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Points de vue

  • Le vieux clivage gauche-droite ou l’hémiplégie républicaine certifiée

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Guillaume d'Aram de Valada, cueilli sur Polémia et consacré au clivage droite-gauche.

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    Le vieux clivage gauche-droite ou l’hémiplégie républicaine certifiée

    Origine historique du clivage gauche-droite

    Il est parfois utile de revenir sur des clichés. Au fil du temps qui passe, certains ont la vie dure sans qu’on prenne le temps de savoir vraiment pourquoi. Se dire de « droite » ou de « gauche » aujourd’hui, pour quelle signification et quelle est son origine ?

    Faisons un bref rappel historique. Ce clivage politique est concrètement né du renversement de la monarchie et plus particulièrement d’un certain 11 septembre 1789 où, au sein de l’Assemblée constituante nationale, deux conceptions du pouvoir diamétralement opposées vont donner naissance à cette dichotomie partisane. Celle-ci s’imposera comme une des pierres angulaires de notre bonne vieille République jacobine. Ce jour-là, il s’agissait surtout d’enfoncer définitivement le clou afin d’enraciner l’entreprise révolutionnaire. Avant que l’antique monarchie ne soit définitivement abolie, la question centrale du pouvoir royal devait être radicalement tranchée : permettre au roi d’user d’un droit de « veto absolu » sur le nouveau pouvoir législatif ou bien lui imposer un droit de « veto suspensif » le ramenant à un rôle d’observateur passif.

    Dans cette Assemblée constituante, la répartition des forces en présence allait se définir de façon strictement géographique. Les partisans du droit de « veto absolu » donné au roi furent sommés de se tenir à la droite de la présidence, tandis que les tenants du droit de « veto suspensif » s’installaient tranquillement à sa gauche.

    Après ce rappel succinct, il convient de bien saisir ce qui constituera durablement les fondements mêmes de deux camps censés conduire les destinées du nouveau pouvoir révolutionnaire :

    • Le fondement de la droite, celle de septembre 1789 : l’impératif de l’ordre et du consentement à l’autorité qui vient d’en haut.
    • Le fondement de la gauche : le rejet de toute autorité qui vient d’en haut au nom du mythe de l’émancipation et de la prétendue liberté de chacun de couper le cordon avec la tradition.

    La question de la légitimité républicaine

    Fort de ce rapide tableau, la république française serait-elle de droite ou de gauche ? Vaste question, diront les uns, totalement dépassée affirmeront les autres. Et pourtant, cette question reste justifiée puisqu’elle relève d’un pouvoir politique en place en France depuis plus de 150 ans.

    Cela supposerait de définir ce qu’on entend par :

    • La Légitimité du pouvoir,
    • Le Pouvoir légitime,
    • Et la Légitimité républicaine.

    Il ne s’agit pas ici de promouvoir une quelconque légitimité politique. Il s’agit surtout de souligner le formidable tour de passe-passe d’un système qui ne sait plus ce qu’il a vraiment à proposer d’autre que le ferment durable de la division en s’appuyant sur son histoire partisane et idéologique.

    Positionner les clivages politiques selon une seule et même boussole revient à accepter de ne jamais remettre en cause les vertus de telle ou telle conception du « pouvoir légitime » ou de la « légitimité du pouvoir ».

    Parler de légitimité en république, je vous l’accorde, relève d’un exercice difficile, et qui parfois, pour ne pas dire souvent, se perd dans le suffrage universel sans cesse détourné.

    La droite comme auxiliaire de la gauche

    Alors, la droite dans tout ça ? Que dit-elle ?

    Au fil de ses démissions et de ses compromissions, son discours s’accorde à ce que lui dicte directement ou indirectement la gauche, la gardienne des fondamentaux. La droite, comme prisonnière d’un carcan idéologique qui ne devrait pourtant pas être le sien, se contente de s’opposer à la gauche en s’appliquant à se distinguer d’elle tout en lui donnant des gages de sa fidélité à la république.

    La gauche se délecte alors et n’a pas grand-chose à opposer à son locataire de service, sauf à l’enfermer régulièrement dans une diabolisation chimérique de ce qui serait sa raison d’être en lui rappelant constamment qu’elle doit rester redevable à vie d’un régime qui ne sera jamais sa propriété.

    Contentons-nous d’observer la droite depuis 50 ans. Depuis l’avènement du « libéralisme avancé », tout, ou plutôt rien ne s’est opposé aux idéaux de la gauche, bien au contraire. Ceux-ci ayant même parfois été dépassés sans même l’avoir demandé par les tenants de la « révolution permanente ». Il suffit de citer quelques exemples : l’immigration légale incontrôlée et le regroupement familial, le laxisme judiciaire, la non remise en cause des 35 heures, la discrimination à l’embauche, le mariage pour tous, l’avortement autorisé et prolongé à plus de 14 semaines, et bientôt le suicide assisté, pudiquement nommé « aide à mourir ».

    Toutes ces lois, dites « sociétales », sont sorties ou ont été en grande partie enfantées par la gauche et ses laboratoires idéologiques. Et pas un gouvernement dit de droite ne les a remises en question, et pour cause, certaines ayant été proposées et votées par cette même droite dite « républicaine » ! Les têtes de gondoles en ont même rajouté dans une sorte d’obséquiosité maladive afin de se sentir continuellement irréprochable vis-à-vis du propriétaire des lieux.

    Le summum, peut-être, de la comédie, c’est quand certains de ces supplétifs de « droite » osent se dire « conservateurs ». On atteint là le nirvâna du mensonge grimé en farce démocratique !

