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terrorisme - Page 22

  • Les iconoclastes de Palmyre sont des barbares mais pas des idiots !...

    Nous reproduisons ci-dessous entretien avec Alain de Benoist, cueilli sur Boulevard Voltaire et consacré à la guerre menée par l'Etat islamique au Proche-Orient...

     

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    « Les iconoclastes de Palmyre sont assurément des barbares, pas des idiots »

    Dans le jeu éminemment complexe de Daech au Proche comme au Moyen-Orient, jusqu’où ces islamistes de combat peuvent-ils aller ? Mais pour commencer, cet « État islamiste » est-il vraiment un État ?

    Alors qu’Al-Qaïda était entièrement déterritorialisé, Daech s’est aujourd’hui implanté sur un territoire grand comme la Grande-Bretagne, qui s’étend de Ramadi en Irak jusqu’à l’est de la Syrie. Ce territoire, doté d’une capitale de fait, Raqqa, est divisé en sept provinces dotées d’une administration locale, de services publics, d’une police et de tribunaux. Si l’on définit un État comme un « organe doté d’un pouvoir souverain s’exerçant sur un territoire et une population » (Frédéric Rouvillois), force est de constater qu’un an après la proclamation du califat, Daech est bel et bien en passe d’en devenir un. Il en est même d’ailleurs à battre monnaie.

    L’État islamique représente cependant un phénomène jusqu’ici inédit. Bénéficiant du savoir stratégique de certains anciens chefs militaires irakiens de l’époque de Saddam Hussein, il a su jusqu’à présent recourir à la fois au terrorisme et aux méthodes de guerre conventionnelles. Il a attiré des dizaines de milliers de volontaires étrangers et s’est emparé des zones énergétiques du désert syrien. Fait également nouveau : au lieu de dissimuler ses crimes de guerre, il leur assure la plus grande publicité, tant pour séduire ses sympathisants que pour jeter l’effroi chez ses ennemis. Tout cela est parfaitement mis en scène et très bien calculé. Les iconoclastes de Palmyre sont assurément des barbares, pas des idiots.

    La criminelle intervention occidentale en Libye a livré ce pays aux milices islamistes et déstabilisé tous les pays voisins de la zone sahélo-saharienne. La Tunisie est une poudrière. L’Algérie, que la chute des cours du pétrole a privée des moyens d’acheter la paix sociale, est à l’image de son président : à l’agonie. Malgré la popularité du roi, le Maroc est en voie de déstabilisation. L’Égypte résiste, mais elle est aussi travaillée de l’intérieur ; financièrement, elle dépend en outre des monarchies du Golfe. Au Proche-Orient, nous assistons à un enterrement de première classe des accords Sykes-Picot de 1916, qui avaient divisé la région en États-nations aux frontières aberrantes. Ces États-nations sont en train de céder la place à un espace mésopotamien où les nouvelles frontières délimiteront des entités sunnites, chiites et kurdes. L’Irak a déjà disparu, la Syrie s’est désagrégée. Plus loin encore, l’influence de l’État islamique se manifeste au Pakistan comme dans le Caucase et sur la Volga. L’islamisme radical de type néo-wahhabite a donc pour l’instant le vent en poupe.

    Les puissances occidentales combattent l’État islamique avec des bombardements aériens dont chacun sait que l’efficacité est toute relative. N’y a-t-il pas moyen d’agir autrement ?

    Il faudrait sans doute aller au sol, mais personne ne s’y résout. Devrait-on le faire ? En règle générale, on l’a bien vu jusqu’ici, les interventions extérieures ne font qu’ajouter du chaos au chaos. La complexité de la situation et les divisions endémiques parmi les forces en présence compliquent encore les choses. La France veut s’attaquer à l’État islamique, mais sans favoriser Bachar el-Assad, qu’elle devrait pourtant considérer comme son allié objectif. Elle colle aux intérêts saoudiens et qataris, pour de pures raisons de clientélisme financier. Elle s’aligne totalement sur les positions américaines, en faisant même de la surenchère (comme dans le dossier syrien ou sur le projet de traité avec l’Iran). L’Arabie saoudite ne s’occupe que de sa guerre contre les rebelles houthis du Yémen, qui sont soutenus par l’Iran. Les États-Unis se demandent maintenant s’il ne faudrait pas soutenir le front Al-Nosra, c’est-à-dire Al-Qaïda, contre Daech. La Jordanie est un protectorat américano-israélien. Et Israël souhaite avant tout la chute d’el-Assad dans l’espoir d’affaiblir le Hezbollah.

