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Métapo infos - Page 2

  • Chine : un défi pour l'Europe...

    Le nouveau numéro de la revue Conflits (n°64, juillet - août 2026), dirigée par Jean-Baptiste Noé, vient de sortir en kiosque. Le dossier central est consacré à la Chine...

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    ÉDITORIAL
    Tocqueville en Chine, par Jean-Baptiste Noé

    DOSSIER — CHINE
    La Chine est-elle communiste ? par Romain Blachier

    Peut-importe la couleur du chat, du moment qu’il attrape la souris, par Alex Wang

    L’Empire du Milieu, par Jean-Baptiste Noé

    L’énergie en Chine, par Helena Voulkovski

    La Chine extérieure, par Jean-Baptiste Noé

    Les triades chinoises, par Michel Gandilhon

    La marine chinoise peut-elle dépasser l’US navy ?, par Alexis Feertchak

    L’usine du monde se réinvente, par Jean-Baptiste Noé

    POINTS CHAUDS
    Kaja Kallas, la diplomate européenne, par Michel Chevillé

    Irlande une unité dans la division, par Cyprien Boyer

    L’Institution V. la plus secrète des services turcs, par Tancrède Josseran

    L’armée du Liban Sud : une milice au service d’Israël, par Frédéric Pichon

    Reportage. Orikhiv, ville fantôme, par Murray Wegeler

    GÉOÉCONOMIE
    Venise et l’or blanc : sucre, empire et Méditerranée, par Jean-Baptiste Noé

    La France face au défi du blanchiment d’argent, par Maximilien de Meyer

    No shipping, no shopping, par François-Olivier Corman

    La Chine au volant de l’automobile mondiale, par Jean-Jacques Netter

    La Chine et les terres rares, par Eugène Berg

    HISTOIRE
    Yorktown, ou comment la France a permis l’indépendance des États-Unis, par Vincent de Kytspotter

    Comment Erdogan a vaincu le PKK, par Tancrède Josseran

    CULTURE
    Reportage - Monténégro : le paradis qui se bétonne, par Alexandre Aoun

    Venise, puissance opportuniste, par Guy-Alexandre Le Roux

    La gare conçue en tant que cathédrale, par Ophélie Roque

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  • Un mauvais bilan des « chefs patriotes » en Europe ?...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Romain Sens, cueilli sur le site de la revue Éléments et consacré au bilan des dirigeants "patriotes " en Europe. Même si on peut trouver le jugement de l'auteur sévère sur  certains points, il n'en soulève pas moins de vraies questions...

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    Le mauvais bilan des « chefs patriotes » en Europe

    Une puissante vague patriote est en train de se lever partout en Europe. Même dans des pays depuis longtemps gouvernés par la gauche — Portugal, Suède, Danemark —, les mouvements patriotes sont en hausse constante. En Autriche, en Allemagne, aux Pays-Bas, en France et même au Royaume-Uni, les patriotes, en constante progression, peuvent espérer arriver au pouvoir demain. Arriver au pouvoir, mais pour faire quoi ?

    Dans trois pays importants d’Europe, la Pologne, la Hongrie et l’Italie, les patriotes ont pendant plusieurs années été portés au pouvoir et ont disposé d’une majorité suffisante pour agir. En Italie, ils y sont toujours.

    Pologne : immigration et armement américain

    En Pologne, le gouvernement de Mateusz Morawiecki, dirigeant du parti PiS (Droit et Justice), est arrivé au pouvoir en 2015 avec un discours très conservateur, se voulant protecteur de la famille, de la religion chrétienne et de l’identité polonaise. Il se déclarait également très préoccupé par l’immigration, présentant la situation française comme un repoussoir. Or c’est le gouvernement patriote qui a commencé à ouvrir la Pologne à l’immigration extra-européenne de travail, dans un contexte de croissance économique. La Pologne a notamment fait appel à des immigrés asiatiques (souvent des Vietnamiens) pour occuper des postes à responsabilité, dans l’informatique principalement.

