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05/04/2018

La vraie histoire des colonies...

Le magazine Valeurs actuelles publie un numéro hors-série consacré à La vraie histoire des colonies. Le lecteur pourra y retrouver, notamment, des articles de Philippe Conrad, Bernard Lugan, Philippe d'Hugues, Olivier Maulin, Michel Marmin, Laurent Dandrieu et Dominique Venner.

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L’épopée coloniale de la France commence il y a quatre siècles. Des Amériques à l’Asie, en passant par l’Afrique et surtout l’Algérie, c’est une longue histoire de conquêtes, de fascination et d’amour entre la métropole et son outre-mer. L’air du temps veut que cette aventure soit peinte aux couleurs de l’abomination, voilà pourquoi Valeurs actuelles - la collection le Spectacle du Monde a voulu lui rendre un juste témoignage par un éclairage équilibré, rappelant les bienfaits et les progrès apportés aussi par cette entreprise partout dans le monde. En 130 pages richement illustrées et en remontant aux sources, ce hors-série remet les choses à l’endroit.

Au sommaire :

"Conquérir, civiliser, instruire..." par François d'Orcival, de l'Institut

"Je vous écris des colonies..."

Quatre siècles de colonisation

LE TEMPS DES PIONNIERS :

Aux origines de "la plus grande France" par Philippe Conrad

Les confettis francophones de la Nouvelle-France par Sophie Mockel

Les fleurs de lys du Saint-Laurent par Frédéric Barrault

La Louisiane, au nom de Louis XIV par Georges Langlois

Brésil : l'épopée de la "France antarctique" et "équinoxiale" par Virginie Jacoberger-Lavoué

La France de Chandernagor à Pondichéry par Jean-Claude Perrier

L'INDOCHINE, UNE PASSION FRANCAISE :

Destination, la "perle de l'Orient" par Erwan Bergot

Diên Biën Phù, la tragédie héroïque par François d'Orcival

Angkor, les trésors sauvés par la France par Joséphine de Varax

Montigny, consul aventurier à Shanghai par Bernard Debré

AFRIQUE, LA GRANDE EPOPEE :

Le bilan positif de la France par Bernard Lugan

Les pères blancs, anges gardiens des colonies par Marie de Greef-Madelin

Charles de Foucauld, la légende du "marabout blanc" par Claire Dozoir

Le Sahara, trésor français par Arnaud Folch

Quand les "Africains" tombaient pour la France par Claude Jacquemart

"A Biribi, dans l'enfer des bagnes militaires" par Georges Darien

La "protectrice" de la Syrie et du Liban par François Cote

L'ALGERIE FRANCAISE, DU REVE AUX LARMES :

Algérie française, l'histoire  occultée par Arnaud Folch

Les vérités d'Hélie Denoix de Saint Marc Propos recueillis par Inès de Warren et Guillaume Roquette

"Sans honte, ni torture..." par Dominique Venner

Disparus, le dernier Tabou par Arnaud Folch

"Non, M. Macron, il n'y a pas eu de "crimes contre l'humanité"!" par Thierry Rolando, président du Cercle algérianiste

Perpignan, le musée du souvenir par Valentin Bonhomme

Lieux de mémoire par Georges Langlois

Le Guide des associations de rapatriés

QUAND LES COLONIES CELEBRENT LEUR LEGENDE :

Grands voyages sur grand écran par Philippe d'Hugues

L'honneur de Schoendoerffer par Michel Marmin

Ecrivains, la colonisation au fil des lettres par Olivier Maulin

"Négresses à plateau et femmes girafes..." par Jean Dutourd

Jean-Pax Méfret, pied-noir et fier de l'être! par Arnaud Folch et Cyril de Beketch

Delacroix, peintre de l'Orient de l'esprit par Laurent Dandrieu

L'attrait des lointains

Bibliographie.

05/03/2018

Pour une éthique européenne de la tenue...

Nous reproduisons ci-dessous un texte d'Henri Levavasseur, cueilli sur le site de l'Institut Iliade et consacré à la réhabilitation d'une éthique de la tenue, en ces temps de relâchement et d'ensauvagement. Docteur en histoire et linguiste, l'auteur est spécialiste des cultures germaniques anciennes et de la protohistoire de l’Europe septentrionale.

 

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Pour une éthique européenne de la tenue

Ouvert par le cataclysme de la Première Guerre Mondiale, le cycle du « sombre vingtième-siècle » a plongé l’Europe dans une crise de civilisation sans précédent, l’amenant à secréter elle-même, à travers les idéaux faisandés d’un universalisme ennemi des nations et des peuples, le poison du « grand effacement » qui menace de détruire jusqu’aux racines de son génie.

