Vous pouvez découvrir ci-dessous une conférence prononcée par Antoine Dresse (alias Ego Non) devant le groupe de Luminis Paris, le 17 octobre 2025, dans laquelle il évoque la question de la métapolitique.
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Vous pouvez découvrir ci-dessous une conférence prononcée par Antoine Dresse (alias Ego Non) devant le groupe de Luminis Paris, le 17 octobre 2025, dans laquelle il évoque la question de la métapolitique.
Nous reproduisons ci-dessous un entretien donné par Raphaël Ayma, figure de la jeunesse identitaire, au site Voxeuropa Herald, et cueilli sur le site Voxnr.

Raphaël, pourriez-vous vous présenter à nos lecteurs ? Qui êtes-vous, comment avez-vous pris conscience de votre engagement militant et en quoi la tragédie de Quentin a-t-elle renforcé votre détermination ?
Je m’appelle Raphaël Ayma, j’ai 23 ans et je suis né dans le sud-est de la France. J’ai des racines espagnoles du côté de mon père et j’ai grandi entre les deux pays, quelque part entre la Provence, l’Andalousie et Madrid. Je pense que cela a façonné et renforcé mes aspirations européennes. Je me suis passionné pour la politique dès mon adolescence. En fait, mon environnement familial m’y a encouragé. Ma grand-mère maternelle a un esprit militant. Je dois toutefois admettre qu’elle est du « mauvais côté » : c’est une communiste du siècle dernier, comme on n’en voit plus aujourd’hui. Elle a également été militante toute sa vie et c’est elle qui m’a transmis l’amour des affaires publiques.
Nous parlions tout le temps de politique, et je me suis naturellement engagé – cela me semblait inévitable – à l’âge de seize ans. L’idée de ne pas m’engager en politique m’était inconcevable. Par-dessus tout, je déteste l’inaction et je veux avoir le contrôle sur ce qui se passe dans le monde. J’ai commencé à seize ans, dans les milieux de gauche, avec les Jeunes communistes. Mais j’ai rapidement ressenti un décalage entre les passions gauchistes de mes camarades et mes propres aspirations.
Le manque de discipline, les tabous autour des questions de migration et d’identité… Je connaissais déjà le Grand Remplacement. Je le voyais autour de moi, c’était très tangible. L’assassinat de Samuel Paty a été un tournant, un moment de rupture. Conscient des enjeux identitaires derrière son meurtre, j’ai basculé à droite, dans le camp identitaire. Je n’ai pas perdu la conscience sociale que j’avais développée à gauche.
J’aime profondément mon peuple et je considère mon engagement avant tout comme une défense des miens, par amour profond pour mes concitoyens. J’ai rejoint Tenesoun vers l’âge de dix-neuf ans, une organisation identitaire dont je suis rapidement devenu le porte-parole. Grâce à ce militantisme, j’ai rencontré de nombreuses personnes, dont Quentin. La mort de Quentin m’a profondément affecté car, comme je l’ai dit dans mon discours lors de la manifestation en son hommage, je rencontre tous les jours des jeunes comme Quentin.
Ce sont des jeunes de vingt ans qui, comme moi, refusent d’accepter la laideur du monde, le statu quo et l’apathie ambiante. Quentin représente une génération qui a été sacrifiée et qui a dû se battre pour défendre son existence. Dominique Venner disait : « Exister, c’est lutter contre ce qui vous nie ». Quentin faisait partie de ceux qui se sont battus. Derrière l’individu, je vois toute la jeunesse française et européenne qui lui ressemble.
Vous êtes particulièrement actif au niveau métapolitique (réseaux, marchés, conférences, commémorations). Comment voyez-vous son rôle dans le renouveau provençal et européen, surtout depuis le 12 février ?
J’ai tendance à croire qu’il ne devrait y avoir aucune distinction entre politique et métapolitique. Les actions du mouvement identitaire sont politiques par nature.
Certains voudraient diviser l’action politique entre celle des intellectuels, dans les think tanks et les structures identitaires militantes – qu’ils qualifieraient de métapolitique – et celle des partis institutionnels, qui serait « véritablement » politique. Je ne pense pas que nous ne faisons pas de politique. Au contraire : peut-être notre approche – idéologique, hyperactive, militante, totale – est-elle infiniment plus politique que celle des anciennes structures partisanes.
