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Points de vue

  • La Chine et l'âge de l'État-civilisation...

    Dans cette nouvelle vidéo, Ego Non évoque la trajectoire singulière de la Chine au XXe siècle et le modèle politique qu’elle prétend désormais incarner et offrir au monde au travers des travaux de Zhang Weiwei et de Martin Jacques.

     

                               

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  • Les idées avant le pouvoir...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Balbino Katz, cueilli sur Polémia et consacré à la nécessité pour un parti qui veut arriver au pouvoir de savoir quoi en faire une fois l'objectif atteint...

     

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    Vox : les idées avant le pouvoir

    Les racines intellectuelles de Vox et l’apport de Gustavo Bueno

    Il existe une illusion tenace dans les partis de droite : celle qui consiste à croire que les idées sont un luxe, une distraction d’intellectuels, tout au plus un ornement destiné aux colloques et aux revues, tandis que la politique sérieuse commencerait avec les sondages, les programmes économiques, les investitures et la conquête des mairies. L’histoire politique européenne montre pourtant le contraire. Un parti peut parfaitement prospérer quelque temps sans doctrine ; il peut même profiter d’une crise, recueillir les mécontentements, engranger les suffrages et se rapprocher du pouvoir. Ce qui devient beaucoup plus difficile, c’est d’y durer et surtout d’y accomplir autre chose que la gestion un peu différente de l’ordre qu’il prétendait renverser.

    C’est tout l’intérêt de l’étude sur le site espagnol El Manifiesto consacrée aux racines intellectuelles de Vox à partir de la thèse de l’universitaire Nancy Sender. Les deux volets de cette enquête valent moins par la révélation d’une mystérieuse doctrine cachée du parti de Santiago Abascal que par ce qu’ils disent de la nécessité, pour toute force politique ambitieuse, de posséder un soubassement intellectuel. Vox n’est évidemment pas la traduction électorale d’un système philosophique. Il a puisé à plusieurs sources, parfois contradictoires, il les a simplifiées, adaptées, amalgamées. Il possède néanmoins ce dont beaucoup de droites européennes se sont méthodiquement privées : une généalogie d’idées, un vocabulaire, des références, autrement dit une colonne vertébrale.

    Le premier volet de l’étude de Nancy Sender s’attarde sur un personnage qui surprendra ceux qui imaginent encore la droite espagnole comme un bloc intellectuellement homogène : Gustavo Bueno. Le philosophe asturien, matérialiste, marxiste hétérodoxe, volontiers provocateur et parfaitement étranger au conservatisme catholique classique, n’avait en apparence rien d’un maître à penser pour Vox. Son influence a pourtant été considérable sur certains milieux qui allaient contribuer à préparer le terrain intellectuel du parti.

    Ce que Vox a retenu de Bueno n’est pas son système philosophique dans son ensemble, mais plusieurs de ses concepts les plus politiquement féconds. Le premier concerne la nation espagnole. Pour Bueno, l’Espagne n’est pas une création juridique née de la Constitution de 1978, encore moins un contrat révocable entre territoires qui auraient librement consenti à vivre ensemble. La nation politique préexiste au texte constitutionnel ; celui-ci l’organise, il ne la crée pas. Derrière cette distinction en apparence scolastique se cache une conséquence décisive : si l’Espagne précède la Constitution, aucune région ne peut prétendre disposer souverainement de ce qui ne lui appartient pas en propre.

    Le séparatisme catalan ou basque change alors de nature. Il n’est plus seulement une querelle de compétences ou une difficulté à résoudre par quelque réforme institutionnelle bien tournée. Il devient une contestation de l’existence même du sujet politique espagnol. La formule peut être approuvée ou combattue ; elle a, en tout cas, l’immense avantage de fournir une architecture intellectuelle à ce qui, sans elle, ne serait qu’un attachement sentimental à l’unité nationale.

    Cette conception irrigua notamment l’environnement de la Fondation DENAES, consacrée à la défense de la nation espagnole et liée aux milieux dont sortira Vox. Elle permet de comprendre pourquoi la défense de l’unité de l’Espagne occupe dans ce parti une place qui dépasse de très loin l’attachement cérémoniel au drapeau ou à la monarchie. Il ne s’agit pas seulement d’un patriotisme d’apparat, mais d’une définition du sujet politique à partir duquel tout le reste devient pensable.

    Gustavo Bueno fournit également à la droite espagnole une réinterprétation de l’histoire impériale. Sa distinction entre « empire générateur » et « empire prédateur » peut naturellement être discutée par les historiens ; elle a surtout permis de sortir du récit pénitentiel dans lequel l’Espagne contemporaine avait progressivement enfermé son passé américain. À travers elle, l’Hispanité redevient un objet politique possible, non plus seulement le souvenir empesé d’une grandeur défunte, mais l’idée d’un espace civilisationnel commun reliant l’Espagne et l’Amérique hispanique.

    On retrouve cette inspiration, métamorphosée et modernisée, dans la notion d’« Ibérosphère » portée par l’environnement intellectuel de Vox. Là encore, l’essentiel n’est pas de savoir si chacun des cadres du parti a lu Gustavo Bueno de la première à la dernière page. Les idées politiques ne circulent presque jamais avec cette discipline scolaire. Elles passent d’un professeur à un essayiste, d’un essai à une fondation, d’une fondation à un discours ; elles perdent au passage leur appareil conceptuel et deviennent, si elles réussissent, une évidence partagée.

    Un troisième apport de Bueno est plus profond encore : sa critique du « fondamentalisme démocratique ». L’expression désigne la tendance moderne à faire de la démocratie non plus un régime politique parmi d’autres, avec ses conditions et ses limites, mais une sorte de religion civile qui se suffirait à elle-même. Bueno rappelait au contraire qu’aucune démocratie n’existe dans le vide. Avant de voter, encore faut-il savoir qui vote ; avant de compter les voix, encore faut-il définir le peuple auquel elles appartiennent.

    Autrement dit, le demos ne naît pas de la procédure démocratique. Il la précède. Cette idée, qui serait presque banale si l’Europe contemporaine n’avait pris l’habitude d’oublier les évidences, fournit une arme intellectuelle redoutable contre toutes les conceptions purement procédurales de la souveraineté. Une démocratie n’est pas seulement une addition de volontés individuelles à un instant donné ; elle est aussi la forme politique d’une communauté historique capable de se reconnaître comme telle.

    C’est à ce point que l’étude de Nancy Sender devient particulièrement éclairante, car elle oppose implicitement cette fécondité doctrinale à l’indigence intellectuelle d’une large part du centre droit espagnol. Sous le franquisme déjà, une méfiance instinctive pesait sur les intellectuels, toujours soupçonnés de compliquer ce que l’autorité entendait simplifier. La célèbre recommandation attribuée à Franco, se méfier des intellectuels, résume assez bien une disposition d’esprit qui devait, sous des formes évidemment différentes, survivre au régime lui-même.

    Alianza Popular, puis le Partido Popular, ont longtemps reproduit cette méfiance. La droite espagnole savait former des administrateurs, des juristes, des économistes, des chefs d’entreprise et de bons gestionnaires. Elle ne voyait guère l’utilité de produire une vision du monde. La culture pouvait être abandonnée à la gauche puisqu’il resterait à la droite l’économie, les entreprises, la fiscalité et, croyait-elle, les choses sérieuses.