    Vous l’aurez bien compris, ces positionnements dits de droite et de gauche sont la quintessence d’une imposture sémantique et idéologique. Tant est si bien que la droite, ou estampillée comme telle, ne saurait exister dans cette république sans y perdre définitivement son âme.

    La « droite impossible »

    Poursuivons. La droite est-elle impossible ? Qui ne s’est pas posé cette question, quand il s’agit de se déplacer, parfois les jambes lourdes et en trainant les pieds, au bureau de vote pour mettre son bulletin dans l’urne ?

    J’avais lu le premier essai de Yves Marie Adeline en 1993, alors titré La droite piégée.

    Cet essai, brillamment écrit, m’avait impressionné par sa pédagogie et par son argumentation implacable. La métaphore utilisée de la roue crantée et son cliquet qui empêche tout retour en arrière démontre de façon lumineuse le stratagème diabolique consistant à ne jamais remettre en question les acquis dits « sociaux et sociétaux » imposés par le régime en place, le tout sous l’orchestration de la gauche dominatrice.

    Adeline, fort d’une expérience politique dans le secteur des collectivités locales, avait poursuivi en 2000 sa réflexion par une suite tout aussi intéressante, intitulée : La droite où on n’arrive jamais !

    La droite était non seulement piégée, mais en plus, elle n’arrivait jamais. Le même auteur concluait sa démonstration en 2012 par un titre définitif : La droite impossible !

    Le clivage « gauche, droite » semble donc s’être enraciné sans qu’il soit possible de le remettre en cause et surtout d’en démontrer ses limites et ses contradictions.

    Tout ça est pourtant bien connu.

    Néanmoins, cette question n’est pratiquement jamais évoquée, jamais débattue, du moins de façon sérieuse. Elle est totalement rejetée et enfermée à double tour dans un container en acier rouillé dont les clés auraient été volontairement perdues.

    Et si « la droite est impossible », alors le système resterait-il la propriété exclusive de la gauche, seule gardienne de la « Légitimité républicaine » ?

    Le citoyen piégé dans l’alternative républicaine

    La droite est-elle compatible avec le système en place, avec la république, avec les valeurs dites de la république ?

    Tant qu’on ne voudra pas répondre à cette question, nous serons régulièrement soumis au diktat de ceux qui veulent nous imposer leur vision de la Nation, de la patrie, de la tradition, de la société, de l’enracinement, de la transmission, de la famille, du bien commun et, maintenant, de la fin de vie.

    La liste est longue.

    Alors, de temps en temps, le citoyen va dans l’isoloir. Il en sort l’air dégagé pour déposer le précieux papier dans l’urne.

    A-t-il voté pour la droite ou pour la gauche ?

    Ou a-t-il voté exclusivement pour la gauche, sans le savoir, comme à chaque fois ?

    Au rythme de la ritournelle médiatique, on entend sans cesse parler de la « gauche républicaine » et de la « droite républicaine » !

    Faudrait-il entendre par là qu’il y aurait d’autres gauches et d’autres droites, pas républicaines, celles-là, et par conséquent infréquentables et inassimilables à la République ? Élémentaire mon cher Watson !

    Il faut bien le dire, à force d’entretenir cette hémiplégie partisane, la république est à bout de souffle ! Alors qu’elle semble être arrivée au bout de son tunnel, elle se raccroche à ses brindilles et à ses baudriers comme terrorisée à l’idée qu’on puisse lui voler sa légitimité, de gauche !

    Mélenchon ne hurlait-il pas : « La république, c’est moi ! »

    Et pourtant, pourquoi aurait-elle peur ?

    Elle peine visiblement à trouver un nouveau souffle. « Mais que peut un changement d’air quand on porte l’asphyxie dans ses poumons », comme l’écrivait si bien Gustave Thibon ?

    Alors, comme dans un laboratoire, il faut régulièrement remplir le dé à coudre pour tenter de légitimer la « gauche républicaine » et accessoirement la « droite républicaine », son hypothétique contraire.

    La stratégie de l’entrisme

    Pour tenter d’inverser, d’infléchir, de durcir, voire de légitimer un peu plus ce même positionnement politique partisan, certains esprits malins nous parlaient dans les années 70 et 80 de faire de l’entrisme en politique, autrement dit d’investir les partis politiques pour les « solidifier » idéologiquement !

    Les uns pour pousser toujours plus loin leur avantage et rendre encore plus indépassable l’idéologie dominante. Ce sera l’entrisme à gauche.
    Les autres pour ramener le curseur vers la droite, celle du 11 septembre 1789, tout en ménageant les susceptibilités du propriétaire. Ce sera l’entrisme à droite.

    Les trotskistes, en bons gardiens zélés du système, semblaient les maîtres en la matière, eux qui, sur deux générations, nageant comme des poissons dans l’eau républicaine, avaient squatté le parti socialiste et toutes ses courroies de transmission. Il suffisait juste de faire monter toujours un peu plus le cliquet dans la roue crantée du pouvoir des idées.

    Sur l’autre rive du fleuve, de brillants quadras, pour certains anciens militants nationalistes d’Occident, se donnaient, paraît-il, les mêmes objectifs, comme à la recherche du temps perdu, en se donnant pour objectif de redonner à la droite son pouvoir d’influence et sa capacité à gouverner durablement.

    Et qu’en est-il aujourd’hui ?
    Que sont devenus ces flibustiers de la 25ème heure, ces forbans au panache plus que lettré ?

