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Points de vue - Page 3

  • La guerre du Péloponnèse : les fondements de la géopolitique...

    Vous pouvez découvrir ci-dessous une présentation de La guerre du Péloponnèse de Thucydide par Jean-Baptiste Noé, directeur de la revue Conflits.

     

                                          

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  • L’antifascisme, l’autre nom de la collaboration de classes...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue d'Eric Delcroix, cueilli sur Polémia et consacré à l'antifascisme, désormais brandi comme un étendard par LFI...

    Juriste et ancien avocat, Eric Delcroix a publié notamment Le Théâtre de Satan- Décadence du droit, partialité des juges (L'Æncre, 2002), Manifeste libertin - Essai révolutionnaire contre l'ordre moral antiraciste (L'Æncre, 2005) et Droit, conscience et sentiments (Akribeia, 2020).

     

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    L’antifascisme, l’autre nom de la collaboration de classes

    Quentin, l’antifascisme et les fantasmes

    Le lynchage à mort du jeune Quentin Deranque, le 12 février à Lyon, par des nervis antifascistes, apparemment issus de l’organisation légalement dissoute La Jeune Garde, a été l’occasion d’une efflorescence de sottises convenues. Ainsi, Le Figaro, dans sa livraison du lundi 16 février, a prêté ses colonnes à l’expert en sécurité intérieure Éric Delbecque qui a écrit : « L’antifascisme, vidé de son ancrage démocratique, devient une posture identitaire qui reproduit très exactement et hypocritement ce qu’elle prétend conjurer. »

    Éric Delbecque, comme quasi tout le monde, et d’abord les incorrigibles intellectuels du pays de Sartre, voit dans un fascisme fantasmé non ce qu’il fut mais l’hypostase du mal en soi, du mal ontologique. Michel Foucault dénonçait le « fascisme incrusté dans notre comportement », la nature elle-même étant pour lui fasciste. Mais on aurait pu espérer qu’un expert tel cet Éric Delbecque veille à penser ses textes pour ne pas faire fi de l’histoire la plus élémentaire, il est vrai contingentée dans le périmètre de la bienséance…

    Eh bien non, l’antifascisme formel n’a jamais eu d’« ancrage démocratique », s’agissant d’une initiative de Staline, entérinée par le VIIe congrès du Komintern à l’été 1935. Il ne s’agissait pas d’être simplement contre le fascisme et de s’opposer à Mussolini, mais d’opérer un renversement stratégique essentiel, suspendant hors d’URSS la doctrine des fronts classe contre classe, au profit de celle des fronts populaires. Doctrine innovante visant à nouer des alliances avec les partis bourgeois, car les communistes étaient combattus avec succès par des mouvements nationalistes, violences contre violences, y compris par la guerre (Espagne). Ainsi les communistes eurent-ils en Europe ce qu’ils voyaient comme une collaboration de classes avec ceux que le maître de la propagande soviétique d’alors, Willi Münzenberg (1889-1940), appelait « les idiots utiles ».

    Vous me direz que le mot fascisme a changé de perception au fil du temps et qu’effectivement il désigne le Mal et que plus rien ne le rapproche de la collaboration de classes qui a prévalu dans les démocraties occidentales jusqu’en 1945. Certes, les antifas de la gauche radicale prétendent être les ennemis du capitalisme, mais nonobstant l’antifascisme demeure une mouvance de collaboration de classes. D’ailleurs, ils s’attaquent systématiquement aux mouvements nationalistes, même groupusculaires et les plus éloignés du pouvoir, jamais aux capitalistes ni aux partis bourgeois de gouvernement.

    Collaboration de classes après la chute de l’URSS

    Pour le communiste dissident italien Amadeo Bordiga (1889-1970), l’antifascisme était une création bourgeoise ; aussi est-ce dans son entourage que sera publié Auschwitz ou le grand alibi (1960), ouvrage qui n’était pas révisionniste mais visait à maintenir le matérialisme historique de Marx contre les interprétations idéalistes et moralisatrices de l’histoire. Toutefois, cette manière de voir les choses ouvrira la voie au révisionnisme historique au sein de l’ultragauche, en France, au soutien de Robert Faurisson, avec notamment Pierre Guillaume.

    Mais les prétendus héritiers du marxisme, non rattachables à la pensée de Bordiga, sans renoncer au langage anticapitaliste qui demeure mais à l’état de mantra, se sont maintenus dans l’orthodoxie antifasciste. Avec le temps, ils ont même abandonné la cause du prolétariat définie par le matérialisme dialectique, s’abandonnant effectivement à l’idéalisme moralisateur du soutien aux causes victimaires de la convergence des luttes (« intersectionnalités »).

    Le prolétaire, caricaturé comme le Beauf franchouillard selon Cabu, est rejeté dans la France périphérique, remplacé par les minorités, à savoir les immigrés, les racisés, les homosexuels, les transsexuels et autres LGBTQ+. Tout ceci justifie les réformes sociétales, la gauche radicale s’imaginant s’opposer là-dessus au capitalisme, alors que celui-ci ne voit que des avantages à l’anomie qui permet de transformer l’individu narcissique en consommateur captif, libéré des « aliénations » sociales non quantifiables et comptabilisables. Aujourd’hui, les idiots utiles, ce sont les antifas, utiles au capitalisme et à fronts renversés !

    Et cela aboutit à des situations, bien paradoxales pour qui ne parle pas le langage approprié pour se croire héritier légitime du marxisme. Jean-Claude Michéa observe que, en somme et tout naturellement, on voit sans étonnement le milliardaire cosmopolite George Soros et le militant passeur d’immigrants français Cédric Hérou communier dans la même cause, contre les frontières nationales : « No Border ! ». Et Michéa d’écrire :

    Comme je l’écrivais dans Impasse Adam Smith, une vie moderne accomplie (c’est-à-dire du capitalisme développé) doit, en toute logique, se réduire à une série de ruptures et de déménagements (…) C’est ce qui explique que le « migrant » soit devenu la figure rédemptrice centrale de toutes les constructions idéologiques de la gauche libérale. Et ce, au lieu et place de l’archaïque prolétaire, toujours suspect de ne pas être indifférent à sa communauté d’origine…

    Et de citer Paul Lafargue, gendre de Karl Marx, qui disait : « Le Capital ne connaît ni patrie, ni frontières, ni couleur, ni races, ni âges, ni sexes. »

    On notera en aparté que c’est là l’expression de ce qui fonde chez nous la loi Pleven dite antiraciste de 1972, première expression française du nouvel ordre moral antidiscriminatoire mondialiste fondé sur la convention de New York de 1965.