    La Russie a proposé la constitution d’une coalition au sol comprenant des forces irakiennes, syriennes et irakiennes, ce que l’Arabie saoudite a immédiatement refusé – d’où la récente décision du Kremlin d’appuyer plus directement el-Assad pour l’organisation d’une zone de défense dans le réduit alaouite du littoral, avec les villes de Tarse et de Lattaquié (les six premiers avions de combat MiG-31 ont déjà atterri à Damas).

    Dans cette région du monde, les deux principales puissances, l’Iran et la Turquie, ont comme point commun de n’être pas arabes, même si la première est chiite et l’autre sunnite. Que peut-on en attendre ?

    L’Iran, qui est un interlocuteur incontournable dans cette affaire, d’autant plus qu’il n’a aucune volonté de conquête, est jusqu’à présent resté dans une certaine réserve. Il ne changera de position que si Daech franchit une ligne rouge, par exemple la prise de Damas ou, pis encore, la destruction des sanctuaires de l’imam Ali ibn Abi Talib et de son fils Hussein dans les villes de Nadjaf et Kerbala. La Turquie, quoique membre de l’OTAN, veut avant tout empêcher la formation d’un État kurde, et combat donc en priorité les Kurdes, qui sont pourtant ceux qui luttent contre Daech avec le plus d’efficacité en Syrie. Dans le même temps, elle ferme les yeux sur le passage, par son territoire, de djidahistes venus du monde entier pour rejoindre l’État islamique.

    Tout donne donc à penser que nous sommes engagés dans un conflit de très longue haleine, ce qui ne déplaît pas à tout le monde. Comme l’a rappelé récemment Richard Labévière, « la lutte contre le terrorisme génère des millions d’emplois dans les industries d’armement, de communication, etc. Le terrorisme est nécessaire à l’évolution du système capitaliste, qui se reconfigure en permanence en gérant la crise […] Daech n’est donc pas éradiqué, mais entretenu. ». Face à un monde arabo-musulman en état de décomposition, l’Europe a perdu la main parce qu’elle n’a plus de politique proche et moyen-orientale cohérente. La notion-clé est celle de gestion sans résolution.

    Alain de Benoist, propos recueillis par Nicolas Gauthier (Boulevard Voltaire, 9 septembre 2015)

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  • Bandes : dérive criminelle et terrorisme...

    Les éditions Micro application viennent de publier une étude de Julien Dufour et Abdelfettah Kabsi intitulée Bandes - Dérive criminelle et terrorisme. Julien Dufour est commissaire et Abdelfettah Kabsi est officier de police, et tous les deux sont des praticiens de la lutte contre les bandes.

     

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    " Tirs de kalachnikovs, assassinats au « barbecue », « jambisations », la multiplication des règlements de compte sanglants dans les cités sensibles illustre les enjeux financiers des trafics de stupéfiants et de l’économie souterraine. Cette violence exacerbée et banalisée est un terreau fertile au développement de bandes violentes territorialisées. De la guerre des boutons à la guerre des gangs, un ascenseur criminel va mener certains jeunes récidivistes au cœur d’un « néo-banditisme » des cités. La menace est endogène, et stratégique. Elle se double aujourd’hui d’une dérive fanatique, prétexte à l’émergence d’un « néo-terrorisme ».

    Qu’est-ce qu’une bande de rue ? Comment fonctionne-t-elle ? Pourquoi une telle violence, conduisant au rétablissement de la peine de mort, à titre privé ? D’où viennent ces nouvelles formes de banditisme et de terrorisme, au cœur de nos sociétés ? Comment faire face ? La démarche est pédagogique : elle vise à donner des clés de lecture de la délinquance des cités aux professionnels comme aux néophytes. Elle propose une première classification des bandes de rue, et un regard policier sur le « réel criminel ». Nommer, diagnostiquer, déceler, agir ex-ante, telle est la trame d’un ouvrage qui entend aussi rendre hommage aux acteurs – policiers, magistrats, enseignants, monde associatif – qui œuvrent chaque jour sur ces territoires de la République. "

     

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  • Lutte contre le terrorisme islamique : une guerre de civilisation ?...