Ne vous méprenez pas : je ne suis pas opposé à l’idée de nous engager dans le champ électoral. Au contraire ! Je pense même que nos propres structures, dans un avenir proche, viseront également à participer aux élections, suivant la logique maurrassienne « par tous les moyens, même légaux ». Je pense que notre travail joue un rôle crucial dans la socialisation de la « France de droite » : le Rassemblement National dispose d’un électorat captif qui reste politiquement inactif entre les cycles électoraux. J’adopte une approche différente. À mon avis, la prise du pouvoir est certes essentielle, mais ce qui est accompli en cours de route est tout aussi important. On ne gouverne pas un pays simplement en atteignant sa plus haute institution ou en détenant la majorité des sièges parlementaires : on gouverne un pays en ayant transformé son imaginaire culturel, en ayant profondément convaincu sa population, en ayant préparé à l’avance le chemin vers le pouvoir. L’action politique est celle qui vise un changement sociétal concret, et pas seulement la victoire électorale.
Je considère donc que notre activité est parfois plus politique que celle des partis, en ce sens qu’elle contribue à faire vivre nos idéaux. Notre mouvement est en pleine effervescence. C’est lui qui crée le climat dont bénéficient ensuite les élus patriotiques.
Tenesoun a pour devise « Construire quand tout s’effondre ». Après la tragédie nationale qui a frappé Quentin, comment envisagez-vous l’avenir des mouvements de droite et de la défense de l’identité européenne ?
Je pense que l’un des effets secondaires de la mort tragique de Quentin a été de mettre en lumière l’existence de notre mouvement, que le grand public ignorait largement. Les mouvements identitaires militants, qui se répandent en France et en Europe, expriment un double objectif : lutter contre le remplacement des peuples européens, refuser de laisser cette situation s’installer ; et s’engager en politique différemment, de manière plus active, plus concrète. C’est pourquoi ces mouvements attirent les jeunes en grand nombre.
Ils sont cent fois plus vivants que ne le seront jamais les sections jeunesse des partis politiques conventionnels. Les politiciens se passionnent pour cette question : comment intéresser les jeunes à la politique ? Entrez dans un local identitaire et vous le verrez : des jeunes qui s’intéressent sincèrement au monde qui les entoure. Aujourd’hui, le mouvement identitaire est probablement la famille politique qui dispose de la base sociale la plus jeune et la plus dynamique qui soit. Les initiatives se multiplient. Les locaux ouvrent sans discontinuer.
Les conférences, les manifestations, les projets médiatiques et autres initiatives se développent de manière exponentielle. Je crois que notre mouvement est une vague qui déferle partout. Nous sommes le visage de la nouvelle Europe.
Quentin Deranque, 23 ans, catholique, étudiant en mathématiques, est décédé le 14 février à la suite d’une agression le 12 février. Que représente Quentin pour vous et votre génération ? Qu’avez-vous ressenti en prenant la parole à Lyon ?
Comme je l’ai mentionné précédemment, Quentin représente l’archétype d’un jeune de vingt ans – il avait 23 ans au moment de sa mort – qui refuse de tolérer la laideur du monde ou le statu quo que nos élites politiques veulent imposer. Il était à contre-courant à tous égards : catholique à une époque désacralisée, engagé à une époque apolitique, altruiste à une époque égoïste, déterminé dans une génération paresseuse.
Quentin incarne toute une jeunesse : c’est peut-être pour cela que son assassinat a eu un tel retentissement. Lorsque j’ai pris la parole à Lyon, j’ai ressenti une profonde émotion. Une émotion sincère, tout d’abord, parce que je connaissais Quentin. Je me suis souvenu de notre conversation par messages quelques heures avant le discours. Elle m’avait profondément marqué. Mais j’ai également ressenti les émotions de la foule : un mélange de chagrin, de colère salutaire et de volonté d’agir. Quentin n’était pas apathique, il vivait, il vivait pleinement à travers ses engagements. Je crois qu’il nous laisse ce message : n’acceptez jamais le cynisme ambiant. Comme le dit le poème de Dylan Thomas : « Ne vous laissez pas aller doucement vers cette bonne nuit ; ragez, ragez contre la mort de la lumière. » À Lyon, vous avez appelé à une « union sacrée » et déclaré « organisons-nous, par nous-mêmes, pour nous-mêmes ». Pourquoi cela est-il devenu central après la mort de Quentin ? Que répondez-vous à ceux qui vous accusent de radicalisme ? Quentin était un nationaliste et un militant catholique. Le présenter autrement est, à mon avis, une erreur. Si la gauche a tué Quentin, en le frappant à la tête avec une telle haine, c’est parce qu’elle méprise profondément ce qu’il représente : un Français nationaliste, identitaire, radical dans ses principes, pieux.