    Les antifascistes, soi-disant héritiers du marxisme, sont les partisans, avec les capitalistes, de cet ordre moral, fondé sur les impératifs libéraux formulés par l’économiste américain Gary Becker en 1957. Une forte base pour l’antiracisme capitaliste qui lui a donné des instruments juridiques contraignants, comme précisément les lois dites antiracistes. Ces lois ne donnent guère de licence au sujet de droit quant aux discriminations naturelles et ne lui autorisent guère que celles liées à la chance et à l’argent. Mais ces lois ne répriment pas la provocation à la haine, à la discrimination ou à la violence de classe. Et Michéa s’en amuse :

    Et de fait, pourrait-on sérieusement imaginer la Ligue des droits de l’homme… exiger subitement l’abolition immédiate des privilèges économiques de la grande bourgeoisie ou porter plainte contre l’exploitation capitaliste de l’homme par l’homme ?

    Il a bien compris que sociologues de gauche et économistes de droite ne représentent que les deux faces académiquement « opposées » du ruban de Möbius libéral.

    De fait, Marx a marqué et marque encore les esprits, mais son égalitarisme n’aura pas su détruire la Bourse et c’est ce dont on peut prendre acte.

    L’avenir de la collaboration de classes

    Mai 68 fut un phénomène extraordinaire, en ce qu’il a été, par ses suites et sa postérité, une mutation permissive ; j’entends là non pas simplement quant à la révolution sexuelle, mais quant aux noces progressistes du socialisme post-marxiste et du capitalisme ploutocratique, c’est-à-dire anglo-saxon. Les révolutionnaires gauchistes soixante-huitards, fils spirituels des sociologues de gauche, se sont parfaitement intégrés à la société capitaliste, verbalement honnie, et dans laquelle nombre d’entre eux ont fait des carrières flatteuses. Tel le ruban de Möbius, la surface est réversible…

    Les militants de LFI partagent le même antifascisme d’alibi que les capitalistes auxquels ils prétendent s’opposer. Raphaël Arnault, bobo lyonnais et chef fondateur de la Jeune Garde, peuplée de Français de souche préférant passionnément la précarité des idées à leur essence, est évidemment dans la même logique antifasciste qu’il proclame bien haut.

    Le 16 février au soir, sur un plateau de télévision, Michel-Édouard Leclerc, emblème de la société de consommation, forcément ami des antifascistes et autres idiots utiles, a pu dire sa sympathie pour Jean-Luc Mélenchon, critiqué comme héraut de la Jeune Garde. Les jeunes bourgeois français antifas d’aujourd’hui feront sûrement, comme leurs prédécesseurs de 1968, de beaux parcours si notre société ne s’effondre pas trop vite. Dans vingt ans, peut-être retrouverons-nous un Raphaël Arnault DRH dans une grande entreprise, pourquoi pas dans le Groupe E.Leclerc ? Il pourra y traquer les syndicalistes de la CGT, ce conservatoire de la lutte des classes. Ou peut-être le retrouvera-t-on successeur de Daniel Cohn-Bendit, coqueluche des médias aux mains du grand capital ?

    Tant pis pour les esprits critiques contre le capitalisme cosmopolite, tels les nationalistes : eux se heurteront toujours à l’antifascisme inoxydable, de Soros à Cédric Hérou. Ils sont fascistes alibis selon les nouveaux standards et eux seuls sont détestables en refusant d’être réduits à l’état d’homo œconomicus.

    Eric Delcroix (Polémia, 25 février 2026)

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  • Houellebecq, prophète de la décadence européenne ?...

    Vous pouvez découvrir ci-dessous la chronique de David Engels sur Ligne droite, la matinale de Radio Courtoisie, datée du 23 février 2026 et consacrée à la figure de l'écrivain Michel Houellebecq, comme prophète, au travers de ses romans, de la décadence européenne...

    Historien, essayiste, enseignant chercheur à l'Instytut Zachodni à Poznan, à l'Institut Catholique de Vendée ainsi qu'au Mathias Corvinus Collegium de Bruxelles, David Engels est l'auteur de trois essais traduits en français, Le Déclin - La crise de l'Union européenne et la chute de la République romaine (Toucan, 2013), Que faire ? - Vivre avec le déclin de l'Europe (La Nouvelle Librairie, 2024), Défendre l'Europe civilisationnelle - Petit traité d'hespérialisme (Salvator, 2024) et, dernièrement, d'un roman, Le retour du roi (Le Verbe-Haut, 2026). Il a  également dirigé deux ouvrages collectifs, Renovatio Europae - Plaidoyer pour un renouveau hespérialiste de l'Europe (Cerf, 2020) et Aurë entuluva! (Renovamen-Verlag, 2023), en allemand, consacré à l’œuvre de Tolkien.

                                              

                                              

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  • Oswald Spengler à Munich...

    Nous reproduisons ci-dessous un texte de Lionel Baland cueilli sur le site de la revue Éléments et consacré à Oswald Spengler...

     

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    Tombe d'Oswald Spengler à Münich

     

    Oswald Spengler à Munich : du « socialisme prussien » au mythe du soldat de Pompéi

    Oswald Spengler, qui compte parmi les théoriciens prépondérants de la Révolution conservatrice allemande, a passé deux parties de son existence à Munich, la première en 1901-1902 et la seconde de 1911 à sa mort survenue en 1936. Lionel Baland retrace la vie au sein de la capitale bavaroise de cet écrivain dont les idées décadentistes sont de nos jours en pleine résurgence et dont l’ouvrage le plus célèbre, Le Déclin de l’Occident (1918 et 1922), a été rédigé au sein de cette cité, à l’instar de Prussianité et socialisme (1919), de L'Homme et la Technique (1931) et d’Années décisives (1933).
     

