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Métapo infos - Page 3

  • Pessoa : l’œuvre-vie...

    Les éditions du Seuil viennent de publier une biographie intitulée Pessoa - L’œuvre-vie, écrite par Richard Zenith. Spécialiste de l'oeuvre de Fernando Pessoa, traducteur et critique littéraire, Richard Zenith vit à Lisbonne.

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    " Spécialiste mondialement reconnu de l’oeuvre de Fernando Pessoa, Richard Zenith a consacré plus de douze ans à enquêter sur la vie du mystérieux poète, il a reconstitué le contexte politique, social, familial, dans le souci permanent de mieux éclairer les textes et d’en déployer tout l’enjeu.
    Naissance à Lisbonne, mort du père et du frère quand Fernando a cinq ans, remariage de la mère, long voyage vers Durban en Afrique du Sud où il passe une partie de son enfance, puis une adolescence et jeunesse esseulées dans Lisbonne, loin de sa mère et de ses demi-frères ou soeurs, études guère poussées, goût de l’anglais (langue de ses premières publications), puissante ambition pour son pays, nation culturelle à la conquête du monde menée par l’arrivée imminente d’un Super-Camões qui n’est sans doute autre que lui-même, jeu avec les croyances du sébastianisme (le roi mort lors d’une croisade désastreuse au Maroc mais dont on attend sans cesse le retour), vive attention à la succession des gouvernements et à la valse des régimes autoritaires, sa vision ambivalente de la dictature, sa relation non moins ambivalente à l’idée et à l’orientation sexuelles dans une existence pourtant très chaste. Et surtout, dès le plus jeune âge, l’éclosion de plusieurs personnages à l’intérieur de lui-même, qui vont croître au fil des ans pour devenir d’innombrables hétéronymes dont quelques-uns, en particulier, seront dotés d’une biographie, et d’une œuvre consistante.
    Richard Zenith nous montre dans le détail l’apparition d’Alberto Caeiro, le maître, puis de Ricardo Reis et du tonitruant Álvaro de Campos, et l’écriture progressive du chef-d’œuvre infini, Le Livre de l’intranquillité, assemblage de fragments sous le nom de Bernardo Soares, un modeste employé comptable de la vieille ville de Lisbonne."

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  • Crépol : un meurtre qui illustre la prégnance du racisme anti-blanc chez les jeunes...

    Nous reproduisons ci-dessous un entretien donné par François Bousquet au Figaro Vox à l'occasion du dernier rebondissement judiciaire dans l'affaire du meurtre du jeune Thomas à Crépol...

    Directeur de la revue Éléments, François Bousquet vient de publier  « Sale blanc» - Le racisme qu'on ne veut pas voir (La Nouvelle Librairie, 2026), qui prolonge son enquête intitulée Le racisme antiblanc (La Nouvelle Librairie, 2025).

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    François Bousquet : « Le meurtre de Thomas à Crépol illustre la prégnance du racisme anti-blanc chez les jeunes »

    LE FIGARO. - Les juges d’instruction ont décidé de retenir la circonstance aggravante de « racisme » dans l’affaire du meurtre de Thomas à Crépol. Est-ce suffisant pour dire qu’il existe un racisme anti-blanc en France ? Quelle est d’après vous l’ampleur de ce phénomène ?

    François BOUSQUET. - Je m’appuie sur des éléments tangibles. Les principaux appareils statistiques français, tels que l’INSEE et l’Ined, ne cherchent pas le racisme anti-blanc. Ne le cherchant pas, ils ne le trouvent pas. Un sondage CSA commandé pour CNews, Europe 1 et le JDD montre que 67 % des Français pensent que le racisme anti-blanc existe. Chez les 18-24 ans, cette proportion est de 82 %. Cela montre que le meurtre de Thomas à Crépol et le travail d’enquête que j’ai réalisé de mon côté sur le sujet du racisme anti-blanc touchent à un phénomène qui existe réellement. Cette forme de racisme vise d’abord les univers adolescents et post-adolescents. Dans le sondage sur le racisme qu’elle a commandé à l’IFOP il y a deux mois, la LICRA n’a pas exclu le phénomène du racisme anti-Blanc. Rendons-lui grâce. Il ressort de ce sondage, réalisé sur un échantillon de 14 000 personnes, que 39 % de Français perçus comme blancs – ce sont les définitions à la fois de l’Arcom et des organismes de statistique – disent avoir été victimes de racisme. En faisant une règle de trois, on constate qu’environ 20 millions de Français ont pu être victimes de racisme. Cela recoupe mon travail d’enquête et montre que le racisme anti-blanc est latent. 

    Sur les réseaux sociaux, les forums de discussion tels que Reddit, jeuxvideo.com, qui étaient très consultés par la génération qui aujourd’hui a 25 ans, s’illustrent par la surabondance de témoignages de racisme anti-blanc. Comme le racisme anti-blanc est le seul racisme qui n’est pas explicitement condamné, en tout cas par tout ou partie des hommes politiques et des principaux médias, il a tendance à se banaliser. Ce faisant, puisqu’il est invisibilisé par l’institution universitaire et souvent par la magistrature, il prospère.