    Ce marché tacite s’est révélé désastreux. La gauche conservait l’école, l’université, une large part du monde culturel, le cinéma, le vocabulaire, les catégories morales et jusqu’au récit national ; la droite se félicitait de savoir équilibrer les comptes. Elle avait les gestionnaires, ses adversaires avaient les mots. Or celui qui possède les mots finit généralement par décider quelles politiques seront considérées comme légitimes, lesquelles paraîtront honteuses et quelles questions pourront seulement être posées.

    Voilà le véritable problème d’une droite sans doctrine. Elle peut remporter les élections, car les électeurs ne votent pas uniquement pour des philosophies. Ils sanctionnent des gouvernements, s’inquiètent de leur niveau de vie, de l’immigration ou de l’insécurité, et peuvent parfaitement porter au pouvoir une formation idéologiquement inconsistante. L’épreuve commence le lendemain de la victoire, lorsque l’élu découvre qu’il doit gouverner dans un univers dont tous les concepts ont été forgés par ses adversaires.

    La métapolitique et la bataille des représentations

    Le second volet de l’étude change alors de décor et fait apparaître les chemins par lesquels la métapolitique française pénétra une partie de la droite espagnole. Deux noms s’y détachent : Javier Ruiz Portella et José Javier Esparza. Avec eux, l’influence ne prend plus la forme d’une philosophie nationale systématique à la manière de Bueno, mais celle d’une méthode : avant de vouloir conquérir les institutions, il faut comprendre comment se forment les représentations collectives.

    C’est l’un des apports essentiels de la Nouvelle Droite française des années 1970 et 1980. Qu’on partage ou non ses conclusions, elle avait compris que le rapport de forces politique ne se réduit jamais au nombre de députés ou au contrôle de quelques ministères. Il existe en amont un autre champ de bataille, plus lent et plus profond, où se décident les mots, les valeurs dominantes, les modèles de comportement, l’image que les peuples se font d’eux-mêmes et de leur histoire.

    Portella a contribué à acclimater en Espagne plusieurs thèmes issus de cette réflexion : la critique de l’individualisme libéral, le refus de l’uniformisation du monde, la défense des appartenances, la dénonciation de la réduction de l’homme au consommateur et de la vie collective au marché. Son itinéraire intellectuel, venu de l’extrême gauche et du communisme avant de rencontrer les pensées hétérodoxes françaises, explique en partie l’originalité de cette critique. Elle n’est pas celle d’un conservatisme de notaire inquiet de voir disparaître les bonnes mœurs ; elle s’attaque plus profondément au monde moderne comme machine à dissoudre les formes, les fidélités et les enracinements.

    Esparza occupe une place différente. Il a surtout contribué à traduire cette démarche dans le langage de la droite espagnole, à y faire entrer la notion même de métapolitique et à montrer qu’une bataille politique se prépare longtemps avant que les bulletins soient déposés dans l’urne. Son travail historique, sa manière de raconter la Reconquista, son insistance sur l’identité et la continuité espagnoles ont participé à la reconstruction d’un imaginaire dont Vox allait ensuite se saisir.

    Il faut ici éviter un contresens fréquent. Dire qu’un parti possède des racines intellectuelles ne signifie pas que ses dirigeants appliquent docilement les livres de quelques auteurs. Les influences véritables sont autrement plus subtiles. Un philosophe invente un concept ; un essayiste le simplifie ; une revue le diffuse ; un journaliste le transforme en formule ; vingt ans plus tard, un responsable politique le prononce sans même savoir précisément d’où il vient. La métapolitique réussit précisément lorsqu’elle cesse d’apparaître comme telle et que ses idées deviennent du sens commun.

    Vox n’a d’ailleurs nullement adopté en bloc les positions de la Nouvelle Droite. L’antichristianisme de certains de ses auteurs, leur critique radicale de l’américanisme ou certaines de leurs conceptions européennes sont fort éloignés de l’univers du parti de Santiago Abascal. L’influence s’est exercée ailleurs, dans la conviction qu’un mouvement politique digne de ce nom ne peut abandonner à l’adversaire le droit de nommer le monde.

    Miguel Ángel Quintana Paz, également étudié par Nancy Sender, représente une génération plus récente et une autre étape de cette maturation. Philosophe universitaire venu notamment de la pensée herméneutique et postmoderne, il est aujourd’hui intégré à plusieurs structures de l’écosystème intellectuel proche de Vox. Son importance tient moins à une doctrine originale qu’à sa capacité à fournir un vocabulaire cohérent aux conflits culturels contemporains.

    Sa formule sur la droite gestionnaire mérite, à cet égard, d’être retenue. Vouloir conquérir le pouvoir politique tout en abandonnant la culture à la gauche reviendrait, explique-t-il en substance, à prétendre gagner un concours gastronomique sans jamais entrer dans les cuisines. Toute la faiblesse des droites européennes est contenue dans cette image. Elles arrivent au restaurant avec leurs comptables, vérifient les dépenses, dénoncent le gaspillage, puis découvrent que d’autres choisissent les ingrédients, écrivent les recettes et fixent ce qu’il est convenable de servir.

    Quintana Paz intervient ainsi dans la critique du wokisme, qu’il analyse comme une forme de religion séculière avec ses dogmes, ses péchés, ses excommunications et ses procédures de purification. Il recourt également à Gadamer pour rappeler une vérité que l’idéologie de l’individu désincarné voudrait abolir : personne ne pense à partir de nulle part. Nous venons toujours d’une langue, d’une histoire, d’un héritage, de préjugés au sens premier du terme, c’est-à-dire de jugements antérieurs à notre propre réflexion et sans lesquels aucune compréhension du monde ne serait possible.

    De là vient son insistance sur l’héritage européen d’Athènes, de Rome et de Jérusalem. L’important n’est pas ici de savoir si cette triade résume parfaitement la civilisation européenne, entreprise qui ouvrirait d’interminables querelles. Elle signifie que l’homme européen ne peut faire table rase de ce qui l’a produit et qu’une politique digne de ce nom doit commencer par savoir ce qu’elle entend transmettre.

    Son « néogibelinisme » illustre parfaitement cette volonté de donner une architecture conceptuelle à une difficulté politique très concrète. Une droite catholique peut-elle s’opposer aux positions de la hiérarchie ecclésiastique sur l’immigration ou sur d’autres sujets sans renoncer pour autant à l’héritage chrétien ? Quintana Paz va chercher dans l’ancienne querelle des guelfes et des gibelins une manière de penser l’autonomie du politique à l’égard du clerc. On peut trouver la référence savante, discutable ou même un peu plaisante ; elle démontre au moins qu’une contradiction est ici traitée par la pensée plutôt que dissimulée sous un communiqué de presse.