    Né en 1880, Oswald Spengler débarque, souffrant de violents maux de tête, pour la première fois à Munich un soir d’octobre 1901. Au cours de la première nuit, il est piqué par des punaises. Il change de lieu et loge chez la veuve du juge Weigel, dans la Kaulbachstrasse, au sein du quartier de la bohème littéraire et artistique de Schwabing – qui comprend Schwabing et une partie de Maxvorstadt. Il suit, en 1901-1902, des cours à l’université Ludwig-Maximilian. Le Munich illuminé du tournant du siècle l’envoûte. L’architecture de cette ville d’art l’impressionne. La Ludwigstrasse est pour lui une des plus belles rues du monde. Les châteaux, situés non loin de Munich, construits à l’initiative du roi Louis II de Bavière lui font grande impression. Le 27 décembre 1901, il visite la chapelle érigée près du lac de Starnberg consacrée au souvenir de ce souverain mort noyé en cet endroit. Dans les églises munichoises, il perçoit la différence entre le catholicisme du sud de l’Allemagne et le protestantisme du nord dont il est originaire. Il admire le compositeur de musique Richard Wagner et le peintre symboliste suisse Arnold Böcklin. Il s’intéresse au théâtre, ainsi qu’aux symphonies de Richard Strauss. Il prend des cours de dessin de nus.

    Les membres du cercle constitué autour du poète rhénan Stefan George, un des inspirateurs de la Révolution conservatrice allemande, se réunissent dans une maison voisine de celle dans laquelle Oswald Spengler vit dans la Kaulbachstrasse. Franziska zu Reventlow, qui fréquente les membres munichois de ce cercle, décrira l’ambiance de l’époque au sein du quartier de la bohème littéraire et artistique de Schwabing dans son roman à clé Herrn Dames Aufzeichnungen oder Begebenheiten aus einem merkwürdigen Stadtteil (« Les notes de Monsieur Dame ou événements de la vie d’un quartier étrange »), qui paraîtra en 1913 et deviendra un des livres préférés d’Oswald Spengler. Ce dernier ne fréquente pas les membres du cercle Stefan George, à l’exception de Friedrich Huch et, plus tard, de Karl Wolfskehl, qui a appartenu au Cercle cosmique de Munich, avec Alfred Schuler et Ludwig Klages, deux inspirateurs de la Révolution conservatrice allemande dont Oswald Spengler apprécie fortement les idées tout en n’entretenant pas de relation avec eux.

    Retour à Munich

    Une décennie plus tard, en 1911, à la suite du décès inopiné de sa mère, il hérite d’une somme d’argent qui lui permet désormais de vivre sans travailler et choisit de s’implanter dans la ville qui représente le sud et la liberté : Munich. Il a pour objectif de se consacrer à la poésie et à l’art. Il est déçu par le style Art nouveau des constructions qui ont vu le jour au cours des dernières années et par la peinture expressionniste du groupe Der Blaue Reiter (« Le cavalier bleu ») de Vassily Kandinsky, Franz Marc, August Macke, Gabriele Münter, Paul Klee, … Il vit dans deux pièces meublées au numéro 38 de l’Arcisstraße, dans le quartier de Maxvorstadt, non loin du quartier de la bohème littéraire et artistique de Schwabing. Il porte son linge dans un lavoir de la Schellingstraße. Une employée, Maria Kirmaier, lui reprise ses chaussettes. Oswald Spengler déménage en 1914 dans l’Agnesstraße au numéro 54/1, dans le quartier de Schwabing. L’appartement est orienté vers le nord, toutes les fenêtres donnent sur la cour et il comprend trois pièces. Celle de réception contient des meubles en acajou hérités du côté maternel. La pièce avec la plus grande fenêtre est le bureau. Sa table de travail est une planche à repasser, en dessous de laquelle il peine à placer ses jambes, tournées de côté et l’une sur l’autre. Il se promène dans la rue de manière décontractée avec un sac à dos contenant des ouvrages empruntés à la bibliothèque municipale. Il écrit avant tout la nuit et mange à des heures irrégulières. Sa sœur Adele vit quelque temps chez lui puis part.

    La guerre

    Oswald Spengler ne participe pas, car cela ne correspond pas à son tempérament, à l’éclatement de joie et d’excitation nationaliste parmi la masse qui se rassemble sur l’Odeonplatz dans le centre de la capitale bavaroise lors du déclenchement de la Première Guerre mondiale et reste à la maison. L’artiste peintre Adolf Hitler, fuyant le service militaire au sein de l’empire des Habsbourg et arrivé à Munich plus d’un an après lui, y prend, en revanche, part. Les deux hommes perçoivent ce moment comme étant d’une importance capitale. Spengler estime qu’il se trouve face au « plus grand jour de l’histoire mondiale qui tombe dans sa vie » et pense que cela s’accorde avec l’idée pour laquelle il est né. Fataliste, il voit la guerre comme une phase inévitable du déclin de l’homme occidental ambitieux et condamné à l’épuisement par sa propre dynamique infinie, alors qu’Adolf Hitler est, lui, émerveillé par cet événement et remercie le ciel de lui avoir donné la possibilité de vivre à cette époque.

    La guerre atteint les avoirs financiers d’Oswald Spengler. Il est contraint de gagner de l’argent via des exposés et des contributions à la presse écrite. L’économie de guerre provocant des privations, il subit la faim et le froid.

