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Métapo infos - Page 8

  • Un coeur aventureux sous les orages d'acier...

    Le vingt-septième numéro de la revue Livr'arbitres, dirigée par Patrick Wagner et Xavier Eman, est en vente avec notamment un dossier consacré à Ernst Jünger et un autre aux écrivains face à la guerre...

    La revue peut être commandée sur son site :  Livr'arbitre, la revue du pays réel ainsi que sur Krisis diffusion.

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    Au sommaire de ce numéro :

    Éditorial

    Plaisirs solittéraires

    Coups de cœur

    Nouveautés

    Portraits

    Jean Giraudoux

    Léo Larguier

    Ernst Jünger

    Entretien

    Christopher Gérard

    Dossier

    Les écrivains face à la guerre

    Essais

    Témoignage

    Domaine étranger

    Réédition

    In memoriam

    Frédéric Berthet

    François Bluche

    Jean Mabire

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  • Sortir de la crise des Gilets jaunes par le bas ?...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue d'Hélène Strohl, cueilli sur le Courrier des stratèges et consacré à la question de l'issue de la révolte des Gilets jaunes. Ancienne inspectrice générale des affaires sociales, Hélène Strohl a publié avec le sociologue Michel Maffesoli plusieurs ouvrages dont Les nouveaux bien pensants (Moment, 2014).

     

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    Pourquoi il faut sortir de la crise des Gilets Jaunes par le bas

    Il y a quelqu’hypocrisie dans le chœur des « Bien-pensants » qui pleurent « l’absence d’organisation », le « manque de débouchés », voire la perversion d’un mouvement qu’on peine à discréditer dans l’opinion publique à coups d’accusations de violence, de barbarie et maintenant d’antisémitisme.

    L’opinion publiée, nos bien-pensants imaginaient (attendaient) au début des rassemblements sur les ronds-points que ces « bof », buveurs de bières et chantres de la voiture déversent un tombereau de slogans xénophobes, homophobes, racistes.

    Il n’en a rien été.

    Ces mêmes commentateurs parlent avec nostalgie d’une fraternité disparue, mais  ils ont été incapables de la percevoir dans les premiers mouvements, tout occupés qu’ils étaient à faire l’inventaire (souvent ironique) des revendications des gilets jaunes et à pointer leurs incohérences.

    On a tenté d’exploiter les sursauts et les chaos inévitables de toute manifestation sur la voie publique, de tout rassemblement non canalisé par les codes partisans ou syndicaux dans un jeu de concurrence victimaire : gilets jaunes contre commerçants des centres villes ; gilets jaunes contre policiers ; gilets jaunes contre journalistes, contre élus du peuple etc. et maintenant gilets jaunes contre Juifs.

    On est dans le temps des invectives, des réactions hystériques, des diverses expressions de haine. C’est à cette « fin de mouvement » que je voudrais réfléchir.

    Les invariants de la fin

    Qu’il s’agisse des grandes grèves avec occupation des usines de 1936, de la fin des occupations d’universités et d’usines de Mai 68, ou maintenant de la fin des rassemblements sur les ronds-points des Gilets jaunes, une fin de mouvement se déroule selon quelques grands invariants :

    –          ce qu’on appelle le « pourrissement » du mouvement, ses dérives violentes, ses fractionnements et ses conflits internes ;

    –          une dépression collective corollaire  du reniement et du délitement des liens amicaux noués dans le rassemblement ;

    –          une perte du sens du « collectif » : les petits chefs tentent de réescompter leur célébrité naissante comme l’ont fait nombre de leaders de l’UNEF reconvertis très vite après 1986 en militants socialistes ou en candidats sur diverses listes aux élections électorales ; les syndicalistes et autres politiques abandonnent leur militantisme et leur espérance ; d’autres se lancent frénétiquement dans diverses luttes, ainsi des Zadistes ou autres squatters. Et puis beaucoup rentrent chez eux, tristes sans doute, certains tentant de continuer les échanges et les rencontres, d’autres s’isolant en famille.