    Une colonne vertébrale intellectuelle à l’épreuve du pouvoir

    À travers Bueno, Portella, Esparza et Quintana Paz, on voit apparaître quelque chose qui ressemble moins à une orthodoxie qu’à un milieu intellectuel. Les divergences entre ces auteurs sont parfois considérables. Bueno était matérialiste et athée ; la Nouvelle Droite française est païenne ou postchrétienne ; Esparza a retrouvé une inspiration catholique ; Vox est sur plusieurs questions géopolitiques beaucoup plus atlantiste que les auteurs français auxquels une partie de son environnement s’est intéressée.

    Cette diversité n’infirme pas la thèse, elle la confirme. Une colonne vertébrale idéologique n’est pas un catéchisme où chaque responsable réciterait les mêmes articles de foi. Elle est un ensemble de questions fondamentales auxquelles une famille politique a pris l’habitude de chercher ses propres réponses : qu’est-ce qu’une nation ? Qu’est-ce qui fonde une communauté politique ? Que doit-on transmettre ? Quelles limites donner au marché ? Quel rapport entre démocratie et souveraineté ? Quelle place accorder à l’histoire, aux frontières, aux appartenances et à la civilisation ?

    Un parti qui se pose ces questions peut naturellement se tromper. Il peut choisir de mauvaises réponses, subir des divisions et commettre des erreurs politiques considérables. Il possède néanmoins quelque chose qui devient précieux lorsque survient l’épreuve du pouvoir : une hiérarchie des fins. Il sait, au moins approximativement, ce qui peut être négocié et ce qui ne doit pas l’être, ce qui relève de la tactique et ce qui touche à son identité même.

    C’est précisément ce dont est dépourvu le parti qui a fait de l’absence de doctrine une vertu. Celui-ci se félicite d’être pragmatique, moderne, délivré des vieilles idéologies. En réalité, il ne gouverne jamais sans idéologie : il finit simplement par utiliser celle des autres, car le vide politique n’existe pas plus que le vide culturel.

    Tant qu’il demeure dans l’opposition, cette faiblesse peut rester invisible. Il lui suffit de dénoncer les échecs du gouvernement, de promettre davantage d’ordre, moins d’impôts, une immigration réduite ou une meilleure gestion des services publics. Rien de tout cela n’exige une philosophie particulièrement profonde, et les mécontentements accumulés peuvent même lui offrir des succès électoraux spectaculaires.

    La situation change brutalement lorsque vient le pouvoir. L’administration possède ses habitudes et souvent sa propre vision du monde ; les juridictions ont élaboré une doctrine ; l’Union européenne dispose d’un droit, d’institutions et d’une philosophie politique ; les grands intérêts économiques défendent leurs exigences ; les médias imposent quotidiennement leurs catégories morales. Face à cet ensemble extraordinairement structuré, que vaut un parti qui a passé vingt ans à expliquer qu’il ne croyait à rien d’autre qu’au bon sens ?

    Chaque recul lui semblera raisonnable. On invoquera le pragmatisme, les contraintes juridiques, les marchés, Bruxelles, la nécessité de rassurer, l’opinion publique ou le rapport de forces. Pris isolément, chacun de ces accommodements pourra se défendre. Additionnés, ils auront simplement reconduit l’ordre que le parti avait été élu pour modifier.

    C’est en cela que l’expérience espagnole mérite d’être observée depuis la France. Vox n’a pas la garantie du succès parce qu’il possède un environnement intellectuel ; aucun livre ne protège un parti de ses propres erreurs. Il bénéficie pourtant d’un avantage essentiel : une partie de ses cadres et de son entourage considère encore que les idées politiques ne sont pas une maladie honteuse et qu’un mouvement destiné à gouverner doit savoir ce qu’il entend faire de l’État avant d’y entrer.

    La comparaison avec certaines droites françaises vient naturellement à l’esprit. Le Rassemblement national peut continuer de progresser dans les urnes, profiter de l’usure du système politique et même accéder demain aux responsabilités les plus élevées. La question véritable commencera alors. Que restera-t-il lorsqu’il faudra arbitrer entre les impératifs économiques et la souveraineté, entre le droit européen et certaines promesses, entre la logique du marché et la protection d’un mode de vie, entre les injonctions administratives et la volonté affichée de rupture ?

    Si l’on a passé des années à expurger toute pensée jugée trop encombrante, à se défier des intellectuels, à traiter toute doctrine comme une menace électorale et à remplacer la vision du monde par des fiches de communication, le réveil risque d’être pénible. Un parti peut parvenir au pouvoir porté par la colère, l’inquiétude ou le désir d’alternance. Il ne transforme durablement un pays que s’il sait où il veut le conduire.

    C’est sans doute la leçon la plus importante qui ressort des deux volets de l’étude de Nancy Sender. Les idées ne remplacent ni le talent politique, ni les circonstances favorables, ni l’organisation électorale. Elles donnent cependant un sens à la victoire et, plus encore, permettent de résister lorsque cette victoire cesse d’être une promesse pour devenir une épreuve.

    Une formation politique sans pensée peut gagner une élection et même plusieurs. Une formation qui refuse par principe toute colonne vertébrale intellectuelle peut connaître une irrésistible ascension. Elle découvrira seulement, une fois parvenue au sommet, que conquérir le pouvoir est beaucoup plus facile que de savoir quoi en faire.

    Balbino Katz (Polémia,12 septembre 2026)

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  • L’inaction française...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Dominique Jamet, cueilli sur Boulevard Voltaire et consacré à la situation catastrophique de notre pays à l'orée d'une année d'élection présidentielle...

     

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    L’inaction française

    Comment la France a-t-elle pu, en une décennie, devenir ce qu’elle est aujourd’hui, la risée du monde ?

    Souvenez-vous… Mais comment le pourriez-vous? La plupart d’entre vous n’étaient pas encore de ce monde ou, s’ils y avaient fait leur entrée, s’intéressaient probablement à d’autres jeux que ceux de la politique et de l’économie. Valéry Giscard d’Estaing, qui ne prétendait pas publiquement être un « Mozart de la finance » mais, en toute modestie, le Kennedy hexagonal, entamait la première année de ce qu’il pensait devoir être son premier septennat. Les institutions de la Ve République, encore neuves, avaient paradoxalement, à l’épreuve de Mai 1968, prouvé leur souplesse et leur solidité, la monnaie nationale - le franc – était respectée, l’économie apparemment en bonne santé, la majorité de droite sûre d’elle-même… Et tout naturellement, Jean-Pierre Fourcade, ministre de l’Économie, et des Finances, pouvait présenter un budget à l’équilibre.

    À l’équilibre ? Sérieusement ?

    Mais oui ! Les dépenses, annoncées et effectives, y étaient compensées et couvertes par des recettes équivalentes et assurées. Qui aurait pu imaginer que ce miracle, renouvelé d’année en année, sous de Gaulle puis sous Pompidou, comme à Naples la liquéfaction du sang de saint Janvier, serait le dernier de la série ? C’était en 1974. Il y a cinquante-deux ans. Qu’on l’ait vécu ou non, il n’est pas interdit d’en avoir la nostalgie.

