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métapolitique

  • Après l'affaire Quentin, Raphaël Ayma, un représentant de la jeunesse identitaire, parle...

    Nous reproduisons ci-dessous un entretien donné par Raphaël Ayma, figure de la jeunesse identitaire, au site Voxeuropa Herald, et cueilli sur le site Voxnr.

     

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    Raphaël, pourriez-vous vous présenter à nos lecteurs ? Qui êtes-vous, comment avez-vous pris conscience de votre engagement militant et en quoi la tragédie de Quentin a-t-elle renforcé votre détermination ?

    Je m’appelle Raphaël Ayma, j’ai 23 ans et je suis né dans le sud-est de la France. J’ai des racines espagnoles du côté de mon père et j’ai grandi entre les deux pays, quelque part entre la Provence, l’Andalousie et Madrid. Je pense que cela a façonné et renforcé mes aspirations européennes. Je me suis passionné pour la politique dès mon adolescence. En fait, mon environnement familial m’y a encouragé. Ma grand-mère maternelle a un esprit militant. Je dois toutefois admettre qu’elle est du « mauvais côté » : c’est une communiste du siècle dernier, comme on n’en voit plus aujourd’hui. Elle a également été militante toute sa vie et c’est elle qui m’a transmis l’amour des affaires publiques.

    Nous parlions tout le temps de politique, et je me suis naturellement engagé – cela me semblait inévitable – à l’âge de seize ans. L’idée de ne pas m’engager en politique m’était inconcevable. Par-dessus tout, je déteste l’inaction et je veux avoir le contrôle sur ce qui se passe dans le monde. J’ai commencé à seize ans, dans les milieux de gauche, avec les Jeunes communistes. Mais j’ai rapidement ressenti un décalage entre les passions gauchistes de mes camarades et mes propres aspirations.

    Le manque de discipline, les tabous autour des questions de migration et d’identité… Je connaissais déjà le Grand Remplacement. Je le voyais autour de moi, c’était très tangible. L’assassinat de Samuel Paty a été un tournant, un moment de rupture. Conscient des enjeux identitaires derrière son meurtre, j’ai basculé à droite, dans le camp identitaire. Je n’ai pas perdu la conscience sociale que j’avais développée à gauche.

    J’aime profondément mon peuple et je considère mon engagement avant tout comme une défense des miens, par amour profond pour mes concitoyens. J’ai rejoint Tenesoun vers l’âge de dix-neuf ans, une organisation identitaire dont je suis rapidement devenu le porte-parole. Grâce à ce militantisme, j’ai rencontré de nombreuses personnes, dont Quentin. La mort de Quentin m’a profondément affecté car, comme je l’ai dit dans mon discours lors de la manifestation en son hommage, je rencontre tous les jours des jeunes comme Quentin.

    Ce sont des jeunes de vingt ans qui, comme moi, refusent d’accepter la laideur du monde, le statu quo et l’apathie ambiante. Quentin représente une génération qui a été sacrifiée et qui a dû se battre pour défendre son existence. Dominique Venner disait : « Exister, c’est lutter contre ce qui vous nie ». Quentin faisait partie de ceux qui se sont battus. Derrière l’individu, je vois toute la jeunesse française et européenne qui lui ressemble.

    Vous êtes particulièrement actif au niveau métapolitique (réseaux, marchés, conférences, commémorations). Comment voyez-vous son rôle dans le renouveau provençal et européen, surtout depuis le 12 février ?

    J’ai tendance à croire qu’il ne devrait y avoir aucune distinction entre politique et métapolitique. Les actions du mouvement identitaire sont politiques par nature.

    Certains voudraient diviser l’action politique entre celle des intellectuels, dans les think tanks et les structures identitaires militantes – qu’ils qualifieraient de métapolitique – et celle des partis institutionnels, qui serait « véritablement » politique. Je ne pense pas que nous ne faisons pas de politique. Au contraire : peut-être notre approche – idéologique, hyperactive, militante, totale – est-elle infiniment plus politique que celle des anciennes structures partisanes.

    Ne vous méprenez pas : je ne suis pas opposé à l’idée de nous engager dans le champ électoral. Au contraire ! Je pense même que nos propres structures, dans un avenir proche, viseront également à participer aux élections, suivant la logique maurrassienne « par tous les moyens, même légaux ». Je pense que notre travail joue un rôle crucial dans la socialisation de la « France de droite » : le Rassemblement National dispose d’un électorat captif qui reste politiquement inactif entre les cycles électoraux. J’adopte une approche différente. À mon avis, la prise du pouvoir est certes essentielle, mais ce qui est accompli en cours de route est tout aussi important. On ne gouverne pas un pays simplement en atteignant sa plus haute institution ou en détenant la majorité des sièges parlementaires : on gouverne un pays en ayant transformé son imaginaire culturel, en ayant profondément convaincu sa population, en ayant préparé à l’avance le chemin vers le pouvoir. L’action politique est celle qui vise un changement sociétal concret, et pas seulement la victoire électorale.

    Je considère donc que notre activité est parfois plus politique que celle des partis, en ce sens qu’elle contribue à faire vivre nos idéaux. Notre mouvement est en pleine effervescence. C’est lui qui crée le climat dont bénéficient ensuite les élus patriotiques.

    Tenesoun a pour devise « Construire quand tout s’effondre ». Après la tragédie nationale qui a frappé Quentin, comment envisagez-vous l’avenir des mouvements de droite et de la défense de l’identité européenne ?

    Je pense que l’un des effets secondaires de la mort tragique de Quentin a été de mettre en lumière l’existence de notre mouvement, que le grand public ignorait largement. Les mouvements identitaires militants, qui se répandent en France et en Europe, expriment un double objectif : lutter contre le remplacement des peuples européens, refuser de laisser cette situation s’installer ; et s’engager en politique différemment, de manière plus active, plus concrète. C’est pourquoi ces mouvements attirent les jeunes en grand nombre.

    Ils sont cent fois plus vivants que ne le seront jamais les sections jeunesse des partis politiques conventionnels. Les politiciens se passionnent pour cette question : comment intéresser les jeunes à la politique ? Entrez dans un local identitaire et vous le verrez : des jeunes qui s’intéressent sincèrement au monde qui les entoure. Aujourd’hui, le mouvement identitaire est probablement la famille politique qui dispose de la base sociale la plus jeune et la plus dynamique qui soit. Les initiatives se multiplient. Les locaux ouvrent sans discontinuer.

