Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Métapo infos - Page 3

  • L'épopée de la Garde de fer...

    Les éditions du Lore viennent de publier un ouvrage d'Horia Sima intitulé L'épopée de la Garde de fer. Successeur de Codreanu à la tête de la Garde de fer, Horia Sima a été interné en Allemagne de 1941 à 1944 et a terminé sa vie en exil en Espagne.

     

    Sima_L'épopée de la Garde de fer.jpg

     

    " De toutes les « aventures » fascistes européennes du XXe siècle, celle qui naquit en Roumanie sous l’égide de la Légion de l’Archange Michel et de son fondateur Corneliu Zelea Codreanu, demeure l’une des plus intéressantes à bien des égards.

    En effet, le Mouvement légionnaire roumain, plus connu en France sous le nom de Garde de Fer, mêla intimement des ambitions politiques à une véritable mystique orthodoxe, se traduisant par une éthique et une discipline rarement égalées.

    Horia Sima, successeur au « commandement » de la Garde de Fer après l’emprisonnement de Codreanu, nous livre dans cette histoire du Mouvement légionnaire roumain les luttes et le martyr de ses membres dans un souci de chronologie que le lecteur appréciera.

    La première version française de ce document parut à Rio de Janeiro en 1972 et son écho n’eut pas la résonance escomptée ; c’est la raison pour laquelle une édition sur le sol français semble aujourd’hui toute légitime. "

    Lien permanent Catégories : Livres 0 commentaire Pin it!
  • “Les populismes actuels ne sont pas sortis de nulle part”...

    Nous reproduisons ci-dessous un entretien avec Olivier Dard, publié par L'Inactuelle et consacré à la question du populisme. Professeur d'histoire contemporaine à l'université Paul Verlaine de Metz, Olivier Dard est l'auteur de nombreux ouvrages sur l'histoire des idées politiques. Il a également coordonné, avec Frédéric Rouvillois et Christophe Boutin, le Dictionnaire du conservatisme (Cerf, 2017) et le Dictionnaire des populismes (Cerf, 2019).

     

    Peron_Juan et Eva.jpg

    Olivier Dard “Les populismes actuels ne sont pas sortis de nulle part”

    Thibault Isabel : On parle souvent du populisme au singulier, alors que vous avez choisi d’intituler cet ouvrage « Dictionnaire des populismes », au pluriel. Vous attestez ainsi de la diversité du phénomène populiste, qui peut être de gauche ou de droite, libéral ou antilibéral, souverainiste ou fédéraliste, etc. Ce vocable de « populisme », malgré la pluralité de ses acceptions, a-t-il malgré tout une cohérence intrinsèque ? Quelle serait pour vous, si elle existe, l’essence du populisme ?

    Olivier Dard : Vous avez à raison évoqué la diversité du phénomène populiste, diversité qui renvoie à des catégories politiques et idéologiques. J’ajouterais cependant que comprendre le phénomène populiste signifie mesurer à quel point il doit être inscrit dans l’histoire. Vous connaissez la formule d’Angelo Tasca reprise à son compte par Renzo de Felice à propos du fascisme, disant que définir le fascisme c’est en écrire l’histoire.

    L’historien que je suis peine un peu avec la question de l’essence du populisme, mais se sent parfaitement à l’aise pour vous dire que les populismes actuels ne sont pas sortis de nulle part et que la connaissance générale de l’histoire des populismes a beaucoup à nous apprendre sur les mouvements populistes d’aujourd’hui. Nous ne referons pas ici une généalogie qui commence avec le populisme russe du XIXe siècle que vous connaissez bien et qui s’ancre, comme le populisme américain d’alors, dans le monde rural et paysan. Ce rappel est pourtant important, tant on associe désormais le populisme au monde citadin, en négligeant cette ruralité essentielle qui n’a pas été oubliée aux Etats-Unis, notamment par Christopher Lasch. A l’inverse, ce qu’on appelle le populisme post-soviétique a bien peu à voir avec son devancier du XIXe siècle.

    Evoquer les populismes contemporains impose aussi d’insister sur le cas latino-américain, qui pourrait être considéré comme le berceau de bien des populismes actuels : songeons au Mexique de Lázaro Cárdenas, à l’Argentine du ou plutôt des couples Perón ou encore au Brésil de Getulio Vargas. Ces différentes figures et expériences politiques, car en Amérique latine le populisme s’incarna dans des régimes politiques, mettent en jeu des processus très contemporains : une opposition marquée entre l’élite (en langage péroniste l’« oligarchie ») et les masses, ou l’affirmation du rôle d’un dirigeant charismatique qui n’est pas nécessairement un homme, puisque le péronisme, avec Eva ou Isabel, nous a montré que le populisme se conjuguait au féminin. Mais aussi un recours appuyé aux moyens de communication les plus modernes qui sont à l’époque la radio et le cinéma : sans le son et l’image, le péronisme incarné notamment par la voix d’Evita et l’usage qu’elle fait de son propre corps (coiffure, habillement, position face au micro, etc.) aurait pris un tour sans doute bien différent et moins marquant.

    Ajoutons encore que c’est en référence à ce populisme historique qu’il est difficile d’amalgamer des expériences considérées aujourd’hui comme populistes à certaines de leurs devancières. Quel sens y a-t-il par exemple à qualifier Bolsonaro de populiste quand on songe que le populisme s’est incarné au Brésil dans le gétulisme ? Les différences entre les deux personnages et les projets conduits sont très nombreuses, à commencer par une relation bien distincte au modèle économique et social libéral, combattu par Vargas quand Bolsonaro défend au contraire le néo-libéralisme actuel.

