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Points de vue

  • La dissidence : l’antidote à la capitulation...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Guillaume d'Aram de Valada, cueilli sur Polémia et consacré à la nécessité de l'esprit de dissidence.

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    La dissidence : l’antidote à la capitulation

    « Gaulois réfractaire ! »

    Il faut garder à l’esprit la vieille maxime : « Aussi longtemps qu’un peuple ne renie pas le combat, il ne dégénère pas. Mais quand un peuple rêve de paradis, gare à la détresse. Et quand un peuple brise son épée, il appelle la mort. »

    Celui qui hurlait, durant sa campagne présidentielle de 2017, qu’il allait gagner parce qu’il avait un projet, tel un adolescent à qui on avait supprimé sa PlayStation, à peine était-il élu qu’il traitait les Français de « gaulois réfractaires » en les qualifiant d’hermétiques au changement.
    Le « Mozart de la finance » connaît-il seulement la définition du mot réfractaire ?
    Ramener le réfractaire à son opposition à tout changement, c’est ne pas connaître cette condition et ce comportement, en ne l’utilisant que dans son sens le plus péjoratif.
    On reconnaît au passage le côté méprisant du post-adolescent picard qui nous sert accessoirement de chef de l’État.

    Emmanuel Macron, réduisant sa vision de la France à une Start-up Nation, pensait sans doute faire de l’esprit en associant deux identités pourtant bien distinctes.
    « Le gaulois » fait référence à un héritage historique, fait de sacrifices, de sueur et de sang versé, inscrit dans notre mémoire nationale. On ne saurait être « réfractaire » quand on défend un héritage, a fortiori quand celui-ci a largement contribué à fonder sa propre identité forte.

    Sans nous attarder à l’héritage identitaire gaulois, attachons-nous plutôt au synonyme du réfractaire : le rebelle.

    Le rebelle

    Le rebelle se caractérise avant tout par sa dissidence, celle qui refuse de se soumettre.

    De tout temps, suivant les modes intellectuelles et les discours qui les accompagnent, le rebelle se distingue par son comportement, les uns en silence, d’autres en continuant inlassablement à clamer leurs doutes, leurs certitudes et leur refus, d’autres portant leur condition comme une décoration.

    Le rebelle se moque des convenances, surtout quand celles-ci portent en elles la duplicité et le mensonge. Il s’applique au mieux à ne pas déroger à ce qu’il place au plus haut, à ce que représente pour lui le sens de l’honneur.
    Celui-ci peut se rapprocher du rebelle dans la définition qu’en donnait Lucien Febvre :
    « L’honneur, c’est d’abord un refus, un refus de pactiser avec ce qui est laid, bas, vulgaire, intéressé, non gratuit ; un refus de s’incliner devant la force parce qu’elle est la force ; devant la paix, parce qu’elle est la paix ; devant le bonheur, parce qu’il est le bonheur. »
    En remplaçant le mot « honneur » par « rebelle », on peut sans doute résumer cette condition en l’éloignant encore un peu plus de l’ironie qu’exprimait notre locataire élyséen.

    Certains esprits convenus pousseraient même la provocation en étiquetant le rebelle du qualificatif de « nostalgique », comme pour mieux l’éloigner plus profondément dans le couloir du temps, craignant une sorte de contagion.

    Le rebelle, du moins celui qui reste attaché à son enracinement, mène son combat chaque jour face à son contraire, à son opposé : reconstruire la citadelle, celle qui nous faisait rois dans nos foyers. Ne rien laisser passer à la dialectique tordue. Le faire résolument, comme si on devait disparaître le lendemain.
    Le rebelle agit comme la sentinelle sur le chemin de ronde du rempart à la soumission.
    C’est le devoir de la sentinelle d’alerter, de faire les sommations, de donner les coups de semonce et de ne jamais rompre.
    Pour ce faire, il faut sans cesse ranimer ce goût du risque qui empêche de subir.
    Le goût du risque, c’est ce que nous devrions entretenir pour éviter de nous laisser polluer par l’air du temps.
    Sans prise de risque, où est le sel de la vie ?
    Nulle part.
    On prend des risques pour soi-même, dans sa vie professionnelle, on en prend pour sa famille, pour la préserver et pour lui transmettre ce qu’on a reçu. On prend des risques pour garder sa soif d’absolu et d’idéal terrestre. Ce n’est pas la société qui pousse à prendre des risques, cela nous appartient.
    On n’échappe pas à sa propre responsabilité en prenant des risques. C’est l’évidence, diront ceux qui en ont pris, ou ceux qui ont fait semblant d’en prendre.
    En prenant des risques, on ne peut pas faire semblant. La peur en fait partie, elle est même indispensable à la prise de risque. Elle doit être surmontée et maîtrisée au regard de l’objectif à atteindre.

    Le rebelle identitaire

    En début de semaine, Jean-Eudes Gannat, courageux militant identitaire, après s’être engagé dans ses élections municipales en Anjou, exprimait en quelque sorte une marche à suivre : « Je crois qu’il y a un “nationalisme municipal” à développer dans toutes les villes de moins de 50 000 habitants où le grand-remplacement n’a pas encore sévi et où l’antifascisme passe pour ce qu’il est : une farce de gosses de riches ! … C’est la dernière fenêtre de tir pour la survie de notre pays. Je ne sais pas si vous imaginez ce que cela signifie : si vous continuez à vous planquer, vos enfants grandiront comme les derniers Blancs de la ville de Saint-Denis, dirigés par des populations hostiles, au milieu des dealers, dans un pays islamo-gauchiste… Réveillez-vous bordel ! »

    En voilà un qui ne fait pas semblant. Il y a du hussard dans cette attitude, dans ce refus de capituler.
    Il a raison de sonner du clairon, le meilleur qui soit, celui de la rébellion, pour tenter la dernière sortie de la citadelle assiégée, sinon, à l’instar de ce qu’écrivait Jean Raspail, « … l’on meurt de vieillesse, triste au fond de la forteresse oubliée que personne n’assiège plus parce que la vie s’en est allée ailleurs ».

    On ne s’attache vraiment solidement qu’à des structures qui tiennent debout depuis longtemps. Les racines sont profondes dans nos provinces de France. Il suffirait de les entretenir, de leur redonner leur éclat et de remettre le pont-levis en place.
    La jeunesse identitaire vient bousculer nos certitudes, notre prétention et parfois notre condescendance. Elle donne un sens à l’engagement. Il faut l’entendre et ne pas s’échapper au nom du « c’était mieux avant ».

    Cette jeunesse, productrice d’espérance, est en quelque sorte le modèle de cette « garde avancée » d’un salutaire réveil identitaire enfoui dans notre inconscient collectif.

    Le goût du risque et l’engagement l’emportent toujours sur l’immobilisme et la passivité.

    Le goût de l’action

    L’action politique locale, et la défense du bien commun à l’échelle de nos communes, peuvent contribuer à cimenter de vraies solidarités identitaires pérennes et créer le possible creuset d’une renaissance, par le bas, de notre unité nationale.
    Pour l’heure, le haut cultive son cynisme froid et son mépris pour « les petites patries charnelles ». Le haut est malade de sa sclérose en plaques, celle de sa technocratie centralisée et de ce manque de subsidiarité. L’oubli du « principe de subsidiarité », souvent évoqué et pratiquement jamais mis en œuvre, reste le miroir des échecs de l’État centralisateur. En haut, la nation confisquée n’est qu’un simulacre de solidarité engoncé dans une administration tatillonne et toujours plus répressive pour le besoin de proximité.
    La marche forcée des « communautés de communes » et autres échelons administratifs, froids et paralysants, participe de cette dilution du bien commun.
    Cette idéologie mortifère de dilution de l’action politique consacre la mécanique en place : il ne faudrait plus que regarder ailleurs, plus loin, toujours plus loin, comme pour arracher ce cordon ombilical identitaire et nous extirper une bonne fois pour toutes de nos racines ancestrales.