C’est cela qu’ils veulent effacer.
Par conséquent, lorsque je dis que nous devons nous organiser par nous-mêmes et pour nous-mêmes, c’est parce que je crois que notre mouvement politique est une tendance à part entière, une tendance que la gauche craint. Elle la craint parce qu’elle sait qu’elle est efficace, politiquement puissante. L’assassinat de Quentin est un assassinat politique : lui rendre hommage, c’est aussi poursuivre le combat pour lequel il a donné sa vie. Et ce combat est celui de notre mouvement.
Notre mouvement a ses tendances internes : en France, il y a des royalistes, des identitaires, des nationaux-révolutionnaires. La marche en hommage reflétait cette diversité. Elle a rassemblé toutes les tendances de la droite radicale, mais aussi des électeurs du Rassemblement national, des sympathisants, des familles, des catholiques. Je crois que toutes ces personnes ont plus de points communs que de différences. Tout mon activisme va dans ce sens : aucune tendance au sein de notre mouvement ne doit « triompher » sur une autre.
Nous perdons trop de temps en guerres internes. Nous devons nous unir, nous serrer les coudes et nous imposer comme une véritable tendance politique cohérente. C’est une condition préalable à l’efficacité politique. Ma rencontre avec Quentin reflétait cet esprit. Je l’avais rencontré avec quelques militants de l’Action française que j’avais contactés lors d’un voyage à Vienne. Il n’était pas militant avec eux, juste un sympathisant, et je ne suis pas royaliste.
Quelques jours plus tard, il est venu en Provence, où nous l’avons accueilli. Quentin était hétérodoxe dans ses engagements. L’union reflète la nature de son combat. J’apprécie cette image : je me sens à l’aise parmi mon peuple, que ce soit avec les hooligans les plus radicaux ou avec les grand-mères pieuses issues de familles respectables. J’aime tous les visages de mon peuple.
Quel rôle concret cette jeunesse doit-elle désormais assumer ? Et comment Tenesoun la soutient-il sur le terrain ?
Cette jeunesse doit jouer le rôle d’un aiguillon. Elle doit être incorruptible. Les gens leur diront – et ils nous le disent déjà – « Vous ne faites pas de la politique comme il faut ». Je déteste ce cynisme ambiant ! Je ne crois pas que faire de la politique signifie faire des compromis ou rechercher le consensus. Faire de la politique, c’est imposer un programme. Pour imposer des idées, il ne faut pas y renoncer. Il faut insister, mobiliser, aller de l’avant et, surtout, être extrêmement patient. Imposer nos slogans, exister et persévérer, tel est l’ADN même de Tenesoun et d’autres mouvements du même genre.
Si nous nous institutionnalisons, nous devons le faire à la condition d’avoir une réelle influence sur la ligne politique des partis. Je ne crois pas que l’entrisme fonctionne, en particulier en France, où la structure du Rassemblement national est trop verticale et rigide pour avoir une réelle influence sur la ligne du parti, et je ne pense pas non plus qu’il soit pertinent pour nous de rejoindre le système du RN. Nous avons plus d’influence politique à l’extérieur qu’à l’intérieur. Mais pour rendre cette influence externe possible, nous devons nous donner les moyens. Pour nous donner les moyens, nous devons être professionnels : embaucher des personnes, mettre en place des organisations, offrir des opportunités économiques au sein du mouvement.
J’apprécie le radicalisme, mais je l’apprécie lorsqu’il est intelligent. Un radical désordonné est inutile. Le radicalisme doit être discipliné – une vieille leçon léniniste.
Vous avez organisé plusieurs hommages à Aix, Nice et Lyon. Comment expliquez-vous l’ampleur et la diversité de la mobilisation ?
En ce qui concerne son caractère diversifié, je pense que toutes les tendances de la droite radicale française sont incarnées par Quentin, et en tout état de cause, la mort d’un des nôtres est une affaire si urgente qu’elle efface nos différences.
L’ampleur de la mobilisation est étroitement liée à l’existence du mouvement identitaire. Ce n’est pas le Rassemblement national qui a appelé les gens dans les rues et sur les places de ce pays, malgré son important réseau territorial de députés. Ce sont les mouvements identitaires. Nous sommes un mouvement ancré territorialement. Il y a peu, j’ai vu qu’un hommage était organisé à Mende, une petite ville au fin fond de la Lozère, à l’initiative de militants identitaires locaux. Qui d’autre que nous est capable de faire de la politique dans des territoires aussi reculés ? C’est l’existence du mouvement qui permet d’être partout, tout le temps.