    Je conçois bien que l’énumération de ces différents exemples contrarie toute démarche d’homogénéisation du populisme (d’où le pluriel retenu pour le titre, qui n’est nullement une commodité de style), mais elle a le mérite de montrer à quel point le phénomène populiste doit être historicisé. Cependant, cette remise en perspective historique ne signifie pas pour autant que toute démarche comparative est inutile. Car, à y regarder de près, ces populismes présentent un certain nombre de traits communs. Le premier est assurément celui d’un style d’expression et de gouvernement qui tranche avec celui des élites en place. Le second, même s’il se décline différemment selon les contextes, est bien celui d’une fracture quand ce n’est une rupture entre élite/s et peuple.

    Thibault Isabel : Le populisme, comme son nom l’indique, s’appuie structurellement sur l’antagonisme entre le peuple et les élites. On pourrait y voir une réactivation de la lutte des classes. Ce serait oublier pourtant que le mot « peuple » se laisse définir de bien des façons, et qu’on peut s’en faire une idée sociale aussi bien qu’identitaire ou strictement politique. Le peuple de Bernie Sanders ou de Jean-Luc Mélenchon n’est sans doute pas le même que celui de Donald Trump ou de Marine Le Pen. Qu’est-ce qui, à votre sens, explique malgré tout que la révolte du peuple contre les élites prenne aujourd’hui une importance aussi transversale ? Pourquoi le peuple redevient-il en somme au XXIe siècle un mot d’ordre politique dans des camps par ailleurs très opposés ?

    Olivier Dard : Je note avec intérêt les mots que vous employez : « peuple », « élites », « lutte des classes ». J’en ajouterai un quatrième, fondamental à mon sens, qui est celui de « masses ». Il n’est guère beaucoup employé aujourd’hui, ce qui est un marqueur instructif de notre temps et de notre appréhension du phénomène populiste. Il apparaît clairement en effet qu’au XXe siècle, le populisme, au moins dans ses déclinaisons latino-américaines, se pense et se vit comme un moyen d’intégration des masses en faisant le procès d’un libéralisme et d’une « oligarchie » qui auraient été incapables de mener cette intégration à bien. Pour le dire autrement, le populisme se pense comme un projet collectif.

    Est-ce autant le cas avec les populismes contemporains ? Cela n’est pas aussi évident, même si nombre de populistes d’aujourd’hui, de Marine Le Pen à Matteo Salvini, mettent en avant la nation. La nation, mais aussi le peuple, dont vous rappelez à raison qu’il se définit bien différemment selon les protagonistes. Pour se limiter à la France, le « peuple central » de Marine Le Pen n’est pas celui des Insoumis, qui ont d’ailleurs beaucoup emprunté aux références latino-américaines actuelles en mobilisant la figure d’Ernesto Laclau. Le « peuple » de Trump n’est évidemment pas non plus celui de Sanders. Tous ces dirigeants politiques présentent quant à leur définition du peuple des divergences certaines qui peuvent faire parler pour les uns d’un populisme de « droite » en ce sens qu’ils privilégient dans le peuple l’ethnos, référence qu’un populisme de « gauche » rejette au profit d’un peuple envisagé à la fois comme une plebs, mais aussi comme un objet à construire.

    Ces divergences repérables n’empêchent pas de noter leur rejet commun des élites en place. Cette dénonciation comme cette délégitimation des élites, leitmotiv des discours populistes qui peut prendre la forme d’un « dégagisme » assumé (« Qu’ils s’en aillent tous » proclamait Jean-Luc Mélenchon), est un élément partagé des dirigeants comme des mouvements populistes et de leurs électeurs.

    La fracture entre peuple et élites est profonde et, pour ce qui est de la France, la sociologie comme la géographie électorale du macronisme en sont une illustration bien parlante. On doit y voir un indicateur fondamental de l’état de délitement de nos sociétés, sur lequel les élites au pouvoir gagneraient à s’interroger au lieu de se contenter de hurler au loup, d’anathémiser et de pathologiser leurs adversaires, en usant parfois même d’un vocabulaire épidémiologique (Emmanuel Macron proclamait à Quimper le 21 juin 2018 qu’on les voyait « monter comme une lèpre, un peu partout en Europe »).

    Thibault Isabel : Quoique le « populisme » jouisse désormais d’une fortune médiatique considérable, il puise ses racines dans des mouvements plus anciens, qui remontent au XIXe siècle. En Russie, par exemple, le populisme incarnait une résistance socialiste plus ou moins anarchisante à l’essor du capitalisme, même si l’on voyait déjà naître ailleurs des mouvements populistes d’inspiration plus autoritaire et nationaliste, comme le boulangisme, en France. En tant qu’historien des idées, avez-vous le sentiment qu’il existe une filiation historique réelle entre les premiers populismes et ceux d’aujourd’hui – comme il existe malgré tout une filiation entre le socialisme ancien et le socialisme moderne, par-delà les évolutions de ce courant de pensée –, ou s’agit-il plutôt de la simple réactivation d’un « appel au peuple » qui négligerait totalement l’apport idéologique ou politique de ses prédécesseurs ?

