Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

otan

  • Le véritable enjeu de 2027 : rendre du pouvoir au Pouvoir...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Michel Geoffroy, cueilli sur Polémia et consacré aux enjeux de l'élection de 2027...

    Ancien haut-fonctionnaire, Michel Geoffroy a publié le Dictionnaire de Novlangue (Via Romana, 2015), en collaboration avec Jean-Yves Le Gallou, ainsi que plusieurs essais, dont La Superclasse mondiale contre les Peuples (Via Romana, 2018), La nouvelle guerre des mondes (Via Romana, 2020), Immigration de masse - L'assimilation impossible (La Nouvelle Librairie, 2021), Le crépuscule des Lumières (Via Romana, 2021), Bienvenue dans le meilleur des mondes (La Nouvelle Librairie, 2023) et, dernièrement Occident go home ! - Plaidoyer pour une Europe libre (Via Romana, 2024).

     

    Excalibur_Nigel Terry.jpg

    Le véritable enjeu de 2027 : rendre du pouvoir au Pouvoir

    Ce qui importe ne se décide plus en France

    Une image trompeuse se projette sur les murs de la caverne politico-médiatique dans laquelle l’oligarchie nous enferme.

    Elle nous fait croire que le président préside, que les parlementaires votent les lois et que le gouvernement « détermine et conduit la politique de la nation », comme le dit l’article 20 de notre Constitution. Pendant que les juges administrent la justice.

    Mais tout cela n’est qu’artifice, communication et spectacle.

    Car, après quarante ans de socialisme, de transferts de compétences au profit de l’Union européenne et de gouvernement des juges, nos institutions tournent à vide et les politiques ont perdu toute initiative. Du moins vis-à-vis de ce qui importe vraiment.

    Les décideurs ne résident plus dans les palais nationaux. Les vraies questions ne se traitent plus en France, mais avant tout à Bruxelles, à Francfort, à Berlin et à Washington. Dans les conseils d’administration des grandes entreprises mondialisées, des GAFAM et des fonds de pension, ainsi que dans les cours de justice.

    Les politiques, acteurs d’un film muet

    La défense ? Elle se décide à l’OTAN. Et Emmanuel Macron essaie au surplus d’« européaniser » notre dissuasion nucléaire.

    La diplomatie ? L’Union européenne nous l’impose et envisage de toute façon de supprimer le droit de veto des États en la matière.

    La monnaie ? Elle est de la compétence de la BCE.

    Les accords commerciaux ? De la compétence de la Commission européenne.

    Les budgets et les réformes ? Ils sont fixés par les grandes orientations de politique économique validées par la Commission européenne.

    L’économie ? Elle est dérégulée.

    La santé ? Depuis le Covid, la Commission européenne a pris la main.

    L’immigration ? Ce sont les juges qui décident à la place des législateurs.

    Dans un tel contexte, nos politiques nationaux ne sont plus que des acteurs d’un film muet : ils s’agitent pour nous faire croire qu’ils gouvernent encore, alors qu’en réalité ils ne s’occupent plus que de l’accessoire et certainement pas du bien commun. Une notion que, de toute façon, l’idéologie libérale-libertaire a réduite à rien.

    Mais, pour enquiquiner les Français, comme disait Georges Pompidou, ils sont encore là !

    Des commentateurs impuissants mais complices

    Nos politiques s’occupent par exemple des questions aussi fondamentales que l’entrée au Panthéon de tel ou tel personnage, de l’hydratation des personnes âgées quand il fait chaud, des droits des « trans » ou du retour des chenilles processionnaires.

    Pour tout le reste, c’est-à-dire pour tout ce qui importe vraiment aux Français — chômage, pauvreté, insécurité, immigration notamment —, ils en sont réduits à adopter la posture du commentateur impuissant, comme on l’a vu avec les palinodies entourant l’adoption par la Commission européenne de traités de libre-échange contraires à nos intérêts : ils déplorent parfois, ils communiquent toujours, mais ils n’en peuvent mais.

