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Métapo infos - Page 1312

  • Une nouvelle guerre froide ?...

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    Le numéro de mai 2014 de la revue Le spectacle du monde est en kiosque. 

    Le dossier est consacré à la crise ukrainienne et à son influence sur les relations entre l'Europe et la Russie. On pourra y lire, notamment, des articles d'Olivier Zajec ("Une nouvelle logique bipolaire"), de Gabriel Matzneff ("La tombe d'Akhmatova") et d'Eric Branca ("L'Ukraine entre deux mondes") ainsi qu'un entretien avec Marie-France Garaud ("Aux sources du malentendu russo-américain").

    Hors dossier, on pourra aussi lire, notamment, un entretien avec Alain de Benoist ("De quoi la théorie du genre est-elle le nom ?") et des articles de François Bousquet ("Gary le magnifique"), de Stéphane Guégan ("Fantastique Gustave Doré), de Laurent Dandrieu ("Les chouans du Nouveau-Monde"), de Michel Marmin ("Thomas l'imposteur") et de Bruno de Cessole ("Les nostalgies du Guépard"). Et on retrouvera aussi  les chroniques de François d'Orcival ("Hollande vise au centre"), de Patrice de Plunkett ("Les clown ne rient pas") et d'Eric Zemmour ("Valls ou le grand aveu").

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  • L'Union européenne est-elle en train de s'autodétruire ?...

    Intellectuel croate, ancien professeur de sciences politiques au Juniata College de Pennsylvannie et ancien diplomate, auteur de nombreux ouvrages en langue anglaise et en langue croate, Tomislav Sunic a pu comparer les turpitudes des systèmes communiste et capitaliste. Cet observateur particulièrement lucide et averti du politiquement correct a bien voulu répondre à l'enquête de l'équipe de la revue Eléments consacrée à l'état de l'Union européenne.

    Tomislav Sunic a publié en France Homo americanus - Rejeton de l'ère postmoderne (Akribéia, 2010) et Croatie : un pays par défaut (Avatar, 2010) ainsi que, tout récemment, Chroniques des temps postmodernes (Avatar, 2014).

     

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    Tomislav Sunić : «L’Union européenne est en train de s’autodétruire»

    Éléments : Depuis 2010, les sondages Eurobaromètre montrent invariablement que le pourcentage global des Européens défavorables à l’Union européenne est constamment supérieur à celui des Européens qui lui sont favorables. Les déceptions qu’a engendrées jusqu’ici la construction européenne doivent-elles oui ou non remettre en question l’idéal d’une Europe politiquement unie? Pourquoi faire l’Europe?

    Tomislav Sunić: L’idée de la construction de l’Union européenne relève d’un pur constructivisme académique, du « wishful thinking » des bien-pensants occidentaux qui fut très à la mode suite à la Deuxième Guerre mondiale. Ce constructivisme européen, « à la yougoslave » ou « à la soviétique », quoique jamais exprimé officiellement, eut comme but d’endiguer la prétendue hégémonie allemande, et par détour, d'accélérer la disparition de tous les peuples européens. Or, les développements de cette construction européenne, depuis le Traité de Rome et, surtout, depuis le Traité de Maastricht, ont rétrospectivement démontré le dilettantisme de ses architectes, ainsi que le caractère surréel et donc fragile de cette construction hyperréelle. L’Union européenne est en train de s’autodétruire.

    En quoi le projet européen tel qu’il a été pensé, vous rappelle le constructivisme « yougoslave » ou « soviétique »?

    Tomislav Sunić: Le bric-à-brac de l’état multiculturel qui fut naguère l’ex-Yougoslavie fut un projet sorti ex nihilo de Versailles et de Trianon, voué donc à l’échec dès sa naissance. Le rassemblement forcené et par des oukases belgradois (à la bruxelloise) de peuples divers mena fatalement à la méfiance de tous contre tous. Idem pour l'Union soviétique. Ces deux constructions remontaient au jacobinisme français. L’Union européenne n’est aujourd’hui que le mime des deux exemples yougoslave et soviétique, qui ont déjà donné naissance à tant de haine mutuelle en Europe de l’Est et en Eurasie. L’Union européenne, telle que nous la voyons sur la mappemonde, aura une courte durée. Hélas, le prix sera élevé.