    Pourquoi est-ce selon vous si peu aisé de parler de ce sujet ? Ne pensez-vous pas que les choses ont évolué ?

    J’ai pris l’habitude de m’appuyer sur ce que j’appelle la loi des 3 D. Le premier correspond au déni. Le réel n’est pas recevable, le racisme anti-blanc ne peut pas exister au regard de la théorie du racisme systémique. Le deuxième D, c’est le délit. Si jamais vous dites que le racisme anti-blanc existe, vous êtes judiciarisable. C’est l’état d’esprit des personnes que j’ai interrogées dans mon livre et qui ont été victimes de racisme anti-blanc : elles n’osent pas et ont du mal à mettre des mots sur leurs agresseurs car elles sont tétanisées à l’idée d’une inversion accusatoire et qu’à leur tour, elles se voient accusées d’appartenir à l’extrême droite ou bien d’être elles-mêmes racistes. Le troisième terme, c’est le D comme délire. C’est-à-dire qu’on a créé un réel alternatif. Crépol est emblématique de ce point de vue. On a créé un réel alternatif avec une post-vérité qui a été propagée par le cas le plus éloquent, c’est Patrick Cohen à « C à vous » ou « C politique » qui, 10 jours après l’affaire, a dit qu’en aucun cas il ne pouvait y avoir de crime raciste à Crépol, que c’était une rixe entre deux bandes rivales.

    Certes, des études du ministère du Travail montrent qu’à peu près 30 % des populations dites « racisées » ont du mal à effectuer une location ou à trouver un travail en raison de leurs origines. Il est toutefois surprenant que très peu d’études portent sur les personnes qui se trouvent dans une situation similaire parce qu’elles vivent dans la France périphérique. Ces individus sont sujets aux mêmes discriminations, notamment à l’embauche. En Allemagne, un outil nommé Kevinomètre a été créé. Il mesure la distance qui sépare les Kevin du pouvoir. Elle est considérable. Elle existe aussi en France. Il devrait davantage intéresser les élites.

    Vous avez publié «Sale Blanc» en avril. Dans cet ouvrage, vous vous référez à une centaine de témoignages pour dénoncer le racisme anti-blanc. Sur quelle méthodologie vous êtes-vous fondé pour trouver les témoignages que vous utilisez ? 

    Je ne suis pas sociologue. Je ne m’appuie pas sur un discours de la méthode, ce que font tous les sociologues en sciences humaines, pour arriver à un résultat paradoxal : le racisme anti-blanc n’existe pas, alors qu’un sondage comme celui commandé par la Licra à l’Ifop montre que la réalité est différente.

    Pour ma part, je suis un journaliste. Je fais un travail d’investigation et d’enquête. Je ne trie pas les témoins, je pars à leur recherche. Il est vraiment difficile d’en trouver. Les Français blancs ont tellement intériorisé que cette forme de racisme n’existait pas qu’ils n’arrivent même pas à la verbaliser alors qu’ils en ont été victimes. Pour trouver des individus souhaitant parler du racisme auquel ils ont été exposés, je lance par l’entremise d’influenceurs, de youtubeurs, de journalistes, des appels à témoins tous azimuts. Pour écrire ce livre, j’ai pu compter sur le témoignage d’une centaine de personnes. J’essaye d’avoir une proportion appropriée d’hommes et de femmes, de jeunes et de vieux, de provinciaux et de métropolitains.

    Évidemment, on pourra toujours critiquer ma manière de faire. J’essaye de dresser un tableau exhaustif à partir de témoignages. C’est un travail de terrain. Même si je fais en sorte de contextualiser les témoignages que je recueille, je reste avant tout un enquêteur pourvu d’une carte de presse.

    En vous fondant principalement sur des témoignages pour attester d’un racisme anti-blanc, ne craignez-vous pas que l’on vous reproche de faire de la victimisation ?

    J’entends bien cet argument. Il a pu m’être adressé, mais il revient à nier la souffrance de la victime. En mettant sur la table la question du racisme anti-blanc, je ne cherche pas à entrer dans une compétition victimaire.

    Cette objection n’est pas adressée à des victimes de racisme courant, c’est-à-dire anti-noir, anti-arabe ou anti-juif. Je me dois tout de même de préciser que la catégorie Blanc n’est pas explicitement raciale. Pour moi, elle regroupe tous les individus perçus comme Blancs, peu importe que ce soient des chrétiens, des Juifs, des agnostiques ou même des Asiatiques. Les Américains ont en effet théorisé ce qu’ils appellent un coefficient d’adjuvance des Asiatiques, dans la mesure où ils peuvent être perçus comme blancs parce qu’ils sont porteurs des mêmes modèles de réussite scolaire, professionnelle et sociale.

