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Métapo infos - Page 1309

  • Feu sur la désinformation !... (5)

    Vous pouvez découvrir ci-dessous un nouveau numéro de l'émission I-Média sur TV libertés, consacrée au décryptage des médias et dirigée par Jean-Yves Le Gallou, président de la fondation Polémia, avec le concours d'Hervé.

    Au sommaire :

    • Partie 1 : La réinfosphère et le journalisme vus par le journaliste David Doucet (Les Inrocks), commentaire de Jean-Yves Le Gallou
    • Partie 2 : La manipulation par l’occultation : l’exemple de la victoire du PSG
    • Partie 3 : Les médias de propagande sur la victoire de Conchita Wurst

     

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  • Le capitalisme à l'assaut du sommeil ?...

    Les éditions Zones viennent de publier 24/7 - Le capitalisme à l'assaut du sommeil, un essai de Jonathan Crary. L'auteur critique d'art et professeur à l'université de Columbia.

      

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    " La thèse de Jonathan Crary tient en un sigle, en une abréviation-slogan qui clignote déjà dans les rues de Londres ou de Manhattan pour vanter la continuité d'activités non-stop : " Open 24/7 ". Opérer en permanence, 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, tel est le mot d'ordre du capitalisme contemporain. C'est aussi l'idéal d'une vie sans pause, active à toute heure du jour et de la nuit, dans une sorte d'état d'insomnie globale. Cet essai retrace l'histoire de ce processus de grignotage du temps, qui n'a cessé de s'intensifier à la période moderne et contemporaine. Où l'on apprend qu'un adulte américain dort aujourd'hui en moyenne 6 heures et demie par nuit, contre 8 heures pour la génération précédente, et 10 heures au début du XXe siècle. Crary documente ces mutations temporelles pour en critiquer les effets dévastateurs. Si personne ne peut réellement consommer, jouer, travailler, bloguer, télécharger ou chater en continu 24 heures sur 24, aucun moment de la vie n'est plus désormais exempt de telles sollicitations. Cet état continuel de frénésie connectée érode la trame de la vie quotidienne, et, avec elle, les conditions même de l'action politique. Les exigences du consumérisme généralisé convergent en cela avec les dispositifs de surveillance et de contrôle. Dans ce tableau, le sommeil apparaît, dans sa nécessité physiologique comme dans ses élans oniriques, comme l'ultime borne posée à la colonisation capitaliste de la vie quotidienne. D'où un éloge paradoxal du sommeil et du rêve, éminemment subversifs dans leurs capacités d'arrachement à un présent tout aussi frénétique qu'inerte, englué dans des routines accélérées. Jonathan Crary signe un essai brillant, érudit et accessible, qui combine références philosophiques, analyses de films, d'œuvres d'art, d'expériences scientifiques ou de romans populaires afin d'esquisser une anthropologie critique du contemporain. Sa conclusion, tout aussi révolutionnaire qu'inattendue, se résumerait ainsi : travailleurs de tous pays, reposez-vous ! "

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  • Faut-il voir "Welcome to New York" ?...

    La sortie de "Welcome to New York" le film d'Abel Ferrara, inspiré de l'affaire DSK, a suscité une violente polémique dans la presse et donné lieu à nombre de commentaires outrés... Le blog Eléments a publié le point de vue de Ludovic Maubreuil, bien connu des lecteurs de la revue... 

