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Points de vue - Page 3

  • L’Allemagne craque de toutes parts : l’ascension inévitable de l’AfD...

    Vous pouvez découvrir ci-dessous la chronique de David Engels sur Ligne droite, la matinale de Radio Courtoisie, datée du 8 juin 2026  dans laquelle il analyse la montée en puissance de l'AfD en Allemagne ...

    Historien, essayiste, enseignant chercheur à l'Instytut Zachodni à Poznan, à l'Institut Catholique de Vendée ainsi qu'au Mathias Corvinus Collegium de Bruxelles, David Engels est l'auteur de trois essais traduits en français, Le Déclin - La crise de l'Union européenne et la chute de la République romaine (Toucan, 2013), Que faire ? - Vivre avec le déclin de l'Europe (La Nouvelle Librairie, 2024), Défendre l'Europe civilisationnelle - Petit traité d'hespérialisme (Salvator, 2024) et, dernièrement, d'un roman, Le retour du roi (Le Verbe-Haut, 2026). Il a  également dirigé deux ouvrages collectifs, Renovatio Europae - Plaidoyer pour un renouveau hespérialiste de l'Europe (Cerf, 2020) et Aurë entuluva! (Renovamen-Verlag, 2023), en allemand, consacré à l’œuvre de Tolkien.

     

                                          

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  • Le véritable enjeu de 2027 : rendre du pouvoir au Pouvoir...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Michel Geoffroy, cueilli sur Polémia et consacré aux enjeux de l'élection de 2027...

    Ancien haut-fonctionnaire, Michel Geoffroy a publié le Dictionnaire de Novlangue (Via Romana, 2015), en collaboration avec Jean-Yves Le Gallou, ainsi que plusieurs essais, dont La Superclasse mondiale contre les Peuples (Via Romana, 2018), La nouvelle guerre des mondes (Via Romana, 2020), Immigration de masse - L'assimilation impossible (La Nouvelle Librairie, 2021), Le crépuscule des Lumières (Via Romana, 2021), Bienvenue dans le meilleur des mondes (La Nouvelle Librairie, 2023) et, dernièrement Occident go home ! - Plaidoyer pour une Europe libre (Via Romana, 2024).

     

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    Le véritable enjeu de 2027 : rendre du pouvoir au Pouvoir

    Ce qui importe ne se décide plus en France

    Une image trompeuse se projette sur les murs de la caverne politico-médiatique dans laquelle l’oligarchie nous enferme.

    Elle nous fait croire que le président préside, que les parlementaires votent les lois et que le gouvernement « détermine et conduit la politique de la nation », comme le dit l’article 20 de notre Constitution. Pendant que les juges administrent la justice.

    Mais tout cela n’est qu’artifice, communication et spectacle.

    Car, après quarante ans de socialisme, de transferts de compétences au profit de l’Union européenne et de gouvernement des juges, nos institutions tournent à vide et les politiques ont perdu toute initiative. Du moins vis-à-vis de ce qui importe vraiment.

    Les décideurs ne résident plus dans les palais nationaux. Les vraies questions ne se traitent plus en France, mais avant tout à Bruxelles, à Francfort, à Berlin et à Washington. Dans les conseils d’administration des grandes entreprises mondialisées, des GAFAM et des fonds de pension, ainsi que dans les cours de justice.

    Les politiques, acteurs d’un film muet

    La défense ? Elle se décide à l’OTAN. Et Emmanuel Macron essaie au surplus d’« européaniser » notre dissuasion nucléaire.

    La diplomatie ? L’Union européenne nous l’impose et envisage de toute façon de supprimer le droit de veto des États en la matière.

    La monnaie ? Elle est de la compétence de la BCE.

    Les accords commerciaux ? De la compétence de la Commission européenne.

    Les budgets et les réformes ? Ils sont fixés par les grandes orientations de politique économique validées par la Commission européenne.

    L’économie ? Elle est dérégulée.

    La santé ? Depuis le Covid, la Commission européenne a pris la main.

    L’immigration ? Ce sont les juges qui décident à la place des législateurs.

    Dans un tel contexte, nos politiques nationaux ne sont plus que des acteurs d’un film muet : ils s’agitent pour nous faire croire qu’ils gouvernent encore, alors qu’en réalité ils ne s’occupent plus que de l’accessoire et certainement pas du bien commun. Une notion que, de toute façon, l’idéologie libérale-libertaire a réduite à rien.

    Mais, pour enquiquiner les Français, comme disait Georges Pompidou, ils sont encore là !

    Des commentateurs impuissants mais complices

    Nos politiques s’occupent par exemple des questions aussi fondamentales que l’entrée au Panthéon de tel ou tel personnage, de l’hydratation des personnes âgées quand il fait chaud, des droits des « trans » ou du retour des chenilles processionnaires.

    Pour tout le reste, c’est-à-dire pour tout ce qui importe vraiment aux Français — chômage, pauvreté, insécurité, immigration notamment —, ils en sont réduits à adopter la posture du commentateur impuissant, comme on l’a vu avec les palinodies entourant l’adoption par la Commission européenne de traités de libre-échange contraires à nos intérêts : ils déplorent parfois, ils communiquent toujours, mais ils n’en peuvent mais.

    Le seul pouvoir réel que leur délègue l’oligarchie consiste à faire respecter, tels les anciens satrapes de l’Empire perse, l’ordre européiste en France : en clair, de taper sur les Français qui auraient le mauvais goût de se révolter, car, comme disait un ancien président de la Commission européenne, « il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens » (1). On a vu avec les Gilets jaunes que nos politiques exerçaient cette fonction répressive avec zèle, avec l’entier soutien de toutes les institutions, notamment judiciaires.

    Impuissants mais complices.

    L’enjeu de 2027 : rétablir la démocratie

    C’est peu dire que notre démocratie — entendue comme le gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple — se délite, comme notre Constitution d’ailleurs. Ce qui renvoie au glissement de l’Union européenne non pas dans le fédéralisme, mais dans un néo-totalitarisme de plus en plus visible : un système hypercentralisé où les décisions incombent à une caste lointaine et non élue, pendant que les peuples n’ont prise sur rien et que l’on pourchasse les dissidents.

    Les votes à l’Assemblée nationale en disent long : même sur des questions a priori importantes, on constate que seule une minorité de députés vote vraiment (2), les autres ayant manifestement mieux à faire. À quoi sert en effet le Parlement si les vraies décisions se prennent ailleurs et si des juges non élus peuvent ensuite censurer les lois ? Et, finalement, à quoi sert de voter pour de tels « représentants » ?

    En d’autres termes, le pouvoir en France n’est plus à prendre : il faut le recréer, le refonder, le rétablir, le reconquérir. C’est le seul enjeu qui vaille en 2027.

    Car il ne servira à rien d’élire tel ou tel candidat — jeune premier ou vieux politicien roublard — si l’on ne remet pas en cause le processus ayant conduit à la déconstruction méthodique de notre souveraineté et donc de notre liberté d’action.

    Donc, si l’on n’a pas le courage de renverser la table à la fois dans notre pays et au sein de l’Union européenne.

    Mais qui relèvera ce défi ?

    Michel Geoffroy (Polémia, 5 juin 2026)

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  • L’hypocrisie autour du «remplacement de population»...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Sacha Vliegen, traduit sur Euro-Synergies, en provenance du site flammand Feniks, et consacré au remplacement de population en Europe.

     

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    L’hypocrisie autour du «remplacement de population»

    Les débats actuels en Flandre, aux Pays-Bas et en Europe sur le concept de « remplacement de population » montrent surtout à quel point notre culture politique peine encore à traiter sérieusement des questions fondamentales pour notre communauté populaire, notre identité et notre démographie. Dès que le mot est prononcé, le débat bascule presque automatiquement de la réalité elle-même vers la suspicion morale à l’égard de celui qui fait usage du vocable. Un premier camp évoque un remplacement délibéré de la population, l’autre réduit toute inquiétude à ce sujet à du complotisme, à du racisme ou à une réédition d’idéologies nées au cours de la première moitié du vingtième siècle. Les deux réactions empêchent une analyse adulte. La question n’est pas seulement de savoir si le terme «remplacement de population» (ndt: ou "Grand remplacement" en France) est bien choisi, mais surtout quels processus sociaux réels se cachent derrière: immigration de masse, déclin démographique, pression sur le marché du travail, fragmentation culturelle, désintégration familiale, perturbations géopolitiques et dépendance structurelle à un modèle économique qui requiert sans cesse de nouveaux travailleurs.

