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Métapo infos - Page 3

  • Dictionnaire du blason...

    Les éditions Dervy viennent de publier un Dictionnaire du blason réalisé par Emmanuel de Boos, avec une préface de Michel Pastoureau.

    Emmanuel de Boos (1954-2016) fut l'un des héraldistes les plus prolifiques de sa génération. Docteur en histoire de l'École pratique des hautes études, membre du bureau de la Société française d'héraldique et de sigillographie et de l'Académie internationale d'héraldique, il a publié de nombreux ouvrages faisant référence dans le domaine scientifique. Parmi eux, ce dictionnaire d'héraldique est reconnu par les héraldistes de toute l'Europe comme un chef-d'œuvre du genre.

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    " La référence absolue des dictionnaires d'héraldique à l'usage des historiens, érudits, passionnés ou simplement curieux de découvrir l'univers du blason et les subtilités de son vocabulaire.

    Emmanuel de Boos propose une vision renouvelée du vocabulaire héraldique, fondée sur la connaissance intime des documents originaux plus que sur des normes. Le souci de privilégier l'héraldique des sources au détriment de l'héraldique normative conduit l'auteur à procéder à un toilettage fort bienvenu, utile à quiconque quelque soit son niveau de connaissance dans ce domaine.
    L'innovation la plus intéressante de cet ouvrage est la scission du corpus en deux parties distinctes. La première, la plus vaste, comprend la définition des termes héraldiques en usage, tandis que les mots rares, inusités ou erronés sont relégués dans une seconde partie joliment appelée "grenier" par l'auteur. Le grenier est en quelque sorte un répertoire "passif". L'auteur fait acte d'un militantisme bienvenu dans sa volonté d'écarter des termes qui, tout en étant erronés ou ambigus, ont parfois été utilisés par certains auteurs : le lecteur sera donc à même d'en comprendre le sens tout en en évitant l'usage. Cette initiative devrait contribuer à débarrasser les blasonnements à venir d'une foule de termes inutiles, ambigus ou d'une ridicule préciosité.
    Dans chaque notice, l'équivalent du mot est donné en italien, en espagnol, en anglais puis en allemand. L'auteur n'hésite pas à citer les règles énoncées par les théoriciens pour mieux les confronter à la pratique : leur pertinence est parfois confirmée, souvent nuancée.
    Les propos de l'auteur sont servis pas une illustration au trait tirée de documents originaux.
    Par sa rigueur scientifique et la richesse de sa réflexion, le dictionnaire d'Emmanuel de Boos constitue une référence incontournable pour les héraldistes. Ses nombreuses qualités lui permettent de dépasser largement le cercle des spécialistes : en restituant les dimensions historiques et artistiques de l'héraldique, son ouvrage s'adresse au plus grand nombre, débarrassant la science héraldique de tout élitisme."

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  • Notre société est-elle en train de dégénérer ?...

    Vous pouvez découvrir ci-dessous un entretien donné par Xavier Raufer à Omerta dans lequel il évoque l'explosion du trafic et de la consommation de drogue et revient sur l'affaire Epstein et la corruption des élites.

    Criminologue et auteurs de nombreux essais, Xavier Raufer a publié ces dernières années Les nouveaux dangers planétaires (CNRS, 2012) et Criminologie - La dimension stratégique et géopolitique (Eska, 2014) et Le crime mondialisé (Cerf, 2019).

     

                                                    

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  • Notre meilleur ennemi...

    La revue Éléments publie cette semaine son quatrième numéro hors-série, consacré cette-fois-ci aux États-Unis, de l'Oncle Sam au phénomène Trump !... Il propose une anthologie des textes les plus marquants qui leur ont été consacrés dans le magazine depuis 50 ans.