    Les trotskistes sont pratiquement tous devenus libéraux compatibles, libertariens au rabais et, surtout, engraissés aux menus copieux de la république. Ils ont au moins réussi, ce n’est pas négligeable, à distiller leur venin multiculturaliste et leur vocabulaire à 100 mots, véritable catéchisme pour un aréopage de décérébrés.

    Mélenchon, lui aussi, avait cru en son temps à cet entrisme de circonstance, à l’ombre de François Mitterrand, comme sénateur socialiste et en profitant de l’assiette au beure grassement garnie du palais du Luxembourg.

    Il en avait tiré une conclusion toute personnelle : il était le seul à pouvoir entretenir encore l’illusion de la pureté doctrinale républicaine, internationaliste avec sa « créolisation heureuse » de la France d’après-demain. Pour lui, l’entrisme c’est dans « les territoires perdus de la république » qu’il faut le mener, le reste est subalterne. Il faut au moins lui accorder le bénéfice de la cohérence idéologique.

    Pour ses anciens camarades, les bolcheviques germanopratins, premières escouades de la révolution permanente, où les a amenés l’entrisme ? Des plats en sauce au Palais du Luxembourg jusqu’aux délits d’initiés à la corbeille, de la rue Solférino aux voyages tous frais payés par la république pour des causes inutiles !

    Quant à nos « quadras », et octogénaires aujourd’hui, anciens nationalistes à la croix celtique jetée aux oubliettes de l’histoire, c’est bien pire ! Leur entrisme leur a surtout servi à garnir leur carte de visite en espérant s’octroyer quelques postes ministériels confortables. Dès leur arrivée dans les partis, gaulliste et giscardien, ils n’ont rien fait ou si peu, si ce n’est de se vider, de fond en comble, de toutes convictions les rattachant à leur idéal de 20 ans qui, ne leur déplaise, résistait à ce qui se décline depuis plus de 40 ans, avec leur pathétique complicité !

    Ils s’étaient crus des agents dormants dans un système qu’ils comptaient conquérir idéologiquement, et ils se sont endormis, dès les amuse-gueules, en épousant les idées de ceux dont ils se prétendaient les adversaires, tout en s’excusant régulièrement de leur passé militant nationaliste.

    Piètre résultat pour des sabreurs cupides en quête d’honorabilité !

    Ils s’imaginaient élaborer la stratégie de leurs idées, sabre au clair, et ils finissaient vautrés et repus en épousant en grande partie les idées de ceux qu’ils s’imaginaient pouvoir remplacer.

    La citation de Paul Bourget trouve ici toute sa pertinence : « Il faut vivre comme on pense, sinon tôt ou tard on finit par penser comme on a vécu. »

    Que reste-t-il de ses « aventuriers » de l’entrisme en politique ? Rien ou si peu.

    L’union des droites ou le triangle des Bermudes.

    L’union des droites comme nouvelle illusion

    La future campagne des présidentielles n’est pas encore officiellement lancée que les gazettes et autres tubes cathodiques entretiennent une autre sorte de parkinson mental alimentant un peu plus le miroir aux alouettes. La machine à chimères est ressortie du placard, et « l’union des droites » fait à nouveau rêver les cénacles parisiens. Les seuls à y croire vraiment sont les éternels policés, bien mis, bien comme il faut, bardés de souvenirs de manifestations ayant accouchées d’une souris verte. Et les médias, bien comme il faut, nous resservent ce vieux plat frelaté, comme si l’indigestion n’avait pas déjà fait son œuvre.

    Bon, passons, revenons à notre sujet initial.
    Si la droite est impossible en république, l’union des droites, par contre, serait-elle possible ? Pour répondre à cette question lancinante, il faut remplir consciencieusement le dé à coudre, retenant notre respiration jusqu’à l’asphyxie et en songeant à la prochaine tempête dans un verre d’eau !
    Bon, alors, allons-y gaiement !

    Pour l’union des droites molletières, tout est prêt pour la sarabande !

    Et qui seront les têtes de gondole de cette union des transparents ?

    Qui ?

    Une chose est sûre dans ce remake du « bal des faux culs », l’ambiance devrait être bien animée et les préposés ne seront pas à l’orchestre !

    Rien de nouveau sous le soleil jacobin où le relativisme règne en maître en mystifiant la réalité du quotidien.

    La « droite supplétive » joue à Colin-Maillard pendant que la gauche joue au pendu et que le camp dit national semble tétanisé à l’idée de se voir diaboliser, sans savoir vraiment qui serait le diable.

    À l’arrivée, c’est la gauche qui décroche la timbale.

    Quel que soit le nombre des compétiteurs à la magistrature suprême, le véritable enjeu sera vraisemblablement, une fois encore, escamoté au profit d’un jardin d’Eden républicain illusoire et sans cesse renouvelé.

    Allez, rassurez-vous, messieurs de la droite introuvable, la gauche morale gardienne du temple a encore plus d’un tour dans son sac et des michetons appointés qui protègeront le tripot jusqu’au dernier tour de piste. Du coup, pour vous détendre un peu, vous pourriez aller visiter le musée des automates de Limoux. Vous y trouveriez peut-être une droite pas trop désarticulée. Une droite qui tournerait de droite à gauche, de gauche à droite, en sifflant servilement la marseillaise. Mais j’ai surement mauvais esprit.

    Pour clôturer mon propos quelque peu iconoclaste, voire provocateur et réducteur penseront certains, je ne vois pas de meilleure sentence que celle d’Antoine de Rivarol. En voilà un qui en connaissait un rayon sur la centrifugeuse : « Dans l’auguste assemblée, chacun peut voir pourquoi ça ne va pas : le côté droit est toujours gauche, le côté gauche n’est jamais droit ! » Antoine de Rivarol, Les actes des apôtres, (1789-1791).

