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Métapo infos - Page 8

  • Que sommes-nous devenus ?...

    Les éditions du Seuil viennent de publier une nouvelle enquête de Jérôme Fourquet, associé à Ruben Rabinovitch, intitulée Homo occidentalis.

    Analyste politique, expert en géographie électorale et directeur du département Opinion à l’IFOP, Jérôme Fourquet est déjà l'auteur, notamment, de L’Archipel français (Seuil, 2019), de La France sous nos yeux (Seuil, 2021), avec Jean-Laurent Cassely,  et de La France d’après - Tableau politique (Seuil, 2023).

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    " Un nouvel homme est en train d’advenir.
    Notre rapport à l’amour et à la mort, au corps et à la sexualité, à la famille et au désir d’enfant, à l’autorité et à la collectivité, tout a changé en l’espace de quelques générations seulement. Ces bouleversements affectent notre psyché en profondeur et engendrent de nouvelles formes de souffrance individuelle.
    C’est ainsi que, depuis la mort de Dieu et la fin des grandes espérances collectives, toutes les sociétés occidentales sont confrontées à une série de mutations fondamentales. Le réaménagement des structures familiales et des modèles éducatifs, l’affaiblissement de la légitimité parentale et la décrédibilisation des figures traditionnelles d’autorité produisent de nouveaux comportements individuels dont rendent compte, avec toujours plus d’acuité, les données statistiques et la parole des patients dans le cabinet du thérapeute.
    L’analyste politique et le psychanalyste conjuguent ici leurs savoirs et leur expérience, poussant leur enquête au-delà des frontières de l’Hexagone, afin de saisir l’homo occidentalis dans son épaisseur subjective et culturelle. D’une génération à l’autre, il investit toujours davantage l’espace social de son narcissisme et de sa solitude, de son autonomisation sans limites et de ses addictions, de son instabilité et de sa dépression.
    Comment s’y prendre pour ranimer la vie en société de telle façon que chacun retrouve le goût de vivre ?"

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  • Un grand débat sur la remigration...

    Nous reproduisons ci-dessous un débat entre Alain de Benoist et Jean-Yves Le Gallou sur la question de la remigration...

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    Alain de Benoist et Jean-Yves Le Gallou : le grand débat sur la remigration

    ÉLÉMENTS : Vous évoquez dans le dernier éditorial d’Éléments la possibilité de « mettre en œuvre une politique d’inversion des flux migratoires ». Jean-Yves Le Gallou, lui, parle de remigration. N’êtes-vous pas en train de vous disputer sur le mot plus que sur la chose ? Qu’est-ce qui vous sépare : l’ampleur, les moyens ou le principe même de la remigration ?

    ALAIN DE BENOIST. Les définitions de la remigration données par ceux qui souhaitent la mettre en œuvre varient beaucoup. Plus que d’accord ou de désaccord, il s’agit de savoir, non seulement où commence la remigration, mais où elle s’achève. Dans son livre sur la remigration, Jean-Yves Le Gallou énumère les premières catégories visées : les clandestins, les parasites, les délinquants, etc. Je suis jusque-là entièrement d’accord avec lui (d’accord aussi sur la suppression du droit du sol). Pour toutes ces catégories, Jean-Yves Le Gallou énumère des motifs d’expulsion parfaitement acceptables. Ces motifs concernent des choses qu’il est légitime de reprocher aux membres de ces catégories – des choses qu’ils ont faites (ou qu’ils n’auraient pas dû faire), des règles qu’ils n’ont pas respectées, des comportements répréhensibles. Mais ces catégories ne représentent qu’une fraction de la population d’origine immigrée : trois millions peut-être, dans le meilleur des cas. Quid des autres (la majorité), pour lesquels aucun de ces motifs n’est valable ? Dans les dix pages de son livre qu’il consacre au « rapatriement », Jean-Yves Le Gallou ne s’étend guère sur le sujet et laisse subsister le flou. C’est la raison pour laquelle on peut se poser des questions. Si l’on cesse de sanctionner des individus pour ce qu’ils ont fait, et qu’on commence à les sanctionner pour ce qu’ils sont, on est dans une perspective totalement différente. On ne sanctionne plus des délinquants, on désigne des hommes en trop. J’aimerais donc savoir si l’on veut enrayer les flux migratoires ou engager un processus de nettoyage ethnique ? Ce n’est pas la même chose. Mon idéal politique n’est pas un État raciste ou ségrégationniste.

    Les races existent, le reconnaître n’a rien de raciste. Depuis plus de cinquante ans, la Nouvelle Droite s’est prononcée pour un antiracisme de type ethnopluraliste ou différentialiste. En clair : ni apartheid ni métissage généralisé. Cette position n’a pas cessé d’être la mienne. J’ai écrit trois livres contre le racisme (l’un d’eux, paru en Espagne, s’intitule d’ailleurs Contra el racismo), dans lesquels je dis pourquoi les théories racistes sont à mon avis aussi fausses que nuisibles. Le racisme, maladie infantile de la métaphysique de la subjectivité, est à mes yeux une idéologie moderne, dont les origines sont à rechercher dans les contradictions internes de l’historicisme universaliste. L’histoire a montré par ailleurs que toute politique fondée sur la race est vouée à l’échec. Je condamne donc sans réserve toute forme de racisme (y compris bien sûr, et au premier chef, le racisme antiblanc). Cela vaut aussi pour l’occidentalisme quand il emprunte le costume impolitique du « nationalisme blanc ».