    Les conférences, les manifestations, les projets médiatiques et autres initiatives se développent de manière exponentielle. Je crois que notre mouvement est une vague qui déferle partout. Nous sommes le visage de la nouvelle Europe.

    Quentin Deranque, 23 ans, catholique, étudiant en mathématiques, est décédé le 14 février à la suite d’une agression le 12 février. Que représente Quentin pour vous et votre génération ? Qu’avez-vous ressenti en prenant la parole à Lyon ?

    Comme je l’ai mentionné précédemment, Quentin représente l’archétype d’un jeune de vingt ans – il avait 23 ans au moment de sa mort – qui refuse de tolérer la laideur du monde ou le statu quo que nos élites politiques veulent imposer. Il était à contre-courant à tous égards : catholique à une époque désacralisée, engagé à une époque apolitique, altruiste à une époque égoïste, déterminé dans une génération paresseuse.

    Quentin incarne toute une jeunesse : c’est peut-être pour cela que son assassinat a eu un tel retentissement. Lorsque j’ai pris la parole à Lyon, j’ai ressenti une profonde émotion. Une émotion sincère, tout d’abord, parce que je connaissais Quentin. Je me suis souvenu de notre conversation par messages quelques heures avant le discours. Elle m’avait profondément marqué. Mais j’ai également ressenti les émotions de la foule : un mélange de chagrin, de colère salutaire et de volonté d’agir. Quentin n’était pas apathique, il vivait, il vivait pleinement à travers ses engagements. Je crois qu’il nous laisse ce message : n’acceptez jamais le cynisme ambiant. Comme le dit le poème de Dylan Thomas : « Ne vous laissez pas aller doucement vers cette bonne nuit ; ragez, ragez contre la mort de la lumière. » À Lyon, vous avez appelé à une « union sacrée » et déclaré « organisons-nous, par nous-mêmes, pour nous-mêmes ». Pourquoi cela est-il devenu central après la mort de Quentin ? Que répondez-vous à ceux qui vous accusent de radicalisme ? Quentin était un nationaliste et un militant catholique. Le présenter autrement est, à mon avis, une erreur. Si la gauche a tué Quentin, en le frappant à la tête avec une telle haine, c’est parce qu’elle méprise profondément ce qu’il représente : un Français nationaliste, identitaire, radical dans ses principes, pieux.

    C’est cela qu’ils veulent effacer.

    Par conséquent, lorsque je dis que nous devons nous organiser par nous-mêmes et pour nous-mêmes, c’est parce que je crois que notre mouvement politique est une tendance à part entière, une tendance que la gauche craint. Elle la craint parce qu’elle sait qu’elle est efficace, politiquement puissante. L’assassinat de Quentin est un assassinat politique : lui rendre hommage, c’est aussi poursuivre le combat pour lequel il a donné sa vie. Et ce combat est celui de notre mouvement.

    Notre mouvement a ses tendances internes : en France, il y a des royalistes, des identitaires, des nationaux-révolutionnaires. La marche en hommage reflétait cette diversité. Elle a rassemblé toutes les tendances de la droite radicale, mais aussi des électeurs du Rassemblement national, des sympathisants, des familles, des catholiques. Je crois que toutes ces personnes ont plus de points communs que de différences. Tout mon activisme va dans ce sens : aucune tendance au sein de notre mouvement ne doit « triompher » sur une autre.

    Nous perdons trop de temps en guerres internes. Nous devons nous unir, nous serrer les coudes et nous imposer comme une véritable tendance politique cohérente. C’est une condition préalable à l’efficacité politique. Ma rencontre avec Quentin reflétait cet esprit. Je l’avais rencontré avec quelques militants de l’Action française que j’avais contactés lors d’un voyage à Vienne. Il n’était pas militant avec eux, juste un sympathisant, et je ne suis pas royaliste.

    Quelques jours plus tard, il est venu en Provence, où nous l’avons accueilli. Quentin était hétérodoxe dans ses engagements. L’union reflète la nature de son combat. J’apprécie cette image : je me sens à l’aise parmi mon peuple, que ce soit avec les hooligans les plus radicaux ou avec les grand-mères pieuses issues de familles respectables. J’aime tous les visages de mon peuple.

    Quel rôle concret cette jeunesse doit-elle désormais assumer ? Et comment Tenesoun la soutient-il sur le terrain ?

    Cette jeunesse doit jouer le rôle d’un aiguillon. Elle doit être incorruptible. Les gens leur diront – et ils nous le disent déjà – « Vous ne faites pas de la politique comme il faut ». Je déteste ce cynisme ambiant ! Je ne crois pas que faire de la politique signifie faire des compromis ou rechercher le consensus. Faire de la politique, c’est imposer un programme. Pour imposer des idées, il ne faut pas y renoncer. Il faut insister, mobiliser, aller de l’avant et, surtout, être extrêmement patient. Imposer nos slogans, exister et persévérer, tel est l’ADN même de Tenesoun et d’autres mouvements du même genre.

    Si nous nous institutionnalisons, nous devons le faire à la condition d’avoir une réelle influence sur la ligne politique des partis. Je ne crois pas que l’entrisme fonctionne, en particulier en France, où la structure du Rassemblement national est trop verticale et rigide pour avoir une réelle influence sur la ligne du parti, et je ne pense pas non plus qu’il soit pertinent pour nous de rejoindre le système du RN. Nous avons plus d’influence politique à l’extérieur qu’à l’intérieur. Mais pour rendre cette influence externe possible, nous devons nous donner les moyens. Pour nous donner les moyens, nous devons être professionnels : embaucher des personnes, mettre en place des organisations, offrir des opportunités économiques au sein du mouvement.

    J’apprécie le radicalisme, mais je l’apprécie lorsqu’il est intelligent. Un radical désordonné est inutile. Le radicalisme doit être discipliné – une vieille leçon léniniste.

    Vous avez organisé plusieurs hommages à Aix, Nice et Lyon. Comment expliquez-vous l’ampleur et la diversité de la mobilisation ?

