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20/02/2019

Redécouvrir les bienfaits du commun dans une société individualiste...

Vous pouvez ci-dessous découvrir un entretien avec Alain de Benoist, réalisé par Edouard Chanot pour son émission Parade - Riposte, et diffusé le 14 février 2019 sur Sputnik, dans lequel il évoque le mouvement des Gilets jaunes et son opposition au libéralisme. Philosophe et essayiste, directeur des revues Nouvelle École et Krisis, Alain de Benoist vient de publier Contre le libéralisme (Rocher, 2019).

 

                                      

01/02/2019

Guider ou suivre le peuple ?...

Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Xavier Eman, cueilli sur A moy que chault ! et consacré aux limites du populisme, vues au travers de la révolte des Gilets jaunes. Animateur du site d'information Paris Vox et collaborateur de la revue Éléments, Xavier Eman a récemment publié un recueil de ses chroniques mordantes intitulé Une fin du monde sans importance (Krisis, 2016).

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Guider ou suivre le peuple ?

Au-delà des très efficaces et drolatiques « infiltrations » de la manifestation des « foulards hermès rouges », les discours tenus par les authentiques participants à cette déambulation macronienne se sont révélés glaçants de mépris social, d’égoïsme économique et de morgue bourgeoise.

Il ne faut pas beaucoup d’imagination pour discerner, derrière ces « seniors » bien nourris et apprêtés, les grimaces hargneuses, postillonnantes d’imprécations génocidaires, des Versaillais de 1871 appelant à éventrer femmes et enfants afin d’éradiquer définitivement la « classe dangereuse » suante, puante, rebelle et bruyante.

Il est d’ailleurs fort probable que le camp d’en face, bien qu’il nous soit actuellement plus sympathique, en ait tout autant à leur service, et que le triomphe hypothétique des « gilets jaunes » entraînerait les mêmes excès et les mêmes atrocités qu’à chaque fois que le peuple sans guide se transforme en foule populacière, ivre d’elle-même, vengeresse et hystérique (du massacre des frères de Witt à l'épuration, en passant par la décapitation du gouverneur de Launay et la place Loreto…).

Ce qui est sûr, en tout cas, c’est que l’on est aujourd’hui en présence de deux groupes de population absolument antinomiques, exaspérés, vindicatifs et, semble-t-il, irréconciliables.

Pourtant les deux constituent le « peuple » et ni l’un ni l’autre ne peut prétendre à la possession exclusive de cette appellation, le nombre n’entrant que secondairement en jeu puisque, à cette aune , le vrai et seul « peuple » serait, comme toujours, la masse des « attentistes », des « spectateurs », qui trouvent que les uns ont raison mais les autres pas complètement tort non plus.

C’est d’ailleurs l’une des impasses (et même des dangerosités) du « populisme » : qu’une partie quelconque (même éventuellement majoritaire) de la société s’arroge arbitrairement le titre de « peuple », excluant, de fait, toutes les autres composantes qui ne se reconnaissent pas en lui.

On se retrouve alors avec tous les ingrédients d’une véritable guerre civile, systématiquement induite par la lutte des classes lorsqu’elle portée à son paroxysme et contre laquelle se sont dressés les régimes organicistes et corporatistes de type fasciste. Contre la dictature du prolétariat, contre la tyrannie du Capital, la troisième voie nationale, sociale, identitaire, méritocratique et autoritaire qui ne peut se réduire à une simple soumission à la volonté majoritaire (si changeante, versatile, influençable et manipulable…), ou à un simple appel à une « démocratie directe » qui nous fera fusiller demain.

Ce dont nous avons cruellement besoin, ce sont des élites dignes ce nom, pas l’éradication de celles-ci au nom d’un égalitarisme absurde et délirant. C’est la nature des barreaux de l’échelle des valeurs de la hiérarchisation de la société qui faut revoir, et non pas abattre celle-ci.

Par réaction à l’abject mépris de l’oligarchie libéral envers nos compatriotes, nos parents et nos frères, ne sombrons pas dans la pire des démagogies « démocratico-populiste ». Non le peuple n’a pas toujours raison, et non la masse n’a pas vocation à se gouverner elle-même !

Mais aux élites mondialisées, incultes, corrompues, vénales, arrogantes et perverties, substituons des élites enracinées, honnêtes, aimantes, altruistes et généreuses qui font passer le Bien Commun avant tout et sauront l’imposer malgré les modes et les aléas des mouvements d’opinions. Qu’elles aient des comptes à rendre bien sûr, mais qu’elles n’aient pas à soumettre chacune de leur décision à la roulette russe du vote !