    Olivier Dard : La réponse est délicate tant les contextes sont différents. On pourrait ainsi mettre en regard le boulangisme et le Front national devenu Rassemblement national. Assurément, le nationalisme né de la crise boulangiste a irrigué l’histoire des droites nationalistes françaises, marqué leur dimension protestataire et ligueuse dont on retrouve des échos dans l’itinéraire de Jean-Marie Le Pen plus encore que dans celui de sa fille, qui n’est pas le produit de cette histoire, alors que Jean-Marie Le Pen est sans doute le dernier héritier des ligueurs nationalistes. Mais on prendra garde à ne pas comparer trop facilement les deux phénomènes, en commençant par constater que le boulangisme a été un feu de paille électoral en 1888-1889, tandis que le FN/RN a pour la première fois pérennisé la présence des droites nationalistes au cœur du jeu électoral.

    Rapportée à une perspective plus surplombante, votre question met cependant fort utilement en miroir, à travers les exemples que vous mentionnez, le dernier quart du XIXe siècle et notre époque, ce qui change du parallèle rebattu, et souvent bien inopérant, avec les années 1930.

    J’ajouterai que la question de l’intégration des masses peut fonder une réflexion instructive. A la fin du XIXe siècle, en Europe occidentale comme aux Etats-Unis, elle est une question alors fondamentale et passe, pour les dirigeants en place, par une extension progressive du droit de suffrage masculin. Il est ainsi frappant de constater (la Russie elle-même n’y échappe pas après la Révolution de 1905) que l’extension du droit de suffrage est considérée comme une réponse à ce problème et qu’elle contribue, à des degrés variables selon les cas, à une intégration effective.

    La Première Guerre mondiale a rebattu les cartes, mais on rappellera que, partout, la mobilisation de l’été 1914 s’est déroulée sans heurts : la nationalisation des masses était une réalité. Aujourd’hui, le droit de suffrage existe, s’est même élargi depuis longtemps aux femmes mais aussi aux plus jeunes (avec le vote à 18 ans), mais il n’est pas forcément utilisé, si on songe à l’importance de l’abstention. Ajoutons aussi que la forme de démocratie qui a cours dans les pays occidentaux, la démocratie représentative, est elle-même mise à mal par les populistes qui, partisans d’une démocratie directe, se targuent d’être au fond plus démocrates que les dirigeants en place. Si on revient sur l’épisode boulangiste, on retrouvera l’opposition des plébiscitaires aux tenants de la République parlementaire.

    Comme vous le voyez, ce débat sur les fondements de la démocratie n’a rien de nouveau, ce qui peut à l’évidence rattacher les revendications populistes à un héritage bien ancien. Toute la difficulté est d’en prendre la mesure. Est-il véritablement connu des acteurs ? Le danger pour l’historien des idées serait de projeter ses propres connaissances et catégories d’analyses sur le très contemporain et de vouloir à toute force mettre en avant des convergences qui ne seraient qu’artificielles. Nous y avons veillé dans ce Dictionnaire tout en ayant le souci de faire saisir à nos lecteurs qu’il faudrait tout autant se défier de raccourcis ou d’amalgames historiques rapides que de vouloir considérer que le phénomène populiste contemporain serait fondamentalement nouveau. C’est à bien des égards le contraire, tant il invite à revisiter des questions aussi essentielles qu’anciennes en philosophie politique que sont effectivement le rapport peuple-élite/s ou le « bon gouvernement ».

    Thibault Isabel : Les journalistes et les politiciens, depuis quelques années, opposent volontiers un camp mondialiste à un camp souverainiste, assimilé au populisme. Estimez-vous que nous soyons en train de voir émerger un nouveau clivage, qui viendrait en quelque sorte se substituer au vieux clivage gauche-droite ? A contrario de cette hypothèse, on pourrait aussi constater que l’opposition gauche-droite n’a pas entièrement disparu, et qu’elle contribue même beaucoup aux dissensions internes entre « populistes » – alors que le camp mondialiste semble marcher en bon ordre de bataille et se retrouve apparemment autour de bases idéologiques plus claires.

    Olivier Dard : Vaste question, fort actuelle si on en croit certains épisodes récents à commencer par la convention de la droite. Je ne m’étendrai pas sur le débat, déjà ancien, de l’obsolescence supposée du clivage droite/gauche et me contenterai de rappeler que droite et gauche ne sont pas des essences et ont pu voir leurs contours évoluer avec le temps. Evolutions et mutations qui ne signifient nullement que ce clivage est historiquement inopérant, bien au contraire.

    Je dirais plutôt que ce qui caractérise la scène française et même européenne, si on observe par exemple le fonctionnement du parlement européen et la majorité qui le structure, c’est que les partis de gouvernement partagent, pour l’essentiel, une vision commune des choses. Ces forces politiques s’entendent sur la défense et la pérennisation d’un système en place qui leur paraît la seule voie possible. En France, c’est ce qui a fondé le programme macroniste et l’arc gouvernemental d’En marche, qui a littéralement siphonné le parti socialiste et pour une bonne part les Républicains. La force de ce bloc central est d’être sans opposition véritable pour lui contester sa capacité à gouverner.

    Ainsi, la faiblesse des forces populistes repose en France sur une double carence. La première est leur impossibilité à s’entendre pour contourner le centre gouvernemental par la périphérie, comme l’a fait un temps en Italie la coalition Lega/Cinq étoiles. Assurément, si la Lega n’est pas sans faire penser au RN, Cinque Stelle a peu à voir avec LFI. Mais c’est sans doute aussi parce qu’en France le clivage droite/gauche a laissé des traces, et parce que la définition même du peuple entre le RN et LFI est chargée d’une forte teneur idéologique qui agit comme une pesanteur interdisant tout rapprochement – une donnée qui contredirait ainsi l’idée de la mort du clivage droite/gauche comme celle que le populisme serait vide de contenu idéologique.