    Le seul pouvoir réel que leur délègue l’oligarchie consiste à faire respecter, tels les anciens satrapes de l’Empire perse, l’ordre européiste en France : en clair, de taper sur les Français qui auraient le mauvais goût de se révolter, car, comme disait un ancien président de la Commission européenne, « il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens » (1). On a vu avec les Gilets jaunes que nos politiques exerçaient cette fonction répressive avec zèle, avec l’entier soutien de toutes les institutions, notamment judiciaires.

    Impuissants mais complices.

    L’enjeu de 2027 : rétablir la démocratie

    C’est peu dire que notre démocratie — entendue comme le gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple — se délite, comme notre Constitution d’ailleurs. Ce qui renvoie au glissement de l’Union européenne non pas dans le fédéralisme, mais dans un néo-totalitarisme de plus en plus visible : un système hypercentralisé où les décisions incombent à une caste lointaine et non élue, pendant que les peuples n’ont prise sur rien et que l’on pourchasse les dissidents.

    Les votes à l’Assemblée nationale en disent long : même sur des questions a priori importantes, on constate que seule une minorité de députés vote vraiment (2), les autres ayant manifestement mieux à faire. À quoi sert en effet le Parlement si les vraies décisions se prennent ailleurs et si des juges non élus peuvent ensuite censurer les lois ? Et, finalement, à quoi sert de voter pour de tels « représentants » ?

    En d’autres termes, le pouvoir en France n’est plus à prendre : il faut le recréer, le refonder, le rétablir, le reconquérir. C’est le seul enjeu qui vaille en 2027.

    Car il ne servira à rien d’élire tel ou tel candidat — jeune premier ou vieux politicien roublard — si l’on ne remet pas en cause le processus ayant conduit à la déconstruction méthodique de notre souveraineté et donc de notre liberté d’action.

    Donc, si l’on n’a pas le courage de renverser la table à la fois dans notre pays et au sein de l’Union européenne.

    Mais qui relèvera ce défi ?

    Michel Geoffroy (Polémia, 5 juin 2026)

    Lien permanent Catégories : Points de vue 0 commentaire Pin it!
  • Les snipers de la semaine... (310)

    Brynner_Death Rage.jpg

     

    Au sommaire cette semaine :

    - sur le site de la revue Éléments, Nicolas Gauthier allume les influenceurs "français" expatriés à Dubaï pour des raisons fiscales dont le patriotisme s'est brutalement révélé depuis le début de la guerre contre l'Iran...

    Plus fort que la téléréalité : les bronzées à Dubaï

    Influenceurs_Dubaï.jpg

    - plus sérieusement, sur Hashtable, H16 prend dans sa ligne de mire l'OTAN dont les dernières manœuvres en Estonie ont montré l'inadaptation des moyens militaires terrestres face à la guerre des drones...

    Drones vs OTAN : on a perdu la 7ème compagnie

    Drones_Bombes.jpeg

    Lien permanent Catégories : Snipers 0 commentaire Pin it!
  • L’enjeu groenlandais et l’autonomie européenne...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Balbino Katz, le chroniqueur des vents et des marées, cueilli sur Breizh-Info et consacré aux menaces américaines sur le Groenland...

     

    Groenland_Europe.jpg

    L’enjeu groenlandais et l’autonomie européenne

    Je me tiens sur le quai du port du Guilvinec. Le jour est blafard, le vent coupe la joue et les coques quittent l’abri avec cette résolution taciturne qui fait les marins bretons. Le froid, ce matin-là, a quelque chose d’orientant. Il pousse l’esprit vers le nord, vers cette île immense et presque vide qui revient dans les conversations des chancelleries, le Groenland. Les mains dans les poches, je pense à cette possession danoise lointaine, entrée dans l’orbite de Copenhague au début du XVIIIᵉ siècle, en 1721, quand le royaume scandinave entreprit d’y rétablir une présence durable. Longtemps marginale, cette terre arctique est aujourd’hui scrutée avec une intensité nouvelle par les États-Unis.

    Nouvelle dans sa forme, ancienne dans son fond. L’intérêt américain pour le Groenland n’est ni improvisé ni capricieux. Il traverse les décennies, des tentatives d’achat du XIXᵉ siècle aux accords de défense conclus pendant la Seconde Guerre mondiale, puis à l’installation de la base de Thulé, devenue aujourd’hui Pituffik, clef de voûte du dispositif antimissile nord-américain. Ce qui frappe désormais, c’est la verbalité assumée, la publicité donnée à cet intérêt par un président des États-Unis qui parle d’annexion, de nécessité stratégique, et le fait sans détour. La parole précède parfois l’acte, parfois elle le prépare.