    Par ailleurs, en montrant la réalité du racisme anti-blanc, je mets en évidence le fait que tous n’ont pas les outils pour y répondre de la même manière. Nous, adultes, avons des moyens de défense, contrairement aux 12, 13, 14 ans. En effet, c’est souvent en 6e, 5e, 4e que se déploient les mécanismes de racisme anti-blanc. Les jeunes enfants n’ont pas les outils philosophiques, conceptuels, psychologiques, identitaires pour se défendre des formes de racisme qu’ils subissent. D’autant plus que ce racisme-là, en général, n’est pas reconnu par l’institution scolaire. Donc pour certains d’entre eux, c’est un vrai traumatisme. Comment quelqu’un qui se fait traiter de «sale Blanc» en se faisant agresser à 12, 13 ans, pourrait-il s’en sortir indemne ?

    François Bousquet, propos recueillis par Antoine Lévêque (Figaro Vox, 24 juillet 2026)

     

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  • Jean Mabire l'Européen !...

    Le Magazine des Amis de Jean Mabire, publié par l'Association des Amis de Jean Mabire, vient de sortir son numéro d'été sur le thème de Jean Mabire et l'Europe.

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    Au sommaire :

    - Le combattant européen, par Bernard Leveaux

    - Jean Mabire, Olier Mordrel et l'Europe des peuples, par Trystan Mordrel

    - Retrouver Thulé. La vision européenne de Jean Mabire, par Arnvald du Bessin

    - Jean Mabire et l'Europe : de la Région à l'Empire, par Alain de Benoist

    - Ce que la Hongrie nous dit de l'Europe, par Thibaud Gibelin

    - L'Europe impériale selon Jean Mabire et Guillaume Faye, par Georges Feltin-Tracol

    - Synthèse pour une vision européenne, par Robert Steuckers

    - Vingtième marche de Jean Mabire, par Erik Le Marcheur

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  • La Nouvelle Droite : une école de pensée...

    Dans ce nouveau numéro de l'émission de TV Libertés, « Les idées à l’endroit », Rémi Soulié, évoque une école de pensée, la Nouvelle Droite, qui, du GRECE, le Groupement de recherche et d’études pour la pensée européenne, à l’Institut Iliade, a traversé le temps, depuis la fin des années soixante jusqu’à nos jours. Sous l’impulsion d’Alain de Benoist, elle a su repenser la politique, la philosophie, la religion, les sciences, la géopolitique d’une manière à la fois méthodique, singulière et novatrice.. Pour en parler :

    - Alain de Benoist, philosophe, historien des idées, auteur de plus d’une centaine d’ouvrages dont Un autre Rousseau - Lumières et Contre-Lumières (Fayard, 2025) et Souveraineté nationale et souveraineté populaire (Krisis, 2026),

    - Claude Chollet, ancien président du GRECE, co-fondateur de l’Observatoire des journalistes et de l’information (OJIM), devenu l’Observatoire du journalisme, essayiste et directeur de la collection Désintox, aux Éditions de La Nouvelle Librairie,

    - François Dambelin, essayiste et compagnon de route du GRECE depuis les années 1990, qui vient de publier La Nouvelle Droite - Un panorama historique et métapolitique (La Nouvelle Librairie).

                              

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  • Les derniers jours de Richard Wagner...

    Les éditions de Flore viennent de publier un roman uchronique, musical et spirituel de Stéphane Giocanti intitulé Le chemin de Ceylan - Les derniers jours de Richard Wagner.

    Ecrivain et historien de la littérature, Stéphane Giocanti est notamment l'auteur, d'une biographie de Maurras, intitulée Maurras - Le chaos et l'ordre (Flammarion, 2006), d'Une histoire politique de la littérature disponible en collection de poche (Champs Flammarion, 2011), d'une biographie de Pierre Boutang (Flammarion, 2016), d'un essai intitulé Yukio Mishima et ses masques (L'Harmattan, 2021), ainsi que d'un roman, Kamikaze d'été (Rocher, 2008).

    Auteur d’articles de musicologie principalement consacrés à la musique française, il est aussi un passionné de l’œuvre de Wagner.

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    " Pour le monde entier, Richard Wagner est mort au cours d’un hiver vénitien et pluvieux, le 13 février 1883. Mais pour ceux qui savent, il en va tout autrement – le fabuleux compositeur étant en réalité décédé un an plus tard, après un mystérieux voyage à Ceylan qui lui permit d’esquisser un nouveau drame musical, Les Vainqueurs, et de révolutionner la musique occidentale. C’est ce que Stéphane Giocanti démontre sur la base de correspondances entièrement inédites et secrètes, en particulier de Cosima Wagner, Louis II de Bavière, de Franz Liszt et de Frédéric Nietzsche. Des révélations à la mesure d’une année que l’histoire de la musique et de la pensée humaine aurait tort d’oublier."

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  • Une réflexion sur la technique...

    Nous reproduisons ci-dessous une réflexion de Balbino Katz sur la technique, cueillie sur le site de Breizh-Info...

     

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    Fiché S, refusé par ma banque : et si la technique nous sauvait de l’immigration de masse ?

    Je cherche depuis quelque temps à changer de voiture. L’affaire, à première vue, ne semblait guère devoir me conduire à méditer sur le destin de la civilisation européenne. Elle consistait à comparer des autonomies, des capacités de coffre, des mensualités et ces mille données par lesquelles l’homme contemporain tente de donner une apparence raisonnable à ses désirs.