    En ce qui concerne son caractère diversifié, je pense que toutes les tendances de la droite radicale française sont incarnées par Quentin, et en tout état de cause, la mort d’un des nôtres est une affaire si urgente qu’elle efface nos différences.

    L’ampleur de la mobilisation est étroitement liée à l’existence du mouvement identitaire. Ce n’est pas le Rassemblement national qui a appelé les gens dans les rues et sur les places de ce pays, malgré son important réseau territorial de députés. Ce sont les mouvements identitaires. Nous sommes un mouvement ancré territorialement. Il y a peu, j’ai vu qu’un hommage était organisé à Mende, une petite ville au fin fond de la Lozère, à l’initiative de militants identitaires locaux. Qui d’autre que nous est capable de faire de la politique dans des territoires aussi reculés ? C’est l’existence du mouvement qui permet d’être partout, tout le temps.

    Vous maîtrisez à la fois les codes parlementaires et métapolitiques. Quels penseurs ou courants vous ont le plus influencé, et comment Quentin incarne-t-il cette synthèse ?

    Je ne suis pas très idéologique, ou plutôt, je n’aime pas l’idéologisme. Je considère que la réalité est bien trop chaotique et flexible pour s’enfermer dans des doctrines, qui seraient comme des manuels de pensée tout faits, censés nous permettre d’analyser le monde. Si l’on me demande de me définir politiquement, je reste délibérément vague : nationaliste, identitaire, patriote, catholique, peu importe.

    Cela ne signifie pas que je manque de références intellectuelles ou d’opinions arrêtées sur certaines questions clés, telles que l’économie ou l’écologie. Cependant, je défends la capacité à s’adapter aux réalités concrètes des situations et des circonstances. Je crois néanmoins en une chose : la politique doit se nourrir de réalités matérielles concrètes. Il faut partir de l’environnement pour analyser le monde.

    Je ne suis pas marxiste ; mes aspirations sont antimaterialistes, idéalistes et transcendantales. Je crois en l’éternité, en l’âme, en l’immatériel, en les besoins spirituels des êtres humains et en l’idée que ce n’est pas la matière qui fait tourner le monde, mais quelque chose qui nous dépasse. Je suis largement influencé par la Nouvelle Droite française, José Antonio Primo de Rivera, Rousseau, Dominique Venner, Jérôme Fourquet et Proudhon. J’apprécie Saint-Just tout comme j’apprécie les rois français vertueux ; je n’ai pas de position rigide sur la forme de gouvernement. Je crois qu’il existe des républiques vertueuses et des monarchies décadentes.

    Après le décès de Quentin et les enquêtes judiciaires liées aux réseaux de gauche, quelles mesures concrètes proposez-vous pour la France et l’Europe en matière de terrorisme antifasciste ?

    Sur le plan institutionnel, nous demandons la dissolution ou l’interdiction des organisations ANTIFA, une mesure qui a été prise dans plusieurs pays, tels que les États-Unis et la Hongrie.

    Je pense que les pouvoirs publics doivent examiner l’étendue des réseaux antifascistes et, surtout, comme nous l’avons vu en France, la complicité de certaines autorités et de certains acteurs politiques avec eux. Comment est-il possible que la collaboration entre la Jeune Garde et la mairie de Lyon ait été si étroite, au point que des locaux municipaux aient été prêtés au groupe ? La gauche dispose d’infrastructures : ONG, médias, universités, réseaux militants.

    Comment la droite européenne devrait-elle construire son écosystème métapolitique ? La mort de Quentin devrait-elle être le déclencheur ?

    À mon avis, les structures économiques doivent avant tout soutenir l’action politique. Il est très positif que nos militants dirigent des entreprises. En fait, c’est vital pour certains, car pour beaucoup d’entre nous, une fois que vous êtes diabolisé par la gauche et marginalisé socialement, vous êtes contraint de travailler pour votre propre compte. L’indépendance financière nous permet d’avoir une action politique indépendante.

    Cependant, nous devons nous méfier d’un certain syndrome qui apparaît parfois au sein du mouvement : la tendance à s’éloigner de l’action politique à mesure que l’on développe une activité économique rentable. C’est une voie sans issue que certains empruntent, et cela peut être problématique. Nous sommes avant tout des mouvements politiques. Nos mouvements doivent être de véritables écosystèmes. Plusieurs militants de Tenesoun travaillent actuellement dans, avec ou grâce aux ressources que leur procure l’activité politique.

    Après la mort de Quentin, les partis institutionnels de droite ont maintenu leur stratégie de normalisation. Sont-ils encore utiles ou trahissent-ils leur base ?

    Le Rassemblement National a décidé de ne pas assister aux hommages rendus à Quentin et est même allé jusqu’à annuler le sien, à Avignon, la circonscription de Raphaël Arnault, le leader de la Jeune Garde. C’est dramatique, mais cela ne me surprend pas.

    Je me souviens que le RN avait organisé une manifestation lors d’une condamnation de Marine Le Pen, rassemblant à peine 5 000 personnes à Paris. Cinq mille personnes, sans compter les quelque 120 députés du RN, avec leurs trois assistants parlementaires chacun, tout en faisant venir des bus de toutes les fédérations. L’échec de cette manifestation tient à un simple fait : le RN refuse de socialiser son électorat. Il ne le rend pas politiquement actif tout au long de l’année.

    C’est une rupture avec son histoire à l’époque du FN. D’anciens militants d’Aix-en-Provence m’ont raconté que dans les années 1990, le FN avait deux bureaux locaux et une revue intellectuelle à Aix-en-Provence. La France n’a plus de « parti militant », c’est-à-dire totalitaire dans le sens où il est actif dans tous les domaines de la vie, comme l’était autrefois le Parti communiste français.

    Lorsque ma grand-mère me raconte sa jeunesse communiste, cela me fait sourire : elle allait voir des films soviétiques sur la Canebière dans le cinéma du Parti, a rejoint les scouts communistes, a voyagé en RDA à la fin de ses études et a vécu la vie du parti toute la journée, dans tous les aspects de son existence. Elle lisait et consommait la culture communiste.

    Sans aller jusqu’aux extrêmes bolcheviques, je pense qu’il est essentiel qu’un parti soit plus qu’un simple bulletin de vote dans une urne. Un parti doit créer une vie autour de lui. Contrairement à la croyance populaire, je ne condamne pas la « dé-diabolisation ». Je comprends que le RN doit atteindre les 50 + 1. Certes, nos chemins ne sont pas les mêmes. Un identitaire n’est pas censé rejoindre le RN. Cela ne sert à rien.