    Il faut y ajouter un autre élément renvoyant à la difficulté des populistes à dépasser le stade de la dénonciation pour passer à celui de la proposition crédible. Proclamer sa volonté de gouverner est une chose. Mettre au point un programme de gouvernement en est une autre. Il faudrait d’ailleurs que des forces populistes, souvent associées dans les médias pour leurs convergences, parlent d’une même voix. Or, les différentes formations populistes européennes, notamment marquées à « droite », si elles peuvent partager des positions communes sur la question des migrants ou celle de la menace islamiste, n’ont pas les mêmes visions, en particulier en matière économique ou géopolitique. Une divergence majeure avec leurs adversaires au pouvoir.

    Olivier Dard, propos recueillis par Thibault Isabel (L'Inactuelle, 9 octobre 2019)

    Lien permanent Catégories : Entretiens 0 commentaire Pin it!
  • La loi de fer de l'oligarchie...

    Les éditions du Toucan viennent de publier dans leur collection L'Artilleur un essai de Dalmacio Negro Pavon intitulé La loi de fer de l'oligarchie. Ancien professeur d’histoire des idées politiques à l’Université Complutense de Madrid, professeur émérite de science politique à l’Université San Pablo de Madrid, membre de l’Académie royale des sciences morales et politiques, Dalmacio Negro Pavón est l’auteur d’une vingtaine de livres et de plusieurs centaines d’articles.

     

    Negro Pavon_La loi de fer de loligarchie.jpg

    " Fin connaisseur de la pensée politique européenne, Dalmacio Negro Pavón nous convie à un parcours à travers l’histoire de la politique occidentale et nous livre la clé pour comprendre l’hostilité et la crainte de l’establishment européen devant la montée des mouvements populistes et des rébellions populaires du type « gilets jaunes ». À la lumière de l’histoire politique, que démontre-t-il ? Tout d’abord qu’il n’y a pas de communauté politique sans hiérarchie, pas de hiérarchie sans organisation, pas d’organisation sociale qui ne se concrétise sans la direction d’un petit nombre. Le pouvoir retombe toujours entre les mains de la minorité dirigeante, et cela indépendamment de la forme politique. C’est ce que l’on appelle la « Loi de fer de l’oligarchie ». Ensuite, il démystifie la démocratie en tant que succédané ou superstition née des religions de la politique. Les démocraties tendent toujours à se convertir en oligarchies et plus la démocratie s’organise, plus elle tend à décliner et plus les possibilités de manipulation des masses grandissent. La démocratie est une méthode, elle ne saurait être une fin, un idéal absolu, un impératif moral. Enfin, quand l’organisation ultime de la démocratie est devenue si complexe qu’elle ne sert plus qu’à éluder les responsabilités et à écraser l’opposition au nom du peuple, Pavón met en garde contre le retour de « l’incontrôlable ». Une leçon pour les temps présents. "

    Lien permanent Catégories : Livres 0 commentaire Pin it!
  • La mémoire historique, un enjeu d’influence...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Robin Terrasse cueilli sur le site de la revue Conflits et consacré aux enjeux politiques de la mémoire et de l'histoire. Consultant et spécialiste en intelligence économique, Robin Terrasse a publié La mémoire assiégée (DMM, 2017).

     

    Kahlenberg.jpg

    La mémoire historique est un enjeu d’influence

    La mémoire et l’histoire sont des enjeux politiques majeurs, car leur écriture et leur perception sont essentielles pour bâtir des actions politiques. D’où le fait que tous les gouvernements tentent d’écrire l’histoire dans un sens voulu.

    L’idéologie mémorielle est un décodeur de la réalité

    Un récit est une arme. Il peut expliquer l’origine du monde, fonder la légitimité d’une hiérarchie, ou encore sacraliser la guerre. Les peuples, passés comme présents, ont tous besoin d’un récit mémoriel pour exister : c’est à travers la mémoire historique qu’on leur a inculquée qu’ils intériorisent leur origine, leur légitimité, le sens de leur histoire et donc la signification profonde de leur rapport au monde.

    Mais, afin de bien cerner ce qu’est le récit historique, il convient tout d’abord de saisir ce que signifie la « mémoire collective ». Nous savons tous, par exemple, que Jules César a envahi la Gaule, que Jeanne d’Arc a libéré Orléans, ou encore que la France a colonisé l’Algérie. Mais, nous ne savons pas tous que des « empereurs gaulois » ont existé, que Louis XVI a aboli la torture en France, ou encore que des troupes éthiopiennes se sont battues pour le Sultan turc au cœur de l’Europe.

    Si certains événements historiques font partie de notre « mémoire collective » alors que d’autres en sont exclus, c’est bien parce que cette mémoire est une construction subjective, et non une présentation neutre du passé. Ainsi, si l’Histoire est constituée d’un ensemble d’événements objectifs, sa mise en récit dans le cadre de la constitution d’une mémoire collective résulte toujours d’un choix partisan.

    Georges Bensoussan, dans La concurrence mémorielle, expliquait ainsi que : « L’image que nous nous faisons du passé n’est pas le passé, ni même ce qu’il en reste, mais seulement une trace changeante de jour en jour, une reconstruction qui n’est pas le fruit du hasard, mais relie entre eux des îlots de mémoire surnageant dans l’oubli général ».

    Par conséquent, une « offre mémorielle » résulte inévitablement d’un processus de conservation et d’effacement. Ces choix, mis bout à bout, constituent in fine une mémoire officielle qui pourra être par la suite transmise, apprise et assimilée. C’est cette construction de souvenirs communs qui constitue la politique mémorielle, c’est-à-dire « l’art officiel de gouverner la mémoire publique » (Johann Michel, Gouverner les mémoires. Les politiques mémorielles en France).