    Alors même que l’Union européenne, notre autorité de tutelle, vient de fixer à 3 % la limite du déficit budgétaire permis à ses membres, l’infortuné Lecornu, kamikaze préposé au rôle suicidaire d’exécuteur testamentaire de l’héritage macronien, se bat comme un chien pour maintenir à 5 % celui de la France, tout en sachant que cette borne, comme bien d’autres, sera dépassée, tant il y a de trous dans la passoire gouvernementale. L’ultime Premier ministre du quinquennat a déjà intégré l’idée que l’Assemblée actuelle, agglomérat informe de partis et d’ambitions plus attachés à leurs devenirs personnels, à leurs électorats antagonistes et à leur ligne politique qu’à l’intérêt général pourrait bien repousser, quelle qu’elle soit, sa loi de finances. Dans ces conditions, c’est au prochain chef de l’État, élu en mai 2O27, puis à la nouvelle Assemblée consécutive à cette élection, si elle lui donne une majorité, qu’il reviendra de reprendre et de redresser la barre. Donc, entre autres, et au passage, de doter la France, à l’image de ce qui se fait ailleurs, d’un budget. En attendant, gouverner, c’est ne pas choisir, c’est ne pas agir, c’est ne pas prévoir.

    Les moines contemplatifs de notre dégringolade

    Exagération, caricature outrancière d’une réalité moins noire ? Hélas, non. Aussi dépassés, aussi décriés que les derniers gouvernements de la IVe République, les hommes et les équipes qui se sont succédé dans les lieux habituels du pouvoir depuis que le président en titre, désavoué à deux reprises par le suffrage universel, a décidé de continuer à faire comme si, sont devenus les spectateurs de notre déclin, pour ne pas dire les moines contemplatifs de notre dégringolade. En témoignent quelques exemples, choisis parmi tous ceux que nous avons sous les yeux, et sur le cœur, dont la liste complète excéderait de loin les limites de cette chronique et celles de votre patience, chers lecteurs.

    Tout d’abord, à tout seigneur tout honneur : le déficit, déjà insupportable. La dette, dont la lourde charge sera d’ici peu insoutenable. Pour réduire le déficit, pour alléger la dette, l’État devrait augmenter ses recettes et diminuer ses dépenses. Or, le poids écrasant de ses prélèvements, la crise économique que nous traversons et son affaiblissement même lui interdisent d’alourdir les impôts aussi bien que de limiter ses engagements et son périmètre ; bref, de revoir de fond en comble ses pratiques et sa gestion. Peut-on faire confiance aux candidats bonimenteurs qui ne parlent que de renverser la table autour de laquelle ils se sont assis depuis des années ? Autant placer ses économies chez un récidiviste de la carambouille !

    Un pays qui ne se reconnaît plus dans le miroir que lui tend sa métamorphose

    Des millions de Français sont logés dans des conditions indignes, quand ils ne sont pas littéralement à la rue. À en croire les spécialistes, la rareté de l’offre, qui explique le renchérissement des loyers, ne pourrait se résorber, lentement et progressivement, que si l’on construisait 400.000 nouveaux logements par an, pendant au moins dix ans. Les chiffres actuels et les prévisions sont inférieurs de moitié. C’est dire qu’à ce rythme, nous n’allons pas vers la fin mais vers l’aggravation d’une situation indigne d’un pays civilisé. Le recul amorcé et annoncé de la natalité serait-t-il la seule solution d’une crise qui, depuis une décennie, est vécue comme une fatalité ?

    Les Français ne sont, en tout cas n’étaient, ni xénophobes ni racistes. Ne nous voilons pas la face (la France n’est pas, ou pas encore, terre d’islam), ils le deviennent, et comment ne le deviendraient-ils pas quand une immigration de masse, subie et non choisie, altère les équilibres culturels, religieux, démographiques, sociaux et sécuritaires d’un pays qui ne se reconnaît plus dans le miroir que lui tend sa métamorphose ? Comment pourrait-il en être autrement lorsque l’intrusion illégale et clandestine d’étrangers sur notre sol n’est ni entravée ni réprimée, lorsqu'une OQTF, alias obligation de quitter le territoire français, décidée par l’autorité légale se mue de fait, habilement contestée, en titre de séjour, ou lorsqu'un casier judiciaire chargé conduit le pays d’origine à refuser le retour des délinquants sur leur terre natale ? Comme la fausse monnaie chasse la bonne, l’immigration indésirable est la première ennemie de l’accueil, de l’assimilation, de l’intégration qui ne sont compatibles avec la diversité que si celle-ci ne met pas en péril l’unité.

    Au point où nous en sommes...

    « France mère des arts, des armes et des lois… » Le dernier classement PISA vient de nous mettre face à notre déclin. Notre pays ne cesse de reculer là où, longtemps, il brilla par sa vitalité, sa créativité, sa prééminence. Là encore, comment pourrait-il en être autrement lorsque l’enseignement, sous le prétexte d’être égalitaire, abaisse le niveau général, que le mérite n’est pas plus sanctionné par des félicitations que la nullité par des blâmes, quand les différents métiers de l’enseignement, autrefois considérés comme synonymes de promotion et source de respect, sont tenus aujourd’hui pour un pis-aller et que, dans l’échelle sociale, le professeur, le chercheur, le savant ne pèsent rien au regard du rappeur, du trader et du footballeur ?

    Grand Remplacement, grand déclassement, deux réalités qui sont d’autant plus ignorées, contestées, voire niées par certains qu’elles sont, littéralement, plus aveuglantes. Mais aussi montée générale du mécontentement, de la colère, de l’appel au changement. Au vrai changement. Le mouvement royaliste fondé à la fin du XIXe siècle par Charles Maurras avait pour nom l’Action française. Le groupe, aujourd’hui résiduel, qui aspire, après l’avoir exercé pendant dix ans, à être reconduit à ce que par habitude on appelle le pouvoir prétend se perpétuer sous l’appellation de « socle commun ». Inaction française me semblerait plus approprié. J’y reviendrai prochainement

    Comment la France a-t-elle pu, en une décennie, devenir ce qu’elle est aujourd’hui, la risée du monde, et la honte des Français ? Les optimistes (il y en a toujours) diront qu’au point où nous en sommes, nous ne pouvons pas tomber plus bas. On voudrait les croire.

    Dominique Jamet (Boulevard Voltaire, 12 septembre 2026)

     
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  • Le cordon sanitaire allemand est en train d’exploser...

    Vous pouvez découvrir ci-dessous la chronique de David Engels sur Ligne droite, la matinale de Radio Courtoisie, datée du 9 septembre 2026, dans laquelle il évoque la victoire de l'AfD aux élections en Saxe-Anhalt...

     

                                           

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  • Géopolitique de l’Inde au 21ème siècle...

    Nous reproduisos ci-dessous un point de vue de Daniele Perra cueilli sur le site d'Euro-Synergies et consacré à la géopolitique de l'Inde au XXIe siècle...

     

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    Géopolitique de l’Inde au 21ème siècle

    Après des décennies de non-alignement, la politique étrangère indienne, surtout avec l’arrivée au pouvoir de Narendra Modi, a opéré un tournant décisif avec la nouvelle affirmation d’une diplomatie économique (le fameux « Made in India ») et la stratégie du « Look East, Act East ». New Delhi cherche en réalité de nouveaux espaces de manœuvre, tant au niveau régional que mondial, pour s’imposer comme acteur fondamental selon sa conception d’une évolution multipolaire.