     

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    Welcome to New York : un grand film d'Abel Ferrara, Gérard Depardieu époustouflant

    Depuis quelques jours, la presse généraliste, quasi unanime, s’emploie à descendre « Welcome to New York », le dernier film d’Abel Ferrara, et l’on se prend à espérer que la critique cinématographique, une fois le scandale promotionnel retombé (scandale auquel tout le monde aura participé avec délectation, même en se bouchant le nez), saura se démarquer de ce mouvement de foule à la fois grossier et grotesque. Anne Sinclair vomit, DSK porte plainte pour monstruosité, les avocats s’indignent et les amis s’étranglent, y allant les uns après les autres de leur tribune indignée. Mais les arguments sont tellement pitoyables, tellement malhonnêtes, tellement absurdes surtout, qu’on en vient à penser qu’il est impossible que l’on ait vu le même film. Il est vrai que Didier Péron, l’envoyé spécial de Libération au festival de Cannes commence par se plaindre (ici) que « la qualité de la séance est mauvaise, notamment parce qu’à l’extérieur les fêtes battent leur plein et que la bande-son est doublée par les basses qui cognent dehors », avant de regretter que le film soit « cheap, objectivement sous-financé par rapport à ce qu’il conviendrait d’investir pour rendre crédible un tel séisme politico-médiatique». De toute évidence, il a manqué à ce cinéphile certifié une belle salle avec accueil personnalisé, ainsi que des plans en hélico de Manhattan, un haletant montage alterné entre salles de presse et chancelleries, quelques courses-poursuites signifiantes, et puis des flash-backs aux couleurs chaudes dans le village natal de Nafissatou… « Cheap », le mot qui revient aussi chez Etienne Sorin du Figaro (ici), l’insulte suprême qui en dit long sur une époque avide de surcharges, de rajouts, de dorures.

    Une chose au moins est certaine : les apôtres du dérangeant, les fans du « malaise », les aficionados de la provoc’, qui se félicitent d’ordinaire qu’un film bouscule ou qu’une séquence choque, se retrouvent cette fois embarrassés pour de bon ! Et soudain, voilà que ce n’est plus très cool d’être chahuté ! Voilà que c’est scandaleux d’être scandalisé alors que c’est d’habitude une salutaire nécessité! Bien sûr que le cinéma doit gêner, mais pour de vrai! Il n’est pas là pour entériner ce qui va de soi, ce que tout le monde répète, ce qui est médiatiquement admissible. Il est aussi là pour brouiller les perspectives, disséminer les points de vue, montrer l’innommable. Et cela n’est pas forcément jubilatoire. Les films, contrairement à ce que pense Luc Besson et une partie de la critique, ne sont pas des « objets gentils ». Et quand Dan Franck s’insurge contre un film « mensonger et donc nul » (ici), cette relation de cause à effet dit tout de l’effrayante conception du cinéma de Dan Franck. Un film qu’il qualifie en outre de « néfaste » !  Mais au nom de quoi le cinéma est-il sommé de dire la vérité ? Et depuis quand un film doit-il avant tout rasséréner ?

    Deveraux, un anti-héros digne de  Bad Lieutenant

    Le malaise ressenti devant Welcome to New York est incontestable, et c’est justement là que réside sa force cinématographique, mêlant le réel (du moins sa recréation journalistique) à l’extrapolation fictionnelle, alternant le vertige du vrai aux puissances du faux, entrelaçant et confondant les portraits (DSK, Depardieu, Ferrara) jusqu’à obtenir ce golem phénoménal : Deveraux. Celui-ci, en droite ligne de l’anti-héros de Bad Lieutenantou de l’Eddie Israël de Snake eyes, toutes deux magnifiquement interprétés par Harvey Keitel, est comme eux un homme à la dérive, s’enfonçant toujours plus loin dans le mal, c’est-à-dire la méconnaissance de lui-même (ce qui est bien entendu l’ultime péché). Il garde la plus froide lucidité sur ces actes. « Comment imaginer sous les traits de cet homme au corps si lourd, à l’anglais si mauvais, l’ancien maître du monde qui dirigeait le FMI ? Le spectateur ne peut sérieusement y croire », se désole ingénument Sophie des Déserts dans Le Nouvel Observateur (ici), sans réaliser l’énormité de sa sentence. Comment peut-on à ce point méconnaître l’essence même du cinéma ?

    Depardieu : son plus grand rôle depuis quinze ans.

