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etats-unis - Page 3

  • La guerre contre l’Iran – Quelles conséquences après une guerre d’agression contraire au droit international ?

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Siegfried Bublies, cueilli sur le site Euro-Synergies et consacré aux leçons à tirer par les Européens de la guerre menée par les États-Unis et  Israël contre l'Iran. Editeur, Siegfried Bublies, est également le fondateur de la revue Wir selbst, publiée depuis 1979 (avec une interruption entre 2002 et 2019).

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    La guerre contre l’Iran – Quelles conséquences après une guerre d’agression contraire au droit international ?

    Le 28 février, lorsque les forces aériennes d’Israël et des États-Unis ont lancé leurs attaques coordonnées contre des responsables iraniens, des commandants militaires et des institutions de l’État iranien, tuant notamment le guide iranien Ayatollah Ali Khamenei ainsi que près de 50 hauts représentants du régime iranien, cela a été justifié par la déclaration qu’il s’agissait simplement d’exercer le droit à l’auto-défense. En principe, toutefois, pour tous les membres des Nations Unies, l’interdiction de faire usage de la menace ou de la force militaire est établie dans l’article 2 de la Charte des Nations Unies. Les exceptions à cette règle sont strictement limitées aux mesures de légitime défense en cas d’attaque ou d’attaque imminente.

    Tant l'armée israélienne que les États-Unis soutiennent que leur attaque constitue une « frappe préventive ». En général, la doctrine du droit international ne justifie une frappe préventive qu’en dernier recours, avant une attaque imminente. Mais ce n’est pas le cas en l'occurrence.

    Déjà du 13 au 25 juin 2025, les installations du programme nucléaire iranien avaient été largement détruites par des frappes aériennes israéliennes et américaines. De nombreuses rampes de lancement de missiles balistiques avaient également été détruites lors de cette guerre de 12 jours. Les capacités militaires de l’Iran avaient ainsi été suffisamment neutralisées pour qu’on ne puisse plus envisager une attaque à court terme de l’Iran contre Israël ou les États-Unis. Il faut surtout voir comme particulièrement pernicieuse l’attaque des forces aériennes d’Israël et des États-Unis contre la direction iranienne le 28 février, d’autant plus qu’elle a eu lieu à un moment où, parallèlement, les négociations entre les États-Unis et l’Iran – selon les déclarations du ministre des Affaires étrangères omanais, qui agissait en tant que médiateur – étaient proches d’un aboutissement décisif, et où l’Iran avait promis de faire de larges concessions en matière d’enrichissement d’uranium (avec un accès permanent pour les inspecteurs américains aux installations) et de programme de missiles. Joseph Kent, un républicain et directeur du Centre américain de lutte contre le terrorisme, un représentant éminent du mouvement MAGA, a annoncé sa démission à Trump à la mi-mars, en déclarant : « Je ne peux pas soutenir en conscience cette guerre persistante en Iran. L’Iran ne représentait pas une menace immédiate pour notre pays. »

    On peut évidemment contourner l’interdiction d’utiliser la force, telle qu’elle est prévue dans la Charte des Nations Unies, si l’on possède la puissance militaire suffisante pour agir sans subir ensuite des sanctions. Tant les États-Unis que Israël disposent de cette force militaire. En ce qui concerne les sanctions de l’ONU, ni les États-Unis ni Israël ne doivent s’en soucier, car les États-Unis, en tant que membre permanent du Conseil de sécurité, peuvent bloquer toute mesure par leur droit de veto.

    Il s’agit en tout cas d’une guerre d’agression contraire au droit international. Cependant, Israël et les États-Unis soutiennent également – dans une démarche de mise en scène moralisante – que ces aspects du droit international seraient sans importance, dès lors qu’il est établi que le régime des mollahs en Iran mène une politique criminelle, tant par le soutien à des groupes islamistes terroristes au Moyen-Orient que par la répression brutale de sa propre population. Il est évident que cette vision – que Trump et Netanyahou, en tant que représentants d’une mission anti-islamiste et humanitaire, semblent partager – est largement répandue dans le spectre politique conservateur-libéral en Allemagne, un récit que l’on se plaît à adopter, car il reflète l’attitude servile des rêveurs transatlantiques face à la puissance occidentale de plus en plus agressive, incarnée par les États-Unis.

    Ainsi, Ulf Poschardt (photo), rédacteur en chef du journal Die Welt, peint déjà le tableau utopique d’un Iran orienté vers les valeurs occidentales, après un changement de régime provoqué par des bombardements israéliens et américains. Ce point de vue méconnaît non seulement la complexité du système de pouvoir iranien, dans lequel la Garde révolutionnaire islamiste possède une base de plusieurs millions d’adhérents avec un potentiel militaire et économique considérable, mais il ignore aussi complètement la situation géopolitique et la logique de puissance des États-Unis et d’Israël au Moyen-Orient.

    Cela témoigne d’une naïveté de belle ampleur et d’un dogmatisme idéologique propre aux conservateurs-libéraux en Allemagne, qui pensent à tort que cette guerre d’agression extrêmement coûteuse et risquée, menée par les forces américaines et israéliennes contre l’Iran, aurait pour but la libération du peuple iranien d’un régime dictatorial, afin de leur offrir ensuite les promesses de bonheur de la communauté occidentale. Cette guerre d’agression n’est qu’un autre exemple de l’application brutale de leurs propres intérêts géopolitiques par les États-Unis et Israël. Il serait également pertinent de se demander quelle est l’attractivité réelle d’une communauté de valeurs occidentale, telle qu’elle est proposée dans la version américaine, qui piétine constamment les fondements du droit international qui visent à assurer une coexistence pacifique entre peuples et nations, un Occident américain qui utilise sa puissance militaire de manière impitoyable et coercitive, même envers ses alliés.