    La politique indienne à l’ère postcoloniale était dictée par un impératif simple: indépendance et souveraineté totales. À cet égard, le non-alignement dans le schéma dichotomique de la Guerre froide s’avérait fondamental pour atteindre cet objectif. Il convient également de rappeler que, bien que Nehru fût perçu comme trop proche de l’Union soviétique, les États-Unis ne manquèrent pas de courtiser l’Inde tout en forgeant une alliance avec le rival pakistanais. Par ailleurs, la politique étrangère de New Delhi fut presque immédiatement marquée par la rivalité avec la Chine communiste; cet autre pays ne put s’empêcher de se rapprocher du Pakistan, surtout après le conflit sino-indien de 1962 (probablement l’événement le plus traumatisant de l’histoire récente de cet État du sous-continent). Inutile de préciser que cela créa dès le début un sentiment d’encerclement dans l’esprit des Indiens, poussant les penseurs les plus influents de la Nation à considérer l’Inde comme une sorte d’île (plutôt qu’une péninsule) au sein du vaste continent eurasiatique. En effet, le sous-continent est presque séparé du reste de l’Eurasie par le vaste système montagneux de l’Himalaya au nord; tandis qu’à l’est, à l’ouest et au sud, c’est l’océan Indien qui délimite ses frontières.

    Avec la fin de la Guerre froide, la politique de non-alignement a été remplacée par une forme de multilatéralisme visant à modifier le fonctionnement du Conseil de sécurité de l’ONU et à promouvoir une répartition plus équitable des ressources et du pouvoir à l’échelle mondiale. Ce facteur a poussé l’Inde elle-même à collaborer avec son rival historique (la Chine, avant même le Pakistan, ce dernier étant considéré comme une annexe de la première) dans différentes organisations internationales, des BRICS à la SCO.

    Le 21ème siècle est en effet caractérisé par une approche plus pragmatique de la politique internationale. L’objectif fondamental était (et demeure) l’intégration totale de l’Inde dans l’économie mondiale et la recherche d’un rôle plus actif dans le domaine de la coopération internationale. Les piliers des relations extérieures indiennes sont au nombre de trois: a) l’économie et le commerce; b) la sécurité intérieure face à diverses menaces (djihadisme, groupes sécessionnistes maoïstes ou autres); c) l’interconnexion étroite entre politique intérieure et extérieure.

    Concernant le premier point, la diplomatie économique du « Made in India », du « Start Up India » ou du « Digital India », vise surtout à faire du pays un « hub » continental dans le secteur de la manufacture et de la technologie (l’Inde joue également un rôle important dans l’exploration spatiale), grâce à l’accent mis sur les accords bilatéraux et la coopération régionale.

    Le commerce s’oriente principalement vers l’Asie occidentale, l’Afrique, l’UE et les États-Unis. Les relations avec les voisins immédiats restent plus complexes, bien que les relations commerciales avec le Népal, le Bangladesh, le Myanmar, le Bhoutan, le Sri Lanka et les Maldives soient aussi développées, alors que la présence chinoise y croît constamment.

    Il faut aussi considérer que la région de l’Asie du Sud, bien qu’elle soit l’une des plus dynamiques en termes de croissance économique à l’échelle mondiale, reste politiquement instable. Elle possède l’une des populations les plus jeunes (on pense à la moyenne d’âge de 22 ans au Pakistan) comparée au reste du monde; et c’est l’une des régions les plus militarisées.

    Dans ce contexte, des pays comme le Népal et le Bhoutan dépendent étroitement de l’évolution des relations entre l’Inde et la Chine. En 2025, on a assisté à une détérioration rapide des relations entre l’Inde et le Bangladesh. Ce pays, paradoxalement, doit son indépendance à l’Inde, mais risque de matérialiser ce qui constitue le cauchemar stratégique de New Delhi: un axe Pakistan-Chine-Bangladesh. En juillet 2025, le régime de l’Awami League a pris fin, suivi de plusieurs condamnations à mort dont celle de son leader Sheikh Hasima. À cela s’est ajoutée une ouverture radicale du pays bengali vers la Chine. Le Bangladesh occupe une position stratégique cruciale dans le golfe du Bengale – position que Pékin entend exploiter pour contourner le détroit de Malacca – et le maintien de bonnes relations avec lui est essentiel pour New Delhi, aussi bien pour le contrôle de l’immigration illégale et des infiltrations djihadistes sur le territoire indien que pour la maîtrise du corridor de Siliguri: une étroite bande de terre reliant l’Inde orientale au reste de l’Union.

    Mais c’est l’océan Indien qui constitue la zone de la plus grande importance stratégique pour l’Inde. Il y transite un tiers du commerce international et deux tiers du commerce pétrolier. Et à ses extrémités se trouvent au moins trois points d’étranglement déterminants pour l’économie maritime mondiale: le détroit de Malacca, le canal du Mozambique et le détroit d’Ormuz (protagoniste dans la phase actuelle du conflit entre la République islamique d’Iran et le binôme USA-Israël).

    Ici, récemment, l’Inde a dû faire face à la réduction de son influence et à l’augmentation de celle de la Chine aux Maldives; un système d’îles qui, en plus de sa valeur touristique, possède une importance stratégique en raison de sa position à mi-chemin entre les détroits d’Ormuz et de Malacca.

    Avant d’aller plus loin, il convient d’ouvrir une courte parenthèse historique. Au 19ème siècle, le pouvoir et la technologie n’étaient pas répartis équitablement à l’échelle mondiale. Cela permit à des pays relativement petits sur le plan démographique et territorial (l’Angleterre, la Belgique, pour n’en citer que quelques-uns) de contrôler presque la totalité du globe. Le 21ème siècle, en revanche, avec un retour prépondérant de la démographie comme facteur d’action et de puissance, a radicalement renversé les schémas du passé. Des pays comme la Chine et l’Inde (on pourrait aussi citer le Nigeria, l’Indonésie, le Pakistan, le Brésil, etc.) ressentent le besoin d’occuper un rôle plus important sur la scène internationale et, surtout, de démontrer que la modernisation n’est pas synonyme d’occidentalisation et que le capitalisme peut revêtir des formes différentes.

    Dans ce contexte évolutif, l’Inde a cherché à agir en politique étrangère avec un mélange d’idéalisme et de pragmatisme, recherchant à la fois une autonomie stratégique et un engagement renouvelé sur la scène internationale. L’Inde cherche ainsi à se présenter comme «fournisseur de sécurité» dans l’océan Indien et en Asie centrale, méridionale et du Sud-Est.

    L’Inde unifiée possède une histoire particulière, fruit des leçons du passé. En effet, l’histoire indienne est une succession de royaumes différents, souvent en conflit, qui, dans bien des cas, ont fini par jouer le jeu des envahisseurs; par exemple les Moghols, dynastie impériale musulmane venue d’Asie centrale, qui furent les seuls à maintenir le sous-continent uni pendant des siècles.