    Alors que tant de Polonais avaient émigré en Europe de l’Ouest au XXe siècle et depuis le début des années 2000, voici la Pologne florissante « contrainte » d’accueillir une immigration extra-européenne pour des salaires moyens de 2 000 euros permettant de jouir d’un haut niveau de vie en Pologne.

    Sur le plan international, la Pologne a réagi de la meilleure façon qui soit face à l’invasion russe de l’Ukraine en 2022. En accueillant sur son sol des millions de réfugiés ukrainiens, cette situation a évidemment fait l’objet de tensions certaines entre ces deux populations.

    S’opposant frontalement à Vladimir Poutine, la Pologne a aidé l’Ukraine en lui livrant un grand nombre de matériels militaires (notamment son stock d’armes soviétiques) mais a également adopté une posture défensive très réactive. L’armée polonaise est actuellement en passe de devenir l’une des plus puissantes armées européennes.

    Cependant, ce réarmement s’est fait au profit de deux acteurs majeurs de l’économie militaire, bien loin d’être européens : les États-Unis d’Amérique et la Corée du Sud. La Pologne a en effet acquis 180 chars sud-coréens K2 (de très bonne qualité) ainsi que des canons et lance-missiles du même pays et un très grand nombre de matériels de pointe américains (lance-missiles HIMARS, chars Abrams, hélicoptères Apaches, chasseurs F-35).

    Autrement dit, la Pologne n’a mené aucun effort de défense européen. Elle reste l’un des meilleurs acteurs de l’OTAN dans une vassalisation totale vis-à-vis de Washington, sans la moindre initiative politique européenne.

     Mateusz Morawiecki a été battu en 2023 et remplacé au pouvoir par le pro-européen Donald Tusk.

    Hongrie : immigration et russophilie

    En Hongrie, Viktor Orbán, dans sa jeunesse fougueux opposant au gouvernement communiste hongrois, a connu plusieurs périodes au pouvoir, de 1998 à 2002 puis de 2010 à 2026.

    En tant que Premier ministre avec la capacité (pleinement utilisée) de modifier la Constitution, il a eu tous les pouvoirs de mettre en œuvre son programme. Comme en Pologne, malgré les discours martiaux hostiles à l’immigration extra-européenne illégale, il a lui aussi mis en œuvre des filières d’immigration extra-européenne de travail légales, pour accueillir des travailleurs africains ou moyen-orientaux afin que ceux-ci occupent les postes que les Hongrois ne souhaitaient plus occuper en raison du très faible niveau des salaires. Et ce, moyennant l’obtention de la nationalité hongroise.

    En plus de cette politique migratoire allant à l’encontre de ses discours (et c’est d’ailleurs sur cette question qu’il a été attaqué par son opposant Péter Magyar durant la campagne présidentielle), son positionnement face à la guerre en Ukraine s’est révélé des plus problématiques. Prenant systématiquement le parti de Vladimir Poutine, « au nom de la paix », il s’est constamment opposé à l’Ukraine et à son président, parfois de façon insensée. Durant sa dernière campagne électorale, il est allé jusqu’à agiter la menace que l’Ukraine ferait peser sur la Hongrie(!). Son blocage systématique des systèmes de soutien européen à l’Ukraine a considérablement ralenti l’aide européenne à cette dernière.

    Viktor Orbán vient d’être battu aux derniers élections législatives hongroises le 12 avril 2026 par Péter Magyar qui prône, lui, une politique pro-européenne, hostile à la guerre que mène Vladimir Poutine en Ukraine.

    Italie : des promesses non tenues

    En Italie, l’accession de Giorgia Meloni au pouvoir en 2023 a suscité un grand espoir en Europe. Inflexible face à Vladimir Poutine sur l’Ukraine, recalant Donald Trump lorsque ses critiques sur les États européens vont trop loin, favorable à une conception civilisationnelle de l’Europe, Giorgia Meloni n’a laissé personne indifférent.

    Il faut le dire nettement : Meloni a profondément déçu.

