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Métapo infos - Page 1346

  • Les héros de la Grande Guerre...

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    Le numéro de janvier 2014 de la revue Le spectacle du monde est en kiosque. 

    Le dossier est consacré aux héros de la Grande Guerre. On pourra y lire, notamment, des articles d'Eric Branca ("La mémoire d'un peuple"), de Philippe Conrad ("Le sacrifice des paysans"), de Josée Pochat ("Hommes au front, femmes au travail" ; "Marie Curie et les «petites Curies»"), de Jean-François Gautier ("La médecine en première ligne"), de Cyril de Beketch ("Les carnets du capitaine Dubarle") ou un extrait du discours du général de Gaulle à l'occasion du cinquantième anniversaire de la bataille de Verdun ("Quand de Gaulle rendait hommage à Pétain").

    Hors dossier, on pourra aussi lire, notamment, des articles d'Olivier Zajec ("L'équation ukrainienne"), de François Bousquet ("Écrire après les tranchées"), de Stéphane Guégan ("L'art au cœur de la guerre") et de Fabrice Madouas ("Les sentinelles de pierre"). Et on retrouvera aussi  les chroniques de Bruno de Cessole ("Genevoix et Jünger face à face"), de Laurent Dandrieu ("La grande désillusion"), de Patrice de Plunkett ("Goûts et couleurs") et de François d'Orcival ("Le gendarme obligé de l'Afrique").

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  • Quenelle gratinée !...

    Nous reproduisons ci-dessous un excellent point de vue de Michel Drac et de Maurice Gendre, cueilli sur Scriptoblog et consacrée à ce que l'affaire Dieudonné révèle de la réalité du système...

     

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    Quenelle gratinée !

    Nous ne sonderons pas les cœurs et les reins. Quand un humoriste utilise la technique de la provocation, il n’est jamais possible de déterminer le fond de sa pensée en fonction de ses propos.

    Pierre Desproges était-il antisémite quand il entamait un sketch par ces mots : « on m’a dit que des juifs se sont glissés dans la salle » ? Dieudonné l’est-il quand il lance, avec un sourire malicieux : « Des juifs ou des nazis, je ne sais pas qui a commencé » ? Allez savoir. Mais là n’est de toute façon pas notre propos. En elle-même, la risible « affaire de la quenelle » n’a aucune importance. Tout au plus peut-on la voir comme la mise en évidence d’un ras-le-bol des jeunes générations, ras-le-bol qui menace de dégénérer en une vaste crise de nerfs collective.

    Le danger représenté par les « quenellistes » pour nos compatriotes juifs nous paraît tout à fait insignifiant. Pourquoi nous préoccuper de telles questions, à l’heure où la France va épouvantablement mal ? Nous avons autre chose à faire.

    En revanche, ce qui mérite d’être analysé, c’est le véritable délire qui semble avoir saisi la classe médiatico-politique. Le comique fait normalement partie du politique, mais comme une fonction annexe et secondaire et cathartique. Aristophane était certes un personnage politique à Athènes, mais il ne déterminait pas l’agenda d’Alcibiade ; c’est lui qui commentait l’action d’Alcibiade, et non l’inverse. Chez nous, au contraire, c’est désormais le « premier flic de France » qui se pose en s’opposant à… un trublion. Plus grave, la dérive en question laisse en tout cas penser que les classes dirigeantes entrent actuellement dans les logiques de la violence d’Etat. Quelques constats très simples suffisent à tirer le signal d’alarme : il se pourrait que la grotesque affaire de la quenelle, venant après les arrestations arbitraires des opposants au mariage pour tous, après la détention de Nicolas Bernard-Buss, après la rocambolesque affaire Varg Vikernes, soit, aussi, un ballon d’essai en vue de faire basculer la vie politique de notre pays vers le modèle peu enviable des Etats totalitaires. On pense tout de suite, dans la situation actuelle, à la dictature hypocrite des années Brejnev-Honecker. Ainsi, dans une des premières scènes du film « La vie des autres », qui se déroule en RDA peu avant la chute du Mur, le scénario incluait un bref résumé de la condition de l’artiste dans un système oppressif. Où l’on voyait un auteur demander à un ponte du Parti que l’on lève l’interdiction professionnelle (« Berufsverbot ») infligée à un metteur en scène accusé de dissidence. A quoi l’homme du Parti répondait que de telles méthodes n’existaient pas au paradis du socialisme réel, et qu’il fallait donc « choisir ses mots avec plus de prudence ». Simple constat : quand Manuel Valls annonce qu’il cherche par tous les moyens d’interdire Dieudonné de se produire, il revendique une attitude discriminatoire que même les apparatchiks de la RDA n’osaient pas assumer. C'est-à-dire que l’injonction non discutable de « lutte contre l’antisémitisme » permet en France aujourd’hui non seulement d’entrer dans les logiques de la Stasi, mais en outre de le faire avec une impudence que le subtil Markus Wolf aurait désapprouvée.

