Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

europe - Page 40

  • Guerre en Ukraine : un désastre qui va réveiller l’Europe ?...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue d'Andrea d'Ottavi du Centro Studi Polaris cueilli sur le site de l'Institut Iliade.

     

    Europe_Défense 2.jpg

    Guerre en Ukraine : un désastre qui va réveiller l’Europe

    Disons-le de suite et sans détour : le conflit entre la Russie et l’Ukraine est la dernière chose qu’il nous fallait,  car – surtout d’un point de vue eurocentrique – c’est un conflit qui frappe l’Europe en plein cœur et compromet sa marche difficile vers la plénitude politique et l’indépendance stratégique.

    Mais est-ce vraiment là le sort qui nous attend, ou des évolutions positives pourraient-elles inopinément émerger de cette crise ?

    Pour tenter de répondre à cette question, il est toutefois nécessaire de faire un pas en arrière, en reconstituant brièvement les faits, en résumant les motivations des hostilités et en essayant de décrypter le rôle joué par les nombreux acteurs participant à ce grand jeu de Risk mondial.

    Comment tout a commencé : la guerre de l’information se transforme en escalade militaire

    Commençons par le début. Depuis plusieurs semaines, tous les principaux médias occidentaux insistent, en citant des sources du renseignement, sur la possibilité que la Russie se prépare à envahir militairement le territoire ukrainien, se risquant même à identifier une date présumée pour le début des hostilités. Sur un ton étonnamment apocalyptique, le Premier ministre britannique Boris Johnson est même allé jusqu’à déclarer à la BBC que la Russie préparait « la plus grande guerre en Europe depuis 1945« .

    Les spéculations sur une attaque russe imminente ont toutefois été immédiatement minimisées tant par Moscou – qui a qualifié les accusations de résultat d’une « hystérie américaine » sans fondement – que par Kiev, qui soit ne croyait pas vraiment à cette hypothèse, soit sous-estimait superficiellement le danger réel.

    Dans le milieu des analystes géopolitiques, on a commencé à parler hâtivement d’infoguerre, mais la « guerre médiatique » s’est rapidement transformée en une véritable escalade militaire, à peu près dans les délais et selon les modalités prévus par les initiés de l’anglosphère, manifestement plus que bien informés.

    Le reste est une chronique de guerre : la tentative russe de blitzkrieg ne semble pas avoir réussi et la résistance ukrainienne s’avère plus solide et combative qu’on aurait pu le penser. Aujourd’hui, alors que l’on parle même de l’utilisation possible d’armes nucléaires et de troisième guerre mondiale, il existe un risque plus concret de balkanisation dangereuse du conflit, qui, s’il devait durer longtemps, affecterait principalement les peuples et l’économie du Vieux Continent.

    Mais comment en sommes-nous arrivés à ce désastre ?

    Les raisons de la guerre : au-delà du Donbass et de l’OTAN, il y a plus encore

    S’il est certes vrai qu’à l’origine du conflit se trouvent les revendications des populations russophones des deux régions contestées de l’est de l’Ukraine et le besoin de la Russie de ne pas tolérer de nouvelles bases de l’OTAN à ses frontières, il semble simpliste de réduire le casus belli à ces questions de sécurité territoriale et militaire archi-connues et de longue date.

    Dans le Donbass, les haines ethniques, remontant au moins à l’époque de la domination soviétique, ont refait surface après la « révolution » de 2014. Ils ne sont donc pas une nouveauté. Si le problème s’était limité aux relations de voisinage difficiles entre Moscou et Kiev, la guerre se serait tout autant limitée aux zones frontalières et n’aurait pas pris la dimension globale qu’on lui connaît actuellement. En outre, il aurait été plus facile et plus rationnel pour la partie russe d’essayer de trouver une solution de compromis par la voie diplomatique, compte tenu également des nombreuses perches tendues par Berlin et Paris, délibérément négligées par Vladimir Poutine, qui a préféré montrer ses muscles et « rompre » avec les partenaires du traité de Minsk.