    Nous devons être capables de nous organiser, par nous-mêmes, car c’est essentiel. Le RN arrivera au pouvoir dans ce pays à un moment donné. Nous devons être suffisamment organisés et puissants en dehors de lui à ce moment-là pour influencer sa ligne. Sinon, il gouvernera mal. La différence entre eux et nous, c’est qu’ils sont soumis à la dictature de l’opinion publique. Nous, en revanche, nous faisons avancer notre programme et nous devenons chaque jour moins marginaux.

    Une seule devise : se préparer pour les temps à venir.

    Quelle est votre vision de l’Europe de demain ?

    Je crois que ma génération, ma génération identitaire, continuera à faire ce qu’elle fait tout en s’intégrant dans la société. Les militants d’aujourd’hui, âgés de vingt ans, seront demain des avocats, des fonctionnaires, des personnalités, des influenceurs, des entrepreneurs. L’objectif est simple : conserver son radicalisme et gravir les échelons sociaux, s’organiser pour mieux orienter la société dans notre direction demain.

    Je crois que chacun d’entre nous est individuellement destiné à jouer un rôle politique important dans les questions qui bouleverseront l’Europe dans cinq ou dix ans. Notre radicalisme n’est pas un obstacle, au contraire, c’est un atout. La fenêtre d’Overton se déplace chaque jour. Des personnes comme nous seront demain députés ou ministres. L’Europe portera notre visage, celui de cette jeunesse radicale, joyeuse, souriante, qui n’a pas renoncé à ses idéaux. Notre refus du cynisme sera récompensé ; les insultes d’aujourd’hui deviendront les honneurs de demain.

    Le radicalisme est souvent diabolisé, mais vous l’embrassez ouvertement. Comment distinguez-vous le radicalisme constructif du radicalisme stérile ?

    Le radicalisme constructif est discipliné, professionnel et stratégique. Trop de personnalités institutionnelles confondent radicalisme et inefficacité politique. Le problème n’est pas qui nous sommes, car en réalité, nous sommes relativement normaux : des jeunes d’une vingtaine d’années qui refusent d’accepter la folie du monde. Et nous sommes en bonne santé : socialement, individuellement, moralement.

    Je pense que le problème réside dans notre manque de méthode, de cohérence et d’unité dans l’action. C’est quelque chose qui est en train de changer. Il faut se fixer un objectif, le garder à l’esprit, ne jamais le perdre de vue et avancer sans s’arrêter. Rester fidèle à ses principes et laisser nos idées mûrir à mesure que nous mûrissons en tant qu’hommes et femmes. La plupart d’entre nous ont vingt ans : le monde de demain nous appartient.

    Message final aux lecteurs : quelle est la devise de la génération qui refuse de s’agenouiller ?

    « Je sais qu’en frappant plusieurs fois le même clou, on peut détruire une maison. L’histoire nous en fournit des exemples : le refus a toujours joué un rôle crucial. Les saints, les ermites, mais aussi les intellectuels, ces quelques personnes qui ont fait l’histoire, sont ceux qui ont dit non, et non les courtisans et les laquais des cardinaux. Pour être efficace, le refus doit être total. » (Pier Paolo Pasolini)

    Je ne crois pas à la « sagesse » : je pense que nous sommes plus proches de la vérité à vingt ans, lorsque nos yeux brillent, que nos visages sont jeunes et que nous sommes intègres, qu’à quarante ans, lorsque la vie nous a rattrapés et nous a fait oublier les idéaux de notre jeunesse. Ils confondent radicalisme et intégrité. Nous vaincrons parce que notre cause est juste.

    Raphaël Ayma (Voxnr, 26 février 2026)

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  • Ne pas céder au nihilisme...

    Vous pouvez découvrir ci-dessous un long entretien donné par Alain de Benoist au Forum pour la Démocratie (FVD) néerlandais, au cours duquel il répond à des questions sur le gramscisme, la métapolitique, le paganisme, la technique ou encore les relations de l'Europe avec la Russie et les États-Unis...

     

                                            

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  • Itinéraire d'un homme libre ...

    Le 1er avril 2025, Martial Bild recevait, sur TV libertés, Jean-Yves Le Gallou pour évoquer avec lui la sortie de ses Mémoires identitaires (Via Romana, 2025) dans lesquelles il retrace les étapes de son combat politique et métapolitique pour l'identité française et européenne...

     

                                               

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  • Pourquoi le Rassemblement national ne livre-t-il pas la bataille culturelle ?...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de François Bousquet, cueilli sur Figaro Vox et consacré à la guerre culturelle, combat abandonné par le RN/FN depuis plus de vint ans...

    Journaliste, rédacteur en chef de la revue Éléments, François Bousquet a aussi publié Putain de saint Foucauld - Archéologie d'un fétiche (Pierre-Guillaume de Roux, 2015), La droite buissonnière (Rocher, 2017), Courage ! - Manuel de guérilla culturelle (La Nouvelle Librairie, 2020), Biopolitique du coronavirus (La Nouvelle Librairie, 2020) et Alain de Benoist à l'endroit - Un demi-siècle de Nouvelle Droite (La Nouvelle Librairie, 2023).

     

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    Pourquoi le Rassemblement national ne livre-t-il pas la bataille culturelle ?