    Pour les partis libéraux, de gauche comme de droite, tout le remue-ménage autour du remplacement de population est surtout problématique car ils y voient du complotisme, de la confusion sémantique ou une radicalisation dangereuse. C’est révélateur. Souvent, c’est aussi le seul niveau sur lequel ils formulent une critique. Au lieu de traiter sérieusement les problèmes sous-jacents, ils renvoient à de vieilles théories racialistes, demandent que les partis de droite se distancient d’opinions qui ne figurent pas nécessairement dans leur programme, ou mènent un combat juridique et moral contre des figures et des mouvements qui ne s’inscrivent que partiellement dans ce contexte. Le résultat n’est pas un débat plus serein. Le résultat, c’est que les jeunes, qui ne voient aucun intérêt à faire référence à des fantômes idéologiques vieux d’un siècle, constatent simplement que leurs frustrations concrètes face aux échecs de la société multiculturelle sont d’emblée rendues suspectes. Cela accroît la colère latente. Cela crée précisément le terreau sur lequel un véritable extrémisme peut prospérer, car toute critique raisonnable est étouffée.

    C’est pourquoi les questions qui se profilent derrière le concept de "remplacement de population" ne doivent pas être évitées. Quand peut-on considérer quelqu’un comme Flamand, Néerlandais ou Européen? La nationalité de papier suffit-elle? Une carte d’identité suffit-elle? Ou existe-t-il une communauté qui va plus loin que la simple inscription juridique? En Belgique, nous le savons trop bien. Il n’y a pratiquement jamais eu un fort sentiment de "communauté belge", sauf brièvement quand les footballeurs « Diables rouges » avaient encore une chance d'obtenir un succès international. La communauté réelle dans laquelle beaucoup de Flamands se reconnaissent n’est pas inscrite littéralement sur leur carte d’identité. Elle existe dans la langue, l’histoire, les habitudes, les codes sociaux, la mémoire, l’éducation, l’attachement local et les attentes partagées. Elle n’est pas purement biologique, mais elle n'est pas seulement administrative non plus.

    Il serait tout aussi absurde de réduire l’identité à la pureté du sang. Faut-il remonter cinq générations pour déterminer qui possède le «bon» sang flamand, néerlandais ou européen? Une telle approche serait non seulement disproportionnellement exclusive, mais aussi nihiliste. Elle remplacerait la réalité vivante de la communauté par une comptabilité généalogique morte. Une communauté n’est pas une catégorie de laboratoire. Elle est historiquement croissante, culturellement formée et vécue relationnellement. On peut rejoindre une communauté, mais pas simplement par des démarches administratives. Cela nécessite assimilation, loyauté, réciprocité et destin partagé. À l’inverse, une communauté peut aussi être redessinée si rapidement que sa reconnaissance disparaît. Ce champ de tension constitue le cœur du débat.

    Là où la droite se trompe

    L’hypocrisie commence cependant quand les partis de droite nomment bien les symptômes de l’immigration de masse, mais osent rarement en aborder les causes profondes. Il est facile d’utiliser l’immigration électoralement pour expliquer la pression sur le logement, les salaires, les écoles, la sécurité et les prestations sociales. Il est bien plus difficile de reconnaître que l’immigration ne naît pas de rien. Elle est largement poussée par des facteurs d’expulsion. Guerre, perturbation économique, catastrophes écologiques, faillite de l’État et instabilité géopolitique chassent massivement les populations hors de leur région. L’Empire romain d’Occident n’a pas été submergé seulement parce que les Germains voulaient soudain envahir le territoire romain; ils étaient eux-mêmes poussés par les Huns et par de plus grands mouvements aux frontières de l’empire. Aujourd’hui, changements de régime, guerres par procuration, interventions ratées et inégalités mondiales jouent des rôles similaires. Qui veut comprendre l’immigration de masse doit aussi regarder quelle géopolitique déstabilise les sociétés ailleurs dans le monde.

    Ce n’est pas un plaidoyer pour un accueil sans limite. C’est au contraire un plaidoyer pour la lucidité. Qui ne voit l’immigration que comme un devoir moral refuse de considérer sérieusement la capacité d’accueil des sociétés. Qui ne voit l’immigration que comme une invasion refuse d’examiner les causes qui obligent les gens à partir. Une position sereine et équilibrée reconnaît les deux: les frontières sont nécessaires, mais la politique extérieure, la politique de guerre et les structures de dépendance économique contribuent aussi aux flux migratoires que l’on déplore ensuite.

    En plus des facteurs d’expulsion, il existe des facteurs d’attraction. L’accès à la sécurité sociale, à l’éducation, aux soins de santé et au logement rend l’Europe occidentale attractive. C’est compréhensible. L’État-providence est une immense réalisation historique. Mais justement pour cette raison, il ne peut être dissocié indéfiniment de la communauté solidaire d’où il est issu. La solidarité n’est pas seulement un droit abstrait qui peut être revendiqué partout et toujours de la même manière. Elle vit par la confiance, la réciprocité et le sentiment que les sacrifices d’aujourd’hui contribuent à un avenir que l’on reconnaît encore comme le sien. Lorsque des personnes qui n’ont jamais contribué obtiennent immédiatement l’accès à des droits sociaux étendus, cela peut éroder le soutien à la solidarité. Même si les intentions sont humaines, l’effet peut être dissolvant.

    Migration: gain ou perte ?

    Cela ne signifie pas que chaque migrant est un coût. La question de savoir si l’immigration apporte un gain ou une perte économique ne peut pas être résumée à un seul slogan. Migration de travail, migration familiale, migration d’asile, migration hautement ou peu qualifiée ont des conséquences très différentes. Les jeunes migrants qui travaillent rapidement peuvent contribuer positivement à court et moyen terme. Les migrants qui restent longtemps dépendants des aides, du travail peu rémunéré ou de statuts précaires peuvent en revanche peser lourdement sur les systèmes sociaux. Le résultat budgétaire dépend de l’âge, du niveau d’éducation, de l’emploi, de la taille de la famille, de la durée de séjour, de l’acquisition de la langue et de la qualité de l’intégration. C’est pourquoi il est faux de dire que l’immigration apporte toujours des gains. Mais il est tout aussi faux de dire qu’elle coûte toujours. La vérité est différenciée: certaines formes de migration sont économiquement utiles pour certains secteurs, tandis que d’autres pèsent lourdement sur le plan sociétal, culturel et budgétaire.

    La critique prévisible de la droite sur l’idée que la migration peut être utile économiquement a donc en partie un fondement. Il existe effectivement des études et des estimations montrant que certains groupes, surtout quand l’intégration sur le marché du travail échoue, coûtent plus qu’ils ne rapportent. Ces études ne doivent pas être ignorées. En même temps, il faut rester honnête sur leur sensibilité méthodologique. Le résultat de ces calculs dépend fortement de l’horizon temporel choisi, de l’attribution des dépenses collectives, des hypothèses concernant la deuxième génération, la scolarisation et la participation au travail. Les montants précis sont donc moins importants que la conclusion structurelle: la migration devient budgétairement problématique lorsqu’elle s’accompagne de faible emploi, de bas salaires, de dépendance durable et d’intégration insuffisante. Sur ce point, les critiques ont raison. Mais ceux qui en déduisent que la solution consiste simplement en indignation symbolique ou en slogans nostalgiques manquent l’essentiel.

    Le troisième facteur est la démographie. L’État-providence européen se fonde sur un rapport entre suffisamment de contributeurs et une dépendance limitée. Le vieillissement met ce rapport sous pression. Une société avec trop peu d’enfants, de plus en plus de personnes âgées et de moins en moins d’actifs aura tôt ou tard des problèmes à affronter. L’économie moderne tente de résoudre cela par l’activation généralisée, le travail plus longtemps, l’automatisation et l’immigration de travail. Surtout ce dernier facteur devient politiquement explosif. Car ce qui est présenté économiquement comme une nécessité pragmatique est ressenti culturellement comme une perte de repères et de continuité.

    Migration et capitalisme

    Ici, la question migratoire touche à l’ordre capitaliste lui-même. Dans sa critique de la quatrième phase du capitalisme, Diego Fusaro souligne que le capitalisme contemporain ne fait pas seulement commerce de biens et de travail, mais rend aussi frontières, liens, traditions et communautés fluides. Tout ce qui résiste à la circulation, à la flexibilité et à la consommation est suspecté d’être dépassé, caduc. La nation est désormais perçue comme trop fermée, la famille comme trop restrictive, la religion comme trop normative, la communauté locale comme un élément de ralentissement, la tradition comme pas assez flexible. L’homme idéal du capitalisme tardif est mobile, disponible, individuel, consommable et détaché de tous liens forts. L’immigration s’inscrit dans cette logique, non pas nécessairement comme projet idéologique, mais comme fonctionnalité économique: le travail doit être disponible là où le capital en a besoin.

    C’est pourquoi il est trop simple de voir l’immigration de masse uniquement comme un projet culturel ou moral avancé par les élites progressistes. Une partie de la classe supérieure n’a pas forcément intérêt à une immigration illimitée avec droits sociaux complets. Ce qu’elle trouve bien plus attrayant, c’est une immigration optimisée économiquement: suffisamment de travailleurs pour combler les manques, faire baisser les salaires ou maintenir les secteurs, mais sans que ces travailleurs puissent immédiatement participer pleinement à la communauté solidaire. Cela explique pourquoi certains gouvernements parlent avec sévérité de l’immigration, tout en élargissant les visas de travail. Le migrant idéal pour le modèle économique utilitaire n’est pas le nouveau concitoyen, mais le travailleur temporaire: disponible, remplaçable, dépendant et si possible sans trop de revendications.