    Guillaume d’Aram de Valada (Polémia, 11 mars 2026)

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  • Repenser la métapolitique : quel objectif principal pour la Droite ?...

    Vous pouvez découvrir ci-dessous une conférence prononcée par Antoine Dresse (alias Ego Non) devant le groupe de Luminis Paris, le 17 octobre 2025, dans laquelle il évoque la question de la métapolitique.

     

                                            

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  • Iran : le coup d’État silencieux des Gardiens de la révolution...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Daoud Boughezala cueilli sur le site de la revue Éléments et consacré au soulèvement populaire en Iran et à ses suites potentielles.

     

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    Iran : le coup d’État silencieux des Gardiens de la révolution

    La mort du Guide suprême Ali Khameneï n’a pas fait disparaître la République islamique d’Iran mais a rendu son centre de décision invisible. Tandis que Mojtaba Khamenei incarne une autorité incertaine, les Gardiens de la révolution pourraient avoir pris les rênes de la République islamique. L’assassinat du secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale, Ali Larijani, accroît encore leur emprise. Décryptage d’un coup d’État en coulisses.

    Nourris d’idéologie khomeyniste, les Gardiens de la révolution iraniens ont comme livre de chevet le recueil des dits et sermons attribués à Ali, cousin et gendre de Mahomet qui occupe une place centrale dans l’islam chiite. Cet ouvrage, intitulé La Voie de l’éloquence (Nahj al-Balagha) est un peu Le Petit livre rouge des pasdarans, du reste pleinement immergés dans une économie dont ils contrôlent des pans entiers.

    Aguirre ou la colère d’Allah

    Qui sait, peut-être ont-ils préparé la guerre en visionnant Aguirre ou la colère de Dieu (1972). Klaus Kinski y campe un lieutenant paranoïaque parti en expédition sur l’Amazone. Il y fomente une mutinerie et nomme empereur d’Eldorado un homme de troupe dénué du moindre charisme. Aguirre a ainsi toute liberté d’exercer sa tyrannie en sous-main.

    Cinq siècles séparent l’Amérique des conquistadors de l’Iran actuel. À moins qu’un Stetson ne rétrécisse son champ de vision, on observe un parallèle troublant entre les deux situations. Officiellement élu Guide par l’Assemblée des experts le 8 mars, Mojtaba Khameneï, 56 ans, a été imposé par les Gardiens de la révolution. Au moins quatorze des quatre-vingt-huit membres de l’Assemblée chargée de le désigner, auraient protesté contre les pressions des pasdarans. Depuis sa désignation, Khameneï junior ne s’est jamais montré, pas même en vidéo. Son intronisation a mis en scène un portrait officiel, obtenu par intelligence artificielle, que les dignitaires de la République islamique ont embrassé pour lui prêter symboliquement allégeance. Jeudi dernier, son premier message officiel a été lu par une journaliste de la télévision publique iranienne.

    Portrait d’un inconnu

    À dose homéopathique, les dirigeants de la République islamique et leur entourage distillent des éléments de langage parfois contradictoires : Mojtaba serait en parfaite santé (comme son père jusqu’à l’annonce officielle de son décès !), blessé, alité, dans le coma… Manifestement, le nouveau Guide se trouvait sur les lieux du bombardement du 28 février qui a coûté la vie à son père, son épouse, une grande partie de sa famille et décapité l’organigramme sécuritaire de l’Iran. Dès lors, les certitudes laissent place aux spéculations. Mojtaba Khameneï aurait peut-être survécu à d’autres attaques aériennes. Une rumeur persistante le dit exfiltré d’Iran vers la Russie, ou défiguré, comme l’a annoncé le secrétaire d’État américain à la Défense Pete Hegseth. Tout ce brouillard informationnel prouve que la propagande est la continuation de la guerre par d’autres moyens. Dans la guerre psychologique, services américains et israéliens font courir des bruits scabreux. Homosexualité, liaison avec son professeur, infertilité : tout y passe !

    À l’heure de la postvérité générée par I.A., ces détails biographiques importent peu. Dans l’Iran à feu et à sang, les deux corps du Guide (Ernst Kantorowicz), le physique et le spirituel, se fondent en un avatar virtuel. Le pedigree religieux de Mojtaba n’est pas en cause : hojat-al-islam comme son père Ali, c’est-à-dire clerc de rang intermédiaire, et non ayatollah, sa promotion expresse répond à une urgence politique. Déjà, en 1989, Khameneï senior avait été préféré à l’ayatollah Montazeri et ses velléités réformatrices, pour perpétuer le statu quo.

    Survivre à la décapitation                                                         

    Trente-cinq ans plus tard, Mojtaba Khameneï a été élu contre la volonté du véritable maître du pays, Ali Larijani, secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale, assassiné mardi par une frappe israélienne. Clerc sur le tard, Khameneï junior n’a étudié la théologie à Qom qu’à l’âge de 30 ans. Comme le souligne le chercheur irakien Adel Bakawan, c’est en fait un Gardien de la révolution, qui a combattu pendant toute la guerre Iran-Irak. Cette expérience fait de lui le chaînon manquant entre les deuxième et troisième générations de pasdarans. Après ce baptême du feu, Mojtaba a rejoint sous l’égide de son père la Maison du guide (bayt-e-rahbari), une administration pléthorique et surpuissante qui compte quatre mille membres directs et quarante mille dans ses différentes ailes décentralisées.

