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Métapo infos - Page 8

  • Les eaux glacées de la modernité...

    Les éditions Michalon viennent de publier, dans leur collection Le bien commun, un essai de Richard Bellin intitulé Houellebecq - Les eaux glacées de la modernité.

    Richard Bellin est haut fonctionnaire. Il est l'auteur d'un Stendhal paru dans la même collection.

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    " Houellebecq divise parce qu’il nous ressemble : désabusé, lucide, parfois cruel. On l’accuse d’être misogyne, nihiliste, réactionnaire ; on le lit pourtant comme on regarde un miroir qui tremble. Ce livre refuse à la fois l’apologie et le procès. Il propose un Houellebecq politique, analysé dans la construction de son rapport au monde autant que dans son style.
    Derrière les scandales, il interroge le grand récit moderne : celui de l’individu libre, rationnel, promis au bonheur par la science et le marché. Ses personnages en incarnent l’impasse — solitaires, désorientés, soumis au désir et à la norme. À la lumière du conservatisme qu’il revendique, l’auteur des Particules élémentaires apparaît comme le critique le plus acéré du libéralisme contemporain.En mêlant philosophie, économie et littérature, cet essai donne des clefs pour comprendre pourquoi l’on aime, ou au contraire déteste, Houellebecq : parce qu’il met à nu notre propre contradiction entre soif d'absolu et fatigue du monde."
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  • Insécurité : l'Etat est-il coupable ?...

    Vous pouvez découvrir ci-dessous un entretien donné par Xavier Raufer à Omerta dans lequel il évoque la question de l'insécurité et les responsabilités de l’État...

    Criminologue et auteurs de nombreux essais, Xavier Raufer a publié ces dernières années Les nouveaux dangers planétaires (CNRS, 2012) et Criminologie - La dimension stratégique et géopolitique (Eska, 2014), Le crime mondialisé (Cerf, 2019) et Jeffrey Epstein - L'âme damnée de la IIIe culture (Cerf, 2023).

     

                                             

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  • La croix celtique et le croissant...

    Les éditions Ars magna viennent de publier un essai d'Andrea Biondo intitulé La croix celtique et le croissant - Histoire secrète des rapports entre le néofascisme italien et le monde arabo-musulman (1950-1990).

    Andrea Biondo vit et travaille à Rome, où il exerce une activité dans le domaine de la communication. Dès son plus jeune âge, il s'est passionné pour l'histoire contemporaine, en particulier celle des « années de plomb » et de la droite radicale italienne.

     

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    Embrassant une temporalité allant des années 1950 au début des années 1990, La croix celtique et le croissant explore cinq décennies de relations politiques tissées entre le nationalisme arabe, les mouvements islamistes et les milieux néofascistes italiens.

    Alors que les conflits s’exacerbent actuellement au Proche et au Moyen-Orient, ce travail offre une perspective inédite sur une aire géographique et une période historique marquées par la guerre froide, l’affirmation militaire d’Israël et les rêves d’émancipation de populations désireuses de prendre en main leur propre destin. Le néofascisme italien, soucieux d’inscrire ses combats dans la modernité et d’asseoir sa crédibilité à l’échelle mondiale, ne manqua pas l’occasion de s’arrimer aux luttes des nations arabes, perse et afghane, dans une perspective tout à la fois anticommuniste et « spirituelle », le réveil de l’Islam lui ayant fourni l’occasion d’un retour vers certains éléments propres à la prétendue « Tradition ».

    Mais ce panorama révèle aussi des questionnements qui n’ont eu de cesse de traverser le monde de la droite radicale, tout autant italienne qu’européenne : l’anticommunisme peut-il justifier le soutien au sionisme ? Le soutien apporté aux nationalismes arabes correspond-il aux intérêts de l’Europe ? L’intérêt pour l’Islam permet-il une authentique régénération de la « Tradition » ? Autant d’interrogations auxquelles Andrea Biondo apporte des réponses à travers un grand nombre d’archives et de documents, le tout soutenu par de nombreux témoignages narrant une histoire tout à la fois proche et lointaine.

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  • Non, il ne fallait pas se réjouir de la circonstance aggravante de racisme à Crépol !...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue intéressant et radical de Yann Vallerie cueilli sur Breizh-Info et consacré au dernier rebondissement de l'affaire de Crépol...