    Nous reproduisons ci-dessous entretien avec Alain de Benoist, cueilli sur Boulevard Voltaire et consacré aux déclarations claironnantes et incohérentes de Manuel Valls sur la guerre de civilisation...

     

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    « Choc des “civilisations” ? Entre grande farce et immense malentendu… »

    À propos de la lutte contre le terrorisme islamiste, Manuel Valls évoquait récemment un « choc de civilisations ». Que voulait-il dire par là ? Le Premier ministre serait-il devenu un disciple de Samuel Huntington ?

    Le 28 juin, sur France Inter, Manuel Valls a en effet déclaré que la lutte contre le terrorisme islamiste correspond à une « guerre de civilisation ». Civilisation au singulier ou au pluriel ? Il y a en fait trois hypothèses. La première est qu’aux yeux du Premier ministre, l’État islamique représente une « civilisation ». Écartons-la d’emblée, tant elle est absurde. Deuxième hypothèse : Valls s’aligne en effet sur Huntington. Dans son livre paru en 1996, où il prenait acte de l’effondrement du système soviétique, celui-ci soutenait que les guerres à venir ne seraient plus idéologiques comme à l’époque de la guerre froide, mais religieuses comme au temps des croisades. Ce serait des guerres entre grandes « aires culturelles ».

    Comme vous le savez, les critiques contre cette thèse n’ont pas cessé de s’accumuler. En ramenant les conflits actuels à des enjeux culturels et religieux, elle fait bon marché de leurs dimensions économiques et politiques. En traitant les civilisations comme des « blocs », elle oblitère les divergences d’intérêt entre les Européens et les Américains, tout comme elle dissimule l’opposition entre chiites et sunnites, qui seule permet de comprendre ce qui se passe actuellement au Proche-Orient. Elle nourrit en fait une vision binaire que les néoconservateurs américains se sont empressés de reprendre à leur compte, et que George Bush n’a pas hésité à alléguer pour faire la guerre en Irak. Mais en ce cas, comment Manuel Valls peut-il prétendre en même temps qu’il ne prône « nullement une guerre entre l’islam et l’Occident » ? Et comment peut-il dire qu’il veut en finir avec le djihadisme alors que son gouvernement vend des armes à l’Arabie saoudite et au Qatar, qui le subventionnent dans le monde entier ? Incohérence ?

    Reste la troisième hypothèse. C’est celle que l’entourage du Premier ministre s’est efforcé d’accréditer : « Ce n’est pas une guerre de civilisations au pluriel. C’est une guerre entre la civilisation humaine et la barbarie », a ainsi déclaré Bernard Cazeneuve. La « civilisation » renverrait à des « valeurs universelles partagées par tout le monde ». Le problème, c’est qu’il n’y a pas de « civilisation humaine », et que les valeurs « universellement partagées » sont tout aussi mythiques. On tombe alors de Charybde en Scylla.

    Pourquoi cela ?

    Contrairement à ce que l’on pourrait croire, la « civilisation » est un terme qui appartient au vocabulaire des temps modernes : on n’en trouve aucune trace dans l’Antiquité ni au Moyen Âge. Et c’est un terme fortement ethnocentré. C’est ce que constatait Jacques Bainville quand il écrivait : « Le mot de civilisation, dont nos ancêtres se passaient fort bien, peut-être parce qu’ils avaient la chose, s’est répandu au XIXe siècle sous l’influence d’idées nouvelles. La conception du progrès indéfini, apparue dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, concourut à convaincre l’espèce humaine qu’elle était entrée dans une ère nouvelle, celle de la civilisation absolue […] La civilisation, c’était donc le degré de développement et de perfectionnement auquel les nations européennes étaient parvenues au XIXe siècle […] La civilisation, c’était en somme l’Europe elle-même, c’était un brevet que se décernait le monde européen. » C’est au nom de cette civilisation-là que l’Occident, au cours de son histoire, n’a cessé de vouloir convertir le reste du monde à ses valeurs propres, en les posant à tort comme « universelles », ce qui revenait à considérer que toutes les autres cultures du monde n’étaient qu’inculture, arriération ou barbarie.

    Alain de Benoist, propos recueillis par Nicolas Gauthier (Boulevard Voltaire, 16 août 2015)

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  • Immigration sauvage : quand les gouvernements européens mettent en scène leur inutilité...

