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Métapo infos - Page 4

  • Jalons pour sortir de l'impasse industrielle...

    Les éditions La lenteur viennent de publier un essai de Bertrand Louart intitulé Réappropriation - Jalons pour sortir de l'impasse industrielle. Bertrand Louart est menuisier-ébéniste.

     

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    " Bertrand Louart, menuisier-ébéniste à la coopérative Longo maï, pose de façon simple et pédagogique, le dilemme de la critique sociale actuelle : comment critiquer un système dont nous sommes matériellement hyper-dépendants ? En effet, l'histoire du capitalisme industriel est, depuis l'époque des enclosures, celle de la destruction de l'autonomie collective et individuelle. Pour sortir de cette impasse, il défend, contre tous les admirateurs de l'abondance industrielle, la réappropriation des arts et des métiers : reprendre en mains nos conditions d'existence, à la fois pour mieux vivre et saper la mégamachine. "

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  • Une affaire qui pue : la mort annoncée du fromage fermier français ?...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue cueilli sur le site de Dextra et consacré à un nouveau mauvais coup porté, discrètement, par le gouvernement aux traditions gastronomiques françaises.

     

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    Une affaire qui pue : la mort annoncée du fromage fermier français ?

    À peine Macron réélu, voilà que le gouvernement s’apprête à planter une banderille de plus dans le dos de notre agriculture déjà bien mal en point. En effet, le gouvernement, par la voix du ministre de l’Agriculture, s’apprête à faire passer un décret en catimini afin de déréglementer l’affinage des fromages fermiers français.

    Depuis un décret de 1988, les fromages pouvaient bénéficier de l’appellation « fermier » s’ils avaient été produits, de la collecte du lait à l’affinage, dans la ferme d’un même exploitant selon les techniques traditionnelles et en utilisant seulement les laits issus de son élevage.

    Désormais, si le décret entre en vigueur au 1er juillet prochain, un fromage pourra porter l’appellation de fermier même s’il est affiné en dehors de la ferme, à condition que ce soit mentionné sur l’étiquette (avec le nom et la raison sociale de l’affineur, et non plus nécessairement celle du producteur), que l’affinage ait été réalisé selon les usages traditionnels et que l’affineur ait obtenu pour ce faire l’accord écrit du producteur.

    Il va sans dire que ça tirait la gueule du côté des producteurs et des syndicats agricoles, déjà suffisamment accablés par les normes françaises et européennes. Le caractère désormais facultatif de la mention sur l’étiquette du nom du producteur ne passe évidemment pas du tout, et on peut le comprendre : c’est une fierté pour un producteur que de pouvoir afficher le nom de sa ferme sur l’emballage de son fromage, et pour le consommateur, un gage de traçabilité.

    Une fois de plus, le gouvernement se fout à genoux devant l’industrie agroalimentaire, qui sera en position de force pour se tailler la part du lion sur le marché du fromage fermier, en se cachant derrière des oripeaux d’authenticité. L’éleveur et fromager, s’il veut vivre de son métier, sera donc contraint d’augmenter ses volumes de production, de devoir affiner encore davantage de fromages s’il ne veut pas que la concurrence dégueulasse de l’industrie agroalimentaire ne lui coupe l’herbe sous le pied. Puis, arrivé à la limite de sa capacité de production, ne pouvant plus suivre, il sera contraint de vendre la majeure partie de sa production à l’industrie agroalimentaire (il en gardera un peu pour vendre au marché du coin), qui la lui rachètera à un prix dérisoire, la fera affiner dans ses cuves en inox, et la revendra beaucoup plus cher à la grande distribution. Cette situation contribuera donc de façon évidente à précariser encore davantage les petits producteurs.

    Ainsi, le consommateur peu attentif risque donc fort de se faire berner par l’étiquetage, croyant bien faire en achetant un fromage fermier pour soutenir nos petits producteurs, et engraissera finalement les géants de l’industrie agroalimentaire. La dérégulation de l’affinage est donc la porte ouverte à la fumisterie. Autre exemple, rien n’empêchera un affineur d’acheter du fromage en plaine et de le faire affiner en montagne, pour le vendre ensuite comme un produit de montagne (l’adresse de l’affineur sur l’emballage aidant et prêtant à confusion), alors qu’il n’en sera rien, puisque le décret ne mentionne aucunement de quelconques limitations géographiques ou de volume.