    C’est pourquoi des offres politiques différentes proposeront chacune une mémoire différente : de la même manière que certains font du lobbying, d’autres « font » de la mémoire. Si ces mémoires sont par trop dissemblables ou opposées, on peut alors assister à de véritables guerres des représentations, dont l’enjeu est de remporter l’adhésion mémorielle et, ainsi, l’influence politique qui en découle. La lutte est à la fois intellectuelle et émotionnelle, car ces « souvenirs » historiques sont assimilés de manière passionnelle par les enfants de chaque société qui les leur propose : la découverte de soi, de son identité, de son « clan » au sein des autres nations, de son rapport à l’autre, est en grande partie déterminée par ce qu’on nous aura transmis comme mémoire historique. L’enjeu majeur de l’influence mémorielle consiste donc à imposer des références communes, qui entraîneront l’assimilation de comportements normés et d’une culture qui pourra être transmise à la fois par les parents et par le groupe auquel on appartient. Ce « décodeur » mental influencera par la suite d’éventuelles visions du monde et, par extension, de futurs choix politiques.

    Pourquoi devons-nous redécouvrir l’Histoire de l’Europe ?

    Les Européens ont, pour un grand nombre d’entre eux, renoncé à leur volonté de puissance. Volonté dont la seule évocation est parfois appréhendée comme un sulfureux penchant à surveiller avec suspicion. La force étant pensée, en Occident, comme devant être légitime, la crise de la volonté de puissance européenne ne peut se comprendre que comme une crise de la légitimité de ce qu’incarne l’homme européen au sein des nations européennes elles-mêmes.

    Or, l’incarnation est affaire de représentations collectives. Afin de déceler ce qui a pu entrainer les peuples européens vers une crise de la légitimité de la puissance, il convient donc de s’interroger sur l’origine du changement radical de nos représentations communes. Représentations qui découlent, comme on l’a vu, en grande partie des mémoires collectives mises à l’œuvre dans nombre de pays européens.

    En France, depuis une cinquantaine d’années, les axes de la politique mémorielle et de l’apprentissage de l’Histoire sont principalement orientés vers les événements qui mettent en scène les invasions, colonisations et prédations européennes à l’encontre des autres peuples du monde. C’est ainsi que l’on aborde en abondance, et ceci tout au long de la scolarité, la traite transatlantique, la conquête des Amériques, la colonisation et l’impérialisme européen en Asie et en Afrique, ou encore les idéologies racistes européennes. De même, les institutions médiatiques, le monde du spectacle ou les associations communautaires se font les relais de cette mémoire collective qui présente, encore et toujours, l’Européen comme le bourreau du monde.

    À l’inverse, l’histoire des invasions, colonisations et traites contre lesquelles les Européens durent résister au fil des siècles ne sont jamais mise en récit et rapportée à la mémoire publique. Ce déséquilibre mémoriel est constitutif d’une identité tronquée qui prend souche au cœur d’un nombre toujours plus important de citoyens qui, se faisant, intériorisent l’idée que les Européens auraient une dette historique à payer envers les autres nations du monde. Aussi, des termes tels que « patriotisme », « puissance », « souveraineté », « frontières », voire « identité » déclenchent immanquablement chez certains des réflexes mémoriels qui mobilisent des échantillons de « souvenirs » précis.

    Les Européens durent se battre pour exister

    Bien loin de la mémoire collective que l’on nous assène depuis Mai 68, dans un contexte de décolonisation et de remise en cause de la civilisation occidentale, les Européens ont, en réalité, passé davantage de siècles à se défendre contre les invasions qu’à envahir eux-mêmes. Rappeler cette vérité ne signifie pas nier les crimes qu’ont commis les Européens au cours des siècles, mais chercher à lever le voile sur un pan entier de notre histoire.

    C’est le cas premièrement avec les Perses qui, dès ‑546 av. J.-C., conquièrent les Grecs d’Asie Mineure. En ‑492, c’est à la bataille de Marathon que les Athéniens repoussent l’envahisseur. Dix ans plus tard, l’Empire perse tente de reprendre pied sur le continent européen. À la bataille de Salamine, les Grecs coalisés défont les armées de Xerxès. Un « signe européen » est alors né au cours de ces « guerres médiques » : la victoire dans la disproportion du nombre. Souvent, très souvent, les Européens furent inférieurs en nombre face aux immensités démographiques de l’est et du sud. Toutefois, cela ne brisa jamais la combativité européenne.
    Ces premiers combats annoncent le début d’une histoire malheureusement méconnue de nos jours en France, mais aussi en Europe : celle de la lutte millénaire des Européens pour la conservation de leurs terres, perpétuellement disputées par des entreprises de conquêtes et de colonisations extra-européennes.

    Ainsi, on peut définir la période allant du Ve siècle apr. J.-C., avec l’arrivée des Huns (laissons de côté les invasions perses, puisque leur reflux laissa aux Européens un long répit) jusqu’à la chute de l’Empire ottoman, au XXe siècle, comme une vaste période de colonisation et de décolonisation de l’Europe (ce qui n’empêche nullement la mise en place d’entreprises coloniales de la part de certaines nations européennes).

