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Métapo infos - Page 2

  • Divagations et Fenêtre sur le Rien...

    Les éditions Gallimard viennent de publier Divagations et Fenêtre sur le Rien, les des deux derniers livres de Cioran écrits en roumain.  Déjà éloignés des essais du jeune philosophe fasciné par le fascisme qu'a été leur auteur, ils annoncent les écrits du penseur ironique, sceptique et pessimiste qui va se révéler dans des recueils d'aphorismes écrits en français.

     

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    " « Un être complètement possédé par l'espoir n'aurait rien à envier à Dieu. Mais un tel être est plus difficile à concevoir que ce non-sens qu'est le paradis. Là où il n'y a ni angoisse ni inaccomplissement la pensée n'a rien à faire, elle, l'enfant naturelle de cette vie qui se dévore elle-même dans un spasme d'inutilité et avec de sinistres prétextes de signification. Némésis entre la valse et l'abattoir.» En proie au vieux démon philosophique que Cioran a toujours nourri en lui-même tout en le désavouant sans relâche, les pages de Divagations doivent sans doute beaucoup à la langue qui les porte, à sa souplesse, à la liberté qu'elle octroie : parfois sibyllines ou mystiques, elles ne connaissent pas plus de tuteur stylistique que de Père aux cieux. Il s'agit ici d'une traversée du néant sur le seul radeau du moi, dans un isolement douloureux mais assumé. Aussi le titre mallarméen doit-il être lu à la fois comme l'aveu d'un principe d'écriture et comme l'affirmation d'un triple principe philosophique : solipsiste, anti-rationnel et sceptique ― car dans le fond, sur Dieu comme sur tout le reste, peut-on jamais faire mieux que divaguer ? Qu'en savons-nous ?

     

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    " « Serait-ce là ta raison d'être : te guérir du sublime par la lucidité? La théorie l'emporte sur la pathologie, même noble ; sans les concepts, tu aurais pu t'élever jusqu'à de vastes vénérations, jusqu'aux vers, jusqu'à la prière. Mais tu as utilisé ton esprit pour éroder le mal céleste, et détruit la tentation de la transcendance ; ton esprit limpide t'a protégé des contenus impurs, gorgés de frissons. Tu t'es guéri de tout ; l'absence est devenue ton empire. » Voilà sept ans que Cioran moisit glorieusement dans le Quartier latin, la guerre a emporté avec elle ses opinions politiques et sa propre destinée a toutes les apparences d'un échec : le jeune intellectuel prodigieux de Bucarest a beaucoup vieilli en peu de temps, passé sa trentième année ; il erre maintenant dans l'anonymat des boulevards de Paris et noircit dans de petites chambres d'hôtel éphémères des centaines de pages illisibles. L'issue radicale du changement de langue d'écriture ne lui est pas encore apparue, qui lui fera condenser dans ses deux premiers livres en français, Précis de décomposition et Syllogismes de l'amertume, toute la matière roumaine accumulée, y compris son inutilité et son dépit. "

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  • Misères françaises...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue d'Hervé Juvin, cueilli sur son site personnel et consacré aux misères qui accablent la France. Économiste de formation, vice-président de Géopragma et député européen, Hervé Juvin est notamment l'auteur de deux essais essentiels, Le renversement du monde (Gallimard, 2010) et La grande séparation - Pour une écologie des civilisations (Gallimard, 2013). Candidat aux élections européennes sur la liste du Rassemblement national, il a publié récemment un manifeste intitulé France, le moment politique (Rocher, 2018).

     

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    Misères françaises

    Misère identitaire, d’abord, quand il est interdit d’être fier de la France, fier de son histoire, fier de la puissance et de la grandeur de la France – qu’en reste-t-il quand le nucléaire est bradé, que l’armement est sous occupation allemande, et que l’étranger fait la loi en France même ?

    Misère morale également, quand tout ce qui était bon et bien, tout ce qui faisait d’eux un père ou une mère de famille, un élu local, un croyant, est tourné en dérision, quand l’honnêteté et le travail bien fait deviennent le propre des imbéciles et que les escrocs de la finance s’affichent en modèles ?