    Un an après l’entrée officielle de votre pays au sein de l’Union européenne le 1er juillet 2013, quel est l'état d'esprit des Croates vis-à-vis des institutions européennes?

    Tomislav Sunić: Nul. Le Croate moyen est en train de déchanter. Après la première extase face aux images de l’Occident qui chante tout en versant gratuitement de l’argent aux nouveaux membres de l’UE, on est aujourd’hui témoin d’une vraie métastase institutionnelle en Croatie. Je vous renvoie sur le rapport de Reuters sur la Croatie du 5 mai 2014 (ici) qui a établi un bon certificat de décès de l’économie croate et son marché du travail. Pour chaque employé on dénombre un retraité (1,2 million d’ouvriers vs 1,2 million de retraités). Le chômage parmi les jeunes croates dépasse celui des Espagnols.

    L'Euro étant devenu un sujet majeur de discorde entre les peuples européens, faut-il dissoudre la monnaie unique pour sauver l'Europe ou doit-on défendre bec et ongles l’Euro?

    Tomislav Sunić: L’Euro n’est pas la source des problèmes de l’Union européenne. Ces problèmes sont plutôt la conséquence du mauvais fonctionnement de l’UE. Pourquoi ne pas garder l’euro, à l’instar du dollar, comme moyen de transactions financières transeuropéennes et internationales, tout en gardant les monnaies nationales pour les activités des économies nationales ? Ainsi chaque pays européen serait en mesure de fixer le taux de change de sa monnaie locale en fonction de la hausse ou de la baisse de son PIB.

    Doit-on souhaiter la dissolution de l’Union européenne ou préférer cette Europe imparfaite? Peut-on refonder la construction européenne sur d’autres bases? Lesquelles?

    Tomislav Sunić: Toute dénomination d’Union européenne, que ce soit sous le nom de « Reich », ou sous le nom d' « Union européenne », ou bien sous n’importe quel autre signifiant est souhaitable, pourvu que son signifié exprime les bases réelles de ses peuples différents, à savoir leurs fonds culturels et spirituels. En l’occurrence, le Saint Empire allemand ou même l’Empire austro-hongrois, vu leur longue durée historique, présentaient davantage de stabilité et de viabilité pour leurs peuples que l’Union européenne actuelle.

    Dans la dernière livraison de la revue Éléments, Félix Morés écrit que l’Union européenne a souffert des élargissements aux États d’Europe centrale et orientale qui ont diminué les chances de parvenir à une Union politique. Faut-il plaider pour une Europe à plusieurs vitesses? À un noyau dur autour d’une Europe des six?

    Tomislav Sunić: La proposition hypothétique d'une « Europe à plusieurs vitesses » s’inscrit dans la logique capitaliste et globalitaire. L’Europe à « deux vitesses » sera donc dès le début vouée à l’échec, ou pire encore aux guerres civiles incessantes. En revanche, une Europe, même une Europe davantage élargie, dont les peuples partagent des idées communes, à savoir le sens de leur identité locale d’une part, et leur rôle commun de grande puissance, de l’autre, peut nous donner encore une chance.

    Dans ce cadre, où arrêter les frontières de l'Europe? Quelle est l'architecture juridique qui privilégiera au mieux, selon vous, le respect des identités locales et le rôle de grande puissance de l'Europe?

    Tomislav Sunić: Ah bon. Où donc ? Dans le 12e arrondissement de Paris ou bien à Kreutzberg, ou à Neukölln, au sud de Berlin ? Ou bien à Marseille ou à Brixton, au sud de Londres ? Il vaut mieux alors que j’aille à Timgad ou à Lahore pour chercher sur les limes d’anciens Européens. Nous tous, qu’on s’appelle identitaires, nationalistes, terriens, tous épris de la glèbe ancestrale, cessons donc avec nos querelles tribales. Les frontières européennes se trouvaient jadis à Troie en Asie donc, chez les Phrygiens, chez Hector, Priam, et la belle Cassandre. Mes ancêtres croates ont dû passer par l’Hindou-Kouch et par le Caucase, il y a quelques millénaires, avant de s’installer sur la belle côte adriatique. Aujourd’hui, on trouve davantage de bons Européens à Buenos Aires ou à Sidney qu’à Paris ou à Londres. Avec nos guerres claniques, que ce soit les Russes contre les Ukrainiens ou les Serbes contre les Croates, on ne fait qu’une belle offrande aux ennemis de l’Europe.