    Face à la médiocrité, la dissidence

    Ce qui transpire, au-delà de la perfidie de cette entreprise menée de longue date, c’est la profonde médiocrité pathétique des promoteurs. Leur médiocrité se croit devoir tout permettre et s’ériger en totem absolu.
    Ils espèrent, dans un morne climat imposé, que les plus nobles façons d’exister finiront bien par s’étioler peu à peu, ou disparaître.
    Leur inconséquence et leur manque manifeste d’élévation les aveuglent. Peu leur importent les dégâts provoqués pourvu qu’ils achèvent ce qui a été commencé : la révolution permanente en boucle !

    Cette marche forcée, vers ce nirvana supposé, trouvera toujours sa justification dans le « toujours plus » au détriment des entités les plus proches du pays réel. Cette idéologie s’applique surtout à se garder de toute transcendance, de toute verticalité, exceptée sa volonté de dissoudre le pays dans un magma difforme où l’amnésie règnerait en maître.
    La dissidence est le meilleur antidote à cette lancinante démission qui guette tout peuple vieillissant.

    À l’image d’une jeunesse identitaire rebelle, sachons garder et cultiver le goût du risque et de l’engagement en nous exorcisant du venin de la capitulation sans combattre.
    Gardons-nous du renoncement confortable et du réflexe grégaire du « tout est foutu ».

    Après l’imposture idéologique des années 80, orchestrée autour de « SOS RACISME », l’heure de « SOS RACINES » a sans doute enfin sonné.

    Guillaume d’Aram de Valada (Polémia, 21 mars 2026)

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  • Le lent enracinement d’un nationalisme local face aux illusions médiatiques...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Balbino Katz, le chroniqueur des  vents et des marées, cueilli sur Breizh-Info et consacré au temps long de la politique...

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    Municipales : le lent enracinement d’un nationalisme local face aux illusions médiatiques

    Dans la pampa argentine, la politique française arrive comme l’écho de la houle d’une mer lointaine. De près, l’écume des vagues aveugle l’observateur et brouille les formes. On croit voir un basculement historique, une rupture décisive, parfois même un cataclysme électoral, alors qu’il ne s’agit que d’un remous de surface. De loin, au contraire, la mer retrouve sa logique. On distingue l’onde entière qui se forme au large, avance lentement, se gonfle, puis vient mourir sur la plage avant qu’une autre ne la remplace. Les élections ressemblent souvent à cette mer agitée. Celui qui reste auprès de l’écume croit vivre une tempête permanente. Celui qui regarde depuis la falaise comprend que les vagues obéissent à un rythme beaucoup plus lent.

    C’est ainsi qu’après avoir réamorcé un moulin à vent qui ne pompait plus d’eau, j’ai parcouru les résultats des élections municipales françaises, assis dans la lumière un peu pâle d’un après-midi de la pampa, à quelques centaines de mètres d’un pré où paissent des chevaux criollos. La distance géographique et le décalage horaire ont parfois des vertus inattendues. Ils débarrassent l’esprit de ce vacarme continu qui accompagne chaque scrutin. On échappe aux cris de victoire prématurés, aux lamentations théâtrales, aux plateaux de télévision où chacun s’efforce de transformer une variation de deux points en tournant historique.

    La bulle médiatique possède un pouvoir singulier. Elle hypnotise ceux qui vivent de la politique, journalistes, militants, stratèges, sondeurs. Pour eux, chaque sondage devient un événement, chaque fluctuation une prophétie. Pourtant, l’électeur moyen n’en a cure. Il ne vit pas dans ce théâtre. Il travaille, élève ses enfants, se préoccupe du prix de l’essence, de la sécurité de son quartier ou de l’école de ses petits. Lorsqu’il vote, il le fait souvent selon des fidélités anciennes, des habitudes familiales, parfois même selon un simple réflexe social hérité de son milieu. Les peuples changent beaucoup plus lentement que les sondages.

    Cette lenteur n’est pas une faiblesse. Elle est la condition même de la stabilité des nations. Les sondages capturent des humeurs, parfois des colères passagères. Les peuples, eux, portent des histoires. Une société ne modifie pas en quelques mois les représentations politiques qu’elle a mis cinquante ans à construire. Les électeurs avancent comme ces grands fleuves sud-américains qui serpentent à travers la plaine. Le courant semble immobile, et pourtant il finit par déplacer des continents de sable.

    À cette lumière, les résultats de ces municipales prennent une signification particulière. Dans les vingt plus grandes villes françaises, les listes situées à la droite de la droite parlementaire passent de 7 % en 2020 à 16 % aujourd’hui. La progression est nette. Dans le même temps, La France insoumise, qui avait largement ignoré les municipales lors du précédent scrutin, s’installe désormais dans le paysage local et dépasse souvent les dix pour cent des voix. Les deux extrémités du champ politique progressent tandis que les formations centrales s’érodent ou se recomposent dans des alliances parfois improbables.

    Encore faut-il lire ces chiffres avec prudence. Car cette progression, déjà visible, demeure en réalité partielle. Les droites dites radicales ne présentent pas de listes partout. Elles restent absentes de nombreuses communes, faute de cadres, de réseaux ou simplement d’ancrage local suffisant. Là où elles se présentent, elles progressent. Là où elles sont absentes, elles n’existent pas dans les urnes. Le pourcentage agrégé ne mesure donc qu’une présence incomplète, comme une marée observée à mi-côte, sans voir ce qui se forme au large.

    Cette limite renvoie à une divergence plus profonde entre les différentes formations de ce courant. Le Rassemblement national, en particulier, ne semble pas avoir fait du développement municipal une priorité stratégique. Son implantation locale existe, certes, mais elle procède davantage par opportunités que par volonté systématique d’enracinement. Le parti fonctionne comme une structure centralisée, concentrée sur les échéances nationales, où l’image, la marque et la figure du chef jouent un rôle déterminant. À bien des égards, il est géré comme une petite entreprise politique, soucieuse d’optimiser ses positions électorales, mais peu encline à investir dans le patient travail de maillage territorial que suppose la conquête municipale.

    À l’inverse, d’autres formations, plus récentes ou plus idéologiques, semblent avoir compris que leur avenir dépend précisément de cette implantation lente. Elles cherchent à s’inscrire dans le tissu local, à constituer des équipes, à ouvrir des permanences, à mener des campagnes de terrain. Là où le Rassemblement national capitalise sur une dynamique nationale déjà acquise, ces mouvements tentent de construire, pierre après pierre, une présence municipale encore embryonnaire.

    Autrement dit, ces 16 % ne disent pas seulement ce qui est, ils suggèrent aussi ce qui pourrait être. Si l’on raisonne non plus en moyenne nationale, mais en intensité locale, le phénomène apparaît sous un jour différent. Dans les villes où ces listes existent réellement, où elles mènent campagne, où elles rencontrent les habitants, leurs scores sont souvent bien supérieurs à cette moyenne. Le chiffre national agrège des absences et des présences, il dilue une dynamique encore inégalement répartie sur le territoire.

    Ce contraste se retrouve, en miroir, dans les résultats de la France insoumise. Le mouvement progresse indéniablement et parvient à s’implanter dans un nombre croissant de villes. Dans plusieurs métropoles, il dépasse les dix pour cent et devient un acteur incontournable des recompositions à gauche. Pourtant, là encore, la lecture globale mérite d’être nuancée. Car cette progression ne s’opère pas de manière homogène. Elle se concentre très nettement dans certains territoires, souvent urbains, souvent populaires, là où les équilibres démographiques ont profondément évolué au cours des dernières décennies. C’est dans ces espaces, déjà transformés, que le mouvement trouve ses points d’appui les plus solides et ses scores les plus élevés.