    Toujours Manuel Valls : nous avons désormais un ministre de l’Intérieur qui appelle à déclencher des troubles à l’ordre public pour pouvoir justifier une mesure sécuritaire. A l’origine de cette démarche provocatrice, il y a le garde-frontière Arno Klarsfeld, qui dans une remarquable prise de position tout à fait révélatrice à tous points de vue, a constaté benoîtement que si personne ne manifestait devant le théâtre de la Main d’Or, il n’y aurait pas de trouble à l’ordre public et le ministre de l’Intérieur ne pourrait donc pas sévir. Que maître Klarsfeld appelle à susciter des troubles mérite d’être relevé, mais qu’un ministre de l’Intérieur en exercice lui emboîte le pas, voilà qui doit sans doute encore davantage être souligné. Simple constat : pour enclencher le processus de « mise au pas » qu’ils appelaient de leurs vœux en 1933, les dirigeants du parti nazi organisèrent l’incendie du Reichstag. Cette technique du pompier pyromane est exactement celle proposée par le brillant Arno Klarsfeld, et apparemment validée par le locataire de la place Beauvau.

    Passons à autre chose. L’article 58 du code pénal soviétique de 1926 incluait plusieurs dispositions fascinantes. Cet article assimilait au banditisme toutes les activités réputées « contre-révolutionnaires », ce qui permit d’une part de ne pas mentionner l’existence de délits politiques en URSS, d’autre part d’y inclure des faits que dans n’importe quel autre pays, on n’aurait même pas osé qualifier de simples contraventions. Soljenitsyne mentionne, dans « L’archipel du Goulag », un certain nombre de cas où des individus, voire des segments entiers de la population, furent condamnés au nom de leur participation fantasmagorique a posteriori à des activités antisoviétiques. Exemple parmi d’autres, dans la foulée de la conquête de l’Europe de l’Est par l’Armée rouge en 1945, le NKVD arrêta des personnes n’ayant jamais vécu en Russie, au motif qu’elles auraient participé à la guerre civile russe en tant que Russes. C’est que dans le système d’interprétation indéfiniment extensible propre au code pénal soviétique de 1926, et particulièrement dans le cadre de l’article 58, d’une part « toute action tendant à l’affaiblissement du pouvoir » était réputée « contre-révolutionnaire », donc assimilable au banditisme, et d’autre part il était admis que dans les territoires devenus soviétiques en 1945, la loi soviétique s’appliquerait intégralement de façon rétroactive. Encore plus fort, il suffisait qu’un des nouveaux citoyens de l’URSS soit jugé comme ayant eu potentiellement l’intention de prendre jadis les armes contre sa nouvelle patrie pour qu’on l’assimilât automatiquement aux « brigands antisoviétiques » de la guerre civile. Pour rappel, Christiane Taubira, dans l’affaire de la quenelle, a soutenu que l’on pouvait se rendre « complice après coup de crime contre l’humanité ». Ce qui, manifestement, dans son esprit, impliquait la complicité de Dieudonné dans les méfaits nazis des années 40, et plus particulièrement dans la déportation des juifs d’Europe. On voit bien que la logique indéfiniment extensible du code pénal soviétique de 1926 est ici à l’œuvre, au nom il est vrai d’une autre idéologie et dans un cadre politique différent.