    Le problème de la sécurité de Moscou face à l’encerclement de l’OTAN a peut-être joué un rôle plus important, comme en témoignent les propos du porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, qui, quelques jours seulement avant le début de la guerre, avait déclaré que « le président russe Vladimir Poutine est prêt à négocier. L’Ukraine n’est qu’une partie du problème, elle fait partie du problème plus vaste des garanties de sécurité pour la Russie » (3). Toutefois, il semble qu’il s’agisse ici aussi d’un argument utilisé de manière plutôt spécieuse, si l’on considère également que de nombreux membres du Pacte atlantique ne considéraient pas l’entrée de l’Ukraine dans l’organisation comme nécessaire ou prioritaire.

    En bref, il ne semble pas qu’il y ait eu un danger si grand et imminent aux portes de Moscou pour justifier cette démonstration de force sur le territoire ukrainien. De toute évidence, les Russes n’arrivent pas à se défaire de cette vision impérialiste eurasiatique qui les a toujours distingués et qui les amène à considérer les anciennes républiques soviétiques – aujourd’hui encore et malgré eux – comme une partie intégrante de leur propre espace vital.

    Mais si ce qui précède doit être considéré comme une motivation insuffisante pour déclencher une guerre à grande échelle, alors quelle logique aurait pu provoquer l’éclatement du conflit ?

    Essayons de répondre à cette question en changeant de perspective et en examinant la situation internationale dans son ensemble.

    La grande partie de Risk mondial

    L’équilibre mondial des dernières décennies repose, de fait, sur un bipolarisme ambigu : les États-Unis et la Chine s’affrontent depuis des années dans une nouvelle « guerre froide » pour la prédominance économique-financière et politique, tandis que l’axe géopolitique mondial s’est déplacé, en conséquence, de l’Atlantique au Pacifique.

    Dans ce scénario, cependant, d’autres acteurs tentent de survivre, en essayant de ne pas être submergés par l’hégémonie de la dyarchie sino-américaine : il s’agit principalement du Royaume-Uni, de l’Europe – surtout à travers les initiatives allemandes et françaises – et de la Russie, plus d’autres acteurs plus ou moins émergents qui, cependant, malgré leur réel pouvoir dans la sphère régionale ou sur des questions spécifiques, jouent souvent un rôle plus insignifiant au niveau mondial – pensons par exemple à l’Inde, à la Turquie, à Israël et à une partie du « monde arabe » aussi bien chiite que sunnite.

    Tous ces acteurs sont cycliquement et aléatoirement en accord ou en collision les uns avec les autres selon les différents sujets de discorde, dans une sorte de chaos ordonné qui déroute les téléspectateurs mais qui soutient en même temps le schéma « diviser pour régner » – divide et impera – si cher aux Américains et aux Chinois.

    Si, pour de nombreuses raisons, il est correct de considérer le Royaume-Uni comme un allié discret et plus que stratégique des États-Unis – avec lesquels il partage souvent les mêmes objectifs hégémoniques, comme dans le cas que nous analysons – les seuls acteurs de haut niveau qui pourraient réellement ébranler la fragile mais commode division du pouvoir entre Washington et Pékin sont la Russie – si libérée du joug chinois – et l’Europe – si réellement unie, armée, forte et indépendante de l’influence anglo-américaine – surtout si elles sont en synergie l’une avec l’autre.

    Sur la base de cette hypothèse, les Américains ont donc joué leur jeu dans la nouvelle grande partie de Risk mondial : l’administration Biden, qui a senti le danger après la désastreuse – pour les États-Unis – présidence Trump, a décidé de polariser les relations entre Russie et UE tout en essayant de libérer Moscou de l’étreinte étouffante de son voisin asiatique, lui aussi considéré comme dangereux pour les intérêts américains.

    Pour ce faire, elle a mis en place un piège géopolitique dans le but de séparer l’Europe de la Russie et de briser les liens politiques établis entre Moscou et Berlin-Paris, fissurant ainsi également l’axe énergétique russo-européen et le déplaçant à son propre avantage.

    L’Ukraine comme prétexte pour une attaque commune contre l’Europe

    L’objectif principal des Américains est donc redevenu l’endiguement de l’Europe, devenue ces dernières années un concurrent économique et diplomatique trop dangereux aux ambitions d’indépendance stratégique. Par cette manœuvre, la Maison Blanche voulait également écarter toute possibilité d’un nouveau multilatéralisme asymétrique qui aurait vu un affaiblissement du Pentagone également vis-à-vis de la Chine.