    ÉLÉMENTS : Alain de Benoist parle du « verrou des juges », vous d’un JUGEXIT. Les différentes juridictions, françaises et européennes, ne sont-elles pas aujourd’hui le principal obstacle à une politique de remigration ?

    JEAN-YVES LE GALLOU. Le JUGEXIT c’est faire sauter le verrou des juges. Un exemple : les hommes politiques proposent régulièrement de priver d’aides sociales les parents d’enfants délinquants. Mais c’est impossible tant que le Conseil constitutionnel censure les lois. D’autres proposent de mettre en place des mécanismes de préférence ou de priorité nationale : là aussi impossible sans passer par-dessus le Conseil constitutionnel. Il faut aussi bousculer le Conseil d’État, les tribunaux administratifs et la Cour nationale du droit d’asile (CNDA). Bref, il faut que le pouvoir politique reprenne le… pouvoir. Et pas seulement en France. Les tribunaux judiciaires en Italie, la Haute Cour de justice en Grande Bretagne, la Cour constitutionnelle de Karlsruhe en Allemagne et la Cour de justice de l’Union européenne à Bruxelles sont des puissances paralysantes qui ont la haute main sur les politiques de sécurité et d’immigration.

    ÉLÉMENTS : Vous avez pu évoquer à propos de la remigration un risque d’arbitraire politique quand bien même il s’agirait d’un choix souverain. Soit. Mais alors pourquoi le retour du politique serait-il légitime contre le gouvernement des juges (ou l’État de droit) et illégitime quand il faut décider les critères d’appartenance à une communauté politique ? À tout prendre, le choix de la remigration ne relève-t-il pas des catégories chères à Carl Schmitt : qui décide, qui est souverain ? Le droit ou le politique ?

    ALAIN DE BENOIST. Je comprends mal votre question. L’arbitraire, qui définit une décision non motivée par une nécessité rationnelle ou logique, n’est nullement synonyme de souveraineté. Souhaiter le retour du politique est une chose (à laquelle je souscris bien sûr), évoquer la nécessité d’éviter de commettre des fautes politiques ou rappeler que le pouvoir politique peut aussi dégénérer, non en « dictature » au sens romain du terme, mais en despotisme ou en tyrannie, en est une autre. En démocratie, l’équilibre s’établit à la fois par la décision (en haut) et le consentement (en bas), c’est-à-dire par la conjonction de la souveraineté nationale et de la souveraineté populaire.

    ÉLÉMENTS : C’est une chose de dire que la main du politique ne doit pas trembler, c’en est une autre de déterminer les critères d’appartenance à la nation française ou à l’Europe. Prenons un Français de troisième génération, binational, marié à une Française, avec des enfants français : sur quel fondement décide-t-on qu’il doit remigrer ? Et où, sachant qu’un tel homme n’a peut-être jamais mis les pieds dans son pays d’origine (ou ses pays) ?

    JEAN-YVES LE GALLOU. Il y a beaucoup de monde à remigrer avant même de poser la question bien réelle des binationaux : les illégaux (1 million), les délinquants étrangers en circulation (100 000 à 200 000), les étrangers vivant principalement, sinon exclusivement, d’aide sociale ou de chômage (2 millions). Il faut surtout – surtout – arrêter toute immigration nouvelle. Reste bien sûr la question des binationaux. Il faut en distinguer trois catégories : les binationaux assimilés (pas de problème) ; les binationaux inassimilés, mais non hostiles (il faut les encourager, sans les forcer, à repartir : ils seront mieux dans le pays d’origine), les binationaux inassimilés et hostiles. Ces derniers doivent être déchus de la nationalité lorsqu’ils sont délinquants ou participent à des manifestations hostiles aux Français et à la France. Dit autrement : les parents des délinquants et des émeutiers doivent dégager avec leur progéniture. Précisons que beaucoup de binationaux ont, comme vous dites, déjà « mis le pied dans le pays d’origine » : ils appellent ça « retourner au bled ». Voilà comment cela se passe : ils partent généralement avec un passeport algérien (et autre) et reviennent avec le passeport français.

    ÉLÉMENTS : Vous écrivez que les partisans de la remigration sont de « très grands optimistes », parce qu’ils pensent la catastrophe encore évitable, tandis que vous estimez qu’« elle a déjà eu lieu ». Alain de Benoist : votre réalisme ne risque-t-il pas de devenir un fatalisme ? Jean-Yves Le Gallou : votre volontarisme ne risque-t-il pas de prendre ses désirs pour des réalités ?

    ALAIN DE BENOIST. Ne confondez pas la lucidité et la résignation, le pessimisme et l’amor fati. Pour avoir annoncé le déclin de l’Occident, Oswald Spengler fut constamment accusé de « pessimisme » ; on voit aujourd’hui ce qu’il en est. Si j’avais jamais eu la tentation du fatalisme, je ne me serais certainement pas engagé sur la voie que j’ai choisie. J’ai toujours pensé au contraire que, même dans la nuit la plus noire, il faut œuvrer au retour de la lumière. Mais encore faut-il rester réaliste, comme disait Julien Freund. La politique consiste à rendre possible ce qui est nécessaire, pas à rendre nécessaire ce qui est impossible ! Se fixer pour programme de vider la France de près d’un tiers de sa population actuelle ne me paraît ni possible ni raisonnable. On ne commet pas une bonne action en répétant comme un mantra qu’« il suffit de vouloir », qu’il ne faut pas « désespérer Billancourt » et que « la foi déplace les montagnes ». Désolé, mais les montagnes ne bougent pas. Et quand on fait la guerre, mieux vaut ne pas se bercer d’illusions sur la configuration du champ de bataille. Sans cela, on débouche sur l’échec et la désillusion. Une précision, au passage : la « catastrophe » dont vous parlez correspond pour moi à la domination du monde par les valeurs du capitalisme planétaire. C’est pourquoi je pense que, même si le problème de l’immigration ne s’était jamais posé (mais il se pose !), nous continuerions à vivre dans un monde abject.