    Avec la fin de l’ère coloniale, l’Inde a dû reconstruire sa propre image. En 1954, elle signa avec la République populaire de Chine, qui venait de s’emparer du Tibet, une déclaration en cinq principes: a) respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale réciproques; b) non-agression et/ou non-ingérence dans les affaires des autres; c) égalité réciproque; d) coopération fondée sur l’avantage mutuel; e) coexistence pacifique. Cela n’empêcha pas un affrontement ouvert en 1962, avec Pékin qui a fini par occuper une partie importante du territoire indien. Il faut rappeler qu’à la vision de Nehru (photo), l’action militaire était le dernier recours, inefficace pour résoudre les conflits. Le dirigeant indien voyait l’avenir de l’Asie comme une division en diverses fédérations bâties autour de différents «États civilisationnels». L’Inde, bien sûr, en faisait partie. Cependant, elle devait affronter le risque sécuritaire lié à la présence de populations musulmanes importantes sur ses deux flancs. Son idée de non-alignement l’amena à refuser toute participation à une alliance militaire. Malgré cela, en 1962, l’Inde chercha le soutien des Etats-Unis et du Royaume-Uni contre la Chine. En 1971, elle signa un traité d’amitié et de coopération avec l’Union soviétique, prélude à la relation spéciale que New Delhi (avec des hauts et des bas) entretient encore aujourd’hui avec la Russie; l’un des principaux fournisseurs d’énergie et d’armements du sous-continent.

    Cette relation a été remise en question à plusieurs reprises, tant par les théoriciens de l’Hindutva liés au parti actuellement au pouvoir (le BJP de Narendra Modi) que par les tentatives répétées des États-Unis de courtiser l’Inde, culminant avec la déclaration d’amitié et de partenariat stratégique de 2015, après plusieurs décennies où Washington accusait New Delhi de manquer de cohérence stratégique, et après que les Etats-Unis eux-mêmes ont tenté de freiner l’ascension de Modi au pouvoir par l’utilisation massive d’ONG à leur service ou en cherchant à diviser le front populiste en soutenant le Aam Aadmi Party.

    Cette déclaration fut le produit d’un nouveau focus stratégique nord-américain; le fameux «Pivot to Asia», visant à impliquer l’Inde dans l'endiguement de la Chine. Selon Washington, seule une alliance «occidentale» permettrait à l’Inde d’atteindre une vraie grandeur; et seul l’exploitation de sa nature «insulaire» (d’État séparé du reste du continent) lui permettrait de se projeter en mer comme nouvelle puissance thalassocratique.

    L’Inde semble en effet posséder tous les critères qui favorisent le développement d’une puissance maritime selon l’amiral nord-américain Alfred T. Mahan (1840-1914): 1) position géographique particulière; 2) configuration physique du territoire; 3) extension du territoire et disponibilité de ressources militaires; 4) vaste population; 5) caractère et qualité de la population; 6) caractère/attitude/qualité du gouvernement.

    New Delhi, par conséquent, devrait appliquer au golfe du Bengale et à une partie de l’océan Indien sa propre doctrine Monroe, favorisant le développement et l’augmentation numérique de sa marine militaire et, dans le style indien, une projection de puissance fondée avant tout sur la coopération en temps de paix.

    À la lumière de cela, deux faits doivent être soulignés: 1) l’Inde est devenue une puissance nucléaire non pas tant pour effrayer le voisin pakistanais, mais pour disposer d’une forme de dissuasion contre la Chine; 2) l’Inde a déjà connu une tradition thalassocratique dans le passé, liée à l’Empire Tamoul et à la dynastie Chola (un véritable empire maritime qui a étendu son influence sur tout l’océan Indien et l’Asie du Sud-Est).

    Ce n’est pas un hasard si les théoriciens nationalistes indiens rêvent d’une «Grande Inde» qui s’étendrait du fleuve Indus au fleuve Mékong. Une vision qui les rapproche quelque peu du projet biblique du sionisme: le « Grand Israël » s’étendant du Nil à l’Euphrate. Les premiers théoriciens de l’Hindutva (terme signifiant « indianité ») ne manquaient pas d’exprimer leur solidarité envers le projet sioniste au Proche-Orient, solidarité fondée surtout sur un mépris commun envers l’islam. L’indianité repose fondamentalement sur le rejet de l’islam et l’acceptation des seules religions proprement indiennes: hindouisme, bouddhisme et sikhisme. Cette hostilité envers l’islam a amené ces théoriciens à considérer que l’islam, en tant que religion étrangère au sous-continent, était même pire que le colonialisme britannique.

    Les séquelles de ce modèle idéologique persistent encore aujourd’hui. L’actuel Premier ministre Narendra Modi, par exemple, fut, en tant que gouverneur du Gujarat, protagoniste de véritables pogroms contre la population musulmane de la région. Les relations entre le Likoud israélien et le Bharatiya Janata Party restent excellentes. Ainsi, l’Inde, dans une optique d'endiguement de la Chine et de la nouvelle Route de la Soie, semble vouloir jouer un rôle de premier plan dans l’alternative «Route du Coton» ou IMEC (India-Middle East Corridor), qui devrait permettre à Israël d’étendre son influence sur l’océan Indien via les monarchies du Golfe.

    Bien plus intéressantes du point de vue de la pensée indienne moderne sont les considérations de Swami Vivekananda (1863-1902 - photo), précurseur de l’idée de l’Inde comme « État civilisationnel » et des réflexions de figures du mouvement nationaliste indien anti-colonial, de Sri Aurobindo à Mahatma Gandhi. Vivekananda est aussi considéré comme un réformateur de l’hindouisme et de l’application des valeurs religieuses à la politique. Selon lui, l’indépendance totale ne peut être atteinte qu’en suivant la voie du karmayoga (une action qui ne s’écarte jamais d’un système précis de principes).

    Le Vedanta, en particulier, peut être utile pour comprendre la politique étrangère et surtout il constitue le fondement de l’idée multipolaire indienne, prônant l’unité dans la multiplicité. Un concept que l’on retrouve aussi dans la tradition culturelle et religieuse chinoise. À ce propos, on ne peut oublier le contenu de l’Arthashastra (terme traduisible par « science de l’administration politique » ou « compendium des affaires mondiales ») de Chanakya (375-283 av. J.-C.), lequel est considéré comme une sorte de Machiavel indien, bien qu’il ait vécu bien avant le penseur italien. On y retrouve le principe directeur de la politique indienne (inspiré des Upanishad): « la vérité est une, mais il existe différentes voies pour l’atteindre ».

    Sur ces bases, le multipolarisme indien contemporain est interprété comme un ensemble de puissances responsables vers l’extérieur et non enfermées dans le contrôle interne. Il y a une sorte de rejet de ce qu’on appelle «autisme dans les relations internationales». Dans ce contexte, l’Inde doit agir sur plusieurs fronts.