    De la même manière, les Britanniques ont également adopté la stratégie made in usa, en courtisant puis en provoquant la Russie afin de frapper indirectement l’Allemagne, identifiée comme leur concurrent continental absolu.

    De son côté, le Kremlin, comme nous le disions, est peut-être tombé en plein dans le piège : attiré par la promesse de quelques concessions et croyant pouvoir peser dans les négociations avec Washington et Londres, il a tenté de se joindre à une offensive qui redessinerait l’équilibre mondial et déstabiliserait l’Europe. Et dans ce schéma, Kiev a été choisie comme une véritable victime sacrificielle, d’une grande valeur symbolique et stratégique.

    En acceptant de participer à ce projet, Poutine a donc délibérément choisi d’abandonner le dialogue et la coopération avec l’Europe au profit d’une entente renouvelée, tacite et plus ou moins cachée avec le Royaume-Uni et les États-Unis de tradition démocratique, dans un dernier effort désespéré pour tenter de maintenir son propre statut de puissance et essayer de tenir à distance le voisin chinois de plus en plus encombrant, dont il risque de devenir depuis quelque temps déjà le junior partner déclassifié.

    Si l’attaque russe contre l’Ukraine est vraiment le résultat d’un accord souterrain mais « objectif » entre Biden et Poutine, ce serait le chef-d’œuvre stratégique anglo-américain contre l’Europe : la guerre en Ukraine pourrait renforcer l’OTAN, détruire le récent axe Paris-Berlin-Moscou mis en place par, entre autres, Macron, mais aussi faire exploser l’entente germano-russe qui se développe depuis l’époque de Brandt avec Schmidt, Kohl, Schroeder et Merkel, ainsi qu’enliser l’Europe également dans la sphère économique.

    L’arrêt de la coopération de l’Europe avec la Russie dans le domaine énergétique – notamment en sabotant définitivement le projet de gazoduc North Stream 2 avec l’Allemagne – porterait en effet principalement préjudice aux nations et aux peuples de l’UE.

    Bref, l’invasion russe en Ukraine peut générer des avantages très marginaux pour les Russes, elle renforce certainement les Américains, les Britanniques et peut-être les Chinois, mais surtout elle met l’Europe en grande difficulté.

    Mais le dernier mot n’a pas été dit.

    Le fier réveil européen

    Partant du principe que l’Europe doit fondamentalement viser la paix et essayer de faire entendre raison à la Russie qui – comme le pensent ses ennemis occidentaux – en est en réalité un partenaire et un interlocuteur nécessaire, la réponse européenne à la crise, pilotée par les Franco-allemands, a sans aucun doute été intéressante et, à certains égards, surprenante.

    Tandis qu’à Bruxelles, comme d’habitude, on discutait démocratiquement et bureaucratiquement des sanctions autodestructrices à infliger à Moscou, la France et l’Allemagne sont passées à l’action, proposant d’abord deux voies différentes de médiation du conflit, puis décidant, après avoir reçu l’intransigeant niet russe, d’envoyer des armes à l’Ukraine de manière indépendante, c’est-à-dire formellement en dehors de l’OTAN, choisissant ainsi de maintenir une centralité autonome dans l’interventionnisme.

    À cela s’ajoute le tournant militariste révolutionnaire de l’Allemagne qui, comme l’a déclaré le chancelier Scholtz, a annoncé l’augmentation imminente des dépenses destinées aux forces armées – en pratique, un véritable réarmement – et il est opportun d’enregistrer avec grande attention également les paroles du général Graziano, président du Comité militaire de l’UE, sur la possibilité concrète de créer une armée européenne :

    « Nous devons prendre conscience de la nouvelle réalité. Aujourd’hui, il y a des ennemis de l’Europe qui font la guerre. Et je crois que la rapidité avec laquelle l’Union réagit est un tournant historique, qui redessine l’ordre géopolitique mondial. Parce que, quelle que soit la fin de l’invasion de l’Ukraine, tout sera différent à partir de maintenant. Il y a une volonté de changement. L’ambition européenne finale, sanctionnée au sommet de Petersberg et jamais annulée, est de disposer d’une force autonome d’au moins 60 000 soldats » .