Rien, pourtant, n’est encore joué : il appartient aux jeunes Européens de ne pas se résigner et d’écrire une autre histoire, en accord avec les immenses potentialités d’une culture multimillénaire. C’est en puisant dans leur longue mémoire, en procédant au « grand ressourcement », qu’ils apprendront à se connaître eux-mêmes, à donner sens et forme à leur destin, afin de trouver les ressources morales permettant de relever les défis qui les attendent. Confrontés à la dissolution des institutions et de la cité dans le magma d’une société multiculturelle, multi-ethnique et multi-conflictuelle, cette jeunesse devra se rassembler sur son propre sol en communautés pérennes, organiques et soudées.

De telles communautés ne reposent pas seulement sur des liens de solidarité mutuelle, mais aussi sur la valeur individuelle, c’est-à-dire sur la capacité de chacun à recevoir, incarner et transmettre l’héritage commun.

Cette valeur ne se mesure pas seulement à l’aune des capacités intellectuelles et physiques, ou du talent artistique — même si ces qualités sont éminemment précieuses. Ici intervient la notion d’éthique, associée à celle de tenue, qui jouent toutes deux un rôle fondamental dans la vision européenne du monde.

Comme l’écrivait Pierre Drieu La Rochelle : « on est plus fidèle à une attitude qu’à des idées » (Gilles, 1939).

Que convient-il donc d’entendre par « éthique de la tenue » ? Quelles sont les formes spécifiques que revêt cette éthique dans l’histoire de la civilisation européenne ? Quels sont enfin les modes d’expression possibles, permettant aujourd’hui d’incarner cette éthique ?

Qu’est-ce que l’« éthique de la tenue » ?

Les dictionnaires contemporains définissent volontiers l’éthique comme une réflexion philosophique fondamentale, sur laquelle la morale établit ses normes, ses limites et ses devoirs.

Dans cette optique, le détail des prescriptions morales, fondées sur la distinction du bien et du mal, est susceptible de varier d’une société ou d’une religion à l’autre, tandis que l’éthique en appelle à la raison pour poser des principes universels, par de-là les contingences historiques et les particularismes de chaque civilisation.

Cette conception de l’éthique, propre à la tradition philosophique des Lumières, a naturellement peu à voir avec celle dont nous allons nous entretenir.

Revenons à l’origine du mot. Étymologiquement, éthique et morale renvoient, dans le monde antique, aux mêmes notions. Le mot français « morale » dérive du latin moralis, qui provient lui-même de mos, « mœurs », « coutume », « usage » — le mos majorum, « coutume ancestrale », fondant la morale du citoyen romain de l’époque classique. Le mot « éthique » trouve son origine dans le grec « ἦθος », qui présente les principales significations suivantes :

  1. « séjour habituel, lieux familiers, demeure » (employé au pluriel) : ἦθεα désigne dans l’Iliade les pâturages des chevaux, tout comme νομός (« part », « portion de territoire », « pâturage », qui prend ensuite le sens de « coutume, loi, usage », le verbe νέμειν, « attribuer, répartir, régler selon la coutume ») ;
  2. « disposition de l’âme, manière d’être, caractère » : notamment la célèbre formule d’Héraclite ἦθος ἀνθρώπῳ δαίμων (« la manière d’être, pour l’homme, est empreinte divine ») ; la joie, le courage, la noblesse sont par exemple des ἤθη, que les différents arts s’efforcent d’imiter ;
  3. « coutume, usage, mœurs » (cf. également la forme ἔθος, « coutume, usage ») ; dans sa Théogonie, Hésiode évoque les νόμοι et les ἦθεα des immortels, c’est-à-dire les lois et les usages des dieux. L’ethos d’un peuple trouve ses racines dans la tradition et repose donc sur une transmission.

Dans le domaine de l’art oratoire, ἦθος prend en outre un sens particulier : les Grecs distinguent en effet entre le logos, qui renvoie à la logique, le pathos, qui renvoie à la sensibilité, et l’éthos qui correspond à ce que nous nommons le « style ».

On saisit d’emblée que l’ethos ne renvoie pas chez les Grecs à une quelconque morale universelle, fondée sur l’opposition du bien et du mal : il s’agit au contraire d’un concept évoquant le caractère propre d’un être donné, en lien avec le lieu où il séjourne et la manière dont il se comporte habituellement — d’où le sens de « coutume », d’« usage », que l’on retrouve également dans le latin mos.