    Israël voit dans cette situation, qui est tout à fait compréhensible pour un État entouré d’ennemis, une occasion d'affaiblir militairement ou même d’éliminer l’Iran en tant que principal ennemi au Moyen-Orient, à court terme, par le biais de frappes militaires. Netanyahou profite de la guerre en cours, en coordination réfléchie avec les ultra-orthodoxes, pour intervenir militairement au Liban et potentiellement occuper durablement le sud du pays. Il ne s’agit pas seulement de détruire le Hezbollah, mais aussi d’établir progressivement un Grand Israël, projet auquel Netanyahou a explicitement adhéré. Cela inclut la Cisjordanie, Jérusalem-Est, la bande de Gaza, le plateau du Golan syrien et probablement aussi le sud du Liban.

    Les États-Unis considèrent que l’Iran est surtout un allié de la Russie et de la Chine, et cherchent donc, par leur intention de réduire l’Iran à néant, à détruire un système de alliances qui se resserre, lequel sert principalement les ambitions énergétiques chinoises en matière de sécurisation des ressources, mais va à l’encontre des intérêts impérialistes américains.

    La concurrence politico-militaire, de plus en plus claire et également plus dangereuse, entre les deux superpuissances restantes, les États-Unis et la Chine, s’est – et ce n’est pas nouveau depuis la guerre d’agression illégale contre l’Iran – déplacée de la rivalité économique vers la confrontation militaire. La volonté d'escalade provient clairement des États-Unis. Les alliés européens n’ont pas été informés avant le début de la guerre d’agression contre l’Iran, et les conséquences encore imprévisibles sur le plan énergétique et financier leur ont été imposées comme autant de faits accomplis. Une puissance dirigeante occidentale, aussi impitoyable dans la poursuite de ses propres intérêts, a perdu toute légitimité à prétendre façonner et diriger la grande région en tant qu’hégémonie, que ce soit culturellement, juridiquement ou économiquement.

    Cela implique des conséquences pour une orientation politique à long terme des États européens :

    1. La guerre d’agression illégale des États-Unis et d’Israël contre l’Iran met en évidence de manière éclatante que la situation géopolitique impose un retour des États européens à une politique de sécurité qui leur est propre. Les États-Unis et Israël poursuivent leurs propres intérêts stratégiques, qui ne sont pas compatibles avec ceux des Européens. Il en découle impérativement que la sécurité d’Israël ne peut pas être la raison d’État de l’Allemagne. De plus, la concurrence conflictuelle entre les États-Unis et leur adversaire oriental, la Chine, tourne autour des marchés de débouché et des sources de matières premières. Les Européens, économiquement et militairement impuissants, ne jouent plus aucun rôle en tant qu’acteurs sur la scène mondiale.

    2. Les obligations d’alliance au sein de l’OTAN doivent être redéfinies. Il est probable que les États-Unis se retireront eux-mêmes de l’OTAN. Si cela n’était pas le cas, les responsabilités devront être renégociées. Il est incompréhensible que le commandant suprême des forces de l’OTAN en Europe – doté de compétences très étendues – doive toujours être un général américain. À moyen terme, les Européens ont besoin d’une alliance de défense propre pour remplacer l’OTAN.

    3. Étant donné que les bases militaires américaines en Allemagne (environ 35.000 soldats sont stationnés sur le sol allemand), qui servent de points d’appui opérationnels pour les interventions militaires américaines en Afrique et au Moyen-Orient, sont essentielles pour la machine de guerre américaine, dès lors une résiliation des accords d’implantation serait dans l’intérêt de l’Allemagne si elle ne souhaite pas être impliquée dans l’escalade guerrière des États-Unis dans les périphéries de première importance pour l’Europe, c'est-à-dire en Afrique et au Moyen-Orient.

    4. La politique énergétique vitale pour l’Allemagne, en tant qu’État industriel, ne doit pas dépendre des intérêts américains. À court et moyen terme, nous avons à nouveau besoin de la Russie en tant que fournisseur de pétrole et de gaz. Pour des raisons géographiques, énergétiques, sécuritaires, politiques et, plus prosaïquement, égoïstes, l’Europe est donc durablement dépendante d’un partenariat étroit avec la Russie. Réactiver ette orientation politique doit être rapidement décidé, et les Européens doivent se préparer à résister résolument aux États-Unis.

    5. Le droit international est le droit des faibles ! L’Allemagne, ainsi que les peuples et États européens, sont des nains militaires, et c’est précisément pour cette raison qu’ils doivent faire des normes du droit international, telles qu’elles sont inscrites dans la Charte des Nations Unies et reconnues mondialement comme éléments de sécurité pacifique, la base de leur politique internationale et le fondement de leur conception politique. Cela inclut le non-recours à la violence et la reconnaissance de la souveraineté des nations ainsi que du droit à l’autodétermination des peuples comme des remparts contre l’arrogance des acteurs mondialistes et impérialistes.

    Siegfried Bublies (Euro-Synergies, 5 avril 2026)

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  • Guerre en Iran : la crise économique qui vient...

    Vous pouvez découvrir ci-dessous un entretien donné par l'économiste Jacques Sapir à Omerta à propos des conséquences économiques de la guerre contre l’Iran.

     

                                            

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  • Iran : Trump face à l'hypothèse de la défaite...

    Vous pouvez découvrir ci-dessous un entretien donné par Régis Le Sommier sur Omerta dans lequel il évoque l'impasse dans laquelle se trouvent les Etats-Unis dans la guerre contre l'Iran...

     

                                             

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  • Guerre en Iran, saison 1 : Trump 0 – Iran 1...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue d'Alain de Benoist sur la guerre israélo-américaine contre l'Iran.

    Philosophe et essayiste, directeur des revues Nouvelle École et Krisis, Alain de Benoist a récemment publié Le moment populiste (Pierre-Guillaume de Roux, 2017), Contre le libéralisme (Rocher, 2019),  La chape de plomb (La Nouvelle Librairie, 2020),  La place de l'homme dans la nature (La Nouvelle Librairie, 2020), La puissance et la foi - Essais de théologie politique (La Nouvelle Librairie, 2021), L'homme qui n'avait pas de père - Le dossier Jésus (Krisis, 2021), L'exil intérieur (La Nouvelle Librairie, 2022), Nous et les autres - L'identité sans fantasme (Rocher, 2023), Martin Buber, théoricien de la réciprocité (Via Romana, 2023), Un autre Rousseau - Lumières et contre-Lumières ( Fayard, 2025)  et, dernièrement, Souveraineté nationale et souveraineté populaire (Krisis, 2026).