     

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    Non, il ne fallait pas se réjouir de la circonstance aggravante de racisme à Crépol !

    Les juges d’instruction ont retenu la circonstance aggravante de racisme contre les quatorze mis en examen dans le meurtre de Thomas Perotto. Les victimes ont été visées, écrivent-ils, en raison de leur appartenance supposée à « la race blanche et à la nation française ». Dans le camp national, c’est l’allégresse. Enfin. Enfin ils reconnaissent. Enfin la justice applique aux nôtres ce qu’elle applique aux autres.

    Réjouissez-vous. Vous venez de ratifier le principe qui vous détruira.

    Ce que vous venez de valider

    Regardons froidement ce qui se joue. Un adolescent de seize ans a été poignardé au thorax et au flanc lors d’un bal de village. Il est mort dans la nuit. Trois autres personnes et un vigile ont été grièvement blessés, certains hospitalisés en urgence absolue. Voilà les faits. Ils suffisent. Un homicide volontaire est puni de trente ans de réclusion criminelle, la perpétuité en cas d’assassinat. Le droit dispose de tout l’arsenal nécessaire pour punir ce qui s’est passé à Crépol.

    Mais non. Il a fallu deux ans et huit mois d’instruction pour déterminer non pas ce qui a été fait, mais ce qui était pensé au moment où ça a été fait. Et vous applaudissez ce résultat. Vous venez d’entériner que la valeur d’une vie humaine dépend du contenu du cerveau de celui qui la supprime. Que le même couteau, dans le même thorax, tuant le même garçon, appelle des peines différentes selon les mots prononcés autour.

    C’est une monstruosité juridique. Et vous venez d’en réclamer l’application.

    Il y a dans une partie de notre camp un réflexe qui revient à chaque occasion, et qui est un aveu de défaite. On dissout une organisation d’extrême gauche : bien fait, ils dissolvaient aussi les nôtres. On poursuit un militant de gauche pour ses propos : parfait, ils poursuivaient les nôtres. On retient le racisme contre des agresseurs d’origine étrangère : enfin, ils le retenaient tout le temps contre les nôtres.

    Jamais l’idée de demander la suppression du dispositif. Toujours celle de réclamer qu’on nous l’applique aussi.

    C’est la psychologie du prisonnier qui ne demande plus la liberté mais une meilleure cellule. Qui a tellement intériorisé les barreaux qu’il ne conçoit plus la revendication que sous forme d’égalité de traitement dans l’enfermement.

    Et c’est un calcul stupide, en plus d’être une capitulation.

    Pourquoi vous perdrez à ce jeu

    Réfléchissez trente secondes à qui applique ces qualifications. Le parquet, hiérarchiquement soumis au garde des Sceaux. Les magistrats du siège, dont la sociologie et les inclinations syndicales ne sont un mystère pour personne. Les associations agréées habilitées à se constituer partie civile, dont la liste ne penche pas exactement de votre côté.

    Vous venez de confirmer la légitimité d’un outil qui sera manié, dans 95%des cas, contre vous. Vous avez obtenu une décision favorable dans un dossier — après deux ans et huit mois, contre l’avis du parquet, et grâce à l’obstination d’avocats et de parties civiles. Une victoire arrachée.

    Pendant ce temps, la même qualification tombe chaque semaine, sans débat, sans obstacle, sans deux ans d’instruction, contre des Français ordinaires pour une phrase de trop. Vous célébrez l’exception qui confirme le système. On vous a jeté un os pour que vous validiez la règle.

    Il existait une autre position. Elle est plus difficile à tenir, elle rapporte moins de likes, et elle est la seule cohérente.

    Supprimer du code pénal les circonstances aggravantes et atténuantes fondées sur le mobile.

    Pas les aménager. Pas les étendre. Les supprimer.

    Le droit pénal doit juger des actes, pas des pensées. Il doit établir ce qui a été commis, l’intention de le commettre — ce que les juristes appellent l’élément intentionnel, qui distingue le meurtre de l’homicide involontaire —, et rien de plus. Savoir si le meurtrier détestait la race de sa victime, sa religion, son orientation, ou simplement sa tête, n’a aucune pertinence pour mesurer le préjudice subi.

    Le mort est également mort. La famille est également détruite. Le corps social est également atteint.