    Si notre mémoire collective a retenu l’invasion de l’Europe par les Huns, qu’en est-il de tous les autres peuples turco-mongols ayant déferlé en Europe depuis le vaste « couloir des steppes » eurasiatique ? Les Avars, qui menèrent des raids incessants dans les terres franques, à la recherche de butins et d’esclaves, qui asservirent les Slaves et écrasèrent les tribus germaniques ; le Khanat des Bulgares, de culture iranienne, qui fit trembler l’Empire byzantin ; les Onogours, les Barsiles, les Tölechs, les Oghuzs, les Bayirkus, les Khazars, autant de nomades turco-mongols oubliés qui se sont successivement déversés en Europe, apportant leur lot de mort et de désolation.

    Au XIIe siècle, se sont les Mongols qui détruirent la puissance russe, géorgienne et hongroise. Ces cavaliers des steppes réduisent près d’un million de Russes en esclavage. Par la suite, ce sont les Tatars et les Ottomans qui exercèrent une traite esclavagiste continue à l’encontre des populations d’Europe de l’Est et du Sud-est.

    Les Turcs (seldjoukides puis ottomans) avaient, dès le XIe siècle, redonné souffle à la conquête arabo-musulmane, entamée quatre-cents ans plus tôt à l’encontre des terres européennes. Malgré une tentative des Européens pour contenir l’invasion, entre 1058 et 1291, l’effondrement des royaumes latins d’Orient entraîne la reprise de la colonisation de l’Empire byzantin par les Ottomans. La chute de Constantinople, en 1453, entraine la colonisation d’un tiers de l’Europe par les Turcs. Ce n’est qu’avec la bataille de Vienne de 1683, où les Ottomans sont mis en déroute par la cavalerie polonaise du roi Jean Sobieski, alors qu’ils faisaient depuis deux mois le siège de la capitale de l’empire des Habsbourg, que le rapport de force se retourne petit à petit contre les Turcs, jusqu’à l’effondrement de l’Empire ottoman, en 1923.

    La mémoire au service de l’idéologie

    Au sortir de la première moitié du XXe siècle, les grandes idéologies modernes sont ébranlées : les nationalismes, les totalitarismes et les impérialismes raciaux du XIXe siècle, de la Première puis de la Seconde Guerre mondiale ont mis à mal les trois grands avatars idéologiques modernes qu’ont été la Nation (le nationalisme), la Race (le racisme) et la Science (le socialisme). Ces périodes avaient été marquées par l’idéal de « l’homme nouveau », que ce dernier advienne, selon les cas, par la redécouverte ou l’affirmation de son caractère national, par sa primauté raciale, ou encore par son appartenance au Parti. À travers ce nouveau citoyen absolu, détaché de toute attache personnelle, c’est l’incarnation d’un État tout puissant et omniprésent qui était alors appréhendé comme le fer de lance du progrès et de la « marche de l’Histoire ».

    Or, à partir des années 1970, ce citoyen absolu écœure. De nouvelles pistes pour l’accomplissement de la « modernité » sont défendues dans l’espace public. Émerge alors l’idéal de l’homme global, post-national et d’essence nomade qui, après les errements dramatiques des 150 dernières années, viendrait « sauver » la vieille Europe, épuisée d’exister. Dans cette logique, l’émergence de ce nouvel homme mondialisé adviendrait par « l’ouverture », la « tolérance », ou encore le « vivre ensemble », autant de notions floues qui, petit à petit, désarment le pays de ses défenses frontalières, culturelles et sécuritaires.

    De la même façon que pour les religions, les idéologies modernes mobilisent l’intellect, l’émotion et l’appétit humain pour la transcendance. Tout but politique doit contenter ces trois aspects de l’être humain. Et, comme on l’a vu précédemment, toute entreprise de légitimation nécessite l’émergence d’un récit. C’est ainsi que commencèrent à être spécifiquement mises en avant les prédations européennes à l’encontre des autres peuples, et ceci en faisant fi de toute nuance, qui devrait logiquement pousser à présenter l’histoire de l’ensemble des invasions qui ont concerné les Européens, y compris celles où ils durent se défendre. La mémoire historique dans laquelle nous continuons d’évoluer de nos jours était née, celle d’une repentance perpétuelle des peuples européens, sommée de racheter leur « dette » à l’égard du reste du monde et de s’ouvrir à ce dernier pour exorciser les démons de ses anciens crimes.

    En définitive, aucun renouveau de la puissance européenne ne pourra advenir sans une refonte totale de la vision que nous avons de nous-mêmes. Cette révolution des représentations ne pourra être victorieuse que si nous levons enfin le siège qui est fait à notre mémoire collective. Il est plus que temps pour les Européens de redécouvrir leur Histoire.

    Robin Terrasse (Conflits, 2 octobre 2019)

    Lien permanent Catégories : Points de vue 0 commentaire Pin it!
  • Sur les traces du colonel Olrik...

    Les éditions Fayard publient cette semaine une enquête historique d'Hubert et Laurent Védrine intitulée Olrik - La biographie non autorisée, qui s'attaque à l'alter ego du professeur Philip Mortimer. Ancien ministre des Affaires étrangères, Hubert Védrine est un grand connaisseur de l’œuvre d'Edgar P. Jacobs. Laurent Védrine, son fils, est journaliste.

     

    Védrine_Olrik, la biographie non autorisée.jpeg

    " Le colonel Olrik !
    Et si derrière le sombre personnage crée par Edgar P. Jacobs, archétype de l’aventurier cruel et sans scrupule, se cachait un vrai criminel ?
    Hubert et Laurent Védrine sont partis sur cette piste et ont reconstitué, non sans mal, la vie du véritable Olrik et ses singulières péripéties tout au long du XXe siècle. Les auteurs nous livrent ici le résultat de cette stupéfiante enquête qui mêle soif de pouvoir, aventures et trahisons. "

    Lien permanent Catégories : Bandes-dessinées, Livres 0 commentaire Pin it!
  • Attentat à la préfecture de police : un sentiment de sidération...