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    Guerre en Iran, saison 1 : Trump 0 – Iran 1

    Plus familier des terrains de golf que du golfe Persique, Donald Trump avait commencé par présenter la guerre contre l’Iran comme une « petite excursion ». Peu connu pour sa patience stratégique, il voulait faire vite. Les objectifs de départ étaient la chute du régime islamique et la destruction totale de ses capacités militaires. Quatre semaines après le début des hostilités, rien de tout cela n’est arrivé.

    Les Iraniens ont pris le contrôle du détroit d’Ormuz, et leurs côtes, longues de 1 600 kilomètres, sont truffées de missiles, de drones et d’embarcation rapides. Les Houthis du Yémen menacent de fermer à leur tour le détroit de Bab-el-Mandeb, qui verrouille l’accès à la mer Rouge. Au Liban, où l’on compte un million de déplacés (un habitant sur dix), les Israéliens ne dissimulent pas leur intention d’occuper militairement le sud du pays jusqu’au fleuve Litani.

    Le prix du brut a dépassé les 100 dollars le baril, un renchérissement dont le principal bénéficiaire est Vladimir Poutine. Les pays européens, que la Commission européenne a obligé à se couper des hydrocarbures russes, font face à des pénuries de gaz et de pétrole qui entraînent une flambée du prix de l’essence à la pompe.

    Quoique fortement et durablement affaiblis par les bombardements massifs qu’ils ont subis, les Iraniens n’ont pas cédé, bien au contraire. On a assisté à une escalade ressemblant fort à une fuite en avant. Les mouvements militaires américano-israéliens, les déclarations contradictoires de la Maison Blanche, la poursuite des frappes iraniennes, la déstabilisation des marchés de l’énergie, l’annonce d’une invasion au sol (forces spéciales ?), dessinent un scénario dont personne ne peut prévoir les conséquences, mais qui évoque les « chocs pétroliers » de 1974 et de 1979 : crise économique et financière, récession mondiale.

    Les États-Unis, qui espéraient une victoire-éclair, ne savent plus comment se tirer de ce guêpier. Les Iraniens, censés s’effondrer en quelques jours, sont à l’initiative dans tous les domaines. Le bilan de l’opération « Epic Fury » est un désastre.

    Comment en est-on arrivé là ?

    Et d’abord, pourquoi cette guerre ? Une « menace imminente » justifiant une guerre préventive ?  Laquelle ? La menace nucléaire ? Il y aura bientôt quarante ans qu’Israël annonce tous les ans que l’Iran disposera de la bombe atomique « dans quelques mois », ce qui a fini par susciter le même scepticisme que les « armes de destruction massives » attribuées au régime de Saddam Hussein. Tulsi Gabbard, directrice du renseignement national, a fait savoir le 18 mars que l’Iran n’a pas relancé ses activités d’enrichissement nucléaires détruites en juin 2025. Trump avait alors lui-même claironné que le programme nucléaire iranien avait été « totalement oblitéré ». Rafael Grossi, directeur de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) a confirmé de son côté qu’il n’y avait en ce domaine aucune menace iranienne immédiate.

    Pourquoi Trump s’est-il lancé dans cette aventure, que l’actualité du moment ne justifiait pas, en faisant preuve d’une impréparation qui a laissé stupéfaits tous les observateurs militaires sérieux ? Pourquoi a-t-il choisi, à quelques mois des élections de mi-mandat (midterms), de prendre le risque de mécontenter sa base électorale qui ne veut pas d’une telle guerre, que l’immense majorité des Américains condamne également ? Marco Rubio a sans doute fourni la réponse en laissant entendre que Trump a cédé aux pressions israéliennes exercées sur lui par Benjamin Néthanyahou le 11 février à Washington. Mais cela ne fait que déplacer le problème : pourquoi y a-t-il cédé ?

         Le 17 mars, la démission inattendue de Joe Kent, directeur du Centre national de lutte contre le terrorisme, a fait l’effet d’un coup de tonnerre. Dans sa lettre de démission adressée à Trump, il écrivait : « Je ne peux, en conscience, soutenir la guerre en cours contre l’Iran. L’Iran ne représentait pas une menace imminente pour notre nation, et il est clair que nous avons déclenché cette guerre sous la pression d’Israël et de son puissant lobby américain ».

    La guerre a donc commencé le 28 février, avant-veille de la fête de Pourim (qui commémore la façon, racontée dans le livre d’Esther, dont les Hébreux ont échappé à un massacre projeté par les Perses), avec un assassinat ciblé (le Guide suprême Ali Khamenei) et la mort sous les bombes de 165 écolières de 7 à 12 ans (des filles de Gardiens de la Révolution), alors même qu’étaient engagées entre les Iraniens et les Américains des négociations qui, selon le sultanat d’Oman, étaient en passe de réussir (« un accord était à portée de main »).

    Mark Twain disait que « Dieu a créé la guerre pour que les Américains apprennent la géographie ». Apparemment, ils ne l’ont pas encore apprise. Trump a gravement sous-estimé ses adversaires. Il a sous-estimé la puissance et la résilience du nationalisme iranien. Il a sous-estimé la puissance militaire de l’Iran, sa solidité organisationnelle, ses orientations stratégiques.

    L’Iran n’est pas le Venezuela ni la principauté de Monaco. Ce n’est pas non plus un pays arabe : les Iraniens sont plus proches ethniquement des Européens que des Arabes, des Turcs ou des Palestiniens. L’Iran est un pays de 90 millions d’habitants, trois fois plus grand que la France, doté d’une triple identité (indo-iranienne depuis l’Antiquité, musulmane depuis le VIIe siècle, moderne depuis le XIXe siècle),  avec une société complexe, une classe universitaire de haut niveau (Ali Larijani, secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale, tué le 17 mars par Israël, était un spécialiste de Kant et de Descartes), une vaste population d’ingénieurs (l’Iran en forme 230 000 chaque année), une histoire trimillénaire et des dynamiques internes qui échappent à la compréhension de la plupart des Occidentaux. C’est au Proche-Orient, avec l’Égypte et la Turquie, le pays qui, possède le patrimoine culturel le plus riche. C’est aussi la 3e réserve mondiale prouvée de pétrole et la 2e réserve mondiale prouvée de gaz. En géopolitique enfin, le plateau iranien constitue le territoire-pivot essentiel de la masse continentale eurasienne.