    Quant à Christophe Barbier, nous lui saurons gré de nous éviter d’avoir à chercher des références passées, puisqu’il a publiquement soutenu qu’au nom de la défense de la démocratie, il fallait « réguler »  Internet pour que Dieudonné n’y sévisse pas, et que, dixit, « les Chinois y arrivent bien ». Ici, il n’est même pas nécessaire de commenter.

    En conclusion, et encore une fois sans entrer dans un débat sur l’antisémitisme supposé de monsieur Dieudonné M’Bala M’Bala, nous ne pouvons que dresser les quelques constats que nous venons d’énoncer, et en déduire qu’il faut aujourd’hui que tous les citoyens lucides et raisonnables soutiennent cet artiste sans tergiverser.

    Non qu’il faille nécessairement sacraliser la parole d’un comique, non qu’il faille obligatoirement apprécier un humour qu’on pourra éventuellement juger de mauvais goût, mais parce qu’il s’agit de refuser des logiques tyranniques. Le pouvoir est actuellement dans l’impasse. Le chômage explose alors que le contexte macro-économique menace de se dégrader encore, l’insécurité augmente, la diplomatie française se ridiculise, et la crise de l’Union Européenne et de la zone euro approche manifestement d’un point de rupture. Dans ces conditions, il est logique que ce pouvoir dans l’impasse soit tenté de créer des diversions et des écrans de fumée, voire de passer d’un régime de manipulation des masses à un système d’oppression ouverte.

    Alors pour bien faire comprendre que nous ne nous laisserons pas faire : QUENELLE ! 

    Michel Drac & Maurice Gendre (Scriptoblog, janvier 2014)

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  • Bienvenue chez les Frères de la côte !...

    « Ce peuple [celui des Frères de la côte], qui était allé jusqu'au bout du monde pour ne pas être soumis à la société marâtre, était composé d'aventuriers de toutes sortes : spadassins et pillards, nobles et brutes, hidalgos et picaros. Ils savaient faire de la politique ; autrement, la Tortue n'aurait pas tardé à être écrasée ; mais les frères de la côte savaient bien comment traiter avec les puissances maritimes ; comment obtenir de temps en temps "la letre de marque" ; comment jouer sur les luttes intestines entre ceux qui gouvernaient les terres et les flottes. » Gabriele Adinolfi, Pensées corsaires

     

    Les éditions Tallandier viennent de rééditer l'Histoire de la flibuste de Georges Blond. Journaliste, écrivain et surtout formidable conteur, ami de Robert Brasillach, Georges Blond s'est illustré dans les récits historiques consacrés à la marine ou à l'épopée napoléonienne, mais également dans les récits animaliers.

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    " Leur histoire commence peu après la découverte du Nouveau Monde. Ces aventuriers venus d’Europe, attirés par l’or transporté par les galions espagnols de retour d’Amérique, établirent d’étranges colonies dans les îles des Caraïbes, particulièrement à la Tortue et à la Jamaïque. Tantôt corsaire, lorsque mandatés par leur souverain, tantôt pirate, donc pillant pour leur propre intérêt, ces hommes sont connus dans l’Histoire sous le nom de flibustiers. Pendant près de quatre siècles, pillant et massacrant au gré de leur quête de trésor, ils firent régner la terreur sur ces rivages lointains.     Traînant souvent la réputation de brutes sanguinaires, voleurs sans scrupules, violents et cruels, mais non dénués de talent, les flibustiers écumèrent la mer caraïbe et le golfe du Mexique à la recherche de butin. C’est précisément leur fabuleuse et fascinante épopée que Georges Blond narre ici avec verve. Avec lui, nous suivons les destins de ces chasseurs de trésors, parmi lesquels Henry Morgan au XVIIe siècle et le Français Jean Laffite au XVIIIe siècle. "

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  • Les Icônes du Vide...

    Vous pouvez découvrir ci-dessous un point de vue de Christian Gambotti, cueilli sur Le nouvel Economiste et consacré à ces icônes vides (quoique gonflées au silicone...) que se donne notre époque post-moderne...