    JEAN-YVES LE GALLOU. On peut choisir effectivement de ne rien faire. À condition d’en apprécier les conséquences :

    1°/ Le basculement démographique lorsque, dans huit à quinze ans, les nouveau-nés européens seront minoritaires dans les maternités en France (et dans d’autres pays voisins). Bref, la disparition de l’identité d’origine.

    2°/ Le basculement électoral au profit des partis de gauche les plus immigrationnistes d’ici dix ans. Voire avant. Parce que le vote des électeurs de souche se partage entre les différents partis alors que les votes communautaires des minorités se concentrent sur l’extrême gauche (en France sur LFI, en Allemagne sur Die Linke). À terme, c’est la perte de la souveraineté pour le peuple d’origine.

    Bref, si on constate le Grand Remplacement (réalité démographique) et le racisme antiblanc (réalité sociologique), alors on n’a pas d’autre choix que d’œuvrer pour la remigration. En élargissant la fenêtre d’Overton et en soulignant l’extrême urgence de la remigration.

    Une précision quand même sur les chiffres ! Même dans sa définition la plus maximaliste, la remigration ne concerne pas « le tiers de la population française ». Ne nous cachons pas derrière notre petit doigt, chacun sait bien que le problème est celui de l’immigration extra-européenne – en particulier musulmane et africaine. Alors regardons les chiffres : il y a (hors clandestins) 4 millions d’étrangers non européens ; en tant qu’étrangers, ils n’ont aucun droit au séjour permanent. Quant aux binationaux extra-européens, ils sont de l’ordre de 7 millions. Encore une fois, pas de souci avec ceux qui sont assimilés. Mais les racailles qui insultent les Français, brûlent les lycées, agressent les « gwers » n’ont pas leur place en France. Qu’Alain de Benoist et ceux qui nous lisent se rassurent : cela ne fait pas 23 millions de personnes !

    ÉLÉMENTS : Comment peut-on défendre la remigration tout en se proclamant libéral et capitaliste ? N’y a-t-il pas une contradiction à promouvoir une économie de marché reposant sur la libre circulation de tout, sauf des hommes ? Autrement dit, comment faire la remigration sans du même coup faire le choix de la démondialisation ?

    JEAN-YVES LE GALLOU. Il suffit d’observer les faits : le Japon est libéral, capitaliste, mondialisé, mais il reste fermé à l’immigration. Les États-Unis sont libéraux, capitalistes, mondialisés, mais ils ont entrepris une politique de remigration, portée par Trump, Vance et Musk. Et je ne parle pas de la Chine.

    En économie de marché, les ajustements se font par les prix : si la main-d’œuvre est rare dans un secteur, alors il faut améliorer les conditions de travail et de salaire.

    Il faut aussi légaliser la préférence nationale, qui est aujourd’hui interdite : ainsi un restaurateur (ou un professionnel du BTP) n’a pas le droit de choisir des employés français ou d’origine européenne. S’il le fait, il sera pénalement poursuivi et s’exposera à des sanctions sévères. Voilà une loi qui pourrait être abrogée avec des conséquences positives pour les libertés et pour l’identité.

    Et puis regardons les faits : encore plus qu’une immigration de travail, ce que nous subissons, c’est une immigration de prédation sociale. Là encore, prenons un exemple : le taux de chômage en Seine-Saint-Denis est supérieur de 50 % à la moyenne de l’Île-de-France et il y a dans ce département 84 000 foyers bénéficiaires du RSA et 949 000 bénéficiaires des différentes prestations de la CAF. C’est l’État-providence qui est une pompe aspirante à l’immigration. Les sociaux-démocrates danois l’ont bien compris : pour protéger leur modèle social, ils en ferment l’accès au monde entier. Bref, on peut entreprendre beaucoup de choses sans faire un préalable de la sortie du capitalisme mondialisé pour les uns ou de l’Union européenne pour les autres.

    Je reconnais néanmoins l’efficacité du communisme pour éviter l’immigration : en dix ans de chavisme (2015-2026), aucune entrée d’immigré au Venezuela, mais 5 millions de sorties de Vénézuéliens.

    ALAIN DE BENOIST. Je l’ai écrit dans l’éditorial du dernier numéro d’Éléments : l’immigration est une invention du capitalisme, ou du moins l’une de ses conséquences. « L’économie demande massivement de l’immigration », proclame Patrick Martin, président du Medef – ce qui a au moins le mérite de la clarté. La société de marché obéit à la seule loi de l’offre et de la demande. Elle ignore les peuples et ne connaît que des individus, elle ignore les citoyens et ne connaît que des consommateurs. Quand des pays capitalistes refusent l’immigration, ils ne peuvent le faire qu’en violation de leurs principes. En d’autres termes, ils chérissent les causes dont ils refusent les conséquences. C’est tout le problème du conservatisme libéral.

    ÉLÉMENTS : Alain de Benoist, vous rappelez le trilemme suivant : immigration, croissance ou natalité. En situation de dénatalité, impossible de conserver simultanément la croissance économique et la continuité ethnique et culturelle sans immigration. Lequel de ces termes sacrifieriez-vous ?