    La première partie du Déclin de l’Occident paraît en avril 1918. Attaqué par le philosophe Walter Benjamin et l’écrivain et journaliste Kurt Tucholsky, « Spengler fut au contraire salué par Georg Simmel, à qui il avait envoyé un exemplaire de son livre, comme l’auteur de la “philosophie de l’histoire la plus importante depuis Hegel”, ce qui n’était pas un mince compliment. L’ouvrage fit aussi grande impression sur Ludwig Wittgenstein, qui approuvait le pessimisme de Spengler, ainsi que les grandes lignes de sa méthode, sur l’économiste Werner Sombart, ainsi que sur l’historien Edouard Meyer qui, après une discussion de cinq heures avec l’auteur du Déclin de l’Occident, devint son admirateur et son ami. Max Weber fut moins impressionné, mais n’en invita pas moins Spengler à prendre la parole dans le cadre de son séminaire de sociologie à l’Université de Munich en décembre 1919. Quant à Heidegger, qui cite souvent Spengler, mais ne lui a jamais consacré d’étude exhaustive, il prononça en avril 1920, à Wiesbaden, une conférence sur Le déclin de l’Occident. » (1) L’ouvrage influence fortement Thomas Mann, alors que celui-ci adhère aux idées de la Révolution conservatrice allemande, dont il se détournera définitivement en 1922 et prendra ses distances avec le livre, ainsi que les frères Friedrich Georg et Ernst Jünger, deux autres penseurs de la Révolution conservatrice allemande.

    Le dégoût, qui envahit Oswald Spengler lors de la prise du pouvoir, le 7 et 8 novembre 1918, à Munich par le socialiste révolutionnaire Kurt Eisner, lui est presque insupportable.

    La République de Weimar

    La défaite de l’Allemagne constitue un énorme choc pour Oswald Spengler, ainsi que pour Adolf Hitler. Les deux sont opposés à la révolution de 1918, à la République et à au traité de paix de Versailles. En dehors de l’antisémitisme exacerbé et petit bourgeois d’Adolf Hitler qui a vécu à Vienne, les deux hommes désirent tous les deux la mise à bas du traité de Versailles, un Reich fort en tant que cœur d’une sphère d’influence, le nationalisme, un « socialisme allemand » et une direction autoritaire non-parlementaire.

    Oswald Spengler prend part, à Munich, à une conférence du comte et écrivain Hermann von Keyserling sur la reconstruction de l’esprit allemand. À l’issue de celle-ci, quelques participants se retrouvent en petit cercle : le médiéviste Friedrich von der Leyen et sa femme, Hermann von Keyserling et la sienne, le couple d’éditeur Hugo et Elsa Bruckmann qui tiennent le salon éponyme, l’historien de l’art Heinrich Wölfflin et Oswald Spengler. Alors que Spengler considère le déclin comme étant inévitable, Keyserling estime que la situation catastrophique de l’époque permet d’envisager une régénération spirituelle. (2)

    Au cours du mois de janvier ou février 1919, Oswald Spengler se plaint auprès de Karl Wolfskehl – un des précurseurs de la Révolution conservatrice allemande, ancien membre, au début du siècle, du Cercle cosmique – d’avoir dû confier son manuscrit de la première partie de sa production Le Déclin de l’Occident à l’éditeur viennois Braumüller, loin de Munich. Quelques jours plus tard, Karl Wolfskehl en parle à August Albers, lecteur aux éditions munichoises C. H. Beck. Cette maison publie en 1919 Preußentum und Sozialismus (« Prussiannité et socialisme ») – au sein duquel Oswald Spengler défend l’idée d’un socialisme prussien, basé sur la discipline, la hiérarchie, le sens du devoir, le sacrifice pour la communauté, la primauté de l’État et de la nation sur l’individu et la finance – et la seconde partie de l’œuvre Le Déclin de l’Occident en 1922. La maison d’édition publie également la troisième édition et les suivantes de la première partie du texte Le Déclin de l’Occident.

    Le 21 février 1919, le comte Anton von Arco auf Valley, ardent nationaliste, assassine Kurt Eisner. Le 7 avril, la République des Conseils est proclamée par des intellectuels anarchistes et des socialistes radicaux : Ernst Toller, Gustav Landauer, Erich Mühsam, Silvio Gesell et Ernst Niekisch – qui deviendra, à partir de 1926, un des principaux penseurs de la Révolution conservatrice allemande et le principal de sa tendance national-bolchévique. Le 12-13 avril 1919, des communistes instaurent la deuxième République des Conseils qui est écrasée le 2 et 3 mai par les corps francs nationalistes. Le 4 mai, Oswald Spengler rapporte à un ami : « Nous sommes enfin libérés de l’enfer de ces quatre semaines. » Ernst Niekisch est incarcéré à la suite de la répression organisée par les nationalistes et lit en prison des écrits d’Oswald Spengler.

    Au printemps 1920, Oswald Spengler change de logement au sein du même immeuble du 54/I de l’Agnesstraße, et vit dans un plus grand appartement situé au troisième étage. Il se rend en divers endroits d’Allemagne. Ainsi, Il rencontre, dans la seconde semaine de juillet à Berlin, Arthur Moeller van den Bruck, un des plus importants penseurs de la Révolution conservatrice allemande, dans une maison située Motzstraße 22 au sein de laquelle se réunit, sous la direction de Heinrich von Gleichen, le Juniklub, les deux étant également des éléments de la Révolution conservatrice allemande. Il prend part jusqu’en 1923 aux activités de la filiale munichoise du Juniklub dirigée par l’historien Karl Alexander von Müller (3). Oswald Spengler est en relation avec Elisabeth Förster-Nietzsche, la sœur du philosophe Friedrich Nietzsche qui est un des inspirateurs de la Révolution conservatrice allemande.

    En 1924, alors qu’Adolf Hitler est emprisonné à Landsberg à la suite de son putsch manqué de 1923, Gregor Strasser tente d’obtenir d’Oswald Spengler qu’il publie des articles dans un organe de presse national-socialiste, ce que ce dernier refuse catégoriquement, car il estime que la politique doit reposer sur des faits et des considérations et pas sur un romantisme des sentiments qu’il attribue au national-socialisme.

    Il déménage, en 1925, dans la Widenmayerstraße, au numéro 26. Sa sœur, Hildegard Kornhardt-Spengler, dont le mari Fritz est mort au front durant la Première Guerre mondiale, et sa fille Hilde, partent à Munich et vivent chez Oswald Spengler.