    Prétendre le contraire, c’est affirmer qu’une vie humaine a une valeur variable selon ce qu’on pensait d’elle. Toute la construction juridique occidentale, depuis le droit romain jusqu’à la codification napoléonienne, reposait sur l’inverse.

    Le vrai basculement

    Il faut nommer précisément ce qui s’est produit.

    Le code pénal de 1810 était bref et sévère. Il définissait des actes, y attachait des peines, et laissait au juge une marge d’appréciation individualisée. Un meurtre était un meurtre.

    Le mouvement inverse s’est engagé à partir des années 1970 puis 1990, sous l’influence conjointe du droit international des droits de l’homme et du militantisme associatif. On a introduit le mobile discriminatoire, d’abord pour la race et la religion, puis pour l’orientation sexuelle, l’identité de genre, le handicap, l’état de santé, la précarité sociale.

    Chaque extension procédait d’une bonne intention. Chacune a produit le même effet : déplacer l’objet du procès pénal de l’acte vers la personne.

    Aujourd’hui, un tribunal ne juge plus seulement ce que vous avez fait. Il juge qui vous êtes, ce que vous pensiez, quelles étaient vos fréquentations numériques — souvenons-nous que dans le dossier de Crépol, des enquêteurs ont épluché les environnements numériques des mis en cause à la recherche de liens avec des contenus radicaux.

    C’est un glissement vers le procès d’intention. Il est une menace pour tout le monde, à commencer par ceux dont les opinions déplaisent au pouvoir du moment.

    Ce qu’il faut proposer

    Voici la position à défendre, et elle est parfaitement articulable en droit :

    Un. Suppression pure et simple des circonstances aggravantes tenant au mobile. Le meurtre est puni comme meurtre, quelle que soit la raison pour laquelle il a été commis.

    Deux. Maintien des seules circonstances aggravantes objectives, qui décrivent des faits et non des pensées : la préméditation, l’usage d’une arme, la vulnérabilité de la victime, le nombre d’auteurs, la qualité de dépositaire de l’autorité publique. Ce sont des éléments matériels, constatables, contradictoirement débattables.

    Trois. Suppression symétrique de l’excuse de minorité automatique pour les seize-dix-huit ans. Un homicide commis à dix-sept ans reste un homicide.

    Quatre. Restauration de peines planchers pour les crimes de sang et les récidives.

    Cinq. Cohérence assumée : cela signifie renoncer à voir sanctionner plus lourdement ceux qui nous détestent. Une position se paie. Celle-ci a le mérite d’être défendable devant n’importe qui.

    Cette position vous privera d’un plaisir immédiat. Vous ne pourrez plus jubiler quand la qualification tombe sur ceux d’en face.

    Elle vous donnera autre chose : un discours que personne ne pourra retourner contre vous.

    Aujourd’hui, quand vous protestez contre les poursuites visant vos militants pour délit d’opinion, on vous répond que vous réclamiez la même chose pour Crépol. Et on a raison de vous le répondre. Vous avez validé le principe, vous ne pouvez plus contester ses applications.

    Demain, si vous demandez la suppression pure et simple du dispositif, vous serez inattaquables. Vous défendrez l’égalité réelle devant la loi pénale, celle qui ne dépend pas de la couleur, de la religion ou des opinions de personne. Ce que la République prétend faire depuis 1789 et qu’elle a cessé de faire.

    Une victoire à ce prix n’en est pas une

    Thomas Perotto avait seize ans. Il aimait le rugby. Il est mort sur le parking d’une salle des fêtes de la Drôme, poignardé au thorax.

    Cela suffit. Cela devrait suffire. Nul n’a besoin d’établir ce que ses agresseurs pensaient de sa couleur de peau pour que le crime soit intégralement puni.

    Réclamer cette qualification, c’était accepter que sa mort, seule, ne pesait pas assez lourd. C’était mendier un supplément de justice là où la justice ordinaire aurait dû suffire.

    Nous n’avons pas besoin d’un droit qui nous protège en tant que Blancs. Nous avons besoin qui nous protège en temps que citoyens, et qui punisse également ceux qui les tuent.

    C’est plus exigeant. C’est plus juste. Et cela n’a pas d’autre nom que la civilisation dont nous prétendons être les héritiers.

    Yann Vallerie (Breizh-Info, 25 juillet 2026)

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  • La tentation de Paris...