    Hélas, pour Donald Trump, rien n’est simple dans l’Iran compliqué. Le régime clérico-militaire qu’est la République islamique est conçu pour survivre à la décapitation. La sociologue Amélie Chelly l’a finement observé sur Le Figaro TV : ce système polycentrique, avec une quinzaine de services de renseignements, deux armées parallèles et une multiplicité d’agences concurrentes résiste au tapis de bombes américano-israélien. Telle une hydre dont les têtes repoussent sitôt coupées, cette arborescence quasi-soviétique ne dépend d’aucun culte de la personnalité. Loin de faire s’écrouler tout l’édifice politique comme la chute de Saddam Hussein ou de Bachar Al-Assad, la mort d’Ali Khameneï a révélé la nature décentralisée et militaro-religieuse du système répressif (32 000 manifestants assassinés en janvier).

    Qui décide ?

    Au sommet politique et militaire, chaque hiérarque a désigné un successeur et ainsi de suite jusqu’au quatrième échelon. Les scalps qu’exhibent les États-Unis et Israël rendent le lieu réel du pouvoir plus opaque que jamais. Depuis la guerre de juin dernier, l’appareil sécuritaire de la République islamique a décidé de changer de stratégie. « Nous sommes trop prévisibles », se seraient dit les décideurs iraniens, las de bombarder des bases américaines désertées en guise d’écran de fumée. La riposte inédite contre l’ensemble des pays du Golfe, Oman excepté, et le blocus de facto du détroit d’Ormuz, en sont les conséquences. Jusqu’à l’irrationalité ? Les stratèges de Téhéran prennent le risque de se mettre à dos tous leurs voisins car le jeu en vaut la chandelle : prendre en otage l’économie mondiale met la pression sur les États-Unis pour qu’ils arrêtent la guerre. Nul ne sait vraiment qui décide aujourd’hui des mesures à prendre, si tant est qu’un centre de pouvoir unique subsiste encore. La mort d’Ali Larijani a mis au jour certaines fissures au sommet du régime, le Conseil suprême de sécurité démentant des informations divulguées par la presse des pasdarans. Pareille cacophonie fait mauvais genre dans un système qui a le dos au mur et deux des plus puissantes armées du monde à ses trousses. Si Israël fait le pari d’un ébranlement du régime islamique, tandis que l’Amérique recherche désespérément un interlocuteur, leurs espoirs ont toutes les chances d’être douchés. Malgré l’incontestable ascendant militaire de Washington et Tel Aviv et la fragilité extérieure du régime iranien, désormais très isolé, les faits sont têtus. Depuis presque cinquante ans, les pasdarans se préparent au retour dans la clandestinité. Les milices populaires (bassidjis) ont formé des centaines de milliers d’Iraniens et mené la répression de ces dernières semaines. L’extension du domaine de la guerre de l’Iran au Liban ouvre également un champ d’incertitudes. Les affrontements terrestres entre Tsahal et un Hezbollah téléguidé par Téhéran mettent à mal le Levant. Si la Syrie d’Ahmed Al-Charaa attaquait également la milice chiite, l’ensemble du Moyen-Orient pourrait en pâtir. Décidément, Trump ne mesure pas les conséquences de ses actes.

    Daoud Boughezala (Site de la revue Éléments, 18 mars 2026)

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  • Bataille culturelle et « wokisme de droite » : affrontement idéologique en vue...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Balbino Katz, le chroniqueur des vents et des marées, cueilli sur Polémia et consacré à la guerre culturelle qui fait rage entre la droite civilisationnelle et identitaire et la gauche, jusqu'ici dominante et incontestée...

     

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    Bataille culturelle et «wokisme de droite»: affrontement idéologique en vue

    La domination de la Gauche

    La vie politique européenne est depuis plusieurs siècles structurée par une opposition fondamentale entre deux visions de l’homme et de la société. D’un côté, une conception héritée des Lumières, selon laquelle l’homme serait naturellement libre mais entravé par des structures sociales qu’il conviendrait de déconstruire afin de lui restituer son authenticité. De l’autre, une vision plus organique de la société, pour laquelle l’homme est l’héritier d’une civilisation historique, constituée de traditions, d’institutions et de normes qui forment à la fois son cadre de liberté et le champ de ses devoirs. Cette opposition, que l’on peut schématiquement résumer par la tension entre l’individualisme émancipateur et l’enracinement civilisationnel, structure depuis deux siècles la confrontation entre les familles politiques que l’on nomme communément la gauche et la droite.

    Dans ce conflit de longue durée, la situation contemporaine présente une particularité notable. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, la gauche a acquis une position dominante dans ce que l’on peut appeler l’espace culturel des sociétés européennes et plus généralement occidentales. Cette domination ne se limite pas à l’univers universitaire ou intellectuel. Elle s’étend aux médias, aux industries culturelles, au monde de l’enseignement, à une large partie de la production artistique et aux principales institutions chargées de produire et de diffuser les représentations collectives.

    Face à cette domination culturelle progressive, une partie de la droite a commencé depuis quelques années à modifier son attitude. Là où elle se contentait autrefois de contester les décisions de politique économique de la gauche, elle cherche désormais à remettre en cause les cadres intellectuels et culturels dans lesquels ces décisions deviennent possibles. Autrement dit, la confrontation ne se limite plus au terrain institutionnel ou électoral : elle se déplace vers le champ des idées, des représentations et des normes culturelles.

    C’est précisément cette évolution que certains observateurs analysent aujourd’hui avec inquiétude.