    –          Des commentaires compassionnels des grandes voix de la bienpensance : qui expliquent ce qu’il aurait fallu faire et ne pas faire. Soulagées quand même que le boulet les ait épargnés cette fois encore !

    Il faut néanmoins se garder de se croire trop vite « tiré d’affaire », de penser qu’encore une fois notre « système démocratique », nos valeurs républicaines ont résisté à la vague.

    Car ces rassemblements populaires, combatifs ou festifs (ou les deux parfois) ne se clôturent pas sans répercussions proches ou plus lointaines.

    Quelques exemples historiques,  14-18, 1936, 1968 :

    –  la fin de la Guerre de 1914 – 18.

    L’arrêt des combats a certes été un soulagement pour les rescapés, civils et soldats. Mais la « démobilisation » n’a pas été sans conséquences.  Ce processus de retour dans leurs foyers d’hommes qui avaient passé qui des mois, qui des années serrés autour d’un feu et communiant dans la peur et la tristesse, le courage et l’acceptation de la mort n’était pas simple. Diverses formes rituelles : constructions de monuments aux morts, cérémonies du souvenir, et surtout multiples associations d’anciens combattants ont pu l’accompagner. Mais en Allemagne, le rituel de « fête de la Victoire » ne pouvant rassembler les troupes mobilisées et les populations affamées, ce sont de multiples mouvements révolutionnaires qui ont émergé : on connaît celui des Spartakistes et de Rosa Luxemburg, mais moins tous les mouvements conseillistes qui ont suivi jusqu’en 1924.  Ceux-ci étaient des sortes de rassemblements de soldats, d’ouvriers et ouvrières, du peuple réclamant non pas une constitution démocratique, ni même la démission de l’Empereur, mais la démocratie directe. Ces mouvements opposés à tout parti, tout syndicat s’appelaient  « unions de travailleurs » et ils n’avaient d’autre revendication que celle du refus de la démocratie représentative, de l’exigence du mandat impératif, de la discussion par tous de toutes les décisions.  Et puis tous ces mouvements révolutionnaires se sont effilochés, parfois dans le sang, parfois dans les combats avec l’extrême droite (les corps francs engagés contre l’URSS), parfois dans les combats avec la police de la nouvelle république de Weimar. Laissant subsister dans le peuple un profond sentiment de trahison. L’un des leaders de ces mouvements, Otto Rühle disait en conclusion de son livre écrit en 1924 : « Maintenant le peuple allemand qui s’est senti trahi par ses chefs (il visait Ebert et Noske, Lénine et Radeck) va se tourner vers des leaders comme Rudolf Steiner ou Adolf Hitler » [1].

    – 1936

    La fin des grandes grèves de 1936 a été mieux maîtrisée par le pouvoir, l’abaissement de la durée de travail et l’instauration pour la première fois de congés payés pour les salariés, mesures concrètes changeant immédiatement le quotidien,  ont sans aucun doute permis une sortie heureuse du mouvement, une grève bien terminée. Ce n’est pas pour rien que l’on retient cette phrase un peu cynique de Maurice Thorez : « il faut savoir terminer une grève ».

    Par manque de connaissances je ne fais qu’évoquer les mouvements insurrectionnels est-allemands, tchèques, polonais : toujours il s’agissait de se rassembler et de parler ; toujours le pouvoir en place avait pour but de brider la parole et d’interdire les rassemblements. L’usage de chars  est de triste mémoire, ce qui aurait dû alerter sur le danger à utiliser des « engins blindés » pour juguler les manifestations.