    Petite particularité toutefois, les fromages AOP, dont la production obéit déjà à un cahier des charges très strict, sont très souvent affinés en dehors des fermes, et peuvent garder leur appellation de « fermiers », dans la mesure où leur affinage est confié à de petits affineurs locaux et traditionnels.

    Une fois de plus, le gouvernement avance main dans la main avec l’industrie agroalimentaire mondialisée pour sacrifier un savoir-faire ancestral qui fait la renommée de notre pays sur l’autel du libéralisme et de la standardisation. Le grand capital aura donc les mains libres pour racheter des terres et des troupeaux dont il confiera l’élevage à des ouvriers agricoles payés une misère pour ensuite racheter les affineurs et vendre du fromage fermier moins cher que les agriculteurs qui le produisent de bout en bout, déséquilibrant ainsi le marché pour son plus grand profit.

    Pourtant, l’espoir n’est pas encore mort. Le décret n’est pas promulgué, et par le passé, les syndicats agricoles et les associations de producteurs ont vu à plusieurs reprises le Conseil d’État leur donner raison en annulant des dispositions qui leur étaient trop fortement défavorables. La lutte s’annonce donc âpre pour les producteurs de nos terroirs, défenseurs de la tradition, du savoir-faire et de l’excellence face aux suppôts du libéralisme. Soutenons-les donc en privilégiant, autant que faire se peut, les circuits courts, dans nos approvisionnements de fromages comme d’autres produits agricoles.

    On peut ne pas aimer le fromage, néanmoins, on ne peut se résoudre à ce que ce produit emblématique de notre pays et de nos terroirs tombe encore davantage entre les mains cupides de l’industrie agroalimentaire mondialisée. À l’heure où la Perfide Albion prétend compter plus de fromages que la France, à nous de prouver que c’est bien nous qui sommes le pays du fromage, et surtout du fromage fermier affiné dans de bonnes conditions chez nos producteurs locaux.

    Dextra (Dextra, 25 mai 2022)

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  • Snorri Sturluson et l'histoire des rois de Norvège...

    Les éditions Gallimard viennent de publier, dans leur belle collection L'aube des peuples, la deuxième partie de l'Histoire des rois de Norvège de Snorri Sturluson. L'ouvrage a été traduit du vieil islandais, présenté et annoté par François-Xavier Dillmann, le plus éminent des scandinavistes français, qui poursuit une œuvre de longue haleine puisque la première partie de cet ouvrage a été publiée par ses soins voilà 22 ans.

     

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    " Œuvre la plus puissante que nous ait léguée le Moyen Âge scandinave, l’Histoire des rois de Norvège fut composée vers 1230 par l’auteur de L’Edda, le poète et historien islandais Snorri Sturluson. L’Histoire du roi Olaf le Saint, qui en constitue la deuxième partie, est entièrement consacrée à Olaf Fils Harald (995-1030), qui commença sa carrière en viking, en allant ravager plusieurs pays étrangers, du golfe de Finlande au détroit de Gibraltar (en passant par l’Angleterre et la France), avant de rentrer dans son pays en 1015. Devenu roi de Norvège, il entreprit de poursuivre l’action missionnaire de son prédécesseur, Olaf Fils Tryggvi, en imposant par le fer et par le feu le christianisme aux derniers fidèles de l’ancienne religion scandinave.
    S’il remporta un succès dans sa politique à l’égard du royaume de Suède, Olaf Fils Harald fut bientôt en butte aux prétentions que le roi d’Angleterre et de Danemark, Knut le Grand, émettait sur la Norvège. Face à tel concurrent, face aussi à la révolte de nombreux chefs locaux qui ne supportaient plus son gouvernement tyrannique, Olaf fut contraint à la fuite et alla trouver refuge en Russie. Deux ans plus tard, il tenta de reconquérir son trône, mais à l’annonce de son retour, ses adversaires décrétèrent la mobilisation générale en Norvège. Au cours de la bataille qu’ils lui livrèrent à Stiklestad pendant l’été 1030, Olaf fut mortellement blessé et son armée défaite. Les miracles de guérison qui lui furent attribués peu après sa mort incitèrent le clergé à le faire proclamer saint l’année suivante ; dès lors son culte se répandit rapidement en Norvège et en Suède, comme dans l’ensemble de l’Europe du Nord.
    Reposant sur une vaste connaissance des sources orales et écrites qui conservaient le souvenir de ce règne tumultueux, le sommet de la littérature et de l’historiographie norroises qu’est l’ouvrage de Snorri Sturluson sur Olaf Fils Harald se distingue par la méthode critique et par le prodigieux talent narratif de son auteur. Le présent volume en propose une traduction élégante, accompagnée d’une très riche annotation qui éclaire sous ses différents angles la fascinante civilisation scandinave. "

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  • Pour en finir avec l'assimilation !...