    Il suffit d’avoir la mémoire un peu longue pour se souvenir que Washington ne découvre pas aujourd’hui le goût des possessions ultramarines européennes. En 1898, profitant d’un prétexte fragile et d’une insurrection cubaine qu’ils soutenaient en sous-main, les États-Unis entrèrent en guerre contre l’Espagne. L’issue fut rapide. Cuba passa sous tutelle, Porto Rico fut annexé, les Philippines arrachées à Madrid. L’Europe observa, choquée sans doute, mais déjà résignée. L’Espagne, elle, encaissa le coup et produisit, dans la douleur, cette « génération de 98 » qui sut transformer la défaite en examen de conscience national.

    L’histoire enseigne aussi l’art de l’oubli. Une fois le choc passé, le monde s’adapte. La puissance américaine est telle qu’on ne peut faire comme si elle n’existait pas, ni demeurer éternellement dans le ressentiment. En 1898, nombre de capitales européennes, Londres comprise, se félicitaient en silence de voir une puissance sœur, anglo-saxonne, prendre le relais d’un empire latin à bout de souffle. L’illusion d’une anglosphère harmonieuse faisait alors florès. Aujourd’hui, le décor a changé. Une prise de contrôle du Groenland sans l’accord de Copenhague poserait une question d’une autre nature, car elle viserait un allié, membre de l’OTAN, et mettrait à nu les lignes de fracture du continent.

    Les scénarios circulent à voix basse. Action militaire rapide, pression politique locale, instrumentalisation du désir d’indépendance groenlandais, rien n’est exclu dans les hypothèses des diplomates. L’Europe, dans tous les cas, encaisserait un choc comparable à celui de l’Espagne finissante. Un choc peut-être salutaire. Le Groenland, à dire vrai, reste périphérique aux intérêts centraux européens, comme Saint-Pierre-et-Miquelon l’est pour la France. Sa perte ne bouleverserait pas l’équilibre géostratégique du Vieux Continent. En revanche, l’onde psychologique serait considérable. Elle poserait frontalement la question de l’alliance atlantique et de sa pertinence hors du cadre qui l’a justifiée, celui de la menace soviétique.

    Ce moment pourrait donc être décisif. Non par la perte d’un territoire, fût-il immense, glacé et chargé de symboles, mais par la révélation brutale d’un malentendu ancien. L’Europe vit encore sur l’idée que l’alliance atlantique est un destin, alors qu’elle n’a jamais été qu’une conjoncture. La disparition de l’Union soviétique aurait dû entraîner sa dissolution naturelle ou, à tout le moins, sa transformation profonde. Rien de tel ne s’est produit. Par inertie, par confort, par peur aussi, les Européens ont prolongé un lien dont les termes se sont inversés. Le Groenland agit ici comme un révélateur chimique, faisant apparaître à la surface ce qui, jusque-là, restait dissous dans le langage diplomatique.

    Cette fenêtre d’opportunité est étroite, et peut-être unique. Elle tient à la conjonction de plusieurs facteurs rarement réunis. Les États-Unis regardent désormais vers le Pacifique, vers la Chine, et considèrent l’Europe moins comme une alliée que comme un théâtre secondaire, utile tant qu’il ne contrarie pas leurs priorités. L’Europe, elle, dispose encore d’une puissance économique, technologique et démographique suffisante pour s’ériger en pôle autonome, à condition de le vouloir. Or la volonté politique naît rarement dans le confort. Elle surgit presque toujours d’un choc.

    Sur ce point, les analyses de Mary Kaldor, pourtant éloignées de toute tentation continentale, méritent d’être relues. Dès les années 1990, elle soulignait que la communauté d’intérêts entre l’Amérique et l’Europe n’était ni naturelle ni éternelle, et que la divergence stratégique finirait par produire une rupture, non par hostilité idéologique, mais par simple logique de puissance. L’Amérique, écrivait-elle en substance, ne peut accepter durablement un partenaire qui aspire à l’autonomie dès lors que cette autonomie contrarie ses propres impératifs de sécurité globale.