    Après avoir analysé mes besoins, les distances que je parcours et les trajets qui me conduisent chaque semaine du bord de mer jusqu’au Pays de Rennes, j’en suis arrivé à une conclusion dont je ne me serais guère cru capable autrefois : une voiture électrique pourrait fort bien me convenir. Je dispose d’un endroit où la recharger, mes déplacements sont assez réguliers pour en calculer l’autonomie et je ne suis pas de ceux qui éprouvent le besoin de faire rugir un moteur afin de s’assurer qu’ils existent encore.

    L’affaire aurait donc dû aller son petit bonhomme de chemin. Mes revenus sont réguliers, mes comptes convenablement tenus, mon endettement inexistant. Pourtant, voici le quatrième concessionnaire qui m’annonce que l’organisme financier auquel il transmet ses dossiers refuse le mien.

    Les commerciaux examinent les chiffres, vérifient les pièces, interrogent leurs écrans, puis se font des nœuds au cerveau. À les en croire, mon dossier devrait passer comme une lettre à la poste. Il ne passe pas. Le verdict tombe, sec et sans appel, sans qu’aucune explication intelligible soit fournie.

    Je savais depuis longtemps que j’étais fiché S. Ce classement administratif appartient à ces décorations obscures que la République réserve parfois aux hommes qui s’expriment publiquement en dehors des allées balisées. J’apprends aujourd’hui qu’à la surveillance de l’État pourrait s’ajouter une forme de proscription bancaire. Me voici sans doute devenu une PPE de plus, une « personne politiquement exposée », non parce que j’exerce une fonction ministérielle, possède un palais en Afrique ou dirige quelque république bananière, mais parce que mes opinions, mes relations et mes activités publiques suffisent peut-être à faire de moi un client indésirable.

    Je ne puis évidemment en administrer la preuve. Les banques ne révèlent pas leurs critères, les organismes de crédit ne justifient pas leurs refus et les employés eux-mêmes ignorent généralement ce qui a déclenché l’alarme. Ceux qui savent ne parlent point ; ceux qui parlent ne savent rien. Il n’y a plus de censeur à brassard assis derrière un bureau, une plume rouge à la main. Il existe un dispositif de conformité, un algorithme, un score, un signal remonté d’une base obscure et, quelque part, une case invisible qui se referme sur vous.

    Voilà l’un des coûts cachés de l’expression publique. Il ne prend pas toujours la forme théâtrale d’un procès, d’une interdiction ou d’une perquisition à l’aube. Il se glisse dans les gestes ordinaires de l’existence : ouvrir un compte, souscrire une assurance, louer un appartement, obtenir un financement. On demeure juridiquement libre, tandis que certaines portes se ferment avec une régularité troublante. La liberté subsiste dans les textes ; la vie quotidienne, elle, se rétrécit.

    L’ironie de l’affaire ne manque pas de sel. Je me vois peut-être interdire l’achat d’une voiture électrique par un dispositif informatique auquel nul être humain ne semble plus en mesure de demander raison. La technique dont j’espérais profiter devient, dans le même mouvement, l’instrument de mon exclusion. Elle ouvre des possibilités nouvelles et perfectionne simultanément les moyens du contrôle.

    C’est en songeant à cette contradiction que j’ai lu dans Libération un entretien accordé par Thomas Dekeyser, chercheur en géographie numérique à l’université de Southampton et auteur d’un essai intitulé Techno-Negative. A Long History of Refusing the Machine. La « techno-négativité » désigne, selon lui, le sentiment de frustration, de dépossession et de perte de contrôle suscité par le déploiement des nouvelles technologies, puis la transformation de cet affect en langage politique et en répertoire d’actions.

    La première intuition n’est nullement absurde. Il faudrait être aveugle pour ne pas constater que les techniques contemporaines avancent plus vite que notre capacité à en comprendre les effets. L’intelligence artificielle se répand dans les bureaux, les écoles, les administrations et les rédactions. Les images fabriquées deviennent difficiles à distinguer des images véritables. Des métiers que l’on croyait protégés découvrent qu’ils peuvent être automatisés. Les décisions sont confiées à des programmes dont les critères demeurent souvent incompréhensibles, y compris à ceux qui les utilisent.

    Mon aventure bancaire en offre une illustration assez plaisante, encore qu’à mes dépens. Un système peut désormais porter sur un homme un jugement aux conséquences très concrètes sans qu’aucune personne déterminée ait à répondre de ce jugement.

    Thomas Dekeyser ne s’en tient toutefois pas à cette critique. Sous sa plume, la techno-négativité devient une politique du refus. Elle commence par des gestes individuels : ne pas utiliser ChatGPT, s’imposer une cure de désintoxication numérique, limiter l’usage du téléphone ou en interdire l’accès à ses enfants. Elle se poursuit par des recours contre la construction de centres de données, puis par des actions collectives dirigées contre les infrastructures technologiques. Le sabotage lui-même entre dans le répertoire envisagé.