    Bref, à ce stade, l’UE et l’OTAN sont enfin en concurrence et en désaccord l’une avec l’autre : d’un côté, il y a une Europe belligérante de facto et désormais prête à s’exposer toujours plus militairement, tandis que de l’autre, il y a une Alliance atlantique qui se redécouvre défensive et curieusement attentiste, comme en témoignent les propos du secrétaire Stoltenberg, selon lequel « l’OTAN n’enverra pas de troupes ni ne déplacera d’avions dans l’espace aérien ukrainien » (7).

    Une nouvelle volonté de puissance européenne naîtra-t-elle de la crise ?

    Cette fois, en somme, un autre pas, certes par réaction, pourrait avoir été réellement franchi vers l’émancipation européenne.

    Si l’on poursuit dans cette voie, le processus européen ne s’arrêterait pas face à la crise ukrainienne, mais pourrait au contraire progresser avec une vigueur croissante vers une libération de l’OTAN et de l’asservissement à l’anglosphère.

    Nous voulions faire l’Europe grâce à Poutine, maintenant nous la ferons peut-être à cause de lui, malgré et en dépit de sa stratégie géopolitique désastreuse. Le premier cas aurait été préférable, mais ce n’est certainement pas notre faute si, au moment décisif, le président russe a fait le choix inverse, en trahissant les pactes.

    L’Europe ira tout de même de l’avant, avec ou sans Moscou : si une nouvelle volonté de puissance émerge réellement, ce sera à nous, Européens, de la soutenir et de la diriger.

    Andrea d'Ottavi (Institut Iliade, 6 mars 2022)

    Lien permanent Catégories : Géopolitique, Points de vue 0 commentaire Pin it!
  • Que sont devenus les héros européens ?...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Frédéric Desylve cueilli sur le site de l'Institut Iliade et consacré à l'effacement des héros européens.

    Merlin_Excalibur.jpg

    Que sont les héros d’autrefois devenus ?

    Si vous demandez à un enfant quel est son héros préféré, il y a de très fortes chances pour qu’il vous réponde par le nom d’un « super-héros ». Les jours de Carnaval dans les écoles, vous croiserez Spiderman, Batman ou l’un de leurs acolytes, un Robin des Bois si vous avez de la chance, mais probablement pas d’Hercule ni de Siegfried. Les héros européens sont en voie d’effacement, plus précisément de “super-remplacement” dans l’imaginaire collectif.

    Point n’est besoin de revenir ici en détail sur la figure du héros européen – figure saillante porteuse de vertus cardinales ou célèbre pour ses bienfaits – ni de citer d’autres noms que ceux d’Arthur, Cúchulainn, Siegfried et Achille, ou encore Ulysse et Héraklès, pour que nous sachions de quoi il est question.

    Désormais, au lieu de quelques individus incarnant les vertus cardinales européennes, nous assistons à une multiplication de clones bon marché qui officient comme autant de têtes de gondoles du supermarché de la bien-pensance. D’un petit nombre de héros inspirants, célèbres pour les bienfaits qu’ils ont apportés ou pour les modèles qu’ils nous proposent, nous sommes passés à une horde grouillante et bigarrée de héros en plastique.

    Pourquoi nos héros européens sont peu à peu remplacés ?

    Comprendre les raisons de ce remplacement, c’est déjà avancer vers son remède. Plusieurs phénomènes coexistent.

    Le premier est la rupture des transmissions traditionnelles combinée à la perte de nos racines. Déclin de la lecture et de la transmission orale au sein de la famille, qui conduit à l’ignorance de plus en plus généralisée de l’existence de nos propres héros. Les enfants ne lisent plus, et leurs parents ne leur racontent plus nos histoires. Coupés de leurs racines, ils sont abandonnés devant des écrans par des adultes complices, qui ne contrôlent pas ce que regardent leurs rejetons. Smartphones, télévision, jeux vidéo sont remplis de super-héros. Est-il besoin de préciser que ces écrans sont alimentés par les mêmes qui préfèrent des super-héros rentables à des héros incompatibles avec le monde globalisé ?

    Après la perte des racines vient ensuite la permanence de l’aspiration héroïque. Les peuples ont besoin de héros, du sentiment héroïque transcendant. Mais nos héros européens, personnages d’ascendance divine ou non, incarnent des modèles propres à notre civilisation, à la civilisation européenne. Et c’est bien là ce qui les rend incompatibles avec notre monde moderne, mercantile et globalisé. En étant porteurs de valeurs spécifiques à un peuple, à une aire civilisationnelle, ils sont des obstacles au marché qui nous voudrait tous identiques, standardisés et acheteurs des mêmes produits.