Vous maîtrisez à la fois les codes parlementaires et métapolitiques. Quels penseurs ou courants vous ont le plus influencé, et comment Quentin incarne-t-il cette synthèse ?
Je ne suis pas très idéologique, ou plutôt, je n’aime pas l’idéologisme. Je considère que la réalité est bien trop chaotique et flexible pour s’enfermer dans des doctrines, qui seraient comme des manuels de pensée tout faits, censés nous permettre d’analyser le monde. Si l’on me demande de me définir politiquement, je reste délibérément vague : nationaliste, identitaire, patriote, catholique, peu importe.
Cela ne signifie pas que je manque de références intellectuelles ou d’opinions arrêtées sur certaines questions clés, telles que l’économie ou l’écologie. Cependant, je défends la capacité à s’adapter aux réalités concrètes des situations et des circonstances. Je crois néanmoins en une chose : la politique doit se nourrir de réalités matérielles concrètes. Il faut partir de l’environnement pour analyser le monde.
Je ne suis pas marxiste ; mes aspirations sont antimaterialistes, idéalistes et transcendantales. Je crois en l’éternité, en l’âme, en l’immatériel, en les besoins spirituels des êtres humains et en l’idée que ce n’est pas la matière qui fait tourner le monde, mais quelque chose qui nous dépasse. Je suis largement influencé par la Nouvelle Droite française, José Antonio Primo de Rivera, Rousseau, Dominique Venner, Jérôme Fourquet et Proudhon. J’apprécie Saint-Just tout comme j’apprécie les rois français vertueux ; je n’ai pas de position rigide sur la forme de gouvernement. Je crois qu’il existe des républiques vertueuses et des monarchies décadentes.
Après le décès de Quentin et les enquêtes judiciaires liées aux réseaux de gauche, quelles mesures concrètes proposez-vous pour la France et l’Europe en matière de terrorisme antifasciste ?
Sur le plan institutionnel, nous demandons la dissolution ou l’interdiction des organisations ANTIFA, une mesure qui a été prise dans plusieurs pays, tels que les États-Unis et la Hongrie.
Je pense que les pouvoirs publics doivent examiner l’étendue des réseaux antifascistes et, surtout, comme nous l’avons vu en France, la complicité de certaines autorités et de certains acteurs politiques avec eux. Comment est-il possible que la collaboration entre la Jeune Garde et la mairie de Lyon ait été si étroite, au point que des locaux municipaux aient été prêtés au groupe ? La gauche dispose d’infrastructures : ONG, médias, universités, réseaux militants.
Comment la droite européenne devrait-elle construire son écosystème métapolitique ? La mort de Quentin devrait-elle être le déclencheur ?
À mon avis, les structures économiques doivent avant tout soutenir l’action politique. Il est très positif que nos militants dirigent des entreprises. En fait, c’est vital pour certains, car pour beaucoup d’entre nous, une fois que vous êtes diabolisé par la gauche et marginalisé socialement, vous êtes contraint de travailler pour votre propre compte. L’indépendance financière nous permet d’avoir une action politique indépendante.
Cependant, nous devons nous méfier d’un certain syndrome qui apparaît parfois au sein du mouvement : la tendance à s’éloigner de l’action politique à mesure que l’on développe une activité économique rentable. C’est une voie sans issue que certains empruntent, et cela peut être problématique. Nous sommes avant tout des mouvements politiques. Nos mouvements doivent être de véritables écosystèmes. Plusieurs militants de Tenesoun travaillent actuellement dans, avec ou grâce aux ressources que leur procure l’activité politique.
Après la mort de Quentin, les partis institutionnels de droite ont maintenu leur stratégie de normalisation. Sont-ils encore utiles ou trahissent-ils leur base ?
Le Rassemblement National a décidé de ne pas assister aux hommages rendus à Quentin et est même allé jusqu’à annuler le sien, à Avignon, la circonscription de Raphaël Arnault, le leader de la Jeune Garde. C’est dramatique, mais cela ne me surprend pas.
Je me souviens que le RN avait organisé une manifestation lors d’une condamnation de Marine Le Pen, rassemblant à peine 5 000 personnes à Paris. Cinq mille personnes, sans compter les quelque 120 députés du RN, avec leurs trois assistants parlementaires chacun, tout en faisant venir des bus de toutes les fédérations. L’échec de cette manifestation tient à un simple fait : le RN refuse de socialiser son électorat. Il ne le rend pas politiquement actif tout au long de l’année.