    – Mai 68

    Je me souviens de Juin 68, quand les étudiants erraient désemparés dans l’aula du Palais universitaire de Strasbourg. Après avoir déclaré l’autonomie de l’université, avoir tenté d’organiser un « conseil étudiant », s’être gentiment bagarrés contre les Gaullistes historiques, avoir repoussé les examens à une rentrée qui semblait lointaine, on n’allait pas rentrer chez soi, comme si de rien n’était ? Bien sûr les militants politiques, les divers membres de partis et groupuscules gauchistes se préparaient à partir dans leurs « universités d’été ». Mais ils n’étaient pas nombreux les léninistes et les trotskystes dans cette ville marquée par les situationnistes. Dans le Palais universitaire désoccupé, quelques rengaines nostalgiques s’échappaient parfois du piano pendant que de petits groupes tentaient d’organiser la suite : c’est là que s’initièrent comme à Berlin, Heidelberg et dans d’autres villes germaniques les « Wohngemeinschaften, communautés d’habitat », les Crèches parentales et autres Kindergarten, les voyages dans divers pays « révolutionnaires » ou tout simplement exotiques, c’est là que se fondèrent des revues (souvent éphémères), des projets d’édition, de cinéma. Bref tout un bouillonnement, culturel ou tout simplement quotidien  traduisant le besoin de rester ensemble, d’être ensemble.

    Il est des lieux où la pulsion de l’être ensemble était si forte et si mal maîtrisée qu’elle s’incarna dans des mouvements soit délinquants, soit terroristes. A Lyon un petit groupe, les « Dalton » paya de quelques années de prison ses parodies d’attaques révolutionnaires qui se terminèrent par une fusillade dans un square entre les membres et leur arrestation par la police alertée.

    En Italie, en Allemagne on se souvient de ces mouvements terroristes que furent les Brigades rouges et la Bande à Baader, fraction armée rouge.

    Partout les divers « mouvements sociaux », les rassemblements d’étrangers immigrés, d’homosexuels, de femmes luttant pour la liberté d’avortement, de féministes, le groupe intervention prison puis plus tard les divers mouvements rassemblant des malades mentaux internés etc. , peuvent être lus comme autant d’intentions de « rester ensemble », d’être ensemble.  Pour le meilleur comme pour le pire.

    Ce que l’on constate dans tous ces exemples, c’est que la démocratie représentative, le processus de rassemblement autour d’une élection ne réussit jamais à pacifier la fin de ces rassemblements.

    Il y avait un besoin en Allemagne de rassemblements, de communion émotionnelle que la république de Weimar, inaugurée quand même dans le massacre de Rosa Luxembourg et Karl Liebknecht n’a pas su offrir. Les querelles partisanes entre socialistes et communistes ont clairement favorisé l’accès de Hitler au pouvoir.

    Si les accords de Matignon ont permis la fin des occupations d’usines du Front populaire, les accords de Grenelle de 68 avaient pour but de juguler avant qu’elle n’explose une révolte populaire dans les usines. Mais on ne peut pas dire que Mai 68 a été un mouvement revendicatif révolutionnaire. Il a plutôt inauguré, avec les mots du passé, de nouvelles manières de se rassembler, non plus autour d’un objectif lointain, d’une volonté d’améliorer la société future, mais dans des  objectifs quotidiens, ici et maintenant.

    On les presse de déboucher, de « sortir par le haut »

    Il est important de comprendre comment pourraient déboucher ces mouvements des Gilets Jaunes.

    Disons le tout de suite : n’en déplaise aux commentateurs et critiques : il n’y aura pas de débouché politique ; quelques-uns s’en serviront peut-être pour tenter d’améliorer leur situation par quelque mandat électif, mais le débouché politique n’est pas de nature à satisfaire la demande implicite d’action collective, de sentiment commun qui meut tous ces rassemblements.

    De fait, on se trompe en pensant qu’il peut y avoir une « conclusion nationale » à cette épidémie de mouvements locaux. La forme qu’a prise la diffusion des consignes par les réseaux sociaux a pu laisser croire qu’il s’agissait comme le disent les nostalgiques de la révolution d’une « convergence des luttes ». Il n’en est rien et aucun « Grand débat » ne saurait fédérer, harmoniser cette efflorescence de demandes souvent contradictoires.

    Sortir par le haut est donc voué à l’échec, tous les représentants nationaux seront désavoués.