    Vous pouvez découvrir ci-dessous une prise de position claire et argumentée de Thaïs d'Escufon consacrée à la vieille lune de l'assimilation comme remède miracle à la submersion migratoire de notre pays par les populations extra-européennes. Porte-parole talentueuse et courageuse du mouvement Génération identitaire, Thaïs d'Escufon développe désormais avec brio une activité de publiciste sur les réseaux sociaux.

     

                                                

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  • Quand Gabriele Adinolfi se livre à une relecture verticale d'Orwell...

    Les éditions de la Nouvelle Librairie viennent de publier un essai de Gabriele Adinolfi intitulé Mythe ou utopie ? - Une relecture verticale d'Orwell. Essayiste, théoricien et ancien activiste politique italien, Gabriele Adinolfi, qui est l’auteur notamment des Pensées corsaires (Editions du Lore, 2008) et de Années de plomb et semelles de vent (Les Bouquins de Synthèse nationale, 2014), est rédacteur en chef de la revue Polaris et dirige le centre d’études éponyme.

     

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    " La pandémie mondiale et la dictature sanitaire ont donné une nouvelle jeunesse à la fameuse dystopie d’Orwell : Mil neuf cent quatre-vingt quatre. Pour Gabriele Adinolfi, à rebours des interprétations usuelles, le règne du Grand Frère n’est pas une dictature qui menacerait la démocratie, mais l’achèvement de celle-ci, dont la vraie nature ne serait rien moins que tyrannique. Dans cet essai, l’auteur relit les prophéties nées du désenchantement d’un libertaire et les confronte au regard des penseurs de la Tradition. Face aux fantasmes de la « Nouvelle normalité » qui hantent notre psyché et accouchent de monstres dystopiques, contre cette désintégration des consciences, il appelle à faire nôtre l’attitude du squadriste et de l’Anarque, pour retrouver la capacité de s’opposer en bloc aux mensonges du Léviathan contemporain. Une lecture plus que nécessaire pour dépasser les discours superficiels sur les secousses de notre époque. "

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  • Le déni du réel en action...

    Nous reproduisons ci-dessous un texte de Yannis Ezziadi, publié par Figaro Vox, dans lequel il répond aux critiques qui lui ont été adressées après la publication par Causeur d'un reportage dans lequel il dépeint le quotidien des habitants de Nangis, une commune de Seine-et-Marne marquée par une montée du communautarisme islamique.

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    Une rue de Nangis (Causeur)

     

    «Le malaise civilisationnel de la France profonde ne compte pas»

    Je vais vous raconter ici la petite et terrible histoire du déni de réel. L'histoire des chiffres contre nos yeux. Le 11 mai dernier – moi qui ne suis pas journaliste de profession mais comédien et auteur dans les pages culture du magazine Causeur–j'ai entamé un reportage de quelques jours dans le village de Nangis – au cœur de la Brie – en proie à une délinquance grandissante et à un communautarisme musulman dont nos yeux seuls suffisent à nous fournir la preuve sur un plateau. J'y ai passé six jours pour me promener, pour regarder, discuter avec les gens et tenter de comprendre ce qui se passe, ce qu'ils ressentent. Quand je dis ils, je parle de ceux que l'on appelle les «Français de souche». Je veux savoir comment ils vivent ce «métissage» diront certains, ce «changement de peuple» diront d'autres. Mes yeux et mes oreilles ont été mes seuls outils. Mon reportage est sorti dans le numéro de juin de Causeur. Mon récit, mon constat, vous pouvez les trouver en détail dans ce reportage de huit pages intitulé Ma première Burqa. Mais si j'écris ici, c'est pour dénoncer le déni et la tentative de décrédibilisation dont j'ai été instantanément l'objet. Il semblerait que ce que j'ai vu n'existe pas, que mes yeux se trompent, que ma bouche mente.