    Quant à l’accusation d’antisémitisme, elle est proprement insensée, allant jusqu’à faire dire à Bruno Roger-Petit sur son blog, que « Welcome to New York n'est pas un film de cinéma. C'est un spectacle de Dieudonné, sans Dieudonné, mais avec des dialogues de Dieudonné, des procédés de Dieudonné, des sous-titres de Dieudonné et des idées de Dieudonné » ! Le recours systématique à la reductio ad dieudoneam, déjà passablement stupide, devient maintenant complètement délirant ! Il suffit pour s’en convaincre de connaître un peu la filmographie de Ferrara (tout particulièrement The Addiction ouSnake eyes), ce qui est sans doute trop demander, ou tout simplement de savoir regarderWelcome to New York.  La première scène qui dégoûte tout le monde (enfin, plutôt le petit monde des pigistes-copains) est celle où Simone, le personnage inspiré d’Anne Sinclair, est félicitée pour son action envers Israël. Or cette scène est clairement là pour présenter ce personnage comme philanthrope, à l’inverse donc de son époux défini depuis 40 minutes comme jouisseur égoïste, et nullement pour l’incriminer ! Cette action serait-elle donc honteuse et répréhensible aux yeux de ceux qui y voient une accusation ? D’autant que pour le coup, malgré les nombreuses modifications existant entre Anne Sinclair/Simone ou DSK/Deveraux, cette caractéristique est commune à Simone et Anne Sinclair, cette dernière ne s’en étant jamais cachée ! Quant aux remarques désobligeantes de Deveraux à Simone concernant sa famille et la façon dont celle-ci aurait amassé sa fortune, ce sont avant tout des remarques désobligeantes de Deveraux à Simone. Elles témoignent de la pauvre défense d’un homme acculé, enrageant d’être à la merci de l’argent de sa femme. Elles ne sont certainement pas là pour établir une vérité historique ! WTNY n’est pas du cinéma d’investigation !

    WTNY est un grand film pour au moins trois raisons. D’abord parce qu’il nous prend tels que nous sommes devenus, à savoir des consommateurs avides d’images irreliées, et qu’il nous redonne la chance d’être des spectateurs de cinéma, c’est-à-dire aptes à affronter la complexité de leurs rapports, à s’extraire de leurs pièges emboîtés. En interrogeant le voyeur et le juge que tout spectateur porte en lui, il parvient au fil des séquences à le faire plusieurs fois changer d’avis sur ses deux personnages principaux, sans jamais leur donner d’autres circonstances atténuantes que leur nature, leur « character » selon la fable wellesienne du scorpion et de la grenouille. Il y a ensuite, sous les parades, les grognements et les rires étouffés, dans un clair-obscur effaçant les traits et adoucissant la mécanique des gestes, cette peinture saisissante d’une sexualité  sombre et mélancolique, comme dans le magnifique Go Go Tales, complètement à rebours de la production pornographique courante. Et puis enfin, il y a Depardieu qui trouve là, avec le Serge Pilardosse de Mammuth, le plus grand rôle de ces quinze dernières années, époustouflant de bout en bout, tout particulièrement dans ces longs moments de solitude qu’il traverse d’emportements en rictus, le souffle court et le regard effaré ; ces grands moments de solitude que sont paradoxalement les coïts, le passage avec les gardiens de prison, les dialogues avec son épouse, où il apparaît tour à tour attendri comme un enfant, violent comme une bête, exténué comme un vieil homme.

        Au temps du cinéma lisse et moralisateur, qui commence toujours par plastronner avant de finir en sermon sinon en procès-verbal, tout cela fait décidément désordre !

    Ludovic Maubreuil (Blog Eléments, 21 mai 2014)

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  • Bleu caraïbe et citrons verts...