    À l’inverse, dans de nombreuses villes moyennes ou dans des territoires restés plus stables, son implantation demeure plus fragile, parfois marginale. Ainsi, ce que les chiffres nationaux présentent comme une progression générale recouvre en réalité une géographie politique très contrastée, faite de bastions bien identifiés et de zones encore largement imperméables.

    Ce point est essentiel pour comprendre la nature du moment politique. Contrairement aux partis anciens, solidement implantés dans chaque canton, ces mouvements sont encore en phase de constitution. Ils ne disposent ni du maillage patient que les formations traditionnelles ont bâti sur plusieurs décennies, ni de l’appareil militant qui permet de couvrir l’ensemble du territoire. Leur progression ne se mesure donc pas seulement en pourcentage de voix, mais en nombre de points d’ancrage conquis, en communes où une première liste apparaît, en villes où un groupe municipal commence à exister.

    Ainsi, ce qui apparaît dans les chiffres comme une progression significative mais encore limitée pourrait bien être, en réalité, l’indice d’un phénomène plus profond. Non pas une vague déjà formée, mais une houle en train de se constituer, encore inégale, encore fragmentée, mais dont la logique interne est celle de l’expansion.

    Ces évolutions paraîtront spectaculaires à ceux qui vivent dans l’instant médiatique. Elles sont en réalité le produit de transformations beaucoup plus longues, commencées il y a parfois quinze ou vingt ans. La politique ressemble à ces marées profondes que décrivait Oswald Spengler lorsqu’il observait les cycles des civilisations. Les vagues visibles ne sont que l’expression d’un mouvement qui s’est formé bien plus loin au large.

    Avant même de méditer ces tendances générales, mon attention s’était pourtant fixée sur une expérience particulière. J’étais curieux d’observer la campagne menée à Paris par Sarah Knafo et le mouvement Reconquête. La capitale constitue un terrain difficile pour toute formation située à droite de la droite classique. Pourtant, la campagne menée par l’équipe de Reconquête m’avait paru d’une intelligence rare. Programme détaillé, propositions urbaines concrètes, et même cette idée séduisante d’une promenade aménagée au-dessus de la voie sur berge, projet capable de parler à l’imaginaire parisien autant qu’au quotidien des habitants.

    Je me surprenais à rêver d’un résultat frôlant les quinze pour cent.

    La réalité fut plus modeste. Pourtant, vue depuis la pampa, elle apparaît presque rassurante. Elle rappelle cette loi d’inertie qui gouverne les électorats et que les esprits pressés refusent d’admettre. Dans la bulle médiatique, où l’on confond volontiers visibilité et influence, la campagne de Sarah Knafo avait pris des allures de démonstration. Sur les réseaux, dans les cercles militants, jusque dans certains commentaires journalistiques, elle semblait avoir écrasé ses adversaires, imposé ses thèmes, dominé le débat avec une aisance presque évidente.

    Mais cette domination appartenait à un monde particulier, clos sur lui-même, où les mêmes idées circulent entre les mêmes esprits, se renforcent et finissent par donner l’illusion d’une percée déjà accomplie. Ce monde n’est pas celui de l’électeur ordinaire. Celui-ci ne suit pas les joutes numériques, ne mesure pas la qualité d’un programme à la précision de ses chiffres, ne transforme pas une présence médiatique en vote automatique.

    Dès lors, le décalage apparaît inévitable. Ce qui semble massif dans la sphère médiatique devient, une fois passé l’épreuve du suffrage, un simple frémissement. Non par faiblesse intrinsèque, mais parce que le passage du discours à l’enracinement exige un temps que la politique contemporaine, impatiente et fébrile, ne veut plus accorder.

    La politique électorale ressemble à un navire lourd. Lorsque le capitaine ordonne de virer de bord, la coque continue longtemps sur son erre avant que la proue ne modifie réellement sa trajectoire. Les peuples changent plus lentement que les commentateurs ne l’imaginent. Et ceux qui confondent la clameur de l’écume avec la force de la vague s’exposent toujours à cette même surprise, découvrir que la mer, au fond, n’a pas encore changé de direction.

    Cette inertie apparaît encore plus nettement lorsqu’on observe les villes moyennes. Le cas de Segré, dans le Maine-et-Loire, en offre un exemple presque pédagogique. Jean-Eude Gannat y obtient 21,72 % des voix et fait entrer sept élus au conseil municipal. Le score est remarquable dans une commune mêlant populations ouvrières et rurales. Pourtant, un autre candidat installé depuis plusieurs mandats, héritier d’une droite plus traditionnelle et porté par l’autorité tranquille de l’habitude, doté d’un nom à particule lié au terroir, le devance encore, malgré un programme dont la fadeur n’aurait sans doute guère enthousiasmé les électeurs s’il n’avait été enveloppé dans la continuité municipale.

    Jean-Eude Gannat lui-même en tire une conclusion d’une lucidité presque désarmante dans le texte qu’il a publié après le scrutin. Il écrit ainsi :

    « Malgré la diabolisation, sans débat, en refusant de m’excuser pour mes idées ou de rentrer dans l’arc républicain, c’est une victoire en soi, possible grâce à un vrai programme local et à notre capacité à montrer le réel sans langue de bois. »

    Cette phrase résume à elle seule une évolution intéressante de la nouvelle génération militante. Pendant longtemps, les formations dites radicales ont vécu dans l’illusion d’un basculement rapide de l’opinion. Les élections successives ont montré que la réalité est beaucoup plus lente et beaucoup plus complexe.

    Gannat le reconnaît lui-même lorsqu’il écrit :

    « L’élection est un exercice nécessaire pour faire avancer nos idées et les confronter au réel, mais difficile à doser convenablement pour ne pas susciter de déconvenues et démotiver les troupes. »

    Autrement dit, la compétition électorale possède une vertu pédagogique. Elle oblige les mouvements politiques à quitter le confort des cercles militants pour se confronter au pays réel. On découvre alors que les électeurs ne se déplacent pas pour des slogans, mais pour des questions concrètes, l’état des routes, la gestion des logements sociaux, la sécurité quotidienne, la fiscalité municipale.

    C’est pourquoi Gannat développe dans son texte une idée qui mérite d’être examinée avec attention, celle d’un « nationalisme municipal ». La formule peut surprendre, mais elle renvoie en réalité à une tradition politique bien connue en France. Durant des décennies, le Parti communiste avait construit ce que l’on appelait le communisme municipal. Des mairies, des élus locaux, des réseaux d’associations, une présence quotidienne dans la vie des habitants. Le parti s’était enraciné dans le territoire avant même de peser réellement à l’échelle nationale.

    Gannat propose implicitement d’appliquer la même stratégie à un courant idéologique différent. Il écrit ainsi que la mouvance doit passer de « trois ou quatre à trente porte-paroles capables de s’assumer en public, de tenir des locaux, de parler à tous les âges et toutes les conditions sociales, de faire du porte-à-porte, de gagner des villes ».

    La réflexion se poursuit dans une perspective générationnelle. Il évoque les abstentionnistes qui ne votent pas tant par hostilité que par indifférence, et il insiste sur la nécessité d’aller à leur rencontre. Pour lui, la transformation politique ne viendra pas d’un coup de tonnerre électoral, mais d’un travail patient d’implantation locale.