    Les éditions de Paris - Max Chaleil viennent de publier un roman de Paul-François Paoli intitulé La tentation de Paris. Journaliste et chroniqueur au Figaro, Paul-François Paoli est l'auteur de plusieurs essais comme La tyrannie de la faiblesse (Bourin, 2010),  Pour en finir avec l'idéologie antiraciste (Bourin, 2012), Malaise de l'occident (Pierre-Guillaume de Roux, 2014), Quand la gauche agonise - La République des bons sentiments (Rocher, 2016) ou L'imposture du Vivre-ensemble de A à Z (Toucan, 2018).

     

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    " Quand Frédéric et Simon se rencontrent au lycée Henri IV, dans le courant des années 80, peu après l'élection de François Morand à la présidence de la République, ils ont la vingtaine et rêvent de briller dans le journalisme parisien. Simon, qui fréquente l'équipe de L'Impartial que dirige le pamphlétaire Jean-Denis Hébrard, ennemi personnel de Morand, entraîne Frédéric dans cet univers excitant. Lassés par les violences de L'Impartial, ils prétendent créer un nouveau titre mais faute d'argent, ils doivent renoncer à leur rêve de jeunesse. Frédéric deviendra chroniqueur dans un grand quotidien quand son ami préférera l'effacement du suicide aux impostures de la maturité. À travers ce roman dont la trame s'étend jusqu'au nouveau siècle, Paul-François Paoli compose le portrait d'une époque révolue – l'intelligence artificielle n'était pas de la partie – où des écrivains de renom innervaient de leur talent une presse écrite qui était encore puissante. Au fil de ces pages où l'on croise des excentriques, des femmes fatales, des mystiques et des voyous mais aussi des académiciens, des hommes d'affaires et des grandes plumes, l'auteur compose un tableau de mœurs qui est aussi un portrait nostalgique du Paris d'antan : celui des Illusions perdues."

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  • Gabriele Adinolfi : « L’utopie simpliste du souverainisme constitue un instrument de sabotage »...

    Vous pouvez découvrir ci-dessous un entretien donné par Gabriele Adinolfi à Breizh-Info à l'occasion de la sortie de son nouvel essai, décapant et stimulant, La révolution silencieuse (Editions du Paillon, 2026).

    Essayiste, théoricien et ancien activiste politique italien, Gabriele Adinolfi, qui est l’auteur notamment des Pensées corsaires (Editions du Lore, 2008), de Années de plomb et semelles de vent (Les Bouquins de Synthèse nationale, 2014) et de Le défi du futur (Éditions Synthèses, 2023), est rédacteur en chef de la revue Polaris et dirige le centre d’études éponyme. Il est aussi l'initiateur et l'animateur du réseau européen des Lansquenets.

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    Gabriele Adinolfi : « L’utopie simpliste du souverainisme constitue un instrument de sabotage »

    Breizh-info.com : Vous écrivez : « Nous assistons à des réajustements naturels, qui ne sont pas immédiatement, ni forcément politiques » tout en évoquant « un risque de logique binaire et antagoniste qui manipule cette pulsion pour la transformer en un dualisme paralysant où ses acteurs se neutralisent« . Qu’est-ce à dire ?

    Gabriele Adinolfi : Simplement que la réalité n’a jamais été aussi grossière et manichéenne qu’on la présente aujourd’hui dans le royaume des réseaux sociaux et du web, où l’on choisit systématiquement entre le blanc et le noir, sans plus chercher à développer une pensée qui ne soit pas un assemblage de slogans rageurs et hystériques.

    Nous pouvons aisément le constater chez les partis populistes, qui se nourrissent d’accusations simplistes, de plaisanteries dignes du café-théâtre et qui proposent d’absurdes oppositions entre le peuple et les élites. Ils ignorent totalement les processus historiques et civiques et font preuve d’un profond analphabétisme économique. Ils récupèrent ainsi une contestation qu’ils ne parviennent jamais à orienter stratégiquement, mais à laquelle ils attribuent volontiers des accents prophétiques dans un décor d’Apocalypse, comme s’il s’agissait d’une version, à la Woody Allen, du peuple élu en captivité.

    Ils n’apportent aucune véritable solution, ni aucune perspective à l’indignation et à l’exaspération générales ; bien au contraire, ils les mettent au service même de ce qu’ils prétendent combattre.