    Oswald Spengler se promène, parfois accompagné de sa sœur, et se rend au théâtre. Le 3 août 1931, Karl Wolfskehl leur rend visite.

    Le IIIe Reich

    Après l’arrivé au pouvoir, le 30 janvier 1933, d’Adolf Hitler, Oswald Spengler rencontre ce dernier le 25 juillet 1933, de 12h30 à 14h, à Bayreuth. En août, Spengler lui envoie son ouvrage Jahre der Entscheidung. Deutschland und die weltgeschichtliche Entwicklung (« Années décisives. L’Allemagne et le développement de l’histoire mondiale »). Hitler fait transmettre un remerciement formel pour l’envoi. Le livre est perçu par les nationaux-socialistes comme une critique du système qu’ils ont mis en place, pendant qu’Oswald Spengler se tient totalement à distance d’eux.

    Après le discours tenu à l’université de Marbourg par le vice-chancelier national-conservateur Franz von Papen le 17 juin 1934 et rédigé par le théoricien de la Révolution conservatrice allemande Edgar Julius Jung contestant certains côtés, liés au national-socialisme, du nouveau régime, la Nuit des longs couteaux éclate et parmi les victimes des nationaux-socialistes se trouvent, à la suite d’une confusion avec une autre personne, le critique musical Willi Schmid qu’Oswald Spengler connaît personnellement et le national-socialiste de l’aile la plus sociale du parti Gregor Strasser qui entretient une correspondance avec Oswald Spengler, ainsi que l’ancien chancelier national-conservateur Kurt von Schleicher, auquel Oswald Spengler est lié, et sa femme. Edgar Julius Jung est aussi assassiné lors de la Nuit des longs couteaux. Cela s’ajoute au fait que Karl Wolfskehl, juif, a quitté l’Allemagne peu de temps après l’arrivée au pouvoir d’Adolf Hitler.

    Le 1er mai 1935, devant un million et demi de personnes rassemblées à Berlin-Tempelhof, ce dernier déclare : « Un écrivain a résumé ses vues sur l’époque dans un livre qu’il a intitulé Le déclin de l’Occident. Serait-ce donc vraiment la fin de notre histoire et de notre peuple ? Non ! Nous ne pouvons pas croire cela ! Ce ne doit pas être le déclin de l’Occident, mais la résurrection des peuples d’occident ! » (4)

    Oswald Spengler meurt le 8 mai 1936, dans son appartement à Munich, d’une crise cardiaque. Il est enterré au Nordfriedhof (« cimetière nord ») dans le quartier de Schwabing où repose, au sein de la crypte, Alfred Schuler, membre du Cercle cosmique et qui compte parmi les inspirateurs de la Révolution conservatrice allemande qui sera théorisée par Armin Mohler qui sera enterré, ainsi que sa femme Edith, dans une tombe de ce cimetière. Une pierre en porphyre portant l’inscription « Spengler » est placée sur celle de l’auteur du Déclin de l’Occident.

    Le César attendu

    De nos jours, la phase ultime du déclin qu’est, selon Oswald Spengler, la dernière tentative vaine, constituée par l’avènement de Césars, de redressement avant l’effondrement final, paraît advenir. Par-delà la question de la différence entre le côté prolétarien du national-socialisme et celui plutôt aristocratique du prussianisme d’Oswald Spengler, ainsi que le fait que ce dernier reproche au national-socialisme son romantisme et un manque de profondeur intellectuelle, le clivage entre Adolf Hitler et Oswald Spengler semble à nouveau se poser de nos jours en Europe occidentale et aux États-Unis, entre ceux qui pensent que le redressement est possible grâce à des changements radicaux et ceux qui estiment que les carottes sont cuites. Pour ces derniers, il nous reste à couler de manière honorable en nous accrochant au mythe décrit par Oswald Spengler en conclusion de Der Mensch und die Technik.Beitrag zu einer Philosophie des Lebens (« L’Homme et la technique. Contribution à une philosophie de la vie ») qui veut que notre devoir soit de tenir la position perdue, sans espoir, comme ce soldat romain dont les ossements ont été retrouvés devant une porte de Pompéi et qui, pendant l’éruption du Vésuve, est mort à son poste parce qu’on a oublié de le relever. (5) Pour eux, ce qui a été une culture, puis une civilisation, ne sera bientôt plus qu’une simple « population », à l’instar de l’Égypte après la fin du monde des pharaons, dominée quelques temps par une civilisation étrangère, puis durant une ou deux générations par une autre.

    Lionel Baland (Site de la revue Éléments, 19 février 2026)

     

    Notes :

    (1) Alain de Benoist, Quatre figures de la Révolution Conservatrice allemande. Werner Sombart, Arthur Moeller van den Bruck, Ernst Niekisch, Oswald Spengler, Association des amis d’Alain de Benoist, Paris, 2014, p. 257-58.

    (2) Wolfgang Martynkewicz, Salon Deutschland. Geist und Macht 1900-1945, Aufbau Verlag, Berlin, 2009, p. 347-348.

    (3) de Benoist, Quatre figures, p. 265-266.

    (4) de Benoist, Quatre figures, p. 280-281. (texte repris de : Max Domerus (Hg.), Hitler. Reden und Proklamationen 1932-1945, vol. 1, R. Löwit, Wiesbaden, 1973, p. 502)

    (5) Oswald Spengler, Der Mensch und die Technik, München, 1931, p. 89.

     

    Sources

    DE BENOIST Alain, Quatre figures de la Révolution Conservatrice allemande. Werner Sombart, Arthur Moeller van den Bruck, Ernst Niekisch, Oswald Spengler, Association des amis d’Alain de Benoist, Paris, 2014.

    ENGELS David, Oswald Spengler. Introduction au Déclin de l’Occident, collection Longue mémoire de l’Institut Iliade, La Nouvelle Librairie éditions, Paris, 2024.

    FRIEDEL Helmut (sous la direction de), La Städtische Galerie im Lenbachaus Munich, Prestel, Munich, 1999.