    Ce passage est sans doute le plus révélateur de son texte :

    « Les boomers seront morts dans quinze ans, et les abstentionnistes de souche ne le sont bien souvent que parce qu’ils ne nous connaissent pas. Notre génération a le pouvoir, entre maintenant et 2050, de créer un tissu politique capable de faire la différence. »

    Il y a dans ces lignes une intuition intéressante. Les transformations politiques profondes ne se produisent presque jamais par rupture brutale. Elles naissent de l’accumulation lente de réseaux, d’élus locaux, de relais associatifs, de militants capables de parler au pays réel.

    Depuis la pampa, où l’horizon semble immobile pendant des jours avant qu’un orage venu du sud ne bouleverse soudain le ciel, cette vérité apparaît avec une clarté presque physique. Les peuples ne changent pas au rythme des sondages. Ils changent au rythme des générations.

    Encore faut-il, toutefois, que ces générations puissent se succéder dans une certaine continuité. Toute transformation politique suppose un socle humain relativement stable, une transmission lente des habitudes, des mœurs, des fidélités. Si cette continuité se trouve rompue, si les équilibres démographiques se modifient trop rapidement, alors le temps long de la politique se trouve lui-même altéré. La vague n’a plus le loisir de se former, elle est dispersée avant d’avoir atteint le rivage.

    La question n’est pas ici celle des slogans ou des formules, mais celle du rythme propre aux sociétés. Une nation ne se transforme pas seulement par ses institutions ou ses lois, elle se transforme d’abord par ceux qui la composent, par leur nombre, leur renouvellement, leur manière d’habiter le territoire. Lorsque ce rythme s’accélère au point de rompre avec les cadences anciennes, la politique elle-même change de nature. Elle cesse d’être une lente dérive pour devenir une suite de secousses, parfois imperceptibles, parfois brutales.

    Ainsi, la temporalité des peuples, celle que j’évoquais en regardant l’horizon de la pampa, suppose une condition préalable, la persistance d’un corps collectif capable de porter cette durée. Sans cela, les cycles politiques ne s’accomplissent plus selon leur logique propre. Ils se trouvent infléchis, parfois contrariés, par des mouvements qui dépassent le seul jeu électoral.

    Dans ce contexte, les idées peuvent surgir sur les plateaux de télévision, y trouver un écho, parfois même y imposer leur cadence. Elles circulent vite, séduisent, inquiètent, s’imposent un instant comme des évidences. Mais cette vitesse est aussi leur faiblesse. Si elles ne rencontrent pas la terre, si elles ne s’enracinent pas dans les communes, dans ces villages où des hommes décident un jour de se présenter devant les leurs, elles demeurent suspendues, sans prise réelle sur le pays.

    Alors le vent les emporte, comme il les avait portées. Et la mer, elle, continue de suivre son rythme propre.

    Balbino Katz, chroniqueur des vents et des marées (Breizh-Info, 18 mars 2026)

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  • Le vieux clivage gauche-droite ou l’hémiplégie républicaine certifiée

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Guillaume d'Aram de Valada, cueilli sur Polémia et consacré au clivage droite-gauche.

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    Le vieux clivage gauche-droite ou l’hémiplégie républicaine certifiée

    Origine historique du clivage gauche-droite

    Il est parfois utile de revenir sur des clichés. Au fil du temps qui passe, certains ont la vie dure sans qu’on prenne le temps de savoir vraiment pourquoi. Se dire de « droite » ou de « gauche » aujourd’hui, pour quelle signification et quelle est son origine ?

    Faisons un bref rappel historique. Ce clivage politique est concrètement né du renversement de la monarchie et plus particulièrement d’un certain 11 septembre 1789 où, au sein de l’Assemblée constituante nationale, deux conceptions du pouvoir diamétralement opposées vont donner naissance à cette dichotomie partisane. Celle-ci s’imposera comme une des pierres angulaires de notre bonne vieille République jacobine. Ce jour-là, il s’agissait surtout d’enfoncer définitivement le clou afin d’enraciner l’entreprise révolutionnaire. Avant que l’antique monarchie ne soit définitivement abolie, la question centrale du pouvoir royal devait être radicalement tranchée : permettre au roi d’user d’un droit de « veto absolu » sur le nouveau pouvoir législatif ou bien lui imposer un droit de « veto suspensif » le ramenant à un rôle d’observateur passif.

    Dans cette Assemblée constituante, la répartition des forces en présence allait se définir de façon strictement géographique. Les partisans du droit de « veto absolu » donné au roi furent sommés de se tenir à la droite de la présidence, tandis que les tenants du droit de « veto suspensif » s’installaient tranquillement à sa gauche.

    Après ce rappel succinct, il convient de bien saisir ce qui constituera durablement les fondements mêmes de deux camps censés conduire les destinées du nouveau pouvoir révolutionnaire :

    • Le fondement de la droite, celle de septembre 1789 : l’impératif de l’ordre et du consentement à l’autorité qui vient d’en haut.
    • Le fondement de la gauche : le rejet de toute autorité qui vient d’en haut au nom du mythe de l’émancipation et de la prétendue liberté de chacun de couper le cordon avec la tradition.

    La question de la légitimité républicaine

    Fort de ce rapide tableau, la république française serait-elle de droite ou de gauche ? Vaste question, diront les uns, totalement dépassée affirmeront les autres. Et pourtant, cette question reste justifiée puisqu’elle relève d’un pouvoir politique en place en France depuis plus de 150 ans.

    Cela supposerait de définir ce qu’on entend par :

    • La Légitimité du pouvoir,
    • Le Pouvoir légitime,
    • Et la Légitimité républicaine.

    Il ne s’agit pas ici de promouvoir une quelconque légitimité politique. Il s’agit surtout de souligner le formidable tour de passe-passe d’un système qui ne sait plus ce qu’il a vraiment à proposer d’autre que le ferment durable de la division en s’appuyant sur son histoire partisane et idéologique.

    Positionner les clivages politiques selon une seule et même boussole revient à accepter de ne jamais remettre en cause les vertus de telle ou telle conception du « pouvoir légitime » ou de la « légitimité du pouvoir ».

    Parler de légitimité en république, je vous l’accorde, relève d’un exercice difficile, et qui parfois, pour ne pas dire souvent, se perd dans le suffrage universel sans cesse détourné.

    La droite comme auxiliaire de la gauche

    Alors, la droite dans tout ça ? Que dit-elle ?

    Au fil de ses démissions et de ses compromissions, son discours s’accorde à ce que lui dicte directement ou indirectement la gauche, la gardienne des fondamentaux. La droite, comme prisonnière d’un carcan idéologique qui ne devrait pourtant pas être le sien, se contente de s’opposer à la gauche en s’appliquant à se distinguer d’elle tout en lui donnant des gages de sa fidélité à la république.

    La gauche se délecte alors et n’a pas grand-chose à opposer à son locataire de service, sauf à l’enfermer régulièrement dans une diabolisation chimérique de ce qui serait sa raison d’être en lui rappelant constamment qu’elle doit rester redevable à vie d’un régime qui ne sera jamais sa propriété.

    Contentons-nous d’observer la droite depuis 50 ans. Depuis l’avènement du « libéralisme avancé », tout, ou plutôt rien ne s’est opposé aux idéaux de la gauche, bien au contraire. Ceux-ci ayant même parfois été dépassés sans même l’avoir demandé par les tenants de la « révolution permanente ». Il suffit de citer quelques exemples : l’immigration légale incontrôlée et le regroupement familial, le laxisme judiciaire, la non remise en cause des 35 heures, la discrimination à l’embauche, le mariage pour tous, l’avortement autorisé et prolongé à plus de 14 semaines, et bientôt le suicide assisté, pudiquement nommé « aide à mourir ».