    Quels juristes dénoncent la pratique importée des États-Unis du « efficient breach of contracts », qui signifie que chacun peut renier sa parole et déchirer un contrat, s’il y trouve intérêt ? Misère morale plus encore quand l’inversion des valeurs devient la règle, et quand défendre son territoire et exiger de parler français dans son entreprise ou chez le boulanger du coin devient coupable, quand dénoncer le pillage des aides sociales et la fraude massive à la Sécurité Sociale est interdit (voir le sort malheureux de la commission d’enquête parlementaire récente), quand c’est le voleur qui a raison devant le tribunal si sa victime ou le policier ont osé se défendre ?

    Misère territoriale aussi, quand les villages perdent le nom des Saints qui ont veillé sur eux depuis des siècles, quand des régions qui ont fait l’histoire de France se voient confondues dans d’impossibles fusions copiées des Länder allemands, quand le Maire de Paris déclare que ses voisins s’appellent Londres ou San Francisco, et surtout pas Lozère ou Finistère.

    Misère sécuritaire tout aussi bien, quand les statistiques grossièrement faussées du Ministère de l’Intérieur (lire sur Atlantico Xavier Raufer) échouent à cacher la montée des vols aggravés et des agressions, quand le mélange de banditisme et d’islamisme radical ferme des territoires entiers à l’ordre républicain et s’attaque à ces symboles honnis de la France que sont écoles et centres de culture, quand les Français oubliés de la « diagonale du vide » voient leurs impôts manquer pour garder le bureau de Poste ou la gendarmerie, mais nourrir les flots d’aides qui achètent la paix civile dans le « 93 » en payant ceux qui chantent et dansent leur haine de la France et des Français — curieusement, même les guets-apens contre des policiers ou des pompiers s’y concluent par « il n’a été procédé à aucune interpellation » ?

    Misère sécuritaire encore plus quand un gouvernement affiche sa volonté de faire payer tout ce qui demeure, qui tient et qui dure, en concentrant l’impôt sur la propriété immobilière et foncière (l’IFI qui a remplacé l’ISF), en fragilisant la propriété par l’atteinte au statut des notaires, en laissant l’escroquerie des éoliennes violer les paysages français. Et le pire est à venir ; en travaillant à séparer la propriété de la terre de celle du bâti, sous prétexte de faciliter l’accès à la propriété, le gouvernement réalise la prophétie de Marx ; « le capitalisme finira par enlever la propriété de la terre à ceux qui y vivent » pour que la terre accaparée par la finance et les fonds d’investissement fasse de tous les Français des migrants comme les autres, des hommes de nulle part et de rien, remplaçant la pauvreté digne du village par la misère muette des métropoles.

    Sauvagerie morale et écologique, culturelle et territoriale tout aussi bien. Sauvagerie de l’alliance entre des élites hors sol et les migrants à disposition, sans salaires, sans syndicats, sans contraintes. Sauvagerie des métropoles et de leurs bataillons d’employés de service livrés aux conditions indignes des transports, de l’habitat, de l’incivilité. Sauvagerie d’un pouvoir qui ne tient plus compte du vote, passe outre les referendums et sacrifie la volonté nationale au gouvernement des indicateurs et des gérants de fonds, pour en finir avec toute expression de la liberté politique et de la démocratie. Sauvagerie surtout d’élites autoproclamées qui se considèrent au-dessus de la France, de la République, et des citoyens, et qui se pensent et se vivent déjà autres, sortis de la condition humaine, hors sexe, hors âge, hors terre. Il leur suffit d’avoir un chauffeur.

    Voilà probablement la forme la plus actuelle de sauvagerie à l’œuvre, la sauvagerie de ceux qui considèrent depuis leur ministère ou leur tour de verre et d’acier que tous les autres sont des sauvages, la sauvagerie de l’individu globalisé contre l’indigène de chez lui. Elle appelle en retour une haine anthropologique, la haine de ceux d’ici, d’une terre et des leurs, contre ceux qui prétendent échapper à la condition humaine, à la nature et à la Nation. Cette haine est nouvelle. Elle s’est entendue dans les rues de Paris, de Carhaix, de Rodez ou de Caen. Elle rejoue la scène originelle des sociétés humaines, quand ceux qui n’étaient pas des hommes, ceux qui n’avaient pas droit de faire partie de la société, étaient éliminés comme boucs-émissaires. Cette violence fondatrice assurait la paix, la concorde et la solidarité entre ceux qui savaient dire « nous » et regarder l’avenir ensemble. Ferons-nous l’économie de cette forge où se trempe l’unité d’un peuple ?