    Politique migratoire de droite: le populisme bâclé

    La pratique des gouvernements européens de droite montre cette ambivalence. La Pologne sous l'égide du parti PiS a longtemps tenu une rhétorique dure sur l’immigration, mais a en même temps accordé de nombreux permis de travail. L’Italie sous Meloni parlait durement de l’immigration illégale, mais a augmenté les quotas de travailleurs non-européens car l’économie et la démographie l’exigeaient. La Hongrie sous Orbán se présentait comme la défenseuse de la souveraineté nationale et de la continuité culturelle, mais a développé des régimes pour travailleurs temporaires permettant l’immigration de travail sans perspective d’intégration totale. Ce n’est pas un détail. Cela montre la tension fondamentale qui existe entre la politique identitaire électorale et la réalité économique.

    Pour un électorat gagné par la promesse d'une "remigration", d'une restauration et d'un retour à un passé clair, c’est inévitablement décevant. Car même les partis qui critiquent fortement l’immigration de masse se heurtent aux besoins du système économique dès qu’ils gouvernent. Les employeurs demandent des travailleurs. Les établissements de soins demandent du personnel. Agriculture, construction, logistique, restauration et industrie cherchent des gens. La base démographique de la population autochtone est affaiblie. Le marché du travail est construit sur une croissance permanente. Et donc, la porte qui est fermée symboliquement est immédiatement rouverte sur le plan économique.

    Voilà la vraie hypocrisie. La droite récolte des voix en critiquant l’immigration, mais n'ose pas souvent critiquer le capitalisme qui rend l’immigration fonctionnelle. La gauche critique parfois le capitalisme en termes abstraits, mais n’ose pas reconnaître que l’immigration de masse peut affaiblir la position des classes inférieures en toutes négociations sociales, puis accroître la pression sur les services publics et miner la cohésion culturelle des quartiers populaires. Les libéraux, des deux côtés de l'échiquier politique, défendent la mobilité, la flexibilité et l’ouverture, mais refusent de voir le prix payé par les communautés. Ainsi s’instaure un débat où chacun détient une part de vérité, mais où presque personne ne veut la dire entièrement.

    Solutions au remplacement de population

    Un point particulièrement sensible est l’émancipation des femmes sur le marché du travail. Cette émancipation a apporté des avantages indéniables. Elle a donné aux femmes l’autonomie économique, la reconnaissance sociale et l’égalité politique. Aucun projet alternatif sérieux ne doit souhaiter revenir à une époque où les femmes étaient maintenues dans une dépendance structurelle. Mais en même temps, l’intégration des femmes au marché du travail a aussi conduit à une marchandisation totale de la vie familiale. Ce qui pouvait autrefois être porté par un seul revenu nécessite désormais souvent deux revenus. Non parce que les familles sont devenues plus libres, mais parce que le marché s’est adapté à cette nouvelle norme. Les prix de l’immobilier, les normes de consommation, les systèmes fiscaux et les attentes de carrière sont construits autour du modèle du ménage à deux revenus. Le résultat est que le choix d’avoir des enfants est de plus en plus ressenti comme une charge économique, une pression temporelle et une perte dans le plan de carrière.

    La société se retrouve ainsi dans une situation paradoxale. Elle dit que les enfants sont importants, mais organise la vie comme si les enfants étaient surtout une gêne. Elle valorise la famille symboliquement, mais la pénalise économiquement. Elle célèbre la liberté de choix, mais rend presque impossible pour beaucoup de parents d'opter vraiment pour plus de temps à la maison. Elle sacralise le travail et considère les soins à apporter aux enfants comme une activité dérivée. Une civilisation qui réduit sa propre reproduction à un choix individuel de style de vie découvrira tôt ou tard que la démographie ne reste pas une affaire privée. Les faibles taux de natalité ne sont pas une simple addition de choix personnels. Ils expriment la valeur qu’une société accorde à son avenir.

    Une politique nataliste peut apporter une amélioration, mais seulement si elle est conçue de façon durable et large. Des primes uniques ou une rhétorique familiale symbolique ne suffisent pas. Il faut une normalisation des familles nombreuses, des logements abordables, des revenus stables, une fiscalité adaptée à la famille, des crèches accessibles et surtout une revalorisation du travail qu'exigent les soins à apporter aux enfants. Un revenu de remplacement à, par exemple, quatre-vingts pour cent du revenu de l’un des partenaires qui souhaite rester temporairement à la maison serait une piste sérieuse. Il est important que de telles mesures soient accessibles non seulement aux groupes à faibles revenus, mais aussi à la classe moyenne. Sinon, la politique familiale devient une politique de lutte contre la pauvreté, alors qu’elle doit être une politique de consolidation de la civilisation. Le but ne doit pas être de renvoyer les femmes à la maison, mais de donner aux parents le vrai choix de ne pas entièrement soumettre le temps, les soins parentaux et l’éducation des enfants à la logique du marché.

    Conclusion

    Voici le cœur du problème: une société qui épuise économiquement ses propres familles aura tôt ou tard besoin d’immigration de travail pour compenser les conséquences de son propre affaiblissement démographique. Qui veut s’opposer au remplacement de population ne peut donc se contenter de frontières surveillées de manière plus stricte. Il doit restaurer les conditions dans lesquelles sa propre population ose à nouveau faire des projets d’avenir. Cela signifie: des charges de logement moins lourdes, moins de pression de travail absurde, une revalorisation de la maternité et de la paternité, une protection des salaires, un enseignement axé sur la communauté, une assimilation culturelle et une économie qui ne traite pas la famille comme un poste de coût considéré comme inefficace.

    Le terme "remplacement de population" reste chargé parce qu’il suggère souvent un projet de substitution conscient et centralisé. Cette forme de complotisme est faible sur le plan analytique et risquée sur le plan politique. Mais il est mensonger de prétendre qu’il n’y a pas de transformation démographique, que l’immigration de masse n’a pas de conséquences culturelles, que l’intégration a réussi partout, ou que toute critique n’est qu’une nostalgie racialiste. L’échec du modèle multiculturel est visible dans les quartiers ségrégués, les normes parallèles, les retards scolaires, les tensions religieuses, les problèmes de sécurité et la perte de codes partagés, voilà qui relève de l'évidence. Celui qui nomme cet échec n’a pas besoin d’être biologiste. Il peut simplement constater qu’une société a besoin de bien plus que de procédures juridiques pour rester une communauté.

    La "remigration" est un thème qui, lui aussi, doit être discuté sobrement. Dans un sens limité, juridique et humain, une politique de retour est évidente: celui qui n’a pas de droit de séjour, qui fraude, qui commet un  crime ou un délit grave ou qui rejette l’ordre fondamental de la société d’accueil ne peut prétendre indéfiniment à rester. Mais la "remigration" comme retour massif et nostalgique vers un passé ethniquement figé est une illusion. La réalité de décennies de migration, des familles mixtes, des minorités intégrées et des nouvelles générations ne peut être effacée sans une immense perturbation morale, juridique et sociale. C’est précisément pourquoi le débat doit être mené de façon sereine et équilibrée: il faut être strict là où c’est nécessaire, mais sans fantasmes ni déni de la complexité du réel.

    La lutte contre l’immigration de masse ne sera crédible à long terme que si elle s’inscrit dans une critique plus large du modèle économique qui la rend nécessaire. Ce modèle a dissocié le travail de la communauté, soumis les familles à une pression permanente de production, dévalorisé les soins parentaux, rendu les frontières poreuses économiquement et traité les déficits démographiques comme des problèmes logistiques. Il a réduit la famille à un coût alors qu’elle est en réalité le plus bel investissement dans l’avenir. Il a appris aux communautés à se méfier d’elles-mêmes alors que toute solidarité durable commence justement par la reconnaissance, la continuité et la responsabilité partagée.

    Il ne suffit donc pas de dire que la migration coûte de l’argent. Parfois c’est le cas. Parfois elle apporte des gains à certains secteurs. Parfois elle contribue temporairement au financement de systèmes vieillissants. Mais la question la plus profonde n’est pas seulement budgétaire. La question est celle du type de société que l’on veut promouvoir. Une société qui résout ses déficits en important sans cesse de nouvelles personnes, sans restaurer ses propres fondements démographiques, économiques et culturels, achète du temps au détriment de la cohésion. Une société qui pathologise toute critique devient aveugle. Et une droite qui parle de remplacement de population mais se tait sur le capitalisme ne génère qu’une opposition à moitié. La conclusion n’est donc pas que toute migration doit être rejetée. Elle est que l’immigration de masse, le déclin démographique et la dissolution capitaliste doivent être pensés simultanément. Qui ne critique que la migration voit le symptôme mais pas le système. Qui ne critique que le capitalisme, mais se tait sur la pression migratoire qu’il engendre, abandonne les classes populaires et les communautés historiques. En ce sens, la pensée d’Alain de Benoist reste très pertinente: qui critique la migration mais se tait sur le capitalisme ne parle qu’à moitié; qui critique le capitalisme mais se tait sur la migration fait de même.