    Alors qu’elle en appelait à un blocus militaire naval pour empêcher les embarcations clandestines d’aborder les côtes italiennes, elle a immédiatement baissé pavillon sans même combattre. Depuis son arrivée au pouvoir, l’immigration a augmenté de 10 %. En 2024, le pays a accueilli plus de 450 000 personnes.

    Tout en permettant à l’immigration extra-européenne légale de se poursuivre dans la péninsule, elle a également permis à nombre de travailleurs immigrés d’obtenir les visas nécessaires pour résider en Italie « temporairement » afin d’effectuer les tâches manuelles difficiles et mal payées dont a besoin l’économie italienne (dans la récolte des fruits notamment).

    Le gouvernement italien a fixé à 500 000 le nombre de quotas d’entrée pour les travailleurs extra-européens sur la période 2026-2028, qui pourront obtenir un permis de séjour après avoir trouvé un emploi.

    Au lieu d’arrêter l’immigration extra-européenne, elle lui a permis de se poursuivre et de s’amplifier. Au lieu d’augmenter les salaires et d’avancer vers la robotisation de l’économie, elle a très exactement poursuivi les méthodes de tous les dirigeants européens depuis plus d’un demi-siècle : priorité à l’économie libérale mondialisée au détriment de l’identité italienne, capitalisme oblige.

    Les grandes villes d’Italie, Rome et Milan en particulier, continuent d’être submergées par l’immigration extra-européenne, avec les mêmes conséquences que partout ailleurs en Europe de l’Ouest.

    À Modène, en mai 2026, un Italien d’origine marocaine a lancé sa voiture sur la foule, blessant grièvement plusieurs personnes, dont une femme qui a eu les deux jambes sectionnées. L’individu a déclaré qu’il avait été victime de racisme. Mêmes causes, mêmes effets.

    Meloni ne fait pas ce qu’il faut. Opposée à juste titre aux agissements des magistrats visant, en Italie comme ailleurs, à établir un gouvernement des juges, Meloni vient de provoquer un référendum sur la réforme de la Justice.

    La question migratoire était l’un des principaux enjeux. En Italie comme ailleurs, les juges entendent s’opposer aux politiques de durcissement en matière migratoire. On se souvient de l’épisode de 2019 où les juges avaient empêché Matteo Salvini de bloquer le bateau Open Arms débarquant des migrants clandestins sur les côtes italiennes. Même si Salvini a fini par être acquitté en 2025, la justice italienne a réussi à décourager les tentatives de durcissement.

    Dans le débat précédant le référendum, Meloni n’a pas su tenir le bon discours. Elle a tenté de se défendre contre les accusations de dérive autoritaire, se plaçant ainsi sur le terrain choisi par la gauche. Alors qu’il aurait fallu dramatiser l’enjeu et mettre les électeurs devant leurs responsabilités. Et c’est l’échec de la tentative…

    Si Giorgia Meloni s’est impeccablement tenue aux côtés des Ukrainiens (dans les mots du moins), force est de constater qu’en matière internationale elle reste davantage dans la posture que dans l’initiative politique concrète. Certes elle tient tête face à la grossièreté de Donald Trump mais la sixième flotte américaine n’en règne pas moins sur la baie de Naples et est la véritable maîtresse de l’Italie. Giorgia Meloni fustige « l’Europe du marché » en exhortant l’Union européenne à devenir une véritable puissance. Mais quels actes politiques et géopolitiques concrets suivent derrière ? Jusqu’à présent, aucun. L’Europe comme l’Italie ont besoin de plus que de simples mots.

    À l’approche des élections italiennes prévues en 2027, Roberto Vannacci, ancien général, eurodéputé puis fondateur du parti Futuro Nazionale s’oppose d’ores et déjà à Meloni et Salvini dont il dénonce la tiédeur en prônant une rupture radicale et une politique de remigration.