C’est une rupture avec son histoire à l’époque du FN. D’anciens militants d’Aix-en-Provence m’ont raconté que dans les années 1990, le FN avait deux bureaux locaux et une revue intellectuelle à Aix-en-Provence. La France n’a plus de « parti militant », c’est-à-dire totalitaire dans le sens où il est actif dans tous les domaines de la vie, comme l’était autrefois le Parti communiste français.
Lorsque ma grand-mère me raconte sa jeunesse communiste, cela me fait sourire : elle allait voir des films soviétiques sur la Canebière dans le cinéma du Parti, a rejoint les scouts communistes, a voyagé en RDA à la fin de ses études et a vécu la vie du parti toute la journée, dans tous les aspects de son existence. Elle lisait et consommait la culture communiste.
Sans aller jusqu’aux extrêmes bolcheviques, je pense qu’il est essentiel qu’un parti soit plus qu’un simple bulletin de vote dans une urne. Un parti doit créer une vie autour de lui. Contrairement à la croyance populaire, je ne condamne pas la « dé-diabolisation ». Je comprends que le RN doit atteindre les 50 + 1. Certes, nos chemins ne sont pas les mêmes. Un identitaire n’est pas censé rejoindre le RN. Cela ne sert à rien.
Nous devons être capables de nous organiser, par nous-mêmes, car c’est essentiel. Le RN arrivera au pouvoir dans ce pays à un moment donné. Nous devons être suffisamment organisés et puissants en dehors de lui à ce moment-là pour influencer sa ligne. Sinon, il gouvernera mal. La différence entre eux et nous, c’est qu’ils sont soumis à la dictature de l’opinion publique. Nous, en revanche, nous faisons avancer notre programme et nous devenons chaque jour moins marginaux.
Une seule devise : se préparer pour les temps à venir.
Quelle est votre vision de l’Europe de demain ?
Je crois que ma génération, ma génération identitaire, continuera à faire ce qu’elle fait tout en s’intégrant dans la société. Les militants d’aujourd’hui, âgés de vingt ans, seront demain des avocats, des fonctionnaires, des personnalités, des influenceurs, des entrepreneurs. L’objectif est simple : conserver son radicalisme et gravir les échelons sociaux, s’organiser pour mieux orienter la société dans notre direction demain.
Je crois que chacun d’entre nous est individuellement destiné à jouer un rôle politique important dans les questions qui bouleverseront l’Europe dans cinq ou dix ans. Notre radicalisme n’est pas un obstacle, au contraire, c’est un atout. La fenêtre d’Overton se déplace chaque jour. Des personnes comme nous seront demain députés ou ministres. L’Europe portera notre visage, celui de cette jeunesse radicale, joyeuse, souriante, qui n’a pas renoncé à ses idéaux. Notre refus du cynisme sera récompensé ; les insultes d’aujourd’hui deviendront les honneurs de demain.
Le radicalisme est souvent diabolisé, mais vous l’embrassez ouvertement. Comment distinguez-vous le radicalisme constructif du radicalisme stérile ?
Le radicalisme constructif est discipliné, professionnel et stratégique. Trop de personnalités institutionnelles confondent radicalisme et inefficacité politique. Le problème n’est pas qui nous sommes, car en réalité, nous sommes relativement normaux : des jeunes d’une vingtaine d’années qui refusent d’accepter la folie du monde. Et nous sommes en bonne santé : socialement, individuellement, moralement.
Je pense que le problème réside dans notre manque de méthode, de cohérence et d’unité dans l’action. C’est quelque chose qui est en train de changer. Il faut se fixer un objectif, le garder à l’esprit, ne jamais le perdre de vue et avancer sans s’arrêter. Rester fidèle à ses principes et laisser nos idées mûrir à mesure que nous mûrissons en tant qu’hommes et femmes. La plupart d’entre nous ont vingt ans : le monde de demain nous appartient.
Message final aux lecteurs : quelle est la devise de la génération qui refuse de s’agenouiller ?
« Je sais qu’en frappant plusieurs fois le même clou, on peut détruire une maison. L’histoire nous en fournit des exemples : le refus a toujours joué un rôle crucial. Les saints, les ermites, mais aussi les intellectuels, ces quelques personnes qui ont fait l’histoire, sont ceux qui ont dit non, et non les courtisans et les laquais des cardinaux. Pour être efficace, le refus doit être total. » (Pier Paolo Pasolini)
Je ne crois pas à la « sagesse » : je pense que nous sommes plus proches de la vérité à vingt ans, lorsque nos yeux brillent, que nos visages sont jeunes et que nous sommes intègres, qu’à quarante ans, lorsque la vie nous a rattrapés et nous a fait oublier les idéaux de notre jeunesse. Ils confondent radicalisme et intégrité. Nous vaincrons parce que notre cause est juste.