     

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    Notre meilleur ennemi
    Hors-série n°4

    Jean Cau dit «non» à l’Amérique
    Par Robert de Herte

    Pour en finir avec la civilisation Occidentale
    Par Guillaume Faye

    Mourir pour des pétrodollars ?
    Par Pierre Vial

    L’Amérique c’est Carthage
    Par Robert de Herte

    Quand l’Amérique était belle
    Par Michel Marmin et Paul Masquelier

    L’Amérique que nous aimons
    Par Robert de Herte

    États-Unis le maintien d’une puissance
    Par Alain de Benoist

    Le cri d’alarme de Matthew Crawford
    Propos recueillis par Ethan Rundell

    Washington contre de Gaulle
    Par Christian Brosio

    New York, New York
    Par Marc Hocine

    La fin du dollar roi, rendez l’argent !
    Par Guillaume Travers

    La guerre du droit aura bien lieu
    Par Pascal Eysseric

    Le projet satanique d’Anton LaVey
    Propos recueillis par Pascal Eysseric

    Que reste-t-il de Theodore Kaczynski ?
    Par Pierre Saint-Servant

    Les racines religieuses du wokisme
    Par François Bousquet

    L’OTAN se battra jusqu’au dernier Ukrainien
    Par Hervé Juvin

    Chine-États-Unis : la guerre des infrastructures
    Par Guillaume Travers

    L’antilibéralisme anglo-saxon
    Par Thomas Hennetier

    Qui est Elon Musk ?
    Par François Bousquet

    Yellowstone, la série événement
    Par François-Xavier Consoli

    La séparation plutôt que la sécession
    Par Lionel Rondouin

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  • La police des larmes et des élégies...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Balbino Katz, le chroniqueur des  vents et des marées, cueilli sur Breizh-Info et consacré à la récente révélation de l'existence au Royaume-Uni d'une unité spéciale chargée de contenir les réactions populaires après certains crimes susceptibles d’enflammer les tensions ethniques ou religieuses, notamment en s'assurant du contrôle du récit des événements...

     

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    La police des larmes et des élégies

    La plage de Lehan, à Lechiagat, ce matin de dimanche, avait retrouvé son soleil. Un astre honnête, presque méridional, que je recevais sous la protection un peu ridicule d’un parasol planté de travers dans le sable. Je n’étais pas venu là pour lire la presse anglaise. Les pieds nus, les mollets grignotés par les puces de sable, l’odeur forte du varech roulant depuis les rochers, tout invitait plutôt à cette paresse attentive qui regarde la mer sans prétendre la comprendre. Pourtant, il y a des moments où le monde frappe à la vitre, même lorsque cette vitre est une tablette posée sur une serviette.

    J’y découvris un long article du Daily Mail, journal populaire anglais, peu porté sur les pudeurs de chaisière dont se parent les gazettes de gauche lorsqu’il s’agit d’évoquer les effets concrets du multiculturalisme. Sous la plume de Glen Owen, le quotidien décrit l’existence d’une unité discrète du ministère de l’Intérieur britannique, la Research, Information and Communications Unit, RICU, chargée, selon le journal, de contenir les réactions populaires après certains crimes susceptibles d’enflammer les tensions ethniques ou religieuses.

    L’unité aurait été créée en 2007 par Charles Farr, ancien du MI6, dans le cadre de la stratégie antiterroriste Prevent, et modelée sur l’ancienne Information Research Department, machine de propagande anticommuniste née sous le gouvernement Attlee en 1948. Tout cela pourrait n’être qu’une de ces curiosités administratives dont l’Angleterre a le secret, un bureau terne, un acronyme de plus, un petit mécanisme enfoui dans la graisse de l’État. L’affaire devient plus grave lorsque l’on comprend les méthodes.

    Selon le Daily Mail, RICU ne se contenterait pas de fournir des éléments d’analyse. Elle interviendrait pour « contrôler le récit », orienter les mots de la police, influencer les médias, repérer les appels à manifester, et, dans certains cas, peser jusque sur les déclarations publiques des familles de victimes. Le journal écrit ainsi que, dans l’affaire Stephen Ogilvie, poignardé à Belfast, RICU aurait conseillé la police nord-irlandaise afin que les manifestants soient présentés comme des voyous antipathiques plutôt que comme des citoyens en colère.