Le mot ἔθος est d’ailleurs étymologiquement apparenté à ἔθνος (« famille, clan, peuple »), ainsi qu’à ἔθω (« personne familière », « les siens »). Ce dernier terme, lui même apparenté au latin sodalis (« compagnon », « ami »), dérive d’une racine de indo-européenne *su̯ē̆dh- (« faire sien », « se poser soi-même »), que l’on retrouve dans le sanscrit svádhā (« pouvoir personnel », « autorité naturelle », « usage », « coutume »), le vieil-haut-allemand sito ou l’allemand Sitte, « coutume », « mœurs ».

Au sens étymologique, l’éthique désigne donc la manière d’être au monde en conformité avec l’usage, la coutume, la tradition en un lieu donné. Elle est la manière dont les êtres se tiennent face au monde, dans leur séjour habituel. On retrouve d’ailleurs ce lien entre les notions de coutume, de séjour et de tenue dans la proximité étymologique entre les termes français « habitation, habitude, habit », apparentés au latin habitus, « manière d’être ».

Très tôt, le mot « habit » est associé dans notre langue à l’idée de « maintien » de « tenue », au sens de « tenir sa place et son rang ».

Il est donc tout à fait pertinent de parler d’éthique de la tenue, dans la mesure où cette formule permet de définir une forme d’exigence tournée vers un idéal humain propre à notre civilisation, à nos mœurs, nos traditions et nos coutumes, indépendamment des formes universelles de morale, qu’elles soient d’essence religieuse ou laïque, c’est-à-dire fondées soit sur le dogme et la foi, soit sur une définition abstraite de la raison humaine, détachée de tout enracinement spécifique.

Comment définir l’éthique européenne de la tenue ? Comme toujours, à partir de l’étude des figures emblématiques que nous livre notre histoire depuis l’antiquité.

L’éthique de la tenue dans l’histoire européenne

Sans nier la valeur des exempla légués par la grande tradition classique, nous ne nous réfèrerons pas ici à telle ou telle anecdote édifiante, mais tenterons de saisir l’essence de notre tradition de manière à la fois plus générale et plus profonde, en évoquant quelques « figures archétypiques » qui dessinent les contours d’une éthique propre aux élites européennes.

Cette éthique renvoie à un certain idéal aristocratique, dont les traits principaux présentent une continuité étonnante depuis l’antiquité, en dépit des particularismes liés à tel ou tel peuple, et malgré les divers bouleversements sociaux, religieux et politiques qu’a pu connaitre l’Europe au fil des siècles.

Quatre types fondamentaux ont profondément marqué l’imaginaire européen, et constituent en quelque sorte les figures tutélaires auxquelles toute élite authentique doit se référer : le héros homérique, le citoyen romain, le chevalier médiéval, le gentilhomme.

Le héros homérique évolue dans un univers où le jugement porté sur l’homme ne repose pas sur la dualité du bien et du mal, en tant que critères moraux fondés sur la crainte de dieu, l’amour du prochain, la crainte du châtiment et l’espérance du salut éternel, mais sur la distinction du beau et du laid, de ce qui est honorable et de ce qui ne l’est pas, sur la nécessité de se montrer digne de l’estime de ses pairs, conformément à des règles de comportement fondées sur la coutume ancestrale.

L’idée de faute originelle est absente : le « bien » (ἀγαθόν, « ce qui bon ») est ce qui conforme au juste ordonnancement des choses et de l’univers (κόσμος, « ordre [de l’univers] », mais aussi « parure, ornement »). L’expression καλὸς κἀγαθός (« beau et bon »), à laquelle se conforme l’aristocratie athénienne, désigne un idéal de perfection humaine où la qualité du paraître rejoint celle de l’être : le philosophe Werner Jaeger évoque à ce propos, dans son ouvrage Paideia, consacré à la formation de l’homme grec, un « idéal chevaleresque de la personnalité humaine complète, harmonieuse d’âme et de corps, compétente au combat comme en paroles, dans la chanson comme dans l’action ».

A l’inverse, toute manifestation de démesure (ὕϐρις), chez les hommes comme chez les dieux, entraîne une catastrophe. Nous sommes ici aux antipodes de ce que le philosophe Heidegger décèle dans la modernité occidentale, à savoir la « métaphysique de l’illimité » — l’appétit du « toujours plus », auquel nous devons opposer la logique du « toujours mieux ».

Pour revenir aux textes d’Homère, « toute transgression de l’harmonie, de la mesure, de la conduite droite, se paie au prix fort, ainsi la funeste colère d’Achille, prétexte de l’Iliade. Homère ignore l’intériorisation d’une morale fondée sur la faute et la culpabilité. (…) Il met en action des vertus et leurs contraires, le courage et la lâcheté, l’honneur et la bassesse, la magnanimité et la rancune, la loyauté et la traîtrise. Il montre aussi des caractères, sans rien dissimuler de leurs contradictions, Hector et sa lucidité, Pénélope et sa féminité, Achille et sa vaillance, Ulysse et son habilité, Nestor et sa raison, Pâris et sa faiblesse, Hélène et son extrême sensualité. Les poèmes homériques ne parlent pas en formules conceptuelles ou dogmatiques. Ils donnent pourtant des réponses claires aux questions de la vie et de la mort » (D. Venner, Histoire et tradition des Européens, pp. 108–109).