    Dès lors, très logiquement, le marché nous propose des héros compatibles avec ses objectifs. Des héros mondialisés et porteurs des valeurs de la morale universaliste. Ces héros de substitution qui nous encerclent, en étant ceux d’aucun peuple, deviennent ceux de tous les peuples et remplacent les héros mythologiques.

    Du modèle d’élite au produit de grande consommation : le super-héros comme modèle confortable

    Dans la plupart des cas, le super-héros n’est qu’un humain lambda qui reçoit des super-pouvoirs par hasard, s’inscrivant dans la plus pure logique égalitariste : il n’est pas différent des autres, et ce qui lui est arrivé pourrait arriver à n’importe qui. Il n’est qu’un citoyen moyen, mais disposant de super-pouvoirs.

    Nous sommes également passés du héros comme élite – appartient à une élite celui qui sait qu’il a plus de devoirs que de droits – au super-héros comme produit de marché. C’est un rapport totalement inversé qui s’est instauré. Au lieu de héros qui personnifient les vertus nécessaires à un peuple donné, valeurs qui fondent son identité et alimentent sa puissance, ce sont les individualismes forcenés et les minorités qui donnent leurs caractéristiques aux super-héros. Noir, musulman, bisexuel, LGBT… la liste est longue et ne cessera de s’allonger à mesure que de nouveaux marchés s’ouvriront.

    Il faut souligner en outre que l’identification à un super-héros est bien plus facile qu’à un héros traditionnel, puisque le catalogue est tellement large que vous finirez bien par trouver celui auquel vous pouvez vous identifier sans aucun effort. Aujourd’hui, un héros n’est plus qu’un personnage de fiction mercantile qui lutte pour le « bien ». Le modèle vertical du héros s’est effacé devant le modèle horizontal de la logique de marché.

    Et c’est le marché, avec toute sa puissance, qui mène la guerre contre nos héros : encerclement par les produits dérivés et ciblage de toutes les tranches d’âge. Les clients de ces « super-héros » ne sont pas seulement les enfants devenus parents, mais directement les parents. Le marché du super-héros est devenu un marché transgénérationnel qui n’épargne personne. Les parents amènent leurs enfants au cinéma voir le dernier film de « super-machin », et lui offrent ensuite un cartable logoté qui transformera ce pauvre gosse en homme-sandwich. Films, dessins animés, jeux-vidéos, jouets, vêtements, fournitures scolaires, boissons, friandises… L’envahissement est total.

    Enfin, et c’est un facteur important, ces « super-héros » sont bien souvent des produits américains. De cette Amérique qui se veut tout sauf européenne. De cette Amérique qui, avec à peine plus de trois siècles d’histoire, demeure elle aussi soumise à ce besoin de culte héroïque, et produit donc des héros antinomiques aux héros européens traditionnels.

    Que faire ? Comme toujours, puiser à nos propres sources

    Tout d’abord, nous devons nous réjouir du regain d’intérêt pour la mythologie en général, et grecque en particulier. Les héros grecs sont l’archétype du héros européen, la source primordiale à laquelle il faut accompagner les enfants pour qu’ils y puisent.

    Ensuite, nous affranchir des écrans et du marché, revenir à nos traditions. Traditions de nos propres héros qui portent et transmettent nos valeurs, et tradition de la transmission au sein de la famille. Raconter des histoires à nos enfants, raconter nos histoires à nos enfants. Redécouvrir, nous adultes, parents, ces histoires, les faire nôtres à nouveau et les raconter à notre tour. Point n’est besoin d’infliger à nos enfants un cours magistral sur le culte héroïque, il suffit de les laisser s’émerveiller devant les exploits de Finn Mac Cumhail, la ruse de Pénélope, et ignorer royalement le lancement de tel ou tel « super-héros » supplémentaire.

    Frédéric Desylve (Institut Iliade, février 2022)

    Lien permanent Catégories : Points de vue 0 commentaire Pin it!
  • Syrie : Assad vainqueur du jeu de massacre...

    Le nouveau numéro de la revue Conflits (n°38, mars - avril 2022), dirigée par Jean-Baptiste Noé, vient de sortir en kiosque. Le dossier central est consacré à la Syrie.