    Il suffit de penser au cas grotesque de l’AfD en Allemagne. Alors que la politique et la culture sont en crise à cause du wokisme, le principal parti populiste est dirigé par une lesbienne mariée à une immigrée, qui défend les droits LGBT et Israël, éprouve une certaine nostalgie de la Stasi et bénéficie du soutien des Américains ! En France, on n’en est peut-être pas à ce point, mais il y a aussi de quoi sourire, si l’on ne veut pas sombrer dans le tragique.

    Nous vivons une période de transition qui affecte aussi bien les cultures et les sociétés de nos nations que les relations internationales. Pourtant, sous l’effet de la stupidité binaire et du simplisme démagogique, tout cela est gaspillé de manière désastreuse, précisément au moment où des millions de voix se portent sur des forces politiques qui se révèlent dépourvues de sens dès l’instant où elles sont appelées à gouverner.

    Le désastre du gouvernement « jaune-vert » en Italie est emblématique [alliance entre le Mouvement 5 étoiles et la Ligue de 2018 à 2019, ndT], mais il ne semble pas avoir beaucoup servi de leçon. Nous n’avons pas besoin de démagogues, mais de responsables capables de réformer, voire de révolutionner. Le problème est que l’on ne pense plus qu’à hurler et à vociférer, en se contentant de se donner mutuellement raison au sein de véritables ghettos virtuels.

    Breizh-info.com : Vous opposez l’extrémisme, au radicalisme et à la révolution. Dans un pays comme la France, où, malheureusement le radicalisme est souvent exclusivement associé à l’islamisme, une petite parenthèse s’impose. Pourriez-vous éclairer nos lecteurs ?

    Gabriel Adinolfi : Être radical, c’est avoir des racines, s’enraciner et agir à partir de ses racines. L’extrémiste, en revanche, est quelqu’un qui aime jouer les fanfarons, vociférer et, d’une certaine manière, faire le pitre. Pour Lénine, l’extrémisme était la maladie infantile du communisme, et l’on ne peut certainement pas accuser Lénine d’avoir été un modéré !

    D’ailleurs, il existe plusieurs formes d’extrémisme. Lorsqu’il procède d’une conscience réelle des principes qui ont façonné une pensée, son exacerbation peut certes provoquer des dégâts, mais ceux-ci demeurent limités. En revanche, lorsqu’il ne repose sur aucun principe fondateur, l’extrémisme se réduit à une simple agitation.

    Un individu exalté qui s’en prend à ce qu’il considère, dans sa construction mentale et celle de son propre ghetto idéologique, comme la cause de tous les maux et qu’il estime devoir éliminer n’est, au fond, qu’un être qui s’agite et se consume dans l’amertume de sa propre impuissance chronique. Il n’a jamais une perception juste de son adversaire, ne connaît rien au véritable terrain d’action et, surtout, ne possède aucune alternative idéale ou existentielle à lui opposer — chaque jour, dans le réel, et non dans un hypothétique lendemain. Il n’est rien : il est un « anti- », mais il n’est pas.

    Ce n’est pas un hasard si, dans cette droite que je qualifie de « terminale », chaque débat finit par tourner autour de la question de savoir qui est le véritable ennemi. Plus personne ne sait qui il est lui-même, à quelle tradition il appartient ni quelles perspectives créatrices il est capable d’offrir.

    C’est pourquoi cette « droite terminale » vit, depuis des décennies, dans la frustration, le ressentiment, l’aigreur et le désespoir. Peut-être pourrait-on dire que son trait le plus caractéristique est tout simplement le malheur.

    S’enraciner signifie bien d’autres choses, toutes positives. Cela signifie aussi exorciser le spectre du « deep power », cette découverte récente du populisme, qui semble oublier qu’il a toujours existé et qu’il est bien plus important que des institutions interchangeables au gré des élections. Être radical ne consiste pas seulement à incarner une autre vision idéale ; cela signifie aussi construire, dans la vie quotidienne, des réalités solides, structurées et durables, afin de contester concrètement le monopole exercé par d’autres au sein du « deep power ».

    Celui qui s’enracine ne fait pas de bruit : il consolide. Évidemment, ceux qui ne voient que les apparences ignorent qu’il existe, à travers l’Europe, différentes réalités national-révolutionnaires profondément enracinées dans leur environnement, agissant à contre-courant avec efficacité. J’en parle dans mon livre.