    KOKTANEK Anton Mirko, Oswald Spengler. Leben und Werk, Lindenbaum Verlag, Beltheim-Schnellbach, 2020.

    MARTYNKEWICZ Wolfgang, Salon Deutschland. Geist und Macht 1900-1945, Aufbau Verlag, Berlin, 2009.

    MOHLER Armin, Die Konservative Revolution in Deutschland 1918-1932, Friedrich Vorwerck Verlag, Stuttgart, 1950.

    SPENGLER Oswald, Der Mensch und die Technik. Beitrag zu einer Philosophie des Lebens, München, 1931.

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  • Quentin : un meurtre politique qui fera tomber Mélenchon ?...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Françoise Monestier, cueilli le site de Polémia et consacré au meurtre du militant identitaire Quentin Deranque.

     

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    Quentin : un meurtre politique qui fera tomber Mélenchon ?

    Trois jours après le sauvage assassinat de Quentin Deranque, mort sous les coups des descendants de ceux qui, de 1789 à 1944 (1) en passant par 1917, ont toujours fait payer le prix du sang à leurs adversaires, on a comme un goût amer dans la bouche. Les nervis trotsko-antiracistes entraînés au combat depuis des lustres afin de permettre à Mélenchon de prendre le pouvoir doivent être fiers d’eux, mais ils ont longtemps couru avant que des arrestations tardives n’aient lieu alors même que le procureur de Lyon a conclu à un « meurtre par préméditation ». Les meurtriers auteurs de la mort du jeune catholique identitaire ont ainsi eu le temps d’effacer les traces de leur crime. Souvenons-nous du terroriste italien Cesare Battisti protégé pendant plus de quatorze ans par François Mitterrand et porté au pinacle par toute notre Intelligentsia bien que condamné à la réclusion criminelle à perpétuité pour assassinat et complicité d’assassinat de quatre personnes.

    Paroles, Paroles…

    La belle cérémonie d’hommage organisée par ses camarades devant la Sorbonne a permis à la famille nationale — on notait cependant l’absence de Jordan Bardella, même si de nombreux élus de RN avaient répondu présents comme Philippe Olivier ou Marie-Caroline Le Pen — de se retrouver et même, rêvons un peu, d’arrêter peut-être de se chamailler alors que le pays menace ruine.

    Mais quel gâchis pour une maudite banderole brandie par six jeunes femmes qui protestaient contre la prise de parole de Rima Hassan, élue député européen, comme le fiché S Raphael Arnault est élu député national. Certes, une grande partie de la classe politique – LFI comprise — a condamné les faits survenus le jeudi 12 février au soir. Les socialistes ont cependant attendu le lundi matin pour réagir et manifester leur émotion et la plupart ont versé les larmes de crocodile – Emmanuel Macron le premier qui dénonçait un « déferlement de violence inouïe et rajoutait un grain de sel républicain en précisant « qu’en République, aucune cause, aucune idéologie ne justifieront jamais que l’on tue ». Visiblement, il ne connaît pas son histoire de France et, en particulier, Robespierre, Marat et autres grands démocrates devant l’Eternel qui ont fait régner la Terreur en 1793.

    On a entendu pour la première fois le ministre de l’Intérieur affirmer que « manifestement, c’est l’ultragauche qui était à la manœuvre » pendant que Gérald Darmanin élu en 2024 grâce aux voix de cette ultra-gauche, accusait la même « ultra-gauche d’avoir tué ». Pour sa part, Raphaël Gluksmann, petit-fils d’un stalinien agent du Komintern, jure ses grands dieux qu’il est « impensable que la Gauche cultive le moindre doute sur une possible alliance avec la France insoumise ».

    Gabriel Attal, qui avait appelé à voter LFI aux dernières Législatives pour faire barrage au Rassemblement national, s’est même engagé à ne plus recommencer…. Mais on sait depuis longtemps que les promesses n’engagent que ceux qui les reçoivent. Et ne parlons pas de la porte-parole du gouvernement Maud Brégeon qui, d’ordinaire plus accommodante avec LFI, dénonce sa « responsabilité morale » en l’accusant d’encourager « un climat de violence ». Autant de responsables politiques qui avaient composé avec le Nouveau Front Populaire en 2024, mais semblent l’avoir oublié. A moins que le conflit israélo-palestinien et les attaques régulières de Tsahal dans la Bande de Gaza n’aient modifié la donne politique.

    Mélenchon nouvel ennemi public ?

    Depuis quelques temps, Mélenchon a visiblement cessé de plaire et un certain cordon sanitaire semble se mettre en place à deux ans de la Présidentielle. Comme un remake de l’opération Chirac qui avant l’élection de 35 députés à l’Assemblée nationale, avait pris l’engagement avec le B’nai B’rith, de ne jamais faire alliance avec le diable de Montretout. On connaît la suite. S’agissant de Mélenchon l’affaire est plus subtile et le président de la République ne sait comment jeter l’anathème sur un responsable politique qui a misé sur ses masses électorales musulmanes afin d’avoir un électorat à sa botte et de promouvoir son amour pour une France métissée et créolisée. Mais le pouvoir macroniste a enfourché le cheval de l’antisémitisme comme le prouve le récent discours de Macron lors de l’hommage rendu à la mémoire d’Ilan Halimi, torturé et mis à mort par le « gang des barbares » dirigé par Fofana Fofana. Confondant allégrement antisémitisme, antijudaïsme et antisionisme, Macron a dénoncé « l’antisémitisme d’extrême-gauche qui veut substituer à la lutte des classes une supposée lutte des races, et qui le dispute à l’antisémitisme d’extrême-droite, avec ses clichés sur la puissance et les richesses ».