Héritière du monde grec, mais aussi d’une tradition propre, fondée en grande partie sur un héritage indo-européen, la civilisation romaine nous a également légué un idéal aristocratique d’une grande valeur : celui du citoyen de l’époque classique. Ce dernier apparait constamment soucieux de sa dignitas, aussi bien personnelle que familiale. Pour la préserver, il est prêt à aller jusqu’au sacrifice de sa vie : la mort volontaire est à Rome un sort toujours préférable au déshonneur.

La dignitas s’enracine dans la virtus, non pas la vertu au sens chrétien du terme, mais la qualité qui distingue l’homme, vir : l’énergie morale, la force d’âme, la maîtrise de soi (gravitas), qui se situe au cœur de l’enseignement des Stoïciens.

Ces qualités sont indissociables de la pietas, c’est-à-dire du respect de la tradition (mos majorum), du devoir rendu aux dieux et à la famille, en particulier au père, devoirs auxquels s’ajoute le service de l’état. Avec la virtus, la clementia et la iustitia, la pietas est l’une des quatre vertus impériales reconnues à Auguste sur l’inscription du bouclier d’or (clipeus aureus) placé en son honneur dans la Curia Iulia. Comme chez les Grecs, l’idéal du citoyen romain se fonde sur l’unité de l’être et du paraître. C’est le sens de la formule de Juvénal : mens sana in corpore sano.

Scipion fait graver sur son tombeau la formule suivante « Ma vie a enrichi les vertus de ma race. J’ai engendré des enfants, j’ai cherché à égaler les exploits de mon père. J’ai mérité la louange de mes ancêtres, qui se sont réjouis de me voir né pour leur gloire. Ma dignitas a rendu fameuse ma race » (cité par D. Venner, id., p. 136).

La chevalerie médiévale reprend une partie de cet héritage, associé certes aux vertus chrétiennes, mais également au vieil idéal martial et à la conception de l’honneur répandus dans les sociétés celtiques et germaniques. Dominique Venner (id., pp. 178–179) qualifie l’éthique chevaleresque d’« éthique incarnée » : « prouesse, largesse et loyauté sont ses attributs que l’honneur résume. L’élégance de l’âme commande d’être vaillant jusqu’à la témérité ».

L’exigence de fidélité à la parole donnée pousse à tenir la foi jurée jusqu’à la mort, attitude magnifiquement exaltée dans la Chanson des Nibelungen, de telle sorte que l’idéal du sacrifice héroïque, présent dans toute la tradition épique du monde germanique, a sans doute contribué de façon décisive à l’acceptation du christianisme par les peuples du Barbaricum. Le poème saxon Heliand décrit d’ailleurs le Christ et ses disciples comme un prince germanique entourés de ses vassaux, tandis que les noces de Cana apparaissent comme un festin guerrier.

A l’époque moderne, la figure du gentilhomme représente la synthèse et l’aboutissement de ces divers héritages, à travers l’équilibre entre les talents de l’homme d’épée et de l’homme d’esprit, alliant élégance morale, distinction, courage et maîtrise de soi. Tel est l’idéal, largement partagé à travers toute l’Europe, que s’efforcent d’atteindre le Junker prussien et le gentleman britannique.

Une certaine forme de stoïcisme propre à l’homme d’action est commune aux quatre types que nous venons d’évoquer.

Est-ce à dire, cependant, que l’éthique de la tenue se trouve réservée à une élite sociale fondée exclusivement sur des règles de transmission héréditaire ? Si cette dernière a naturellement toujours joué un rôle central, il convient de rappeler l’importance d’autres formes d’institutions méritocratiques, reposant sur la notion de compagnonnage guerrier. Les concepts de noblesse et de chevalerie, par exemple, ne sont pas strictement identiques.

Comme le souligne Dominique Venner (Un samouraï d’Occident, p. 294), nos racines « ne sont pas seulement celles de l’hérédité, auxquelles on peut être infidèle, ce sont également celles de l’esprit, c’est-à-dire de la tradition qu’il appartient à chacun de se réapproprier ».