    Les penseurs français n’ont pas dit autre chose, chacun à leur manière. Raymond Aron, lucide jusqu’à la sécheresse, rappelait que les alliances ne survivent pas à la disparition de la menace qui les a fondées. Pierre Hassner insistait sur la fragilité des solidarités occidentales dès lors qu’elles ne reposent plus sur un péril commun clairement identifié. Plus récemment, Marcel Gauchet a montré combien l’Europe s’était enfermée dans une posture post-historique, croyant pouvoir substituer le droit, les normes et les procédures à la décision politique, oubliant que celles-ci ne valent que si elles sont adossées à une force capable de les défendre.

    L’éventuelle prise de contrôle du Groenland par les États-Unis serait alors moins un drame territorial qu’un événement fondateur. Un rappel brutal que la souveraineté ne se délègue pas indéfiniment, que la protection a toujours un prix, et que l’Histoire ne s’arrête jamais, même sous la banquise. L’Europe serait placée devant une alternative simple, presque brutale, continuer à vivre dans l’ombre stratégique d’une puissance extra-européenne, ou accepter le risque, donc la responsabilité, de son indépendance.

    Sur le quai du Guilvinec, le froid finit par engourdir les doigts. Les marins, eux, savent qu’il faut parfois sortir malgré la mer mauvaise, faute de quoi on meurt à quai. Le Groenland pourrait être cette mer mauvaise. Une épreuve rude, inconfortable, mais peut-être nécessaire pour qu’un continent cesse enfin de confondre sécurité et dépendance, et retrouve le goût âpre de la décision.

    Balbino Katz, chroniqueur des vents et des marées (Breizh-Info, 8 janvier 2026)

    Lien permanent Catégories : Géopolitique, Points de vue 0 commentaire Pin it!
  • Les mémoires de Stoltenberg : une confession involontaire sur la colonisation de l’Europe...

    Nous reproduisons ci-dessous un article d'Arnaud Bertrand cueilli sur Le Saker francophone et consacré aux mémoires de l'ancien secrétaire général de l'OTAN, Jens Stoltenberg. Décapant...

     

    Stoltenberg_Vigie du monde.jpg

     

    Les mémoires de Stoltenberg sont une confession involontaire sur la colonisation de l’Europe

    Il est extraordinairement révélateur de lire le livre de Stoltenberg sur son mandat de Secrétaire général de l’OTAN.

    Le Guardian vient d’en publier un long extrait. Voici ce qu’il révèle, entre autres :

    Zéro réflexion stratégique et zéro prévoyance.

    Selon les propres mots de Stoltenberg, il pensait qu’Hillary gagnerait en 2016 sur la base de son “instinct” et a été “surpris” lorsque Trump a gagné.

    La victoire de Trump l’a rendu très « anxieux » car « dans une interview télévisée vers la fin du mois de mars, il avait dit « l’Otan est obsolète ». »

    Pensez à cette folie pendant 2 minutes. Vous êtes le Secrétaire général de la plus grande alliance militaire du monde, responsable de la sécurité de près d’un milliard de personnes. Un pays finance 80 à 90% de votre budget. Il s’y tient une élection avec 2 résultats possibles et un candidat qui a publiquement qualifié votre alliance d ‘ »obsolète« . Pourtant, vous ne faites aucun plan en cas de possible victoire de ce candidat et vous n’essayez même pas de creuser plus profondément que quelques articles médiatiques pour comprendre comment il pense. Vous préférez simplement supposer qu’il perdra en fonction de votre “intuition” et quand il a finalement gagné, vous devenez “anxieux”.

    Vous n’êtes fondamentalement pas différent d’un anonyme regardant CNN dans son salon, vous n’ajoutez aucune valeur et c’est une faute professionnelle stratégique de la plus haute importance. Comme le dit le proverbe « gouverner, c’est prévoir » : cela signifie, très concrètement, que la plus grande alliance militaire du monde n’était pas du tout gouvernée – et Stoltenberg l’admet dans ses propres mémoires comme si c’était parfaitement normal. C’est dingue !