    Vers un « wokisme de droite » ?

    Dans un entretien récent, Thibault Muzergues met en garde contre l’émergence de ce qu’il nomme un « wokisme de droite ». Son diagnostic ne porte pas sur l’existence du conflit idéologique entre la droite et la gauche, conflit ancien et bien identifié, mais sur un phénomène plus récent : le fait qu’une partie de la droite ait décidé d’affronter l’hégémonie culturelle progressiste en utilisant les mêmes instruments de mobilisation idéologique que ceux employés depuis plusieurs décennies par la gauche.

    Selon lui, cette transformation se manifeste notamment par la centralité croissante accordée aux questions identitaires dans le discours politique, par l’usage d’une rhétorique victimaire visant à mobiliser l’électorat autour d’un sentiment de dépossession culturelle, et par une tendance à disqualifier ou marginaliser les opinions divergentes au sein même du camp conservateur. Autrement dit, la droite adopterait progressivement les méthodes de la guerre culturelle telles qu’elles ont été développées par ses adversaires : politisation systématique des identités, construction de récits de domination et affirmation d’une orthodoxie idéologique.

    Dans cette perspective, ce que l’auteur appelle le « wokisme de droite » ne correspond pas simplement à une réaction au progressisme contemporain. Il s’agirait d’une transformation plus profonde du conservatisme, qui, confronté à l’hégémonie culturelle de la gauche, aurait enfin choisi d’emprunter ses instruments d’action idéologique. Une telle évolution constituerait, selon Muzergues, une dérive stratégique susceptible d’affaiblir durablement la droite en la faisant basculer dans les logiques militantes qu’elle prétend combattre

    L’argument mérite d’être examiné attentivement, car il révèle en réalité une incompréhension profonde de la nature des conflits politiques contemporains. L’analyse repose en effet sur l’idée implicite selon laquelle la politique pourrait se limiter à la gestion pragmatique des affaires publiques, tandis que les affrontements culturels constitueraient une forme regrettable de radicalisation idéologique. Cette vision correspond à une tradition bien établie dans une partie de la droite européenne depuis la seconde moitié du XXe siècle. Elle repose sur la conviction que la politique doit avant tout assurer la stabilité économique et institutionnelle, tandis que les débats intellectuels ou culturels relèveraient d’une sphère secondaire.

    Or l’histoire politique moderne montre exactement l’inverse. Les transformations politiques durables sont presque toujours précédées par des transformations culturelles profondes. Les sociétés n’adoptent pas durablement des orientations politiques qui contredisent radicalement les représentations dominantes du monde social. Autrement dit, les rapports de force électoraux reflètent en grande partie des rapports de force culturels préexistants.

    La bataille des idées avant la bataille politique

    Cette idée constitue l’un des fondements de la réflexion métapolitique développée en Europe depuis les années 1960, notamment autour du GRECE et de la Nouvelle Droite. Les penseurs qui ont participé à ce courant ont très tôt souligné que le pouvoir politique n’est jamais qu’une traduction institutionnelle d’une hégémonie culturelle préalablement établie. Alain de Benoist rappelait ainsi que la conquête du pouvoir suppose d’abord la transformation des catégories intellectuelles et morales à travers lesquelles une société se pense elle-même. Guillaume Faye insistait de son côté sur le fait que la bataille politique se gagne toujours en amont, dans la formation des esprits et dans la diffusion de nouvelles grilles d’interprétation du réel.

    L’erreur majeure de la droite européenne pendant plusieurs décennies a précisément consisté à ignorer cette dimension culturelle de la politique. Tandis que les mouvements progressistes investissaient systématiquement les institutions éducatives, les médias et les industries culturelles, une grande partie de la droite se concentrait presque exclusivement sur la gestion économique et administrative des États. Cette division implicite du travail idéologique a eu des conséquences profondes. Les catégories morales et intellectuelles qui structurent aujourd’hui les sociétés occidentales ont été largement façonnées par les courants progressistes.

    Les notions de progrès, d’égalité, d’émancipation ou de justice sociale ont progressivement été redéfinies dans un cadre intellectuel largement inspiré par les théories critiques et par les différentes formes de radicalisme culturel issues de la seconde moitié du XXe siècle. Dans un tel contexte, la droite s’est trouvée progressivement privée du langage nécessaire pour défendre sa propre vision du monde. Elle a été contrainte d’évoluer dans un univers symbolique défini par ses adversaires, ce qui l’a placée dans une position structurellement défensive.

    La critique formulée par Thibault Muzergues repose précisément sur cette situation paradoxale. Il observe que certains courants intellectuels conservateurs s’engagent aujourd’hui dans une confrontation culturelle plus directe avec le progressisme et en conclut que cette évolution constituerait une forme de radicalisation idéologique. Une telle interprétation confond cependant la cause et l’effet. Ce que l’auteur décrit comme une dérive correspond en réalité à une tentative tardive de corriger un déséquilibre culturel installé depuis plusieurs décennies.

    La bataille des idées n’est pas une innovation récente introduite par certains courants identitaires. Elle constitue la condition normale de toute vie politique. Carl Schmitt rappelait déjà que la politique repose sur la capacité à distinguer l’ami et l’ennemi, c’est-à-dire à identifier les lignes de fracture fondamentales qui structurent l’espace public. Refuser cette dimension conflictuelle de la politique revient en pratique à abandonner le terrain idéologique à l’adversaire.