    Vous pouvez découvrir ci-dessous une excellente chronique d'Éric Zemmour sur RTL, datée du 25 août 2015 et consacrée à la crise des "migrants", qui n'a eu de cesse de s'aggraver tout au long de l'été...

     


    Migrants : "Nos gouvernements mettent en scène... par rtl-fr

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  • Attentat en Isère : la question médiatique de la désignation de l'ennemi...

    Nous reproduisons ci-dessous une excellente analyse, signée par l'Observatoire du journalisme et de l'information médiatique, du traitement médiatique de l'attentat commis par le terroriste Yassin Salhi en Isère.

    Nous ne pouvons que vous recommander la fréquentation régulière de ce site dont le travail est particulièrement précieux...

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    Attentat en Isère, la question médiatique de la désignation de l’ennemi

    Avec ce nouvel attentat spectaculaire sur le sol français, les slogans rassurants se trouvent laminés, comme le consensus national de janvier dernier. Se pose désormais d’une manière toujours plus polémique la question schmittienne de désigner l’ennemi. « Padamalgam » ou « Cinquième colonne » ?

    « Il faut terroriser les terroristes ! », s’exclamait il y a une trentaine d’années Charles Pasqua, avec une gouaille, un accent et une emphase qui ont tous trois disparus depuis des discours politiques, lesquels, lissés, oscillent désormais entre « éléments de langage » et incantations automatiques de l’antifascisme d’opérette psalmodiées à n’importe quelle occasion – robots et automates ayant ainsi succédé à ces comédiens du Pouvoir que l’Histoire, parfois, ramenait du moins à la mesure tragique. Justement, tandis qu’on enterrait ces jours derniers le ministre gaulliste, le milieu médiatico-politique paraissait quant à lui – autre temps, autres mœurs -, obsédé par l’exigence non de « terroriser les terroristes », mais de les « désamalgamer » à tout prix. Alors que la menace qui pèse sur la République française est aujourd’hui infiniment plus grave que celle qui faisait rugir Pasqua en 1986, il paraît, étrangement, que l’injonction soit moins de faire peur à l’agresseur que de rassurer ses coreligionnaires afin qu’ils demeurent dans le bon camp. Comme nous le démontrions déjà il y a quelques mois, l’action des médias officiels dans la guerre contre l’Islam terroriste n’a jusqu’à présent abouti qu’à servir les objectifs de ce dernier. Avec ces événements récents, on a cependant assisté à une évolution dans la communication. L’accumulation de faits, sans doute, finit par faire se fissurer la ligne commune. Et c’est la question de la désignation de l’ennemi qui n’a en réalité cessé d’être posée après la décapitation et l’attentat raté auxquels procéda Yassin Salhi, le vendredi 26 juin, à Saint-Quentin-Fallavier. Question fondamentale, ainsi que l’avait énoncé le philosophe Carl Schmitt. La réponse se trouve être stratégiquement décisive. Car si « nous sommes Charlie », qui sont-ils, eux, ceux qui veulent nous égorger ou nous soumettre ? Des déséquilibrés ? Des terroristes ? Des islamistes ? Des Musulmans ? Des barbares ? Des « Français comme vous et moi » auxquels n’ont pas été proposées suffisamment d’opportunités alternatives ? La question, au moins, aujourd’hui fait débat.