    «C'est la huitième fois que la défaite frappe le nom de Le Pen.» On se souvient de la petite phrase, assurément maladroite, d'Éric Zemmour après l'échec de Marine Le Pen au deuxième tour de la présidentielle de 2022. Le 7 juillet dernier, Zemmour aurait pu ajouter à cet étrange palmarès une neuvième défaite. La question de savoir si le Rassemblement national vaincra le signe indien de l'élection n'en reste pas moins ouverte. Deux hypothèses se font face ici : celle du plafond de verre et celle du palier. La première postule qu'il y a un seuil incompressible au-dessus duquel le RN ne peut s'élever ; la seconde, au contraire, que ce n'est qu'une question de temps et de gains marginaux pour obtenir une majorité. Pourquoi pas ? Imaginons donc, comme dans les problèmes pour écoliers, que le RN accède aux responsabilités, que se passera-t-il alors ? Pourra-t-il réellement exercer le pouvoir ? Les corps d'État, petits et grands, accepteront-ils d'obéir à un exécutif «bleu Marine» ?Tout le monde a vu, entre les deux tours des législatives, comment la dynamique électorale du RN, qui semblait jusque-là irrésistible, s'est brisée face à un infranchissable tir de barrage «républicain». L'UMPS s'est spontanément reformée, une sorte d'UMPS+++ agrégeant les voix du Nouveau Front populaire avec le concours quasi unanime de la société civile. Qu'adviendra-t-il de ce front, même fissuré, si le RN parvient aux manettes ? S'activera-t-il de nouveau et sous quelles formes ? L'extrême gauche dans la rue ? La désobéissance civile débouchant sur une situation de chaos institutionnel ? Il est trop tôt pour le dire.

    Libre à chacun d'épiloguer sur la nature et la légitimité de ce barrage républicain. Ce sont plutôt ses conditions de possibilité qu'il faudrait interroger. La vérité, c'est qu'il en va de la nature politique comme du reste : elle a horreur du vide. Jamais ce front n'aurait atteint une telle intensité s'il n'avait pu tirer parti de l'isolement du RN et de son incapacité à s'appuyer sur de larges pans de la société civile pour en contrebalancer les effets. Or, c'est à la société civile qu'il appartient de fabriquer du «consensus-consentement», selon le mot d'Antonio Gramsci, le grand théoricien du combat culturel. Comment ? En produisant les énoncés de référence, assurant de ce fait la direction des esprits par le truchement de ce que Gramsci désignait sous le terme d'«appareils d'hégémonie», l'hégémonie n'étant rien d'autre que la faculté à transformer l'idéologie d'un groupe social en croyances universellement reçues et acceptées sans examen par tous.

    C'est ce pouvoir, le pouvoir culturel, qui commande les autres pouvoirs. Pas de victoire politique durable sans hégémonie idéologique. Que serait en effet un pouvoir politique orphelin du pouvoir culturel ? Un pouvoir frappé d'hémiplégie et d'impuissance, singulièrement dans les vieilles démocraties libérales, où la société civile est solidement implantée et coproductrice du pouvoir politique depuis le XVIIIe siècle.

    Depuis quelques années, on voit fleurir des articles soulignant la victoire idéologique du RN. C'est aller un peu vite. Exception faite du campus Héméra, l'école de formation et de culture politique du RN lancée en 2023, le parti de Marine Le Pen n'a pas fait une priorité du combat culturel, au moins depuis le départ de Bruno Mégret, en 1998, imaginant sûrement que l'intendance intellectuelle suivrait. Elle tarde. Où sont les Sartre, les Aragon, les Yves Montand, les Jean Ferrat du RN ? En son temps, le PCF avait su les attirer.

    D'aucuns vous confieront en «off» que s'afficher RN revient à se condamner à la mort sociale. Mais il y a des stratégies de contournement. La première d'entre elles passe par la création d'un écosystème militant. Du temps des mégrétistes, il y a 30 ans, ce qui était alors le FN s'était doté d'un Conseil scientifique. On pouvait y croiser des sociologues de haut vol comme Jules Monnerot et quantité d'universitaires de renom. Le bilan est maigre aujourd'hui, une fois qu'on a fait le tour de l'essayiste Hervé Juvin ou du politologue Jérôme Sainte-Marie. Où sont les intellectuels organiques du RN, ses avocats médiatiques, ses ambassadeurs culturels, ses conférenciers, ses appareils d'hégémonie, ses think-tanks, ses journaux, ses cercles de réflexion, ses maisons d'édition ?Ces structures ont pour mission de créer et d'organiser l'hégémonie culturelle, dont elles sont les médiateurs privilégiés, en faisant émerger une «intellectualité nouvelle», c'est-à-dire une contre-culture. Travail de longue haleine. En attendant, le RN aurait pu s'appuyer sur les «intellectuels traditionnels», conservateurs et catholiques. Ce qu'il n'a guère fait. Il suffit de songer à la fin de non-recevoir adressée aux zemmouriens et aux auteurs nés dans le sillage de la Manif pour tous. Pire qu'un crime, une faute.

    On a souvent cité l'interview que Nicolas Sarkozy a donnée au Figaro Magazine à la veille de la présidentielle de 2007, sous la dictée de Patrick Buisson, où le futur président de la République faisait sienne «l'analyse de Gramsci : le pouvoir se gagne par les idées. C'est la première fois qu'un homme de droite assume cette bataille-là.» Rien de tel du côté du RN. Résultat : il n'y a pas encore eu de moment gramscien pour le RN, parce que ce parti a cru pouvoir faire à l'économie d'un «gramscisme de droite», à la différence d'un Éric Zemmour ou d'une Marion Maréchal, qui, eux, ont toujours assumé cette dimension du combat politique.

    C'est une chose d'être tout-puissant sur TikTok, c'en est une autre d'être producteur d'idées. Nul ne nie la nécessité de communicants, mais ils ne sauraient à eux seuls écrire le scénario. Pour cela, il faut bien d'autres choses, et d'abord une théorie du combat culturel assortie à un dispositif opérationnel ad hoc. Ce dont ne semble pas être pourvue la boîte à outils du RN. Avoir des électeurs suffit à son bonheur, les lecteurs semblent de trop dans cette équation. Depuis ses premiers succès, le RN a fait le choix de passer par-dessus les corps intermédiaires pour s'adresser directement à son électeur, en faisant comme si la société civile n'existait pas. Or, la société civile est une réalité avec laquelle il faut compter et le langage qu'on lui tient est d'abord métapolitique, c'est-à-dire idéologique. Faute de posséder un tel outil, c'est le langage de l'adversaire que l'on est réduit à singer.

    À scruter les insuffisances du RN, on en vient à penser que la principale faiblesse de ses cadres semble tenir à la précarité de leur statut social, comme s'ils avaient intériorisé leur condition de dominés, à peu près dans tous les domaines, dans les médias, dans les hémicycles, dans les universités, etc. En faisant le choix de la furtivité et du profil bas (le «pas-de-vaguisme»), le RN consent à sa domination dans les discours, pareil en cela à son électorat, lui aussi dominé, stigmatisé et infériorisé, n'ayant en réserve aucun contre-récit à opposer au récit dominant.