    Les transformations culturelles observées dans les sociétés occidentales depuis plusieurs décennies illustrent clairement ce phénomène. Les débats contemporains sur l’identité, l’histoire, les normes familiales ou les questions anthropologiques ne sont pas des accidents idéologiques. Ils constituent l’expression de transformations profondes dans la manière dont les sociétés occidentales se représentent elles-mêmes.

    La guerre culturelle a commencé

    Dans ce contexte, la notion de guerre culturelle ne doit pas être comprise comme une métaphore polémique, mais comme la description d’un processus réel. Les conflits politiques contemporains portent de moins en moins sur des questions strictement économiques et de plus en plus sur des questions de normes, de valeurs et de représentations collectives. Les affrontements idéologiques portent désormais sur la définition même de l’identité des sociétés, sur les limites de la transformation sociale et sur la légitimité des héritages historiques.

    Face à ces transformations, la stratégie consistant à éviter la confrontation culturelle apparaît de plus en plus intenable. Une société qui renonce à défendre ses propres catégories intellectuelles et morales finit inévitablement par adopter celles de ses adversaires. L’expérience politique des dernières décennies montre que la neutralité culturelle est en réalité une illusion. Dans un espace symbolique structuré par des rapports de force, l’absence de stratégie culturelle équivaut toujours à une forme de capitulation.

    La question décisive n’est donc pas de savoir si la droite doit mener une bataille culturelle, mais de déterminer comment cette bataille peut être conduite de manière efficace. L’enjeu principal réside dans la reconquête de ce que l’on pourrait appeler l’espace culturel intermédiaire des sociétés contemporaines. Entre les sphères de la sous-culture et celles de la haute culture existe un vaste champ de production symbolique constitué par les médias généralistes, les industries culturelles de masse et l’ensemble des dispositifs qui façonnent les représentations ordinaires du monde social.

    C’est dans cet espace que se forme l’opinion publique. C’est également dans cet espace que se construisent les cadres intellectuels à travers lesquels les individus interprètent les événements politiques et sociaux. La domination culturelle du progressisme tient précisément à sa capacité à structurer cet espace intermédiaire.

    Dans ces conditions, la critique du prétendu « wokisme de droite » apparaît largement décalée par rapport à la réalité des rapports de force culturels contemporains. Ce qui est interprété comme une radicalisation idéologique correspond en réalité à la redécouverte d’une vérité stratégique élémentaire : la politique commence toujours par les idées.

    Les sociétés ne se transforment pas uniquement par les lois ou par les élections. Elles se transforment d’abord par les représentations qu’elles se donnent d’elles-mêmes. Les transformations culturelles précèdent toujours les transformations institutionnelles.

    La bataille des idées n’est donc pas une dérive idéologique. Elle constitue le cœur même de la vie politique.

    Balbino Katz (Polémia, 11 mars 2026)

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  • Trump et Bibi, un seul lit pour deux rêves ?...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Renaud Girard cueilli sur Geopragma et consacré à la guerre du couple Trump - Nethanyahou contre l'Iran. Grand reporter au Figaro, Renaud Girard est membre du comité d'orientation stratégique de Geopragma.

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    Trump et Bibi, un seul lit pour deux rêves

    Le 28 février 2026, sans daigner solliciter une autorisation du Conseil de sécurité de l’ONU, le président américain, Donald Trump, et le premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, (que tout le monde surnomme Bibi à Jérusalem) ont entamé une guerre préventive contre l’Iran.

    Jamais depuis la création de l’État hébreu en 1948, la coopération militaire n’avait été aussi étroite entre l’Amérique et Israël. Le renseignement, les bases aériennes, les avions ravitailleurs, les munitions, les objectifs, la planification et la conduite des opérations, sont en permanence partagés par les deux puissances amies. Le premier ministre israélien a effectué sept visites aux États-Unis en treize mois du second mandat du président Trump.

    À regarder le couple américano-israélien, on est frappé par un paradoxe, unique dans l’histoire des relations internationales. Ce n’est pas, comme partout, le protecteur qui influence la politique étrangère du protégé, mais l’inverse.

    Sans l’influence que Bibi a réussi à construire sur son vieil ami Trump, jamais l’Amérique ne se serait lancée dans une guerre préventive de changement de régime en Iran. Lors de son discours inaugural du 20 janvier 2025, le 47e président des États-Unis n’avait-il pas promis à son peuple de ne jamais commencer de nouvelle guerre ?

    L’opinion occidentale

    D’une manière qui n’a jamais été aussi flagrante, l’Amérique et Israël couchent dans le même lit. Mais, pour reprendre le célèbre proverbe chinois, ils n’ont pas les mêmes rêves.

    La stratégie de Netanyahou n’a pas changé depuis que ce likoudnik cultivé, admirateur de Jabotinsky, est entré en politique. C’est la sécurité d’Israël, à 100 % et à tout prix. Il y a de la piété filiale chez cet homme d’État, dont le père fut le secrétaire de Jabotinsky et dont le frère aîné est mort en héros dans l’opération de récupération des otages israéliens à Entebbe en juillet 1976.

    La sécurité à 100 % signifie que le gouvernement de Jérusalem s’opposera à l’établissement d’un État palestinien en Cisjordanie et à Gaza, qu’il ne tolérera plus la moindre roquette provenant du nord ou du sud de l’État hébreu, qu’il prendra pour argent comptant la moindre invective d’un État ou d’une organisation appelant à effacer Israël de la carte du Moyen-Orient. Mais le risque du rêve de la sécurité à 100 % n’est-il pas celui d’alimenter une guerre perpétuelle ?