    Sacha Vliegen (Euro-Synergies, 6 juin 2026)

     

    Sources:

    AIVD. (n.d.). Rechts-extremisme. Algemene Inlichtingen- en Veiligheidsdienst. https://www.aivd.nl/onderwerpen/aandachtsgebieden/extremi...

    Benoist, A. de. (2011). L’immigration, armée de réserve du capital. Revue Éléments. https://www.revue-elements.com/limmigration-armee-de-rese...

    Christl, M., De Poli, S., Hufkens, T., Peichl, A., & Ricci, M. (2022). Migration and public finances in the EU. Joint Research Centre, European Commission. https://publications.jrc.ec.europa.eu/repository/handle/J...

    European Commission. (2024). Commission sets out actions to tackle labour and skills shortages. https://employment-social-affairs.ec.europa.eu/news/commi...

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    Fusaro, D. (2018). The new order of things: Property, power and the transformation of the individual. Mimesis International.

    ILO. (2022). Temporary labour migration: Unpacking complexities. International Labour Organization. https://www.ilo.org/

    Myria. (2022). Immigrant labour market integration in Belgium. Federaal Migratiecentrum. https://www.myria.be/

    Nationale Bank van België. (2020). Economic impact of immigration in Belgium. https://www.nbb.be/doc/ts/publications/economicreview/202...

    OECD. (2024). International Migration Outlook 2024. OECD Publishing. https://www.oecd.org/en/publications/international-migrat...

    OECD. (2024). Society at a Glance 2024: OECD social indicators. OECD Publishing. https://www.oecd.org/en/publications/society-at-a-glance-...

    OECD. (2025). International Migration Outlook 2025. OECD Publishing. https://www.oecd.org/en/publications/international-migrat...

    Reuters. (2025). Italy to issue half a million non-EU work visas over next three years. Reuters. https://www.reuters.com/

    Vlaams Belang. (2024). Fiscale kosten en baten van immigratie voor België. https://www.vlaamsbelang.org/

    World Policy Analysis Center. (2023). Parental leave policies in OECD countries. https://www.worldpolicycenter.org/

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  • Le lord, le sang et les vieilles murailles...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Balbino Katz, le chroniqueur des  vents et des marées, cueilli sur Breizh-Info et consacré à l'incompréhension des élites britanniques face à l'émergence du parti anti-immigration Restore Britain...

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    Le lord, le sang et les vieilles murailles

    J’étais dans mon salon, ce qui, dans mon extrême Occident, constitue parfois un poste d’observation plus sûr qu’une chaire universitaire. La fenêtre donnait sur ce calme trompeur des jours où l’on se dit que l’Europe tient encore debout parce que les meubles n’ont pas bougé. Sur l’écran défilaient d’abord les images des réjouissances françaises après la victoire du Paris Saint-Germain dans je ne sais quelle compétition sportive, le genre d’événement où l’on voudrait croire que le drapeau, les cris et les maillots suffisent encore à faire nation. Très vite, la fête avait pris son tour habituel. Des vitrines brisées, des scooters incendiés, des groupes courant devant les forces de l’ordre, ces jeunesses périphériques, pour reprendre une formule assez molle pour ne pas troubler le sommeil du ministre de l’Intérieur, transformaient la victoire d’une équipe portant les couleurs françaises en rite de saccage ou en répétition de guerre intérieure.

    J’avais encore ces images en tête lorsque d’autres, venues d’Angleterre, me parvinrent. Elles montraient Henry Nowak, jeune homme blanc de dix-huit ans, gisant au sol, ensanglanté, menotté par une police qui avait d’abord cru la parole de son agresseur. Celui-ci l’avait accusé d’avoir commis une attaque raciste. La formule avait suffi à inverser le monde. Le blessé devenait suspect. Le sang visible comptait moins que l’accusation rituelle. Dans cette Angleterre naguère si jalouse de ses formes, de ses libertés, de son flegme et de sa common decency, des policiers voyaient un jeune homme mourir et semblaient d’abord chercher, non la plaie, mais la faute morale.

    Il n’est pas nécessaire d’être grand clerc pour comprendre ce que ces deux scènes racontent. D’un côté, une France où la victoire sportive devient prétexte à la guerre de rue. De l’autre, une Angleterre où l’accusation de racisme agit comme une clef sacrée ouvrant toutes les portes, y compris celle de l’absurde. Entre les deux, une même maladie européenne : l’État ne protège plus ceux qui devraient l’être, et se montre prodigieusement sensible à ceux qui savent parler la langue de son idéologie.

    C’est dans cette humeur, je le confesse, peu favorable aux billevesées parlementaires, que je me suis attardé sur l’éditorial publié par The Times sous la plume de Paul Goodman, devenu Lord Goodman of Wycombe. L’homme n’est pas un échappé de tribune anonyme. Ancien député conservateur, ancien observateur écouté du monde tory, pair britannique, il appartient à cette caste qui connaît les couloirs, les déjeuners, les amitiés utiles, les rites du pouvoir. Une Angleterre se meurt dans les rues, dans les commissariats, dans les écoles, dans les tribunaux symboliques de la diversité. Le bon lord, lui, s’inquiète de la fragmentation du système partisan.

    Son article est consacré à Restore Britain, le parti de Rupert Lowe, ancien élu de Reform UK, homme d’affaires, fermier, ancien conservateur et figure désormais dissidente du camp populiste britannique. Paul Goodman ne voit pas d’abord, dans cette apparition, le symptôme d’un pays qui bout. Il y voit le risque d’un désordre électoral. Restore pourrait prendre assez de voix pour gêner Reform, affaiblir Nigel Farage et compliquer encore la formation de gouvernements stables à Westminster. La maison brûle, le lord compte les fauteuils.

    Il faut lui rendre justice. Son éditorial n’est pas dépourvu d’intelligence tactique. Il observe que Restore Britain peut prospérer sur la décomposition des vieux partis, que les conservateurs et les travaillistes n’ont pas su relever le niveau de vie, maîtriser les frontières ni combattre l’extrémisme islamiste. Il comprend que les réseaux sociaux permettent à Rupert Lowe et à ses partisans de contourner la presse classique. Il note l’importance de X, la puissance de Facebook, l’appui ou la bienveillance d’Elon Musk, la capacité nouvelle d’une droite insurrectionnelle à parler directement aux Anglais sans passer par le filtre des journaux comme il faut, des chaînes qui pensent bien, des éditorialistes agréés.

    Toutefois, cette lucidité s’arrête précisément là où elle devrait commencer. Paul Goodman voit le mécanisme. Il ne veut pas regarder la cause. À ses yeux, Restore serait moins un parti qu’une nostalgie monétisée, une industrie du ressentiment, un divertissement sombre offert à des électeurs provinciaux, âgés, blancs, égarés dans une chambre d’écho algorithmique. Le peuple, lorsqu’il ne vote plus convenablement, devient toujours une pathologie de communication.

    Les griefs du lord sont nombreux, et ils méritent d’être exposés parce qu’ils dessinent un portrait parfait de la peur des élites. Restore, dit-il en substance, naîtrait d’une querelle venimeuse entre Rupert Lowe et Nigel Farage. Lowe serait un homme d’un autre temps, un rescapé des années 1980, incertain de ce qu’il a lui-même créé. Son parti serait animé par des activistes plus jeunes, plus rudes, plus efficaces dans la publicité numérique. Ses messages, souvent grossiers, exciteraient les passions plutôt qu’ils ne construiraient une politique. Ses militants croiraient former une majorité silencieuse alors qu’ils ne pèseraient, dans les sondages nationaux, qu’une poignée de points. Ils seraient portés par des comptes étrangers, des robots, des mauvais génies numériques, des puissances hostiles, tout cet attirail commode qui permet d’expliquer que des citoyens pensent mal sans devoir se demander pourquoi ils pensent ainsi.

    Le reproche le plus révélateur concerne pourtant l’immigration. Paul Goodman accuse Restore de flotter dans un rêve des années 1950, un Royaume-Uni d’avant l’immigration de masse, avec ce slogan brutal, « millions must go », que l’on pourrait traduire sans grâce par « des millions doivent partir », une remigration sauce à la menthe. Il y voit un nativisme repoussant, une sorte d’illusion blanche, provinciale, vieillissante, incapable d’accepter le pays réellement advenu. À l’entendre, le Royaume-Uni de naguère serait un fantasme, et celle d’aujourd’hui une donnée de fait devant laquelle chacun doit s’incliner.

    Or c’est précisément ici que s’ouvre l’abîme.

    La question n’est pas de savoir si l’on peut revenir mécaniquement à l’Angleterre de 1950. Nul peuple ne rentre dans son enfance par décret. La question est de savoir si les Anglais avaient consenti à devenir minoritaires dans des quartiers entiers de leur propre pays, à voir leurs villes transformées, leurs écoles bouleversées, leur police paralysée par la peur du soupçon racial, leurs jeunes filles abandonnées dans les affaires de grooming gangs, leurs frontières ouvertes comme les portes d’une gare de province. La question est de savoir qui a décidé, au nom de quoi, et avec quel mandat.