Quelles leçons concrètes la jeunesse européenne de notre temps, déterminée à s’engager sur la même voie, peut-elle toutefois recueillir de ces exemples si éloignés de notre quotidien ? En apparence, les modèles que nous venons d’évoquer semblent dépassés pour plusieurs raisons : l’environnement social, culturel et politique traditionnel, nécessaire à l’éducation d’une véritable élite, a aujourd’hui été en grande partie balayé ; la noblesse a cessé d’être une institution, d’assurer un rôle politique central et de « donner le ton » ; les valeurs dominantes sont au contraire celles de l’hédonisme individualiste et de l’égalitarisme, même si les inégalités économiques et sociales sont par ailleurs de plus en plus criantes ; la notion d’élite est largement dépréciée, ou se trouve associée à des types humains opposés à ceux de l’ancienne aristocratie européenne ; l’élitisme est même perçu comme un travers ; enfin, un grand nombre de ceux qui sont en mesure de réclamer, en tant qu’héritiers par le sang et par le nom, le patrimoine spirituel de l’ancienne aristocratie européenne, adoptent parfois des comportements assez éloignés des valeurs de leurs aïeux.

Médiocrité et vulgarité ne constituent pas nécessairement des tares nouvelles, propres à notre époque, mais elles font aujourd’hui l’objet d’une complaisance sans précédent, qui trouve son expression la plus achevée dans les « modèles » imposés aux populations sidérées par les loisirs de masse et le matraquage publicitaire : il s’agit d’une véritable inversion des canons esthétiques et éthiques. L’idéal aristocratique n’a pas nécessairement disparu, mais il ne structure plus la société.

Pourtant, chacun de nous peut encore choisir d’incarner une part de l’éthique aristocratique européenne, en la déclinant — au féminin comme au masculin — dans des situations et des engagements très divers.

Cette possibilité revêt une portée qui dépasse les seuls destins individuels. Dominique Venner le rappelle dans le Samouraï d’Occident (p. 296) : « Les ébranlements de notre temps ont des causes qui excèdent les seuls forces de la politique ou des réformes sociales. Il ne suffit pas de modifier des lois ou de remplacer un ministre par un autre pour construire de l’ordre là où sévit le chaos. Pour changer les comportements (…), il faut réformer les esprits, une tâche à toujours recommencer ».

L’éthique de la tenue est l’expression individuelle et communautaire de cette réforme des esprits, prélude au nécessaire réveil de l’Europe en dormition. Elle est une voie d’excellence, dans laquelle la jeunesse européenne doit aujourd’hui réapprendre à s’engager.

L’éthique de la tenue pour les Européens d’aujourd’hui

S’il peut paraître difficile d’établir les critères objectifs de la « tenue », chacun sait instinctivement définir ce qu’il convient de rejeter : le débraillé, la vulgarité, le laisser-aller. Ce dernier peut prendre des formes diverses : laisser-aller du corps (avachissement ou exhibition vulgaire), laisser-aller du vêtement (le modèle « united colors », universel et « unisexe »), laisser-aller du comportement et de l’attitude (manque de maîtrise de soi, oubli des règles élémentaires de la courtoisie et du savoir-vivre), laisser-aller du langage (outrance, approximation ou vulgarité), laisser-aller de l’esprit et de l’intellect (paresse intellectuelle, conformisme), laisser-aller de l’âme (perte du sens de l’honneur et de la parole donnée, de la fidélité à ses principes et à son héritage, absence de courage).

A toutes ces formes d’abandon de soi-même, il faut précisément opposer la notion de « tenue ». Celle-ci constitue une ascèse — ce qui n’implique pas nécessairement une vie « ascétique » : au-delà de son acception religieuse, passée dans le vocabulaire chrétien par l’intermédiaire du latin chrétien asceta, le mot est apparenté au grec ἄσκησις (« exercice »), qui désigne à l’origine divers types d’activités artistiques ou physiques, en particulier l’athlétisme. L’ascèse est donc avant tout une discipline.

L’éthique de la tenue se fonde en définitive sur la volonté de vivre en européen, conformément à notre tradition. Fidèle à la « longue mémoire européenne », Dominique Venner nous rappelle à ce propos que « l’esthétique fonde l’éthique » (Un samouraï d’Occident, 2013), et nous incite à nous référer à ce qu’il nomme la « triade homérique » : « la nature comme socle, l’excellence comme but, la beauté comme horizon ».

La nature comme socle, c’est non seulement respecter l’ordre naturel et ses grands équilibres, d’un point de vue aussi bien écologique qu’anthropologique (à travers la polarité du masculin et du féminin), mais également assumer et transmettre les caractères spécifiques de notre patrimoine héréditaire européen. C’est savoir s’immerger régulièrement dans la splendeur de nos paysages et s’attacher à la dimension communautaire de nos traditions à travers la célébration des fêtes calendaires traditionnelles, associées au cycle annuel.