Nous avons besoin de chefs dignes de ce titre et de cette responsabilité, pas d’une extension du domaine de la Suisse…

Xavier Eman (A moy que chault ! , 28 janvier 2019)

30/01/2019

Contre le libéralisme !...

Les éditions du Rocher publient aujourd'hui un essai d'Alain de Benoist intitulé Contre le libéralisme. Philosophe et essayiste, directeur des revues Nouvelle Ecole et Krisis, Alain de Benoist est depuis la publication de Vu de droite en 1978, la figure de proue de la Nouvelle Droite, école de pensée et de combat culturel qui vient de fêter son cinquantième anniversaire. Il a récemment publié Le moment populiste (Pierre-Guillaume de Roux, 2017), Ce que penser veut dire (Rocher, 2017) et Décroissance ou toujours plus ? - Penser l'écologie jusqu'au bout (Pierre-Guillaume de Roux, 2018).

 

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" Une société libérale est une société où dominent la primauté de l'individu isolé, l'idéologie du progrès, l'idéologie des droits de l'homme, l'obsession de la croissance, la place disproportionnée des valeurs marchandes, l'assujettissement de l'imaginaire symbolique à l'axiomatique de l'intérêt. Le libéralisme a acquis en outre une portée mondiale depuis que la mondialisation a institué le capital en tant que réel sujet historique de la modernité. Il est à l'origine de cette mondialisation, qui n'est jamais que la transformation de la planète en un immense marché. Il inspire ce qu'on appelle aujourd'hui la « pensée unique » libérale-libertaire. Et bien entendu, comme toute idéologie dominante, il est aussi l'idéologie de la classe dominante.
Le libéralisme est une doctrine philosophique, économique et politique, et c'est comme tel qu'il doit être étudié et jugé. Le vieux clivage droite-gauche est à cet égard de peu d'utilité, puisque la gauche morale, oubliant le socialisme, s'est ralliée à la société de marché, tandis qu'une certaine droite conservatrice ne parvient toujours pas à comprendre que le capitalisme libéral détruit systématiquement tout ce qu'elle veut conserver. Ce livre se propose d'aller à l'essentiel, au coeur de l'idéologie libérale, à partir d'une analyse critique de ses fondements, c'est-à-dire d'une anthropologie essentiellement fondée sur l'individualisme et sur l'économisme – celle de l'Homo oeconomicus. "

20/01/2019

Tour d'horizon... (158)

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Au sommaire cette semaine :

- dans A voix nue, sur France Culture, Guillaume Erner s'entretient avec Jean-Claude Michéa...

La chance d’avoir des parents communistes (1/5)

Paris avant les bobos (2/5)

Qui n’a pas connu Montpellier dans les années 80 (3/5)

Devenir un auteur par accident (4/5)

Décroissance dans les Landes (5/5)

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- sur StratpolXavier Moreau s'entretient avec Yannick Jaffré à propos de la révolte des Gilets jaunes, en trois parties...

Emmanuel Macron est-il machiavélien ?

Xénocratie

Gilets Jaunes : un printemps français

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08/01/2019

Les faux rebelles de la culture...

Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Jean-Sébastien Bressy, cueilli sur le site de L'Inactuelle, revue d'un monde qui vient, animée par Thibault Isabel.

Pour aller plus loin sur le sujet, on pourra lire l'essai de Joseph Heath et Andrew Potter, Révolte consommée : Le mythe de la contre-culture (Naïve, 2005).

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Un "rebelle institutionnel" en une de M, le magazine du Monde (6 juillet 2018)

 

Les faux rebelles de la culture

La création et l’originalité vont de pair ; la plupart des artistes brillent donc évidemment par leur forte personnalité, voire leur anticonformisme. Mais, d’une époque à l’autre, cette singularité s’exprime selon des modalités très différentes.