    Le chercheur ne propose pas seulement de ralentir le train de l’intelligence artificielle. Il appelle à tirer le frein d’urgence, voire à faire dérailler le convoi avant d’en sauter. L’image est éloquente. Elle révèle le moment où la critique légitime de la technique bascule dans une théologie de l’abolition.

    La nouvelle religion du refus

    Les centres de données jouent dans cet imaginaire le rôle que les centrales nucléaires, les banques et les palais occupaient autrefois dans la mythologie révolutionnaire. Ils donnent une forme matérielle à une puissance autrement insaisissable. L’intelligence artificielle semble flotter dans un univers sans corps ; le centre de données, avec ses bâtiments aveugles, ses câbles, ses ventilateurs et sa consommation d’énergie, offre une cible que l’on peut désigner, occuper ou détruire.

    L’analyse n’est pas entièrement dépourvue de finesse. La technique contemporaine dissimule volontiers sa matérialité. Le « nuage » informatique est une jolie métaphore pour désigner des milliers de serveurs, des centrales électriques, des mines de métaux rares, des câbles sous-marins et une immense armée d’ingénieurs, de techniciens et d’ouvriers. L’écran silencieux posé sur une table bretonne repose sur des infrastructures titanesques dispersées dans le monde entier.

    La critique se gâte lorsqu’elle transforme cette découverte en autorisation de casser. Puisque le milliardaire qui dirige l’ensemble demeure hors d’atteinte, on s’en prendra aux serveurs, aux transformateurs et aux câbles. La machine devient coupable par nature et sa destruction prend la valeur d’une purification.

    Cette mouvance ressemble aux castors qui prétendent faire barrage au Front national. Elle édifie désormais ses digues contre l’avancée technologique. Ses adeptes renoncent à l’avion, conservent leur téléphone jusqu’à l’agonie, proscrivent les écrans domestiques, rêvent de villes sans voitures et regardent avec suspicion toute innovation permettant à l’homme de produire davantage, de parcourir une distance plus grande ou de s’affranchir d’une ancienne contrainte.

    La sobriété devient une pureté. La dépense énergétique tient lieu de péché. Le centre de données devient la cathédrale de Mammon, l’entrepreneur son grand prêtre et le sabotage une sorte d’iconoclasme rédempteur. L’extrême gauche, qui se prétendait jadis matérialiste, réinvente sous nos yeux une religion de l’abstinence.

    Son paradis n’est plus la société d’abondance que l’on promettait naguère aux ouvriers. Il est une société administrée de la pénurie, où l’on se chauffe moins, où l’on voyage moins, où l’on produit moins et où chaque désir doit justifier sa consommation d’énergie devant un clergé de spécialistes. Le progrès ne consiste plus à donner davantage aux hommes, mais à leur apprendre à vouloir moins.

    Le paradoxe politique est plus savoureux encore. Thomas Dekeyser reconnaît que la résistance technologique peut rassembler des syndicalistes, des militants climatiques, des adversaires de l’extraction minière et des personnes venues d’horizons très différents. Il ajoute aussitôt qu’il faudra identifier et écarter les éléments « réactionnaires » ou « fascisants ».

    On peut donc combattre la technique, bloquer ses infrastructures et envisager leur sabotage, à la condition de présenter ses certificats de bonne conduite idéologique. L’inquiétude devient noble lorsqu’elle provient d’un militant écologiste ; elle devient suspecte lorsqu’elle procède d’un attachement à la famille, à la continuité historique ou à l’ordre naturel.

    On retrouve là une vieille coutume de la gauche intellectuelle : appeler toutes les colères à la mobilisation, puis vérifier les papiers de chacun à l’entrée de la barricade.

    Ce que la Nouvelle Droite a compris de la technique

    La critique de la technique ne saurait pourtant être abandonnée à la gauche décroissante. Elle occupe depuis longtemps une place essentielle dans la pensée européenne, et notamment dans cette Nouvelle Droite française dont les travaux ont nourri ma propre réflexion.

    Cette tradition n’a jamais considéré la technique comme un simple assemblage d’outils neutres dont tout dépendrait de l’usage. Une pareille conception relève du libéralisme naïf : le couteau serait bon ou mauvais selon la main qui le tient, l’ordinateur innocent selon le programme qu’on lui confie, l’intelligence artificielle indifférente aux structures qu’elle installe.

    La technique n’est jamais aussi docile. Elle ne se contente pas d’exécuter un projet extérieur. Elle modifie celui qui l’emploie, transforme sa perception du temps et de l’espace, réorganise les rapports sociaux et crée des besoins qui n’existaient pas avant elle.

    L’automobile n’a pas seulement permis de se déplacer plus vite. Elle a redessiné les villes, créé les banlieues, déplacé les commerces, vidé certains centres anciens et rendu chacun dépendant de la mobilité individuelle. Le téléphone portable n’est pas seulement un téléphone que l’on aurait glissé dans sa poche. Il transforme l’homme en être continuellement joignable, colonise son attention et abolit la frontière entre le temps privé et le temps professionnel.