    ALAIN DE BENOIST. J’ai là aussi clairement donné ma réponse dans l’éditorial déjà cité : « En période de crise démographique, lutter contre l’immigration de masse implique de ne plus faire de la croissance un absolu. » C’est la raison pour laquelle je rejette à la fois le choix des dirigeants européens actuels, qui s’imaginent pouvoir concilier la croissance et la « maîtrise de l’immigration », comme ils s’imaginent pouvoir « moraliser le capitalisme » ou s’en remettre au « développement durable », et celui du Japon, qui mise tout sur la robotique, participant ainsi du grand remplacement de l’homme par la machine (vous me permettrez d’ajouter que, si je suis malade, je préfère, et de loin, avoir à mon chevet une aide-soignante immigrée plutôt qu’un robot !).

    JEAN-YVES LE GALLOU. La continuité ethnoculturelle est évidemment prioritaire. La population peut diminuer, si elle garde son identité. Il sera possible de répartir en avant. Si elle est diluée dans un chaos multiracial et multiculturel, ce sera plus difficile. Bref, mieux vaut suivre le modèle du Japon que celui de l’Angleterre. Tant qu’il restera des Européens de sang et d’esprit, tout sera possible.

    ÉLÉMENTS : Citoyenneté ou identité ? Préférence nationale ou préférence civilisationnelle ? Si l’appartenance ne peut produire aucun autre critère que la nationalité juridique, que faire pour maintenir un droit des peuples européens à leur continuité historique ?

    ALAIN DE BENOIST. Préférence civilisationnelle. Mais peut-être faudrait-il dire plutôt : citoyenneté ou nationalité ? Si les peuples européens veulent poursuivre leur histoire et se doter d’un destin, la première des règles est de voir ce qui devrait crever les yeux, à savoir que nous entrons dans un monde d’un type jamais vu. Les nationalismes jacobins, tout comme les « valeurs de la République une et indivisible », ne sont plus en mesure de régler quoi que ce soit. Les nations ne peuvent pas devenir multiculturelles ou multiethniques sans se désintégrer. Ce n’est pas le cas des empires (ou des fédérations). L’Europe future se fera avec tous ceux qu’elle aura su convaincre de participer à son destin impérial.

    JEAN-YVES LE GALLOU. C’est un sujet particulièrement délicat. L’identité est le socle de la cité. Or, nous avons galvaudé notre citoyenneté en accordant automatiquement ou demi-automatiquement la nationalité à des gens venus d’ailleurs dont bien peu ont pu, voulu ou su s’assimiler à notre culture et à notre civilisation. On ne peut nier qu’il y a un problème avec certains binationaux. Dans l’immédiat trois directions me semblent souhaitables :

    1°/ L’abrogation du droit du sol différé, c’est-à-dire l’acquisition automatique de la nationalité française à 13 ans ou 18 ans. Pour les enfants d’étrangers nés en France ;

    2°/ Un moratoire des naturalisations pour ne pas aggraver le problème ;

    3°/ La déchéance de la nationalité des binationaux inassimilés et hostiles.

    Comment ne pas penser à Renaud Camus : « Il en va des nations comme de l’éducation, elles ont leur fondation dans la ségrégation. »

     

    Alain de Benoist et Jean-Yves Le Gallou, propos recueillis par François Bousquet (Site de la revue Éléments, 5 octobre 2026)

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  • Philosophie écologiste...

    Les éditions Hétairie viennent de publier un essai de Roger Scruton intitulé Philosophie écologiste.

    Philosophe conservateur anglais, Roger Scruton est l'auteur de nombreux essais dont quelques uns ont été traduits en français, comme De l'urgence d'être conservateur (Toucan, 2016), Conservatisme (Albin Michel, 2018) ou L'erreur et l'orgueil - Penseurs de la gauche moderne (Toucan, 2019).

     

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    " Depuis plusieurs décennies, la défense de l’environnement semble indissociable d’un même programme : réglementations toujours plus nombreuses, institutions supranationales, restrictions, planification et transformation radicale de nos modes de vie.

    Roger Scruton propose une autre voie.

    Une écologie fondée non sur la culpabilité, mais sur la responsabilité ; non sur la contrainte venue d’en haut, mais sur l’initiative locale ; non sur le rejet de notre civilisation, mais sur l’attachement à ce que nous avons reçu et que nous voulons transmettre.

    Car nous prenons soin de ce que nous aimons.

    Notre maison. Notre village. Nos paysages. Notre pays. Le monde familier dont nous nous sentons responsables.

    Scruton donne un nom à cet attachement : l’oikophilie, l’amour du foyer.

    Dans cet ouvrage majeur, il montre pourquoi le conservatisme et l’écologie, loin d’être opposés, procèdent au fond d’une même intuition : préserver un héritage afin de pouvoir le transmettre."

     

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  • Qu'est-ce que la France ?...

    Vous pouvez découvrir ci-dessous une longue analyse de Julien Rochedy consacrée à la France et à son histoire. Un plaidoyer intéressant pour le patriotisme gaulois contre le centralisme romano-parisien !

    Publiciste et essayiste, Julien Rochedy, qui est une figure de la mouvance identitaire, a déjà publié plusieurs essais dont Nietzsche l'actuel,  L'amour et la guerre - Répondre au féminisme, Philosophie de droite, Surhommes et sous-hommes - Valeur et destin de l'homme (Hétairie, 2023), Qui sont les Blancs ? - Généalogie d'une identité interdite (Hétairie, 2025) et, dernièrement, Le temps du Centaure (Hétairie, 2026).

     

                                              

    Chapitres :

    00:00:00 : Quelle France voulons-nous sauver ?