    Tomislav Sunic, propos recueillis par Pascal Esseyric (Blog Eléments, 8 mai 2014)

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  • Postérité...

    Les éditions Les Belles Lettres rééditent Postérité, un roman de Philippe Muray, qui avait été publié initialement chez Grasset en 1988.

    Critique impitoyable de la société et contempteur de l'Homo festivus, armé d'une plume acérée et d'un  humour féroce, Philippe Muray, mort en 2006,  s'est fait connaître en particulier par ses chroniques et ses textes ravageurs rassemblés dans les quatre volumes de ses Exorcismes spirituels et les deux volumes d'Après l'histoire, qui ont été rassemblés sous le titre Essais par les Belles Lettres en 2010.

     

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    " Que veulent les personnages de ce roman, à travers les passions qui les agitent ? Que cherchent Selma, Mimsy, Naïma ou Camille, ainsi que leurs compagnons ou amants ? Le plaisir, comme leurs aventures érotiques en témoignent. Le bonheur aussi, et l'amour. Mais, par-dessus tout, s'ils montent tant d'intrigues, c'est qu'ils subissent dans leur chair et leur âme les conséquences de la grande révolution scientifique d'aujourd'hui, qui rend désormais l'acte sexuel et la procréation parfaitement indépendants l'un de l'autre.
    Postérité, c'est d'abord cela : l'histoire détaillée des rapports orageux d'un certain nombre d'hommes et de femmes autour de la question de la prolongation de l'espèce. Rapports d'autant plus explosifs qu'eux et elles ont à présent le choix. Leur liberté toute neuve provoque des drames inédits, qui finissent par s'organiser dans l'esprit de Jean-Sébastien, le narrateur, en une étourdissante « comédie de mœurs » contemporaine. Mais ce roman, c'est aussi l'évocation d'une étrange maison d'édition, le BEST, où évoluent la plupart des héros, techniciens discrets du succès, qui constituent une société souterraine puissante et invisible. Cette entreprise est une usine de fabrication de livres en tous genres ; sujets programmés à l’avance, vedettes venant demander d’être écrites par une équipe de nègres spécialisés. Les livres se succèdent à une cadence infernale, il faut couvrir tous les thèmes, dossiers confidentiels, astrologie, spiritisme, pornographie, espionnage, biographies, magie, alchimie, histoire enchantée, romans supra-commerciaux. Tous ces mots à consommer et qui ne sont pas faits pour durer, tous ces « succès du mois » sont avalés et traités par la machine dont la description ouvre le livre : « La vérité, c’est la machine. Et la machine se fout éperdument des longs placards imprimés qu’elle fait gicler sur ses tapis roulants, à travers ses pinces, ses rouages, ses broches, ses trépidations de pilon... » Le dévoilement des coulisses plus ou moins burlesques de l'édition moderne est donc un autre des ressorts de cette histoire.
    Peu à peu, sous les yeux du narrateur, ce BEST, où il occupe lui-même une place modeste mais centrale, prend les dimensions d'un microcosme fascinant, où viennent se rassembler toutes les tendances d'une société qui, dans la plupart des domaines, voit triompher la contrefaçon et l'artifice. De cet univers bouleversé, il entreprend alors la description dans un récit ironique, mais aussi très réaliste, où passe, comme un défilé de carnaval, tout le fracas de notre fin de siècle. "

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  • Les petits monstres...

    Nous reproduisons ci-dessous la dernière Chronique d'une fin du monde sans importance, de Xavier Eman, publiée dans le numéro 151 de la revue Éléments, actuellement en kiosque, et cueillie sur l'excellent blog A moy que chault !...