    L’algorithme bancaire qui refuse mon dossier ne constitue pas seulement un moyen plus rapide d’accomplir une ancienne tâche. Il produit une nouvelle forme de pouvoir : impersonnelle, opaque, presque impossible à contester, parce qu’elle ne réside plus entièrement dans la volonté d’un homme identifiable.

    Heidegger avait compris que l’essence de la technique ne résidait pas dans les machines. Elle était une manière de dévoiler le monde, de considérer toute chose comme un fonds disponible, calculable et mobilisable. La forêt devient une réserve de bois, le fleuve une quantité d’énergie, l’homme lui-même un ensemble de données, une ressource humaine ou un profil de risque.

    Ernst Jünger avait aperçu, sous une autre forme, ce mouvement de « mobilisation totale » par lequel chaque fragment de l’existence se trouve intégré à un dispositif général. L’homme moderne ne se contente plus de travailler avec la machine : il devient l’une des pièces de son organisation. Il remplit des formulaires, fournit des données, répond aux exigences du système et finit par adopter la langue même de celui-ci.

    La Nouvelle Droite n’a cependant jamais conclu de cette critique qu’il fallait retourner à la bougie, au cheval de trait et à la mortalité infantile. Elle ne confond pas la tradition avec la conservation sous cloche d’un état ancien de la société. La tradition vivante n’est pas une photographie jaunie. Elle est une transmission, c’est-à-dire la capacité d’un peuple à conserver sa forme intérieure à travers les transformations du temps.

    Guillaume Faye avait tenté de résoudre cette contradiction par l’archéofuturisme : unir les formes les plus avancées de la puissance scientifique aux permanences les plus anciennes de notre civilisation. L’idée n’était pas de fabriquer un Moyen Âge équipé d’ordinateurs, comme l’ont cru quelques lecteurs pressés. Elle consistait à reconnaître qu’une civilisation européenne digne de ce nom devait tout à la fois préserver ses peuples, ses héritages et ses différences, tout en se portant à l’avant-garde de la science, de l’énergie, de la génétique, de la robotique et de la conquête spatiale.

    Le choix n’est donc pas entre la technique et la tradition. Il est entre une technique qui désagrège les peuples et une technique qui accroît leur puissance ; entre une innovation qui fabrique des individus interchangeables et une innovation ordonnée à la continuité d’une civilisation.

    Le conservatisme muséal est aussi stérile que le progressisme béat. L’un veut immobiliser le fleuve ; l’autre prétend que tout ce qui descend le courant conduit nécessairement vers le meilleur. La pensée européenne devrait chercher une troisième voie : choisir, hiérarchiser, commander.

    Prométhée demeure à cet égard une figure fondatrice. Il est le héros qui vole le feu aux dieux afin de libérer les hommes de leur impuissance. Il est aussi celui que sa démesure expose au châtiment. L’homme européen se reconnaît dans cette ambiguïté. Il admire les fusées qui s’élancent vers le ciel et redoute en même temps les conséquences d’un monde entièrement livré à la puissance du calcul.

    L’Européen veut franchir les océans, guérir les maladies, prolonger la vie et supprimer les travaux pénibles. Il souhaite aussi demeurer le fils d’un paysage, d’une langue, d’une histoire et d’une lignée. Toute la question consiste à empêcher que la puissance acquise ne détruise l’être même au nom duquel elle fut conquise.

    La machine contre l’immigration de masse

    Il est un aspect de la question que les apôtres du renoncement se gardent ordinairement d’examiner. La technique pourrait devenir l’un des principaux instruments permettant à l’Europe d’échapper à l’immigration massive.

    Depuis plusieurs décennies, les gouvernements, les organisations patronales et les experts nous répètent que les Européens auraient besoin d’une immigration permanente pour accomplir les métiers pénibles, répétitifs ou faiblement qualifiés. Il faudrait importer des bras pour ramasser les fruits, nettoyer les locaux, vider les poubelles, préparer les repas, travailler dans les entrepôts, accomplir certaines tâches hospitalières ou s’occuper des personnes âgées.

    Cette doctrine a fini par donner à l’immigration une apparence de nécessité naturelle. Le maintien de notre niveau de vie exigerait fatalement le bouleversement démographique du continent. Il faudrait transformer la population afin de conserver une organisation économique fondée sur l’abondance du travail peu coûteux.

    Or cette nécessité n’a rien d’éternel. Elle repose sur un modèle économique archaïque, fondé sur une main-d’œuvre nombreuse, interchangeable et faiblement rémunérée. Pourquoi investir dans une machine nouvelle lorsque l’on peut disposer continuellement de travailleurs pauvres ? Pourquoi améliorer les conditions de travail et relever les salaires lorsque l’on peut faire venir de nouveaux bras ?

    L’immigration bon marché dispense les entreprises d’innover. Elle permet de maintenir artificiellement des secteurs à faible productivité, tandis que le coût véritable de cette politique est dispersé entre les contribuables, les communes, les écoles, les hôpitaux, les services sociaux et les générations suivantes. La main-d’œuvre importée paraît peu coûteuse parce qu’une grande partie de son coût n’apparaît jamais sur la feuille de paie de l’employeur.