    PARTIE I Réalités gauloises 00:16:45 L'isthme gaulois 00:28:52 La souche française 00:45:02 Le caractère gaulois

    Partie II L'Etat romain 00:53:20 La matrice impériale 01:02:57 L'empire perdu 01:18:10 Le rêve capétien 01:42:17 Dominer l'Europe 01:59:00 Grandeur et désillusion

    Partie III La France 02:12:35 Sa propre colonie 02:29:24 La capitale et rien 02:47:23 Le Mal français 02:58:46 L'idéologie parisienne

    Partie IV Pitié pour les Français 03:11:25 Honneur, égalité et rire 03:27:00 Pour un nouveau patriotisme

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  • Ceux de l'infini...

    Les éditions Calmann-Lévy viennent de publier un court roman d'Erik L'Homme intitulé Ceux de l'Infini. Un voyage en Terre de feu qui ravira les lecteurs de La nuit commence au Cap Horn de Saint-Loup ou ceux de Qui se souvient des hommes... ou de Adiós, Tierra del Tuego, de Jean Raspail.

    Déjà connu comme l'auteur de plusieurs séries de qualité dans les collections de littérature de jeunesse, voyageur méditatif, grand marcheur et esprit libre, Erik L'Homme est déjà l'auteur de quatre romans, Déchirer les ombres (Calmann-Lévy, 2018), Un peu de nuit en plein jour (Calmann-Lévy, 2019), Cosaques blues (Calmann-Lévy, 2022) et Les Murmures du ciel ou quand revient Jeanne (Héloïse d'Ormesson, 2023).

     

     

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    « Seuls leurs fantômes désormais hantent les prairies, les forêts humides mangées par les lichens gris, les lacs profonds et les montagnes enneigées, les plages froides, dans l’interminable jour de l’été austral. »

    En cette fin de XIXe siècle, quelques Selk’nam vivent encore en Terre de Feu, à l’extrême sud du continent américain. Mais ils sont toujours trop nombreux au goût des grands propriétaires terriens, qui promettent aux hommes de leurs estancias une livre sterling pour chaque oreille coupée. Dans ces heures sombres où se joue l’anéantissement d’un peuple, l’amour de Saïka et Shon viendra bouleverser le cours des destins.
     
    Huit voix racontent ce drame : quatre Indiens, quatre colons, tous façonnés par l’âpreté de ce bout du monde livré aux vents.
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  • La revanche d'Aphrodite ?...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Balbino Katz, cueilli sur Breizh-Info et consacré, au travers de la polémique concernant les publicités sur le sport de l'actrice Sydney Sweeney, à l'éternel retour de l'archaïque...

     

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    Sydney Sweeney ou la revanche d’Aphrodite

    De Quimper à Pont-l’Abbé, l’autobus ne cahote nullement : il glisse. La voie rapide est impeccable, le revêtement sans reproche, les échangeurs nets et les bas-côtés entretenus avec cette minutie dont on ne songe guère à créditer la Bretagne lorsque, de loin, on continue de se la représenter comme une péninsule de coiffes, de calvaires et de chemins creux. La Bretagne occidentale est entrée tard dans la modernité, puis elle y est entrée à bride abattue. En quelques décennies, elle s’est couverte de routes, d’équipements, de zones d’activité et d’infrastructures souvent meilleures que celles de provinces depuis longtemps industrialisées. À travers la vitre passent maintenant les talus, les lotissements, les champs impeccablement découpés ; l’autocar file vers le Pays bigouden avec la douceur presque irréelle d’un tapis volant. C’est dans ce confort silencieux que, sur ma tablette, je lis Le Figaro et découvre sous la plume d’Eugénie Bastié l’étrange procès intenté à Sydney Sweeney, jeune actrice américaine dont le principal tort paraît être, ces temps-ci, d’être blonde, fort bien faite et de ne témoigner aucune componction à l’idée de le savoir.

    La dernière algarade vient d’une publicité réalisée pour Novig, une plateforme américaine liée aux paris et aux marchés de prédiction sportive. Sydney Sweeney y apparaît nue ou presque, cachant ce qu’il faut cacher derrière divers accessoires de sport. Plusieurs athlètes féminines ont protesté. La nageuse australienne Ariarne Titmus y a vu une offense aux femmes qui consacrent leur existence à la compétition ; d’autres ont dénoncé une nouvelle sexualisation du sport féminin. L’objection n’est pas entièrement sotte. Les unes demandent que l’on regarde leurs chronomètres, l’autre propose que l’on regarde son corps. Il n’existe cependant aucune loi connue de la nature qui interdirait simultanément l’admiration d’un record et celle d’une jolie femme.

    La réclame, depuis qu’elle existe, sait que le regard précède le raisonnement. Elle vend des automobiles avec des routes désertes que l’automobiliste ne rencontrera jamais, des parfums avec des femmes que l’acheteur du flacon n’approchera pas davantage, des vacances sous un soleil qui aura naturellement disparu le jour de votre arrivée. Depuis plus d’un siècle, elle place aussi de belles femmes à côté des objets que les hommes sont supposés acheter. Le procédé est souvent vulgaire, quelquefois sot, toujours intéressé. Il faut pourtant une singulière innocence pour feindre d’en ignorer le ressort.