    Pour comprendre la situation du RN et se donner les moyens de penser la condition historique de ses électeurs, il faudrait faire appel aux concepts développés par les sciences sociales, toutes acquises au wokisme et au gauchisme culturel – pour les retourner contre le wokisme et le gauchisme culturel. Les concepts de «domination», de «discrimination systémique», de «privilège», d'«invisibilité», de «politique de reconnaissance», d'«inclusion» sont taillés sur-mesure pour le RN. De fait, voter pour ce parti n'est associé à aucun prestige social. Ce qui domine au contraire, dans les représentations, c'est la condescendance, sinon le mépris, d'une large part de la société civile, qui regarde ce parti de haut, de loin et de travers.

    Le cœur sociologique de l'électorat du RN appartient aux classes «subalternes» (les «premiers de corvée»). Quel est le propre de ces classes ? Elles n'ont aucune légitimité culturelle tant et si bien qu'elles sont aussi inaudibles qu'invisibles. De la même manière qu'il y a des ondes lumineuses (les infrarouges par exemple) que l'œil humain ne perçoit pas, il y a des catégories sociales que l'œil social ne voit pas. C'est là comme une forme de «daltonisme» (autre concept des sciences humaines qui peut faire l'objet d'un détournement).

    Aucune série Netflix, aucun téléfilm de France Télévisions ne mettent en scène ces catégories sociales. La télévision les snobe avec une bonne conscience qui frise le racisme de classe. L'Arcom est la première à le savoir puisqu'elle diligente des études sur la représentativité des catégories socioprofessionnelles à la télévision (et pas seulement des minorités visibles, même si l'on ne parle que d'elles). Les cadres supérieurs, qui ne représentent que 10% de la population, constituent 65% des personnes qui s'expriment sur les chaînes de la TNT. Alors que les ouvriers, qui représentent pourtant 12% de la population, n'occupent que 2% du temps d'antenne. Les employés et les classes moyennes ne sont guère mieux lotis. On les voyait souvent au premier rang dans les émissions de Cyril Hanouna, mais l'Autorité de régulation a décidé de débrancher C8 et TPMP, non sans inconséquence, puisqu'elle est la première à convenir que «la télévision donne à voir une image très urbaine de la société». La cérémonie d'ouverture des JO nous l'a d'ailleurs amplement rappelé, même si aujourd'hui on ne coupe plus la tête de Marie-Antoinette, seulement son micro. Ce qui aboutit, volens nolens, au même résultat.

    C'est donc la double peine pour les catégories populaires. Privées d'expression politique par le «barrage» républicain, elles se voient privées d'expression médiatique. Ainsi fonctionnent les castors du barrage politique et les Pollux du filtrage médiatique. Ce processus d'invisibilisation opère à tous les niveaux. Étonnamment, les dirigeants du RN y consentent et ne trouvent rien à lui opposer. C'est le revers de la stratégie de la normalisation : une forme de discrétion sociale, d'acquiescement involontaire, de moins-disant doctrinal, qui vient redoubler l'invisibilité subie de la France périphérique. Aucune chance de s'élever à la phase d'hégémonie culturelle dans ces conditions.

    Dans la «dialectique du maître et de l'esclave», le philosophe Hegel a montré que l'esclave peut retourner contre le maître la relation de domination, mais à une seule condition : en étant actif, en travaillant, en transformant le monde, en luttant pour la reconnaissance et la visibilité. Voilà qui recoupe les enjeux du combat culturel pour la droite. Être plus proactive, plus offensive, plus contre-offensive. D'autant que le front républicain finira par apparaître pour ce qu'il est : un affront démocratique, celui d'une caste à bout de souffle («les Français ne feront pas deux fois ce chèque», dixit Macron), qui est en train de brûler ses dernières cartouches. «Les forces réactionnaires au seuil de leur perte, disait Mao Zedong, se lancent nécessairement dans un ultime assaut contre les forces révolutionnaires. »

    François Bousquet (Figaro vox, 31 juillet 2024)

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  • François Bousquet, une vie d'homme-Livre...

    Vous pouvez découvrir ci-dessous sur TV Libertés  une conversation entre Paul-Marie Coûteaux et François Bousquet au cours de laquelle ce dernier évoque son parcours intellectuel et métapolitique.

    Journaliste, rédacteur en chef de la revue Éléments, François Bousquet a aussi publié Putain de saint Foucauld - Archéologie d'un fétiche (Pierre-Guillaume de Roux, 2015), La droite buissonnière (Rocher, 2017), Courage ! - Manuel de guérilla culturelle (La Nouvelle Librairie, 2020) et Biopolitique du coronavirus (La Nouvelle Librairie, 2020).

     

                                             

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  • Qu’est-ce que la métapolitique ?...

    Nous reproduisons ci-dessous un entretien donné par Alain de Benoist à la Revue des Amis de Jean Mabire et publié sur le site de la revue Éléments. Celui-ci y revient sur les origines et le sens de la notion de « métapolitique », centrale dans l'activité de la Nouvelle Droite.

    Philosophe et essayiste, directeur des revues Nouvelle École et Krisis, Alain de Benoist a récemment publié Le moment populiste (Pierre-Guillaume de Roux, 2017), Contre le libéralisme (Rocher, 2019),  La chape de plomb (La Nouvelle Librairie, 2020),  La place de l'homme dans la nature (La Nouvelle Librairie, 2020), La puissance et la foi - Essais de théologie politique (La Nouvelle Librairie, 2021), L'homme qui n'avait pas de père - Le dossier Jésus (Krisis, 2021), L'exil intérieur (La Nouvelle Librairie, 2022) et, dernièrement, Nous et les autres - L'identité sans fantasme (Rocher, 2023).

     

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    Qu’est-ce que la métapolitique ?

    LES AMIS DE JEAN MABIRE. Quand avez-vous découvert la métapolitique ? Le thème vous était-il déjà familier ? Quelle en est aujourd’hui votre conception ?