    La technologie peut rompre ce cercle.

    Les robots agricoles savent déjà surveiller les cultures, désherber les champs et accomplir une part croissante des récoltes. Des machines peuvent nettoyer les locaux, trier les déchets, déplacer les marchandises et automatiser les entrepôts. La cuisine elle-même connaîtra une mécanisation croissante pour les préparations répétitives. Les progrès de la robotique et de l’intelligence artificielle permettront demain d’accomplir une grande partie des tâches qui servent aujourd’hui à justifier l’importation permanente d’une main-d’œuvre ne nécessitant ni longue formation ni haute qualification intellectuelle.

    Le soin exige davantage de discernement. Soigner un malade ou accompagner une personne âgée ne consiste pas seulement à exécuter une suite de gestes. La présence, la parole, la sollicitude et la capacité de comprendre une détresse ne peuvent être entièrement confiées à une machine. Il n’en demeure pas moins que nombre de tâches accomplies dans les hôpitaux et les maisons de retraite sont mécaniques, pénibles et répétitives.

    Des appareils peuvent soulever les patients, distribuer les médicaments, surveiller les constantes, prévenir les chutes, assurer certaines opérations de nettoyage ou accomplir des tâches domestiques. La technique ne devrait pas supprimer l’humanité du soin, mais délivrer les soignants de ce qui les empêche précisément d’être humains.

    Une civilisation européenne vieillissante se trouve ainsi devant deux voies. La première consiste à transformer continuellement sa population pour maintenir une économie ancienne. La seconde consiste à transformer son économie pour permettre à son peuple de durer.

    C’est la technique qui peut nous sauver de l’immigration massive, non son absence.

    Le techno-négativisme apparaît ici dans toute sa contradiction. Il prétend combattre le capitalisme, tout en défendant objectivement le modèle économique qui lui fournit une main-d’œuvre à bas prix. Il dénonce la machine, puis accepte que des populations entières soient déplacées afin d’accomplir les travaux que la machine pourrait prendre en charge. Sous prétexte de préserver l’humain, il transforme l’homme en outil importable.

    Une politique européenne de la technique devrait poursuivre l’objectif exactement inverse. Elle automatiserait en priorité les tâches les plus pénibles et les plus répétitives. Elle augmenterait la productivité, relèverait les salaires des emplois humains demeurés indispensables et réduirait la demande de travail immigré.

    La robotique, l’énergie abondante et l’intelligence artificielle devraient être considérées comme des instruments de souveraineté démographique. Il ne s’agit pas seulement de produire davantage ou de réaliser quelques économies. Il s’agit d’éviter qu’à chaque pénurie de bras, les gouvernements répondent par une nouvelle transformation de la population.

    La technique peut nous surveiller et nous exclure, comme je le découvre peut-être en tentant d’acheter ma voiture. Elle peut aussi nous affranchir du travail servile, réduire notre dépendance et permettre aux peuples européens de persévérer dans leur être. Tout dépend moins de notre capacité à freiner les innovations que de notre volonté politique de les ordonner.

    Le vieil anticapitalisme sous des habits verts

    Le discours techno-négatif s’enracine dans une vision où la finance, l’industrie, l’innovation et le profit forment une même puissance dissolvante. Le capitaliste n’est plus seulement celui qui possède les moyens de production. Il devient l’agent d’une corruption générale, celui qui transforme le monde en marchandise, détruit les solidarités et accélère un mouvement que la société vertueuse devrait arrêter.

    La société menacée n’est naturellement plus appelée « société traditionnelle ». L’extrême gauche ne saurait employer sans rougir une expression aussi suspecte. Elle parle de société soutenable, inclusive, résiliente ou décarbonée. La structure mentale demeure pourtant comparable : un monde pur aurait été souillé par les forces de l’argent, de la puissance et de l’artifice.

    Dans certaines franges de la gauche radicale, cette vision rejoint désormais un antisionisme où resurgissent des représentations anciennes. Le Juif peut redevenir, sous un langage à peine modernisé, le symbole de la finance sans patrie, du calcul abstrait et de la puissance technologique qui détruit les communautés.

    Ce stéréotype fut l’un des poisons de l’antisémitisme européen des XIXe et XXe siècles. Il revient aujourd’hui par des chemins détournés, associé à la haine de l’État juif et à un philo-arabisme devenu presque mystique. L’ancienne figure du capitaliste juif corrupteur de la société traditionnelle se trouve transposée : il serait désormais l’agent de la technique, de la finance mondialisée et de la société de consommation qui détruisent la communauté vertueuse.

    La gauche extrême est entrée dans une vision religieuse du monde. Elle distribue les états de pureté, désigne les pécheurs et promet la rédemption par le renoncement. Elle ne veut plus s’emparer des moyens de production au nom du prolétariat. Elle veut diminuer la production elle-même.

    L’ancien anticapitalisme promettait de livrer les machines aux ouvriers. Le nouveau rêve de les arrêter.