    Le mot décisif est là : récit. Nos temps ne disputent plus seulement les faits, ils disputent le droit de les nommer. Un homme est tué. Une jeune fille est violée. Un adolescent est poignardé. Une famille se retrouve devant le corps de son enfant. Et l’État, avant même que les larmes aient séché, se demande quelle phrase il faudra poser sur cette mort pour éviter que le peuple n’en tire de mauvaises conclusions. La police n’arrive plus seulement avec des rubans jaunes, des experts et des procès-verbaux. Elle arrive avec une syntaxe.

    L’article du Daily Mail donne plusieurs exemples de cet art de la mise en scène morale. Après les attaques du London Bridge en 2017, des agents sous couverture auraient distribué des fleurs afin d’entretenir une atmosphère de deuil plutôt que de colère antimusulmane. Des affiches portant des slogans comme « Turn to Love » ou « Love Will Win » auraient été placardées. Après la décapitation d’Alan Henning par l’État islamique, une opération-écran aurait permis de placer dans les médias l’image d’une femme portant un hidjab aux couleurs de l’Union Jack. On apprend même qu’un groupe de pop aurait été discrètement financé pour chanter dans des écoles de quartiers musulmans des chansons à thèmes antiradicalisation. La propagande anglaise, autrefois impériale, maritime et biblique, chante désormais au micro-cravate dans les salles polyvalentes.

    La technique est toujours la même : substituer à l’événement réel un événement verbal. À la mort violente, on superpose le vocabulaire du vivre-ensemble. À la colère populaire, on oppose les mots de l’apaisement obligatoire. Aux familles, on offre des phrases qu’elles n’auraient peut-être jamais prononcées seules. À l’opinion, on sert une émotion préfabriquée, dûment validée par les services compétents. On n’éteint pas le feu, on repeint la fumée.

    C’est ici que l’article de Turbulent Times, signé Richard North, apporte une lumière plus crue encore. North relève que l’on voit dans certaines déclarations de familles une tonalité trop construite, trop administrative, trop étrangère à la stupeur d’un deuil. Il évoque le cas du père d’Henry Nowak, dont les mots, appelant à ne pas laisser le meurtre créer davantage de haine, de division ou de tension, auraient servi, selon lui, à fermer politiquement la discussion. Sa formule est rude : il ne s’agirait pas seulement de « crisis-management speak », mais d’une stratégie gouvernementale exploitant la vulnérabilité des familles endeuillées pour insérer des messages destinés à manipuler le comportement public.

    Voilà peut-être l’abjection ultime : faire parler les morts par la bouche des vivants, et faire parler les vivants par la plume de l’État. Une famille frappée par le malheur devient un support de communication. Sa douleur est authentique, le communiqué ne l’est plus tout à fait. Sa tristesse est réelle, mais l’administration la dirige vers la bonne signification. L’enfant assassiné ne doit pas devenir symbole de ce que le peuple voit. Il doit devenir symbole de ce que l’État autorise à voir.

    La chose est d’autant plus scandaleuse que les faits eux-mêmes sont de moins en moins cachables. Le Daily Mail rappelle l’affaire Henry Nowak, tué à Southampton par Vickrum Digwa, lequel avait tenté de faire croire qu’il avait agi en état de légitime défense après des insultes racistes. Le journal évoque également le meurtre de Stephen Ogilvie, à Belfast, attribué à un demandeur d’asile soudanais. Ces affaires, par leur brutalité et par leur circulation sur les réseaux sociaux, touchent directement l’opinion. L’ancien système médiatique pouvait ralentir, minorer, refroidir. Le réseau d’Elon Musk a changé la donne. Les images, les noms, les colères passent désormais par-dessus les digues.

    C’est pourquoi le pouvoir britannique ne cherche plus seulement à informer, ni même à censurer. Il cherche à préformer l’émotion. Le vieux mensonge d’État disait : « cela n’a pas eu lieu ». Le mensonge progressiste contemporain dit plutôt : « cela a eu lieu, mais vous devez le ressentir correctement ». Il ne nie pas toujours le crime. Il surveille la conséquence morale du crime.