L’excellence comme but, c’est conserver le souci de l’élégance morale, pratiquer une certaine retenue et cultiver l’exigence envers soi-même ; c’est s’efforcer à l’adéquation de la pensée et de l’action, de l’être et du paraître, tendre à se dépasser plus qu’à rechercher son « épanouissement personnel » dans une perspective strictement hédoniste, se soumettre à une discipline librement consentie plus que de revendiquer une liberté totale ; c’est se savoir « maillon d’une chaîne », servir plus que se servir, se montrer exigeant dans le choix de ses pairs tout en étant capable d’affronter la solitude ; enfin et surtout, c’est transmettre cet ensemble d’exigences par l’exemple, en ne se reniant jamais soi-même au profit de la facilité, du confort ou de la sécurité. Le plus sûr moyen d’y parvenir est de construire ce que Dominique Venner appelle notre « citadelle intérieure », par la méditation quotidienne, la lecture, mais aussi la discipline du corps (notamment à travers la pratique sportive, afin d’entretenir le sens de l’effort et le goût de l’action).

La beauté comme horizon, c’est — à défaut de pouvoir « ré-enchanter » le monde par ses seules forces lorsque les dieux paraissent l’avoir déserté — ne jamais laisser la laideur avoir prise sur soi, se soustraire autant que possible à son emprise (en se gardant de l’accoutumance aux distractions « à la mode », alliant vulgarité, bêtise et inversion des valeurs) ; c’est rechercher au contraire toutes les occasions de nourrir son esprit par la contemplation du beau ; c’est aussi manifester, à la mesure de ses moyens, ce souci de la beauté et de l’élégance jusque dans les moindres occasions du quotidien, dans les objets qui nous entourent, la décoration de notre habitat comme dans la tenue vestimentaire, en conformité avec notre esthétique européenne. Tel est le plus sûr moyen de rayonner, d’éveiller et de transmettre, aux enfants comme aux adultes. L’éthique de la tenue est aussi une esthétique : se « tenir », c’est donner forme à son existence.

Dominique Venner a résumé l’ensemble de ces préceptes dans le Samouraï d’Occident (pp. 292, 296–297) : « Dans leur diversité, les hommes n’existent que par ce qui les distingue, clans, peuples, nations, cultures, civilisations, et non par ce qu’ils ont superficiellement en commun. Seule leur animalité est universelle (…). Quelle que soit votre action, votre priorité doit être de cultiver en vous, chaque jour, comme une invocation inaugurale, une foi indestructible dans la permanence de la tradition européenne ».

L’éthique de la tenue, c’est vivre en Européen !

Henri Levavasseur (Institut Iliade, 28 février 2018)

01/02/2018

La repentance ? Basta !... Soyons fiers d'être Européens !

L'Iliade, l'institut pour la longue mémoire européenne, qui organise son colloque annuel le samedi 7 avril 2018 à la Maison de la chimie à Paris, sur le thème "Soyons fiers d'être Européens, a produit pour l'occasion une superbe vidéo que nous vous invitons à découvrir.

Les inscriptions au colloque sont ouvertes sur le site de l'Iliade.

 

                          

12/01/2018

En attendant la droite nouvelle...

Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Michel Geoffroy, cueilli sur Polémia et consacré à l'impérieux besoin d'une droite nouvelle pour reconstruire une civilisation dévastée par l'immigration, l'individualisme et le néo-capitalisme...

Dans un esprit proche, on pourra utilement consulter le site du nouveau collectif Ligne droite...

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Pour 2018, souhaitons-nous une droite nouvelle ?

L’année 2017 fut sinistre en France. Mais le plus sinistre ne fut-il pas finalement que la droite française ait, une nouvelle fois, trahi les espoirs placés en elle ? Pourquoi ? Parce que les électeurs ont compris que la droite ne vivait plus que dans le passé, au lieu de démontrer sa capacité à affronter l’avenir.

La Droite en marche mais… en marche arrière !

Car toute la droite regarde obstinément et avec délectation dans le rétroviseur de l’histoire. C’est sa marque de fabrique.

Il suffit pour s’en persuader de parcourir certains sites, certains journaux ou d’écouter certains propos : ici, on assure la promotion d’un film consacré aux guerres de Vendée ; là, on déplore les églises en péril ; là, on dénombre les victimes de 100 ans de communisme ou l’on dénonce les méfaits de la Réforme.