    Rompre avec le mondialisme libéral et construire une Europe civilisationnelle

    En Pologne, en Hongrie et en Italie, des gouvernants se présentant comme patriotes ont été élus et ont eu les pouvoirs d’agir. Dans tous les cas, ils ont déçu. Dans tous les cas, ils n’ont pas fait ce qu’il fallait faire. Arrêter l’immigration extra-européenne et mettre en œuvre l’inversion des flux migratoires. Se tenir fermement aux côtés de l’Ukraine envahie par l’agression russe tout en refusant la poursuite de la vassalisation américaine.

    Face à l’Europe de Bruxelles, être capable de proposer des initiatives concrètes pour construire une Europe civilisationnelle.

    En France, en Allemagne, en Autriche, aux Pays-Bas et dans nombre d’autres pays européens, les patriotes peuvent espérer accéder prochainement au pouvoir. Mais les exemples de l’Italie, de la Pologne et de la Hongrie montrent qu’il ne suffit pas d’arriver au pouvoir pour répondre aux attentes des peuples.

    Si les chefs patriotes accèdent au pouvoir pour finalement fuir les risques et les tensions en se contentant de mettre leurs pas dans ceux des mondialistes et des immigrationnistes, ils mériteront le jugement que portera l’Histoire sur tous les dirigeants européens depuis soixante ans : des médiocres et, au final, des traîtres.

    Romain Sens (Site de la revue Éléments, 13 juillet 2026)

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  • Jour de fête...

    Les éditions de Flore viennent de publier un nouveau roman de Frédéric Rouvillois intitulé Jour de fête.

    Professeur de droit public à l’université Paris-Descartes, Frédéric Rouvillois est l'auteur de plusieurs ouvrages d'histoire des idées comme Histoire de la politesse (2006), Histoire du snobisme (2008),  tous deux disponibles en format de poche dans la collection Champs Flammarion, L’invention du progrès (CNRS éditions, 2010), Être (ou ne pas être) républicain (Cerf, 2015) ou Liquidation - Emmanuel Macron et le saint-simonisme (Cerf, 2020).

    Il a également dirigé avec Olivier Dard et Christophe Boutin, le Dictionnaire du conservatisme (Cerf, 2017), le Dictionnaire des populismes (Cerf, 2019) et le Dictionnaire du progressisme (Cerf, 2022).

    Enfin, il a publié plusieurs polars, dont Un mauvais maître (La Nouvelle Librairie, 2020), Le Doigt de Dieu (La Nouvelle Librairie, 2021), Tout le pays est rouge (La Nouvelle Librairie, 2022) et La constante de Théodore (La Nouvelle Librairie, 2023), avec les mêmes enquêteurs, ainsi qu'un roman, Les fidèles (Pierre-Guillaume de Roux, 2020), dont Jour de fête constitue un prolongement.

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    " Encore traumatisée par l’assassinat de son patriarche, Caumont, volontairement fauché par un chauffard dans le parc de son château vingt ans plus tôt, la famille de Saint-Fiacre se réunit, comme chaque année, à la fin septembre. Mais les préparatifs de la fête sont interrompus par l’irruption soudaine d’un inquiétant personnage, Maxence, l’ex-gendre et probable assassin du comte de Saint fiacre, qui menace de détruire ce paradis fragile.

    Onirique, poétique et politique, rabelaisien et policier, ce roman où l’on parle d’éoliennes et de vengeance, de corruption et d’héroïsme, de fromages et de monarchie, se veut un hommage aux oeuvres de Chesterton, et à toutes les résistances."

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  • Laurent Ozon : « Nos dirigeants se fichent de l'avis du peuple »

    Vous pouvez découvrir ci-dessous un entretien donné par Laurent Ozon à Régis Le Sommier sur Omerta dans lequel il analyse la manière dont se construit la narration des conflits contemporains.Selon lui, les dirigeants avancent désormais de plus en plus désinhibés, sans tenir compte de ce que pensent réellement les peuples...

     

     

                                             

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  • La Furia et le bal des requins...