    Ce qui m’intéresse commence précisément là. Comment une jeune femme jouant volontairement de ses charmes a-t-elle pu devenir, en l’espace de quelques années, une sorte d’icône réactionnaire ? La question aurait amusé les générations qui connurent les années 1950 ou 1960. Toute ma jeunesse s’est déroulée dans un monde où la gauche revendiquait exactement l’inverse. Le corps devait être libéré, les corsets moraux défaits, la chair soustraite aux curés et aux vieilles dames. Brigitte Bardot scandalisait parce qu’elle incarnait un désir délivré du remords. Saint-Tropez, les seins nus et les jupes raccourcies annonçaient, nous disait-on, la défaite prochaine de la morale bourgeoise. Soixante ans ont passé, et voilà qu’une Américaine blonde en petite tenue se retrouve soupçonnée de trahir le progrès.

    Le renversement est moins anecdotique qu’il n’y paraît. Sydney Sweeney ne se contente pas d’être jolie ; elle l’est d’une manière presque outrageusement classique. Elle correspond avec une exactitude désarmante à une représentation ancienne de la beauté féminine européenne : jeunesse, traits réguliers, chevelure claire, taille marquée, poitrine, hanches, féminité immédiatement lisible. Rien ici ne demande d’interprétation savante. Nul besoin d’un glossaire universitaire pour comprendre le spectacle offert au regard.

    Elle rappelle surtout cette chose rudimentaire dont notre époque a fait un sujet de colloque : les hommes et les femmes se désirent. Ils se regardent, se plaisent, se poursuivent, se refusent, se choisissent ; les femmes savent depuis la nuit des temps que leurs appas constituent une puissance, les hommes savent qu’ils y sont sensibles et toute la littérature européenne, des Grecs à Maupassant, aurait beaucoup de mal à subsister si l’on retranchait cette vieille comédie du désir.

    Guillaume Faye, qui fut l’un des esprits les plus turbulents de la Nouvelle Droite, avait très tôt compris combien il était absurde d’abandonner la sexualité aux moralistes ou aux constructivistes. Dans ses réflexions sur le sexe et l’idéologie, il considérait le désir entre les sexes comme l’une des forces profondes qui structurent une société, bien au-delà de la seule alcôve. Il n’était certes pas un puritain : son propos consistait plutôt à rappeler que l’érotisme, la différence sexuelle, la famille, la filiation et le renouvellement des générations forment ensemble un ensemble organique. On peut changer les règles, les mœurs et les costumes ; il est beaucoup plus hasardeux de prétendre modifier sans conséquence la matière humaine elle-même.

    C’est peut-être ce que Sydney Sweeney rend insupportablement visible. Elle ne théorise rien. Elle ne publie aucun manifeste sur la complémentarité des sexes, ne cite ni Aristote ni la psychologie évolutionniste. Elle sourit, cambre les reins, enfile un jean et produit en quelques secondes davantage d’effet sur l’imaginaire collectif qu’une bibliothèque entière d’études consacrées à la déconstruction du genre. Aux yeux de ceux qui pensent que la réalité sociale doit plier devant le vocabulaire, il y a là quelque chose de profondément vexatoire.

    La précédente querelle avait déjà donné la mesure du phénomène. American Eagle avait bâti une campagne autour du slogan Sydney Sweeney has great jeans, calembour élémentaire entre jeans et genes. Comme la jeune femme est blonde et possède des yeux clairs, certains commentateurs avaient découvert derrière cette réclame pour pantalons une évocation de l’eugénisme, du suprémacisme blanc et, puisque notre temps ne sait plus discuter cinq minutes sans convoquer Hitler, une réminiscence de propagande nazie. Il fallait tout de même avoir beaucoup fréquenté les séminaires pour parvenir aussi rapidement du denim aux lois de Nuremberg.

    L’affaire disait pourtant quelque chose d’assez profond : la beauté conventionnelle devient suspecte lorsqu’elle ressemble trop à ce que les Européens ont longtemps représenté sous le nom de beauté. Durant deux décennies, la publicité s’est appliquée à rompre avec ses anciens canons. Elle a montré des corps gros, très maigres, âgés, cicatrisés, androgynes, tatoués, transgenres, volontairement éloignés de tout modèle classique. Le principe de départ pouvait se comprendre : le monde n’est évidemment pas composé de mannequins de vingt-deux ans et personne ne devrait avoir à présenter des excuses pour sa silhouette ou son visage.

    La bizarrerie commence lorsque l’inclusion se retourne contre ce qu’elle prétendait inclure. Après avoir expliqué qu’il fallait ménager une place à tous les corps, on finit par soupçonner celui qui correspond spontanément au vieux canon. La femme obèse devait être « célébrée » ; la jolie blonde doit être « problématisée ». La première pouvait demander que son apparence fût reçue sans jugement ; on cherche chez la seconde les arrière-pensées politiques de ses chromosomes. L’égalitarisme esthétique finit alors par ressembler à ces républiques anciennes qui, après avoir abattu les aristocrates, se méfiaient encore de quiconque avait trop belle allure.

    À ce point de la réflexion se présente une idée désobligeante, donc difficile à repousser. Les Américains en ont depuis longtemps tiré des memes : d’un côté, la jeune conservatrice aux cheveux longs, maquillée, vêtue d’une robe, d’un chemisier ou d’une jupe et assumant une féminité conventionnelle ; de l’autre, la militante progressiste caricaturale, cheveux bleus ou violets, septum au nez, piercings divers, tatouages, vêtements informes et surpoids parfois revendiqué comme une déclaration politique. La caricature est évidemment grossière. Toutes les femmes de droite ne sortent pas d’un concours de beauté et toutes les militantes féministes ne ressemblent pas à un manifeste ambulant contre le coiffeur. Une caricature durable n’en fonctionne pas moins parce que chacun reconnaît le code visuel auquel elle fait allusion.