    Toujours dans le même ordre d’idées, Macron a succombé au charme de la députée des Français de l’étranger Caroline Yadan qui fustige LFI, dénonce sa complaisance avec l’islamisme et son antisémitisme et son ancrage avec la gauche radicale. Et c’est le même député qui s’apprête à faire fait voter une loi complémentaire à la loi Pleven/Gayssot que les députés du Rassemblement national se sont empressés d’adopter en commission alors qu’elle constitue un frein à la liberté d’expression et que Macron souhaite rendre inéligible tout élu ou même candidat tenant des propos racistes, antisémites ou prétendus tels. (2) On pourrait également croire que Macron fait tout pour ne pas permettre à Mélenchon d’être qualifié pour le second tour de la Présidentielle face au Rassemblement national. Le candidat du centre mou serait alors élu face à Bardella ou Le Pen.

    L’inversion accusatoire

    Face aux attaques venues de toutes parts après la mort de Quentin, Jean-Luc Mélenchon et ses comparses ne manquent pas de culot en déplorant de ne bénéficier ni de la « protection de la police » ni de la « justice » en se plaçant dans une posture victimaire sous prétexte que plusieurs permanences parlementaires LFI ont été dégradées depuis le lynchage de Quentin, allant jusqu’à oser dire qu’ils « sont attaqués réunion après réunion » et que LFI est « opposée à la violence ». « LFI n’a rien à voir avec cette histoire et ceux qui nous accusent sont des calomniateurs » a-t-il prétendu.

    Rompu depuis des décennies à la dialectique marxiste, le patron de la France insoumise a, comme le dit son ex-camarade Thomas Guénolé, « depuis longtemps théorisé la méthode du « moteur à explosion » : « pour attirer l’attention, il attaque frontalement un groupe d’intérêt, un adversaire politique, vise le journaliste qui l’interviewe et, une fois l’attention obtenue, il dévoile son message politique ». Et ses affidés font de même avec moins de brio comme, par exemple, Mathilde Panot ou Manuel Bompard qui, feignant de pleurer sur Quentin, imputait sa mort aux… « fascistes » !

    La Jeune Garde ne se rend pas, elle se métamorphose

    Depuis 2018, cette milice créée par Raphael Archenault — vrai nom de Raphael Arnault — tient d’abord le pavé lyonnais avant de poser ses valises à Paris, Nantes, Lille ou Strasbourg. Calquée sur le fonctionnement des Blacks Blocs ou des Soulèvements de la Terre, l’organisation terrorise tout ce qui ne lui convient pas et en particulier les militants identitaires. Chasses à l’homme, descentes dans des appartements privés, intimidation verbale et physique, tout est bon pour Raf-Raf qui a retenu l’attention de Mélenchon au point que ce dernier lui a proposé une place éligible aux dernières Législatives faisant ainsi élire le premier Fiché S siégeant au Palais-Bourbon bien qu’il se conduise comme un véritable tyran avec ses camarades et ait été condamné notamment en 2022 pour violences en réunion.

    Au fil des années, La Jeune Garde est devenue une sorte de service d’ordre de LFI au point que Mélenchon lui-même n’a cessé de vanter « cette organisation liée au mouvement insoumis », portant aux nues « ses jeunes camarades » qui « protègent nos cortèges quand on vient nous taper dessus ».

    Ils ont d’ailleurs tellement tapé que Bruno Retailleau décidait en 2025 de dissoudre l’association, qui déposait aussitôt un recours devant le Conseil d’Etat et recevait l’appui de La Ligue des Droits de L’Homme et du GISTI, défenseur acharné des immigrés passé maître dans l’art de récupérer des subventions (3). Mais il ne sert à rien de réclamer sa dissolution. En 1973, par exemple, Raymond Marcellin, alors ministre de l’Intérieur sous Pompidou avait dissout d’un seul coup d’un seul Ordre Nouveau et la LCR de Krivine (4). La même symétrie étant toujours respectée sous les présidences suivantes, il n’est jamais bon d’aller hurler avec les loups et de jouer les supplétifs de la Place Beauvau.

    Les responsables de La Jeune Garde affirment avoir cessé toute activité, ce qui est malheureusement démenti par la mort atroce de Quentin. On attend avec impatience la décision du Conseil d’Etat. Mais Raphael Arnault et ses camarades ont déjà déposé de nouveaux statuts afin de donner naissance à un nouveau truc destinés à faire la chasse aux vilains identitaires et assimilés. Son nom ? Eteignons la Flamme. Dans l’esprit de Ras le Front qui menait la chasse à tout ce qui, de près ou de loin, s’apparentait à Jean-Marie Le Pen et au Front National, cette nouvelle association montre la détermination des antifas. Et ce n’est pas en changeant de nom comme l’a fait Marine Le Pen en transformant le Front national en Rassemblement, que Mélenchon cessera ses combats et ses anathèmes. Comme le disait Jean-Yves Camus, dans un entretien accordé au site Atlantico en juin 2025 : « Pour les antifas, l’extrême-droite est une maladie qu’il faut extirper de la société pour pouvoir s’en débarrasser. Ils veulent l’écraser. Ils peuvent passer par des actions physiques qu’ils justifient moralement et politiquement, l’extrême droite étant selon eux un affront à la morale et au droit en soi ».

    À méditer après le drame que nous venons de vivre.

    Françoise Monestier (Polémia, 18 février 2026)

     

    Notes :

    (1) En 1944 les communistes exploitèrent l’épuration sauvage (au moins 25 000 morts) non seulement contre des collaborateurs mais aussi contre de simples adversaires politiques susceptibles de s’opposer à leurs visées.
    (2) Depuis 1972 près de 200 dispositifs liberticides ont été adoptés faisant de la France le pays du goulag mental. Peut-on sérieusement penser que cela a améliorer la situation et faciliter l’assimilation. Polémia va prochainement faire l’inventaire de ces dispositions
    (3) C’est Nicolas qui paie les recours du GISTI et de la LDH en faveur de la Jeune GARDE :
    -plus de 700000 € de subventions publiques pour la LDH en 2024 –
    -plus de 70000 € pour le GISTI et plus de 200000 € provenant d’associations privées elles même subventionnées.
    On trouve la ville de Paris, Matignon, l’agence nationale de cohésion des territoires (sic), le CNL, le FONJEP sans oublier la MACIF (source GROK à partir des rapports d’activités)
    (4) Ordre Nouveau avait organisé au Palais des sports un meeting « contre l’immigration sauvage ». Il avait été attaqué, avec la complaisance de la police, par les nervis de la LCR (ligue communiste révolutionnaire). Les deux organisations avaient ensuite été dissoutes.