    La sauvagerie globale de l’individualisme libéral à ses derniers soubresauts appelle le collectif, l’Etat et la République à reprendre la main. Elle explique la réaction de ceux qui ne font que répondre à la sauvagerie qu’ils subissent chaque jour. Elle indique que les vrais fronts où se jouent la souveraineté, l’unité et la sécurité nationales, ne sont pas extérieurs, ils sont intérieurs. Elle appelle l’État, la justice, et cette sécurité morale et nationale qui est la condition d’une société apaisée.

    Le destin de la France se joue dans la réponse qui sera apportée à la sauvagerie d’un système qui emploie le chaos pour survivre. Et celles et ceux qui ont chaque jour à préserver de l’ordre et de la Nation ce qui peut l’être, celles et ceux qui sont confrontés à la vente au plus offrant des entreprises et des terres françaises, à la destruction de l’État au nom des intérêts privés, doivent réfléchir à qui sont leurs vrais ennemis, à ce et ceux qu’ils ont pour mission de défendre, et à ce qu’a signifié dans l’histoire collaboration.

    Hervé Juvin (Site officiel d'Hervé Juvin, 2 décembre 2019)

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  • Décadence...

    Nous vous signalons la publication du numéro 26 de la revue Perspectives libres consacré à la question de la décadence.

    La revue Perspectives libres, dirigée par Pierre-Yves Rougeyron, est publiée sous couvert du Cercle Aristote et est disponible sur le site de la revue ainsi qu'à la Nouvelle Librairie.

     

     

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    Au sommaire de ce numéro :

     

    Pierre Yves Rougeyron – Tout ce qui ne tue pas

    DOSSIER

    Ambroise Marcilhacy – Penser la décadence

    Vincent Couric – La décadence est un marché : Du libéral au libertaire, avec Michel Clouscard

    Aurélien Valeau – La France, puissance de jonction

    Aurélien Gabriel Bréau – Décadence, la leçon chinoise

    Ambroise Marcilhacy – Le cinéma apocalyptique et l’archétype de la Bête de l’apocalypse

    Guillaume Tahar – L’éducation populaire et ses conditions de possibilité

    LIBRES PROPOS

    Aurélien Valeau – La tuerie de Christchurch

    Léo Imbert – Le Freudo-Marxisme : Ebauche historico-théorique

    Michel Bastit – La nature comme guide

    Nicolas Klein – L’Espagne et la tentation allemande

    Nicolas Klein – Le minerai et l’atome

    LIBRES PENSÉES

    Laurent Schang – De Gaulle au Levant 1929-1931 L’Orient, déjà compliqué

    Claude Bourrinet – Pléthon, Sparte et Zarathoustra

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  • Il faut démasquer les médias de propagande !...

    Vous pouvez ci-dessous découvrir un entretien avec Jean-Yves Le Gallou, réalisé par Edouard Chanot pour son émission Parade - Riposte, et diffusé le 2 décembre 2019 sur Sputnik, dans lequel il évoque, à l'occasion de la sortie de L'Album des bobards chez Via Romana, le traitement biaisé de l’information par les journalistes, et même un véritable «système de propagande» au profit du camp du Bien.

     

                                   

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  • Mytho-poltiques...

    Les éditions Mimésis viennent de publier un essai de Jean-Jacques Wunenburger intitulé Mytho-politiques - Histoire des imaginaires du pouvoir. Longtemps professeur de philosophie générale à Lyon 3, Jean-Jacques Wunenburger  a été influencé par Gaston Bachelard et Gilbert Durand et a écrit de nombreux ouvrages sur les relations entre les images, l'imagination et l'imaginaire dans la philosophie, la culture et les arts.