    Breizh-info.com : « Les défauts, les limites, les distorsions comme les potentialités de Bruxelles sont déterminés par nous tous — et non l’inverse « . À rebours des discours souverainistes et anti-européistes, vous prétendez que l’édifice européen est le reflet des politiques nationales et l’expression des classes dirigeantes de chaque pays. Les citoyens ont donc tort de voir en cet édifice une superstructure qui impose ses directives sans véritable consultation démocratique ?

    Gabriele Adinolfi : Indépendamment du fait que le processus historique de l’Union européenne trouve ses origines en 1940 et que, contrairement à ce qu’affirment les souverainistes, il a toujours été combattu par les Américains, ce que j’avance n’est nullement une affirmation philosophique. La Commission européenne, à Bruxelles, est élue par le Parlement européen, lequel est élu par les citoyens des États membres. Elle reflète donc l’ensemble des réalités nationales, avec toutes leurs limites et leurs déformations. Qu’elle devienne ensuite une sorte de porte-voix ne signifie pas que ce qu’elle diffuse ne provienne pas directement de ceux qui la portent, c’est-à-dire des différents systèmes nationaux européens, avec leurs bourgeoisies atteintes d’un véritable SIDA spirituel et culturel, un mal qui ne vient pas de l’Union européenne mais qui s’y déverse, comme partout ailleurs.

    La fable selon laquelle on ne sait trop qui — et je sais bien que certains, à coups de clins d’œil partagés et de coups de coude complices, prétendent « savoir » de qui il s’agit ; c’est tellement plus commode… — aurait construit l’Union européenne dans le but de détruire les nations, est totalement dépourvue de fondement.

    Comme je l’explique en détail dans mon livre « La Révolution silencieuse« , il faut distinguer la dynamique européenne — que je considère depuis toujours comme profondément positive — du modèle institutionnel, lequel, lui, doit être révolutionné. Mais prétendre que, parce que nous rejetons un certain modèle, la dynamique européenne elle-même, et plus encore l’appartenance à l’Europe, seraient condamnables, revient à dire que si quelqu’un n’aime pas la Ve République, il devrait quitter la France ou chercher à la détruire.

    Sans même prendre en compte la dimension historique et politique, cette dynamique est précisément ce qui a permis de dépasser, au moins en partie, la condition de servitude qui nous a été imposée à Yalta à partir de 1945. C’est aussi pourquoi l’utopie simpliste du souverainisme constitue un instrument de sabotage entre les mains des puissances qui sont hostiles à notre civilisation.

    Breizh-info.com : L’Union européenne est fréquemment perçue comme une instance décisionnelle fantomatique, voire nocive, dont les décisions ont fortement sapé les structures industrielles nationales à l’instar des sanctions économiques suicidaires imposées à la Russie, qui impactent de plein fouet les entreprises en provoquant une augmentation drastique de leur facture énergétique. Dans votre livre, vous faites au contraire la liste des avancées, des programmes et des partenariats réalisés au sein de l’UE. N’allez-vous pas vite en besogne ?

    Gabriele Adinolfi : Je réaffirme que je ne suis pas un défenseur du modèle actuel de l’Union européenne et que je suis favorable à son dépassement. À son dépassement, non à son démantèlement.

    À l’exception des sanctions contre la Russie qui, du point de vue économique et énergétique, peuvent être interprétées de différentes manières mais qui, sur le plan politique, représentaient le minimum indispensable de ce qui devait être fait, on continue à présenter les décisions économiques des prétendues élites comme si elles relevaient de simples caprices ou de complots. Or, ce sont malheureusement les lois du capitalisme qui sont à l’œuvre, et nous subissons tous — autre point que j’explique dans mon livre — la montée en puissance de l’Asie ainsi que notre propre déclin démographique.

    Certaines décisions, qui me paraissent désastreuses, notamment dans le domaine industriel, ne sont pas prises ainsi parce qu’il existerait une volonté dirigiste de l’Union européenne ; elles le sont précisément parce que cette volonté fait défaut et empêche une stratégie commune.