    Nous reproduisons ci-dessous un entretien donné par Jean-Yves Le Gallou à Boulevard Voltaire à propos de l'attentat islamiste commis au sein de la Préfecture de police de Paris. Ancien haut-fonctionnaire, président de la Fondation Polémia, Jean-Yves Le Gallou a, notamment, publié La tyrannie médiatique (Via Romana, 2013),  Immigration : la catastrophe - Que faire ? (Via Romana, 2016) et Européen d'abord - Essai sur la préférence de civilisation (Via Romana, 2018). 

     

    Harpon_Attentat.jpg

    Jean-Yves Le Gallou : « Un jour, il y aura le FAMAS (fou) d’un militaire de Sentinelle que la hiérarchie militaire aura repéré… »

    Jean-Yves Le Gallou, vous avez publié plusieurs livres sur l’immigration –récemment encore Immigration, la catastrophe, que faire ? – et vous avez terminé votre carrière administrative comme inspecteur général de l’administration au ministère de l’Intérieur. Quelle réaction vous inspirent le débat demandé par Macron sur l’immigration et l’attentat à la préfecture de police ?

    Un sentiment de sidération.

    Le terroriste n’était pas fiché S, il était habilité « secret défense » ! Une habilitation qui suppose des enquêtes approfondies et un suivi régulier… Pourtant, il a commis son attentat au cœur d’un des grands services de renseignement antiterroriste. Chapeau, les artistes ! Le gouvernement Macron nous ridiculise dans le monde entier.

    La femme du terroriste était au courant de ses projets, au moins dans les grandes lignes, elle est donc, de fait, complice, mais après trois jours de garde à vue, elle a été relâchée…

    Le procureur de Paris, choisi personnellement par Macron, a engagé, lundi 30 septembre, des poursuites contre Zemmour et a rechigné, le 3 octobre, à confier au parquet national antiterroriste l’instruction du crime de Mickaël Harpon.

    Comment expliquez-vous que la dangerosité de Mickaël Harpon n’ait pas été décelée ?

    L’enquête l’établira sans doute précisément. Mais enfin, Mickaël Harpon était noir, musulman et handicapé. Attirer l’attention sur lui, c’était risquer l’accusation de « racisme », d’« islamophobie », voire d’« handicapophobie ». De quoi, pour un fonctionnaire, ruiner sa réputation, voire être sorti du prochain tableau d’avancement. Ce qui a permis le crime, c’est l’idéologie dominante.

    Donc, pour vous, le politiquement correct tue ?

    Oui. L’Éducation nationale (!) et les médias expliquent que les Noirs sont discriminés et ne se remettent pas de l’esclavage de leurs ancêtres. Les médias dénoncent toute critique de l’islam comme « islamophobe » et le bras séculier de la « Justice » – vous me permettrez de mettre des guillemets à « Justice » – s’abat sur les « islamophobes ».

    C’est dans un tel contexte qu’on peut comprendre que Mickaël Harpon avait la haine de la société. Et de ses collègues. Et pour ceux qui ont la haine de la société européenne, l’islam, c’est attractif !

    Et Mickael Harpon ne pratiquait pas un islam modéré !

    Je doute qu’un « islam modéré » existe, mais ce qui est sûr, c’est que dans les banlieues de l’immigration, les imams font la course à la radicalité et au salafisme pour capter un public plus nombreux et donc… plus généreux pour les quêtes. Sans parler du soutien des monarchies musulmanes pétrolières.

    La haine des Français, des chrétiens, des juifs se déverse à plein tonneau dans les prêches. Mais cette haine-là, pourtant bien réelle, n’est jamais ou presque jamais poursuivie. L’expulsion d’imams étrangers est rarissime. La déchéance de la nationalité française est inconnue au bataillon. Il y aurait pourtant matière. Mais la « Justice » préfère poursuivre Zemmour, Cassen, Tasin, Camus, Ménard et les Identitaires.

    Comment sont abordées les questions d’immigration dans l’administration ?

    À reculons. Rarement de front. Toujours au détour d’une question qui, apparemment, n’a rien à voir.

    La corruption s’est développée dans les services de délivrance des titres administratifs et dans les services du permis de conduire. On ne trouve plus de profs parce que les élèves professeurs redoutent d’être affectés dans « l’académie de Créteil » (suivez mon regard), vers le « 9-3 ». On ne trouve pas davantage d’inspecteurs du permis de conduire pour ce département : personne n’a envie d’aller travailler la peur au ventre. Zemmour a raison de dire que tous les problèmes français sont aggravés par l’immigration et amplifiés par l’islamisation.

    Les services qui ont en charge les étrangers dans les préfectures sont dépourvus de moyens. Il y avait 210.000 entrées d’étrangers recensés en 2008, 420.000 en 2018, mais les effectifs n’ont pas suivi. Et la priorité, depuis Valls, c’est la qualité de l’accueil pas l’efficacité du contrôle.

    Quand une préfecture prend des arrêtés d’expulsion – et qu’ils sont contestés (c’est le cas le plus général) -, elle n’a pas les moyens de se payer un avocat pour se défendre ni même se faire représenter par un fonctionnaire (ils ne sont pas assez nombreux). En revanche, les étrangers expulsés sont assistés par des avocats payés par des associations subventionnées par les contribuables. C’est ce que j’appelle l’« économie de l’immigration ».