Raphaël Ayma (Voxnr, 26 février 2026)
Vous pouvez découvrir ci-dessous un long entretien donné par Alain de Benoist au Forum pour la Démocratie (FVD) néerlandais, au cours duquel il répond à des questions sur le gramscisme, la métapolitique, le paganisme, la technique ou encore les relations de l'Europe avec la Russie et les États-Unis...
Le 1er avril 2025, Martial Bild recevait, sur TV libertés, Jean-Yves Le Gallou pour évoquer avec lui la sortie de ses Mémoires identitaires (Via Romana, 2025) dans lesquelles il retrace les étapes de son combat politique et métapolitique pour l'identité française et européenne...
Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de François Bousquet, cueilli sur Figaro Vox et consacré à la guerre culturelle, combat abandonné par le RN/FN depuis plus de vint ans...
Journaliste, rédacteur en chef de la revue Éléments, François Bousquet a aussi publié Putain de saint Foucauld - Archéologie d'un fétiche (Pierre-Guillaume de Roux, 2015), La droite buissonnière (Rocher, 2017), Courage ! - Manuel de guérilla culturelle (La Nouvelle Librairie, 2020), Biopolitique du coronavirus (La Nouvelle Librairie, 2020) et Alain de Benoist à l'endroit - Un demi-siècle de Nouvelle Droite (La Nouvelle Librairie, 2023).

Pourquoi le Rassemblement national ne livre-t-il pas la bataille culturelle ?
«C'est la huitième fois que la défaite frappe le nom de Le Pen.» On se souvient de la petite phrase, assurément maladroite, d'Éric Zemmour après l'échec de Marine Le Pen au deuxième tour de la présidentielle de 2022. Le 7 juillet dernier, Zemmour aurait pu ajouter à cet étrange palmarès une neuvième défaite. La question de savoir si le Rassemblement national vaincra le signe indien de l'élection n'en reste pas moins ouverte. Deux hypothèses se font face ici : celle du plafond de verre et celle du palier. La première postule qu'il y a un seuil incompressible au-dessus duquel le RN ne peut s'élever ; la seconde, au contraire, que ce n'est qu'une question de temps et de gains marginaux pour obtenir une majorité. Pourquoi pas ? Imaginons donc, comme dans les problèmes pour écoliers, que le RN accède aux responsabilités, que se passera-t-il alors ? Pourra-t-il réellement exercer le pouvoir ? Les corps d'État, petits et grands, accepteront-ils d'obéir à un exécutif «bleu Marine» ?Tout le monde a vu, entre les deux tours des législatives, comment la dynamique électorale du RN, qui semblait jusque-là irrésistible, s'est brisée face à un infranchissable tir de barrage «républicain». L'UMPS s'est spontanément reformée, une sorte d'UMPS+++ agrégeant les voix du Nouveau Front populaire avec le concours quasi unanime de la société civile. Qu'adviendra-t-il de ce front, même fissuré, si le RN parvient aux manettes ? S'activera-t-il de nouveau et sous quelles formes ? L'extrême gauche dans la rue ? La désobéissance civile débouchant sur une situation de chaos institutionnel ? Il est trop tôt pour le dire.
Libre à chacun d'épiloguer sur la nature et la légitimité de ce barrage républicain. Ce sont plutôt ses conditions de possibilité qu'il faudrait interroger. La vérité, c'est qu'il en va de la nature politique comme du reste : elle a horreur du vide. Jamais ce front n'aurait atteint une telle intensité s'il n'avait pu tirer parti de l'isolement du RN et de son incapacité à s'appuyer sur de larges pans de la société civile pour en contrebalancer les effets. Or, c'est à la société civile qu'il appartient de fabriquer du «consensus-consentement», selon le mot d'Antonio Gramsci, le grand théoricien du combat culturel. Comment ? En produisant les énoncés de référence, assurant de ce fait la direction des esprits par le truchement de ce que Gramsci désignait sous le terme d'«appareils d'hégémonie», l'hégémonie n'étant rien d'autre que la faculté à transformer l'idéologie d'un groupe social en croyances universellement reçues et acceptées sans examen par tous.