     

    Conflits 38.jpg

    Au sommaire de ce numéro :

    ÉDITORIAL

    Le syndrome de Bretzelburg, par Jean-Baptiste Noé

    CHRONIQUES

    LE GRAND ENTRETIEN

    Entretien avec l'amiral Pierre Vandier, chef d'état-major de la marine.

    IDÉES

    Henri-Irénée Marrou : l'homme-historien face à la vérité de l'histoire, par Louis du Breil

    PORTRAIT

    La droite espagnole selon Isabel Díaz Ayuso, par Nicolas Klein

    ENJEUX

    GRANDE STRATÉGIE

    L'ordre du monde totalitaire, par Frédéric Le Moal

    HISTOIRE BATAILLE

    L'empire napoléonien. Naissance de l'Europe romantique, par Pierre Royer

    GÉOPOLITIQUE ET ENTREPRISE

    RIEN QUE LA TERRE

    VUE SUR LA MER

    CHEMINS DE FRANCE

    LIVRES

    ART ET GÉOPOLITIQUE

     

    DOSSIER

    Syrie, le tombeau de l'Europe ?

    L’État syrien avant 2011 : une légitimité en perdition, par Fabrice Balanche

    La révolution syrienne, ou le grand gâchis. Entretien avec l'ambassadeur Nilolaos van Dam

    Que reste-t-il du panarabisme ? , par Tigrane Yégavian

    Idleb : un fief djihadiste en sursis, par Fabrice Balanche

    Entre l'enclume islamiste et le marteau autoritaire, l'avenir incertain des minorités de Syrie, par Tigrane Yégavian

    Mektab Saqar, un puissant réseau de corruption et d'influence des Forces démocratiques syriennes bâti à l'ombre de la coalition occidentale, par John Paplart

    La France a disparu de Syrie, par Hadrien Desuin

    Syrie, le grand retour dans la famille arabe ? , par Frédéric Pichon

    Entretien avec Bachar al-Jaafari, ministre des affaires étrangères de la Syrie

     

     

     

    Lien permanent Catégories : Revues et journaux 0 commentaire Pin it!
  • Guerre en Ukraine, conséquence de l’impéritie des élites occidentales...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Michel Geoffroy cueilli sur le site de l'Institut Iliade et consacré à la guerre russo-ukrainienne. Ancien haut-fonctionnaire, Michel Geoffroy a publié le Dictionnaire de Novlangue (Via Romana, 2015), en collaboration avec Jean-Yves Le Gallou, et deux essais, La Superclasse mondiale contre les Peuples (Via Romana, 2018), La nouvelle guerre des mondes (Via Romana, 2020), Immigration de masse - L'assimilation impossible (La Nouvelle Librairie, 2021) et dernièrement Le crépuscule des Lumières (Via Romana, 2021).

     

    Ukraine_Attaque hélicoptères russes.jpg

    Guerre en Ukraine, conséquence de l’impéritie des élites occidentales

    Une guerre entre Européens ne ferait qu’ajouter au suicide démographique et géopolitique de notre continent. A fortiori si elle devait déborder le monde slave, comme semblent le souhaiter certains irresponsables, va-t-en-guerre de plateaux télévisés. Il serait temps que l’Europe sorte de sa dormition.

    Un conflit prévisible

    Le conflit entre la Russie et l’Ukraine était pourtant prévisible : il était même annoncé !

    Car il plonge ses racines dans la politique américaine d’encerclement de la Russie qui s’est traduite par l’extension continue de l’OTAN vers ses frontières, en contradiction avec les engagements pris par les occidentaux lors de la chute de l’URSS. Dans la volonté atlantiste, aussi, d’empêcher à tout prix l’émergence d’une Europe de l’Atlantique à l’Oural et pour cela, de fractionner durablement notre continent. Dans le renouveau matériel et spirituel de la Russie, enfin.

    Mais les élites d’Europe occidentale se sont enfermées dans le déni : elles ont refusé de voir que nous étions entrés dans un monde polycentrique, où les nations et les civilisations ré-émergentes ont accédé à la puissance et n’entendent plus se plier aux diktats occidentaux.

    Un monde par conséquent de plus en plus instable et de moins en moins occidental, justement, comme l’avait prévu Samuel Huntington.