    Toutes ces lois, dites « sociétales », sont sorties ou ont été en grande partie enfantées par la gauche et ses laboratoires idéologiques. Et pas un gouvernement dit de droite ne les a remises en question, et pour cause, certaines ayant été proposées et votées par cette même droite dite « républicaine » ! Les têtes de gondoles en ont même rajouté dans une sorte d’obséquiosité maladive afin de se sentir continuellement irréprochable vis-à-vis du propriétaire des lieux.

    Le summum, peut-être, de la comédie, c’est quand certains de ces supplétifs de « droite » osent se dire « conservateurs ». On atteint là le nirvâna du mensonge grimé en farce démocratique !

    Vous l’aurez bien compris, ces positionnements dits de droite et de gauche sont la quintessence d’une imposture sémantique et idéologique. Tant est si bien que la droite, ou estampillée comme telle, ne saurait exister dans cette république sans y perdre définitivement son âme.

    La « droite impossible »

    Poursuivons. La droite est-elle impossible ? Qui ne s’est pas posé cette question, quand il s’agit de se déplacer, parfois les jambes lourdes et en trainant les pieds, au bureau de vote pour mettre son bulletin dans l’urne ?

    J’avais lu le premier essai de Yves Marie Adeline en 1993, alors titré La droite piégée.

    Cet essai, brillamment écrit, m’avait impressionné par sa pédagogie et par son argumentation implacable. La métaphore utilisée de la roue crantée et son cliquet qui empêche tout retour en arrière démontre de façon lumineuse le stratagème diabolique consistant à ne jamais remettre en question les acquis dits « sociaux et sociétaux » imposés par le régime en place, le tout sous l’orchestration de la gauche dominatrice.

    Adeline, fort d’une expérience politique dans le secteur des collectivités locales, avait poursuivi en 2000 sa réflexion par une suite tout aussi intéressante, intitulée : La droite où on n’arrive jamais !

    La droite était non seulement piégée, mais en plus, elle n’arrivait jamais. Le même auteur concluait sa démonstration en 2012 par un titre définitif : La droite impossible !

    Le clivage « gauche, droite » semble donc s’être enraciné sans qu’il soit possible de le remettre en cause et surtout d’en démontrer ses limites et ses contradictions.

    Tout ça est pourtant bien connu.

    Néanmoins, cette question n’est pratiquement jamais évoquée, jamais débattue, du moins de façon sérieuse. Elle est totalement rejetée et enfermée à double tour dans un container en acier rouillé dont les clés auraient été volontairement perdues.

    Et si « la droite est impossible », alors le système resterait-il la propriété exclusive de la gauche, seule gardienne de la « Légitimité républicaine » ?

    Le citoyen piégé dans l’alternative républicaine

    La droite est-elle compatible avec le système en place, avec la république, avec les valeurs dites de la république ?

    Tant qu’on ne voudra pas répondre à cette question, nous serons régulièrement soumis au diktat de ceux qui veulent nous imposer leur vision de la Nation, de la patrie, de la tradition, de la société, de l’enracinement, de la transmission, de la famille, du bien commun et, maintenant, de la fin de vie.

    La liste est longue.

    Alors, de temps en temps, le citoyen va dans l’isoloir. Il en sort l’air dégagé pour déposer le précieux papier dans l’urne.

    A-t-il voté pour la droite ou pour la gauche ?

    Ou a-t-il voté exclusivement pour la gauche, sans le savoir, comme à chaque fois ?

    Au rythme de la ritournelle médiatique, on entend sans cesse parler de la « gauche républicaine » et de la « droite républicaine » !

    Faudrait-il entendre par là qu’il y aurait d’autres gauches et d’autres droites, pas républicaines, celles-là, et par conséquent infréquentables et inassimilables à la République ? Élémentaire mon cher Watson !

    Il faut bien le dire, à force d’entretenir cette hémiplégie partisane, la république est à bout de souffle ! Alors qu’elle semble être arrivée au bout de son tunnel, elle se raccroche à ses brindilles et à ses baudriers comme terrorisée à l’idée qu’on puisse lui voler sa légitimité, de gauche !

    Mélenchon ne hurlait-il pas : « La république, c’est moi ! »

    Et pourtant, pourquoi aurait-elle peur ?

    Elle peine visiblement à trouver un nouveau souffle. « Mais que peut un changement d’air quand on porte l’asphyxie dans ses poumons », comme l’écrivait si bien Gustave Thibon ?

    Alors, comme dans un laboratoire, il faut régulièrement remplir le dé à coudre pour tenter de légitimer la « gauche républicaine » et accessoirement la « droite républicaine », son hypothétique contraire.

    La stratégie de l’entrisme

    Pour tenter d’inverser, d’infléchir, de durcir, voire de légitimer un peu plus ce même positionnement politique partisan, certains esprits malins nous parlaient dans les années 70 et 80 de faire de l’entrisme en politique, autrement dit d’investir les partis politiques pour les « solidifier » idéologiquement !

    Les uns pour pousser toujours plus loin leur avantage et rendre encore plus indépassable l’idéologie dominante. Ce sera l’entrisme à gauche.
    Les autres pour ramener le curseur vers la droite, celle du 11 septembre 1789, tout en ménageant les susceptibilités du propriétaire. Ce sera l’entrisme à droite.

    Les trotskistes, en bons gardiens zélés du système, semblaient les maîtres en la matière, eux qui, sur deux générations, nageant comme des poissons dans l’eau républicaine, avaient squatté le parti socialiste et toutes ses courroies de transmission. Il suffisait juste de faire monter toujours un peu plus le cliquet dans la roue crantée du pouvoir des idées.

    Sur l’autre rive du fleuve, de brillants quadras, pour certains anciens militants nationalistes d’Occident, se donnaient, paraît-il, les mêmes objectifs, comme à la recherche du temps perdu, en se donnant pour objectif de redonner à la droite son pouvoir d’influence et sa capacité à gouverner durablement.

    Et qu’en est-il aujourd’hui ?
    Que sont devenus ces flibustiers de la 25ème heure, ces forbans au panache plus que lettré ?

    Les trotskistes sont pratiquement tous devenus libéraux compatibles, libertariens au rabais et, surtout, engraissés aux menus copieux de la république. Ils ont au moins réussi, ce n’est pas négligeable, à distiller leur venin multiculturaliste et leur vocabulaire à 100 mots, véritable catéchisme pour un aréopage de décérébrés.

    Mélenchon, lui aussi, avait cru en son temps à cet entrisme de circonstance, à l’ombre de François Mitterrand, comme sénateur socialiste et en profitant de l’assiette au beure grassement garnie du palais du Luxembourg.

    Il en avait tiré une conclusion toute personnelle : il était le seul à pouvoir entretenir encore l’illusion de la pureté doctrinale républicaine, internationaliste avec sa « créolisation heureuse » de la France d’après-demain. Pour lui, l’entrisme c’est dans « les territoires perdus de la république » qu’il faut le mener, le reste est subalterne. Il faut au moins lui accorder le bénéfice de la cohérence idéologique.

    Pour ses anciens camarades, les bolcheviques germanopratins, premières escouades de la révolution permanente, où les a amenés l’entrisme ? Des plats en sauce au Palais du Luxembourg jusqu’aux délits d’initiés à la corbeille, de la rue Solférino aux voyages tous frais payés par la république pour des causes inutiles !

    Quant à nos « quadras », et octogénaires aujourd’hui, anciens nationalistes à la croix celtique jetée aux oubliettes de l’histoire, c’est bien pire ! Leur entrisme leur a surtout servi à garnir leur carte de visite en espérant s’octroyer quelques postes ministériels confortables. Dès leur arrivée dans les partis, gaulliste et giscardien, ils n’ont rien fait ou si peu, si ce n’est de se vider, de fond en comble, de toutes convictions les rattachant à leur idéal de 20 ans qui, ne leur déplaise, résistait à ce qui se décline depuis plus de 40 ans, avec leur pathétique complicité !