     

     

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    Les Icônes du Vide

    Les sociétés s’organisent autour de figures totémiques qui symbolisent, à un moment donné, l’identité à laquelle elles aspirent. De Vercingétorix à Clovis, de Jeanne d’Arc à de Gaulle, ces figures incarnent l’épaisseur, la stabilité, l’unité d’un destin glorieux qui se confond avec le progrès. La France se construit, au cours des siècles, à travers ces figures de la durée. L’identité intangible de ces figures permet à tout un peuple de partager l’idée d’une destinée commune. La France existe alors comme nation et les Français comme peuple. Dans une France postmoderne, ces figures exemplaires, qui donnent au destin l’épaisseur de la durée, ont été remplacées par les icones du vide que sont Loana, Zahia ou Nabilla, mais aussi tous les acteurs de la télé-réalité. Signe de cette évolution, des journaux comme Libération ou le Figaro choisissent de consacrer une pleine page à Nabilla ou Zahia.

    Jeanne d’Arc est une idée. Nabilla et Zahia sont des corps. Jeanne d’Arc est asexuée, son destin est de sauver la France. Nabilla et Zahia incarnent la sexualité. Elles n’ont pas d’idées, leur destin est de donner leur nom à des lignes de sous-vêtements « sexy », imaginées par des marchands qui transforment chaque produit en objet du désir. L’objet industriel et le désir sont désormais étroitement liés. Smartphones, tablettes, voitures, hôtels, bars, subissent une transformation esthétique qui transcende leur fonction purement utilitaire. Le désir est ainsi le moteur du capitalisme postmoderne : objets, décors, mais aussi corps. L’industrie de la consommation fonctionne sur l’éveil du désir.

    Les corps de Zahia et Nabilla sont des sculptures érotiques, artificiellement créées par la chirurgie esthétique. Gilles Lipovetsky et Jean Serroy considère, à juste titre, que « le style, la beauté, la mobilisation des goûts et des sensibilités s’imposent chaque jour davantage comme des impératifs stratégiques des marques : c’est un mode de production esthétique qui définit le capitalisme d’hyperconsommation. » (1) Ce qui est vrai pour les objets, inscrits dans la durée, en dehors des phénomènes de mode, est différent pour les corps. Le corps appartient au domaine de l’éphémère et les icones que nous propose la société de l’hyperconsommation et de l’hyperindividualisme respirent le vide.

    La France se défait dans ces icones du vide. Loana, figure inaugurale du capitalisme-désir, a engendré ce basculement vers l’éphémère qui est l’aboutissement final de la société de consommation. Tel est le capitalisme moderne, machine de déchéance intellectuelle, qui remplit le vide de l’existence par des objets esthétisés, mais aussi avec les corps transformés de celles et de ceux qui sont chargés de séduire. Cette beauté artificielle exhibée correspond à une montée de l’individualisme : l’individu se soustrait du collectif pour affirmer une singularité, celle de sa propre vie. Là où Jeanne d’Arc s’inscrit dans le destin de la France, Loana, Zahia et Nabilla répondent à une demande hédoniste. L’individu ne se reconnaît plus dans la nation, il s’affirme dans la consommation et le culte de soi.

    Signe des temps, Nabilla aura sa propre émission de télévision sur NRJ 12. La vie de Nabilla filmée quotidiennement devient le feuilleton d’une civilisation prise aux pièges de ce qu’elle produit de plus inutile. Le néant esthétisé devient la promesse d’un bonheur immédiat. Oubliant la politique, Jean-Marie Le Pen s’extasie devant les « beaux seins » de Nabilla qui, en échange, le trouve « trop marrant ». En vieux renard de la politique, Jean-Marie Le Pen sait qu’il s’adresse à un électorat dépolitisé qui regarde les émissions populaires dans lesquelles l’exhibition des corps huilés des bimbos de la téléréalité tient lieu de politique de civilisation.

    De Platon à Camus ou Sartre, en passant par Nietzsche ou Marx, l’histoire de l’humanité prend la forme d’une formidable bataille des idées. L’homme, pour résoudre la confusion qui naît de Babel, bâtit des cathédrales de mots, car le mot est au début de toute chose. Platon lui-même avait banni l’image, c’est-à-dire l’artiste, de sa cité idéale, car, selon lui, l’image est trompeuse. « Aujourd’hui, maman est morte », écrivait Camus au début de L’Etranger, enfermant ainsi toute la philosophie de l’absurde dans ces quatre mots. Nabilla est célèbre pour sa phrase culte « Non mais allo quoi ! », créant ainsi un paysage du vide dans lequel vont s’engouffrer les offres de l’hyperconsommation.