    Une mortelle illusion

    Le conflit en Ukraine marque le retour du tragique pour une Europe de l’Ouest qui ne s’est préparée à rien car elle a cru que le doux commerce, la communication et le droit procédural suffiraient à tout résoudre.

    Une Europe occidentale qui a cru que sa dormition pourrait rester paisible alors qu’elle laissait se développer les sources d’instabilité non seulement à ses portes, mais sur son sol même. Et qu’elle se complaisait dans la déconstruction maladive de son identité et dans son propre remplacement ethnique.

    Le choc des puissances qui se déroule en Ukraine met fin brutalement à cette mortelle illusion.

    Il démontre l’inexistence de l’Union Européenne, nain stratégique, militaire et diplomatique, simple courroie de transmission d’intérêts ou de lubies idéologiques qui ne sont pas les nôtres.

    Car entre les États-Unis, la Russie, l’Inde ou la Chine, l’Europe marchande, déconstruite et immémorante ne compte plus au 21ème siècle.

    L’impéritie des élites occidentales

    La guerre en Ukraine illustre donc, une nouvelle fois, l’impéritie des élites d’Europe occidentale.

    Celles-ci n’ont pas voulu voir la détérioration de l’état ukrainien ; elles ont fermé les yeux sur ce qui se passait dans le Donbass ; elles n’ont pas réellement veillé à l’application des accords de Minsk ; elles ont ignoré les avertissements répétés de la Russie ; elles ont tout misé sur l’OTAN.

    Et maintenant que la crise est là, voilà que nos bisounours promoteurs d’écriture inclusive, de vivre ensemble et de déplacements en trottinette, tiennent maintenant des discours martiaux, mais au plus mauvais moment.

    Ils jouent aux « chefs de guerre », ils condamnent, ils brandissent des sanctions, ils déplacent des troupes, ils censurent. Ils gesticulent.

    Ils démontrent surtout leur incapacité dramatique à maitriser les évènements qu’ils ont laissé advenir et contre lesquels ils ne nous ont pas préparés au surplus.

    Comme leurs prédécesseurs de 1939 nous ont conduit au désastre.

    Le réveil sera rude

    Le conflit en Ukraine montre enfin que les mots, tabous en Europe occidentale, de souveraineté, de frontière, d’intérêt national, de volonté et de puissance avaient encore tout leur sens au 21ème siècle. Du moins pour ceux qui entendent jouer un rôle dans le nouveau siècle multipolaire qui s’avance.

    Pour les autres, réduits à l’état d’objet de l’histoire, c’est-à-dire à l’état de proie, ce siècle promet d’être bien douloureux.

    Faute de l’avoir compris, notre continent risque une nouvelle fois de devenir le champ de bataille où se rejoue l’affrontement éternel, décrit autrefois par Thucydide, entre puissance émergente et puissance dominante ; mais cette fois, malheureusement à l’âge nucléaire.

    Il serait temps que les Européens se réveillent… au bord du gouffre !

    Michel Geoffroy (Institut Iliade, 1er mars 2022)

    On peut aussi rappeler au passage que les « bonnes consciences » occidentales étaient moins ardentes à dénoncer Moscou lorsque les bolchéviques écrasaient Prague, Budapest et Berlin-Est en 1954 et 1968 (seuls quelques Européens courageux le faisaient à l’époque : dont Dominique Venner).

    Lien permanent Catégories : Points de vue 0 commentaire Pin it!
  • David Engels : un autre regard sur la guerre russo-ukrainienne...

    Vous pouvez découvrir ci-dessous un entretien iconoclaste donné par David Engels à Nicolas Vidal pour Putsch et consacré à la guerre russo-ukrainienne...

    Historien, essayiste, enseignant chercheur à l'Instytut Zachodni à Poznan après avoir été professeur à l'Université libre de Bruxelles, David Engels est l'auteur de deux essais traduits en français, Le Déclin. La crise de l'Union européenne et la chute de la République romaine (Toucan, 2013) et Que faire ? Vivre avec le déclin de l'Europe (Blauwe Tijger, 2019). Il a  également dirigé un ouvrage collectif, Renovatio Europae - Plaidoyer pour un renouveau hespérialiste de l'Europe (Cerf, 2020).

     

     

                                        

    Lien permanent Catégories : Entretiens, Multimédia 0 commentaire Pin it!
  • Notre chemin...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Xavier Eman sur la douloureuse affaire ukrainienne.