    ALAIN DE BENOIST : J’ai probablement rencontré le terme pour la première fois dans la seconde moitié des années 1960, mais j’ai oublié dans quelles circonstances. A cette époque, je ne connaissais pas le livre, d’ailleurs très contestable, publié en 1941 à New York par Peter Viereck sous le titre Metapolitics, pour qualifier la culture allemande post-romantique dans une perspective critique. Je n’avais pas lu non plus le livre d’Anthony James Gregor, An Introduction to Metapolitics, paru en 1971. Et bien sûr j’ignorais complètement que c’est au XVIIe siècle que le mot a été employé pour la première fois, en l’occurrence dans un manuscrit intitulé Metapolitica, hoc est tractatus de republica philosophice considerata, aujourd’hui conservé aux Archives historiques du diocèse de Vigevano, près de Pavie, dont l’auteur était le mathématicien et philosophe catholique espagnol Juan Caramuel y Lobkowitz, né à Madrid en 1606.

         J’étais alors au sortir de l’adolescence, et j’étais désireux, pour des raisons que j’ai eu l’occasion d’expliquer ailleurs, de rompre avec l’engagement politique et militant qui avait été le mien durant les années précédentes. Le terme de « métapolitique » est celui qui m’est apparu comme le plus susceptible de tenter de convaincre un certain nombre de mes amis que le travail d’ordre théorique, culturel ou intellectuel, était au moins aussi important que l’action politique au jour le jour. J’ambitionnai alors de créer une école de pensée qui se tiendrait à l’écart des contingences de l’actualité et s’emploierait, de façon collective, à fonder ou refonder un corpus théorique embrassant tous les domaines de la connaissance et du savoir. Le projet était vaste, certes, et non dépourvu de naïveté, mais j’étais déjà bien conscient de la grande difficulté qu’il y a à mener de pair un travail de réflexion et un engagement de type politique. Je voyais bien que les hommes politiques veulent avant tout rassembler, tandis qu’à leurs yeux les idées divisent. Je constatais aussi qu’une transposition d’un programme idéologique en un programme politique impliquait de faire en permanence des concessions auxquelles je n’étais pas disposé : on commence à vouloir défendre les idées de sa stratégie, et l’on finit par ne plus avoir que les idées de cette stratégie.

         Bref, au départ, la métapolitique était tout simplement pour moi synonyme de travail intellectuel collectif. Cela n’a pas toujours été bien compris – ni bien accepté. J’ai eu tort de m’en agacer parfois : les hommes de puissance ne peuvent pas se transformer en hommes de connaissance par un coup de baguette magique ! Dans ce domaine comme dans beaucoup d’autres, on ne change pas de casquette à volonté.

    LES AMIS DE JEAN MABIRE. Est-ce la fréquentation des écrits d’Antonio Gramsci qui vous a poussé à investir la métapolitique ou bien cet auteur n’a-t-il fait que confirmer votre inclination vers ce champ ?

    ALAIN DE BENOIST : La référence à Gramsci n’a pas précédé, mais au contraire découlé de mon intérêt pour la métapolitique. Mon premier article sur Gramsci, paru dans Valeurs actuelles, date d’octobre 1974 ! Ce qui est vrai, en revanche, c’est que dans les années 1970, j’ai écrit de nombreux articles sur l’articulation de la culture et de la politique. Je m’y employais à cerner la notion de « pouvoir culturel ». J’insistais sur le rôle de la culture comme élément déterminant des changements politiques : une transformation politique forte consacre une évolution déjà intervenue dans les mœurs et dans les esprits. Le travail intellectuel et culturel contribue à cette évolution des esprits en popularisant des valeurs, des images, des thématiques en rupture avec l’ordre en place ou avec les valeurs de la classe dominante. Dans une telle perspective, la conquête d’une position éditoriale, voire la diffusion d’un feuilleton télévisé, ont plus d’importance que les slogans d’un parti. Ma démonstration reposait sur l’idée que, sans théorie bien structurée, il n’y a pas d’action efficace (« il ne faut pas mettre la charrue avant les bœufs »). La Révolution française n’aurait pas eu le caractère qui fut le sien si la voie ne lui avait pas été ouverte par les philosophes des Lumières, on ne peut avoir un Lénine avant d’avoir eu un Marx, même un petit catéchisme présuppose l’existence d’une théologie, etc.

         C’est dans cette perspective qu’il m’est arrivé à plusieurs reprises de me référer à ce qu’Antonio Gramsci a pu écrire à propos des « intellectuels organiques », qu’il chargeait d’exercer un pouvoir culturel susceptible de créer un nouveau « bloc hégémonique ». Sans doute y avait-il là une équivoque. Gramsci, tout attaché qu’il ait été à l’action des intellectuels, n’en avait pas moins été aussi l’un des membres dirigeants du parti communiste italien. En me référant à lui, ne risquais-je pas de conforter la critique selon laquelle les idées n’étaient pour moi qu’un moyen de parvenir à un but proprement politique, au moment même où je disais vouloir me tenir résolument à l’écart de toute préoccupation politique ? Le fait est en tout cas que la Nouvelle Droite a rapidement été caractérisée comme porteuse d’un « gramscisme de droite » dont certains observateurs, en particulier à l’étranger, n’ont pas hésité à faire le cœur de sa doctrine, ce qui m’a proprement stupéfié. Quant aux membres de la classe politique qui se réfèrent aujourd’hui à ce «gramscisme de droite », ils n’ont jamais que cinquante ans de retard – et je peux vous certifier qu’ils n’ont toujours pas lu Gramsci !

    LES AMIS DE JEAN MABIRE. Selon vous, la métapolitique ne concerne-t-elle que la seule réflexion ou bien a-t-elle des déclinaisons possibles, en particulier politiques ?