    On comprend mieux, dès lors, l’intérêt obsessionnel porté aux « non-crime hate incidents ». Selon le Daily Mail, RICU aurait été associée à une recommandation du Home Office visant à encourager la police à enregistrer davantage de ces incidents non criminels, dispositifs controversés permettant d’inscrire dans les fichiers des propos ou comportements ne relevant pas d’une infraction. Là encore, la logique apparaît clairement : si le crime réel embarrasse, on fabrique autour de lui une police du commentaire. L’assassinat a eu lieu, certes, mais attention à la manière dont vous en parlerez.

    Il faut expliquer ce que recouvre cette étrange catégorie britannique. Un « non-crime hate incident » n’est pas un crime. Ce n’est même pas nécessairement une infraction. C’est un fait, une parole, un message, un voisinage désagréable, une dispute de palier, parfois une plaisanterie idiote, que quelqu’un dit percevoir comme animé par de l’hostilité envers une race, une religion, une orientation sexuelle, un handicap ou une identité de genre. La police peut alors l’enregistrer, non comme délit, mais comme incident, avec toutes les ombres administratives que ce mot transporte.

    La caricature est presque inutile, tant le réel s’en charge. On a vu des querelles d’écolières sur Snapchat, du linge jugé offensant sur un fil à laver, des chansons de Bob Marley diffusées par un voisin, des propos domestiques sur un prénom de transition, des drapeaux nationaux ou des expressions mal reçues entrer dans cette zone grise où rien n’est illégal, mais où tout peut devenir suspect. C’est l’invention d’un purgatoire policier : vous n’êtes pas coupable, toutefois vous êtes noté.

    L’idée première pouvait sembler préventive : détecter des signaux faibles avant qu’ils ne deviennent violence. En pratique, elle a surtout créé une police de la sensibilité, où l’État ne constate plus seulement les faits, mais enregistre les blessures subjectives. On ne poursuit plus seulement ce que l’homme a fait. On archive ce que quelqu’un croit avoir ressenti de ce qu’il aurait voulu dire.

    Le plus révélateur est peut-être la dissymétrie du soupçon. Le rapport Shawcross sur Prevent, publié en 2023, cité par le Daily Mail, estimait que RICU plaçait la barre relativement haut lorsqu’il s’agissait d’islamisme, et beaucoup plus bas lorsqu’il s’agissait de droite radicale. Dans les documents évoqués, des œuvres de Shakespeare, Chaucer et Milton auraient même été signalées comme textes susceptibles d’intéresser des suprémacistes blancs. Michael PortilloYes MinisterThe Thick of It, tout cela pouvait devenir matière à inquiétude. L’Angleterre qui ne sait plus empêcher certains crimes se méfie de ses classiques.

    On sourirait si l’affaire n’était pas si noire. Shakespeare, qui a donné à l’Angleterre sa langue la plus haute, devient un objet de vigilance. Milton, qui fit parler les anges rebelles avec la majesté du tonnerre, se retrouve dans les marges d’un rapport administratif. Chaucer, le vieux conteur de pèlerins, est convoqué dans le mauvais greffe du soupçon. Une civilisation qui commence à regarder ses propres auteurs comme des complices possibles de dissidence n’est déjà plus très sûre d’être une civilisation.

    Il faut lire ici le Daily Mail et Turbulent Times ensemble. Le premier révèle le mécanisme. Le second en tire la conclusion politique. North ne se contente pas de dénoncer la manipulation. Il constate que lorsque l’État joue de telles méthodes, il détruit la confiance qui rend l’ordre possible. Plus le gouvernement maquille, plus les citoyens soupçonnent. Plus il moralise, plus il radicalise. Plus il confisque la parole des victimes, plus il donne au peuple l’impression que ses morts lui sont volés une seconde fois.

    North semble regarder avec une curiosité presque tactique les formes plus habiles de contestation. La colère d’un peuple trahi peut se comprendre. Les émeutes, les listes anonymes, les violences contre des personnes ou des maisons risquent de devenir la réponse populaire à la manipulation d’Etat. Pourtant, on ne sauve pas un pays en l’offrant à la nuit. On le sauve en rendant à la parole publique le droit de nommer les choses.