    Une guerre existentielle

    Ayant une vision purement transactionnelle des rapports de force, Trump ne comprend pas que les Iraniens mènent contre lui une guerre existentielle (ce qui n’est pas le cas des Américains). Il ne comprend pas leur refus « irrationnel » de capituler.  Il ne comprend pas qu’il y a des situations dans lesquelles tout deal est impossible. Il ne sait pas que la doctrine du martyre est au cœur de l’islam chiite (200 millions de croyants) depuis le massacre de Kerbala en 680 et la mort de l’imam Hussein et de ses compagnons, et qu’aux yeux des Iraniens, Ali Khamenei pèse beaucoup plus lourd mort que vivant.

    Les seuls bombardements ne peuvent permettre aux Américains et aux Israéliens de l’emporter. Des troupes au sol sont nécessaires, même lorsqu’il existe dans le régime visé une opposition solidement structurée, ce qui n’est pas le cas en Iran (ne parlons même pas de Reza Pahlavi, le fils de l’ancien dictateur, véritable marionnette du Mossad et de la CIA, qui n’a de soutiens qu’au sein de la Diaspora).

    Les Iraniens, de leur côté, ont très bien compris qu’ils n’ont pas les moyens d’affronter directement la puissance militaire des États-Unis, même s’ils ont porté des coups dévastateurs aux bases américaines de la région. Ils ont donc adopté d’emblée une stratégie asymétrique consistant à attaquer les points faibles de l’économie et de la production énergétique, avec des frappes ciblées sur les infrastructures de production et de stockage de pétrole et de gaz des pays du Golfe. S’y est ajoutée la prise de contrôle du détroit d’Ormuz reliant le golfe Persique au golfe d’Oman, passage stratégique par lequel transitent chaque jour 20 millions de barils, soit 20 % du pétrole mondial, ainsi que 20 % du gaz liquéfié.

    En guerre sans l’avoir voulu, les monarchies du Golfe (Arabie saoudite, Koweit, Emirats arabes unis, dont Dubai), qui avaient bâti leur modèle de prospérité en s’en remettant à la protection des Américains se retrouvent désemparés. Leur garant de sécurité est devenu une source d’insécurité, puisque la guerre menace aussi leur modèle économique. Ils constatent avec amertume que les Américains n’ont rien fait pour les protéger des frappes iraniennes, que celles-ci visent une infrastructure pétrolière qui est leur seule vraie richesse, et que leur image de paradis touristiques et financiers est fortement écornée. Si l’escalade se poursuit et que les usines de dessalement dont dépendent leurs populations sont détruites, ces pays pourraient même devenir inhabitables.

    La disparition de fait du droit international a entraîné celle des lois de la guerre. L’assassinat ciblé de l’ensemble des membres de l’appareil dirigeant d’un État souverain membre des Nations Unies, au début d’une guerre qui n’a pas été déclarée, dont aucun pays allié n’a été informé et qui n’a même pas reçu l’approbation du Congrès (ce qui la rend anticonstitutionnelle), est sans précédent. C’est aussi une violation flagrante des Conventions de Genève de 1949, qui disposent qu’« il est interdit de tuer, blesser ou capturer un adversaire en recourant à la perfidie » (art. 39). L’élimination de près d’une centaine de dirigeants militaires et politiques iraniens, réalisée par les Israéliens grâce aux renseignements fournis par le Mossad, a été spectaculaire, mais n’a pas eu l’effet escompté. Dès le lendemain, ils étaient déjà remplacés, et pour chacun de ces remplaçants, les noms des deux successeurs suivants étaient fixés

    La seule conséquence perceptible est que la direction effective du régime iranien est passée des mains des mollahs et des ayatollahs à celles des Gardiens de la Révolution, qui disposent de leur propre armée et de leur propre économie et qui campent sur une ligne dure, puisqu’ils se disent prêts à poursuivre la guerre aussi longtemps qu’il le faudra. La non-reddition équivaut pour eux à une victoire.

    Les Iraniens se préparaient en fait à une attaque de ce genre depuis vingt ans. C’est ce qui leur a permis de mettre en place une « défense mosaïque décentralisée », principe stratégique élaboré par Téhéran après les échecs américains en Irak et en Afghanistan : les 31 centres de commandement (un par province) ont été dotés d’une capacité d’armement et d’autonomie stratégique. En cas de première frappe décapitant le commandement central, tous les centres de commandement passent en mode autonome et continuent à se battre. Dans le même temps, les capacités militaires iraniennes se sont considérablement renforcées, grâce notamment à des missiles balistiques de précision et des drones perfectionnés.

    Stratégie et tactique

    Mao Zedong, dans son livre sur la guerre révolutionnaire, écrivait fort justement que « la conception selon laquelle une victoire stratégique ne s’obtient que par des victoires tactiques est erronée ». Les États-Unis ont de tous temps confondu stratégie et tactique. Ils ont une tactique, qui consiste en une liste d’objectifs à frapper, mais ils n’ont aucune stratégie, car ils n’ont pas la moindre idée du « jour d’après », c’est-à-dire du type de paix qu’ils veulent instaurer. « Nous ne savons pas traduire nos gains militaires en accord politique », déclarait ces jours-ci Ami Ayalon, ancien chef du renseignement intérieur israélien. C’est la raison pour laquelle, depuis 1945, les Américains n’ont gagné aucune guerre. Et c’est aussi la raison pour laquelle leurs interventions en Afghanistan, en Syrie, en Irak et en Libye n’ont pas apporté la « démocratie » et la « liberté », mais la guerre civile et le chaos.