    Profitez de l'été et dérapez avec La Furia, la revue qui emmerde la bien-pensance et ses ligues de vertu ! Au sommaire du numéro d'été, Marsault, Obertone, Eudeline, Rochedy et d'autres...

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  • 25 300 surveillés ou la République Française qui ne croit plus assez à ses peuples pour lui faire confiance...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Balbino Katz, le chroniqueur des  vents et des marées, cueilli sur Breizh-Info et consacré à l'inflation de la surveillance policière administrative et à ses causes profondes...

     

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    25 300 surveillés ou la République Française qui ne croit plus assez à ses peuples pour lui faire confiance

    Je connais Barjols et j’y reviens deux ou trois fois l’an, comme on revient à un poste d’observation familier. Le hasard, qui a plus d’esprit que les ministères, m’avait fait garer ma voiture non loin de la gendarmerie. La Provence, ce matin-là, avait cette gravité solaire des pays où l’on comprend que la civilisation commence par l’art de se tenir à l’ombre. Une terrasse, un verre de rosé, les stores immobiles dans la chaleur, et cette paix apparente des bourgs anciens qui fait encore illusion lorsque l’on vient de lire les journaux.

    En passant devant la gendarmerie, j’ai repensé à l’article du Figaro que je venais de lire sur ma tablette. Il était consacré au dernier rapport de la Commission nationale de contrôle des techniques de renseignement. On y apprenait que plus de 25 300 personnes avaient fait l’objet, en 2025, d’une demande de surveillance technique en France. Le journal prenait soin de rassurer son lecteur : non, la France ne serait pas le théâtre d’une surveillance généralisée. La formule est intéressante. Elle dit moins ce que nous sommes que ce que le pouvoir redoute que nous pensions de lui.

    Car enfin, 25 300 personnes placées dans le viseur des services, ce n’est pas rien. Ce n’est certes pas la Chine, avec ses caméras à reconnaissance faciale et sa notation sociale de fourmilière électronique. Ce n’est pas encore le vieux rêve soviétique d’une société où chaque concierge aurait été l’oreille du Parti. Toutefois, pour un pays qui se flatte encore d’être la patrie de Montesquieu, de Benjamin Constant et des libertés publiques, le chiffre devrait faire sursauter davantage. D’autant que l’essentiel n’est peut-être pas dans le nombre des personnes, mais dans la prolifération des techniques.

    Le Figaro rapporte que le cap des 100 000 demandes de techniques de renseignement a été franchi. Identifications d’abonnés, fadettes, géolocalisations, poses de capteurs dans des lieux privés, recueils de données informatiques, algorithmes, boîtes noires : tout l’appareillage du Léviathan numérique se déploie avec une tranquillité de bureau. Le vocabulaire est propre, hygiénique, administratif. On ne surveille pas, on sollicite une technique. On ne pénètre pas l’intimité, on recueille des données. La France a toujours eu le génie de donner aux choses redoutables des noms de sous-préfecture.

    Le plus piquant est que tout cela se fait sous le regard d’une commission de contrôle qui reconnaît elle-même peiner à suivre le mouvement. La CNCTR compte vingt-deux collaborateurs, dont quatorze chargés de mission, face à des services dont les moyens humains et techniques ont fortement augmenté. Autrement dit, la surveillance galope, le contrôle trottine derrière. La bride existe, nous dit-on, mais le cheval a déjà pris la route.

    Étant moi-même fiché S, je confesse garder une certaine distance amusée, et parfois inquiète, devant cette liturgie du danger. Je ne me suis jamais pris pour un péril public. Je n’ai ni cave d’explosifs, ni goût du complot, ni vocation de factieux. Mon crime principal est sans doute d’écrire des choses désagréables à l’époque et de fréquenter des milieux où l’on pense encore qu’un peuple n’est pas une poussière d’individus interchangeables.