     

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    " La science politique, telle qu’elle s’est développée depuis le 17e siècle peutelle se réduire au modèle d’un pouvoir démocratique fondé sur un contrat rationnel entre gouvernés et gouvernants ? Ne peut-on pas développer une autre histoire du politique, qui s’appuie plutôt sur une anthropologie des images, symboles et mythes, constitutifs du pouvoir? Ne peut-on pas retrouver dans les symboliques et les mythologies politiques, de l’antique Age d’or aux rêves des révoltes de mai 1968, bien des schèmes, référentiels, scénarios, qui permettent de mieux comprendre l’énigme des fondements du pouvoir, des formes adoptées et des fins poursuivies ? Loin d’ignorer ou d’exclure cette histoire des imaginaires du pouvoir, supposée obsolète et porteuse seulement de fictions dangereuses et illusoires, ne pourrait-on pas chercher à tisser, à articuler, en politique, l’imagination et la raison, en veillant toujours à identifier et à combattre les dérives de l’une et de l’autre ? "

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  • Un bloc populaire socialement dominé mais démocratiquement majoritaire...

    Nous reproduisons ci-dessous entretien avec Alain de Benoist, cueilli sur Boulevard Voltaire, dans lequel il revient sur les observations de Jérôme Sainte-Marie concernant la polarisation de la vie politique française. Philosophe et essayiste, directeur des revues Nouvelle École et Krisis, Alain de Benoist a récemment publié Le moment populiste (Pierre-Guillaume de Roux, 2017), Ce que penser veut dire (Rocher, 2017) et Contre le libéralisme (Rocher, 2019).

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    Alain de Benoist : « Socialement dominé, le bloc populaire est aujourd’hui démocratiquement majoritaire »

    Warren Buffett, le milliardaire américain qu’on sait, a un jour déclaré en substance : « Bien sûr que la lutte des classes existe, la preuve en est que c’est la mienne qui l’a gagnée ! » Cette notion de « lutte des classes » ne saurait évidemment tout expliquer, mais il n’en est pas moins vrai qu’elle a été longtemps évacuée du débat médiatique. Ne serait-il pas opportun de la remettre à l’honneur ?

    Il ne s’agit pas de la remettre à l’honneur, mais d’en faire le constat. Warren Buffett a au moins le mérite de la franchise, car habituellement, c’est quand la lutte des classes bat son plein qu’on en parle le moins. Plus on monte dans l’échelle sociale, plus l’on feint de croire à la possibilité de « réconcilier les classes sociales » : c’est la façon ordinaire qu’ont les riches et les puissants de tenter de désarmer ou d’invisibiliser les « classes dangereuses ». Mais chez Buffett, on voit bien aussi que l’arrogance naïve le dispute au mépris de classe. Je réponds donc à votre question : oui, la lutte des classes est sans doute ce qui caractérise le mieux la situation actuelle dans notre pays. Dans son dernier livre (Bloc contre bloc. La dynamisme du macronisme, Cerf), qu’il faut lire en parallèle avec les travaux de Christophe Guilluy, Jérôme Sainte-Marie, excellent observateur de la vie politique française, le souligne avec force : « La cohérence entre le vote de classe aux élections et la condition sociale des électeurs aura rarement été aussi évidente qu’aujourd’hui. »

    Les gilets jaunes ont à cet égard joué un rôle essentiel. En mobilisant des gens de condition plutôt modeste, qui avaient en commun d’être les perdants de la mondialisation, ils ont provoqué dans la classe dirigeante une peur panique, qui explique la façon dont Emmanuel Macron a entièrement changé de méthode, abandonnant sa posture jupitérienne pour se faire chattemite, sans pour autant abandonner sa vision managériale de la société ni se doter d’un véritable enracinement social. Je crois avoir déjà qualifié le mouvement des gilets jaunes de « répétition générale ». Je le pense plus que jamais. Ce vaste mouvement populaire de protestation contre la relégation culturelle et géographique, politique, économique et sociale, est prêt à resurgir et à s’amplifier. Les mouvements sociaux qui se multiplient un peu partout en sont l’augure.