    Un autre défaut traditionnel des Américains est de croire que la supériorité militaire et technologique confère automatiquement la victoire. C’est tout simplement faux. Au plus fort de la guerre du Vietnam, le nombre des soldats américains déployés sur place atteignait le demi-million, ce qui n’a pas empêché leur défaite.

    Le coût de la guerre avec l’Iran est énorme. La puissance aérienne américaine excelle contre les grandes cibles fixes, mais peine à neutraliser les petites unités mobiles. Abattre des drones Shaheh à 20 000 dollars avec des missiles à 4 millions de dollars n’est pas le meilleur moyen de faire des économies ! Les États-Unis ont utilisé plus d’intercepteurs Patriot au cours des trois premiers jours de la guerre qu’ils n’en ont fourni à l’Ukraine en quatre ans de conflit. Les deux premières semaines de la guerre leur ont à elles seules coûté 12 milliards de dollars. La Maison Blanche veut maintenant faire débloquer 200 milliards de dollars supplémentaires pour soutenir son offensive. Tandis que les Israéliens manquent de soldats, les États-Unis manquent de munitions, de missiles guidés et de systèmes de défense aérienne (ils ont déjà fait revenir des systèmes déployés en Asie orientale et détourné des armements destinés à l’Ukraine).

    Naissance d’un axe anti-occidental

    En se lançant dans une guerre sans justification juridique, sans coalition solide et sans objectifs atteignables, Israël et les États-Unis ont ouvert la boîte de Pandore. Leur décision va accentuer la multipolarisation du monde et favoriser la formation d’un axe anti-occidental orienté vers la Chine et la Russie. De deux choses l’une : soit Donald Trump trouve une porte de sortie honorable lui permettant de maquiller sa défaite en « grande victoire militaire », mais il est vraisemblable qu’en pareil cas Israël voudra poursuivre la guerre, sinon en Iran, du moins au Liban. Soit il cherche à anéantir un pays héritier d’une civilisation trois fois millénaire, avec tous les risques d’escalade et d’enlisement que cela comporte. Dans les deux cas, le risque est grand de voir le chaos s’étendre à tout le Proche-Orient.

    N’oublions pas enfin que, dans cette affaire, si l’attaque de l’Iran a été menée conjointement par Israël et les États-Unis, leurs objectifs depuis le début ne sont pas les mêmes. Le plan initial de Donald Trump était de détruire la puissance militaire iranienne, afin de conclure ensuite un accord de paix, tandis que Néthanyahou recherche à la fois un changement de régime et le démembrement de l’Iran, afin de s’assurer d’une hégémonie sans partage au Proche-Orient. En d’autres termes : Trump n’exclut pas la paix, Néthanyahou n’en veut pas. Il veut seulement continuer à bombarder et à tuer. Dans l’immédiat, l’État d’Israël – qui vient de rétablir la peine de mort pour les seuls Palestiniens – s’inquiète de la mise en place d’un axe Arabie saoudite-Turquie-Pakistan-Egypte qui lui serait hostile. Le 1er avril, Donald Trump a menacé de renvoyer l’Iran « à l’âge de pierre ». Le calme n’est pas près de revenir dans la région.

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  • Carlson et Netanyahou, influenceurs majeurs de la vie politique américaine...

    Nous reproduisons ci-dessous une analyse d'André Archimbaud, cueillie sur le site de l'Observatoire du journalisme et consacré à lutte d'influence entre Tucker Carlson et Benyamin Netanyahu pour le "contrôle" de l'opinion républicaine...

    andré archimbaud, tucker carlson

    Carlson et Netanyahou, influenceurs majeurs de la vie politique américaine

    En 2028, les Américains éliront un prochain président, homme ou femme. Les donateurs, comme ils en ont le droit, tenteront de cornaquer les candidats. Et les résultats nous diront laquelle des deux terres promises aura été la plus efficace : celle de l’exceptionnalisme américain, les souverainistes, ou celle des cinquante millions de chrétiens sionistes qui voient en l’État hébreu un simple embryon de ce qu’il devrait être – le « grand Israël » – pour que nous revienne le Messie.

    Deux influenceurs d’exception représentent les deux factions. L’épiscopalien Tucker Carlson, et en face l‘actuel Premier ministre israélien, inspirateur des évangélistes sionistes qu’il courtise depuis longtemps. Un tel positionnement des enjeux aurait été impensable il y a encore deux ans. Les grands médias à faible diffusion ne voient naturellement pas les choses comme ça. Les nombreux petits podcasts à grande diffusion, oui. C’est dire, en de telles perspectives, combien la personnalité de Trump est devenue subsidiaire, voire obsolète.

    Tucker Carlson part en guerre… contre la guerre

    Carlson a ouvert la course présidentielle. C’est depuis son interview du sénateur Ted Cruz, en juin 2025, que les observateurs commencent à y songer. En déconstruisant les idées reçues du sénateur Cruz sur la question du christianisme sioniste, Tucker Carlson entama ce jour une impertinente croisade contre la guerre en Iran qui pointait à l’horizon. Une critique impitoyable des chrétiens sionistes, en fait. Le journaliste franc-tireur a participé en juillet à un méga-rallye organisé par son ami Charlie Kirk, le fondateur de Turning Point USA (TPUSA). Il y soutenait que le pays n’avait plus les moyens de faire des guerres « pour le compte d’autrui », de surcroît sans véritables stratégies. Puis survint l’assassinat de son ami Charlie Kirk, le 10 septembre 2025. Kirk était considéré comme l’espoir du mouvement MAGA. Il avait démontré son immense qualité d’activiste politique au point qu’il incarnait un parfait leader de la relève, donc un candidat à la présidence tout à fait vraisemblable à dix ans d’échéance. Parce qu’il avait su faire basculer une grande partie des jeunes et des abstentionnistes dans le camp de Donald Trump en 2024.

