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Points de vue - Page 406

  • Sauver la ville !...

    Nous publions ici un point de vue de Pierre Le Vigan sur la ville (version remaniée d'un article paru initialement dans la revue Rébellion). Pierre Le Vigan, passionné depuis toujours par la question de la ville et urbaniste de profession, a récemment publié un essai intitulé La banlieue contre la ville, aux éditions de La Barque d'or.

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    La ville malade de la banlieue : sauver les villes des mégavilles

    Hubert-Félix Thiéfaine chantait « Quand la banlieue descendra sur la ville  ». C’est l’expression de la vieille peur de l’encerclement de la ville par la banlieue. Une peur qui s’appuie sur la crainte des émeutes urbaines, sur la peur des immigrés qui peuplent la banlieue, sur un nœud de réalités tout comme de fantasmes. La banlieue apparaît ainsi « contre » la ville, comme son contraire : l’éloignement de tout à la place de la proximité de tout que l’on connaît dans les centres villes. Les prolétaires plutôt que les « cadres sup », les populations « aidées » plutôt que les populations « aisées ». La grisaille plutôt que le clinquant. Les enjoués de la mondialisation plutôt que ses victimes.

    Il y a donc bien des facteurs d’opposition entre ville et banlieue. Mais l’une et l’autre se côtoient. Elles sont contre, tout contre l’autre. En d’autres termes, l’une se nourrit de l’autre. La misère de l’une, la banlieue, est évidente (à l’exception de quelques banlieues aisées qui sont une minorité), mais la misère dans les centres-villes existe aussi. Une misère moins matérielle que morale, relationnelle, existentielle. Disons le autrement : ville et banlieue forment système. C’est le système de la modernité. Ville et banlieue souffrent de ses signes, de ses marques, de ses manques. La modernité fait des dégâts partout.

    C’est ce que j’ai essayé de montrer dans mon livre, La banlieue contre la ville (édition « La barque d’or »). Ville et banlieue : de quoi parle-t-on ? Les mêmes mots désignent des réalités qui ne sont plus celles de 1910 ni de 1950. Les banlieues étaient les faubourgs de la ville. Elles étaient le prolongement de la ville et une transition vers la campagne. Le gigantisme est venu bouleverser cela. La banlieue s’étend désormais à perte de vue dans les mégalopoles telle la région parisienne. Paris, la ville historique de Paris, même avec ses quartiers les plus récents, ceux qui n’ont été urbanisés que sous le Second Empire, n’est plus qu’un petit point au centre de l’agglomération parisienne. 2 millions d’habitants vivent à Paris, plus de 12 millions vivent à coté de Paris dans les périphéries lointaines de l’agglomération, qui déborde au-delà même de l’Ile de France, en Picardie, en région Centre, vers la Champagne Ardennes. Tous les gouvernements de la (fausse) droite et de la (fausse) gauche poursuivent le même but, faire de Paris une mégaville encore plus « compétitive ». Cela veut dire : encore plus financiarisée, encore plus spéculative, encore plus invivable pour la masse de ses habitants. « Nicolas Sarkozy veut donner un nouvel élan au Grand Paris » dont le projet « va jusqu’au Havre », indiquaient les Echos du 10 octobre 2011, chiffrant à 32 milliards le montant des investissements en infrastructures que cela requerra d’ici à 2025. Si cette dépense n’empêchera pas nombre de Parisiens à essayer de fuir leur mégalopole, comme un million d’entre eux l’ont fait en 5 ans, bien plus nombreux sont les nouveaux habitants qui arrivent à Paris, venus, souvent, des quatre coins du monde et de ce que l’on appelait le « tiers monde », où le manque de perspective attire dans les grandes villes européennes, avec les encouragements et les aides mises en place par l’hyperclasse . Car celle-ci poursuit son objectif : elle ne fait pas du social pour le plaisir de se donner bonne conscience, elle fait un minimum de social, uniquement en direction des couches les plus défavorisées, et en vue d’un objectif précis. Cet objectif c’est de peser à la baisse sur les salaires des travailleurs originaires du pays d’accueil, de leur faire accepter des reculs sociaux, par une concurrence de main d’œuvre peu exigeante car elle n’a pas le choix. L’immigration de masse est une stratégie du capital. Réserver les HLM aux plus pauvres, généralement issus de l’immigration, est un aspect de cette stratégie, et nous ramène au coeur des questions de la ville, car c’est un moyen pour le patronat de moins payer ces travailleurs (cf. Alain de Benoist in Eléments 139,2011, « Immigration, l’armée de réserve du capital »et le Spectacle du monde, octobre 2010, « L’immigration en France, état des lieux »). L’objectif du capital, c’est tout simplement un financement public le plus élevé possible de la reproduction de la force de travail permettant à la part privée, patronale, de ce financement, d’être la plus faible possible. C’est uniquement en ces termes - que l’on peut qualifier de marxistes et qui sont en tout cas réalistes - que ceci peut se comprendre et non, comme paraissent le croire certains, parce que les pouvoirs publics seraient animés d’une pseudo préférence étrangère. Celle-ci n’est qu’une préférence pour l’immigration qui n’est elle-même qu’une préférence pour les bas salaires d’une part, pour la division et l’affaiblissement de la classe ouvrière d’autre part.