    ALAIN DE BENOIST : Certains de mes proches ont pu croire que la « métapolitique » n’était jamais qu’une autre manière de faire de la politique. C’est à mon avis une erreur, mais une erreur qui leur a donné bonne conscience pour céder aux démons de la politique qui n’avaient jamais cessé de les travailler. Pour moi, de même que la métaphysique n’a pas grand-chose à voir avec la physique, la métapolitique se situe sans ambiguïté au-delà de la politique. Joseph de Maistre, en 1814, la définissait comme la « métaphysique de la politique », ce que je ne trouve pas plus satisfaisant. Cela dit, dès l’instant où l’on parle de « métapolitique » et pas seulement de travail intellectuel, quelques explications complémentaires sont nécessaires. Le rapport n’est pas celui de la théorie et de la pratique. S’il y a un rapport entre la métapolitique et la politique, c’est un rapport indirect, consistant dans l’effet de causalité dont j’ai déjà parlé : le pouvoir culturel, lorsqu’il est idéologiquement bien structuré et qu’il parvient à influer sur le Zeitgeist d’une époque donnée, peut avoir un effet de levier par rapport à certaines évolutions ou situations politiques. Pensons à nouveau au rapport entre la philosophie des Lumières et la Révolution française. Mais l’erreur serait de croire que ceux qui font les révolutions sont les mêmes que ceux qui les rendent possibles. En réalité, c’est très rarement le cas. Et lorsque c’est le cas, l’ironie de l’histoire veut que ceux qui s’engagent dans les révolutions qu’ils ont contribué à rendre possibles en soient généralement les premières victimes. En novembre 1793, lors du procès de Lavoisier, Jean-Baptiste Coffinhal, président du tribunal révolutionnaire, proclamait hautement que « la République n’a pas besoin de savants ». Les révolutions manifestent une fâcheuse tendance à dévorer leurs pères, tout aussi bien que leurs enfants (Coffinhal fut lui aussi guillotiné).

         Je crois donc qu’il faut séparer la politique de la métapolitique. Cela ne signifie évidemment pas que la métapolitique ait une supériorité qui en ferait un modèle absolu, ni que faire de la métapolitique empêche de s’intéresser à la politique, de se poser vis-à-vis d’elle, non pas en acteur, mais en observateur. J’ai moi-même écrit constamment sur la politique, qu’il s’agisse de l’actualité politique ou de travaux sur la philosophie politique, les doctrines politiques ou les théories de l’État. Il est bon que certains fassent de la politique, parce que c’est ce qu’ils savent faire le mieux. Un monde uniquement composé d’intellectuels serait tout aussi invivable qu’un monde uniquement composé de fleuristes ou d’électroniciens ! Comme le disait Dominique Venner à la fin de sa vie : « Si vous éprouvez le désir d’agir en politique, engagez-vous, mais en sachant que la politique a ses règles propres qui ne sont pas celles de l’éthique » (Un samouraï d’Occident).

    LES AMIS DE JEAN MABIRE. La naissance du GRECE fut incontestablement un fait majeur ainsi qu’un outil déterminant de cette pensée. Par quelle volonté arriva-t-elle et quel fut le moteur de son développement ?

    ALAIN DE BENOIST : Le GRECE a été fondé fin 1967 par une trentaine d’amis, étudiants pour la plupart, qui s’étaient connus dans le cadre de la Fédération des étudiants nationalistes (FEN). C’est à mon initiative qu’ils se sont réunis, à peu près au moment où je faisais paraître le premier numéro de Nouvelle École. Un certain nombre ne se sont finalement pas associés au projet, mais d’autres s’y sont ralliés au point d’être toujours là un demi-siècle plus tard ! Le sens de l’acronyme était clair : au-delà d’une évocation symbolique de la Grèce, il s’agissait bien de fonder une école de pensée qui serait un « Groupement de recherche et d’études ». C’est à cette école de pensée que les médias ont donné à l’été 1979 le nom de « Nouvelle Droite », une dénomination qui ne m’a jamais satisfait, mais qui a été consacrée par l’usage.

    LES AMIS DE JEAN MABIRE. D’après vous, Jean Mabire était-il sensible à l’approche métapolitique et quel rôle joua-t-il au sein du GRECE ?

    ALAIN DE BENOIST : Oui, bien sûr. Jean Mabire, qui entretenait avec nous des relations de complicité amicale, et qui vivait alors à Paris (où il a quelque temps habité chez moi), était plus que sensible l’approche métapolitique, qui correspondait à l’une des facettes de son tempérament. Je ne sais plus s’il a été formellement adhérent du GRECE, mais il a participé durant de longues années aux activités de la mouvance qui a très tôt débordé le seul cadre de l’association. Je pense notamment au rôle qu’il a joué aux éditions Copernic, où il a dirigé, à la fin des années 1970, deux collections : « Maîtres à penser » et « Réalisme fantastique ». Il a aussi bien entendu collaboré aux publications apparues à la périphérie du GRECE, à commencer par la revue Éléments, qui paraît toujours.

    LES AMIS DE JEAN MABIRE. À travers ses essais, ses articles, ses ouvrages historiques et ses critiques littéraires, Jean Mabire faisait-il de la métapolitique, à quel niveau et sur quels thèmes ?

    ALAIN DE BENOIST : Je n’hésiterais pas à dire que tous les livres de Jean Mabire ont eu une portée métapolitique, mais c’est surtout vrai, à mon avis, pour les travaux qu’il a consacrés à la Normandie et au « nordisme », pour ses ouvrages sur la mer, pour Les dieux maudits et pour Thulé, pour des romans comme La Mâove ou des biographies comme celle du « baron fou » von Ungern-Sternberg, et bien sûr pour la formidable entreprise que représenta à partir de 1994 sa série des « Que lire ? » (qui mériteraient d’être aujourd’hui réédités dans la collection « Bouquins »).

    LES AMIS DE JEAN MABIRE. À l’heure des réseaux sociaux et de l’effondrement de la transmission à l’école, la métapolitique a-t-elle un avenir ?

    ALAIN DE BENOIST : Elle a sûrement un avenir, pour la simple raison qu’il existera toujours des poètes, des écrivains, des peintres, des musiciens et des théoriciens soucieux de comprendre leur temps et désireux d’y exercer une influence. Mais il lui faudra s’adapter à des moyens d’expression et de diffusion nouveaux. La montée rapide de la « vidéosphère » (Régis Debray), relayée aujourd’hui par le monde des écrans, l’effondrement du niveau scolaire et de la culture en général, l’apparition de l’intelligence artificielle et le rôle joué désormais par les « influenceurs » dans un monde « archipélisé », gouverné par l’émotion plus que par les idées (la « désidéologisation », pour reprendre un terme récemment vulgarisé par Christophe Bourseiller), en outre menacé par le nihilisme et le chaos, représentent de ce point de vue autant de défis à relever.

    Alain de Benoist (Site de la revue Éléments, 8 avril 2024)

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