    Et il ressort clairement de l’extrait que Stoltenberg n’était pas le seul : personne n’était préparé, tous les dirigeants européens étaient purement en mode réactif.

    Stoltenberg décrit un sommet de l’OTAN avec Trump en juillet 2018, lorsqu’il a menacé de quitter non seulement le sommet, mais l’OTAN elle-même si d’autres membres n’augmentaient pas immédiatement leurs dépenses.

    La scène, telle que la décrit Stoltenberg, est incroyablement pathétique, essentiellement un papa annonçant qu’il pourrait vous supprimer votre argent de poche face à des enfants se démenant pour plaider leur cause. Merkel parlant à Trump de la mort de soldats allemands en Afghanistan “malgré une opposition intense dans mon pays, dont beaucoup qui demandaient ce que l’Afghanistan avait à voir avec nous”. Le Premier ministre danois a également invoqué le sacrifice de sang de son pays pour les États-Unis, disant à Trump, d’une “voix tremblante”, que “par rapport à la population, le Danemark a perdu plus de soldats en Afghanistan que les États-Unis.”

    Tout le monde était en compétition pour dire à papa Trump quels enfants sages ils ont été, plaidant émotionnellement à partir d’une position de dépendance totale. Il y avait une absence totale de préparation et de réponse stratégique réelle.

    Alors que cela aurait pu être l’occasion rêvée. Rappelez-vous, nous sommes en 2018, des années avant l’Ukraine, et un an après que Macron a commencé à évoquer le besoin “d’autonomie stratégique” pour l’Europe : Trump offrait essentiellement l’autonomie stratégique sur un plateau en or, à un moment de paix en Europe, c’était parfait ! Au lieu de saisir cette opportunité, les Européens – Macron inclus – ont brûlé toute leur énergie en essayant simplement de préserver le statu quo et nous voyons à quoi cela a conduit dans les années qui ont suivi…

    C’est incroyablement accablant ; et le pire encore, c’est que Stoltenberg écrit à ce sujet comme s’il avait bien géré la crise. Il ne comprend même pas qu’il a écrit un aveu de faillite stratégique.

    La colonisation des esprits

    Ce qui est vraiment frappant dans l’extrait, c’est à quel point l’Europe est devenue colonisée, à commencer par la soirée électorale américaine où Stoltenberg “a organisé une fête avec des amis et des collègues à la résidence de Bruxelles. Nous avons installé une grande télévision dans le salon et des hamburgers ont été servis.

    En fait, tout l’extrait, et probablement une grande partie du livre, concerne les États-Unis : il est obsessionnellement axé sur ce que les Américains pensent, ce que les Américains veulent, ce que les Américains pourraient faire. L’Europe existe à peine en tant que sujet avec ses propres intérêts, objectifs ou politique ; elle n’est qu’un objet réagissant aux mouvements américains. Le livre se lit comme le journal d’un anxieux eunuque de palais impérial, obsédé par les humeurs de l’empereur et considérant une faveur comme étant un succès.

    Une autre partie de l’extrait est extrêmement révélatrice à cet égard. Stoltenberg décrit comment il a demandé à tout le monde à l’OTAN de faire preuve d ‘ “autodiscipline” à l’égard de Trump, ne pas “regarder les tweets ou les apparitions publiques de Trump ; pas de rires moqueurs sur les vidéos ; pas de blagues sur le golf ou ses manières. La tolérance zéro était cruciale. Juste un petit groupe d’individus qui se moquent peut se répandre dans une organisation. Et s’il arrivait aux oreille de Washington que le personnel de l’Otan se moque de Donald Trump, ce serait ruineux.”

    Tel est son obsession : pas de planification stratégique, pas d’intérêts européens, mais savoir si quelqu’un à Washington pourrait apprendre que les Européens ne sont pas suffisamment respectueux envers l’empereur.