    Une série de concessions faites aux revendications relatives au pouvoir d’achat saurait-elle mieux calmer l’agitation, une sorte « d’accords de l’Elysée » sur le modèle des accords de Matignon puis de Grenelle. Rien n’est moins sûr, tant cette revendication d’une augmentation du pouvoir d’achat  est rétive à toute analyse économique. Le modèle consommatoire de la société contemporaine, la course consumatoire à l’achat à crédit de tout, de la vie à crédit rendent illusoire un apaisement par la seule satisfaction de la demande d’accroissement du pouvoir d’achat. L’accumulation des crédits, l’étouffement par des dépenses promues par les divers moyens de la publicité, images, musiques et odeurs dans ces lieux d’énervement et de frustration que sont les grandes surfaces ont enclenché une espèce de course sans fin à toujours plus de consommation.  Chaque injection d’argent risque d’accroître la demande.

    Notre système social essoufflé génère toujours plus de pauvres, au sens substantif alors même qu’il tente d’en ralentir le nombre au sens adjectif. Toujours plus de Pauvres même s’ils ne sont pas des personnes pauvres. [2] Une catégorisation, une assignation à identité de pauvre et non pas une situation dont on pourrait sortir [3].

    Le pouvoir d’achat tient lieu d’équivalent universel pour tout malheur : l’isolement des personnes âgées et celle des mères seules ; la désertification des centres villes hors métropoles et la disparition des lieux de rassemblement que sont les bistrots, les boulangeries, les salles des fêtes dans nombre de villages et petites villes etc.

    Favoriser, faire émerger mille initiatives locales

    La frustration nait de la volonté de partage, d’entraide, de convivialité contrariée par la rationalisation de l’urbanisation et de l’aménagement du territoire. Ce n’est pas sa sublimation dans un grand débat abstrait qu’il faut viser, mais au contraire une effervescence créatrice de mille lieux et espaces de rencontre, de collaboration, d’expériences communes.

    Il ne faut sans doute pas maintenir à tout prix les services publics universels hérités de la glorieuse Troisième République, mais favoriser, détecter, étayer des initiatives adaptées à la diversité des besoins locaux et des diverses communautés.  Des écoles inventives, attentives à éduquer au vivre ensemble non par des leçons de morale, mais par des expériences de socialisation plurielles et créatives. Des mairies offrant non pas toujours plus de travail  bureaucratique, mais reprenant pour les citoyens les services collectifs de la Poste, de l’accès Internet, l’aide aux démarches administratives, l’aménagement entre citoyens de l’espace public. Non pas la multiplication des emplois dans les grandes surfaces, souvent pénibles, mal payés et aux horaires peu compatibles avec la vie de famille, mais la possibilité pour beaucoup d’inventer de nouvelles activités dans la petite agriculture locale, l’artisanat, le tourisme familial, la culture, le télétravail. Et ceci en mettant à disposition des territoires ruraux des connections de bonne qualité, des transports collectifs adaptés, des organisations de covoiturage, des services d’aides à la personne multiples, des lieux de coworking bien équipés etc.

    Si l’on doit espérer une sortie de mouvement sans épisodes pervers ou violents, il faut déboucher par le bas et non pas tarir l’espérance en la transformant en un objectif lointain et déconnecté des sentiments populaires.

    Ni stigmatiser un mouvement en le parant de divers qualificatifs globalisants, tels ceux de casseurs professionnels, d’incapables politiques, d’antisémites. Ni provoquer la montée des violences par toujours plus d’interdictions et de normalisation.

    Mais laisser s’inventer, au quotidien, des lieux qui feront lien [4].

     

    Hélène Strohl (Le Courrier des stratèges, 21 février 2019)

     

    Notes :

    [1] Otto Rühle, Von der burgerlischen zur proletarischen revolution.1924. Ouvrage réédité en « édition pirate » en 1968 et circulant dans les milieux de l’ultragauche anarchiste, conseilliste, situationniste.

    [2] Je prends cette distinction à Georges Duhamel, dans Le Jardin des bêtes sauvages, tome 2 de La Chronique des Pasquier, « Dans la pauvreté nous avons été bien souvent jusqu’à l’adjectif ; nous ne sommes jamais tombés au substantif. J’entends que si nous avons été presque toujours pauvres, en ce temps, nous n’avons heureusement jamais été des pauvres ». 1933 – 1944, Rééd. Omnibus, 1999

    [3] Cf. Hélène Strohl, L’État social ne fonctionne plus, Albin Michel, 2007

    [4] Cf. Michel Maffesoli, Être postmoderne, postface Hélène Strohl, Emmanuel Macron, icône ou fake de la postmodernité, éditions du Cerf, 2018

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  • Dostoïevski, un écrivain dans son temps...