    Paul Goodman appelle cela nostalgie. D’autres l’appelleraient mémoire.

    C’est l’un des tours les plus redoutables de notre époque. Celui qui veut transmettre devient nostalgique. Celui qui veut demeurer devient extrémiste. Celui qui remarque que son pays a changé au point de ne plus se reconnaître est invité à consulter au mieux un sociologue ou au pire un psychiatre. À l’inverse, celui qui célèbre la dissolution générale se voit paré des vertus de l’ouverture, de la modernité, de la tolérance. Il y a dans cette inversion quelque chose de presque soviétique, le réel est faux s’il contredit la doctrine.

    Le bon lord s’inquiète aussi du fait que Restore puisse affaiblir Reform UK. Voilà son obsession centrale. Si Rupert Lowe mord sur le même électorat que Nigel Farage, si les voix se dispersent, si la droite protestataire se fragmente, alors les travaillistes pourraient demeurer au pouvoir, ou du moins le système britannique deviendrait plus ingouvernable encore. Ce raisonnement a sa cohérence. Il appartient à la vieille science des appareils. Seulement il oublie que les peuples ne sont pas nés pour simplifier la vie des partis.

    C’est toujours la même plainte des castes installées. Les électeurs devraient se comporter de manière responsable, c’est-à-dire voter selon les nécessités du système qui les a trahis. On leur demande de ne pas diviser les conservateurs, comme on demandait hier aux Français de ne pas diviser les républicains, de ne pas affaiblir le centre, de ne pas troubler la digue, de ne pas faire le jeu de l’adversaire. À la fin, le citoyen n’est plus souverain. Il est gestionnaire adjoint de la panique des élites.

    La vraie division britannique n’est pas entre Reform et Restore. Elle est entre ceux qui subissent le pays nouveau et ceux qui l’administrent depuis des lieux protégés.

    Paul Goodman appartient, par sa position, par sa fortune sociale, par son monde, à cette Angleterre capitonnée qui ne croise presque jamais les conséquences humaines de ses principes. Ces hommes peuvent disserter sur le nativisme depuis un fauteuil ancien, sous un portrait de famille, dans un salon où les bruits de la rue n’entrent pas. Ils trouvent toujours excessif que les autres se plaignent. Ils peuvent condamner les simplifications de Restore sans jamais se demander pourquoi un tel parti trouve un public. Ils peuvent sourire de la « nostalgie monétisée » sans voir que la modernité qu’ils défendent, elle aussi, nourrit ses bureaucraties, ses ONG, ses consultants, ses avocats, ses universitaires, ses policiers de la pensée, ses entrepreneurs de diversité.

    Ce qui frappe surtout, dans l’éditorial du Times, c’est l’absence. Paul Goodman parle de stabilité gouvernementale, de réseaux sociaux, d’Elon Musk, de sondages, de duopole partisan, de concurrence électorale, de fragmentation. Il parle même de l’échec des partis traditionnels à contrôler les frontières et à combattre l’extrémisme islamiste. Il ne s’attarde pourtant pas sur le martyre concret qui donne chair à ces mots. Il ne regarde pas longtemps Henry Nowak menotté dans son sang. Il ne regarde pas longtemps les jeunes filles de Rotherham, Rochdale ou Oldham, livrées pendant des années à des prédateurs pakistanais que les autorités n’osaient pas nommer correctement de peur d’être accusées de racisme. Il ne descend pas dans le bas monde. Il reste au balcon.

    C’est ce balcon qui a perdu l’Angleterre.

    On peut contester Rupert Lowe. On peut trouver Restore brutal, insuffisant, brouillon, verbalement imprudent. On peut craindre qu’un parti né de la colère produise davantage de clameur que d’État. Ces réserves ne sont pas absurdes. La colère ne suffit pas à gouverner. Le cri n’est pas un programme. La dénonciation, à elle seule, ne fait ni une police, ni une frontière, ni une politique industrielle, ni une école. Jünger eût dit, peut-être, qu’il ne suffit pas de haïr les ruines pour savoir bâtir au milieu d’elles.

    Cependant la colère n’est pas née d’un caprice. Elle est le retour du refoulé national.

    Depuis des décennies, les élites britanniques promettent que l’immigration de masse enrichira la nation, que la diversité sera une force, que les frontières sont des anachronismes, que les inquiétudes populaires sont des préjugés, que les victimes de la transformation doivent se taire par délicatesse. Puis, quand un parti surgit pour dire avec brutalité ce que des millions d’hommes murmurent depuis longtemps, les mêmes élites feignent de découvrir un monstre sorti de nulle part.

    Le monstre n’est pas sorti de nulle part. Il sort de leurs politiques.

    Il sort des quartiers où les Anglais ont appris à baisser la voix. Il sort des commissariats où l’on craint davantage l’accusation de racisme que l’évidence d’un corps blessé. Il sort des tribunaux médiatiques où le mot « blanc » devient suspect dès qu’il désigne une victime. Il sort des hôtels remplis de migrants illégaux pendant que des familles modestes n’arrivent plus à se loger. Il sort de cette impression, terrible, que l’État britannique aime davantage l’idée morale qu’il se fait de l’étranger que les siens propres.

    Paul Goodman voudrait qu’on appelle Restore une industrie du divertissement. C’est commode. Le divertissement n’a pas de racines. Il passe, il amuse, il choque, il se vend, puis il disparaît. Il est possible, d’ailleurs, que Restore disparaisse. La politique britannique est capricieuse. Les partis naissent, gonflent, se déchirent, s’évanouissent. Le sort organisationnel de Rupert Lowe m’intéresse moins que le phénomène dont il est le nom provisoire.

    Car même si Restore venait à s’effacer, ce qu’il exprime ne s’effacerait pas.

    Le Royaume-Uni est entré dans l’âge post-impérial de la dépossession intérieure. Il ne domine plus les mers. Il ne tient plus son industrie. Il ne contrôle plus véritablement ses frontières. Il n’a plus la vigueur morale de son ancienne classe dirigeante. Les conservateurs ont trahi sans courage, les travaillistes dissolvent avec componction, la police s’agenouille devant les fétiches de l’époque, les juges tremblent devant les mots interdits, les médias chassent le dissident plus volontiers qu’ils ne poursuivent le mensonge officiel. Ce n’est pas un accident. C’est un régime.

    Un Euro-Argentin de Bretagne, qui lit chaque matin la presse britannique comme d’autres consultent le baromètre, ne peut regarder ce spectacle sans mélancolie. J’ai connu, comme beaucoup d’hommes de ma génération, l’Angleterre à travers ses marins, ses écrivains, ses officiers, ses explorateurs, ses clubs, ses bibliothèques, ses rites un peu froids, sa manière de tenir debout sous la pluie. Il y avait là un peuple, avec ses duretés, ses injustices, ses grandeurs. Aujourd’hui, on nous parle d’une « nouvelle Angleterre », comme Mélenchon parle d’un « nouveau peuple ». Cette Angleterre nouvelle n’est pas la continuation de l’ancienne. Elle en est parfois la négation administrative.

    À ceux qui s’étonnent que des partis comme Restore apparaissent, il faudrait répondre simplement : que vouliez-vous qu’il arrivât ?

    Pensiez-vous qu’un peuple disparaîtrait sans bruit, entre une campagne de sensibilisation et un atelier de diversité ? Pensiez-vous que les vieux Anglais provinciaux accepteraient d’être traités comme les vestiges gênants d’un pays périmé ? Pensiez-vous que les familles des victimes, les habitants des villes moyennes, les policiers encore sains, les ouvriers remplacés, les électeurs méprisés, les jeunes hommes accusés avant d’être secourus, se contenteraient éternellement de lire les homélies des lords dans The Times ?

    Ce que Paul Goodman appelle désordre est peut-être le commencement tardif d’une vérité politique. Les vieux partis se fragmentent parce qu’ils ne représentent plus le réel. Les médias traditionnels sont contournés parce qu’ils ont trop longtemps filtré le réel. Les réseaux sociaux prospèrent parce qu’ils donnent, au milieu du fracas et du mensonge, une issue à des paroles interdites ailleurs. Ce n’est pas toujours beau. Ce n’est pas toujours juste. C’est souvent brutal. C’est surtout inévitable.

    La tâche d’un homme politique sérieux serait de transformer cette colère en restauration, non en spectacle. C’est ici que Rupert Lowe sera jugé. S’il n’est qu’un entrepreneur de fureur numérique, il passera. S’il comprend que l’Angleterre ne se sauvera ni par les invectives ni par les nostalgies mal peignées, mais par la frontière, la police, l’école, la justice, la préférence nationale, la remigration organisée, la renaissance des mœurs communes et le courage de nommer les choses, alors il aura peut-être une place dans l’histoire qui vient.

    Lord Goodman, lui, appartient déjà à l’histoire qui s’en va.