    La sécurité à tout prix signifie quel qu’en soit le prix à payer, pour les nations voisines d’Israël au Moyen-Orient, pour les Israéliens vivant en Terre sainte, pour les Juifs de la diaspora, pour les États occidentaux amis d’Israël. Le risque stratégique de la sécurité à tout prix est bien sûr celui du retournement de l’opinion occidentale contre Israël. Réalisé pendant la première quinzaine du mois de février 2026, un sondage Gallup a révélé que 41 % des Américains déclaraient « sympathiser davantage avec les Palestiniens », tandis que seulement 36 % continuaient à sympathiser davantage avec les Israéliens. En seulement un an, à cause de la situation à Gaza, la cause israélienne a perdu dix points dans l’opinion américaine. 57 % des Américains se disent aujourd’hui favorables à la création d’un État palestinien, idée dont Netanyahou ne veut pas entendre parler.

    Une revanche médiatique

    Le rêve du premier ministre israélien dans cette guerre est de casser l’Iran militairement, politiquement et économiquement, puis de le fragmenter géographiquement, en suscitant des sécessions kurde, baloutche, arabe, azérie. La politique sécuritaire du Likoud a toujours été d’obtenir la fragmentation des États hostiles à Israël au Moyen-Orient. Cela a été fait au Liban, en Syrie, en Irak et maintenant en Iran.

    La stratégie de Trump est différente : il ne veut pas casser l’Iran, mais plutôt le ramener dans le giron américain, après 47 ans d’errance révolutionnaire islamique anti-occidentale. Il aimerait refaire à Téhéran ce qu’il a réussi à Caracas. Le contrôle du pétrole iranien, ajouté au pétrole vénézuélien, renforcerait grandement l’Amérique dans son bras de fer politico-économique avec la Chine. 20 % du pétrole que les Chinois consomment provenaient d’Iran jusqu’au début de cette guerre.

    Cerise sur le gâteau, il ne déplairait pas à Trump d’offrir à l’Amérique une revanche médiatique par rapport à l’humiliation de la prise en otages des diplomates américains à Téhéran en novembre 1979, et de l’échec de l’opération Eagle Claw d’avril 1980 pour les libérer.

    Tout le monde aurait aimé que l’opération israélo-américaine de décapitation du régime du 28 février 2026 conduise à une révolution de palais à Téhéran, puis à l’instauration d’un régime iranien plus respectueux des droits de l’homme, et plus attaché à se développer économiquement qu’à lancer fatwas et anathèmes contre ses voisins.

    Installations nucléaires

    Mais, comme il était prévisible, le miracle n’a pas eu lieu. Sous les bombes, la République islamique d’Iran semble tenir bon. Pas de défections, pas de trahisons, pas de désertions. Le régime a même procédé à l’élection d’un nouveau guide suprême, qui n’est autre que le fils du guide assassiné.

    Trump avait promis au peuple iranien de lui venir en aide. On ne voit pas en quoi la destruction systématique des infrastructures iraniennes – pas seulement les casernes et les commissariats de police, mais aussi les dépôts pétroliers, les ports, les usines de dessalement d’eau de mer, etc. – va aider la population iranienne. Comme si le régime islamique, qu’elle a voulu lors de la révolution de 1979, et qu’elle rejette aujourd’hui, ne suffisait pas à son malheur.

    C’est la détérioration de l’économie de l’Iran qui a amené son peuple dans la rue en janvier 2026. Trump peut difficilement invoquer le danger des installations nucléaires : il les avait « oblitérées » en juin 2025. Sa guerre a en outre interrompu des négociations qui étaient en train d’aboutir, au dire du médiateur omanais.

    Si on élargit la focale et qu’on se penche sur l’ensemble de la région, on ne voit pas en quoi les pétromonarchies du golfe Persique, alliées de l’Amérique, profitent de cette guerre. Si on élargit encore, on ne voit pas en quoi les consommateurs américains profitent de l’augmentation des prix du pétrole – laquelle profite à la seule Russie, dont les exportations à l’Inde sont désormais encouragées par Washington.

    Si Trump ne parvient pas rapidement à mettre fin à cette guerre, par un de ces « deals » dont il prétend avoir le secret, elle risque de tourner pour lui en cauchemar.

    Renaud Girard (Geopragma, 11 mars 2026)

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  • Apocalypse géopolitique : les attentes messianiques qui alimentent la guerre en Iran...

    Vous pouvez découvrir ci-dessous la chronique de David Engels sur Ligne droite, la matinale de Radio Courtoisie, datée du 9 mars 2026 et qui aborde une explication du conflit entre les États-Unis, Israël et l'Iran sous l'angle du messianisme religieux...

    Historien, essayiste, enseignant chercheur à l'Instytut Zachodni à Poznan, à l'Institut Catholique de Vendée ainsi qu'au Mathias Corvinus Collegium de Bruxelles, David Engels est l'auteur de trois essais traduits en français, Le Déclin - La crise de l'Union européenne et la chute de la République romaine (Toucan, 2013), Que faire ? - Vivre avec le déclin de l'Europe (La Nouvelle Librairie, 2024), Défendre l'Europe civilisationnelle - Petit traité d'hespérialisme (Salvator, 2024) et, dernièrement, d'un roman, Le retour du roi (Le Verbe-Haut, 2026). Il a  également dirigé deux ouvrages collectifs, Renovatio Europae - Plaidoyer pour un renouveau hespérialiste de l'Europe (Cerf, 2020) et Aurë entuluva! (Renovamen-Verlag, 2023), en allemand, consacré à l’œuvre de Tolkien.

     

                                                

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