    Or chacun sait que, dans ces catégories administratives, se trouvent, à côté de véritables menaces, quantité de militants politiques, d’identitaires, de gens de droite, de dissidents paisibles, dont le principal tort est d’être connus des services avant d’être connus des tribunaux. Un islamiste susceptible de passer à l’acte, un militant d’ultragauche tenté par le sabotage, un trafiquant gravitant dans un réseau criminel, un identitaire surveillé parce qu’il colle des affiches ou organise une réunion, tous peuvent se retrouver dans les brumes voisines de la vigilance administrative. La catégorie rassure le ministre, alimente les statistiques et inquiète le public. Elle ne pense pas. Elle mélange.

    Il faut lire attentivement l’article du Figaro pour voir le mécanisme à l’œuvre. La criminalité organisée est désormais le premier motif de surveillance. Rien d’étonnant : le narcotrafic ronge le pays comme une moisissure d’empire en décomposition. Les services suivent aussi des milliers de cibles au titre de la prévention du terrorisme. Là encore, nul homme raisonnable ne souhaite désarmer l’État face à ceux qui rêvent de tuer. Un pays qui ne se défend plus cesse bientôt d’être un pays. La question n’est donc pas de nier la nécessité du renseignement. Elle est de comprendre pourquoi cette nécessité devient chaque année plus vaste, plus intrusive, plus diffuse.

    La réponse tient en une formule brutale : quand il n’y a plus d’homogénéité, il y a la police.

    Une société homogène n’est pas une société parfaite. Les hommes y mentent, volent, boivent, se jalousent, se battent, héritent mal et se disputent pour des bornes de champ. Les villages provençaux, bretons ou gascons n’ont jamais été des abbayes cisterciennes. Cependant, dans une société relativement homogène, les règles communes précèdent l’intervention publique. Les regards, les familles, les habitudes, la honte, la réputation, le voisinage, le curé jadis, le maire naguère, l’instituteur autrefois, formaient un tissu de contraintes douces ou rudes qui rendaient la police moins nécessaire. La civilité tenait lieu de première gendarmerie.

    La société diversitaire a brisé cette trame. Elle a remplacé la continuité par la juxtaposition, les mœurs communes par le contrat fragile, la confiance par la procédure, l’appartenance par le contrôle. Lorsque les hommes ne partagent plus les mêmes codes, les mêmes pudeurs, les mêmes interdits, les mêmes souvenirs, les mêmes manières de saluer, de parler aux femmes, d’occuper l’espace public, de respecter les morts ou les vivants, il faut compenser par des caméras, des patrouilles, des capteurs, des cellules de veille, des médiateurs, des signalements, des algorithmes et des commissions. L’hétérogène appelle l’agent.

    C’est le prix caché de la diversité. On la vend comme une fête, elle se paie en vigiles. On la chante comme une ouverture, elle exige des portiques. On la célèbre dans les brochures municipales, elle finit dans les rapports de renseignement. On nous promettait la société ouverte ; nous avons reçu la société sous surveillance. Les mêmes qui ont détruit les conditions ordinaires de la confiance s’étonnent ensuite que l’État doive gonfler comme une baudruche policière pour maintenir l’ensemble debout.

    Dans les cafés convenables, on appelle cela la complexité du monde. Au fond, c’est plus simple. Un peuple qui se reconnaît n’a pas besoin d’être surveillé à chaque carrefour. Une foule composite, traversée par des appartenances rivales, des idéologies importées, des fidélités étrangères, des trafics planétaires, des sectes numériques, demande une police toujours plus fine. Là où le lien social disparaît, le renseignement s’installe. Là où l’autorité morale s’effondre, l’autorité technique prolifère.

    Le passage le plus remarquable du papier concerne le séparatisme et l’entrisme. La CNCTR estime qu’en l’état du droit ces phénomènes, lorsqu’ils n’ont pas de dimension violente, ne peuvent pas justifier à eux seuls des techniques de renseignement au titre des atteintes à la forme républicaine des institutions. Voilà un reste de sagesse juridique. Le Conseil constitutionnel avait rappelé que cette notion renvoyait à des réalités lourdes : attentat, complot, mouvement insurrectionnel, levée de forces armées. On n’est pas dans le soupçon mou, dans la suspicion d’ambiance, dans le désaccord culturel. On est dans l’atteinte grave.