    Les éditions des Syrtes viennent de publier Dostoïevski, un écrivain dans son temps, une biographie de l'auteur de Crime et châtiment , signée par Joseph Frank. L'auteur a été pendant près de vingt ans professeur de littérature comparé à Princeton et a travaillé toute sa vie sur l’œuvre de Dostoïevski.

     

     

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    " Dostoïevski, un écrivain dans son temps est un modèle de biographie littéraire. Parue initialement en cinq volumes, dans les années 1970, elle a été condensée par l’auteur en 2010, avec une préface inédite.
    Joseph Frank aborde la biographie du grand écrivain russe dans une ample vision englobant littérature et temps historique : il entreprend une « reconstruction massive » de l’époque, en y insérant l’œuvre de Dostoïevski afin de mieux l’éclairer. Il s’agit plus précisément d’une expérience qui allie biographie, critique littéraire et histoire socioculturelle, tout en se concentrant sur les idées que Fiodor Dostoïevski a défendu avec vigueur durant sa vie.

    Trois qualités essentielles se dégagent de cette œuvre. La première réside dansson art de brosser des grands tableaux de la Russie de Dostoïevski et d’en dégager les idées directrices. Il y a ensuite le travail des sources : à chaque moment de la vie de l’écrivain, à chaque description, à chaque analyse de l’œuvre, Joseph Frankrefait une lecture complète des sources, si bien que sa biographie devient critique et analytique. La troisième qualité du biographe est de pénétrer la psychologie profonde, l’esprit de Dostoïevski. Chez Joseph Frank le critique littéraire et le philosophe de l’esthétique cheminent au côté de l’érudit, de l’historien et du biographe.Le travail d’analyse débouche sur des éléments originaux, jamais mis en évidence auparavant. Par exemple, l’affirmation que Dostoïevski est le seul des grands écrivains russes de la première moitié du XIXe siècle qui ne soit pas issu de la noblesse terrienne ; de ce fait, il a été le plus apte à percevoir le conflit entre l’ancien et le nouveau dans la société russe. L’écriture est alerte, ferme, concise, où l’érudition n’entrave jamais la saisie profonde du mouvement de la création. "

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  • Gilets jaunes : une insurrection dans l'impasse ?...

    Le 31 janvier 2019, Pierre Bergerot recevait, sur TV libertés, Michel Drac, pour évoquer la révolte des Gilets jaunes. Penseur non-conformiste, d'une honnêteté rigoureuse, Michel Drac est l'auteur de plusieurs essais, dont  Triangulation - Repères pour des temps incertains (Le Retour aux Sources, 2015) ou, dernièrement, Voir Macron - 8 scénarios pour un quinquennat (Le Retour aux Sources, 2018).  Il est également le fondateur des éditions le Retour aux Sources, qui publient notamment Piero San Giorgio , Dmitry Orlov ou Howard Kunstler.

     

                                

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  • L'héritage allemand de l'Occupation...

    Les éditions Armand Colin viennent de publier un essai de Cécile Desprairies intitulé L'héritage allemand de l'Occupation, avec une préface d'Emmanuel Leroy-Ladurie. Historienne et germaniste, Cécile Desprairies est notamment l’auteur de L'héritage de Vichy (Armand colin, 2012).