    La technique comme horizon

    Je ne possède aucune dévotion particulière pour l’automobile électrique. Je constate seulement qu’elle peut correspondre à mes usages. Je peux la recharger chez moi, je préfère le silence de sa propulsion et j’attends avec curiosité les nouvelles générations de batteries, qui rendront sans doute dérisoires plusieurs objections actuelles.

    Mon choix procède d’un calcul pratique, non d’une conversion écologique. C’est précisément ce que le techno-négativisme supporte mal. L’individu pourrait adopter une innovation parce qu’elle lui est utile, et non parce qu’un catéchisme politique la lui impose.

    Un agriculteur peut arracher ses vignes pour installer un poulailler s’il estime que l’opération sauvera son exploitation. Un chef d’entreprise peut automatiser une tâche pour éviter de disparaître. Une famille peut interdire les téléphones pendant les repas sans vouloir incendier le centre de données voisin. La maîtrise ne suppose ni l’idolâtrie ni le sabotage.

    Une technique particulière n’est jamais innocente, puisqu’elle modifie le monde dans lequel elle entre. Elle ne porte pas davantage une condamnation éternelle inscrite dans son métal. Il nous appartient d’examiner ce qu’elle détruit, ce qu’elle libère, le type humain qu’elle favorise et la civilisation qu’elle prépare.

    Un algorithme bancaire peut m’écarter sans explication. Un algorithme comparable peut aider un médecin à repérer une tumeur invisible. Un réseau social peut dissoudre l’attention d’un adolescent ou offrir à une petite publication bretonne une audience autrefois réservée aux grands journaux parisiens. Une intelligence artificielle peut fabriquer un mensonge crédible ou permettre à un chercheur d’explorer en quelques heures une masse documentaire qu’une vie entière n’aurait pas suffi à lire.

    La sagesse ne consiste ni à se prosterner devant la machine ni à la briser. Elle consiste à l’intégrer dans un ordre supérieur et à lui assigner un dessein conforme à la continuité historique du peuple qui l’emploie.

    C’est pourquoi Elon Musk, malgré ses outrances, ses caprices et tout ce qui peut agacer chez un milliardaire devenu personnage de théâtre, exerce une fascination que les docteurs du renoncement ne comprennent pas. Il offre un rêve.

    Ce rêve est peut-être extravagant. Il parle de fusées récupérables, de voyages vers Mars, de robots, de véhicules autonomes et de réseaux planétaires. Plusieurs de ces promesses échoueront sans doute. D’autres prendront une forme inattendue. L’essentiel est ailleurs : des jeunes gens peuvent regarder une fusée s’élever et se dire que leur avenir ne consistera pas seulement à trier leurs déchets, diminuer leur chauffage et calculer l’empreinte carbone de leurs grands-parents.

    Une civilisation ne vit pas uniquement de précautions. Elle vit d’un horizon.

    La gauche techno-négative ne propose plus qu’une politique du moindre : moins de déplacements, moins d’énergie, moins de production, moins de consommation, moins de risques et peut-être moins d’enfants, puisque tout être humain supplémentaire finit par être présenté comme une charge pour la planète.

    Elle veut ralentir, puis arrêter le train, enfin le faire dérailler. Elle ne dit pas ce que deviendront les passagers une fois descendus au milieu de nulle part.

    Le vent et le rivage

    Je suis finalement revenu me garer avec ma vieille voiture devant le bar des Brisants. Sur le port, tout parlait de technique : les moteurs des chalutiers, les radars, les grues, les balises, les vêtements étanches des marins et les cartes météorologiques consultées sur les téléphones.

    Même la mer que nous croyons immémoriale n’est plus affrontée avec les instruments d’autrefois. Les phares ont remplacé les feux incertains. Les satellites complètent l’observation du ciel. Les sauveteurs disposent de moyens que leurs prédécesseurs n’auraient pas osé imaginer.

    Les médicaments que je prends contre l’hypertension, les verres savamment taillés de mes lunettes, l’ordinateur sur lequel j’écris et la voiture électrique que je tente d’acquérir sont les fruits d’une même aventure. Je n’ai aucune envie de retourner à une existence préindustrielle pour démontrer la pureté de mon rapport au monde.

    Je veux que la technique protège nos frontières au lieu de surveiller nos opinions, qu’elle libère les hommes des besognes serviles au lieu de les transformer en données, qu’elle soigne les vieillards sans abolir la présence humaine et qu’elle permette aux peuples européens de durer sans remplacer continuellement leurs populations.

    La vraie politique de la technique ne consiste pas à sauter du train. Elle consiste à choisir la destination, à reprendre la locomotive et à déterminer quels hommes seront dignes d’en tenir les commandes.

    La mer était grise ce matin-là. De longues lames blanches venaient se briser contre la jetée. Aucun marin sensé ne prétend abolir le vent parce qu’une tempête peut rompre son navire. Il apprend à lire le ciel, renforce sa coque et choisit son cap.

    La technique est notre vent. À nous de ne pas la laisser décider seule du rivage.

    Balbino Katz, Chroniqueur des vents et des marées (Breizh-Info, 24 juillet 2026)

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