    Les éditions Via Romana rééditent cette semaine Bleu caraïbe et citrons verts, un récit de Jean Raspail, publié initialement en 1980, qui nous entraîne sur la piste du peuple indien originel des Antilles... Aventurier, journaliste et romancier, Jean Raspail a écrit Le Camp des Saints, un roman visionnaire, mais aussi Le tam-tam de Jonathan, Septentrion, Sire, La hache des steppes et de nombreuses autres œuvres dont la richesse ne doit pas masquer la profonde unité. A lire !...

     

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    " Avec Bleu caraïbe et citrons verts, Jean Raspail nous livre le contrepoint romantique de Secouons le cocotier. Cette fois encore, l’itinéraire de Raspail n’est pas banal : la piste perdue des Indiens caraïbes, qui furent pendant des siècles les seuls maîtres de ces îles. Cette piste le conduit d’Haïti aux îles Grenadines, en passant par Saint-Barthélemy, Saint-Eustache, Saint-Kitts, la Guadeloupe, Marie-Galante, la Dominique, la Martinique, et même par Lausanne et Nancy, ce qui n’est pas le moins surprenant.

     

    Bien des personnages surgissent au détour de cette piste et pour son adieu aux Antilles, Jean Raspail choisit des sentiers écartés. Ce sont les seuls souvenirs qui durent. "

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  • La défaite de la laïcité ?...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue décapant de Jean-Paul Brighelli, cueilli dans le Point et consacré à la question de l'application de la loi sur l'interdiction des signes religieux en milieu scolaire...

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    La défaite de la laïcité

    Dans son édition du samedi 17 mai, le quotidien La Provence (organe de la gauche provençale) se penche sur le sort des malheureuses collégiennes musulmanes obligées, dans les quartiers nord de Marseille (et ailleurs, la cité phocéenne ayant une population immigrée qui depuis belle lurette occupe vaillamment le centre-ville), de se dévoiler chaque matin en arrivant en classe. Et de décrire la hantise matinale de "Sabrina", obligée d'ôter son jilbeb (le long voile brun qui l'enveloppe tout entière), conformément à la loi de 2004 sur l'interdiction des signes religieux en milieu scolaire. Les tenues peuvent être variées (hidjab, jupe longue ou foulard islamique), mais le refrain est toujours le même.

    La proviseur du lycée professionnel de la Calade, qui a, comme elle dit, "bien d'autres problèmes à gérer", participe à la commission laïcité du rectorat - une spécialité locale, les autres rectorats n'en ont pas éprouvé la nécessité. "Nous nous réunissons régulièrement avec des juristes, des historiens, des experts, et même un imam", explique Rodrigue Coutouly, référent académique pour l'éducation prioritaire au rectorat d'Aix-en-Provence. L'idée, c'est d'éclairer ce que la loi ne dit pas.

    Ignorant que j'étais ! Je croyais la loi très claire : tout signe religieux est interdit à l'école - ou dans cette école hors les murs qu'on appelle la sortie scolaire. L'une de mes étudiantes l'an dernier a voulu porter son voile lors d'un voyage scolaire en Angleterre, et l'administration, tout comme l'équipe enseignante, a été très claire : une classe qui sort emporte le règlement intérieur à la semelle de ses souliers. Hors de question que le laxisme anglo-saxon s'applique à un groupe scolaire français.

    Le problème, c'est que les tendances lourdes du système, parfaitement résumées la semaine dernière par Benoît Hamon dans une décision que nous avons commentée ici même, vont dans un sens tout différent.

    Le laxisme expliqué à ma fille

    Premier mouvement : on minimalise le problème. "Une trentaine de jeunes filles sur 1 500 élèves..." "Une question de mode..." "Parmi les musulmans de Marseille, ces milieux représentent une part infime", assure ainsi la sociologue de service, Françoise Lorcerie, longuement interviewée à la suite de l'article - et qui plaint dans un même élan compassionnel les apprentis djihadistes de Syrie et d'ailleurs : "Ils le font par désespoir, pour être quelqu'un, se construire un avenir là où il n'y en a pas, ou, tout au moins, là où ils ne parviennent plus à s'en imaginer un. Plutôt que de stigmatiser ces adolescents, il faut leur donner confiance en eux, dans une école bienveillante, qui ne se braque pas contre son environnement, son quartier." Fini l'enseignement selon Jean Zay, qui expliquait que l'école devait être une forteresse où ne parviendraient pas les rumeurs du dehors. Mérite-t-il vraiment d'être panthéonisé ?