    L’évolution contemporaine de la ville s’analyse en fonction de cela. En périphérie se situent les zones d’habitat, loin des entreprises, très loin des usines, afin que les travailleurs ne puissent s’organiser et soient usés par le travail, tout comme les chômeurs ne peuvent non plus s’organiser dans ces immenses zones où chacun est isolé de l’autre : car la densité des banlieues est dérisoire face à celle des centres-villes. Au centre des agglomérations se situent les espaces festifs (Festivus festivus disait Philippe Muray), où il s’agit de « s’éclater », où les élus locaux aménagent des espaces de plus en plus « jouissifs » (dixit Bertrand Delanoé), afin de faire oublier les dégâts de la mondialisation, les délocalisations, la liquidation de l’industrie, tout particulièrement en France. Objectif ultime : tuer toute envie de politique, celle-ci étant noyée dans de vagues fêtes citoyennes ou communautaires (participation des élus à des ruptures du jeune, encouragements à tous les replis communautaires, etc).

    Partout les centres-villes sont devenus inabordables pour les classes populaires ou moyennes. Ils sont devenus des musées, sans artisans, sans entreprises autres que des commerces. Immigrés pauvres entassés dans des logements vétustes, bobos charmés par la « diversité » mais très habiles en stratégie d’évitement de celle-ci quand il s’agit de scolariser leurs enfants, le peuple est en fait chassé du cœur des grandes villes. Les artisans s’y font de plus en plus rares, les petites industries y ont disparu, les services et la tertiarisation ont remplacé les ouvriers.

    Face à cela, il faudrait rétablir la possibilité de liens sociaux plus forts. Cela nécessiterait deux choses. La première c’est la densité, insuffisante en banlieue, ce qui a pour conséquence que ces banlieues sont trop étendues. Trop étendues pour des raisons écologiques, trop consommatrices en énergie notamment pour les transports, trop souvent individuels (usage excessif de la voiture rendu indispensable par la carence des transports en commun). La seconde chose qui serait nécessaire, c’est de développer la mixité habitat-travail, avec donc l’objectif d’une réduction des temps de transport, avec un nouvel urbanisme abandonnant la solution trop facile et inepte de séparer totalement zones d’activité et d’emploi. Ce sont les deux axes majeurs à développer. Comme conséquence de leur application, les liens entre travailleurs, qui sont aussi des habitants seraient facilités, les luttes, à la fois dans le domaine du travail et dans le domaine de l’habitat seraient rendues plus aisées, les collectifs habitants-travailleurs pourraient intervenir dans la gestion des usines, des ateliers, des immeubles. Les luttes sociales redeviendraient possibles à chaque fois qu’il serait nécessaire de s’opposer à la logique du capital, l’organisation des sans travail, les initiatives pour créer des entreprises sans capital, des coopératives ouvrières de production, des entreprises associatives, de l’économie solidaire seraient là aussi facilitées.

    En somme, il serait possible de refaire une société forte, autour de la valeur du travail bien sûr mais pas autour du « travailler toujours plus », a fortiori quand il s’agit de travailler toujours plus pour le capital. La mise hors d’état de nuire des trafiquants de drogue et autre pourrait être réalisée par les habitants-travailleurs eux mêmes dotés de leur propre garde nationale civique dans le même temps que le coeur de la politique nationale (et européenne bien sûr) devrait être de lutter contre le parasitisme financier, le blanchiment de l’argent sale, la délinquance civique tout autant qu’économique et ses réseaux.

    La ville doit être conçue pour le lien social. Elle doit répondre aux besoins éthologiques de l’homme : enracinement, repères, intimité. L’anonymat est aussi un besoin dans les villes, mais c’est son excès que l’on constate, c’est son excès qu’il faut mettre en cause. Pour répondre au besoin d’enracinement, il faut rapprocher habitat et lieux d’activité, il faut voir à nouveau la ville comme un paysage, et réhabiliter la notion d’identité locale, de lieu, de site. Il faut, par la densité, réduire l’étendue des villes, combattre l’étalement urbain, retrouver la coupure franche ville-campagne. C’est que j’essaye de montrer dans mon analyse des rapports de l’homme et de la ville. Montrer pour convaincre. Convaincre pour transformer.

    L'avenir de la ville n'est écrit nulle part. Entre le grand ensemble et la marée pavillonnaire, d'autres voies sont possibles. Le devenir-banlieue de la ville n’est pas inéluctable. Les idées de notre modernité ont mené la ville là où on sait. D'autres idées peuvent la mener ailleurs.

    Pierre Le Vigan (version remaniée d'un article paru dans Rébellion, novembre-décembre 2011)

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  • Bonne année...

     

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    Avant de vous laisser lire les voeux grinçants de Michel Geoffroy, cueillis sur Polémia, Métapo infos vous souhaite une année 2012 dédiée à la mobilisation, à la résistance et au combat face au système et à sa pensée unique...