    Le 8 juin, Jean-Marc Morandini a consacré une émission à mon reportage dans laquelle il m'a invité à débattre. Entre autres face à moi, Gerald Briant, adjoint PCF au maire du 18ème arrondissement de Paris, qui dès le départ a tenté de me disqualifier. «C'est un plaidoyer pour le grand remplacement, pour la théorie complotiste du grand remplacement», clame-t-il indigné ! Ça, je m'y attendais, bien évidemment. Mais ses arguments principaux pour balayer d'un revers de main mon travail ont été la science et les chiffres ! Je ne me base pas sur la science selon lui. Ce que je ne renie pourtant pas. C'est d'ailleurs un extrait de mon propre texte qu'il cite pour appuyer son attaque: «Bien sûr, dans tout ce que vous venez de lire, rien ne repose sur des études, des calculs, des chiffres. C'est simplement le ressenti des personnes que nous avons croisées». Pour Gérald Briant, cela ne compte donc pas. Pour lui, c'est très clair, on se fiche de ce que les gens ressentent. Ce qu'il souhaite est très clair aussi: des études et des chiffres qui prouvent le contraire du ressenti d'une partie de la population, qui prouvent par de très sérieux calculs que les gens ne voient pas ce qu'ils voient. Lorsque des chiffres viennent appuyer la «théorie» d'un changement de population, ils ne l'intéressent d'ailleurs pas plus que le ressenti.

    Je pense pour ma part que les chiffres sont importants, qu'ils peuvent nous servir. Mais ce travail ne relève pas de mon domaine. Mon domaine à moi, c'est la retranscription de l'expérience sensible, c'est le récit d'êtres vivants, avec leurs peurs, leurs doutes, leurs souffrances. Et c'est, à mon avis, au moins aussi important que les chiffres. Cette souffrance des êtres n'est pas mesurable par des calculs et des études. Doit-elle pour cela ne pas compter, ne pas être prise en compte, être balayée par le revers d'une main méprisante et scientifique ? Pour Gérald Briant,« ce n'est pas un travail sérieux ». Peut-être devrait-il pousser un peu plus loin sa pensée et dire que ce que les gens ressentent n'est pas sérieux. Je le répète, je n'ai fait que me promener et discuter avec quelques personnes croisées sur mon chemin. Une quarantaine. Tous, je dis bien tous, m'ont confié leur malaise dû à la sensation d'islamisation de leur ville. Pas une personne ne m'a tenu un propos raciste. Mais tous m'ont dit ne plus se sentir chez eux, se sentir dépossédés de leur village. Les témoignages à ce sujet se ressemblent tous. Suis-je tombé, par hasard, sur les quarante seules personnes de Nangis à penser cela ?

    Une autre tentative de déstabilisation et de déni m'est venue ce jour-là d'un deuxième interlocuteur sur le plateau de Morandini, le conseiller de Paris du Groupe indépendant et progressiste et actuel candidat «Ensemble» aux législatives, Pierre-Yves Bournazel, qui a tenté de m'enfermer dans le piège «islam-islamisme». Il a commencé le commentaire de mon texte par une précision: la différence entre islam et islamisme, différence qu'il faut absolument faire selon lui. Comme si je faisais l'amalgame. Mais quel amalgame ? Je ne suis pas islamologue, il est vrai, et ne compte d'ailleurs pas le devenir. Ce qui est islam d'un côté et islamisme de l'autre ne m'intéresse pas. Ce à quoi je m'intéresse dans ce reportage, c'est à certaines pratiques culturelles et religieuses, à un certain mode de vie d'une partie non négligeable des personnes de confession musulmane de Nangis qui heurtent l'autre partie de la population qui ne l'est pas. Je laisserai donc le soin à Pierre-Yves Bournazel de catégoriser ces pratiques religieuses et culturelles.