    Voilà à quoi ressemble un impérialisme réussi : les colonisés deviennent les exécuteurs les plus zélés des colonisateurs. Dans une mesure encore plus grande que dans le noyau impérial, d’ailleurs : la dernière fois que j’ai vérifié, les yeux en l’air et les blagues sur Trump étaient autorisés aux États-Unis. Mais c’est interdit à Bruxelles 

    L’Europe est morte en tant qu’entité politique

    À un niveau encore plus profond, ce que le livre révèle n’est pas seulement que les Européens manquent d’autonomie stratégique ou sont mentalement colonisés ; c’est qu’ils semblent avoir perdu le concept même de ce qu’est la stratégie politique, de ce qu’est la politique.

    Stoltenberg et les dirigeants de l’UE, comme il se décrit lui-même et eux, ne sont pas des politiciens avec un “P” majuscule, mais simplement des administrateurs, de petits bureaucrates.

    Regardez comment Stoltenberg décrit son « succès » : il a empêché la réunion de s’effondrer, il a fait accepter à Trump une formule qui sauve la face, il a réussi à ne pas ennuyer le patron. Mais il n’y a aucun engagement ayant substance ; alors à quoi tout cela sert-il ? Que veut réellement réaliser l’Europe ? Ces questions ne semblent même pas exister dans son univers mental.

    Cela va au-delà de la dépendance. Je compare souvent l’Europe d’aujourd’hui à la fin de l’empire Qing au cours du siècle d’humiliation. Mais malgré tous les défauts des Qing, ils étaient tout à fait conscients de leur condition, ils savaient qu’ils se faisaient humilier et ils comprenaient qu’il y avait un objectif politique plus important : la restauration nationale. La politique était vivante même pendant la colonisation.

    Mais quel est l’équivalent en l’Europe ? Où est la conscience que quelque chose de fondamental ne va pas ? Les mémoires de Stoltenberg montrent un homme qui pense avoir réussi sur la base d’une définition complètement déséquilibrée du succès. Le patient ne sait même pas qu’il est malade. Les élites européennes d’aujourd’hui ont même perdu leur conscience politique de base.

    L’intellectuel français Emmanuel Todd parlait récemment d’un « processus de dégénérescence intellectuelle et morale » où « toutes les notions de vérité, d’honneur, de réflexion » se perdent en Europe.

    Ce livre en est une parfaite illustration : un homme documentant son propre échec à se préparer ou à réagir politiquement, décrivant des scènes de subordination et d’humiliation abjectes et présentant tout cela comme une histoire à succès. La dégénérescence est complète lorsque vous en être au point de présenter cela comme un travail bien fait…

    Arnaud Bertrand (Le Saker francophone, 6 octobre 2025)

    Lien permanent Catégories : Points de vue 0 commentaire Pin it!
  • L'OTAN, levier stratégique au service des Etats-Unis...

    Dans cette émission, diffusée par TV Libertés, Alain Juillet, ancien directeur du renseignement de la DGSE, et Claude Medori reçoivent Christophe Gomart, député européen et ancien directeur du renseignement militaire. Ensemble, ils analysent comment l’OTAN est devenu un levier stratégique au service des intérêts américains, imposant ses choix et redéfinissant les équilibres internationaux. Ils approfondissent la question d’une Europe en quête de souveraineté, encore trop dépendante d’alliances qu’elle ne maîtrise plus totalement.

     

                                                

    Lien permanent Catégories : Entretiens, Multimédia 0 commentaire Pin it!
  • L’extrême centre ? Un danger totalitaire...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Jean-Yves le Gallou cueilli sur Polémia et consacré à l'extrême-centre.

    Ancien haut-fonctionnaire, président de la Fondation Polémia, Jean-Yves Le Gallou a, notamment, publié La tyrannie médiatique (Via Romana, 2013),  Immigration : la catastrophe - Que faire ? (Via Romana, 2016), Européen d'abord - Essai sur la préférence de civilisation (Via Romana, 2018) et Manuel de lutte contre la diabolisation (La Nouvelle Librairie, 2020).

    RN_Députés.jpg

     

     

    jean-yves le gallou,anarcho-tyrannie,hygiénisme,otan,immigration,libre-échangisme

    L’extrême centre ? Un danger totalitaire

    L’extrême centre est un terme apparu récemment dans l’espace de la dissidence politico-médiatique et popularisé notamment par Mathieu Bock-Côté. Contrairement aux apparences, ce n’est pas un terme polémique mais un outil de compréhension du réel qu’on peut résumer ainsi :
    1 – Il y a une idéologie du centre. Celle de la doxa médiatique.
    2 – Cette idéologie est de plus en plus poussée aux extrêmes dans ses applications pratiques.
    3 – Cette idéologie s’impose dans l’espace public par la propagande, la censure et les interdits professionnels sur un modèle peu éloigné de celui qui prévalait à la fin du communisme soviétique.
    Reprenons.