     

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    Les petits monstres

    « Tu n'envisages tout de même pas de sortir avec nous habillé comme cela ? »

    Noémie avait frémis de surprise et de colère en voyant apparaître Etham, son fils de 7 ans, qu'elle venait d'appeler pour la promenade familiale dominicale. Elle n'en croyait pas ses yeux et agitait la tête de gauche à droite dans une expression d'incompréhension et d'accablement mêlés. Pour un peu elle en aurait fait tomber son Télérama sur la moquette à boucles épaisses couleur « ventre de taupe » du salon. Dans l'encablure de la porte, stoppé net dans l'élan qui le conduisait aux bras de sa mère, le gamin était déjà aux bord des larmes. Vêtu d'une salopette, d'une chemise bleue à carreaux et d'une paire de baskets à scratch, Etham hésitait entre fureur et sanglots, tremblotant de tout son petit être frustré de l'affection attendue.

    « Ha, ne commence pas à pleurer, je t'ai dit cent fois de ne pas prendre les affaires de ta sœur ! Remonte vite et va mettre la robe que Mum t'a préparé ! »

    « Mum » c'était quand même moins plouc que « maman ». Bien sûr, cela restait encore assez largement hétéro-normé, encore confiné dans le dualisme périmé du père/mère, mais elle n'était toutefois pas mécontente d'avoir réussi à imposer ces anglicismes « Mum » et « Dad » qui lui semblaient moins agressivement archaïques.

    « Dad » d'ailleurs, entra à son tour dans la pièce et interrogea du regard Noémie sur la raison de son courroux.

    « Je te jure, ce projet parental finira par me rendre folle ! » s'exclama-t-elle pour toute réponse. André insista donc :

    « Qu'est-ce qu'il a encore fait ? »

    « Il voulait sortir avec une salopette de sa sœur ! Tu imagines ce qu'auraient dit les voisins s'ils avaient vu ça ? » hurla presque Noémie, comme terrorisée par la perspective.

    Soucieux d'apaiser le trouble de sa compagne-partenaire, André engagea alors une stratégie de détournement en déclarant :

    - « Oh, eux, ils n'ont pas grand chose à dire, hier encore j'ai surpris leur petite dernière en train de jouer avec un poupon dans le jardin. Elle s'amusait à le changer, tu imagines ! Dans le genre formatage domestico-sexué, on peut difficilement faire pire ! »

    Mais l'argument ne porta qu'à moitié car l'aîné des voisins, lui, avait fait son coming-out il y a un peu plus d'un an et vivait depuis lors avec un immigré clandestin gabonais en attente d'une opération de changement de sexe, ce qui conférait à l'ensemble de la famille une inattaquable respectabilité et même une sorte d'autorité morale sur tout le quartier.

    Noémie souffrait, sans vouloir jamais le formuler, de ne pas se sentir totalement au niveau de cette rude concurrence. Elle sentait bien, malgré ses efforts incessants, toutes les scléroses, les vétustés et les anachronismes qui encombraient encore son organisation familiale : Etham qui avait abandonné la gymnastique rythmique pour le football (« Dad » ayant cédé après des nuits entières de larmes et une dramaturgie digne d'une sorte de « Billy Elliot » inversé...), les grands-parents qui s'acharnaient à offrir des opuscules fascistes à leurs petits-enfants (Cendrillon,la Belle au bois dormant, le Prince Eric... toutes les saloperies occidentalo-machistes y passaient...) et elle-même qui, encore entravée par des vestiges de son éducation étriquée et obscurantiste, n'avait pas pu retenir un léger haut-le-coeur en assistant à la séance obligatoire de projection de la « Vie d'Adèle » organisée par l'école primaire de son fils. Le broutage de minou en gros plan au Ce2, à sa grande honte, elle avait encore quelques difficultés à intégrer toute la portée pédagogico-citoyenne de la chose...

    Pourtant, elle avait fait de considérables progrès, grâce notamment à ses abonnements à Technikart et Libé, et sentait bien que, sans être arrivée à la totale plénitude de la libération de tous les carcans hérités, elle s'était largement avancée sur la voie de l'interchangeable et de l'indéfini, vers le monde merveilleux où chacun n'est déterminé que par ses désirs de l'instant.

    Le plus dur finalement avait été de faire accepter par André le fait de se laisser sodomiser en levrette, à l'aide d'un godemichet-ceinture, afin de rompre définitivement avec l'oppression machiste de la pénétration hétérosexuelle unilatérale qui imprégnait leurs relations intimes depuis trop d'années. Dorénavant, il avait régulièrement les fesses douloureuses mais pouvait au moins regarder les voisins droit dans les yeux.