    J’explique également dans mon livre que, parmi les deux grandes lignes de fracture qui structurent la situation internationale, l’une d’elles remet en jeu certains « players » dans le cadre du multialignement et se révèle, de ce fait, plutôt favorable à l’Europe. Les agressions inconsidérées de la Russie contre l’Ukraine et au Sahel, menées avec le large assentiment des États-Unis, ont contribué à relancer un protagonisme européen qui se développe parallèlement aux institutions existantes et en contournant les traités.

    Cela démontre qu’il est nécessaire d’aller au-delà de l’Union européenne telle qu’elle existe aujourd’hui, mais surtout que les trajectoires américaine et européenne sont, objectivement, divergentes.

    Breizh-info.com : Vous appelez de vos vœux une transformation en profondeur de l’Union européenne, sans « la démolir, ni la saboter ». Mais avec des systèmes démocratiques complètement verrouillés, comment de nouvelles classes dirigeantes pourraient-elles s’imposer ? 

    Gabriele Adinolfi : Il n’existe pas, et il n’a jamais existé, de système qui ne soit pas « verrouillé ». Pourtant, tous finissent par changer sous la force des choses, à travers la crise spirituelle et culturelle de ceux qui les administrent, ainsi que par le réveil vitaliste d’avant-gardes au sein des peuples.

    Ce sont là des signes que je crois discerner. Encore faut-il être capable de respirer avec son époque, de percevoir les ferments du réveil lorsqu’ils apparaissent, sans plaquer sur le réel des schémas momifiés et en dépassant les réflexes conditionnés.

    Sur ce point également, je constate l’effondrement d’un certain milieu enfermé dans la logique de ce que j’appelle la « droite terminale ». On reproche aux systèmes qui nous déplaisent de ne pas être démocratiques et l’on poursuit une sorte de pureté démocratique qui, non seulement n’a jamais existé, mais constitue en elle-même une aberration. Ce n’est pas ainsi que l’on entre en concurrence avec un système ; la confrontation se joue à un niveau bien plus profond.

    Comment faire ? Je ne suis pas un visionnaire, mais certaines choses me paraissent parfaitement claires et, pour ma part, je m’efforce d’y contribuer concrètement. Là encore, dans mon livre, les exemples pratiques ne manquent pas. Je crois même qu’il s’agit de la partie la plus intéressante de l’ouvrage, bien que ce soit aussi celle sur laquelle on m’interroge le moins.

    Breizh-info.com : Vos détracteurs vous reprochent une forme de « russophobie ». En affirmant que la critique de l’OTAN repose sur des « mystifications » et en qualifiant la Russie de puissance « anti-européenne » historiquement hostile à nos libertés, ne risquez-vous pas de sous-estimer l’impérialisme américain au sein de l’alliance atlantique ?

    Gabriele Adinolfi : Mais c’est précisément l’inverse ! Quiconque m’a écouté ou lu depuis le 24 février 2022 ne peut pas ne pas avoir compris que mon accusation envers la Russie est d’être le « collègue junior » et le service CRS des Américains !

    Ce sont les Russes qui ont ressuscité l’OTAN et qui ont provoqué son élargissement ; ce sont eux qui ont rompu les ponts avec nous, et non l’inverse. Ce n’est pas ma faute si l’histoire n’enseigne rien et si presque personne ne prend le temps d’observer les éléments, de relier les faits et d’en tirer les conséquences.

    Je comprends que, pour un courant qui ne possède pas d’idées propres mais seulement des contre-idées, disposer d’un parrain, éventuellement capable de le financer avec quelques sous, comme la Russie, soit très pratique. Mais si, au lieu de lire ce que disent des propagandistes sectoriels comme Douguine (tout en détournant le regard lorsqu’il affirme que les Africains sont supérieurs aux Européens), ils suivaient la propagande officielle du Kremlin et les décisions politiques qu’il prend réellement, ils ne pourraient plus être pro-russes.

    Il suffit de penser à l’exaltation de l’immigration subsaharienne qui a accompagné, au Niger, l’abolition du délit de trafic d’êtres humains dès la chute du pays sous influence russe. Cette évolution a également été accompagnée par les déclarations officielles de Lavrov et de Poutine lui-même sur les Européens qui devraient être punis pour les crimes coloniaux, ainsi que sur la nécessité de l’avènement, chez nous, d’une civilisation parfaite qui serait, selon eux, métissée.