    Or le ministre de l’Intérieur, nous dit-on, réfléchit à une interprétation extensive. L’expression devrait faire trembler les vitres. L’interprétation extensive, dans la bouche du pouvoir, signifie presque toujours que la liberté va perdre un morceau. Aujourd’hui, ce serait pour lutter contre l’entrisme islamiste. Demain, contre telle association jugée séparatiste. Après-demain, contre ceux qui contestent la société diversitaire, l’idéologie d’État, les catéchismes scolaires ou les dogmes de la République adjectivée. L’histoire administrative de la France enseigne que les instruments forgés contre des ennemis réels finissent souvent entre les mains de fonctionnaires qui les appliquent à des adversaires commodes.

    C’est ici qu’apparaît, dans le vocabulaire critique de certains dissidents, le fameux « bureau des entraves administratives ». L’expression n’est pas, à ma connaissance, le nom officiel d’un service. Elle n’en dit pas moins quelque chose de très vrai. Notre époque préfère entraver plutôt que juger. Elle aime moins condamner que compliquer. Elle ne vous envoie pas toujours un procureur ; elle vous envoie un formulaire, une banque inquiète, une préfecture soupçonneuse, un assureur prudent, un local annulé, un compte clôturé, une autorisation suspendue, une norme oubliée, un contrôle soudain. Courteline a rencontré Kafka dans un couloir du ministère de l’Intérieur.

    C’est ainsi que se dessinera peu à peu une France à deux populations. La première sera conforme à l’idéal diversitaire : mobile, docile, soluble, accompagnée, subventionnée, protégée par le lexique officiel. La seconde sera celle des réfractaires, de ceux qui ne communient pas dans le mythe du vivre-ensemble obligatoire. Celle-là sera marginalisée, surveillée, traquée sur les réseaux sociaux, censurée, privée de salles, interdite de réunion, frappée de clôtures bancaires, écartée des emplois publics, tenue à distance de la vie sociale ordinaire par mille petites barrières invisibles. Elle ne sera pas toujours condamnée ; elle sera empêchée.

    Le procédé est redoutable parce qu’il demeure souvent sous le seuil du scandale. Un procès fait du bruit. Une dissolution se discute. Une interdiction peut être contestée. Une entrave administrative, elle, épuise. Elle isole. Elle coûte du temps, de l’argent, de l’énergie. Le citoyen n’est pas frappé d’un coup ; il est grignoté. L’État moderne, lorsqu’il devient fou, ne porte pas toujours des bottes. Il porte des mocassins, signe des notes, demande des pièces complémentaires et répond dans un délai de deux mois renouvelable.

    Bien entendu, il existe de vrais dangers. Il serait puéril de nier l’islamisme, le narcotrafic, les réseaux criminels, les puissances étrangères, les saboteurs, les fanatiques, les prédateurs numériques. Une société politique digne de ce nom ne se livre pas pieds et poings liés à ceux qui veulent la détruire. La droite aurait tort de se réfugier dans une naïveté libertaire qui n’a jamais protégé personne. Une police est nécessaire. Un renseignement est nécessaire. Une frontière est nécessaire. Un État désarmé est une proie.

    La folie commence lorsque l’État, ayant contribué à produire le désordre par son idéologie, prétend ensuite le résoudre par la surveillance. Il ouvre les portes, puis installe des caméras dans le vestibule. Il dissout les appartenances, puis crée des cellules de prévention de la radicalisation. Il dénigre les enracinements, puis s’effraie des séparatismes. Il affaiblit la famille, l’école, la commune, l’Église, les corps intermédiaires, puis découvre que l’individu nu face au chaos doit être suivi, orienté, contrôlé, fiché, rééduqué. Le pompier administratif se félicite d’éteindre l’incendie que son propre monde a allumé.