    Victimisme radical

    L’une des premières polémiques nées après l’attentat fut lancée, comme toujours, par un tweet, émis par le CCIF (Collectif Contre l’Islamophobie en France), lequel affirmait que le danger en France « ne réside pas dans les vaines tentatives de groupes armés de déstabiliser la République », mais serait à chercher « du côté de ceux qui utilisent ces événements pour déverser leur haine contre une partie de la population qui est, de fait, celle qui paye le plus lourd tribut face au terrorisme. » Tweet d’une obscénité parfaitement décomplexée qui témoigne qu’au contraire des caricaturistes, les associations musulmanes, en France, osent tout. Le grand recteur de la Mosquée de Paris réclamant pour son culte les églises vides quelques semaines plus tôt, nous avait déjà mis au diapason… Déroulant à n’en plus finir et jusqu’à l’absurde la rhétorique victimaire forgée par la gauche dans les années 80, celle-ci alloue aux musulmans qui décident d’en exploiter toutes les possibilités un blanc-seing à peu près total pour affirmer les choses les plus inouïes. Comme de se désigner comme les premières victimes (comme les seules, permanentes et éternelles victimes) de l’Islamisme radical – fût-ce par retombées secondaires et comme si les crimes initiaux demeuraient anecdotiques. Aucun musulman, en France, n’a été décapité en raison de sa religion ; aucune petite fille musulmane n’a été tuée à bout touchant dans sa cour d’école en raison de sa religion ; aucun journaliste musulman n’a été froidement exécuté dans sa salle de rédaction en raison de sa religion ; aucune mosquée n’a été visée par un attentat un vendredi durant la prière, mais tout cela ne serait que détails de l’Histoire. La seule souffrance à prendre en compte demeure celle des seules victimes légitimes et absolues que représenterait la minorité musulmane en France. Ce qu’il y a de plus choquant, dans une pareille attitude, c’est évidemment le mépris affiché pour les vraies victimes – toutes juives, athées ou chrétiennes – que l’Islamisme radical a réellement assassinées sur le territoire, un mépris qui n’attend même pas que le sang ait séché pour s’exprimer.

    Contradictions des journalistes

    Or, cependant, le communiqué du CCIF a tout de même suscité quelques réactions indignées et a même été vivement critiqué par L’Express. Pourtant, en janvier dernier, qu’affirmait Christophe Barbier dans le même magazine ? Que « Les premières victimes de l’Islamisme sont les musulmans ». Que la foi musulmane, en France, se trouve menacée parce que les attentats « créent du doute, de la suspicion, de la discrimination. » Autrement dit, le directeur de la rédaction de L’Express, n’affirmait pas autre chose que le CCIF, quoi qu’en des termes moins vifs et avec un meilleur à propos. Que les musulmans français soient des victimes collatérales et indirectes des attentats islamistes est évident ; qu’ils soient sciemment pris en otage par l’ennemi islamiste, cela va encore de soi. Mais il n’y a strictement aucune raison d’en faire pour autant les « premières victimes » de l’Islamisme. C’est faux, absurde et injuste vis-à-vis des morts. De peur que se développe dans la population une haine résolue de l’Islam, certains vont donc jusqu’à faire passer pour seules victimes ceux qu’ils craignent de voir assimiler injustement aux bourreaux. Un peu plus de nuance dans la pensée, un peu moins de slogans, un peu moins de réflexe binaire, éviterait que de telles idées fallacieuses se retrouvent ainsi martelées par les musulmans très conquérants du CCIF, usant de cet argument comme une arme, une immunisation morale de l’Islam en France qui participerait à faire progresser la réalisation de l’espoir revendiqué par le porte-parole du Collectif, Marwan Muhammad : que la France devienne terre d’Islam d’ici trente ou quarante ans.

    L’Islam et la République

    Loin de cette scandaleuse manipulation du CCIF, d’autres voix s’élèvent, davantage loyales et pacificatrices, depuis la communauté musulmane. Ainsi celle du philosophe Abdennour Bidar, chargé de la laïcité au ministère de l’Éducation Nationale, qui s’était déjà fait connaître après les attentats de janvier, avec la publication, notamment, de son Plaidoyer pour la fraternité (Albin Michel). Le 28 juin, il accorde un entretien à La Dépêche, dans lequel il expose les nécessités de construire un dialogue. « Pour commencer, il faut s’adresser aux hommes de bonne volonté dans les deux civilisations : il y a côté occidental beaucoup de rejet, et côté musulman beaucoup de ressentiment, par rapport à la colonisation ou l’impérialisme, mais il y a aussi de part et d’autre des hommes et des femmes qui veulent nouer le dialogue, et c’est avec eux qu’il faut élaborer un universel. » À l’international, Bidar a sans doute entièrement raison, mais dans le cadre national ses propositions ont néanmoins un aspect grandement problématique que personne ne relève. En effet, Bidar y présente l’Islam comme un interlocuteur légitime de la République, battant en brèche, de la sorte, deux aspects essentiels de la culture française : premièrement le fait précisément que le religieux est évacué de la sphère publique et donc ne peut pas être reconnu comme légitime dans un débat sur les destinées communes de la Nation ; deuxièmement, la tradition d’assimilation républicaine qui institue le modèle républicain laïc comme absolu, sans rival, et auquel est censé se conformer intégralement le nouvel arrivant. Ainsi, soit qu’il l’agresse par les armes, soit qu’il lui fasse du chantage victimaire, soit même qu’il prétende être en position de dialoguer avec elle, l’Islam se présente dans tous les cas dans une position d’offensive face à une société française moderne totalement démoralisée, désacralisée, voire dépressive. Quant au musulman, il est, dans les exemples précédents, soit désigné comme victime prioritaire à rebours de tout sens commun, soit comme interlocuteur à privilégier.