    Ils s’étaient crus des agents dormants dans un système qu’ils comptaient conquérir idéologiquement, et ils se sont endormis, dès les amuse-gueules, en épousant les idées de ceux dont ils se prétendaient les adversaires, tout en s’excusant régulièrement de leur passé militant nationaliste.

    Piètre résultat pour des sabreurs cupides en quête d’honorabilité !

    Ils s’imaginaient élaborer la stratégie de leurs idées, sabre au clair, et ils finissaient vautrés et repus en épousant en grande partie les idées de ceux qu’ils s’imaginaient pouvoir remplacer.

    La citation de Paul Bourget trouve ici toute sa pertinence : « Il faut vivre comme on pense, sinon tôt ou tard on finit par penser comme on a vécu. »

    Que reste-t-il de ses « aventuriers » de l’entrisme en politique ? Rien ou si peu.

    L’union des droites ou le triangle des Bermudes.

    L’union des droites comme nouvelle illusion

    La future campagne des présidentielles n’est pas encore officiellement lancée que les gazettes et autres tubes cathodiques entretiennent une autre sorte de parkinson mental alimentant un peu plus le miroir aux alouettes. La machine à chimères est ressortie du placard, et « l’union des droites » fait à nouveau rêver les cénacles parisiens. Les seuls à y croire vraiment sont les éternels policés, bien mis, bien comme il faut, bardés de souvenirs de manifestations ayant accouchées d’une souris verte. Et les médias, bien comme il faut, nous resservent ce vieux plat frelaté, comme si l’indigestion n’avait pas déjà fait son œuvre.

    Bon, passons, revenons à notre sujet initial.
    Si la droite est impossible en république, l’union des droites, par contre, serait-elle possible ? Pour répondre à cette question lancinante, il faut remplir consciencieusement le dé à coudre, retenant notre respiration jusqu’à l’asphyxie et en songeant à la prochaine tempête dans un verre d’eau !
    Bon, alors, allons-y gaiement !

    Pour l’union des droites molletières, tout est prêt pour la sarabande !

    Et qui seront les têtes de gondole de cette union des transparents ?

    Qui ?

    Une chose est sûre dans ce remake du « bal des faux culs », l’ambiance devrait être bien animée et les préposés ne seront pas à l’orchestre !

    Rien de nouveau sous le soleil jacobin où le relativisme règne en maître en mystifiant la réalité du quotidien.

    La « droite supplétive » joue à Colin-Maillard pendant que la gauche joue au pendu et que le camp dit national semble tétanisé à l’idée de se voir diaboliser, sans savoir vraiment qui serait le diable.

    À l’arrivée, c’est la gauche qui décroche la timbale.

    Quel que soit le nombre des compétiteurs à la magistrature suprême, le véritable enjeu sera vraisemblablement, une fois encore, escamoté au profit d’un jardin d’Eden républicain illusoire et sans cesse renouvelé.

    Allez, rassurez-vous, messieurs de la droite introuvable, la gauche morale gardienne du temple a encore plus d’un tour dans son sac et des michetons appointés qui protègeront le tripot jusqu’au dernier tour de piste. Du coup, pour vous détendre un peu, vous pourriez aller visiter le musée des automates de Limoux. Vous y trouveriez peut-être une droite pas trop désarticulée. Une droite qui tournerait de droite à gauche, de gauche à droite, en sifflant servilement la marseillaise. Mais j’ai surement mauvais esprit.

    Pour clôturer mon propos quelque peu iconoclaste, voire provocateur et réducteur penseront certains, je ne vois pas de meilleure sentence que celle d’Antoine de Rivarol. En voilà un qui en connaissait un rayon sur la centrifugeuse : « Dans l’auguste assemblée, chacun peut voir pourquoi ça ne va pas : le côté droit est toujours gauche, le côté gauche n’est jamais droit ! » Antoine de Rivarol, Les actes des apôtres, (1789-1791).

    Guillaume d’Aram de Valada (Polémia, 11 mars 2026)

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  • Repenser la métapolitique : quel objectif principal pour la Droite ?...

    Vous pouvez découvrir ci-dessous une conférence prononcée par Antoine Dresse (alias Ego Non) devant le groupe de Luminis Paris, le 17 octobre 2025, dans laquelle il évoque la question de la métapolitique.

     

                                            

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  • Iran : le coup d’État silencieux des Gardiens de la révolution...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Daoud Boughezala cueilli sur le site de la revue Éléments et consacré au soulèvement populaire en Iran et à ses suites potentielles.

     

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    Iran : le coup d’État silencieux des Gardiens de la révolution

    La mort du Guide suprême Ali Khameneï n’a pas fait disparaître la République islamique d’Iran mais a rendu son centre de décision invisible. Tandis que Mojtaba Khamenei incarne une autorité incertaine, les Gardiens de la révolution pourraient avoir pris les rênes de la République islamique. L’assassinat du secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale, Ali Larijani, accroît encore leur emprise. Décryptage d’un coup d’État en coulisses.

    Nourris d’idéologie khomeyniste, les Gardiens de la révolution iraniens ont comme livre de chevet le recueil des dits et sermons attribués à Ali, cousin et gendre de Mahomet qui occupe une place centrale dans l’islam chiite. Cet ouvrage, intitulé La Voie de l’éloquence (Nahj al-Balagha) est un peu Le Petit livre rouge des pasdarans, du reste pleinement immergés dans une économie dont ils contrôlent des pans entiers.

    Aguirre ou la colère d’Allah

    Qui sait, peut-être ont-ils préparé la guerre en visionnant Aguirre ou la colère de Dieu (1972). Klaus Kinski y campe un lieutenant paranoïaque parti en expédition sur l’Amazone. Il y fomente une mutinerie et nomme empereur d’Eldorado un homme de troupe dénué du moindre charisme. Aguirre a ainsi toute liberté d’exercer sa tyrannie en sous-main.

    Cinq siècles séparent l’Amérique des conquistadors de l’Iran actuel. À moins qu’un Stetson ne rétrécisse son champ de vision, on observe un parallèle troublant entre les deux situations. Officiellement élu Guide par l’Assemblée des experts le 8 mars, Mojtaba Khameneï, 56 ans, a été imposé par les Gardiens de la révolution. Au moins quatorze des quatre-vingt-huit membres de l’Assemblée chargée de le désigner, auraient protesté contre les pressions des pasdarans. Depuis sa désignation, Khameneï junior ne s’est jamais montré, pas même en vidéo. Son intronisation a mis en scène un portrait officiel, obtenu par intelligence artificielle, que les dignitaires de la République islamique ont embrassé pour lui prêter symboliquement allégeance. Jeudi dernier, son premier message officiel a été lu par une journaliste de la télévision publique iranienne.

    Portrait d’un inconnu

    À dose homéopathique, les dirigeants de la République islamique et leur entourage distillent des éléments de langage parfois contradictoires : Mojtaba serait en parfaite santé (comme son père jusqu’à l’annonce officielle de son décès !), blessé, alité, dans le coma… Manifestement, le nouveau Guide se trouvait sur les lieux du bombardement du 28 février qui a coûté la vie à son père, son épouse, une grande partie de sa famille et décapité l’organigramme sécuritaire de l’Iran. Dès lors, les certitudes laissent place aux spéculations. Mojtaba Khameneï aurait peut-être survécu à d’autres attaques aériennes. Une rumeur persistante le dit exfiltré d’Iran vers la Russie, ou défiguré, comme l’a annoncé le secrétaire d’État américain à la Défense Pete Hegseth. Tout ce brouillard informationnel prouve que la propagande est la continuation de la guerre par d’autres moyens. Dans la guerre psychologique, services américains et israéliens font courir des bruits scabreux. Homosexualité, liaison avec son professeur, infertilité : tout y passe !