     

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    " Cour d’assises, diplôme d’avocat, délit de tentative de faux et usage de faux, statut du détective privé, énergie hydroélectrique, affichage des prix, jerrican, tri sélectif, remembrement, pommes de terre Bintje, carottes râpées, vache Holstein, nouvelles races de chien… autant de dispositions qui nous viennent de l’Occupation allemande et sont passées par Vichy.
    Si à la Libération, avec le rétablissement de la légalité républicaine, la plupart des mesures de l’Occupation allemande furent abolies, certaines ont été maintenues et, avec elles, des habitudes nées de la guerre.
    Comment l’expliquer ? N’aurait-on gardé de ce régime autoritaire et répressif que ce qui relevait du quotidien ? L’affaire est complexe et chacun se fera son opinion.
    Ce livre exerce en quelque sorte un droit d’inventaire et, pour chacune de ces mesures ou dispositions qui sont restées, revient sur les raisons de leur conception et leur devenir aujourd’hui.
    Un défi passionnant, enrichi d’illustrations inédites. "

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  • Le progrès, une idéologie d’avenir ?...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue d'Hervé Juvin, cueilli sur son blog et consacré à l'idéologie du progrès, qui se trouve au cœur de la doctrine politique d'Emmanuel Macron. Économiste de formation, vice-président de Géopragma, Hervé Juvin est notamment l'auteur de deux essais essentiels, Le renversement du monde (Gallimard, 2010) et La grande séparation - Pour une écologie des civilisations (Gallimard, 2013). Candidat aux élections européennes sur la liste du Rassemblement national, il a publié récemment un manifeste intitulé France, le moment politique (Rocher, 2018).

     

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    Le progrès, une idéologie d’avenir ?

    Enrôler le progrès à son usage unique ; c’est la grande idée politique d’Emmanuel Macron. Le combat entre progressistes et conservateurs remplacerait le débat entre droite et gauche.Vieillie, dépassée, la confrontation entre socialistes et libéraux ferait place à une confrontation entre l’avenir et le passé, ceux qui avancent et ceux qui bloquent, la lumière et la nuit. On croirait entendre Jack Lang en 1981… Le simplisme a une force politique. L’avenir, qui est contre ?

    La pertinence de l’opération pose pourtant question. Car tout se complique dès qu’il s’agit de définir le progrès dont l’avenir doit être porteur, cette valeur supposée positive, à laquelle s’oppose le conservatisme, si aisément jugé négatif. Sauf qu’il n’est pas certain que le progrès, celui que désignent les progressistes, soit exactement le futur ; de même qu’il n’est pas certain que la volonté de conserver, attribuée aux opposants, s’enlise dans le passé. Et si c’était le contraire ? Et si « je maintiendrai » était la formule révolutionnaire du futur ?

    La belle route du progrès

    L’avenir tel que La République en Marche veut y conduire la France a été écrit en 1990. Libre échange, entreprises mondiales, sociétés multiculturelles, règne du droit et uniformisation du monde sur le modèle américain. La chute de l’empire soviétique promettait l’union planétaire, la démocratie mondiale, et le libéralisme devenait la seule politique possible. C’était la fin de l’histoire, qui s’en souvient ?

    Le libre-échange allait bénéficier à tous ; d’ailleurs, aucun économiste ne peut être protectionniste, affirmaient doctement des experts payés pour leurs discours par les banques et les fonds d’investissement. Les multinationales avaient carte blanche ; délocaliser, c’était l’avenir ! Les leçons du XXe siècle étaient tirées ; le nationalisme c’est la guerre, et la Nation, dans ses frontières, était une forme politique dépassée. Le sort des peuples européens se confondait avec l’intégration de l’Europe. L’euro devait donner à l’Europe sa forme fédérale, appelée à attirer toutes les Nations.

    La société multiculturelle était l’avenir ; elle abolit les frontières ; elle ne connaît la diversité qu’individuelle, et elle nous promet la paix et l’amitié entre tous les hommes unis par le commerce. Ils ne formeront plus des peuples, mais une humanité dans laquelle tous font valoir les mêmes droits, partagent les mêmes désirs, bref, deviennent les mêmes. La croissance allait sauver le monde ; la Chine marchait vers la démocratie à mesure que le bol de riz se remplissait. Le droit et le marché en avaient fini avec la politique ; la puissance, la souveraineté, la Nation, autant de vestiges à mettre au grenier. Ajoutons que le monde est à nous, que nous nous levons chaque matin pour tout changer, que tous les milliardaires du monde n’aspirent qu’à construire un monde meilleur, et que la liberté oublieuse du passé assure que chacune, que chacun se construise lui-même un avenir radieux.