    Il voit dans Restore un danger pour la stabilité parlementaire. Je vois dans son éditorial un document précieux sur la stabilité des aveugles. Il y a des hommes qui continuent de discuter l’ordonnancement des bancs pendant que la nef prend l’eau. Ils appellent cela responsabilité. Le peuple, lui, commence à appeler cela abandon.

    Dans mon salon, les images de Paris et de Southampton se mêlaient encore. Les voitures brûlées après la victoire. Le jeune Henry Nowak menotté dans son sang. Le visage impeccable du lord dans le journal. Trois images, une seule leçon. Nos élites ne craignent pas le chaos qu’elles ont produit. Elles craignent que quelqu’un, enfin, ose le nommer.

    Balbino Katz, Chroniqueur des vents et des marées (Breizh-info, 3 juin 2026)

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  • Jean-Yves Le Gallou sur la remigration : « Il faut rendre le pouvoir aux peuples européens ! »...

    Nous reproduisons ci-dessous l'intervention de Jean-Yves Le Gallou au Sommet européen pour la remigration qui s'est tenu à Porto le samedi 30 mai 2026 en présence de nombreuses personnalités européennes.

    Ce sommet a également donné lieu au lancement de la première pétition européenne ("Save Europe Act") pour stopper l'immigration, sécuriser les frontières et protéger l'identité ethnoculturelle des nations européennes

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    Jean-Yves Le Gallou sur la remigration : « Il faut rendre le pouvoir aux peuples européens ! »

    Le rôle paralysant du pouvoir judiciaire

    Les deux tiers des Européens trouvent qu’il y a trop d’immigration en Europe et pourtant, l’an dernier, plus de 4 millions d’étrangers extra-européens, issus du monde arabo-musulman, d’Afrique ou d’Asie, sont entrés en Europe pour y séjourner. Comment peut-il y avoir un tel écart entre le souhait des peuples et la réalité des politiques conduites ? Trois explications sont possibles : la malveillance ou la lâcheté des dirigeants politiques, l’ampleur de la doxa médiatique, mais aussi le rôle paralysant du pouvoir judiciaire. C’est ce dernier point que je voudrais aborder devant vous.

    Je vais commencer mon propos en prenant deux exemples français : en 2023, le Parlement a adopté une loi sur l’immigration. Elle comportait des éléments plutôt favorables aux immigrés et d’autres plus restrictifs quant aux conditions de séjour et d’installation. Le Conseil constitutionnel a été appelé à juger de la validité de cette loi et il a annulé les trois quarts des dispositifs un tant soit peu restrictifs. Bilan : Parlement zéro, pouvoir judiciaire 1.

    Voulez-vous un autre exemple ? Le voici ! Un haut fonctionnaire français, aujourd’hui député européen du Rassemblement national, a été, durant sept ans, le patron de Frontex, le service de contrôle des frontières extérieures de l’Union européenne. Fabrice Leggeri a tenté de faire son travail en limitant l’immigration clandestine, mais il a été poussé à la démission par les autorités européennes et se retrouve aujourd’hui poursuivi par la cour d’appel de Paris. Pour, tenez-vous bien, « crime contre l’humanité » (sic). Il s’agit évidemment de dissuader hommes politiques et fonctionnaires de tenter de réguler l’immigration.

    Ce phénomène du pouvoir judiciaire n’est pas particulier à la France : tous les pays européens sont plus ou moins concernés à travers les actions de leurs hautes cours de justice ou de leurs cours constitutionnelles, ou tout simplement des organisations judiciaires plus classiques.

    C’est ce qui vient d’arriver à notre ami Dries Van Langenhove, condamné par un tribunal belge qui reconnaît qu’il a scientifiquement et statistiquement raison dans son analyse de l’immigration, mais que critiquer celle-ci révèle une intention d’incitation à la haine qui doit être condamnée. Par une interprétation liberticide d’une loi déjà liberticide.

    Ce pouvoir judiciaire a de multiples effets : un effet retardateur, un effet de censure et, ce qui est encore pire, un effet d’autocensure, car la peur d’être désavoué intimide et paralyse la parole des lanceurs d’alerte comme l’action des gouvernements et des législateurs : cela conduit à l’adoption de demi-mesures par crainte de la censure d’une action réellement utile.

    Souvent présenté comme la quintessence d’un « État de droit », porteur de hautes valeurs morales, ce pouvoir judiciaire accumule les biais antidémocratiques :

    1 — Sauf en Suisse, ce n’est pas un pouvoir élu et c’est même souvent un pouvoir corporatiste qui s’autopromeut.

    2 — C’est un pouvoir qui se déploie en fondant ses décisions sur l’application ou, plus exactement, l’interprétation de textes généraux — conventions internationales et autres — qui se prêtent à toutes les manipulations.

    3 — Ce pouvoir est soumis à des influences idéologiques progressistes : à titre d’exemple, 20 % des juges à la Cour européenne des droits de l’homme — dont les jurisprudences inspirent celles de tous les États — sont proches d’associations liées à la galaxie Soros.

    4 — Le pouvoir judiciaire est irresponsable : il ne prend pas en compte les conséquences pratiques de ses décisions de principe. À titre d’exemple, en France, la Cour nationale du droit d’asile a décidé que toutes les femmes afghanes avaient par nature un droit à l’asile en France et, par là même, au séjour en Europe. Est-il responsable de décider qu’il serait possible d’accueillir 30 millions de personnes venant d’Afghanistan elle-même, ouvrant droit à 30 millions de personnes supplémentaires au titre du regroupement familial ? C’est tout simplement déraisonnable, mais lors des audiences, les avocats qui font valoir les droits des particuliers demandeurs d’asile — qu’ils soient homosexuels togolais, albinos congolais, musulmanes sri-lankaises ou transsexuels péruviens, je cite des jurisprudences — expliquent aux juges qu’ils ne doivent en aucun cas prendre en compte les conséquences collectives de leurs décisions individuelles.

    5 — C’est le point aveugle du pouvoir judiciaire : se prononcer exclusivement du point de vue d’individus étrangers, sans jamais prendre en compte l’intérêt général, le bien commun.

    Vers le JUGEXIT !

    C’est pourquoi l’identité européenne ne pourra être sauvée que si les peuples européens reprennent la pleine souveraineté sur leurs lois et leurs décisions administratives. Cela suppose ce que j’ai appelé, dans mon ouvrage Remigration pour l’Europe de nos enfants, le JUGEXIT. Qu’est-ce que le JUGEXIT ? C’est la suprématie de la loi sur les jurisprudences arbitraires. Cela suppose plusieurs préalables :

    1 — Sans doute la dénonciation de conventions internationales abstraites, remontant aux années 1950 et adoptées dans des contextes infiniment différents de la situation d’aujourd’hui : je veux parler ici de la Convention européenne des droits de l’homme, de la Convention internationale des droits de l’enfant ou de la Convention de Genève sur les réfugiés. Celle-ci était prévue pour protéger les populations européennes déplacées à l’issue de la Seconde Guerre mondiale, pas pour accueillir le monde entier en fonction de considérations pseudo-humanitaires.

    2 — Il faut aussi que nos pays réaffirment la suprématie de leur loi interne postérieure sur les traités internationaux postérieurs.

    3 — Il faut enfin que les juges soient — sous peine de forfaiture — tenus d’appliquer les lois votées et qu’il leur soit interdit de les censurer en fonction de leur humeur ou de leurs sensibilités idéologiques.

    Ne nous laissons pas abuser par ce qu’ils appellent « l’État de droit », qui n’est trop souvent que la dictature judiciaire, elle-même apparentée à La Nef des fous, puisque les jurisprudences de nombreux États européens, dont la France, sur le droit d’asile, ouvrent le droit à l’entrée et au séjour en Europe à 600 millions de personnes, ce qui supposerait de bétonner la moitié de notre continent.

    Il faut rendre le pouvoir aux peuples européens : directement par référendum pour les pays qui le pratiquent ou à travers leurs parlementaires pour les autres. C’est dans cet esprit qu’un grand événement européen se tiendra à Paris le samedi 31 octobre prochain.

    Européens, libérez-vous !

    Jean-Yves Le Gallou (Polémia, 1er juin 2026)

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  • La gauche et le peuple : chronique d’un divorce...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Balbino Katz, le chroniqueur des  vents et des marées, cueilli sur Breizh-Info et consacré au violent divorce entre la gauche et le peuple...

     

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    La gauche et le peuple : chronique d’un divorce que les deux dames de Libération n’ont pas vu venir

    Au bar des Brisants, ces jours-ci, la chaleur avait quelque chose d’incongru, presque d’offensant. Une canicule inhabituelle pesait sur Lechiagat, sans ce souffle de mer qui d’ordinaire remet un peu d’ordre dans les corps et dans les pensées. La Bretagne elle-même semblait surprise d’être ainsi livrée à une fournaise de sous-préfecture méridionale. J’étais assis près de la vitre, un café noir devant moi, et je voyais, au dehors, la vedette des sauveteurs en mer immobile dans la lumière blanche, comme si même les hommes du secours attendaient que l’air redevînt respirable.