    La liaison Carlson Turning Point USA (Charlie Kirk)

    Furieux contre les médias pour leur traitement de l’attentat, Carlson s’en prit à eux, en octobre 2025, lors d’une réunion commémorative organisée par le mouvement de Charlie Kirk sur le campus de l’université de l’Indiana, à Bloomingdale. Et ceci non sans y avoir défini le mouvement MAGA (MAGA = America First + pas de guerres stupides + un effort réel de ramener les emplois au pays + immigration contrôlée), avec pour slogan-conclusion :

    « Jamais un pays ne doit placer les intérêts d’autres pays au-dessus des siens propres ».

    Ce jour-là se posait la question du contrôle de l’organisation de Charlie Kirk (TPUSA). Elle se pose encore aujourd’hui. Qui détiendra le TPUSA gagnera l’élection. Or seuls le vice-président JD Vance et Tucker Carlson seraient à même de l’arsenaliser comme le faisait Charlie Kirk.

    Carlson s’internationalise

    Tucker s’est ensuite « internationalisé », se rendant par exemple au World Governments Summit de Dubaï en mars 2026. Cycle qu’il poursuit grâce à sa chaîne TCN en interrogeant des personnalités libertaires (ou hydroponiques), américaines et étrangères. Ainsi de son ex-collègue de CNN devenu podcaster, le britannique Pierce Morgan (confrontations le plus souvent amicales), l’ambassadeur américain à Jérusalem, ancien pasteur et gouverneur de l’Arkansas Mike Huckabee (entrevue-piège), le géopolitologue sino-canadien Jiang Xu Qin qui a fait ses études aux É‑U (entrevue informative), et tout récemment Avraham Burg, un homme politique israélien réfractaire au régime Netanyahou d’aujourd’hui (qui doit « faire avec » les religieux fondamentalistes). Voir en lien un exemple de cette entrevue cordiale.

    Ces éléments de réflexion expliquent peut-être pourquoi, à la plaisanterie, (?) Carlson a dit que parfois l’envie lui venait de se porter candidat. Car la population américaine en dessous de cinquante ans entre en rébellion contre l’opération militaire israélo-américaine au Proche-Orient, tandis que les personnalités hostiles à cette guerre sont dénoncées. Un podcast présenté par deux anciens journalistes de MSNBC (propalestiniens de gauche) décrit ici avec exactitude la violente confrontation médiatique qui déchire la coalition MAGA/America First qui avait porté Trump au pouvoir. Des odeurs d’inculpation flottent dans les âmes. Et ce à la veille des prochaines élections au Congrès. Et surtout en préparation des présidentielles de 2028 où tout le monde attend chez les « républicains » des primaires entre Rubio, Vance et Cruz.

    Criminaliser et éliminer de la course les éléments MAGA ?

    Raymond Abellio a écrit dans son roman Visages immobiles que l’Amérique vivait la guerre comme un spectacle sportif, tandis que les vieilles nations y voyaient une rencontre avec la tragédie. Il y a ainsi les guerres de choix et les existentielles. Les dernières sont par définition « justes » parce que défensives, tandis que les premières sont toujours vendues comme préventives parce que « justes ». C’est pourquoi bon nombre de journalistes et podcasteurs s’inquiètent. Quoi qu’il en soit, outre la censure ou la coupure des comptes bancaires, un état « de guerre » comporte aujourd’hui un immense risque pour des déviants tels que Tucker Carlson. Et une vingtaine de podcasteurs majeurs, de gauche comme de droite. Carlson dit avoir été informé par des « connaissances » que la CIA aurait demandé au ministère de la Justice d’enquêter sur ses contacts journalistiques avec l’Iran afin d’en déterminer ou non le caractère criminel. Il a fait une déclaration à cet effet, suivie d’autres, et en a discuté avec le journaliste américain qui vit au Brésil, Glenn Greenwald. Un harcèlement judiciaire n’est pas à exclure, ne serait-ce que pour « fuiter » et diaboliser.

    La politique étant ce qu’elle est, il serait logique de penser que la tentation d’inculper un opposant politique est toujours possible. Trump devrait en savoir quelque chose.

    Plus ça change, moins ça change : l’Amérique sous pilotage automatique

    Les États-Unis sont coutumiers des guerres de choix. Parce qu’ils sont une république oligarchique conçue pour donner un cadre opérationnel subtil à la démocratie, ce qui a permis dès leur fondation aux quatre tribus constitutives du pays (voir notre précédente chronique) de pacifiquement coexister. Sachant que les oligarchies transcendent les tribus, et contrôlent les institutions depuis toujours. Aux propriétaires de plantations ont succédé les chevaliers d’industrie, puis les banquiers, puis les technologistes. Ils ont ainsi peu à peu transformé la Weltanschauung de la république, la faisant passer de l’isolationnisme à l’internationalisme, de l’internationalisme au transnationalisme puis, depuis 2024, du transnationalisme au national-technologisme, lequel entre maintenant en conflit direct avec un retour de flambée de l’impérialisme hydroponique messianique qui fut jadis qualifié de « blob » par Barack Obama : les néoconservateurs de l’équipe Bush qui reviennent en force.

    Retour des néoconservateurs

    Ces derniers avaient inlassablement remodelé la carte géopolitique du Proche-Orient, cristallisant leurs vues dans un célèbre mémorandum cité dans son livre par le responsable de la CIA de Bill Clinton, James Woosley. Le mémo décrivait une chaîne de renversements de régimes « sous cinq ans » en Irak et en Syrie, au Liban et en Libye, en Iran et en Somalie, le Soudan complétant la liste de ce projet « prophylaxique ». En dépit de la mauvaise surprise de l’Afghanistan, ils s’obstinent aujourd’hui à vouloir mener à bout leur plan, cochant la dernière case : l’Iran. Il leur aura fallu vingt-cinq ans. La population en a assez. Les finances de l’État s’épuisent. La dette publique est obèse. Et la Chine poursuit son avance technologique. D’où les deux élections de Trump.