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  • Quentin, Lyon et la fracture française : la violence politique annonce la barbarie...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Yann Vallerie cueilli sur Breizh-Info et consacré à l'irrépressible montée de la barbarie dans notre société...

     

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    Quentin, Lyon et la fracture française : la violence politique annonce la barbarie

    Il y a des morts qui ne sont pas seulement des drames. Ce sont des symptômes.

    La mort tragique de Quentin a agi comme un révélateur brutal. Une génération découvre que la violence politique n’est plus une relique des années 70, ni une parenthèse marginale. Elle est là. Filmée. Partagée. Commentée. Justifiée.

    Il ne se passe plus une semaine sans qu’apparaissent sur les réseaux sociaux des vidéos où l’on voit des groupes s’acharner à coups de pied et de poing sur un homme déjà à terre. Les images circulent, alimentent la rage des uns, la satisfaction des autres, l’effroi silencieux du reste.

    Et chacun reste dans sa bulle.

    Nous vivons dans une civilisation fracturée. Non pas divisée — fracturée. Ce n’est plus un désaccord, c’est une incompatibilité croissante.

    Les réseaux sociaux n’informent plus : ils enferment. Ils construisent des univers parallèles. Chaque camp lit sa propre actualité, interprète les faits à travers son filtre, renforce ses certitudes. On ne confronte plus ses idées : on les consomme.

    Il y a désormais plusieurs réalités simultanées dans un même pays.

    Certains voient un climat d’agressions politiques unilatérales. D’autres ne voient que des “rixes” entre extrêmes. Certains parlent d’ultra-violence organisée. D’autres dénoncent la “récupération”.

    La vérité importe moins que l’appartenance.

    Quand les faits deviennent secondaires face à l’adhésion tribale, la société entre dans une zone dangereuse.

    Le symbole d’une époque

    Un détail pourrait sembler anecdotique : le MMA est aujourd’hui infiniment plus populaire chez les jeunes que la boxe anglaise.

    La boxe classique était un affrontement codifié, debout, avec des règles strictes. Le MMA, lui, autorise le combat au sol, l’étranglement, l’écrasement, la domination physique totale de l’adversaire.

    Ce n’est pas un jugement moral. C’est un symbole.

    Notre époque ne valorise plus la confrontation réglée. Elle valorise la neutralisation. La soumission. L’anéantissement de l’autre.

    La violence n’est plus une transgression. Elle devient un spectacle.

    Et quand la violence devient spectacle, elle devient contagieuse.

    L’impossibilité croissante du “vivre ensemble”

    Le mot est usé. Mais le problème demeure.

    Peut-on vivre ensemble lorsque les différences ne sont plus négociées, mais exacerbées ? Lorsque les identités deviennent des blocs étanches ? Lorsque chaque camp considère l’autre non comme un adversaire, mais comme une menace existentielle ?

    Nous sommes entrés dans une ère d’hyper-sensibilité identitaire et de radicalité émotionnelle.

    On ne discute plus : on accuse.
    On ne débat plus : on disqualifie.
    On ne tolère plus : on exclut.

    Les réseaux amplifient cette mécanique. Les algorithmes récompensent l’indignation, pas la nuance. La colère, pas la complexité. La dénonciation, pas la confrontation argumentée.

    Chaque jour, des milliers de personnes s’éveillent dans une réalité soigneusement calibrée pour conforter leur vision du monde.

    Comment s’étonner ensuite que l’incompréhension dégénère en violence?

    Une génération saturée

    Les jeunes générations grandissent dans un climat d’images permanentes : émeutes, affrontements, humiliations filmées, combats clandestins, “expositions” publiques d’adversaires.

    La frontière entre militantisme, hooliganisme et guérilla symbolique devient floue.

    Quand l’action politique s’exprime d’abord par l’intimidation physique, quand la rue redevient un théâtre de démonstration de force, la démocratie s’érode silencieusement.

    La violence ne surgit pas du néant. Elle est préparée, normalisée, légitimée par des discours qui transforment l’adversaire en ennemi absolu.

    Le risque d’une escalade

    La guerre civile ne commence jamais par une déclaration officielle. Elle commence par des ruptures successives : sociales, culturelles, informationnelles.

    Elle commence quand des groupes ne partagent plus aucun récit commun.
    Quand ils ne reconnaissent plus les mêmes autorités.
    Quand ils ne reconnaissent plus les mêmes faits.

    Nous n’y sommes pas encore.

    Mais nous avançons sur une pente dangereuse.

    La mort d’un jeune homme, les vidéos de lynchages politiques, les discours de justification implicite ou de relativisation sont autant de signaux faibles qui, additionnés, dessinent un paysage inquiétant.

    Une société qui ne sait plus réguler ses conflits par la parole finit toujours par les régler autrement.

    Retrouver le sens du réel

    La barbarie ne vient pas seulement de la rue. Elle vient du refus du réel.

    Refus de voir la fragmentation.
    Refus de reconnaître l’exaspération mutuelle.
    Refus d’admettre que l’accumulation des haines nourrit une dynamique autonome.

    Si chacun continue à vivre dans sa bulle, à considérer l’autre comme irrécupérable, à alimenter la radicalité comme un carburant identitaire, alors oui, l’escalade deviendra probable.

    Le vivre ensemble n’est pas un slogan. C’est une discipline.

    Et aujourd’hui, cette discipline s’effondre.

    La question n’est pas de savoir qui a commencé. La question est de savoir si quelqu’un veut encore arrêter.

    Parce qu’une civilisation ne meurt pas seulement d’attaques extérieures. Elle peut aussi se dissoudre dans ses propres fractures.

    La barbarie ne surgit pas toujours avec fracas. Elle s’installe d’abord dans les esprits.

    Et c’est là qu’elle devient irréversible.

    Yann Vallerie (Breizh-Info, 16 février 2026)

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