Un chroniqueur médiatique célèbre quotidiennement avec talent le « suicide » français et la fin des Trente Glorieuses. Les héritiers de ceux qui hier critiquaient vertement De Gaulle sont devenus des professeurs de souveraineté, mais à retardement. Mais tous communient dans le lugubre énoncé quotidien des plaies ou des fautes françaises : la répression des mal-pensants, la délinquance, l’immigration ou l’avortement de masse.

Et encore, s’agit-il de médias faisant preuve d’une certaine conscience politique dissidente.

Que dire alors du reste de la population, plongé dans la réminiscence médiatique obligatoire des « heures sombres de notre histoire » et du « devoir de mémoire » ! Ce passé qui ne passe jamais ne sert à rien, comme l’avait bien vu Nietzsche, sinon à nous détruire par étouffement.

L’histoire ne repasse pas les plats. Il serait temps que la Droite le découvre

Ce n’est certes pas nouveau, mais les sempiternelles jérémiades des réseaux conservateurs, traditionalistes, réacs et autres souverainistes de tout poil commencent vraiment à nous fatiguer.

D’abord, ces jérémiades ne servent à rien car, comme l’affirmait drôlement Louis-Ferdinand Céline au siècle dernier, « l’histoire ne repasse pas les plats ».

On peut, bien sûr, se demander avec inquiétude si les cloches sonneront encore demain en France. Mais Philippe de Villiers ferait mieux de se demander pourquoi les Français fréquentent de moins en moins leurs églises ! La nostalgie du passé est certes humaine, mais elle ne débouche politiquement sur rien.

Une certaine droite vit pour cette raison toujours à l’heure du complexe du comte de Chambord : à force de se focaliser sur le symbole du drapeau blanc, on finit par ouvrir la voie au… régime républicain.

Aujourd’hui l’esprit du comte de Chambord prend la forme du souverainisme nostalgique. L’essentiel ne serait-il pas de pouvoir bientôt acheter « sa baguette avec des francs », comme le promettait Florian Philippot lors des dernières élections présidentielles ?

D’autres se réfugient dans le régionalisme sécessionniste, comme hier dans le Larzac : une autre façon, plus branchée, d’enclencher la marche arrière dans le monde d’aujourd’hui. « Arrêtez le monde, je veux descendre », comme écrivait ironiquement déjà dans les années 1980 l’éditorialiste Louis Pauwels !

Le vieux mythe de « la France seule » refait ainsi malheureusement surface et, avec lui, son patriotisme de restriction et la grande illusion vichyssoise de se prétendre souverain tout en sortant de l’histoire.

Qu’on le veuille ou non, à l’âge du choc des civilisations, le destin de la France est désormais indissociable de celui de la civilisation européenne. Sur le site Polémia, la vidéo « Être Européen » a ainsi été beaucoup plus visionnée que celle intitulée « Être Français » et ce n’est pas un hasard. Il serait temps que la droite le reconnaisse.

Il n’y a plus rien à conserver. Il faut désormais tout reconstruire

Les conservateurs nous cachent aussi un grand secret : il n’y a justement plus rien à conserver ! Car la France que nos pères ont faite et ont défendue avec leur sang n’existe plus.

Elle a été détruite par l’immigration de peuplement, par le néo-capitalisme, par l’individualisme radical, par l’Europe de Bruxelles comme par l’américanisation de la culture, donc par tout ce que la droite a été incapable d’empêcher quand elle n’a pas elle-même encouragé ces évolutions catastrophiques, en particulier à cause de son américanophilie maladive et de son adhésion aveugle à l’idéologie libérale.

La France reste, certes, un beau pays folklorique, mais surtout à usage des étrangers désormais. Une belle villégiature qui n’a pas encore été complètement détruite par les promoteurs immobiliers, les centres commerciaux et les friches industrielles. On visite encore ses châteaux, ses cathédrales et ses musées, comme on visite le Parthénon, c’est-à-dire les vestiges d’une culture morte. Comme on profite de son système social, également moribond du fait de la dénatalité et du chômage de masse des autochtones.

D’où aussi l’ambiguïté de la défense de l’identité de nos jours : car notre identité, cadavérique, est sans doute plus à reconstruire, aujourd’hui, comme l’ont fait différents peuples menacés dans l’histoire, qu’à conserver dans le formol mémoriel.

En 2017 la droite n’aurait rien pu changer, sinon en pire

Doit-on donc continuer, en jouant les pleureuses ou les procureurs selon le tempérament de chacun, de regretter l’échec de François Fillon ou de Marine Le Pen ? Hélas non, car leur élection n’aurait rien changé, sinon en pire.