    Car tout commence là. Nommer. Dire qui a tué. Dire qui est mort. Dire pourquoi l’affaire trouble. Dire ce que l’immigration massive, le droit d’asile dévoyé, l’impuissance judiciaire, la police du langage et l’idéologie multiculturelle ont produit. Dire que certaines victimes n’intéressent l’État qu’à condition de devenir des instruments d’apaisement. Dire que la compassion officielle est parfois moins une charité qu’une technique de gouvernement.

    La France aurait tort de regarder cette affaire comme une étrangeté insulaire. Nous ne savons pas s’il existe chez nous une unité comparable à RICU, mêlant anciens espions, communicants et spécialistes des opérations d’influence au service du ministère de l’Intérieur. Si elle existait, elle aurait sans doute son bureau non loin d’une autre fabrique à coups tordus dont nous connaissons, elle, l’existence : le bureau des entraves administratives. Ce nom seul semble sortir d’un roman de Kafka revu par Courteline. Il dit tout. Entraver, non juger. Harasser, non convaincre. Pourrir la vie, non débattre.

    Ce bureau n’est pas une rumeur de café du commerce. Il a même publié des offres d’emploi. Sa finalité est claire : trouver, organiser, perfectionner les moyens administratifs de gêner ceux qui contestent la société diversitaire que l’on prétend nous imposer. TV Libertés, parmi d’autres, sait de quoi il retourne. Dans l’ancien monde, on poursuivait les délits. Dans le nouveau, on entrave les adversaires. Et les moyens sont connus : contrôles fiscaux à répétition, pressions réglementaires, surveillance administrative, soupçons bancaires, clôtures de comptes. La censure moderne n’a plus toujours besoin de bâillon. Elle a des formulaires, des normes, des correspondants conformité et des guichets qui se ferment.

    Nous n’avons donc peut-être pas encore notre RICU française. Ou peut-être l’avons-nous sans le savoir. En revanche, nous avons déjà l’esprit qui la rend possible : celui d’un État qui ne veut plus seulement administrer le pays, mais corriger les pensées du pays ; celui d’un pouvoir qui ne cherche plus seulement à empêcher les désordres, mais à empêcher les conclusions ; celui d’une technocratie qui a remplacé la discussion politique par l’entrave, la surveillance et la moraline obligatoire.

    Il faut ici distinguer avec soin. Une famille endeuillée a parfaitement le droit de demander le silence, la dignité, la retenue. Elle a même souvent raison de le faire. Qui oserait reprocher aux parents d’une victime de vouloir enterrer leur enfant loin des caméras, des slogans et des prédateurs de tribune ? Il existe en France plusieurs exemples récents de familles qui ont rejeté l’instrumentalisation politique de leur drame : celle de Lola, celle de Thomas à Crépol, celle de Hasan à Nogent-sur-Oise, celle de Quentin Deranque à Lyon. À chaque fois reviennent les mêmes mots, calme, respect, recueillement, apaisement, refus de la haine.

    Ces mots peuvent être sincères. Ils le sont même souvent. Toute la question est de savoir à quel moment la sincérité du deuil devient la langue attendue du pouvoir. Car il y a, dans cette répétition, quelque chose qui interroge. Les familles parlent-elles seules ? Parlent-elles sous la pression morale d’un environnement médiatique qui les somme d’être dignes, c’est-à-dire politiquement inoffensives ? Parlent-elles avec les mots que l’époque leur impose avant même qu’elles aient eu le temps de formuler les leurs ? La pudeur du deuil est respectable. La domestication politique du deuil ne l’est pas.

    C’est là que l’exemple britannique devient précieux. Il ne prouve pas que la même mécanique existe partout. Il révèle la tentation profonde des régimes diversitaires : empêcher que les crimes les plus brutaux produisent des conclusions politiques interdites. La mort peut être pleurée, à condition de ne pas être comprise. Elle peut être commémorée, à condition de ne pas être reliée à l’immigration, au laxisme judiciaire, aux défaillances de l’État ou au mensonge multiculturel. L’émotion est autorisée tant qu’elle reste stérile.

    Nous connaissons déjà ces communiqués où la victime disparaît derrière l’appel au calme, ces conférences de presse où le ministre semble moins bouleversé par le crime que préoccupé par la réaction de l’opinion, ces injonctions à ne pas « faire d’amalgame » prononcées avant même que les faits soient établis. À force de demander aux peuples de ne jamais conclure, les gouvernements les conduisent à conclure en silence, puis dans la colère.