     

    Les cinq piliers de l’idéologie du centre

    1. L’idéologie du centre n’est pas (ou n’est plus) la prise en compte modérée et nuancée de ce qui viendrait de la gauche et de la droite. Non, c’est une idéologie conforme à la doxa médiatique et construite autour de cinq projets :

    • l’immigrationnisme, doctrine selon laquelle l’immigration est bienfaisante en soi et doit se poursuivre à l’infini, d’autant que l’immigration zéro serait impossible ;
    • le libre-échangisme qui conduit à aller vers une toujours plus grande ouverture des frontières à la circulation des marchandises, du capital et des hommes ;
    • l’affirmationnisme diversitaire, c’est-à-dire la soumission aux revendications des minorités ethniques, religieuses, sexuelles visant à leur obtenir une place toujours plus grande dans l’espace public ;
    • l’obligation de « transition énergétique » pour sauver la planète d’un réchauffement climatique, certes réel, mais de surcroît présumé catastrophique et supposé d’origine anthropique ;
    • l’hygiénisme obsessionnel qui consiste à répandre la peur des épidémies (H1N1, COVID, variole du singe) dans les populations ;
    • l’otanisme, c’est-à-dire l’alignement des politiques diplomatiques et militaires et du discours médiatique sur la ligne de l’État profond américain et de son lobby militaro-industriel.

    Ces cinq points sont sanctuarisés par « l’état de droit », autre nom du pouvoir des juges – internationaux, constitutionnels, administratifs et de droit commun – de valider ou non les textes de loi au regard de la doxa. Et imposés dans l’opinion grâce au complexe médiatico-associatif, c’est-à-dire la reconnaissance comme « experts » des représentants d’associations subventionnées, invités à répandre la bonne parole dans les médias.

    Le cercle de déraison

    2. Cette idéologie du centre est désormais mise en œuvre de manière de plus en plus extrême, c’est le cercle de déraison.

    • Sur le libre-échange : malgré la désindustrialisation, la perte d’une culture technique et les risques sur la souveraineté alimentaire, de nouveaux accords de libre-échange (Canada, Mercosur, etc.) sont sans cesse signés et mis en œuvre sans discernement malgré les promesses électorales contraires.
    • Sur l’immigration : des entrées chaque année de plus en plus nombreuses, 500 000 entrées d’étrangers supplémentaires (hors Union européenne) chaque année en France, plus d’un million en Grande Bretagne. Jusqu’à quand ?
    • S’agissant du droit des minorités, on est passé de l’égalité des chances à la « discrimination positive » et, dans les faits, au racisme antiblanc. Puis des Gay Pride tolérées aux Gay Pride subventionnées, enfin aux Gays Pride imposées comme lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Paris. Sans même parler de la promotion de la transsexualité dans l’Éducation nationale.
    • La « transition énergétique » sert de justification au saccage des paysages (avec les éoliennes et les panneaux solaires) et du patrimoine immobilier (avec des normes bannissant les préoccupations esthétiques). C’est aussi un moyen commode de créer de nouveaux impôts et d’imposer de nouvelles normes réduisant la liberté de propriété et s’ingérant à l’intérieur même des domiciles.
    • L’hygiénisme conduit à appliquer aux humains les méthodes de la médecine vétérinaire : confinement, vaccination obligatoire, voire éradication des malades (comme cela fut le cas avec l’usage du Rivotril dans les EHPAD au début de l’épidémie de COVID).
    • Quant à l’otanisme, il fait fi des intérêts nationaux élémentaires comme on l’a vu avec le sabotage par nos alliés (sic) du gazoduc Nord Stream.

    Tout cela s’accompagne d’un vocabulaire guerrier : guerre au « racisme », guerre à l’« homophobie », guerre aux virus, guerre au réchauffement climatique, guerre au méchant Poutine. « Nous sommes en guerre », répète souvent le président Macron, mais la première victime de la guerre, c’est la vérité, la deuxième, c’est la liberté.