C'est ce pouvoir, le pouvoir culturel, qui commande les autres pouvoirs. Pas de victoire politique durable sans hégémonie idéologique. Que serait en effet un pouvoir politique orphelin du pouvoir culturel ? Un pouvoir frappé d'hémiplégie et d'impuissance, singulièrement dans les vieilles démocraties libérales, où la société civile est solidement implantée et coproductrice du pouvoir politique depuis le XVIIIe siècle.
Depuis quelques années, on voit fleurir des articles soulignant la victoire idéologique du RN. C'est aller un peu vite. Exception faite du campus Héméra, l'école de formation et de culture politique du RN lancée en 2023, le parti de Marine Le Pen n'a pas fait une priorité du combat culturel, au moins depuis le départ de Bruno Mégret, en 1998, imaginant sûrement que l'intendance intellectuelle suivrait. Elle tarde. Où sont les Sartre, les Aragon, les Yves Montand, les Jean Ferrat du RN ? En son temps, le PCF avait su les attirer.
D'aucuns vous confieront en «off» que s'afficher RN revient à se condamner à la mort sociale. Mais il y a des stratégies de contournement. La première d'entre elles passe par la création d'un écosystème militant. Du temps des mégrétistes, il y a 30 ans, ce qui était alors le FN s'était doté d'un Conseil scientifique. On pouvait y croiser des sociologues de haut vol comme Jules Monnerot et quantité d'universitaires de renom. Le bilan est maigre aujourd'hui, une fois qu'on a fait le tour de l'essayiste Hervé Juvin ou du politologue Jérôme Sainte-Marie. Où sont les intellectuels organiques du RN, ses avocats médiatiques, ses ambassadeurs culturels, ses conférenciers, ses appareils d'hégémonie, ses think-tanks, ses journaux, ses cercles de réflexion, ses maisons d'édition ?Ces structures ont pour mission de créer et d'organiser l'hégémonie culturelle, dont elles sont les médiateurs privilégiés, en faisant émerger une «intellectualité nouvelle», c'est-à-dire une contre-culture. Travail de longue haleine. En attendant, le RN aurait pu s'appuyer sur les «intellectuels traditionnels», conservateurs et catholiques. Ce qu'il n'a guère fait. Il suffit de songer à la fin de non-recevoir adressée aux zemmouriens et aux auteurs nés dans le sillage de la Manif pour tous. Pire qu'un crime, une faute.
On a souvent cité l'interview que Nicolas Sarkozy a donnée au Figaro Magazine à la veille de la présidentielle de 2007, sous la dictée de Patrick Buisson, où le futur président de la République faisait sienne «l'analyse de Gramsci : le pouvoir se gagne par les idées. C'est la première fois qu'un homme de droite assume cette bataille-là.» Rien de tel du côté du RN. Résultat : il n'y a pas encore eu de moment gramscien pour le RN, parce que ce parti a cru pouvoir faire à l'économie d'un «gramscisme de droite», à la différence d'un Éric Zemmour ou d'une Marion Maréchal, qui, eux, ont toujours assumé cette dimension du combat politique.
C'est une chose d'être tout-puissant sur TikTok, c'en est une autre d'être producteur d'idées. Nul ne nie la nécessité de communicants, mais ils ne sauraient à eux seuls écrire le scénario. Pour cela, il faut bien d'autres choses, et d'abord une théorie du combat culturel assortie à un dispositif opérationnel ad hoc. Ce dont ne semble pas être pourvue la boîte à outils du RN. Avoir des électeurs suffit à son bonheur, les lecteurs semblent de trop dans cette équation. Depuis ses premiers succès, le RN a fait le choix de passer par-dessus les corps intermédiaires pour s'adresser directement à son électeur, en faisant comme si la société civile n'existait pas. Or, la société civile est une réalité avec laquelle il faut compter et le langage qu'on lui tient est d'abord métapolitique, c'est-à-dire idéologique. Faute de posséder un tel outil, c'est le langage de l'adversaire que l'on est réduit à singer.
À scruter les insuffisances du RN, on en vient à penser que la principale faiblesse de ses cadres semble tenir à la précarité de leur statut social, comme s'ils avaient intériorisé leur condition de dominés, à peu près dans tous les domaines, dans les médias, dans les hémicycles, dans les universités, etc. En faisant le choix de la furtivité et du profil bas (le «pas-de-vaguisme»), le RN consent à sa domination dans les discours, pareil en cela à son électorat, lui aussi dominé, stigmatisé et infériorisé, n'ayant en réserve aucun contre-récit à opposer au récit dominant.