    La chose devient plus piquante encore lorsqu’on observe que plusieurs travaux portant sur des candidats aux élections ont trouvé, dans certains échantillons, une attractivité moyenne légèrement supérieure chez les personnalités classées à droite, avec toutes les précautions statistiques qu’une telle observation commande. Rien ne permet d’en tirer une loi selon laquelle la gauche serait laide et la droite jolie ; cela fournirait tout au plus matière à une opérette. La permanence du thème dans l’imagerie populaire américaine révèle néanmoins quelque chose de plus intéressant : l’esthétique elle-même a fini par recevoir une coloration politique.

    D’où une hypothèse que les bonnes manières commanderaient sans doute de taire. Il se pourrait que certaines égéries du progressisme détestent d’autant plus volontiers le canon traditionnel de la beauté féminine qu’elles en sont personnellement assez éloignées. L’idée n’a rien de scientifique et ne saurait valoir pour des individus que l’on ne connaît pas ; elle appartient plutôt à cette vieille psychologie dont La Rochefoucauld aurait fait son miel. L’humanité possède une prodigieuse aptitude à transformer ce qu’elle ne peut obtenir en chose moralement méprisable.

    Celui qui échoue à s’enrichir découvre aisément que l’argent corrompt ; celui que la compétition sportive n’a jamais favorisé apprend à dénoncer le culte de la performance. Il serait miraculeux que la beauté échappât toujours à ce mécanisme. Notre époque a simplement perfectionné la consolation : on ne dit plus « je ne corresponds pas au canon », on proclame avoir « déconstruit le canon ». On ne dit plus « je séduis peu », on annonce refuser le regard de l’homme. Ce qui fut une déconvenue personnelle devient alors une position philosophique, et l’on sort vainqueur d’une compétition dont on vient avec beaucoup d’à-propos d’abolir le classement.

    Le malheur pour les théoriciens est que le désir ne vote pas et ne lit pas les motions de congrès. On peut transformer le vocabulaire administratif, refaire les programmes scolaires, modifier les campagnes institutionnelles et multiplier les représentations destinées à éduquer le regard. Il reste extrêmement difficile de persuader des millions d’hommes qu’ils devraient éprouver le même désir devant tous les corps au motif que l’égalité civique l’exigerait. L’érotisme est un très mauvais démocrate. Il choisit, hiérarchise, préfère et discrimine avec une souveraine insolence.

    La gauche culturelle rencontre ici une limite qu’elle supporte mal : tout ne se déconstruit pas. La société humaine n’est pas cette page blanche sur laquelle chaque génération pourrait rédiger son propre règlement intérieur. Elle repose aussi sur une matière biologique et anthropologique antérieure à nos doctrines. Le mâle et la femelle précèdent le militant et la militante ; le désir précède le droit positif ; l’enfant continue de provenir d’un homme et d’une femme, quand bien même les techniques médicales permettent aujourd’hui de déplacer les circonstances de leur rencontre.

    Voilà pourquoi la querelle autour de l’ouvrage de Clémence Guetté, Pour une politique de l’amitié, me paraît relever du même mouvement intellectuel. La députée insoumise propose d’étendre aux amis certains droits jusqu’ici attachés à la famille : logement, transmission, congés, mobilité, partenariat social. Son projet ne consiste certes pas à abolir les familles par décret. Il entend cependant revaloriser le lien choisi contre la prééminence accordée au couple et à la filiation, dans une critique explicite du modèle familial défendu par les droites. Chantal Delsol a justement aperçu dans cette entreprise un symptôme plus vaste : le désir de substituer progressivement l’affinité à la filiation, le lien révocable au lien reçu.

    L’amitié est pourtant l’un des biens les plus nobles de l’existence. Montaigne n’a pas attendu La France insoumise pour nous apprendre qu’elle peut atteindre des hauteurs auxquelles bien des amours ne parviennent jamais. Sa nature demeure toutefois différente. L’ami est choisi ; le fils ne l’est pas. L’ami peut s’éloigner et l’on peut, avec douleur, refaire sa vie sans lui. L’enfant introduit dans l’existence une obligation qui survit à l’humeur, à la fatigue, à l’évolution de nos goûts et souvent même à la séparation du couple.

    Cette irréversibilité est précisément ce que l’individualisme contemporain tolère le moins bien. Nous voulons des appartenances que l’on puisse quitter, des communautés dont on puisse se désabonner, des identités que l’on puisse recomposer et des liens que l’on renouvelle, comme un abonnement téléphonique, à la seule condition qu’ils continuent de nous convenir. La famille est importune parce qu’elle nous précède. L’enfant est plus importun encore : il est la personne que l’on a fait naître et dont l’existence constitue désormais, qu’on le veuille ou non, une objection permanente à notre souveraineté personnelle.

    L’amitié possède à cet égard, pour l’idéologie moderne, une vertu singulière : elle ne reproduit pas la société. Deux amis peuvent s’aimer admirablement, s’aider, vieillir ensemble et se sauver mutuellement du désespoir ; leur amitié ne fera pas naître, par elle-même, un troisième être qui demandera vingt ans d’attention et prolongera leur lignée. Une civilisation peut parfaitement honorer l’amitié. Elle ne peut pas se renouveler par elle.

    Nous arrivons ainsi à la question démographique, derrière laquelle toutes les élégantes théories finissent par rencontrer la pesanteur des nombres. Une société où l’idéal collectif devient celui de l’individu sans descendance, entouré d’un réseau d’affinités choisies, peut être extraordinairement agréable durant une génération. À la suivante, elle vieillit. À la troisième, elle doit soit retrouver le goût de l’enfant, soit accepter que d’autres populations occupent l’espace démographique qu’elle a abandonné.