    Certains s’étonnent encore que ses promesses de 2024 (la dernière élection présidentielle) n’aient pas été tenues. L’opération de police lancée par le DOGE dans le cœur nucléaire des dépenses publiques a en effet échoué dès le départ parce que Musk voulait procéder à un audit approfondi de deux rackets champions du camouflage comptable, le wokiste et le belliciste, tous deux affamés de l’or des contribuables. La guerre en Ukraine n’a pas été arrêtée en 24 heures, ni jamais. Et celle des tarifs a été cafouilleuse, prêtant le flanc au sabotage des juges. Quant au contrôle du Canada (vieux et fascinant projet « anti-New Deal » du Tecnate of America des années 30, auquel collaborait activement le grand-père maternel d’Elon Musk), celui-ci a explosé au décollage (avec le Groenland !). Et voici maintenant que la guerre pour le contrôle de l’énergie mondiale ne tourne pas rond non plus. Considérée pourtant comme un prérequis au financement d’un pharaonique programme d’intelligence artificielle lui-même conçu par les technologistes comme l’ultime vaccination, désespérée, contre le dépérissement de la civilisation américaine, donc occidentale, la guerre en Iran était supposée étouffer les métastases galopantes d’un cancer nommé les BRICS. Or, là encore, Trump se mutile politiquement en sacrifiant sa base électorale. La commentatrice Megyn Kelly, lors d’une interview de Joe Kent, lequel a récemment démissionné de son poste de directeur national du contreterrorisme, nous rappelle en effet que la coalition de 2024 a explosé et que les démocrates, dépourvus de leader ou de programme autre que l’impeachment de Trump (sa révocation), vont pourtant bénéficier d’un raz-de-marée lors des législatives de l’automne.

    Trump est-il idiot ou suicidaire ? A‑t-il peur de quelque chose ?

    Bon nombre de commentateurs américains, la majorité en fait, se noient en ce genre d’hypothèses. Ils ignorent peut-être que Trump est tout simplement un faible, un faux-dur qui ne sait pas dire non, tout comme ses prédécesseurs le furent. Conçu pour servir les oligarchies, l’État permanent américain fonctionne depuis deux cent cinquante ans sous pilotage automatique. Aucun capitaine n’a pu historiquement le déconnecter. Tous ont fait semblant. En particulier depuis la Première Guerre mondiale. Et aucun dans le futur ne le pourra, à moins de procéder à une déconstruction et reconstruction complète des pouvoirs publics en invoquant l’article 5 de la constitution, selon par exemple des recommandations de la Heritage Foundation ou encore du groupe militant The Convention of States. Que l’on y parvienne ou non, ceci aura un impact non pas seulement pour les Américains, mais pour le reste du monde. Ce dernier ne peut attendre. Ni Israël qui pourtant a fait trop confiance à quelques lobbies américains dont le style agressif risque d’avoir un effet contraire : la détérioration de jour en jour de son capital de sympathie. Le phénomène Netanyahou vient d’être brillamment exposé par l’ancien politicien israélien (et un temps président par intérim du pays), Avraham Burg, lors de sa toute dernière interview avec Tucker Carlson. Burg éduque le journaliste sur les racines intellectuelles du Premier ministre, sur la complexité de la société israélienne, et ses considérables transformations depuis l’époque héroïque de la guerre des Six Jours, en 1967. Ainsi que sur la psychologie du citoyen de base.

    Woodstock et le déclin occidental

    La « renaissance » voulue par Netanyahou, son rallumage du sens de l’histoire sioniste, résulte probablement de sa propre prise de conscience du déclin américain. Ceci ne date pas d’aujourd’hui. Le déclin remonte à loin : à l’année 1969, précisément. Depuis Woodstock. Peter Thiel a dit l’année dernière que ce sont les hippies qui depuis ont pris le contrôle de l’Amérique. Depuis Woodstock, évènement qui en quelque sorte a « annulé l’alunissage » en 1969 du programme Apollo. Prométhée a été dilué. Et Thiel d’expliquer : depuis cette date, la science des grandes découvertes ne progresse plus, les ingénieurs disparaissent, les banquiers poussent comme des champignons, l’on ne fabrique plus de produits faits d’atomes, on se contente au contraire de multiplier produits et services assis sur des bytes. Conclusion du fondateur de Palantir : faute d’un redressement majeur, sans un retour au tangible, l’empire occidental vit sous le signe de l’Antéchrist.

    Fin de la liaison automatique USA-Israël

    L’État d’Israël a compris depuis plusieurs années que son soutien psychologique et financier en Amérique dépend de ceux qui rêvaient de la conquête spatiale : les baby-boomers. Ils sont en voie de disparition, à l’exception de Musk. L’Amérique change politiquement, démographiquement, psychologiquement. Les électeurs démocrates sont devenus hostiles à Israël et favorables à la Palestine au point que les lobbys pro-israéliens comme l’AIPAC (l’American Israel Public Affairs Committee, fondé en 1959, successeur de l’American Zionist Committee for Public Affairs, fondé en 1954) choisissent désormais d’utiliser des structures intermédiaires ne faisant nullement référence à Israël lorsqu’ils soutiennent des candidats aux primaires. Quant aux électeurs républicains, ils se divisent entre les vieux (pro-Israël, pro-establishment) et les jeunes (isolationnistes, défiant l’establishment, hyperactifs dans les podcasts, ce qui explique les succès considérables de certains d’entre eux venus pourtant du « mainstream »: Megyn Kelly, Pierce Morgan, et bien sûr Tucker Carlson), emblématiquement représentés par le défunt Charlie Kirk. Benjamin Netanyahou le comprend. Il sait aussi que la démographie en Israël ne va pas dans le sens de l’histoire. Il lui faut coûte que coûte poursuivre, provoquer des retournements stratégiques.