    Que les Russes n’aient jamais considéré les Américains comme leurs véritables ennemis — eux qui leur fournissent d’ailleurs de l’uranium destiné à leurs bombes atomiques — est une évidence. Tout comme il est évident que leur ennemi déclaré c’est nous, les Européens. Pas l’Union européenne : l’Europe.

    Le Kremlin a précisé qu’il s’agissait de l’Europe des cinq derniers siècles, allant même jusqu’à y inclure les Croisades.

    Mais il y a plus encore. On a volontairement ignoré toutes les déclarations et toutes les décisions israéliennes qui, dès le premier jour du conflit, ont été systématiquement favorables à la Russie. On n’a pas compris qu’il existe une chaîne de pouvoir, héritière de celle de Yalta, qui relie des centres de décision américains, russes et israéliens, tous unis avant tout — et de manière fanatique — contre l’Europe.

    Je retourne donc la critique aux pro-russes : ne comprenez-vous pas que c’est précisément vous qui, en réalité, soutenez l’impérialisme américain ?

    Breizh-info.com : Vous faites état du manque de colonne vertébrale idéologique et de formation au sein des mouvements populistes et identitaires et vous déplorez que la conscience doctrinale ait été remplacée par une forme d’instinct. On ne saurait vous donner tort, mais comment y remédier ?

    Gabriele Adinolfi : La tentation qui me vient spontanément est de dire : aller voir un psychiatre. Car depuis la chute du mur de Berlin, au moment même où les faits nous ont donné raison sur tant de points, on a préféré l’antagonisme bavard à toute forme de protagonisme. Et ce n’est pas un problème idéologique, mais un symptôme psychique préoccupant.

    Si l’on effaçait tout ce qui a été affirmé dans un certain milieu depuis 1990, ce ne serait peut-être pas une mauvaise chose : car presque tout cela ressemble à une sorte de virus provoquant une immunodéficience.

    Cependant, parce que je vois dans de nombreux pays d’Europe de très jeunes personnes à l’esprit libre, dotées d’une juste perception des choses et capables de s’orienter vers les fondamentaux de notre civilisation ainsi que vers la tradition historico-politique qui devrait être la nôtre — pas seulement sous la forme de tatouages — je suis devenu optimiste. Mais il faut malgré tout agir sur soi-même pour sortir de la torpeur acide que nous nous sommes imposée.

    Là encore, je crois avoir apporté une réponse dans mon livre. Je ne suis pas en train d’en faire la promotion, ce qui me répugne ; c’est simplement que je devrais faire des copier-coller et qu’à la fin l’interview deviendrait interminable.

    Breizh-info.com : Vous avez coutume de dire que notre pire ennemi, c’est nous-mêmes. Mais, votre ouvrage, loin d’être un simple constat de nos faiblesses, est aussi un message pour les nouvelles générations de militants et celles qui ont vocation à le devenir. Un mot de la fin à leur attention ?

    Grabriele Adinolfi : En réalité, je ne m’adresse pas aux jeunes générations : j’essaie plutôt de recevoir le message qu’elles portent, un message qui existe, parfois de manière subtile, mais qui est bien réel et souvent positif. Lorsque je rencontre des jeunes lors de mes conférences — beaucoup de lycéens, mais parfois même des adolescents de treize ou quatorze ans — j’ai l’habitude de leur dire que ce sont précisément les réseaux sociaux qui les ont sauvés. Ceux-ci se sont développés en séparant des générations qui, en utilisant certains réseaux et pas d’autres, finissent par s’ignorer complètement. Car nous, avec notre lourdeur, notre aigreur et notre défaitisme cosmique, n’avons pas eu la possibilité de les déformer.

    Je suis heureux de contribuer à leurs croissances autonomes et singulières avec mon expérience, mais c’est leur message concret que je cherche à percevoir, bien davantage que d’en lancer un moi-même.

    Une révolution silencieuse repose avant tout sur la capacité à écouter et à vibrer ensemble, non sur la prétention d’endoctriner de la part de ceux qui généralement n’ont jamais l’honnêteté, humilité ni le courage de se remettre continuellement en question.

    Nous devons sortir de la mentalité et de l’existence fossilisées qui se sont imposées à nous dans cette phase terminale.

    Gabriele Adinolfi, propos recueillis par Audrey d'Aguano (Breizh-Info, 31 juillet 2026)

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