    C’étaient les années 90. Un autre monde. C’est toujours la rengaine du progrès telle que l’entonnent celles et ceux qui n’ont rien vu, rien appris, rien compris depuis plus de vingt ans. Et c’est ce que des dirigeants européens autistes, un Président français vieilli avant l’âge, veulent continuer à nous faire croire comme progrès. Ce que la République en Marche veut faire croire à la France. Et pourtant…

    L’avenir a changé de route. La zone euro est en panne ; non seulement l’Europe recule par rapport à tous les autres continents, mais en Europe, les pays de la zone euro sont derrière les pays qui ont gardé leur monnaie nationale, à commencer par la Grande-Bretagne. Le commerce international est en recul, depuis que les coûts du transport ont cessé de baisser, depuis que les entreprises redécouvrent que l’éloignement est un facteur de risque.

    La part des multinationales dans l’activité mondiale baisse, pour la première fois depuis les années 1980. La dénonciation des pratiques commerciales déloyales est au cœur de tous les débats internationaux, et la hausse des tarifs douaniers, le resserrement des normes et des contrôles, est partout la réponse à des situations où la concurrence est inégale. Plus personne n’oserait dire que « le doux commerce » est la voie de la paix ! Il n’y a pas de marché quand les systèmes de valeurs, les priorités, diffèrent.

    Analysant la perspective de voir les États-Unis couper Huawei de ses fournisseurs occidentaux ou taiwanais, même le très libéral The Economist reconnaît que « la technologie ne peut rien contre la politique » ! Dans les cercles internationaux, et même à Davos 2019, le constat s’impose ; la mondialisation a fait quelques milliers de milliardaires, elle a sorti de la pauvreté 1,2 milliard d’Asiatiques, elle a surtout détruit des classes moyennes occidentales qui devaient l’essentiel de leur pouvoir d’achat, non à leur performance individuelle, mais à la solidité du cadre national et des systèmes sociaux en vigueur, des politiques salariales aux mutualisations internes. Et l’individualisme progresse sur fond de désespoir, avec un Japon, une Allemagne, une Corée du Sud, qui découvrent que l’isolement est la première maladie moderne, et que la réussite économique ne donne pas l’envie de vivre.

    Le nouveau signe du progrès

    Le progrès aujourd’hui n’est pas ce qu’il était en 1990. Les Français l’ont bien compris. Le progrès s’appelle circuits courts, il s’appelle relocaliser, se fournir à proximité, savoir qui produit quoi, et comment. L’avenir est fait d’héritages à conserver et à transmettre, plus beaux, plus riches, plus vivants. Le progrès s’appelle lutter contre l’esclavage et le trafic d’êtres humains qui sont le vrai nom de l’immigration. Le progrès s’appelle frontière, pour ceux qui veulent choisir leurs lois, leurs voisins, et leur destin. Le progrès s’appelle renouer avec l’histoire pour se projeter sans se perdre, il signifie préférer le citoyen à l’individu, parce que lui seul rend possible l’action collective, et que citoyenneté rime avec liberté. Et le progrès s’appelle retour au territoire, retour à la famille, aux liens et aux siens, parce que nul ne survivra seul à l’effondrement de nos sociétés et de la vie.

    L’avenir a changé de sens, et le progrès est l’inverse de ce qu’une politique française entêtée, aveugle et autiste, fait subir aux Français. Partout, l’État Nation est la forme politique de la modernité, et partout, les États Nations cherchent à affirmer leur unité interne, pour mieux faire face aux défis extérieurs qui se multiplient. Partout, la frontière retrouve sa fonction vitale ; faire le tri entre ce qui vient de l’extérieur, qui est utile, choisi, et qui entre, et ce qui est dangereux, toxique, et qui reste à l’extérieur. Partout, l’unité nationale est une priorité.

    Partout aussi, l’État est appelé à redécouvrir son rôle ; protéger, promouvoir, préférer les citoyens. Même Henry Kissinger (Le Débat, nov-déc. 2018) appelle les États à prendre le contrôle d’Internet ! Même Davos sent vaciller ses certitudes mondialistes et témoigne du malaise dans ce qui reste du monde global ! Partout, sous des formes et des contours divers, le besoin de dire « nous » l’emporte sur le « je » de l’isolement et de la détresse. Et partout, être respecté, être associé, être représenté, devient plus important que les bénéfices économiques promis par des experts méprisants, distants et absents.