    Xavier Eman (A moy que chault ! , 4 mai 2014)

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  • Sur le nihilisme européen...

    Nous vous signalons la parution du septième numéro (Hiver 2014) de la belle revue Figures de proues, dirigée par Pierre Bagnuls. On y découvrira des textes choisis et une foule de citations sur le thème de l'Europe et du nihilisme européen, agrémentés par de superbes illustrations en couleurs. Du beau travail !

    Il est possible de s'abonner ou de commander ce numéro (ainsi que les numéros précédents) sur le site de la revue : Figures de proues

     

     

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    Au sommaire :

    Éditorial

    Europe - 9 novembre 1989: la cicatrice concentrationnaire fut
    symboliquement refermée
    par Pierre Bagnuls

    L'auteur, la société, la liberté

    La pensée remonte les fleuves par Charles-Ferdinand Ramuz

    Figure

    Face au soleil de minuit: un solstice d'été septentrional d'après Marc Augier, par Pierre Bagnuls

    Hommage

    En mémoire de Dominique Venner par Pierre Bagnuls

    Les sources vives

    Le nihilisme est devant la porte: d'où nous vient ce plus inquiétant de tous les hôtes? par Pierre Bagnuls

    Textes fondateurs

    Changement de paradigme et crise de la conscience européenne par Alexandre Koyré

    Commencer avec le soleil par David Herbert Lawrence

    Le monde paraît sans valeur par Friedrich Nietzsche

    Fondements du nihilisme européen par Jean-Edouard Spenlé

    Tout est venu à l'Europe et tout en est venu par Paul Valéry

    Quels rêves a faits l'homme? par Paul Valéry

    Ce que nous savons, ce que nous pouvons, a fini par s'opposer à ce que nous sommes par Paul Valéry

    Texte dé-fondateur

    Extraits des discours sur l'Europe de Julien Benda

    Propos sur la dé-fondation européenne

    Des dangers d'une intelligence désincarnée et inorganique:
    le nihilisme en pensées et en actes
    par Pierre Bagnuls

     

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  • A propos des valeurs des politiciens...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue d'Alain de Benoist, cueilli sur Boulevard Voltaire et consacré à ces valeurs que les hommes politiques agitent en se gardant bien de les définir... 

     

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    Les politiciens défendent leurs « valeurs »… Mais lesquelles ?

    Les médias et les politiciens nous rebattent les oreilles de leurs « valeurs » : « valeurs » républicaines, « valeurs » des droits de l’homme, etc. Mais le terme de « valeur » n’est-il pas, à l’origine, de nature économique ?

    Les hommes politiques se flattent en général de défendre leurs « valeurs » sans jamais préciser de quelles valeurs il s’agit. Il en va de même pour leurs « fondamentaux », terme qui n’est d’ailleurs qu’un pur barbarisme (« fondamental » est un adjectif, pas un nom). Le plus probable est qu’ils ne savent même pas le sens des mots qu’ils utilisent.

    Au Moyen Âge, le mot « valeur » s’emploie essentiellement pour désigner le mérite ou des qualités telles que la bravoure ou le courage. Après quoi, comme pour bien d’autres termes, on est passé de la qualité à la quantité. Adam Smith associe déjà la valeur à la notion d’utilité. On aura ensuite la « valeur vénale », la « valeur d’échange », la « valeur boursière », c’est-à-dire la valeur économique qui ne s’apprécie qu’en argent. La critique de la valeur (Wertkritik), qui constitue la part la plus intéressante de la pensée de Marx, assimile le sujet du Capital au « sujet automate », c’est-à-dire au processus de valorisation capitaliste, forme historique du fétichisme de la marchandise : la notion de « valeur » est l’expression d’un rapport social qui conduit à chosifier les êtres humains et à faire de l’argent le seul but de l’existence, les crises financières n’étant qu’un symptôme d’une crise plus générale de la valorisation.