    Cette torpeur fut rompue par deux dames d’un âge respectable, cheveux courts tirant vers le bleu, lunettes rondes, allure de militantes revenues de toutes les causes sauf de leurs illusions, qui tenaient Libération comme on tient encore un bréviaire quand on n’a plus la foi, mais que demeure le rite. Elles commentaient une tribune de Michèle Riot-Sarcey, historienne, publiée sous un titre d’époque : « Face à l’extrême droite, sortir de la sidération et de la fatalité ». Le ton était grave, presque liturgique. Il fallait réveiller la démocratie, mobiliser les consciences, faire appel au peuple, convoquer les associations, reprendre la rue, ouvrir des assemblées, tenir des débats contradictoires, conjurer le fascisme.

    Je les écoutais d’abord par politesse de comptoir, puis avec cette attention oblique que donnent les cafés de bord de mer, lorsque l’on regarde au loin en feignant de ne pas entendre ce qui se dit à deux tables de soi. Le vocabulaire m’était familier. Il avait le parfum jauni des tracts ronéotés, des réunions interminables, des comités d’action, de ces soirs où l’on croyait encore que le monde attendait la gauche comme on attend une délivrance. Les deux dames parlaient du peuple avec une tendresse abstraite, un peu comme on parle d’un enfant disparu dont on refuse de reconnaître qu’il est devenu un adulte hostile.

    De retour à la maison, sur mon ordinateur, avec en tête ces deux têtes bleues penchées sur leur journal, je me suis plongé à mon tour dans la tribune. Elle est intéressante, non parce qu’elle nous apprend quelque chose de neuf, mais précisément parce qu’elle ne nous apprend rien. Elle a cette vertu documentaire des textes qui résument une époque finissante : tout y est. La peur du fascisme, l’appel au sursaut démocratique, l’accusation du capitalisme prédateur, la dénonciation de la droite propriétaire, patriote et familiale, la nostalgie d’une mobilisation populaire, la confession partielle des crimes ou compromissions de la gauche, et, au bout du compte, l’incapacité à comprendre que le peuple invoqué n’est plus là.

    L’historienne commence par rappeler que l’histoire ne se répète jamais, mais que nous ne sommes pas à l’abri d’un retour de formes autoritaires évoquant le fascisme européen. La prudence de la formule mérite d’être notée. Elle évite l’assimilation pure et simple, puis revient aussitôt, par le détour de la ressemblance, à l’équivalence morale. C’est une vieille figure rhétorique. On déclare ne pas confondre, pour pouvoir suggérer plus fortement encore. L’adversaire n’est pas seulement un adversaire. Il est le prélude possible d’une catastrophe dont chacun connaît les images scolaires : chemises, bottes, défilés, camps, ruines fumantes.

    Historiquement, le procédé n’est pas innocent. Depuis quarante ans, la gauche européenne a remplacé l’espérance sociale par la gestion mémorielle de la peur. Ayant perdu l’avenir, elle administre le passé. Elle ne promet plus guère le monde nouveau, elle menace du monde ancien. Le fascisme, qui fut un phénomène précis, daté, enraciné dans la guerre totale, la brutalisation des sociétés, la crise des empires, la peur du bolchevisme, la misère de l’après 1918 et le discrédit du parlementarisme libéral, devient une catégorie flottante. Elle sert à désigner toute réaction populaire échappant à l’encadrement moral de la gauche.

    Le plus frappant, dans cette tribune, n’est pourtant pas ce qu’elle dit. C’est ce qu’elle ne dit jamais. À aucun moment l’historienne ne nomme vraiment ce qui préoccupe les Français, comme d’ailleurs beaucoup d’Européens : l’insécurité quotidienne, la dépossession culturelle, l’immigration de masse, l’effondrement scolaire, la pression fiscale, la dégradation des services publics, la concurrence sociale, la difficulté de se loger, la solitude des campagnes, l’abandon des villes moyennes, la disparition des anciennes sociabilités populaires, la crainte de voir ses enfants vivre dans un pays devenu méconnaissable. Tout cela est absent, ou plutôt tout cela n’apparaît que sous forme pathologique, comme si ces inquiétudes ne pouvaient être que des symptômes de peur, d’ignorance ou de ressentiment.

    C’est là que l’affaire se gâte. À force d’étendre le mot fascisme à tout ce qui contrarie son monde, la gauche l’a vidé de sa substance historique. Elle voit du fascisme dans la demande d’ordre, dans l’attachement national, dans la défense des frontières, dans l’inquiétude démographique, dans l’hostilité à l’immigration de masse, dans le refus de la dépossession culturelle. Or l’historien sérieux devrait précisément distinguer. Il devrait séparer la pathologie totalitaire de la simple volonté d’un peuple de demeurer lui-même. Confondre l’une avec l’autre, c’est substituer la police du vocabulaire à l’analyse du réel.

    Cette cécité éclate jusque dans les petites querelles de mœurs publiques. La même gauche qui trouve toujours de bonnes raisons pour empêcher des banquets populaires, surveiller des fêtes enracinées, soupçonner une tablée de village, une réunion associative ou un repas champêtre dès lors qu’ils sentent trop le pays réel, se découvre soudain libertaire lorsqu’il s’agit de défendre les raves illégales. Là où des familles, des paysans, des jeunes gens du cru ou des militants identitaires veulent dresser des tables, elle aperçoit l’ombre de la peste brune. Là où des foules anonymes s’installent sans autorisation, occupent des terrains, épuisent les forces de l’ordre, laissent derrière elles déchets, nuisances et parfois drames humains, elle parle volontiers de liberté festive, de culture alternative, de jeunesse incomprise. La fête enracinée lui paraît suspecte. La transgression sans mémoire lui semble poétique.

    Michèle Riot-Sarcey écrit ensuite que le capitalisme montre son vrai visage en faisant triompher « ses prédateurs les plus avides », tandis que la barbarie deviendrait le signe des temps avec l’arrivée en masse des pouvoirs d’extrême droite. Ici encore, le vieux mécanisme marxisant réapparaît sous ses habits fatigués. Les puissants, les prédateurs, les dominants, les possédants. Le lexique a connu toutes les assemblées générales, toutes les facultés de lettres, tous les amphithéâtres chauffés par l’argent public. Il suppose que la droite populaire serait la pointe avancée du capitalisme, quand le capitalisme contemporain est, pour l’essentiel, mondialiste, déraciné, technocratique, managérial, publicitaire et hostile aux vieilles formes d’appartenance.

    Il y a même là une contradiction presque comique. La gauche dénonce les puissances d’argent, puis elle s’étonne que les peuples se retournent contre les partis qui ont accompagné, justifié ou béni la mondialisation culturelle et migratoire. Elle voit partout l’emprise du capital, sauf dans les grandes métropoles progressistes, les plateformes numériques, les fondations philanthropiques, les institutions supranationales, les médias de prestige, les industries culturelles et les universités qui répètent exactement son catéchisme. Ce capital-là, parce qu’il parle diversité, inclusion et climat, lui paraît moins suspect que le petit propriétaire provincial, le père de famille inquiet, l’artisan ruiné ou l’électeur périurbain qui demande seulement à ne pas devenir étranger chez lui.

    L’historienne reconnaît pourtant un point essentiel : la gauche n’attire plus la confiance. Elle évoque son passé d’illusions et de mensonges, les gouvernements totalitaires du XXe siècle, l’URSS, la Chine, le Cambodge, puis les pratiques des socialistes européens dans les années 1950 et 1960, impliqués dans la répression de mouvements de libération en Afrique et en Asie. L’aveu est considérable. Il devrait ouvrir une enquête impitoyable sur la tradition politique qui, au nom de l’émancipation, a justifié la servitude, les camps, la police idéologique, le mensonge d’État, puis, plus tard, la trahison sociale par conversion au marché mondial.

    Il n’en est rien. Le texte avoue, puis passe. La confession sert de purification rapide. Un peu de cendre sur le front, et l’on peut recommencer à prêcher. Rien n’est plus caractéristique de la gauche contemporaine que cette capacité à reconnaître ses crimes historiques sans jamais en tirer les conséquences anthropologiques. Elle admet les erreurs du communisme, les mensonges du socialisme, les compromissions coloniales, les abandons du monde ouvrier, puis conclut que la solution reste plus de gauche, plus de démocratie, plus de mobilisation, plus de parole collective, plus de citoyens réunis en assemblées.

    C’est le fameux mot attribué à Talleyrand au sujet des Bourbons : ils n’ont rien appris ni rien oublié. La gauche, elle, a beaucoup oublié et peu appris. Elle a oublié que le peuple n’est pas une matière disponible. Elle a oublié que la démocratie ne consiste pas à faire voter les hommes jusqu’à ce qu’ils votent bien. Elle a oublié que le peuple réel a une mémoire, des humeurs, des rancunes, des intérêts, des fidélités, des morts, des frontières intérieures. Elle a oublié qu’on ne peut pas pendant cinquante ans traiter les siens de racistes, de beaufs, de réactionnaires, de populistes, de complotistes, puis les convoquer soudain pour défendre la démocratie contre leurs propres suffrages.