    À gauche : tenir le choc

    Dans Libération du 26 juin, Nathalie Raulin signe un papier qu’on croirait directement rédigé par les cabinets de l’Élysée. Tout doute, toute inquiétude, toute panique auraient été déjoués par le gouvernement « coupant l’herbe sous le pied » d’un FN pressé, toujours, de recycler les frayeurs. L’unité nationale – y compris sous le prisme droite-gauche – aurait été en outre, comme en janvier, idéalement maintenue et affirmée. Cette analyse, qui n’en est pas une, tient plus de l’incantation et du déni, deux pratiques qui résument en réalité l’essentiel du travail des journalistes de gauche depuis trente ans. Nous le verrons plus loin, mais notons d’emblée que ce qui s’est révélé après cet attentat est au contraire le fait que cette unité nationale a clairement commencé de se fissurer. D’ailleurs, Laurent Joffrin, plus lucide, s’en aperçoit bien, lui, dans son édito. Plutôt que de se masquer la réalité des faits, il appelle donc à tenir le choc. « Mais, de toute évidence, certains souhaitent aller au-delà. A droite ou à l’extrême droite, on parle de “cinquième colonne”, “d’état d’urgence”, “d’action immédiate”. Autrement dit, on plaide pour des mesures d’exception et pour la suspicion générale envers une minorité. C’est faire exactement le jeu des terroristes. » Et Joffrin de conclure en appelant à « Tenir bon sur les principes. » Ce que ne veut pas voir le journaliste, c’est que tout fait le jeu des terroristes, y compris la « Charlie attitude », comme l’OJIM le montrait ces mois derniers. En revanche, à gauche, personne ne semble songer à faire le jeu de la France (quitte, justement, à embarrasser des minorités, si nécessaire). Christophe Barbier, dans L’Express s’il met en garde, comme tous, contre le danger de « surenchère alarmiste », entre néanmoins lui-même dans la surenchère. En effet, le curseur, chez lui, est bien davantage sur le rouge que chez son camarade Joffrin : l’ « union nationale » est à faire, non à préserver ; les alliances internationales doivent assumer un revirement diplomatique majeur ; l’islam de France doit se soumettre à un « concordat » ; enfin, Barbier offre une conclusion franchement martiale : « Qu’elle soit ou non “de civilisation”, selon les mots de Manuel Valls, cette guerre doit être déclarée et menée. Sinon, elle est déjà perdue. »

    Le « padamalgam » en désuétude

    On se souvient que le mot d’ordre de l’après-Charlie avait été : « padamalgam ». Après la décapitation d’Hervé Cornara, ce fut le même slogan qui sortit de la bouche du ministre de l’intérieur, Bernard Cazeneuve, dès qu’il eut à s’exprimer, exploitant à n’en plus finir les éléments de langage qu’on lui avait forgés six mois plus tôt. Cambadélis tweeta quant à lui : « Pas d’amalgame. Ne jouons pas sur les peurs », renforçant l’impression qu’un seul cerveau était partagé par tout le Parti Socialiste. Goldnadel se moquera férocement de l’expression dans Valeurs actuelles, mot d’ordre également attaqué par Caroline Artus sur Boulevard Voltaire ou par Xavier Théry dans Causeur. Autrement dit, la « réacosphère » n’attendait que sa profération pour tirer sur ce concept sympa et limité. On vit même une page Facebook s’ouvrir sous le titre ironique de « Surtout pas d’amalgame ! ». En réalité, même s’il est évident que la formule est tout simplement exaspérante, contrairement à l’après-Charlie, ce mot d’ordre ne résuma pas un consensus obligatoire dans l’affaire qui nous occupe. Il montra au contraire son épuisement.

    Cinquième colonne ?