    Jeanne d’Arc et de Gaulle sont des Sisyphe qui parviennent à poser leur rocher au sommet de la montagne. Loana, Zahia et Nabilla, en stylisant de façon érotique l’univers du vide, nous font oublier Sisyphe. Marx écrit la théorie du matérialisme dialectique sans oublier que « les lois de la beauté » façonnent le monde. Loana, Zahia et Nabilla, qui n’ont pas lu Marx, savent, intuitivement que « les lois de la beauté » et du sexe dirigent le monde. Mais refusant la pornographie, elles proposent du sexe une représentation esthétisée. Le Beau est l’alibi du vide. Longtemps aristocratique, l’esthétisation du monde s’est prolétarisée. Mais, contrairement à Charlie Chaplin, Loana, Zahia et Nabilla sont des travailleuses des temps modernes en rupture avec le mode de production industriel fordien accusé de répandre la laideur. Dépourvu d’intention esthétique et de sexualité torride, le discours politique ne peut plus rivaliser avec le spectacle théâtralisé des corps des bimbos. L’important n’est plus l’idée, mais le corps. qui appartient désormais à la sphère économique et financière.

    En donnant une émission de télévision à Nabilla, NRJ 12 n’obéit pas aux injonctions du culte du Beau. C’est au contraire de l’effondrement du Beau dont il est question, effondrement qui prolonge celui d’une société régie par des normes portées historiquement par la bourgeoisie ou la classe ouvrière et dont le projet est de soumettre l’individu au collectif. Jeanne d’Arc et de Gaulle sont les figures d’une société politisée à l’intérieur de laquelle l’individu s’inscrit dans un projet collectif. Loana, Zahia et Nabilla sont les icones d’une société dépolitisée, dans laquelle l’individu refuse l’homogénéisation que propose le collectif pour vivre sa différence radicale, une différence esthétisée. L’émotion politique est une émotion collective, comme celle que peut procurer le spectacle-symbole du défilé du 14 juillet ; l’émotion esthétique postmoderne est provoquée par l’érotisation des corps des bimbos dont les seins augmentent de volume à mesure s’affirme l’autonomie des individus et que diminue leur adhésion à un projet collectif.

    Jeanne d’Arc et de Gaulle provoquent l’extase du plein, de la durée, Loana, Zahia et Nabilla, l’ivresse du vide, de l’éphémère. Après le moment de la nation qui prend le visage d’une succession de figures exemplaires consensuelles, voici venu le cycle nouveau de l’alliance entre la production marchande et l’autonomisation des individus qui additionne les icones du vide. A mesure que l’individu s’éloigne de la nation, se multiplient sur les chaînes de télévision les émissions de télé-réalité dont le rôle est de porter au plus degré l’autonomie de l’individu qui s’affranchit, dans son langage, son apparence, son vestiaire et sa sexualité, des normes civilisationnelles.

    A l’ancien projet d’élévation intellectuelle des individus, nécessairement élitiste, se substitue le projet nouveau de désacralisation du Beau conventionnel à travers la fétichisation du corps des bimbos, forcément plus démocratique. Au-delà des stratégies marchandes d’un capitalisme postmoderne, il faut y voir l’avènement des dictatures « molles » que dénonçait déjà Aldous Huxley dans Le Meilleur des Mondes ou que condamnait Alain Souchon dans Foules sentimentales. Paradoxalement, l’affirmation identitaire de l’individu qui se donne en spectacle est le moyen le plus sûr pour le nier comme être pensant et le reléguer dans la sphère de l’hyperconsommation.

    Jeanne d’Arc et de Gaulle, chargés d’une haute valeur spirituelle, ont pu sauver la France. Loana, Zahia et Nabilla, qui assurent le triomphe du vide, peuvent-elles sauver le monde ? Elles sont, en tous cas, le signe évident de notre entrée dans un âge démocratique postmoderne. Et Dieu… créa la femme, le film de Roger Vadim, marque, en 1956, la première étape de l’émancipation des femmes. Près de 60 ans plus tard, les émissions de téléréalité, qui encouragent le culte des bimbos, sont le signe d’une redoutable régression que nous imposent les ruses esthético-érotiques du nouveau capitalisme marchand.

