ailleurs, rappelons que l'idéologie ne se caractérise pas par sa propension à soutenir des choses fausses ou utopiques, mais par la cohérence de sa vision du monde qui classe automatiquement les faits en évidents ou pas et lui permet de dénoncer les autres interprétations du monde comme idéologiques, fausses, crimogènes, etc...

Qu'y a-t-il de commun entre le fait que les détenteurs du pouvoir politique tendent à se tourner vers la déradicalisation et ceux du pouvoir médiatique vers la désintoxication ?
Sans doute une forme d'incompréhension de ceux d'en bas : si les gens se convertissent au djihad ou n’adhèrent pas à nos valeurs, ce ne peut-être que par l'effet d'une tromperie. S'ils pensent mal, c'est qu'ils sont mal informés ou influencés ; au contraire, s'ils raisonnaient normalement et savaient la vérité, ils ne pourraient que reconnaître la légitimité de notre monde. Mais notre pédagogie les sauvera.

On savait déjà que les élites possédaient un capital de pouvoir, un capital culturel, un capital moral (elles préconisent l'altruisme et l'ouverture face à des masses qu'elles trouvent enclines au repli identitaire). Il va falloir inventer un nouveau mot (capital "véritaire" ?) pour désigner ce nouveau monopole que viennent de s'attribuer les bons maîtres : voir le vrai et empêcher la plèbe de penser faux.

François-Bernard Huyghe (Huyghe.fr, 26 février 2017)

02/03/2017

Meklat, Théo, Traoré: la lumpenisation des esprits...

Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Régis de Castelnau, cueilli sur Causeur et consacré à l'affaire Mehdi Meklat et à sa signification. Avocat, Régis de Castelnau est responsable du blog Vu du droit...

 

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Meklat, Théo, Traoré: la lumpenisation des esprits

Finalement ce que raconte l’épisode du fameux Mehdi Meklat, c’est une vieille histoire. Marx (toujours lui) nous en parlait déjà, en 1852, dans le 18 brumaire de Louis-Napoléon. C’est l’utilisation du « lumpenprolétariat » à son profit exclusif par l’oligarchie et les dominants.

Au contraire de Bakounine fasciné par la pègre, Marx n’y allait pas par quatre chemins, écoutons le décrire la petite masse de manœuvre dont s’était servi Louis-Napoléon pour son coup d’État : « des roués ruinés n’ayant ni ressources ni origine connues… […] les rebuts et laissés pour compte de toutes les classes sociales, vagabonds, soldats renvoyés de l’armée, échappés des casernes et des bagnes, escrocs, voleurs à la roulotte, saltimbanques, escamoteurs et pickpockets, joueurs, maquereaux, patrons de bordels, portefaix, écrivassiers, joueurs d’orgue de barbarie, chiffonniers, soulographes sordides, rémouleurs, rétameurs, mendiants, en un mot toute cette masse errante, fluctuante et allant de ci-de là que les Français appellent « la bohème ». »

L’alliance de la bourgeoisie et des couches moyennes privilégiées

Avec Mehdi Meklat et son compère Badrou nous avons le concentré d’un « lumpen » modernisé, des garçons qui se rattachent à cette culture et ces comportements de petits voyous violents et sans cervelle. La lecture de leur tweets et de leurs grotesques bouquins en est une preuve irréfutable.

Ils sont comme ceux qui ont mis en coupe réglée des quartiers entiers, qui pourrissent la vie des gens, qui affichent des casiers judiciaires longs comme le bras, désorganisent des établissements scolaires entiers, agressent professeurs, policiers et pompiers et sont instantanément transformés en victimes par les belles âmes dès lors que la République essaie de temps en temps, de remettre un peu d’ordre. Le plus grave étant qu’ils pourrissent d’abord la vie de leurs voisins, obligeant ceux qui le peuvent à partir, et d’autres à la résignation et à l’impossibilité d’une intégration qu’ils sont pourtant nombreux à souhaiter.

Et ce sont ainsi des quartiers entiers qui doivent porter le stigmate de «sensibles» ou de «difficiles», que cette petite pègre a classiquement retourné pour en faire un étendard. Et que les  duettistes brandissent fièrement sous le regard énamouré de petits-bourgeois avides de sensations.

Un prolétariat de substitution

Parce que ce pourrissement ne gêne en rien les couches dominantes, cette alliance de la bourgeoisie et des couches moyennes privilégiées qui, calfeutrées dans leurs métropoles connectées, savent qu’elles ont besoin d’éboueurs, de livreurs, de femmes de ménage, caissières à temps partiel, plongeur dans les restos branchés. Payées au lance-pierre, si possible au noir, toutes ces activités de services  rendent la vie dans les centres de ces grandes villes si agréable. Et puis c’est pratique, on ne les voit pas, les éboueurs et les femmes de ménage, c’est tôt le matin, les plongeurs c’est tard le soir, et pour circuler c’est sous la terre comme à Paris, parce que les pauvres n’y ont pas le droit de rouler en surface. On voit d’ailleurs se dessiner une ethnographie particulière de cette immigration de service. Les nouveaux domestiques des habitants des villes mondialisées sont en général originaires d’Asie, Pakistan, Inde, Sri Lanka, Philippines, et d’Afrique subsaharienne aussi. L’immigration maghrébine y est peu présente, et dans sa partie désocialisée vit assez mal cette cohabitation dans les cités. Les asiatiques en savent quelque chose.