    Pour justifier son titre, l’hebdomadaire Valeurs actuelles cite en couverture de chacun de ses numéros la phrase de Jean Bodin : « Il n’y a de richesse que d’hommes », aujourd’hui devenue l’un des mantras favoris des tenants de « l’humanisme d’entreprise ». La citation exacte figure au livre V, chapitre II, des Six Livres de la République (1576) : « Il ne faut jamais craindre qu’il y ait trop de sujets, trop de citoyens : vu qu’il n’y a richesse, ni force que d’hommes. » Pour Bodin, précurseur du mercantilisme, elle signifie donc, non que l’homme soit une valeur en soi, mais que le nombre des habitants fait la richesse de l’État. On reste dans le domaine de la quantité.

    Cela dit, au sens général, la valeur peut aujourd’hui aussi bien désigner l’importance que l’on donne à une notion quelconque qu’une norme de conduite, un ensemble constituant une « échelle de valeurs », etc.

    Ce qui vaut pour les uns ne vaut pas forcément pour les autres. Pourquoi faudrait-il alors nécessairement s’incliner devant les « valeurs » à la mode ?

    Il y a d’autant moins de raison de s’incliner devant une valeur ou un système de valeurs que la valeur n’est pas une qualité inhérente aux choses, mais relève toujours d’un jugement subjectif, qu’elle est décrétée par l’homme en fonction de ses croyances ou de ses convictions, de ce qu’il approuve ou de ce qu’il désapprouve. Le jugement de valeur s’oppose par là au jugement de fait. C’est pourquoi Max Weber exigeait du savant qu’il s’en tienne à une stricte « neutralité axiologique », c’est-à-dire qu’il ne confonde pas la valeur (subjective) et le fait (objectif), la raison scientifique ne pouvant jamais fonder que le second.

    Weber parlait aussi du « polythéisme des valeurs ». Il entendait par là que les valeurs sont vouées à se combattre entre elles, à la façon des dieux de l’Olympe (« Nous n’avons pas les mêmes valeurs que vous ! »). Comme l’a maintes fois rappelé Julien Freund, la valeur implique en effet la pluralité : là où il n’y aurait qu’une valeur, il n’y aurait pas de valeur du tout, faute d’une possibilité de comparaison. Il s’en déduit qu’une valeur ne vaut que par rapport à ce qui vaut moins qu’elle (ou à ce qui ne vaut rien). Autrement dit, les valeurs se distribuent sur une échelle, selon qu’elles sont supérieures ou inférieures à d’autres. Elles sont non seulement plurielles, mais aussi incompatibles entre elles. La notion de valeur suppose donc une hiérarchie, au moins implicite, ce qui pose le problème de la valeur d’égalité…

    Le caractère subjectif de la notion de valeur est par ailleurs ce qui la rend la plus critiquable, « l’appel aux valeurs » pouvant s’assimiler à un débordement généralisé des subjectivités. Robert Redeker déclare ainsi : « C’est quand la foi et la morale sont mortes que surgit le discours sur les valeurs. C’est parce qu’il n’y a plus de morale que les valeurs imposent leur bavardage urbi et orbi […] C’est en leur nom, et plus en celui de la nation ou de la patrie, que l’on part en guerre. Ces discours confondent les valeurs et la morale, soumettant la morale à la juridiction des valeurs. » Dans son livre sur La tyrannie des valeurs (1960), Carl Schmitt fait une critique comparable, quand il écrit que le déclin de l’objectivité a entraîné la dispersion de l’opinion en un pluralisme des valeurs, qui traduit en fin de compte une indifférence à la vérité.

    Autrefois, on parlait de « vertus » ou de « qualités », voire d’éthique. Ou encore de simple sens commun : il y a des choses qui se font et d’autres qui ne se font pas, tout simplement parce qu’elles ne se font pas. La gentillesse, fondement du vivre ensemble, est-elle une vertu, une valeur ou une qualité ?

    C’est une qualité ou une vertu qu’on est en droit de considérer comme une valeur. La distinction entre les choses « qui se font » et celles « qui ne se font pas » relève plutôt de cette « décence commune » (common decency) dont George Orwell faisait, à juste titre, l’une des plus constantes qualités des classes populaires. L’éthique – du grec ethos – tout comme la morale – du latin mores – renvoient d’ailleurs l’une et l’autre aux mœurs, c’est-à-dire aux valeurs partagées au sein d’un même peuple.

    Alain de Benoist, propos recueillis par Nicolas Gauthier (Boulevard Voltaire, 1er mai 2014)

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