    Christian Gambotti (Le nouvel Economiste, 3 juillet 2013)

    Note :

    (1) Gilles Lipovetsky, Jean Serroy, L’Esthétisation du Monde, p.11, Gallimard, mars 2013

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  • Les Carnets de guerre d'Ernst Jünger...

    Les éditions Christian Bourgois publient cette semaine les Carnets de guerre 1914-1918 d'Ernst Jünger. Ce sont les notes brutes, prises sur le vif, au front, qui, ont permis à l'auteur d'écrire les chefs d’œuvre que sont Orages d'acier, Le boqueteau 125 ou Feu et sang. Indispensable, évidemment !...

     

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    " Les Carnets de guerre 1914-1918 constituent la face cachée d'Orages d'acier, qui, pour André Gide, était « incontestablement le plus beau livre de guerre » qu'il ait jamais lu. Écrits directement dans le feu de l'action, ces quinze petits carnets d'écolier nous révèlent la matière brute sur laquelle Jünger se livra, une fois la paix revenue, à un savant travail de réécriture.
    Fort peu de témoins sont restés autant d'années que lui en première ligne des combats, sans jamais cesser de prendre des notes d'une acuité stupéfiante. Sept fois blessé, Jünger a pu relater avec une objectivité volontairement glaciale les souffrances du fantassin.
    Ce témoignage sans fard d'un engagé volontaire de dix-neuf ans ne cache rien des horreurs de la guerre. Mais il ne dissimule pas non plus l'enthousiasme de départ, la joie de se battre et le délire meurtrier qui s'empare des hommes au moment de l'assaut. D'où l'incontestable intérêt historique et documentaire de ces carnets qui révèlent également des aspects inconnus de la personnalité complexe d'Ernst Jünger. "

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  • La liberté de s'exprimer et de rire ne se partage pas !...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue d'Alain de Benoist, cueilli sur Boulevard Voltaire, dans leque il s'exprime sur l'affaire Dieudonné, le rire et la liberté d'expression ...

    Alain de Benoist vient de publier un essai intitulé Les démons du Bien aux éditions Pierre-Guillaume de Roux.

     

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    La liberté de s'exprimer et de rire ne se partage pas !

    Les médias s’excitent sur le phénomène Dieudonné, l’artiste qui a vendu le plus de billets en 2012. D’ailleurs, est-ce que monsieur M’Bala M’Bala vous fait rire ?

    Parfois, pas toujours. Je dois dire que ma conception de l’humour se situe quelque part entre Buster Keaton et Raymond Devos. Les comédies me font rarement rire, et je déteste Louis de Funès. Le style pamphlétaire me fatigue vite, lui aussi. Cela dit, Dieudonné a du talent. Il n’a pas de mal à surclasser les autres humoristes actuels, qui sont presque tous nuls. Facteur aggravant : il a du succès et ses partisans, qui sont en majorité « hors système », ne sont pas du genre à se laisser intimider.

    Mais savoir ce que l’on pense de Dieudonné est tout à fait secondaire par rapport au projet de Manuel Valls de l’empêcher « dans le cadre de la loi » de s’exprimer. La seule vraie question qui est en cause est évidemment, comme d’habitude, celle de la liberté d’expression. Dans Le Nouvel Observateur, Laurent Joffrin, coutumier du genre, expliquait récemment que la liberté d’expression a des limites. La démocratie ne saurait accepter que s’expriment des opinions antidémocratiques. On pourrait dire aussi que sous le nazisme, toutes les opinions étaient admises à condition de ne pas être antinazies, sous les régimes communistes qu’elles étaient toutes autorisées à condition de ne pas être anticommunistes, etc. De ce point de vue, la démocratie selon Laurent Joffrin ne me paraît pas représenter un grand progrès. Je crois au contraire que la liberté d’expression n’a de sens que pour autant qu’elle est indivisible, et qu’en matière d’opinions, elle ne tolère par principe aucune dérogation. La liberté d’expression – faut-il le rappeler ? – n’a pas pour vocation de protéger les opinions convenables ou consensuelles, et moins encore celles qu’on partage ou qu’on approuve, mais au contraire celles qui nous choquent et que nous trouvons détestables. Voltaire se disait prêt à mourir pour permettre à ses adversaires de s’exprimer. C’est cette phrase qui a inspiré les fondateurs de Boulevard Voltaire (mais visiblement pas les aboyeurs de commentaires).