    En revanche, une formule qui, en janvier, n’avait été employée que par le député FN Aymeric Chauprade et qui, alors, avait fait polémique au sein-même du parti de Marine Le Pen, celle de la « Cinquième colonne islamiste », finit, cette fois-ci, par s’imposer davantage, notamment dans les discours et les tweets de Christian Estrosi, relayé par Nadine Morano ou encore, en couverture du Valeurs actuelles du 2 juillet 2015, quoi qu’elle fasse encore débat au FN où Philippot la taxe d’ « outrance verbale ». Cette formule implique de désigner l’ennemi intérieur et de le traquer, au sein de l’Islam, au lieu de surprotéger la seconde religion de France sans jamais lui demander des comptes, et de peur de la radicaliser (alors que l’on nous dit qu’elle n’a justement rien à voir avec la radicalité islamiste), toute cette confusion hypocrite ne permettant visiblement pas de faire reculer les offensives islamistes, offensives dont la France est l’une des premières cibles dans le monde occidental, ainsi que l’affirmait The Economist le 29 juin dernier. Plus étonnant, le député PS Malek Boutih, livrant à Manuel Valls un rapport intitulé « Génération radicale », lance un cri d’alarme en allant exactement dans le même sens que ceux qui s’inquiètent d’une cinquième colonne, même s’il n’emploie pas ces termes trop connotés. Pourtant, l’analyse de Boutih l’affirme sans ambiguïté : « Le djihadisme est bien la radicalité qui prédomine aujourd’hui dans l’offensive antidémocratique.» et cette radicalité pourrait bien se transformer en phénomène de masse…

    Progression du curseur

    Ainsi l’écho médiatico-politique de l’attentat du 26 juin 2015 à Saint-Quentin-Fallavier aura montré une très nette progression du curseur vers l’alerte rouge d’un grave danger que représenterait un ennemi intérieur, ennemi qu’il s’agirait de circonscrire et de traquer plutôt que de répéter comme un mantra un « padamalgam » révélant toujours davantage soit sa pure vanité, soit l’usage victimaire que peuvent en faire des associations musulmanes qui, sans qu’on puisse les soupçonner de djihadisme, se montrent néanmoins particulièrement conquérantes et décomplexées. Bien sûr, le discours demeure encore très confus et souvent contradictoire mais il faut remarquer également que la recherche de la juste désignation de l’ennemi traverse et clive la plupart des courants politiques. Nous pouvons aussi nous demander pourquoi cet « état d’urgence » progressif ne s’instaure que maintenant quand tant de signaux le laissaient prévoir, et combien il faudra de décapités provinciaux pour que les journalistes parisiens sortent de la langue de bois ?

    Observatoire du journalisme et de l'information médiatique (OJIM, 15 juillet 2015)

     

     
     
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  • Menace djihadiste : un terrorisme innovant et dangereux...

    Nous reproduisons ci-dessous une excellente analyse de François-Bernard Huyghe, cueillie sur son blog, Huyghe.fr, et consacrée aux attentats djihadistes de ces derniers jours.

    Spécialiste de la stratégie et de la guerre de l'information, François Bernard Huyghe est l'auteur de nombreux essais marquants comme La soft-idéologie (Robert Laffont, 1987), La quatrième guerre mondiale (Rocher, 2004), Les maîtres du faire-croire (Vuibert, 2008) ou dernièrement Think tanks - Quand les idées changent vraiment le monde (Vuibert, 2013).

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    Le jihad comme innovation permanente

    Sans trop rajouter aux flots de commentaires qui ont accompagné l'attentat de l'Isère (et en attente de vérification des informations de première heure) essayons de le caractériser par quelques mots.

    SIMULTANÉITÉ : l'attentat près de Lyon, coïncide avec celui de Sousse (d'un style très différent) et avec l'attentat contre un mosquée chiite au Koweït, plus des accrochages avec des jihadistes dans d'autres pays et des attentats suicides un peu partout.Par ailleurs, il suit de peu le surprenant retour de l'État islamique à Kobané et les succès militaire qu'il remporte en dépit des forces déployées contre lui (et de leur variété : des Occidentaux, des sunnites jihadistes ou non jihadistes, des royaumes arabes, des chiites, des Kurdes, etc). Pour un mouvement politique qui coalise contre lui des dizaines de pays riches mobilisant un force de destruction technologique bien supérieure à celle qui a gagné la seconde guerre mondiale, ce n'est pas mal.
    Bien entendu le crime de l'homme à la camionnette ne fait pas partie d'un plan planétaire ordonné par une autorité centrale, mais, tombant un vendredi de Ramadan, un jour où d'autres frères ont voulu, eux aussi, manifester leur piété sanglante, il contribue à une impression de synergie planétaire : ils sont partout, ils frappent où ils veulent.