    C’est là que le débat sur le désir, la famille, l’immigration et l’identité cesse d’être une juxtaposition de querelles. Une civilisation est-elle décidée à continuer ? La pensée identitaire pose cette question avec une brutalité qui choque précisément parce que le progressisme s’était accoutumé à ne plus la poser. Un peuple n’est pas seulement l’addition des individus vivants à un instant donné. Il est une chaîne, une continuité, une conversation entre des morts, des vivants et des enfants qui ne sont pas encore nés. Guillaume Faye revenait constamment à cette donnée élémentaire : une culture qui prétend rompre toutes les transmissions finit par découvrir qu’elle a également interrompu sa propre possibilité de durer.

    Le désir entre les sexes prend alors un aspect beaucoup moins frivole qu’une publicité de jeans. Un garçon regarde une fille, une fille éprouve le plaisir d’être regardée ; ils se rapprochent, se séduisent, se querellent, s’aiment, quelquefois se marient et quelquefois ont des enfants. La chose a fonctionné des milliers d’années sans commission parlementaire. Il fallait une civilisation extraordinairement savante pour découvrir dans cette banalité une conspiration culturelle.

    Une contradiction supplémentaire rend le spectacle délicieux. Certaines fractions de la gauche qui scrutent chez Sydney Sweeney les traces du patriarcat font preuve d’une remarquable prudence lorsqu’elles rencontrent, dans certains milieux musulmans conservateurs, des conceptions autrement plus rigoureuses de la pudeur féminine. Il serait absurde de réduire l’islam, immense ensemble religieux et civilisationnel, à une interprétation unique ; il reste tout de même piquant d’observer que la femme voilée puisse être célébrée comme maîtresse souveraine de son corps tandis que la femme dénudée est parfois présentée comme prisonnière du regard masculin.

    Le brouillage n’est pas uniquement doctrinal. Il est aussi politique. Une partie de la gauche européenne, après avoir perdu une fraction considérable des classes populaires autochtones, a construit dans les grandes métropoles des alliances électorales nouvelles avec des populations issues de l’immigration dont les mœurs sont parfois infiniment plus conservatrices que celles du bourgeois catholique qu’elle combattait naguère. Les contradictions qui en résultent sont recouvertes du vocabulaire savant de l’intersectionnalité. On pardonne ainsi au fidèle musulman ce qui provoquerait une tempête médiatique chez un curé vendéen.

    Sydney Sweeney, dans ce paysage, est une petite grenade culturelle. Elle est blanche sans demander pardon, blonde sans second degré, féminine sans guillemets, sexuelle sans théorie et désirable selon des critères que plusieurs décennies de rééducation esthétique ne sont manifestement pas parvenues à abolir. Elle ne réclame pas que le monde célèbre ses imperfections ; elle exploite, avec un sens fort américain du commerce, les avantages que la nature et sans doute beaucoup d’exercice physique lui ont accordés.

    Voilà peut-être ce que les marques commencent elles-mêmes à redécouvrir. Après des années durant lesquelles la publicité s’est voulue séminaire d’inclusion, confession morale et instrument de transformation sociale, certaines entreprises paraissent se souvenir de leur objet premier : vendre. Or la beauté vend, le désir vend, la jeunesse vend, un sourire vend, un beau corps vend. Ce constat n’est ni noble ni ignoble ; il appartient au commerce, qui n’a jamais reçu mission de préparer le salut de l’humanité.

    La roue culturelle a peut-être accompli son tour complet. Ce qui était transgressif en 1965 est devenu conventionnel ; ce qui était conventionnel devient désormais transgressif. Une blonde sexy peut choquer davantage qu’une installation subventionnée destinée à déconstruire la binarité sexuelle. Une mère de trois enfants passe parfois pour plus anticonformiste qu’une militante queer. L’homme qui dit simplement aimer les femmes paraît presque plus suspect qu’un colloque universitaire de trois jours consacré à l’abolition du genre.

    L’autobus a quitté Pont-l’Abbé et poursuit maintenant sa route vers la côte. Le ciel s’élargit, les maisons prennent cette allure basse que leur imposent les vents du large et je devine déjà, avant même de la voir, la proximité de la mer. Dans peu de temps, il y aura Léchiagat, le port, les Brisants et cette odeur d’iode et d’algues doucement en décomposition qui possède l’incomparable vertu de ne rien savoir des études de genre. Je referme ma tablette avec une certaine reconnaissance envers cette Sydney Sweeney dont je ne suis même pas certain d’avoir jamais vu une production.

    Il est d’ailleurs fort probable qu’elle ne pense rien de tout ce que je viens d’écrire, et c’est peut-être ce qui rend son cas si savoureux. Son corps suffit à rappeler ce que des sociétés saturées de discours réussissent parfois à oublier : les sexes existent, le désir choisit, la beauté n’est pas démocratique, la transmission suppose des enfants et la vie ne demande pas notre autorisation pour obéir à ses antiques lois. Guillaume Faye aurait sans doute reconnu dans cette petite bataille de réclame l’un de ces retours de l’archaïque qu’il aimait tant discerner sous la croûte brillante de la modernité.

    Aphrodite n’a jamais lu Judith Butler. Il suffit parfois d’une jolie fille en jean pour s’en apercevoir.

    Balbino Katz, chroniqueur des vents et des marées (Breizh-Info, 22 septembre 2026)

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