    Les fonctionnaires les plus zélés se découragent ou craignent d’être dénoncés. Comme j’ai pu moi-même le constater.

    Selon vous, les meilleurs fonctionnaires sont menacés ?

    Plus « exposés » à la critique que les autres, en tout cas.

    À la fin des années 2000, il y avait une mission permanente de l’inspection générale de l’administration sur le contrôle de la délivrance des titres (identité, passeports, cartes de séjour). Les deux collègues qui la dirigeaient – des socialistes un peu taquins et ouverts d’esprit – avaient souhaité m’y associer. J’ai donc effectué quelques déplacements éclairants.

    Certains fonctionnaires étaient plus efficaces que d’autres dans la détection des fraudes à l’identité.

    J’ai essayé de comprendre pourquoi. L’un d’eux m’a raconté l’anecdote suivante. Il avait constaté (en Gironde) que certaines demandes de cartes d’identité émanaient de personnes se déclarant nées en Guyane. Alors, il analysait les photos en s’appuyant sur l’hypothèse que le type physique des Guyanais n’est pas le même que celui d’un Africain de l’Ouest et, a fortiori, de l’Est. Donc, lorsqu’il observait un écart, il interrogeait la préfecture de Cayenne ou la mairie du lieu de naissance présumé pour vérifier l’authenticité du document. Une démarche évidemment pertinente. Mais après me l’avoir décrit, je vis ce fonctionnaire blêmir d’inquiétude. Ne m’en avait-il pas trop dit ? Ne risquait-il pas d’être accusé de pratiquer le délit de faciès ? Voire d’être qualifié de « raciste » ?

    Bref, pour les fonctionnaires, bien faire leur boulot n’est pas forcément la garantie d’une carrière tranquille.

    Il y a, à tous les échelons de l’administration – depuis l’adjoint administratif jusqu’au préfet –, une sélection à rebours pénalisant les plus lucides et les plus courageux.

    Malgré tout, le ministère l’Intérieur a mis en place des titres d’identité sécurisés

    Oui, c’est que j’appelle « l’illusion technologique ».

    La place Beauvau a créé une « Agence nationale des titres sécurisés » qui fait appel à de grands prestataires privés qui délivrent des titres biométriques.

    CNI, passeports, titres de séjour sont donc sécurisés. Fort bien. Mais ces « titres sécurisés » peuvent s’obtenir avec des documents… non sécurisés !

    Revenons au terrorisme. Quelles conséquences doivent, selon vous, être tirées de l’attentat de Mickaël Harpon ?

    Gardons-nous, d’abord, de la réponse organisationnelle : dissoudre le service de renseignement de la préfecture de police, et le rattacher à la DGSI par exemple, ne changera rien à rien.

    La vérité, c’est que les services de renseignement sont en retard de plusieurs guerres !

    Leur logique – héritée de la guerre froide – consiste à suivre et remonter des filières, donc à laisser dans la nature des gens qu’on repère. Or, la mode est au djihad individuel. Il y a des dizaines de milliers, voire des centaines de milliers de musulmans fanatisés. De temps en temps, l’un d’entre eux passe à l’acte, s’empare d’une voiture (folle), d’un camion (fou) ou d’un couteau (non moins fou) et tue dans son voisinage. Imparable. Et puis, un jour, il y aura le FAMAS (fou) d’un militaire de Sentinelle que la hiérarchie militaire aura repéré… sans rien faire.

    Les services de renseignement adorent les analystes et les « experts ». Or, ceux-là baignent dans l’univers médiatique. Ils prennent l’air entendu pour diffuser des banalités politiquement correctes. C’est, d’ailleurs, pour cela que ces « experts » sont consultés et réinvités. Ceux qui pensent autrement sont dénoncés par Le Canard enchaîné, Le Monde ou Mediapart.

    Une partie des forces est détournée pour surveiller « l’extrême droite » et les Identitaires. Les parlementaires devraient, d’ailleurs, essayer de savoir combien d’agents surveillent les islamistes, les antifas et les Black Blocs, les gilets jaunes et « l’extrême droite ». Et rapporter ces effectifs aux menaces réelles.

    Que faut-il faire, alors, contre le risque terroriste ?

    Il faut tarir le vivier du terrorisme. C’est à dire combattre l’islamisation.

    Comment ?

    En arrêtant toute immigration supplémentaire en provenance de pays musulmans.

    En s’opposant à toute construction de mosquées nouvelles.

    En fermant les mosquées salafistes et toutes celles (cela doit faire beaucoup !) où se propagent des discours de haine (de vraie haine, cette fois).

    En expulsant les imams étrangers.

    En décidant la déchéance de nationalité française de tous les binationaux hostiles.

    En coupant les robinets financiers français et étrangers de l’islamisation.

    En cessant le discours d’auto-culpabilisation.

    En acceptant de discriminer (mais intelligemment !).

    Disons les choses crûment : les publicités de l’armée visant à recruter préférentiellement des minorités ethniques sont lâches et stupides, sinon criminelles.

    En regardant les réalités en face.

    En cessant de poursuivre Zemmour et en abandonnant toutes les poursuites pour « islamophobie », arme de guerre contre la liberté d’expression et instrument de conquête de l’islam.

    Une conclusion ?

    En 1910, dans Notre jeunesse, Charles Péguy écrivait : « Il faut toujours dire ce que l’on voit : surtout il faut toujours, ce qui est plus difficile, voir ce que l’on voit. »

    Jean-Yves Le Gallou (Boulevard Voltaire, 7 octobre 2019)

    Lien permanent Catégories : Points de vue 0 commentaire Pin it!