    Ce qui se joue là dépasse donc la querelle technique sur les fadettes ou les algorithmes. C’est une transformation anthropologique. La France est en train de passer d’une société de mœurs à une société de dispositifs. Autrefois, on savait à peu près ce qu’un homme devait faire parce qu’il appartenait à un monde. Désormais, on attend de lui qu’il respecte des procédures parce qu’il n’appartient plus à rien. Le code remplace la coutume. La surveillance remplace la confiance. Le règlement remplace l’honneur. La prévention remplace la vertu. L’algorithme remplace le voisin.

    À Barjols, devant la gendarmerie, cette évidence prenait une forme presque charnelle. La présence de l’uniforme y semblait normale, provinciale, ancienne. La gendarmerie, dans nos campagnes, fut longtemps moins l’avant-poste d’un État soupçonneux que la garde austère d’un ordre partagé. Le gendarme connaissait les familles, les ivrognes, les querelleurs, les mauvais payeurs, les voleurs de poules, les histoires de bornage et les haines de cousins. Il était l’homme de l’État, certes, mais dans une société qui se connaissait encore elle-même. Le renseignement algorithmique, lui, ne connaît personne. Il calcule des signaux. Il remplace la familiarité par la corrélation.

    C’est pourquoi le chiffre de 25 300 personnes n’est qu’une étape. Si la France continue sur cette pente, ce ne sera bientôt plus 25 000, mais 50 000, puis 100 000 personnes surveillées, signalées, entravées, suspectées, classées dans quelque catégorie brumeuse. Chaque crise donnera naissance à une finalité nouvelle. Chaque finalité exigera une technique supplémentaire. Chaque technique créera des données. Chaque donnée appellera son contrôle. Chaque contrôle demandera des moyens. Et l’on nous expliquera, avec ce ton raisonnable qui précède toujours les grandes folies administratives, que tout cela demeure parfaitement encadré.

    Le plus inquiétant n’est pas que l’État voie trop. C’est qu’il comprenne de moins en moins ce qu’il voit. Une société folle de diversité produit des désordres qu’elle refuse de nommer, puis les traite par des catégories abstraites. Elle ne veut pas dire d’où vient la violence, quelles populations la portent, quelles idéologies la travaillent, quels abandons l’ont rendue possible. Elle préfère surveiller large plutôt que nommer juste. Elle accumule les signaux faibles parce qu’elle a perdu les évidences fortes.

    Reste une hypothèse, que l’époque jugera dangereuse parce qu’elle ne comprend plus rien aux forces souterraines de l’histoire. De cette petite population marginalisée, surveillée, censurée, privée d’accès aux salons où l’on distribue les brevets de respectabilité, peut sortir un levain. Les minorités persécutées ne gagnent pas toujours. Beaucoup s’éteignent, se fatiguent, se divisent, se dessèchent. Certaines, pourtant, conservent ce que la majorité conforme a laissé mourir : la mémoire, la fidélité, la langue des pères, le sens de la transmission, le goût de la limite. Il est possible que la renaissance d’une France européenne, conforme à son héritage, ne vienne pas des institutions fatiguées, mais de ces marges où l’on aura gardé, dans le silence et l’opprobre, quelques braises sous la cendre.

    Je quittai la terrasse tandis que le soleil descendait un peu sur les façades. Devant la gendarmerie, rien ne bougeait. Une France ancienne semblait encore tenir dans cette immobilité : un bâtiment sobre, un drapeau, quelques volets fermés, la paix apparente d’un bourg provençal. Pourtant, derrière cette image rassurante, une autre France s’organise, invisible, câblée, procédurale, soupçonneuse, une France qui ne croit plus assez à son peuple pour lui faire confiance, ni assez à son droit pour se passer d’entraves.

    On nous avait promis l’émancipation par la diversité. Nous découvrons la surveillance par nécessité. C’est une vieille leçon politique, et elle n’a rien perdu de sa dureté : plus une société cesse d’être un peuple, plus elle devient un dossier.

    Balbino Katz, Chroniqueur des vents et des marées (Breizh Info, 30 juin 2026)

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