    De « La vie selon Agfa » à la rave party : le sursaut des sionistes messianiques

    Le petit État israélien n’a jamais cessé de se redéfinir. Fondé par des socialistes nationalistes originaires d’Europe, il a progressivement mué à la suite de diverses vagues ou mutations migratoires. La Terre sainte dispersée aux quatre vents s’est brutalement, deux mille ans après, transformée en camp de réfugiés, puis en état-kibboutz, puis devint un État-client de la puissance américaine. Les arabo-musulmans de la région ont alors hâtivement perçu Israël comme un porte-avions de l’Occident chargé de la police de la région. Mais le génie est sorti de la bouteille de l’Histoire, se dessine maintenant un État-puissance de stature mondiale, assis sur trois forces profondément voulues comme irrévocables : son peuple, sa terre, et sa loi. Cela suffit. Le peuple de prêtres se transforme en nation. Point n’est besoin en effet, pour certains intellectuels juifs, de croire en Dieu Selon le Français Henri Atlan, il n’y a curieusement ni Credo ni Chahada (professions de foi) dans la religion juive. D’autres, quelques rabbins orthodoxes, comme Yakov Ravkin, vont au contraire jusqu’à présenter le projet israélien comme une conséquence du protestantisme messianique, une erreur qui, comme le disait Montagu à Balfour, mettrait les juifs du monde en danger, faisant en sorte qu’ils seraient traités en étrangers dans tous les pays, y compris en Palestine. Shlomo Zand va de son côté affirmer dans son livre que la terre d’Israël a été « inventée », là encore sous influence protestante. D’autres voient enfin le sionisme comme la marque de l’idolâtrie, de l’hubris et de l’hérésie. Ainsi du rabbin Yaakov Shapiro.

    Le rôle des sionistes chrétiens

    Inversement, certains groupes minoritaires mais très actifs diront, avec les disciples de feu le rabbin Kook, qu’Israël n’attend plus le Messie ; il en est la première étincelle, l’étape numéro un du cycle messianique. Autrement dit, selon l’école des prémices de la Rédemption, la fin est déjà là. Depuis le cycle Netanyahou, grâce à la guerre très largement soutenue par la population alors que les élites le haïssent, le paysage a changé, en particulier depuis quinze ans. Le temps d’une génération, le socialisme sioniste a fait progressivement place à une sorte de synthèse, le sionisme messianiste, peut-être beaucoup plus vibrant encore dans le cœur des cinquante millions de chrétiens sionistes américains que dans celui des Israéliens. Vecteur d’une vision géopolitique nouvelle, il passe de la simple idéation d’un État précieux, centre mondial d’une nation qui renaît, à un projet : la restructuration complète de son voisinage. Car le troisième temple attend… au carrefour de trois continents.

    Israël comme nouvelle Californie eschatologique ?

    Carrefour du Proche-Orient en effet, que cet Israël scientifique, technologique et politique, nouvelle Californie eschatologique, prochain eldorado de la nouvelle histoire d’un monde réinitialisé. Benjamin Netanyahou a pris son indépendance à l’égard des États-Unis, dont le peuple est vu par les citoyens de l’État hébreu, nous dit Avraham Burg, comme naïf bien qu’admirable. Netanyahou, comme la plupart de ses prédécesseurs, connait le pays comme sa poche. Il a besoin de lui. Et il n’a pas le choix. Car tendanciellement Israël vit une sorte de déclin interne identique à celui de l’Amérique et de l’Europe. Cela ne date pas d’aujourd’hui. Ce déclin social d’Israël fut prophétisé par un film de 1992, La Vie selon Agfa (réalisé par le fils de Moshe Dayan), qui présentait la société israélienne sous un jour nihiliste. La symbolique de la dernière prise de vue (la bande du magnétophone qui tourne à vide, précisément) nous aide peut-être à comprendre le phénomène Netanyahou d’aujourd’hui. Le voilà en effet qui enfourche le cheval blanc de l’apocalypse lorsque sort une suite du film de Dayan, la rave party du 7 octobre.

    La guerre des terres promises est inscrite dans les astres

    La tragédie grecque décrit le champ d’affrontement de deux légitimités. Un domaine où les dieux n’ont pas le droit d’intervenir. L’Amérique comme Israël sont conscients de leur crise mutuelle. L’Amérique de Carlson veut se replier sur ce qu’elle nomme l’Hémisphère Ouest, ensemble autarcique qui réunit toutes terres américaines entre pôle Nord et pôle Sud, tout en conservant son monopole monétaire et techno numérique sur le monde. L’Israël de Netanyahou attend de son allié qu’il s’engage au-delà de ce périmètre ; il l’entraîne imprudemment dans une crise énergétique au Proche-Orient qui risque de faire perdre à Washington dix ans de progression technologique. Parce qu’Israël a besoin d’un hinterland et d’un rimland élargi. Au détriment de ses voisins.

    L’élection présidentielle américaine de 2028 représente la date butoir. La crise actuelle a le mérite de la clarté. D’un côté la position Carlson-Vance qui sert de locomotive à un système que Trump ne contrôlera plus bientôt. De l’autre le joint-venture Israël et chrétiens sionistes, promu par les admirateurs de Netanyahou les plus vocaux aux États-Unis, et qui risque en fait de faire exploser les deux pays. D’un côté l’Amérique ne peut plus servir de gendarmerie à l’État hébreu. De l’autre, Israël réalise qu’il lui sera trop dangereux de rester colonie américaine. D’où cette tragédie des deux terres promises. D’où aussi la tragédie du Proche-Orient en son entier.

    La marche de l’aveugle et du paralytique ne pourra durer longtemps. Les deux équipes de campagne le savent.

    André Archimbaud (OJIM, 28 mars 2026)

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  • Conflit en Itran et guerre de l'information...

    Vous pouvez découvrir ci-dessous un entretien donné par Pierre Conesa à Omerta, dans lequel la guerre de l'information qui fait rage dans le conflit iranien.

    Agrégé d'histoire et énarque, Pierre Conesa a fait partie dans les années 90 de la Délégation aux affaires stratégiques du Ministère de la défense. Il est l'auteur de plusieurs essais, dont, notamment, Dr. Saoud et Mr. Djihad - La diplomatie religieuse de l'Arabie saoudite (Robert Laffont, 2016), Hollywar - Hollywood, arme de propagande massive (Robert Laffont, 2018), Le lobby saoudien en France - Comment vendre un pays invendable (Denoël, 2021), Vendre la guerre - Le complexe militaro-intellectuel (L'aube, 2022) et État des lieux du salafisme en France (L'aube, 2023).

     

                                               

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