    Nehru considérait l’URSS comme un facteur de stabilité au nord des frontières indiennes. De l’Asie centrale provient en effet la majorité des approvisionnements énergétiques indiens. La stabilité de cette région est fondamentale, tout comme les relations avec Moscou. Pour cette raison, la chute de l’URSS fut aussi perçue en Inde comme une catastrophe géopolitique. Et c’est pourquoi, dans la situation actuelle, New Delhi a rejeté le système de sanctions occidental imposé à la Russie suite à son intervention directe dans le conflit civil ukrainien. Il en va de même pour un autre fournisseur de ressources pour New Delhi, l’Iran. Avec la Russie et l’Iran, on construit en effet le corridor de transport Nord-Sud, destiné à acheminer ces ressources vers les ports indiens via la Russie, l’Asie centrale et l’Iran.

    L’Inde a besoin d’une Asie centrale stable pour permettre un flux énergétique stable garantissant le soutien à sa croissance économique. En même temps, elle a toujours privilégié une solution diplomatique à la question nucléaire iranienne et soutenu (avec une certaine dose d’ambiguïté) l’idée qu’une attaque militaire contre l’Iran aurait un effet dévastateur (ce qui s’est effectivement produit) sur la région (plus de cinq millions d’Indiens vivent dans les pays du Golfe Persique) et sur l’économie mondiale. L’Inde est le quatrième consommateur mondial de pétrole. Elle a besoin de ressources abondantes à faible coût et ne peut suivre les délires occidentaux dans ce domaine, malgré des pressions internes.

    Il est d’ailleurs « curieux » que les principaux acheteurs de pétrole iranien (Corée du Sud, Japon, Taïwan, Chine, Turquie et l’Inde elle-même) soient aussi ceux qui possèdent des «créances» envers les USA. Il est donc évident que Washington cherche à défaire ce type de relations afin que ces pays achètent plus d’hydrocarbures américains (une opération très similaire à ce qui s’est passé en Europe avec la crise ukrainienne).

    Il est tout aussi curieux que parmi les « faucons » du parti actuellement au pouvoir, certains considèrent la Russie comme un ennemi de l’Inde ou suggèrent d’utiliser la frontière avec la Chine (de plus en plus militarisée) comme tête de pont en cas d’attaque occidentale contre la République populaire. D’autres encouragent une augmentation de la relation déjà forte avec le Japon pour un simple endiguement de la Chine sur deux fronts.

    La relation avec la Russie est particulière, car beaucoup la voient comme un produit des relations personnelles de Nehru dans les premières années de l’État postcolonial. Aujourd’hui, ces relations restent fluctuantes (malgré la signature d’un accord de partenariat stratégique en 2000), surtout à cause de l’ouverture du gouvernement Modi aux Etats-Unis et de sa recherche de diversification dans les fournitures militaires. La Russie, de son côté, a nettement amélioré ses relations avec le Pakistan après les problèmes des années 1980 liés au conflit afghan.

    L’Afghanistan s’est rapidement transformé en théâtre de rivalité entre le Pakistan et l’Inde. La fuite des États-Unis hors de ce pays fut perçue comme une victoire pakistanaise, Islamabad parvenant à se doter d’une profondeur stratégique dans l’État voisin. En réalité, les problèmes jamais entièrement résolus, qui concernent les frontières et les nationalismes respectifs (pakistanais et afghan), ont mené à un affrontement ouvert, lié aussi au fait qu’Islamabad fait obstacle à la construction de relations commerciales entre l’Inde et l’Afghanistan poursuivies par le gouvernement taliban de Kaboul.

    La stratégie du « Look East » reste l’un des fondements de la politique étrangère indienne. Elle se serait même développée en quatre phases sur plus d’un millénaire. La première phase fut celle de l’Empire Chola; la deuxième celle de l’Empire moghol; tandis que la troisième débuta durant la Guerre froide, avec le développement d’une relation particulière qui perdure encore aujourd’hui (notamment dans termes de la politique d'endiguement de la Chine en mer de Chine méridionale) entre l’Inde et le Vietnam (l’Inde soutint le Vietnam lors du conflit avec les Khmers rouges cambodgiens, soutenus par la Chine et les Etats-Unis).

    La quatrième phase a commencé dans les années 1990 et a culminé avec l’idée d’« Act East » du gouvernement Modi, visant à améliorer les interconnexions routières et commerciales pour projeter l’influence indienne en Asie du Sud-Est via le Myanmar et la Thaïlande. Cependant, on craint qu’une ouverture excessive n’augmente les risques d’infiltration au sein des frontières indiennes de la criminalité organisée, transnationale et impliquée dans le trafic de drogue, d’armes (avec des conséquences évidentes dans la lutte contre les milices sécessionnistes ou islamistes) et d’êtres humains.

     

    Quoi qu’il en soit, une coopération plus étroite avec le Myanmar permettrait l’exploitation potentielle des immenses ressources de ce pays (plus de trois milliards de barils de pétrole, sans compter le gaz), trop longtemps victime d’une instabilité politique, parfois orchestrée de l’extérieur. Des projets intéressants dans ce domaine sont le corridor économique Mékong-Inde, lié à une coopération plus étroite entre l’Inde et le groupe ASEAN, et le forum trilatéral Inde-Myanmar-Thaïlande.

    En conclusion, l’Inde ambitionne de jouer un véritable rôle de leader du Sud Global par la coopération et la diplomatie économique, que le gouvernement Modi a érigées en fondement de sa stratégie. Il est important ici de souligner la différence entre les concepts de «voisinage», que l’Inde applique à sa proximité géographique, et celui de «périphérie», appliqué par les USA à l’Amérique du Sud ou par la Russie à l’espace ex-soviétique, et qui implique l’utilisation d’outils militaires (comme cela s’est souvent produit dans les deux cas) pour (ré)affirmer une suprématie effective. L’Inde et la Chine sont assez similaires à cet égard; toutes deux recourent à la coopération internationale et à leur participation à certaines organisations (BRICS, SCO ou AIIB – Asian Infrastructure Investment Bank) pour développer et améliorer leurs relations bilatérales avec leurs voisins immédiats ou plus éloignés.

    Quoi qu’il en soit, la vision multipolaire indienne de l’ère Modi n’est pas exempte d’ambiguïtés. Contrairement à celle de la Chine (qui considère la sécurité et l’économie asiatique comme absolument dépendantes des Asiatiques eux-mêmes, sans aucune influence extra-continentale), elle reste liée à une idée qui semble davantage inspirée de l'uni-multipolarisme huntingtonien, où à un pouvoir économique mondial plus partagé s’oppose la supériorité technologique et militaire incontestée d’une seule puissance: toujours les États-Unis.

    Daniele Perra (Euro-Synergies, 30 août 2026)

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  • AfD, ou le grand retour du théâtre antifasciste !...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Nicolas Gauthier cueilli sur le site de la revue Éléments et consacré à la victoire de l'AfD, le parti populiste allemand, aux élections dans le Land de Saxe-Anhalt...

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    AfD, ou le grand retour du théâtre antifasciste !

    Ce lundi 7 septembre, les démocrates ont mal à leur démocratie. Et les humanistes à leur humanité. Les grandes douleurs sont généralement muettes. Pas les leurs, depuis les 45 % emportés par l’AfD populiste, dans le land allemand de Saxe-Anhalt.