    Dans l’ancien monde, le rôle de la police était de poursuivre les criminels, de protéger les honnêtes gens, de maintenir l’ordre dans les rues. Dans le nouveau, elle reçoit de plus en plus pour mission de protéger le récit officiel contre l’expérience populaire. Elle ne se contente plus d’empêcher les coups. Elle empêche les conclusions. Elle ne garde plus seulement les carrefours. Elle garde les mots.

    Je refermai la tablette. Le soleil avait tourné, le parasol ne me protégeait plus qu’à moitié, et le varec montait avec cette odeur lourde des choses venues du fond. Des enfants couraient au bord de l’eau, indifférents à RICU, au Home Office, à Belfast, à Southampton, à ces morts que les puissants voudraient transformer en affiches de réconciliation obligatoire. La mer, elle, ne connaît pas la communication de crise. Elle ramène ce qu’on lui confie. Elle finit toujours par déposer sur la plage ce que l’on croyait avoir englouti.

    La Grande-Bretagne a inventé l’habeas corpus, le parlementarisme, la liberté de la presse, l’art de gouverner sans trop montrer la main de l’État. La voici réduite à envoyer des spécialistes de l’influence autour des familles endeuillées pour que leur douleur ne trouble pas les dogmes du temps. La France n’en est pas là, dira-t-on. Peut-être. Cependant elle connaît déjà cette étrange liturgie où l’on demande aux victimes, avant même de les pleurer, de rassurer le système qui n’a pas su les protéger.

    Sic transit gloria mundi. Un pays qui ne protège plus ses enfants, mais protège le discours tenu sur leur mort, n’est pas seulement en crise. Il a déjà déplacé son centre moral. Il n’est plus du côté des victimes. Il est du côté de l’apaisement obligatoire.

    Balbino Katz, Chroniqueur des vents et des marées (Breizh-Info, 16 juin 2026)

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  • Auguste : Les ambiguïtés du pouvoir...

    Les éditions Dunod viennent de rééditer dans leur collection de poche une biographie écrite par Frédéric Hurlet et intitulée Auguste - Les ambiguïtés du pouvoir. Historien belge, spécialiste de la Rome antique, Frédéric Hurlet enseigne à l'Université de Nanterre.

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    " Tel un sphinx, le premier empereur romain Auguste reste  une figure historique énigmatique qui a toujours excellé  dans l’art du camouflage et de la dissimulation. Il a légué  à la postérité une image protéiforme qui met face à face  la détermination froide d’un homme prêt à tout pour  s’emparer du pouvoir et son statut de fondateur d’empire  divinisé. Il fut tout d’abord le fils adoptif de César, qui sut  tirer parti de sa filiation pour créer un nouveau régime sur  les ruines de la République. Chaotique, la réalité historique  contraste avec la figure du prince sage et vertueux  patiemment construite par Auguste.
    Cette biographie entend concilier l’histoire, la mémoire  et le mythe auquel un homme donna naissance et qui ne  cessa d’évoluer depuis son décès jusqu’à son exploitation  par l’Italie fasciste de Mussolini au XXe siècle en passant  par Charlemagne et les Lumières. La clé de l’interprétation  du personnage réside dans l’ambiguïté foncière qui  s’attache à toute forme de pouvoir et qu’Auguste porta  à son paroxysme. C’est ce qui explique qu’en fonction  des époques et des contextes, il ait été perçu comme  un monarque absolu à l’image de Louis XIV ou comme  un prince républicain, voire comme le restaurateur de la  République."
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  • Jean-Yves Le Gallou : « La remigration est l’enjeu politique du XXIe siècle »...

    Vous pouvez découvrir ci-dessous l'entretien donné à Rodolphe Cart, pour Omerta, par Jean-Yves Le Gallou, dans lequel il évoque la question de la remigration qu'il a développée dans son dernier essai intitulé Remigration - Pour l'Europe de nos enfants (Institut Iliade/La Nouvelle Librairie, 2026).

     

                                     

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