En effet, désormais il ne s’agit plus de conquérir le pouvoir, mais de rétablir la souveraineté du politique : donc de créer un nouveau Pouvoir face à l’omnipotence du Système oligarchique ; de rétablir la primauté du « gouvernement des hommes » sur celui des choses, pour reprendre une vieille formule. Mais cela, ni F. Fillon ni M. Le Pen n’ont démontré qu’ils l’avaient compris.

Les partisans de la Manif Pour Tous devraient donc méditer leur échec.

En 1984, leurs parents ont fait reculer le gouvernement socialiste, en défendant l’école libre. Mais la loi Taubira est passée malgré les centaines de milliers de manifestants et de ballons roses et bleus à travers toute la France. Pourquoi ? Parce qu’aujourd’hui les vraies décisions ne se prennent plus à l’Élysée, à Matignon ou au Parlement : car le Pouvoir est passé aux juges, aux lobbies, aux médias, aux institutions financières et aux grandes firmes transnationales, qui tous se moquent de la volonté populaire.

Un président de droite, dans ce contexte, n’aurait rien pu faire : face à l’armée des défenseurs et des relais du Système il ne se serait appuyé que sur le vide.

C’est justement à combler ce vide que la droite devrait prioritairement consacrer ses efforts, au lieu de rejouer le sempiternel et dérisoire combat des chefs.

Pour une réforme intellectuelle et morale de la droite

L’avenir n’a jamais appartenu aux spectateurs, ni aux nostalgiques ni aux faibles. Il ne sert à rien, par exemple, de faire des succès de librairie en déplorant l’islamisation rampante ou galopante si on n’a rien de concret à lui opposer. L’islam est un défi qu’il faut relever, comme l’ont fait nos ancêtres, et non pas seulement à commenter ou à déplorer.

Si elle veut apparaître comme une alternative crédible au Système – mais le veut-elle vraiment ? – la droite doit donc cesser de révérer ses vieilles idoles. Pour tout dire, elle a besoin d’une profonde réforme intellectuelle et morale.

Le « monde d’avant », comme dit Emmanuel Macron, ne reviendra pas : il faut donc que la droite ait l’audace d’en construire un nouveau.

De même le vrai patriotisme de nos jours est européen, continental et civilisationnel, et non pas corse, catalan, savoyard ou souverainiste. Il ne suffit pas de twitter contre l’Europe de Bruxelles ou celle de Mme Merkel : il faut bâtir à la place une Europe puissance, qui soit la maison commune de tous les Européens. Car seule une telle Europe permettra à notre civilisation de survivre dans le monde multipolaire qui vient.

La droite doit pour cela faire rêver, alors que jusqu’à présent elle nous a surtout fait bâiller d’ennui ou hurler de déception : il lui faut désormais incarner une foi nouvelle dans notre avenir commun. Défendre notre glorieux passé, certes, mais surtout forger de nouvelles forces pour le monde de demain.

En 1962, un jeune militant de droite, tirant les conséquences de l’échec de la cause de l’Algérie Française, écrivait que « la jeunesse d’Europe aura de nouvelles cathédrales à construire et un nouvel empire à édifier (*) ». Il s’appelait Dominique Venner.

Pour 2018, souhaitons donc que la droite s’attelle enfin à la tâche.

Michel Geoffroy (Polémia, 7 janvier 2017)

(*) Dominique Venner, Pour une critique positive, éditions Idées [1962] 2013, 75 pages.

01/08/2017

Dominique Venner présent !...

Nous vous signalons la parution récente du numéro 72 (Solstice d'été) de la revue Terre & Peuple, dirigée par Pierre Vial, dont le dossier est consacré à Dominique Venner. On trouvera également un article consacré à Jean Monnet.

Vous pouvez commander cette revue sur le site de Terre & Peuple.

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22/06/2017

Vivre en Européen !...

Nous vous proposons de découvrir la nouvelle vidéo réalisée par l'Institut Iliade et intitulée Vivre en européen...

 

                                    

 

" L’Institut Iliade pour la longue mémoire européenne lance une nouvelle vidéo : « Vivre en Européen : nature, excellence, beauté ». Face aux menaces mortelles qui pèsent sur la civilisation, les peuples et les nations d’Europe, et à l’incapacité des mouvements populistes à imposer en l’état un nouveau rapport de force politique, ce film richement illustré propose en quelques minutes un ressourcement dans la vision du monde propre aux « Vieux Européens ». Il expose ce que les « murs porteurs » de notre civilisation peuvent apporter comme réponse concrète et stimulante aux défis du moment, autour du triptyque proposé par Dominique Venner : « La nature comme socle, l’excellence comme but, la beauté comme horizon ». Il constitue en cela une alternative au risque de perte de confiance et d’espoir dans l’avenir qui guette nos compatriotes : « Quand l’esprit se souvient, le peuple se maintient ! »."