    Puisque le problème pour lui ne semble être que l'islamisme, je lui demande si le voile – simple et non intégral – est de l'islamisme. Il me répond que non. Je lui demande alors: «Que répondez-vous aux habitants de Nangis qui voient tous ces voiles comme autant de drapeaux islamiques plantés sur le territoire de leur ville ? Que dites-vous à tous ces gens qui trouvent que leur ville, pour cette raison, devient musulmane ?» Sa réponse : «Là aussi, distinguons l'islamisme et l'islam. Quand il y a des revendications religieuses où on veut imposer sa foi sur la loi de la République et sur le vivre ensemble, nous devons être très fermes et défendre les principes républicains […] deuxièmement, les premiers à se battre contre l'intégrisme religieux c'est souvent les mamans, les gens dans les quartiers qui veulent vivre leur foi – ou d'ailleurs parfois ils n'ont pas la foi – tranquillement et sans être sous pression. Et notre devoir c'est de les protéger ou de les émanciper». Morandini fait alors remarquer à Bournazel qu'il ne répond pas à ma question. «Mais c'est quoi la question ? Il faut dire que les musulmans sont des islamistes ?», s'exclame le candidat «Ensemble».

    Bournazel ne répond évidemment pas à ma question. Lui aussi méprise complètement cette problématique du ressenti des «Français de souche» culturellement menacés par un islam d'atmosphère qui les étouffe. Il répond à cette question par un autre ressenti, celui des personnes de confessions musulmanes qui seraient, selon lui, les premières victimes. Ce sont les musulmans qui semblent l'intéresser. Peut-être est-ce moins nauséabond de s'intéresser au ressenti des «musulmans» qu'à celui des «Français de souche». Rien que le terme «Français de souche» ne met à l'aise personne. Les «de souche», circulez – ou souffrez –il n’y a rien à voir ! Voilà une fois de plus le mépris dont ils sont victimes. Une fois de plus, on ne répondra pas à leurs questions pourtant existentielles. Les Nangissiens que j'ai rencontrés ne m'ont pas parlé d'islam radical, de terrorisme ou de charia. Ils m'ont dit que la population grandissante de femmes voilées et d'hommes en djellabas, les commerces communautaires, l'implantation de la mosquée, toutes ces choses qui se voient, qui leur crèvent les yeux, sont autant de signes qui montrent que leur ville est gagnée par le communautarisme. Pas intégriste, pas djihadiste, pas Ben Ladeniste. Musulmane.

    On m'explique que ce que je rapporte dans les pages de Causeur n'a pas d'importance. Ou pire, que ce que je dis avoir vu et entendu n'existe pas. Les chiffres, les études, la science, la loi. Tout cela contre mes yeux et mes oreilles ? Tout cela contre la sensation, contre le cœur ? Lorsqu'un journaliste se rend sur un terrain de guerre afin d'interviewer la population bouleversée, on ne lui rétorque pourtant pas que son travail ne vaut rien car ce n'est que le ressenti des populations qu'il a rencontrées, et qu'il faut des chiffres, des études approfondies pour étayer son propos. C'est pourtant cette arme avec laquelle on m'attaque. Je me promène, je regarde, je discute, j'écoute ce qu'on me dit, je tente de me mettre à la place des habitants pour les comprendre. Voilà un travail qui n'est pas sérieux, qui ne vaut rien. C'est pourtant ce qu'on appelle le reportage. Se rendre sur le lieu d'un événement, récolter sur le vif des témoignages, des informations et en rendre compte dans les pages d'un journal. Mais le reportage, visiblement, n'est valable que pour certains sujets. Pour celui du malaise civilisationnel et de l'insécurité culturelle, il ne compte pas. Voilà pourquoi, chers Nangissiens, ce que vous m'avez raconté n'a aucune importance. Voilà pourquoi un trait sera tiré sur vos paroles qui ne comptent pas. Voilà pourquoi les problèmes qui sont les vôtres ne seront pas réglés. Ce qui vous dérange n'est pas interdit. Ce qui vous dérange vient de vous, de votre cœur malade et non de délits comptabilisés dans des chiffres officiels retranchés, recoupés, analysés par la science triomphante. On vous l'avait pourtant dit qu'il ne fallait pas confondre l'insécurité et le sentiment d'insécurité. Il ne faut pas non plus confondre l'islamisation et le sentiment d'islamisation. Votre ressenti n'est pas scientifique, alors soyez gentils… Gardez vos sentiments pour vous ! Et la prochaine fois, revenez avec des chiffres. À ce moment-là, on verra ce qu'on peut faire !

    Yannis Ezziadi (Figaro Vox, 17 juin 2022)

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