    Le cœur du texte est là. Michèle Riot-Sarcey appelle la gauche à faire appel aux populations, par des assemblées locales, des meetings nationaux et internationaux, des rassemblements de collectifs associatifs, des débats contradictoires et critiques. L’intention se veut généreuse. Elle est surtout révélatrice d’un décalage historique. Car le peuple a déjà parlé. Il parle à chaque scrutin, dans les communes périphériques, les bourgs déclassés, les anciennes régions ouvrières, les territoires abandonnés par l’industrie, les campagnes vieillies, les villes moyennes cernées par les zones commerciales et les quartiers de relégation. Seulement, ce peuple ne dit pas ce que la gauche voudrait entendre.

    Dès lors, il cesse d’être le peuple. Il devient opinion électrisée, masse inquiète, foule trompée, électorat fascisé, proie des influenceurs, victime du ressentiment. C’est un prodige : le peuple est souverain quand il confirme le progressisme, malade quand il le contredit. La démocratie devient alors non le gouvernement du peuple, mais la procédure par laquelle une minorité instruite espère ramener le peuple à la raison. Carl Schmitt avait vu, à sa manière brutale, que la politique commence avec la désignation de l’ennemi. La gauche contemporaine a désigné le sien : non plus seulement l’extrême droite, mais le peuple qui vote pour elle.

    La tribune dénonce encore le « repli sous la protection d’un leader », annonciateur de servitude volontaire. Il y a là une référence transparente à La Boétie, devenue poncif universitaire. L’idée n’est pas fausse en soi. Les peuples fatigués cherchent parfois un maître. Les démocraties molles produisent des hommes forts comme les marais produisent des fièvres. Cependant, l’analyse demeure incomplète. Le besoin d’autorité ne naît pas toujours d’une pulsion servile. Il naît souvent d’un désordre subi, d’une insécurité tangible, d’un sentiment d’abandon, d’une perte de contrôle politique. Lorsque les institutions ne protègent plus, l’appel à l’autorité revient comme une marée.

    L’historienne y voit surtout la peur de l’autre, dont l’étranger réel ou supposé serait la cible. Voilà encore une formule usée jusqu’à la corde. Elle réduit à une passion basse ce qui est souvent une expérience concrète. Les Français, les Bretons, les Européens ne vivent pas dans des abstractions. Ils habitent des rues, des écoles, des gares, des immeubles, des villages, des quartiers. Ils voient ce qui change. Ils savent ce qu’ils peuvent dire et ce qu’ils doivent taire. Ils savent que certains lieux ne leur appartiennent plus. On peut discuter leurs conclusions, non leur interdire de nommer leur expérience.

    C’est ici que l’histoire devrait revenir, non comme épouvantail, mais comme discipline de la continuité. Les peuples européens n’ont pas seulement produit des droits de l’homme, des syndicats et des avant-gardes artistiques. Ils ont produit des langues, des paysages, des coutumes, des manières d’être, des cimetières, des fêtes, des fidélités anciennes, des lenteurs précieuses. La gauche, depuis qu’elle a troqué le prolétaire pour le migrant, l’ouvrier pour le minoritaire, la classe pour l’identité importée, ne sait plus parler à cette épaisseur-là. Elle ne voit dans la permanence qu’une oppression. Elle ne voit dans l’héritage qu’un privilège. Elle ne voit dans la patrie qu’une antichambre de Vichy.

    Or Vichy, précisément, est convoqué. Selon la tribune, les slogans de Vichy reprendraient vie en France. La propriété, la patrie, la famille formeraient le triptyque éternel de la droite, soucieuse de favoriser sa caste. On retrouve ici la paresse des grandes assimilations. Qu’une famille veuille transmettre, qu’un peuple veuille durer, qu’un pays veuille protéger ses frontières, et voici que l’ombre de 1940 se remet à marcher. C’est faire bon marché de l’histoire française, de ses droites multiples, de ses traditions populaires, paysannes, gaulliennes, sociales, catholiques, républicaines, monarchiques, bonapartistes, régionalistes même. La France n’a jamais tenu dans le mauvais théâtre où la gauche enferme ses adversaires.

    Cette incapacité à penser la droite autrement que comme une survivance honteuse est l’une des causes de la déroute intellectuelle progressiste. La gauche croit affronter des fantômes. Elle ne voit pas qu’elle affronte un monde nouveau, né de ses propres démissions. Elle a chanté l’ouverture, et l’ouverture a désarmé les ouvriers. Elle a célébré la mobilité, et la mobilité a brisé les enracinements. Elle a béni l’individu autonome, et l’individu autonome s’est retrouvé seul, précaire, interchangeable. Elle a déconstruit la famille, la nation, l’école, l’autorité, puis elle s’étonne que les hommes cherchent quelque part un abri.

    La formule la plus révélatrice de la tribune est peut-être celle de la « démocratie réelle ». On la croirait sortie d’une cave chauffée de 1972, entre deux affiches sérigraphiées et une bouteille de mauvais rouge. Démocratie réelle contre démocratie formelle, peuple vivant contre institutions mortes, assemblées contre représentation, communalisme contre conquête des appareils. Le rêve est ancien. Il traverse le socialisme utopique, les communes insurrectionnelles, les soviets avant leur capture, les conseils ouvriers, Mai 68, les ZAD, les assemblées de place. Toujours la même promesse : rendre la parole au peuple. Toujours la même fin : quelques minorités organisées parlent au nom de tous.

    C’est pourquoi l’appel final à Shelley, « vous êtes nombreux, ils sont peu », sonne étrangement. Qui sont les nombreux ? Qui sont les peu ? La gauche continue de croire qu’elle parle au nom du grand nombre contre une oligarchie. Dans la réalité française contemporaine, elle parle souvent au nom de minorités diplômées, urbaines, salariées de l’État culturel ou social, encadrées par le langage moral des métropoles, contre une majorité périphérique qu’elle ne comprend plus. Les nombreux ne se reconnaissent plus en elle. Les peu sont parfois ceux qui occupent les plateaux, les rédactions, les universités, les tribunaux symboliques, les directions d’associations, les commissions, les observatoires, les lieux où l’on décrète le bien.

    Il ne s’agit pas de nier que la droite ait ses illusions, ses paresses, ses clientèles, ses mauvais bergers, ses imposteurs et ses hâbleurs. Il ne s’agit pas davantage de transformer tout vote populaire en oracle. Le peuple peut se tromper, comme les élites, et parfois plus cruellement. La question n’est pas là. La question est de savoir pourquoi une tradition politique qui prétendait défendre les humbles se trouve désormais obligée d’expliquer que les humbles votent mal, pensent mal, s’informent mal, ressentent mal, se souviennent mal, et doivent être rééduqués par des rencontres citoyennes.

    La réponse tient en une phrase, rude, mais juste : la gauche a cessé d’aimer le peuple au moment où le peuple a cessé de lui obéir. Elle aimait en lui une fonction historique, non une chair. Elle aimait le prolétaire quand il annonçait le socialisme. Elle aime le migrant quand il annonce la société postnationale. Elle aime les minorités quand elles annoncent la dissolution du vieux pays. Elle n’aime pas le peuple lorsqu’il s’attache à son clocher, à son pavillon, à ses morts, à ses habitudes, à sa sécurité, à ses frontières, à ses enfants. Elle ne l’aime plus quand il veut persévérer dans son être.

    C’est peut-être cela que les deux dames du bar des Brisants ne pouvaient pas entendre, penchées sur leur Libérationcomme sur un oracle familier. Elles parlaient de démocratie nécessaire, de mobilisation, de réveil collectif. Elles ne voyaient pas que le réveil avait déjà eu lieu, mais dans l’autre camp. Elles attendaient le peuple au meeting. Il était dans l’isoloir. Elles l’imaginaient disponible pour défendre leurs causes. Il votait pour sortir de leur monde.

    Je regardais la mer, le soir, après avoir refermé l’ordinateur. Au large, les bateaux rentraient avec cette lenteur grave des choses qui savent où elles vont. La gauche française, elle, continue de chercher le peuple comme on cherche un navire disparu sur une vieille carte. Elle l’appelle. Elle lui fait signe. Elle lui promet la démocratie réelle. Seulement le peuple a changé de rive. Il ne répond plus. Ou plutôt, il répond, avec obstination, scrutin après scrutin, que voter pour cette gauche, c’est souvent voter contre soi-même, contre sa continuité, contre sa maison, contre ses enfants encore à naître.

    Aujourd’hui, le peuple hait la gauche avec la rancune froide des amours trahies. La gauche hait le peuple avec la mélancolie furieuse des prêtres dont les fidèles ont déserté l’église. De cette haine croisée naît notre époque. Elle est moins fasciste que post-progressiste. Elle n’annonce peut-être pas le retour des années trente, mais la fin d’une imposture longue : celle d’une gauche persuadée de posséder le peuple, alors qu’elle n’en gardait que le portrait jauni.

    Balbino Katz, Chroniqueur des vents et des marées (Breizh-Info, 29 mai 2026)

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