    Les mêmes médias n’en finissent plus de célébrer le culte de Pierre Desproges et de Coluche, alors que la plupart de leurs sketches seraient aujourd’hui censurés, pour racisme notamment…

    Il ne fait pas de doute que Dieudonné tient souvent des propos qu’on peut considérer comme inacceptables, voire odieux. Ceux qui s’indignent des caricatures de Mahomet les considèrent elles aussi comme inacceptables, voire odieuses. Pour tout un chacun, il y a des choses inacceptables, voire odieuses. Toute la question est de savoir si le fait de blesser gravement les sentiments ou les convictions d’une catégorie de personnes justifie une interdiction. La perception subjective que l’on se fait d’une opinion peut-elle constituer le fondement de la loi ? Si l’on estime que Dieudonné blasphème, ne faut-il pas considérer plutôt que le droit au blasphème ne se partage pas ?

    L’idéologie dominante a su tourner la difficulté grâce à une invention remarquable : pour faire disparaître les opinions détestables (il y en a), il suffit de décréter qu’elles ne sont plus des opinions mais des délits. Il suffisait d’y penser. Mais a-t-on bien mesuré les conséquences ? D’abord, on crée un abominable refoulé, que l’on se condamne à voir exploser un jour ou l’autre sous une forme elle aussi abominable (plus on pourchassera le « sexisme », plus il y aura de femmes battues ; plus on dénoncera « l’homophobie », plus se multiplieront les « ratonnades de pédés »). Serait-ce l’effet recherché par ceux qui sont tentés de « gouverner par le chaos » ? Ensuite, on introduit une distinction désastreuse entre des groupes protégés, bénéficiant grâce à la loi d’une sorte de statut privilégié les immunisant contre les critiques dont ils pourraient faire l’objet, et des groupes non protégés, dès lors fondés à dénoncer cette nouvelle discrimination. Situation malsaine.

    Et toujours la même rengaine : on peut rire de tout, mais pas de n’importe quoi et surtout pas avec n’importe qui. Et surtout, l’esprit de dérision permanente, incarné par les Guignols de l’info – pour ne citer qu’eux –, ne serait-il pas mortifère à long terme, les hommes politiques étant résumés à de simples marionnettes en latex ?

    Le rire implique la connivence et peut avoir un effet cathartique. Je pense que dans une société normale on devrait pouvoir rire de tout, de n’importe quoi et avec n’importe qui. Des mecs et des nanas, des Blacks et des Toubabs, des juifs et des goyim, des homos et des hétéros, des Amerloques et des Ritals, des Boches, des Gaulois et des Espingouins. Pas de discrimination ! Mais bien entendu, nul n’est obligé de trouver ça drôle. L’esprit de dérision auquel vous faites allusion est autre chose. Au-delà de ce qu’elles peuvent dire des hommes politiques actuels, qu’on a d’autant moins envie de défendre qu’ils font eux-mêmes preuve d’une incroyable complaisance envers leurs caricatures, les émissions du type des Guignols de l’info contribuent de manière incontestable à ridiculiser la chose publique, à désacraliser ce qu’il peut rester de sacré dans l’exercice du pouvoir. Certes, les politiciens actuels méritent rarement le respect, mais en les tournant tous en dérision, on décrédibilise aussi les fonctions et les institutions qu’ils représentent. L’esprit de dérision systématique est un poison de la vie sociale. Les « petits malins à qui on ne la fait pas », qui ne sont émus par rien, qui ne respectent rien, pour qui rien ne saurait être noble ou sacré, cachent leur impuissance derrière leur cynisme. Ils avouent par là même qu’ils ne sont pas grand-chose.

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