    À l’heure de la postvérité générée par I.A., ces détails biographiques importent peu. Dans l’Iran à feu et à sang, les deux corps du Guide (Ernst Kantorowicz), le physique et le spirituel, se fondent en un avatar virtuel. Le pedigree religieux de Mojtaba n’est pas en cause : hojat-al-islam comme son père Ali, c’est-à-dire clerc de rang intermédiaire, et non ayatollah, sa promotion expresse répond à une urgence politique. Déjà, en 1989, Khameneï senior avait été préféré à l’ayatollah Montazeri et ses velléités réformatrices, pour perpétuer le statu quo.

    Survivre à la décapitation                                                         

    Trente-cinq ans plus tard, Mojtaba Khameneï a été élu contre la volonté du véritable maître du pays, Ali Larijani, secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale, assassiné mardi par une frappe israélienne. Clerc sur le tard, Khameneï junior n’a étudié la théologie à Qom qu’à l’âge de 30 ans. Comme le souligne le chercheur irakien Adel Bakawan, c’est en fait un Gardien de la révolution, qui a combattu pendant toute la guerre Iran-Irak. Cette expérience fait de lui le chaînon manquant entre les deuxième et troisième générations de pasdarans. Après ce baptême du feu, Mojtaba a rejoint sous l’égide de son père la Maison du guide (bayt-e-rahbari), une administration pléthorique et surpuissante qui compte quatre mille membres directs et quarante mille dans ses différentes ailes décentralisées.

    Hélas, pour Donald Trump, rien n’est simple dans l’Iran compliqué. Le régime clérico-militaire qu’est la République islamique est conçu pour survivre à la décapitation. La sociologue Amélie Chelly l’a finement observé sur Le Figaro TV : ce système polycentrique, avec une quinzaine de services de renseignements, deux armées parallèles et une multiplicité d’agences concurrentes résiste au tapis de bombes américano-israélien. Telle une hydre dont les têtes repoussent sitôt coupées, cette arborescence quasi-soviétique ne dépend d’aucun culte de la personnalité. Loin de faire s’écrouler tout l’édifice politique comme la chute de Saddam Hussein ou de Bachar Al-Assad, la mort d’Ali Khameneï a révélé la nature décentralisée et militaro-religieuse du système répressif (32 000 manifestants assassinés en janvier).

    Qui décide ?

    Au sommet politique et militaire, chaque hiérarque a désigné un successeur et ainsi de suite jusqu’au quatrième échelon. Les scalps qu’exhibent les États-Unis et Israël rendent le lieu réel du pouvoir plus opaque que jamais. Depuis la guerre de juin dernier, l’appareil sécuritaire de la République islamique a décidé de changer de stratégie. « Nous sommes trop prévisibles », se seraient dit les décideurs iraniens, las de bombarder des bases américaines désertées en guise d’écran de fumée. La riposte inédite contre l’ensemble des pays du Golfe, Oman excepté, et le blocus de facto du détroit d’Ormuz, en sont les conséquences. Jusqu’à l’irrationalité ? Les stratèges de Téhéran prennent le risque de se mettre à dos tous leurs voisins car le jeu en vaut la chandelle : prendre en otage l’économie mondiale met la pression sur les États-Unis pour qu’ils arrêtent la guerre. Nul ne sait vraiment qui décide aujourd’hui des mesures à prendre, si tant est qu’un centre de pouvoir unique subsiste encore. La mort d’Ali Larijani a mis au jour certaines fissures au sommet du régime, le Conseil suprême de sécurité démentant des informations divulguées par la presse des pasdarans. Pareille cacophonie fait mauvais genre dans un système qui a le dos au mur et deux des plus puissantes armées du monde à ses trousses. Si Israël fait le pari d’un ébranlement du régime islamique, tandis que l’Amérique recherche désespérément un interlocuteur, leurs espoirs ont toutes les chances d’être douchés. Malgré l’incontestable ascendant militaire de Washington et Tel Aviv et la fragilité extérieure du régime iranien, désormais très isolé, les faits sont têtus. Depuis presque cinquante ans, les pasdarans se préparent au retour dans la clandestinité. Les milices populaires (bassidjis) ont formé des centaines de milliers d’Iraniens et mené la répression de ces dernières semaines. L’extension du domaine de la guerre de l’Iran au Liban ouvre également un champ d’incertitudes. Les affrontements terrestres entre Tsahal et un Hezbollah téléguidé par Téhéran mettent à mal le Levant. Si la Syrie d’Ahmed Al-Charaa attaquait également la milice chiite, l’ensemble du Moyen-Orient pourrait en pâtir. Décidément, Trump ne mesure pas les conséquences de ses actes.

    Daoud Boughezala (Site de la revue Éléments, 18 mars 2026)

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  • Bataille culturelle et « wokisme de droite » : affrontement idéologique en vue...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Balbino Katz, le chroniqueur des vents et des marées, cueilli sur Polémia et consacré à la guerre culturelle qui fait rage entre la droite civilisationnelle et identitaire et la gauche, jusqu'ici dominante et incontestée...

     

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    Bataille culturelle et «wokisme de droite»: affrontement idéologique en vue

    La domination de la Gauche

    La vie politique européenne est depuis plusieurs siècles structurée par une opposition fondamentale entre deux visions de l’homme et de la société. D’un côté, une conception héritée des Lumières, selon laquelle l’homme serait naturellement libre mais entravé par des structures sociales qu’il conviendrait de déconstruire afin de lui restituer son authenticité. De l’autre, une vision plus organique de la société, pour laquelle l’homme est l’héritier d’une civilisation historique, constituée de traditions, d’institutions et de normes qui forment à la fois son cadre de liberté et le champ de ses devoirs. Cette opposition, que l’on peut schématiquement résumer par la tension entre l’individualisme émancipateur et l’enracinement civilisationnel, structure depuis deux siècles la confrontation entre les familles politiques que l’on nomme communément la gauche et la droite.

    Dans ce conflit de longue durée, la situation contemporaine présente une particularité notable. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, la gauche a acquis une position dominante dans ce que l’on peut appeler l’espace culturel des sociétés européennes et plus généralement occidentales. Cette domination ne se limite pas à l’univers universitaire ou intellectuel. Elle s’étend aux médias, aux industries culturelles, au monde de l’enseignement, à une large partie de la production artistique et aux principales institutions chargées de produire et de diffuser les représentations collectives.

    Face à cette domination culturelle progressive, une partie de la droite a commencé depuis quelques années à modifier son attitude. Là où elle se contentait autrefois de contester les décisions de politique économique de la gauche, elle cherche désormais à remettre en cause les cadres intellectuels et culturels dans lesquels ces décisions deviennent possibles. Autrement dit, la confrontation ne se limite plus au terrain institutionnel ou électoral : elle se déplace vers le champ des idées, des représentations et des normes culturelles.

    C’est précisément cette évolution que certains observateurs analysent aujourd’hui avec inquiétude.

    Vers un « wokisme de droite » ?

    Dans un entretien récent, Thibault Muzergues met en garde contre l’émergence de ce qu’il nomme un « wokisme de droite ». Son diagnostic ne porte pas sur l’existence du conflit idéologique entre la droite et la gauche, conflit ancien et bien identifié, mais sur un phénomène plus récent : le fait qu’une partie de la droite ait décidé d’affronter l’hégémonie culturelle progressiste en utilisant les mêmes instruments de mobilisation idéologique que ceux employés depuis plusieurs décennies par la gauche.