    En période de trouble politique, ne jamais oublier l’adage du cinéaste Max Pécas, sorte d’Alain Duhamel, le politologue qu’on sait, en un peu moins pointu, toutefois : « On se calme et on boit frais à Saint-Tropez ! » Ces mots immortels n’ont manifestement pas été retenus par l’ensemble d’une classe politique européenne peinant aujourd’hui à cuver sa gueule de bois. Il ne faut jamais abuser du jus de quinoa ; tous les spécialistes savent ça. Ainsi donc, le nazisme serait à nos portes, ou un bidule approchant, alors qu’on ne sait même pas encore si l’AfD aura la majorité nécessaire pour gouverner le land en question. Il est fait état des voix du BSW, formation de gauche populiste et souverainiste. Voir même celles de quelques élus chrétiens-démocrates de la CDU, pour que le compte y soit.

    Pour L’Humanité, il s’agit d’un « affreux bégaiement de l’histoire ». Libération a globalement la même une : « En Allemagne, le choc fasciste. » Tout dans la nuance. Le défunt Lionel Jospin ne disait pas autre chose en évoquant le « théâtre antifasciste ». Quant au Monde, une tribune évoque « le symptôme d’une maladie chronique de la démocratie allemande. » Le populisme relèverait donc plus d’une pathologie que d’un simple choix politique. À quand son remboursement à 100 % par la Sécu ? Voilà qui tomberait à point nommé, tant il est de notoriété publique que les caisses de cette dernière sont pleines à craquer.

    La chute des partis de gouvernement…

    Après tout, ceux qui filent la métaphore médicale n’ont pas tout à fait tort, sachant que si on leur administrait quelques calmants savamment dosés, ils ne s’en porteraient que mieux. D’où cette piqûre de rappel relative à ce qu’est l’AfD. Il s’agit d’un mouvement populiste, tel que plus haut écrit, qui doit principalement son succès à un trop plein d’immigration, tel l’accueil inconditionnel par l’ancienne chancelière Angela Merkel, en septembre 2015 de plus d’un million d’immigrés, principalement venus de Syrie. D’où ce sentiment de dépossession culturelle, éprouvé par une proportion grandissante d’Allemands, phénomène que l’on peut d’ailleurs observer partout en Europe. Sentiment d’autant plus amer que l’ancienne RDA demeure encore le parent pauvre de la réunification allemande.

    Il y a encore cette autre colère : celle consistant à ne pas se sentir entendu par les partis de gouvernement, chrétiens de la CDU et de la CSU au premier chef. Mais aussi sociaux-démocrates du SPD, sans oublier les écologistes (Grüne) et les gauchistes radicaux (Die Linke). Bref, rien que de très banal sur notre vieux continent ; les pays voisins de l’Allemagne éprouvant tous globalement semblable ressentiment vis-à-vis d’une classe politique majoritairement donnée pour incompétente et usée. Ensuite, qui sont les gens de l’AfD ? Comme toujours dans ce type de mouvement, il y a un peu de tout et beaucoup de rien.

    Une chancelière lesbienne pour l’Allemagne…

    Alice Weidel, sa présidente, présente ainsi un profil pour le moins particulier et pas tout à fait raccord avec l’idée que l’on peut se faire des sections d’assaut d’un futur IVème Reich. Lesbienne revendiquée, elle vit en couple avec une immigrée sri-lankaise de nationalité suisse. Elles se sont fait fabriquer deux enfants, grâce à deux généreux géniteurs dont on ne sait s’ils ont été ou non rétribués. Nous sommes donc loin d’un « ordre moral » revendiqué, mais plutôt d’enfants de Mai 68 qui auraient mal tourné. Quant à son co-président, l’ancien décorateur Tino Schrupalla, on dira, pour demeurer poli, qu’il a plus une tête de gondolier vénitien que d’un possible chancelier allemand. Pour ce qui est d’Ulrich Siegmund, le héros du jour en Saxe-Anhalt, il était autrefois vendeur de parfums, honorable métier soit dit en passant, et qui a mené sa campagne sur une mobylette Simson, symbole cacochyme de la défunte RDA. S’il y a nostalgie chez lui, ce serait plus celle d’Erich Honeker que d’Adolf Hitler. Mais il faut bien de tout pour faire un monde ; surtout dans celui du populisme.

    Si c’est ça, « L’homme le plus dangereux d’Allemagne », tel que titré en couverture de Der Spiegel, nos voisins d’Outre-Rhin peuvent dormir sur leurs deux oreilles. On notera d’ailleurs qu’Ulrich Siegmund s’est fait un plaisir de dédicacer à tours de bras l’hebdomadaire en question à ses fans. Et le sens de l’humour, avec ça. Paradoxalement, c’est Libération qui calme le jeu, sous la plume de Christophe Bourdoiseau, son envoyé spécial à Magdebourg, sur ses lieux du cataclysme. Interrogeant les passants, on apprend ainsi : « Dans une pizzeria de Magdebourg, deux serveurs assurent n’avoir aucune inquiétude pour leur avenir. “Vous savez, moi, je suis Italien. Alors cela ne me concerne pas. L’autre, d’origine libanaise, est tout aussi imperméable à ce choc électoral. “Ça fait vingt ans que j’habite à Magdebourg. J’ai des amis de tous les bords politiques, de l’extrême droite à l’extrême gauche. L’important, c’est de bien se tenir et de s’intégrer”, explique-t-il. »

    À en croire La Tribune dimanche, il y aurait pourtant péril en la demeure : « Manuela, prof de mathématiques et de physique a lu attentivement le programme de l’AfD. “Enlever le drapeau arc-en-ciel et ne laisser que le drapeau allemand devant les écoles, cela peut sembler un détail, mais c’est retirer un symbole de tolérance. C’est le signe d’une fermeture d’esprit”. » On avait pourtant cru comprendre le contraire : les mœurs particulières d’Alice Weidel sont de notoriété publique et cela ne l’empêche pas d’être adulée par les militants de l’AfD. Comme s’ils étaient finalement moins en proie à la « fermeture d’esprit » que certains.

    Notons encore que, ironie de l’histoire, Fabien Roussel annonçait, le même jour, sa candidature à la prochaine élection présidentielle. À sa place, celle du premier de nos communistes, on se poserait cette question consistant à savoir pourquoi les anciens habitant de l’Allemagne de l’Est plébiscitent-ils aujourd’hui le populisme ?

    Fabien Roussel pourra toujours en discourir autour d’un barbecue, avec ses derniers militants. Au bout de quelques merguez, lui et ses amis comprendront peut-être que le peuple est plus enclin au bon sens (celui de l’AfD dont le programme n’a rien de véritablement fracassant), qu’à de fumeuses idéologies. Telles, celles développées par le PCF, à en lire L’humanité : « Notre projet doit s’articuler à notre plan climatique, aux luttes féministes et antiracistes. » Seulement voilà, poursuit ce quotidien : « Les salariés nous parlent de la dégradation de leurs conditions de vie et commencent à voter RN, alors qu’ils sont parfois métis, originaires d’Outre-mer. »

    Au moins les camarades de l’ancienne RDA ont-ils résolu cette douloureuse équation en votant pour les intérêts du peuple ; ce qui n’est finalement pas si incongru, en démocratie.

    Nicolas Gauthier (Site de la revue Éléments, 8 septembre 2026)

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