    Depuis Karl Marx, la notion de « classe ouvrière » a beaucoup évolué : l’artisan, le petit patron, l’auto-entrepreneur, les classes moyennes en voie de déclassement forment désormais une sorte de nouveau prolétariat.

    Dissipons tout de suite une équivoque : Marx n’est pas l’inventeur de la « lutte des classes » ! L’expression n’a même cessé d’être employée avant lui, notamment par Tocqueville et Guizot. La lutte des classes n’a jamais cessé, sinon qu’il y a des moments où les classes dominées sont plus conscientes de leur existence en tant que classe (c’est la classe « pour soi », par opposition à la classe « en soi ») qu’à d’autres moments. En revanche, il y a une différence, et elle est énorme : autrefois, c’étaient les classes dominantes qui s’affirmaient (formellement) conservatrices, alors qu’aujourd’hui, c’est dans les classes populaires que le désir d’enracinement et de valeurs partagées, l’attachement à la communauté nationale et le goût des traditions sont le plus répandus. Dans le passé, la guerre des classes a pu se confondre avec le clivage horizontal gauche-droite, mais ce n’est plus le cas. Tout véritable clivage de classe est un clivage vertical : le bas contre le haut, le peuple patriote contre les élites qui se sont déterritorialisées au même rythme que la machinerie du capital. Sans oublier que la gauche a « perdu le peuple » !

    Le résultat, c’est l’actuel clivage politique français : Emmanuel Macron assure la jonction entre bourgeoisie de droite et de gauche, tandis que Marine Le Pen semble en faire autant pour tous les laissés-pour-compte de la mondialisation. Y gagne-t-on en clarté ?

    Dans son livre, Jérôme Sainte-Marie montre à la perfection qu’au-delà de l’« archipélisation » dénoncée par Jérôme Fourquet, un vaste mouvement de polarisation est désormais à l’œuvre dans la société française (ce qui rejoint les observations de Patrick Buisson). Un « bloc populaire » est en train de se former face au « bloc bourgeois » créé par Macron – et c’est paradoxalement Macron qui a favorisé ce processus de radicalisation des différences sociales, car le regroupement des libéraux de droite et de gauche a eu pour effet, d’abord de déconnecter les conservateurs (tenants de la souveraineté nationale) et les libéraux (tenants de l’ouverture globale), ensuite d’éliminer les grands partis de gouvernement traditionnels. Mélenchon s’étant disqualifié depuis qu’il a renoncé au populisme pour revenir dans le giron de la « gauche morale », c’est le Rassemblement national qui en bénéficie. Le « plafond de verre » censé limiter la montée du vote RN a commencé à se désagréger et 63 % de ceux qui ont voté pour La France insoumise, aux dernières élections européennes, se disent maintenant prêts à voter pour Marine Le Pen au second tour d’une présidentielle qui l’opposerait de nouveau à Macron, contre 39 % seulement de ceux qui ont voté pour François-Xavier Bellamy. C’est un tournant de première grandeur.

    Le bloc élitaire et bourgeois d’Emmanuel Macron regroupe les très riches du CAC 40, les bobos, le personnel des grands médias et les cadres supérieurs enthousiastes de la mondialisation pour qui tout ce qui est « national » est dépassé. S’y ajoutent des retraités instinctivement portés à rejoindre le parti de l’ordre, sans voir que cet ordre n’est qu’un désordre établi qui ne les protégera pas de la montée du chaos. Cela ne fait, au total, qu’un Français sur trois. Socialement dominé, le bloc populaire est aujourd’hui démocratiquement majoritaire. Cette double polarisation explique aussi pourquoi l’« union des droites » est un mythe qui, dans le meilleur de cas, ne peut se réaliser qu’au niveau local : à terme, entre Macron et Le Pen, il n’y aura plus rien. C’est la raison pour laquelle, concernant la présidentielle de 2022, rien n’est joué. D’autant qu’on sait maintenant que la fabrique des présidentiables ne passe plus par les partis.

    Alain de Benoist, propos recueillis par Nicolas Gauthier (Boulevard Voltaire, 30 novembre 2019)

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