    Une liberté pour les citoyens que les juges renoncent alors à défendre « au nom des circonstances ». Tout en poussant au-delà des limites du possible les règles d’accueil des étrangers : ainsi la Cour nationale du droit d’asile (CNDA) a ouvert un droit systématique à l’asile à la « communauté des femmes afghanes » (20 millions de personnes) et à « la communauté des homosexuels togolais » (400 000 personnes ?), les uns et les autres pouvant ensuite faire jouer le regroupement familial pour faire venir leurs proches. Au fou ! Le prétendu « cercle de raison » n’est rien d’autre qu’un cercle de déraison.

    La déraison, c’est aussi l’endettement et le « quoi qu’il en coûte ». À force de « faire la guerre » au « racisme », aux virus, au réchauffement climatique, à Poutine, les déficits se creusent : en 2024, 180 milliards de déficit vont venir s’ajouter aux 3 100 milliards de dette existants. Là aussi, jusqu’à quand ?

    La tenaille du centre

    3 – Propagande et censure : la tenaille totalitaire

    En France, un couple résume à lui seul la tenaille totalitaire : à ma gauche, Caroline Roux omniprésente sur les chaînes du service public (France 5, France 2), c’est elle qui arbitre (!) les débats électoraux : à elle, la propagande. Son mari, c’est Laurent Solly, le patron de Meta France et Meta Europe : à lui, la censure des comptes qui déplaisent au gouvernement sur Facebook et Instagram, y compris des comptes de médias alternatifs comme Frontières.

    En France, la propagande est massive : à l’Éducation nationale, dans les universités, dans les entreprises (à travers les chartes), dans la publicité, dans les programmes culturels, dans les films, dans les séries, dans l’édition. Cette propagande est d’autant plus puissante qu’elle s’appuie sur la quasi-totalité des médias, les médias publics comme ceux des grands oligarques privés : les médias Bouygues (le bétonneur immigrationniste), les médias Saadé (l’armateur libanais), les médias Niel (principal hébergeur de vidéos pédophiles), les médias Arnault (le luxe mondialisé), les médias Kretinsky (le charbonnier tchèque).

    Mais la propagande ne suffit pas pour imposer les dogmes de l’extrême centre : il lui faut le complément de la censure pour empêcher l’expression d’opinions divergentes. C’est pourquoi la police de la pensée ne chôme pas.

    • En août 2024, la France n’a pas de gouvernement mais la police de la pensée n’a jamais été aussi active :
    • retrait des canaux TNT de C8 et NRJ 12 ;
    • pressions de l’Arcom sur CNews ;
    • censure de nombreux comptes par Meta ;
    • arrestation du fondateur de la messagerie Telegram, Pavel Durov, à qui on reproche de protéger le secret de la correspondance de cette messagerie cryptée.

    Faut-il ajouter une proposition de loi (loi Lefèvre), votée en première instance à l’Assemblée nationale, prévoyant de criminaliser les propos privés tenus au domicile, dans les fêtes de famille ou au restaurant d’entreprise. Incroyable ? Mais, hélas, vrai.

    Voilà où en est la France, terre de libertés et patrie des droits de l’homme…

    Il est vrai que cette dérive est celle de l’ensemble de l’Occident.
    Le commissaire européen Thierry Breton menace ouvertement Elon Musk et le réseau social Twitter.
    En Allemagne, l’Office fédéral de protection de la constitution (la police politique) s’est arrogé le droit de valider les recrutements d’attachés parlementaires.
    En Grande-Bretagne, le gouvernement travailliste a fait libérer 500 criminels, souvent étrangers, pour pouvoir embastiller 500 patriotes anglais hostiles à sa folle politique d’immigration, et souvent pour de simples posts. Un exemple supplémentaire d’anarcho-tyrannie.

    L’Europe, c’est la civilisation des libertés. L’extrême centre est une menace existentielle pour elle.

    Jean-Yves Le Gallou (Polémia, 28 août 2024)

    Lien permanent Catégories : Points de vue 0 commentaire Pin it!