    Selon lui, cette transformation se manifeste notamment par la centralité croissante accordée aux questions identitaires dans le discours politique, par l’usage d’une rhétorique victimaire visant à mobiliser l’électorat autour d’un sentiment de dépossession culturelle, et par une tendance à disqualifier ou marginaliser les opinions divergentes au sein même du camp conservateur. Autrement dit, la droite adopterait progressivement les méthodes de la guerre culturelle telles qu’elles ont été développées par ses adversaires : politisation systématique des identités, construction de récits de domination et affirmation d’une orthodoxie idéologique.

    Dans cette perspective, ce que l’auteur appelle le « wokisme de droite » ne correspond pas simplement à une réaction au progressisme contemporain. Il s’agirait d’une transformation plus profonde du conservatisme, qui, confronté à l’hégémonie culturelle de la gauche, aurait enfin choisi d’emprunter ses instruments d’action idéologique. Une telle évolution constituerait, selon Muzergues, une dérive stratégique susceptible d’affaiblir durablement la droite en la faisant basculer dans les logiques militantes qu’elle prétend combattre

    L’argument mérite d’être examiné attentivement, car il révèle en réalité une incompréhension profonde de la nature des conflits politiques contemporains. L’analyse repose en effet sur l’idée implicite selon laquelle la politique pourrait se limiter à la gestion pragmatique des affaires publiques, tandis que les affrontements culturels constitueraient une forme regrettable de radicalisation idéologique. Cette vision correspond à une tradition bien établie dans une partie de la droite européenne depuis la seconde moitié du XXe siècle. Elle repose sur la conviction que la politique doit avant tout assurer la stabilité économique et institutionnelle, tandis que les débats intellectuels ou culturels relèveraient d’une sphère secondaire.

    Or l’histoire politique moderne montre exactement l’inverse. Les transformations politiques durables sont presque toujours précédées par des transformations culturelles profondes. Les sociétés n’adoptent pas durablement des orientations politiques qui contredisent radicalement les représentations dominantes du monde social. Autrement dit, les rapports de force électoraux reflètent en grande partie des rapports de force culturels préexistants.

    La bataille des idées avant la bataille politique

    Cette idée constitue l’un des fondements de la réflexion métapolitique développée en Europe depuis les années 1960, notamment autour du GRECE et de la Nouvelle Droite. Les penseurs qui ont participé à ce courant ont très tôt souligné que le pouvoir politique n’est jamais qu’une traduction institutionnelle d’une hégémonie culturelle préalablement établie. Alain de Benoist rappelait ainsi que la conquête du pouvoir suppose d’abord la transformation des catégories intellectuelles et morales à travers lesquelles une société se pense elle-même. Guillaume Faye insistait de son côté sur le fait que la bataille politique se gagne toujours en amont, dans la formation des esprits et dans la diffusion de nouvelles grilles d’interprétation du réel.

    L’erreur majeure de la droite européenne pendant plusieurs décennies a précisément consisté à ignorer cette dimension culturelle de la politique. Tandis que les mouvements progressistes investissaient systématiquement les institutions éducatives, les médias et les industries culturelles, une grande partie de la droite se concentrait presque exclusivement sur la gestion économique et administrative des États. Cette division implicite du travail idéologique a eu des conséquences profondes. Les catégories morales et intellectuelles qui structurent aujourd’hui les sociétés occidentales ont été largement façonnées par les courants progressistes.

    Les notions de progrès, d’égalité, d’émancipation ou de justice sociale ont progressivement été redéfinies dans un cadre intellectuel largement inspiré par les théories critiques et par les différentes formes de radicalisme culturel issues de la seconde moitié du XXe siècle. Dans un tel contexte, la droite s’est trouvée progressivement privée du langage nécessaire pour défendre sa propre vision du monde. Elle a été contrainte d’évoluer dans un univers symbolique défini par ses adversaires, ce qui l’a placée dans une position structurellement défensive.

    La critique formulée par Thibault Muzergues repose précisément sur cette situation paradoxale. Il observe que certains courants intellectuels conservateurs s’engagent aujourd’hui dans une confrontation culturelle plus directe avec le progressisme et en conclut que cette évolution constituerait une forme de radicalisation idéologique. Une telle interprétation confond cependant la cause et l’effet. Ce que l’auteur décrit comme une dérive correspond en réalité à une tentative tardive de corriger un déséquilibre culturel installé depuis plusieurs décennies.

    La bataille des idées n’est pas une innovation récente introduite par certains courants identitaires. Elle constitue la condition normale de toute vie politique. Carl Schmitt rappelait déjà que la politique repose sur la capacité à distinguer l’ami et l’ennemi, c’est-à-dire à identifier les lignes de fracture fondamentales qui structurent l’espace public. Refuser cette dimension conflictuelle de la politique revient en pratique à abandonner le terrain idéologique à l’adversaire.

    Les transformations culturelles observées dans les sociétés occidentales depuis plusieurs décennies illustrent clairement ce phénomène. Les débats contemporains sur l’identité, l’histoire, les normes familiales ou les questions anthropologiques ne sont pas des accidents idéologiques. Ils constituent l’expression de transformations profondes dans la manière dont les sociétés occidentales se représentent elles-mêmes.

    La guerre culturelle a commencé

    Dans ce contexte, la notion de guerre culturelle ne doit pas être comprise comme une métaphore polémique, mais comme la description d’un processus réel. Les conflits politiques contemporains portent de moins en moins sur des questions strictement économiques et de plus en plus sur des questions de normes, de valeurs et de représentations collectives. Les affrontements idéologiques portent désormais sur la définition même de l’identité des sociétés, sur les limites de la transformation sociale et sur la légitimité des héritages historiques.

    Face à ces transformations, la stratégie consistant à éviter la confrontation culturelle apparaît de plus en plus intenable. Une société qui renonce à défendre ses propres catégories intellectuelles et morales finit inévitablement par adopter celles de ses adversaires. L’expérience politique des dernières décennies montre que la neutralité culturelle est en réalité une illusion. Dans un espace symbolique structuré par des rapports de force, l’absence de stratégie culturelle équivaut toujours à une forme de capitulation.

    La question décisive n’est donc pas de savoir si la droite doit mener une bataille culturelle, mais de déterminer comment cette bataille peut être conduite de manière efficace. L’enjeu principal réside dans la reconquête de ce que l’on pourrait appeler l’espace culturel intermédiaire des sociétés contemporaines. Entre les sphères de la sous-culture et celles de la haute culture existe un vaste champ de production symbolique constitué par les médias généralistes, les industries culturelles de masse et l’ensemble des dispositifs qui façonnent les représentations ordinaires du monde social.

    C’est dans cet espace que se forme l’opinion publique. C’est également dans cet espace que se construisent les cadres intellectuels à travers lesquels les individus interprètent les événements politiques et sociaux. La domination culturelle du progressisme tient précisément à sa capacité à structurer cet espace intermédiaire.

    Dans ces conditions, la critique du prétendu « wokisme de droite » apparaît largement décalée par rapport à la réalité des rapports de force culturels contemporains. Ce qui est interprété comme une radicalisation idéologique correspond en réalité à la redécouverte d’une vérité stratégique élémentaire : la politique commence toujours par les idées.

    Les sociétés ne se transforment pas uniquement par les lois ou par les élections. Elles se transforment d’abord par les représentations qu’elles se donnent d’elles-mêmes. Les transformations culturelles précèdent toujours les transformations institutionnelles.

    La bataille des idées n’est donc pas une dérive idéologique. Elle constitue le cœur même de la vie politique.

    Balbino Katz (Polémia, 11 mars 2026)

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