Autrefois, disons jusqu’à la Révolution industrielle et l’avènement historique de la bourgeoisie, l’artiste tentait d’affirmer librement sa personnalité dans la société qui était la sienne, et, s’il en assumait les risques – puisque la justice des puissants lui en faisait parfois payer le prix –, il ne remettait pas en cause les principes de cette société. Il en acceptait les codes, et l’idée de les contester ne lui traversait pas l’esprit. Il pouvait passer pour une forte tête, un excentrique ou un original, mais il inscrivait sa différence dans un « monde commun » (pour employer l’expression de Hannah Arendt), un monde parfaitement cadré et normé qui semblait inébranlable. Cela valait par exemple pour Villon, Le Caravage, Mozart…

Au XIXe siècle, surgissent les artistes « révolutionnaires » : l’art devient politique, la société n’est plus acceptée telle qu’elle est, elle peut être repensée et reconstruite selon l’idée que les uns ou les autres s’en font. L’artiste se dresse « contre » l’ordre social, il est prêt à l’affronter, à le défier pour établir un ordre plus juste (Beethoven, Vallès, Courbet, ou plus récemment Aragon, Picasso, Neruda sont des artistes « politiques » ou révolutionnaires).

L’irruption du “rebelle”

Mais l’époque post-moderne marque un tournant majeur dans cette évolution, avec le développement de la figure du « rebelle » : l’artiste ne s’affirme plus au cœur de la société comme « l’original », il ne veut plus la changer comme le « révolutionnaire » ; il s’en fout ! Il la rejette par principe et entend s’y soustraire. Le « rebelle » agit avant tout pour son propre compte.

L’émergence de ce personnage est patente depuis des décennies : les romans de Céline mettaient déjà en scène des héros centrés sur eux-mêmes, désocialisés, et la littérature américaine (Burroughs, Kerouac ou Salinger) a très largement accompagné cette tendance de fond, sans parler de films tels que Les Valseuses, Orange mécanique ou Into The Wild. Si l’on se penche sur la culture populaire, de Renaud à Michel Polnareff, on constate que la société est souvent considérée de façon explicite comme le mal absolu dont il convient à tout prix de se défaire (« Société, tu m’auras pas », chantait Renaud).

Or, « la société, ça n’existe pas » (« there is no such thing as society »)… N’est-ce pas en tout cas ce qu’affirmait Margaret Thatcher ? N’est-ce pas le cœur du projet politique et économique qui prévaut depuis la fin du XXe siècle ? Les artistes « contestataires » ont fait le lit du capitalisme qu’ils prétendaient combattre ; et ils continuent de l’entretenir en affichant une rébellion qui n’en est plus une. Quand la rébellion est encouragée par les discours publicitaires, politiques, médiatiques, elle n’a plus de sens. Dès lors que Renaud décrit son pays peuplé de cinquante millions de cons (« Hexagone »), il n’est déjà plus très loin de considérer que ces cons n’ont pas droit à la parole, que le pouvoir doit s’exercer sans eux et que tout individu a intérêt à se renfermer dans sa petite bulle ou sa petite communauté. Il n’y a donc rien d’étonnant à ce que, quarante ans après avoir écrit sa chanson, Renaud soutienne la candidature de Fillon, puis celle de Macron. A certains égards, il reste cohérent avec ce qu’il a toujours été… Simplement, il ne le savait pas. Il n’avait pas les idées qu’il croyait avoir, pour reprendre la formule de Brassens. Johnny Hallyday, sans doute par instinct naturel, adoptait quant à lui un comportement plus logique, puisqu’il affichait à la fois une forme de rébellion bon teint contre la société et un soutien indéfectible aux pouvoirs dominants.

C’est la négation de la société qui caractérise l’artiste rebelle, quand tous les autres jusqu’à lui, qu’ils soient « originaux » ou « révolutionnaires », prenaient cette société en considération, que ce soit pour y adhérer ou pour la rejeter. On voit bien aussi à travers ce constat que la société ne saurait se confondre avec la masse, qui définit au contraire l’état du monde présent et de ce qui lui tient lieu d’« art » : selon Hannah Arendt, la masse est faite « d’individus atomisés et isolés », elle se développe précisément lorsque la société se dissout. Dissolution sociale, massification : nous en sommes bel et bien arrivés là !

Les élites contre le peuple

Pourtant, la culture de masse n’est pas seule en cause. La fausse rébellion s’applique à nombre d’artistes contemporains dits « élitistes », pour lesquels la négation de la société définit apparemment le sens même de leur travail et du message qu’ils entendent délivrer : « Rien n’existe hors de moi, de ce que je ressens, de ce que j’exprime… » Leur démarche esthétique aboutit volontiers à la vacuité la plus abyssale, au non-sens ou à l’escroquerie clairement assumée. En niant la société, le rebelle se place sur orbite, se détache du « sens commun » ; il est exclusivement centré sur lui… c’est à dire qu’il n’est centré sur rien. Tel l’astronaute dans l’espace gesticulant en tous sens, il se croit libre, mais il ne peut aller nulle part, faute de prendre appui sur un point fixe et extérieur à lui-même.