    RUSTICITE Le suspect qui n'a guère du coûter en entraînement, a utilisé des moyens simples - un couteau pour décapiter son patron, une camionnette de société pour pénétrer sur les lieux, des bonbonnes de gaz disponibles sur place...
    Il n'a pas eu à aller loin de chez lui et a choisi une cible à la fois "molle" (difficile à surveiller, même s'il y a des services de sécurité sur une usine Seveso), et dangereuse s'il avait réussi à provoquer l'explosion. C'est typiquement le genre de méthodes que recommande l'État islamique dans ses textes : une attaque simple, gérée de façon autonome par une base non aguerrie, qui n'a pas demandé de gros moyens, mais rentable en termes de panique qu'elle peut déclencher. Une réaction maximum pour un minimum d'investissement.

    DISPERSION DES FORCES ADVERSES. Après un tel attentat, il va falloir surveiller toute les usines comme on surveille les bâtiments religieux et officiels, les gares etc. Et si demain un jihadiste attaque un bus... Bref un effet de fixation des forces de sécurité, d'où un déploiement coûteux de ces forces en attente de la prochaine attaque, ce qui épuise nos troupes (les soldats seraient bien mieux employés ailleurs) et nos ressources (comment faire plus maximum que l'alerte maximum ?) ; cela coûte, cela porte sur les nerfs, cela peut encourager des mouvements communautaires de radicalisation ou d'anti-islamisme qui, en retour, produiront d'excellents résultats en mobilisant et rendant plus solidaires les "frères" (vieille stratégie de la provocation, répression, conscientisation, mais sauce Coran). Tout bénéfice en termes d'économie stratégique.

    LATENCE : entre le moment (peut-être en 2006) où le suspect a commencé à former un projet jihadiste et celui où il est passé à l'acte, il s'est passé des années. En clair, si nous considérons que les proto jihadistes, bien repérés par nos service mais impossibles à arrêter trop tôt sans commencement d'exécution sont des bombes, ce sont des bombes à retardement très aléatoire. Encore un énorme problème pour le renseignement et la répression. Encore de la dispersion des forces adverses, dans le temps cette fois (comment gérer pendant neuf ans le dossier d'un suspect qui n'est pas passé à l'acte). Toutes choses également expliquées dans les textes en ligne de l'État islamiste : l'attaque sporadique.

    ESCALADE SYMBOLIQUE. La tête coupée en punition, la théâtralisation de l'action, la recherche du scénario de film catastrophe - l'explosion, la pollution - l'insécurité au cœur de ce qui assure la puissance de l'Occident : l'énergie et la richesse économique. Effet psychologique sur les populations renforcé par l'effet de répétition (Merah, Nemouche, Kouachy, Coulibaly, Glam sur trois ans) : Quoi demain ?

    EFFET DE PANIQUE IDÉOLOGIQUE SUR L'ADVERSAIRE. La classe politique française est à l'évidence tétanisée et incapable d'imaginer de faire autre chose que "plus du même"" (une société plus inclusive et si possible plus prospère, plus consciente des valeurs de la République, avec un meilleur renseignement et de meilleures lois, plus de démonstrations que le peuple français vit ensemble unit et ne cédera pas à la peur, plus d'esprit du 11 janvier);
    Dans tous les cas, la lecture des éléments de langage repassés en cycle par nos gouvernants - solidarité, fermeté, responsabilité, prévention, école, valeurs, pas-peur, rassemblement, République, vivre-ensemble, dignité, horreur, terreur abjecte, divisions et amalgames qu'il faut éviter, rien-à-voir-avec-l'Islam-véritable, refuser les fantasmes, les populismes et les complotismes, unité, unité, unité montrent que le logiciel tourne en rond. Plus du même, c'est aussi plus de ce qui a échoué.

    François-Bernard Huyghe (Huyghe.fr, 26 juin 2015)

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