Pour comprendre la situation du RN et se donner les moyens de penser la condition historique de ses électeurs, il faudrait faire appel aux concepts développés par les sciences sociales, toutes acquises au wokisme et au gauchisme culturel – pour les retourner contre le wokisme et le gauchisme culturel. Les concepts de «domination», de «discrimination systémique», de «privilège», d'«invisibilité», de «politique de reconnaissance», d'«inclusion» sont taillés sur-mesure pour le RN. De fait, voter pour ce parti n'est associé à aucun prestige social. Ce qui domine au contraire, dans les représentations, c'est la condescendance, sinon le mépris, d'une large part de la société civile, qui regarde ce parti de haut, de loin et de travers.
Le cœur sociologique de l'électorat du RN appartient aux classes «subalternes» (les «premiers de corvée»). Quel est le propre de ces classes ? Elles n'ont aucune légitimité culturelle tant et si bien qu'elles sont aussi inaudibles qu'invisibles. De la même manière qu'il y a des ondes lumineuses (les infrarouges par exemple) que l'œil humain ne perçoit pas, il y a des catégories sociales que l'œil social ne voit pas. C'est là comme une forme de «daltonisme» (autre concept des sciences humaines qui peut faire l'objet d'un détournement).
Aucune série Netflix, aucun téléfilm de France Télévisions ne mettent en scène ces catégories sociales. La télévision les snobe avec une bonne conscience qui frise le racisme de classe. L'Arcom est la première à le savoir puisqu'elle diligente des études sur la représentativité des catégories socioprofessionnelles à la télévision (et pas seulement des minorités visibles, même si l'on ne parle que d'elles). Les cadres supérieurs, qui ne représentent que 10% de la population, constituent 65% des personnes qui s'expriment sur les chaînes de la TNT. Alors que les ouvriers, qui représentent pourtant 12% de la population, n'occupent que 2% du temps d'antenne. Les employés et les classes moyennes ne sont guère mieux lotis. On les voyait souvent au premier rang dans les émissions de Cyril Hanouna, mais l'Autorité de régulation a décidé de débrancher C8 et TPMP, non sans inconséquence, puisqu'elle est la première à convenir que «la télévision donne à voir une image très urbaine de la société». La cérémonie d'ouverture des JO nous l'a d'ailleurs amplement rappelé, même si aujourd'hui on ne coupe plus la tête de Marie-Antoinette, seulement son micro. Ce qui aboutit, volens nolens, au même résultat.
C'est donc la double peine pour les catégories populaires. Privées d'expression politique par le «barrage» républicain, elles se voient privées d'expression médiatique. Ainsi fonctionnent les castors du barrage politique et les Pollux du filtrage médiatique. Ce processus d'invisibilisation opère à tous les niveaux. Étonnamment, les dirigeants du RN y consentent et ne trouvent rien à lui opposer. C'est le revers de la stratégie de la normalisation : une forme de discrétion sociale, d'acquiescement involontaire, de moins-disant doctrinal, qui vient redoubler l'invisibilité subie de la France périphérique. Aucune chance de s'élever à la phase d'hégémonie culturelle dans ces conditions.
Dans la «dialectique du maître et de l'esclave», le philosophe Hegel a montré que l'esclave peut retourner contre le maître la relation de domination, mais à une seule condition : en étant actif, en travaillant, en transformant le monde, en luttant pour la reconnaissance et la visibilité. Voilà qui recoupe les enjeux du combat culturel pour la droite. Être plus proactive, plus offensive, plus contre-offensive. D'autant que le front républicain finira par apparaître pour ce qu'il est : un affront démocratique, celui d'une caste à bout de souffle («les Français ne feront pas deux fois ce chèque», dixit Macron), qui est en train de brûler ses dernières cartouches. «Les forces réactionnaires au seuil de leur perte, disait Mao Zedong, se lancent nécessairement dans un ultime assaut contre les forces révolutionnaires. »
François Bousquet (Figaro vox, 31 juillet 2024)
Vous pouvez découvrir ci-dessous sur TV Libertés une conversation entre Paul-Marie Coûteaux et François Bousquet au cours de laquelle ce dernier évoque son parcours intellectuel et métapolitique.
Journaliste, rédacteur en chef de la revue Éléments, François Bousquet a aussi publié Putain de saint Foucauld - Archéologie d'un fétiche (Pierre-Guillaume de Roux, 2015), La droite buissonnière (Rocher, 2017), Courage ! - Manuel de guérilla culturelle (La Nouvelle Librairie, 2020) et Biopolitique du coronavirus (La Nouvelle Librairie, 2020).