Certes, une autre culture subsiste toujours dans la quasi-clandestinité. Mais la culture « officielle » d’aujourd’hui, qu’elle s’adresse à la masse ou à une soi-disant élite, reste semblable à l’économie ou à la politique du temps ; elle se situe délibérément à l’écart d’un monde commun ou d’une société qu’elle ne cesse de désagréger, de « fluidifier », afin de lui enlever toute capacité de résistance, toute valeur esthétique ou morale susceptible d’être érigée contre le système dominant. Si tout se vaut, tout peut se vendre – à n’importe quel prix ! Nous voilà plongés dans l’univers cynique qu’Oscar Wilde définissait avec aplomb : « Le cynisme ? C’est connaître le prix de tout et la valeur de rien. » Dans ce projet, et souvent à son corps défendant, l’artiste rebelle joue son rôle, du côté du pouvoir, contre la société. C’est ainsi que la reine d’Angleterre anoblit désormais les rockers… Le silence assourdissant des artistes français du « show-business » concernant le mouvement des gilets jaunes ne laisse aucune ambiguïté sur la nature de leur rébellion. Elle s’inscrit dans le cadre de la « révolte des élites » que Christopher Lasch analysait déjà il y a cinquante ans.

Pour voir au-delà des figures de « l’original », du « révolutionnaire » ou du « rebelle », trop réductrices, c’est peut-être vers Albert Camus qu’il faut se tourner, avec son évocation de l’artiste révolté. Le vrai révolté souhaite changer le monde, contrairement à « l’original » ; mais, s’il veut que la société évolue, il ne la condamne pas en tant que telle, et il ne s’affirme pas contre elle, à l’inverse du « révolutionnaire », ni hors d’elle, à l’inverse du « rebelle ». Il porte sa révolte à l’intérieur de la société.

L’œuvre d’art ne doit pas être une pure construction de l’esprit. Elle doit entretenir un rapport charnel avec les hommes, en lien avec le monde dont elle est issue. Elle doit s’appuyer sur un inconscient collectif qui l’a précédée, et qu’elle contribuera en retour à enrichir. Quelle que soit l’époque à laquelle ils appartiennent, les artistes les plus estimables se conforment toujours à ce modèle : ils n’opposent pas la révolte individuelle à la société, mais tentent de les réconcilier. En nos périodes troubles où les pouvoirs vacillent, il est fort à parier que c’est dans cette voix intemporelle, loin de la « rebellitude » contemporaine, que les artistes révoltés écriront l’histoire de demain.

Jean-Sébastien Bressy (L'Inactuelle, 28 décembre 2018)

01/11/2018

La civilisation et ses ennemis...

Les éditions Perspectives libres viennent de publier un essai de Kostas Mavrakis intitulé La civilisation et ses ennemis. Docteur en philosophie, Kostas Mavrakis est, notamment, un critique du non-art contemporain. Il a publié plusieurs articles dans Krisis, Éléments et Nouvelle École...

 

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" Qu’est-ce que la civilisation, l’art, la culture ? En quoi ces questions nous éclairent-elles sur ce que nous sommes ou devrions être ? Suspectes de populisme parce qu’elles touchent au tabou de l’identité, elles sont aujourd’hui tenues pour illégitimes. Si on ose, cependant, les affronter, on sera conduit  à reconsidérer l’art comme composante principale de la civilisation. Comment subsisterait-elle alors qu’à l’art s’est substitué le non-art, effet de la mondialisation, qui, comme elle, n’admet aucune friction dans les flux planétaires de marchandises, d’hommes, d’informations ? Sa vacuité (il n’a pas de style) lui interdit toute appartenance à une tradition et son universalisme nihiliste l’enferme dans la négation de toute particularité, rien n’étant plus universel que le néant. A l’intersection de l’histoire et de la philosophie, cet ouvrage prolonge sans manichéisme sa réflexion sur le terrain de la prospective. Il engage, dans cet esprit, le débat avec les champions du libéralisme, de l’islamisme ou du prétendu « art contemporain, en mettant en lumière le lien paradoxal qui les unit. "