Que ces gens vivent dans une périphérie dégradée et sous la coupe de la pègre et de la racaille, les bourgeois bohèmes pourraient s’en moquer, mais en fait ça les arrange. Ceux qui vivent dans ces ghettos sont trop exploités, trop divisés, trop fatigués pour se révolter, mais comme on ne sait jamais, on va laisser le gauchisme culturel et politique et sa bêtise crasse porter au pinacle la part désocialisées et violentes de ces populations. Jamais on n’entend un mot des belles âmes quand un chinois se fait massacrer, un Pakistanais agresser, ou une Philippine violer. En revanche c’est un concert de glapissements dès lors que l’on effleure un de leurs protégés.

Voilà des gens, mélange de jobards et de Marie-Chantal, que le matérialisme rebute, que les couches populaires révulsent, et qui passent leur temps à se chercher des prolétariats de substitution pour faire genre, et surtout pour que rien ne change. Dans leur jargon, Foucault et le dernier Deleuze nous disaient déjà il y a un moment, que c’était les fous, les psychopathes, et les tueurs qui étaient les rédempteurs. Aujourd’hui, ce sont des abrutis acculturés violents et des religieux intégristes qui seraient le sel de la terre. Il suffit de lire les invraisemblables défenses et justifications de Meklat, toutes de contorsions ridicules, que nous ont délivré ses soutiens, pour mesurer la gravité du mal.

La révolte gronde

Malheureusement, cette passion pour Meklat se rattache à deux précédents récents, ceux des affaires Adama Traoré et Théo. Les Français n’aiment pas leur police, c’est une tradition culturelle, on le sait depuis François Villon en passant par Georges Brassens et Renaud. C’est en jouant sur ce réflexe qu’on a monté en épingle ces deux affaires en veillant à mettre le plus d’huile possible sur le feu. Des informations fiables établissent que Traoré était un de ces petits caïds au casier judiciaire chargé redouté dans son quartier, décédé au moment d’une arrestation sans que jusqu’à présent les causes de sa mort puissent être rattachées à des violences commises par les gendarmes à cette occasion. Pour bien connaître la façon dont se passe une information judiciaire, brandir le « mensonge d’État » pour faire instantanément de Traoré un héros martyr, relève du réflexe pavlovien. Concernant Théo, l’IGPN qui n’est pas connue pour être tendre avec les flics, a retenu la thèse de l’accident confortée par des témoignages et des images de vidéosurveillance. De toute façon une information judiciaire a été ouverte et l’auteur du coup à l’origine d’une blessure grave a été mis en examen pour viol. Mais de la même façon, Théo a immédiatement été canonisé saint et martyr, sans que les informations sur son comportement, les causes de son interpellation, et son passé, n’intéressent grand monde.

Mais ce qui est grave, comme le soutien apporté à Meklat, c’est l’attitude des belles âmes. Le président de la République en fonction (?), à ce titre patron de la police, n’a pas jugé bon de se déplacer au chevet des deux policiers grands brûlés à Viry-Châtillon. Cela ne l’a pas empêché de se précipiter au chevet du jeune Théo, prenant ainsi parti par cette provocation indigne, dans une affaire dont la justice était pourtant saisie. Que dire des appels à la manifestation de Bobigny dont on savait très bien qu’elle dégénérerait grâce à la petite pègre, de cette obscène pétition des artistes, de l’attitude de la presse nationale ?

Mais enfin, ne voyez-vous pas cette insurrection qui monte, ces couches populaires qui sont en rage et ne vous supportent plus ? Cette police aujourd’hui hors de contrôle, cette gendarmerie dont les études assez fines montrent que ses membres votent majoritairement Front national, Marine Le Pen annoncée à près de 30 % au premier tour de la présidentielle ? Vous ne sentez pas que cela pourrait très mal tourner ? Vous pensez vraiment que l’élection de Macron va vous permettre de continuer comme si de rien n’était ? Et c’est pour cela que vous continuez à jouer les boutefeux ?  Mais enfin, mesurez-vous votre responsabilité ?

Comme d’habitude, on voit à quoi sert cette alliance millimétrée de l’oligarchie et des gauchistes culturels ou politiques, les libéraux et libertaires main dans la main. Qui rêvent d’une société acculturée, communautarisée, divisée et segmentée, gibier facile pour l’exploitation,  au sein de laquelle on laisse se développer, voire porter aux nues, une délinquance violente chronique, que l’on va actionner pour contrôler ou déconsidérer ceux qui auraient vraiment envie de se révolter face au sort qui leur est fait et à celui qui les attend.

Ils se révolteront quand même, et pas sûr que cela soit festif.

Régis de Castelnau (Causeur, 24 février 2017)

01/03/2017

Zemmour : "Macron, un fils de Madelin et de Cohn-Bendit"...

Vous pouvez découvrir ci-dessous une chronique d'Éric Zemmour sur RTL, datée du 21 février 2017 et consacrée à Emmanuel Macron, après ses fracassantes déclarations sur la colonisation de l'Algérie et sur la culture française (ou du moins sur son inexistence !)...