    Quand le progressisme se confond avec le bougisme — changer tout, tout le temps et pour rien — le progrès s’appelle demeurer. Quand le progressisme signifie sacrifier au court terme un patrimoine, des infrastructures, des traditions, le progrès s’appelle maintenir. Quand le progressisme s’attaque aux mœurs, aux institutions, aux familles, aux corps et à la vie, le progrès s’appelle préserver. Parlez-en à ceux de l’Est européen, ils savent que conserver, maintenir, défendre et préserver peut être la promesse qui fait se tenir debout et qui ouvre toutes grandes les portes de l’avenir !

    Et voilà que la confusion se dissipe. N’en déplaise à Mme Nathalie Loiseau, il n’y a pas et il n’y aura pas de souveraineté européenne parce que la souveraineté est l’apanage des peuples, et qu’il n’y a pas, il n’y aura pas de peuple européen. N’en déplaise à Emmanuel Macron, le libre échange est en recul, comme le commerce mondial, parce qu’ils sont à l’origine de la plus formidable régression sociale que l’Europe ait connue. N’en déplaise à des socialistes qui ont trahi le peuple, les frontières sont de retour parce que leur ouverture détruit les acquis sociaux, le droit du travail et les solidarités nationales plus vite que n’importe quel autocrate illibéral.

    N’en déplaise aux européistes de la fuite en avant fédérale, comme aux nostalgiques d’une grande Europe aux ordres du Reich, l’État Nation est la forme politique de la modernité, et les rêves du multilatéralisme, du post-national et de la démocratie mondiale ont fini dans les poubelles de l’histoire. Qu’elles y restent ! Et n’en déplaise aux donneurs de leçons, le dépassement des Droits de l’individu est en cours, des Droits qui n’ont de réalité que quand les citoyens dans une société organisée et grâce à un Etat fort, décident de les honorer.

    Voilà notre situation historique. Un nouvel obscurantisme nous rend prisonniers. Il s’appelle globalisme, multiculturalisme, individualisme. L’idéologie qu’il constitue est rétrograde, elle répète des refrains qui ont trente ans d’âge, et elle nous bouche l’avenir. Nous devons allumer d’autres Lumières pour faire reculer l’obscurité, et nous libérer des mensonges officiels comme des inquisiteurs qui appellent « fake news » ce qui révèle les mensonges de l’oligarchie au pouvoir. Nous devons suivre l’enseignement de Spinoza, de Kant, et nous libérer de la religion laïque de l’économie, qui a remplacé les religions divines sans rien tenir de leurs promesses ! L’avenir s’appelle Nation, s’appelle citoyen, s’appelle frontières. Le changement s’appelle sécurité, autorité, et stabilité. Et le progrès s’appelle demeurer Français, bien chez nous, bien sûr notre territoire, bien dans nos frontières, pour être à l’aise dans le monde.

    Il est grand temps que la France se réveille du sommeil de plomb dans lequel le socialisme l’a plongé. Il est plus urgent encore que La République En Marche cesse de mettre la France à reculons, de vendre pour changement une rengaine que personne n’écoute plus, et de nommer progrès ce qui a provoqué un recul français manifeste, douloureux, et continuel depuis trente ans. Nous qui défendons la Nation représentons le progrès, le vrai, celui qui est partagé par tous. Nous représentons les libertés publiques, et la première d’entre elles ; la liberté de choisir qui est Français. Nous voulons que la France reprenne sa place dans le monde ; nous allons faire rentrer la France dans l’histoire ; nous allons rendre à la France son avenir, un avenir choisi, pas celui qu’on nous impose, un avenir voulu, pas celui des gérants de fonds, un avenir qui en finisse avec les vieilles recettes et les vieilles illusions, un avenir que nous aurons choisi !

    Hervé Juvin (Blog d'Hervé Juvin, 18 février 2019)

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