    Animateur du site Paris Vox, rédacteur en chef de la revue Livr'arbitres et collaborateur de la revue Éléments, Xavier Eman est l'auteur de deux recueils de chroniques intitulés Une fin du monde sans importance (Krisis, 2016 et la Nouvelle Librairie, 2019), d'un polar, Terminus pour le Hussard (Auda Isarn, 2019) et, dernièrement, d'Hécatombe - Pensées éparses pour un monde en miettes (La Nouvelle Librairie, 2021).

     

    Ukraine_USA_Russie.jpg

    Notre chemin

    Il faut se méfier des réponses simples à des problèmes complexes. Ce serait un truisme affligeant que de dire cela si notre époque n’avait pas en détestation la tempérance, la nuance, la gradation, et même la simple analyse. Notre temps n’aime rien davantage que le manichéisme, l’hystérie et les vociférations.  Chacun est sommé de choisir son héros et de combattre à mort (sur les réseaux sociaux ou les plateaux télé, n’exagérons rien…) pour celui-ci, abandonnant au passage toute bribe d’honnêteté et tout semblant de mesure. Un monde d’idolâtres, de « groupies », de « supporters » sans cervelle, aussi pavloviens qu’agressifs.

    Ainsi, il semble qu’il soit impossible d’être favorable à l’autonomie et l’indépendance ukrainienne sans devenir immédiatement un abject « anti-russe » et, plus grave encore, un horrible « anti-Poutine ». Pourtant, n’étant ni Russe ni Ukrainien, mais Français, c’est une position qui n’a rien d’absurde ni d’intenable, à part, bien sûr, pour les fanatiques (à distance) des deux camps qui semblent s’être trouvés de tristes patriotismes de substitution.

    Dans le monde chaotique et hyper-interconnecté dans lequel nous vivons, où des intérêts immenses et contradictoires s’entrecroisent et des lobbys multiples se concurrencent, il faut être bien présomptueux pour prétendre connaître l’issue et les conséquences concrètes des événements et des crises qui secouent le monde. Souvenons-nous, par exemple,  du drame Yougoslave. Faut-il cracher rétrospectivement sur ceux qui avaient choisi le camp Croate ?

    Face aux nouvelles pythies de facebook et d’instagram, aux Nostradamus de la géopolitique et autres grands spécialistes du billard diplomatique à douze bandes, le militant sincère n’a qu’un choix qui paraît à peu près digne: tenter d’être fidèle à des principes immuables et transcendants et servir les seuls intérêts de son pays.

    Ainsi, au nom de l’anti-impérialisme et du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, il convient de défendre le combat des ukrainiens pour vivre dans leur patrie, selon leurs règles, traditions et lois, sans avoir à être les domestiques obligés de leur puissant voisin. Et ce quelques soient les contingences et les circonstances. Est-ce nous qui vivons dans un pays membre fondateur de l’Otan qui allons insulter (ou simplement dénigrer le combat) des nationalistes ukrainiens parce que le leur va peut-être un jour rejoindre cette organisation ? Avons-nous des leçons à leur donner sur la divergence entre le combat mené et les gouvernements qui nous représentent ? Un peu de décence et d’humilité, en ce domaine comme en bien d’autres, ne serait pas superflu…

    Ensuite, au nom des intérêts de la France, il est impérieux de refuser le suivisme Otanesque et la subordination aux Etats-Unis, et il est urgent de rompre avec la criminelle niaiserie de la prétendue  « défense des droits de l’homme » qui n’est que le cache-sexe de la stratégie d’hégémonie américaine.

    Mais, entre deux Empires, nous n’avons pas à choisir notre vassalité.

    C’est avec cette fameuse « troisième voie », qui fait sans doute ricaner les cyniques rebaptisés « réalistes » et « pragmatiques » après un voyage semi-officiel et trois coupes de champagne, qu’il faut renouer, sous peine de disparaître. Car l’époque ne manque pas de gens prêts à se soumettre et à servir le puissant du jour, mais les volontés et les intelligences pour forger notre propre puissance se sont, quant à elles, tragiquement raréfiées.

    Xavier Eman (A moy que chault ! , 23 février 2022)

    Lien permanent Catégories : En Europe, Géopolitique, Points de vue 0 commentaire Pin it!