    Deuxième mouvement : la dramatisation. En page 1 du quotidien, sous le titre très explicite "Laïcité : l'école du compromis", on lit l'accroche suivante : "Dix ans après le vote de la loi, des chefs d'établissement des quartiers nord s'interrogent encore : comment faire appliquer le texte sans exclure les élèves voilées ?" "Des milliers d'exclusions par an", affirme Françoise Lorcerie.

    Troisième mouvement : créer une commission ad hoc, non pas pour enterrer la question, comme on le fait d'ordinaire quand on crée une commission, mais pour faire admettre le contournement de la loi, au cas par cas - et de fil en aiguille, pour faire modifier la loi.

    Et là, on a affaire à une collusion entre les "sociologues" ("la loi de 2004 n'a pas eu que de bons côtés", dit Françoise Lorcerie, qui est venue défendre ses thèses dans mon lycée il y a deux ans) et des enseignants, idiots utiles des organisations islamistes, cinquième colonne involontaire d'un militantisme qui a choisi les filles et les femmes pour avancer ses pions.

    La sociologie, science de toutes les compromissions

    Pour noyer le poisson, on s'appuie sur les conclusions de Pisa (je reviendrai prochainement sur les enquêtes de cette institution qui donne tous les deux ans du grain à moudre à la presse sans que la scientificité de ses méthodes soit bien établie) qui affirment que la France est l'un des pays dans lesquels les discriminations sociales ne sont en rien gommées par l'école - et qu'elles sont même renforcées. Ce que des médias communautaires du type Ajib, dont le moins que l'on puisse dire est qu'il ne représente pas l'islam le plus modéré, relaient avec complaisance - tout comme notre sociologue, qui se désole que les garçons, cette fois, soient eux aussi pénalisés par les méchants enseignants français, qui notent sans doute au faciès puisque dans notre pays n'existe aucune statistique ethnique. Françoise Lorcerie est connue par ailleurs pour sa défense bec et ongles des populations brimées par la laïcité à la française, qui a fait d'elle une inlassable activiste saluée par lesorganisations islamiques et les pédagogistes de toutes farines. Elle n'est pas la seule : son collègue Vincent Geisser a été accusé de "caresser les barbus dans le sens du poil", mais il ne renie rien de ses convictions - et Françoise Lorcerie le défend à toute occasion. Il existe une franc-maçonnerie des sociologues, avant-garde et caution "scientifique" des concessions en cours et des abdications à venir.

    On fabrique ainsi une ambiance délétère, qui place forcément les enseignants en porte-à-faux : "Une radicalité qui me met très mal à l'aise", dit l'un ; "C'est dur de conserver une neutralité d'enseignant", avoue une autre. Je veux bien le croire. Quand la loi n'est plus une, mais dépend de l'interprétation des autorités locales, c'est l'autorité tout entière qui se délite.

    Il est évidemment plus simple de ramener au niveau "sociétal" les problèmes vitaux dont l'école de la République est en train de mourir : le collège unique, qui dans ces quartiers est extraordinairement homogène, si je puis dire ; la difficulté dans ce contexte à faire passer une langue, prérequis pour aller plus loin dans l'acquisition des savoirs et de la culture ; l'autorité même, dont les manques sont automatiquement excusés sous prétexte de "discriminations", source, comme on le sait, de toutes les incompétences...

    Pendant ce temps, on organise, à Marseille même, des classes-relais, des prépas à la prépa, où des élèves majoritairement issus de l'immigration trouvent enfin leurs marques, préparent et réussissent des concours difficiles parce qu'on leur a enfin appris à oser aller plus loin que le bout de leur famille et de leurs rites. Mais de cela, il ne faut pas parler. Une pédagogie sans concession, des programmes cohérents, les conditions effectives de la réussite, c'est difficile à mettre en oeuvre. Toiletter une loi pour faire plaisir aux groupes de pression, en revanche...

    Céder un jour, c'est céder toujours

    Qu'un ministre fasse chorus avec ce que le laxisme et l'empathie mortifère ont de pire, c'est un comble. Il faut bien voir qu'un signal ambigu envoyé de la Rue de Grenelle est reçu forcément cinq sur cinq par les recteurs les plus concernés (à Marseille, monsieur Ali Saïb, qui n'avait pas trouvé le temps, en décembre, de recevoir les profs de prépa en grève) et les chefs d'établissement. Et, en bout de chaîne, ce sont les enseignants qui affrontent les mères d'élèves qui viennent voilées aux réunions et participent voilées aux sorties scolaires, et qui gèrent au quotidien les élèves, qu'ils ont amenées voilées à une récente conférence de Thomas Piketty à l'Alcazar de Marseille - je peux en témoigner, j'y étais. Au Blanc-Mesnil, en région parisienne, lesdites mères, animées forcément des meilleures intentions et qui n'écoutent que leur conscience, et pas des prédicateurs déchaînés, se sont mobilisées pour exiger l'aménagement de la loi : Hamon les a entendues.

    Marseille est peut-être une ville exceptionnelle, un laboratoire du laxisme ou une zone de renoncement. Les fondations financées par l'Europe décrivent la population marseillaise avec pitié, tout en oubliant de souligner que l'économie souterraine, entre autres celle de la drogue, crée une ville parallèle à côté de la ville officielle. Ici, la loi ne s'applique pas partout, et tout comme la police hésite à patrouiller dans certaines zones de la ville, les enseignants auraient bien tort de s'arc-bouter sur des principes vitaux pour la laïcité - et, à terme, pour la pédagogie : si l'on cède sur un point aussi central, on nous expliquera bientôt ce qu'il faut dire ou ne pas dire en cours, comme on nous a expliqué ce qu'il fallait donner à manger (1). Ce n'est pas un problème réservé aux quartiers nord d'une ville malade : c'est une gangrène obscurantiste qui touche une extrémité, avant de gagner le reste de l'organisme.

    Jean-Paul Brighelli (Le Point, 19 mai 2014)

    Notes

    (1) La question de la nourriture est loin d'être anecdotique. Lire à ce sujet la remarquable étude de Pierre Birnbaum, La République et le Cochon (Seuil, 2013), qui analyse comment les Juifs se sont intégrés, depuis la Révolution, à la République.

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  • Autour de Dominique Venner et de Roland Laudenbach...

    Le quatorzième numéro de la revue Livr'arbitres est en vente et comporte deux dossiers consacrés respectivement à Roland Laudenbach et à Dominique Venner avec des textes et des signatures de qualité

    La revue peut être commandée sur son site :  Livr'arbitre, la revue du pays réel.

     

     

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    Au sommaire :

    Editorial

    Humeur

    Plaisirs solittéraires

    Nouveautés

    Le salut par les Belges

    Inédit

    Miller, Bukowski, les deux affreux

    Réédition

    Du meilleur Paucard

    Portraits

    Roland Laudenbach

    Avec des textes et des témoignages de Michel Mourlet, Christian Dedet, Gabriel Matzneff, Jean-Paul Angelelli, Alexandre Astruc et Christopher Gérard.

    Dominique Venner

    Avec des textes et des témoignages de Philippe Conrad, Alain de Benoist, Jean-Yves Le Gallou, Laurent Schang, Rémi Soulié, Adriano Scianca, G. Albin d'Hyvet et Christian Segré.

    Souvenirs

    Wife beater, par Thierry Marignac

     

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