    Cordialement !

     

     

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    Rien que de bons voeux

    Bonne Année à Goldman Sachs qui a gentiment fourni des dirigeants à la Grèce, à l’Italie, à l’Espagne et à la Banque centrale européenne, pour nous aider à mieux prendre en considération les intérêts des banques et des marchés.

    Bonne Année à M. Trichet, aux directoires de la Banque centrale européenne et des banques centrales de la zone euro, qui ont bien mérité du Deutsche Mark.

    Bonne Année à l’euro surévalué « qui nous rend plus forts », mais que les gouvernements européens nous disent qu’il faut maintenant secourir d’urgence.

    Bonne Année à N. Sarkozy et A. Merkel qui décident de nouveaux traités limitant encore plus la souveraineté budgétaire des citoyens européens, mais sans les soumettre à référendum.

    Bonne Année à tous les gouvernants européens qui veulent nous protéger des démons du protectionnisme : les travailleurs chinois et indiens les remercient chaleureusement.

    Bonne Année à Liliane Bettencourt, à Maurice Lévy, à Louis Schweitzer, à Jean-Cyril Spinetta, à Frank Riboud et à tous les dirigeants qui ont souhaité au mois d’août dernier « l’instauration d’une contribution exceptionnelle qui toucherait les contribuables français les plus favorisés ». Leurs vœux seront exaucés au-delà de leurs espoirs puisqu’en 2012 nous paierons tous plus d’impôts, plus de taxes, ainsi que des tarifs et des péages plus élevés.

    Bonne Année à tous les chômeurs, en particulier les jeunes : l’embellie est en vue car N. Sarkozy a convoqué un sommet sur l’emploi dans trois semaines.

    Bonne Année aux inégalités sociales : elles vont continuer de prospérer avec la récession que nos gouvernants font tout pour écarter en réduisant les dépenses publiques et en augmentant les impôts et les taxes.

    Bonne Année aux syndicats de cheminots, de la RATP, des contrôleurs aériens, des pilotes de ligne, des postiers, des gaziers et d’EDF et d’une façon générale à tous les « partenaires sociaux » : vous aurez certainement l’occasion en 2012 de « lutter » pour vos revendications catégorielles en prenant en otages comme d’habitude les salariés, les usagers et les banlieusards impuissants.

    Bonne Année aux fabricants de caméras de vidéosurveillance, de radars et d’alcootests : le gouvernement a décidé d’en implanter de nouveaux et de rendre obligatoires ces derniers pour « améliorer notre sécurité », bien entendu.

    Bonne Année à tous les délinquants et criminels récidivistes : les 5 millions de victimes annuelles de crimes et délits recensées en France par l’Observatoire de la délinquance et de la réponse pénale leur assureront une activité soutenue en 2012.

    Bonne Année à ceux dont on ne parle jamais dans les médias : ceux qui profanent les églises, les tombes chrétiennes ou les cimetières militaires.

    Bonne Année aux forces de police et de gendarmerie qui continuent d’arrêter – en évitant les « bavures » – ceux que les juges libèrent peu de temps après.

    Bonne Année à tous ceux qui veulent venir en France nous faire profiter de leur extraordinaire savoir-faire ou nous enrichir de leurs magnifiques différences culturelles ou religieuses. Ils nous rejoindront bientôt puisque les syndicats, le patronat et les présidents d’université le réclament de concert aux pouvoirs publics, pour notre bien. Et bonne année à tous les « sans-papiers » : ils seront régularisés par circulaires une fois de plus, n’en doutons pas, en 2012.

    Bonne Année à tous les Mohammed car ce serait le prénom le plus fréquemment inscrit à l’état civil à Oslo, à Bruxelles ou à Marseille.

    Bonne Année à toutes les associations communautaires et « antiracistes » qui sont financées par le contribuable pour aider les étrangers qui contournent les lois de la République, pour promouvoir la discrimination à l’encontre des Français de souche ou pour réduire toujours plus notre liberté d’expression.

    Bonne Année au Parlement qui vote toujours plus de lois mémorielles qui confient aux juges le pouvoir de dire ce qui doit être « historiquement correct » pour nous.

    Bonne Année au Conseil constitutionnel et à la Cour européenne des droits de l’homme, qui mettent en tutelle le pouvoir législatif, c'est-à-dire notre souveraineté.

    Bonne Année aux médias et aux agences de publicité : ils continueront en 2012 de nous fournir régulièrement en bobards et ils veilleront à ce que nos informations et nos pensées restent bien « politiquement correctes ».

    Bonne Année aux Egyptiens, aux Tunisiens, aux Libyens, aux Afghans, aux Irakiens, aux Syriens, aux coptes et aux chrétiens du Nigéria : vous aurez bientôt le choix entre le chaos, la valise ou l’islamisme, mais avec les compliments des « libérateurs » occidentaux. Car, dieu merci, vous n’êtes pas protectionnistes !

    Bonne Année à nos militaires morts aux ordres de l’OTAN et à leurs familles : vous serez honorés le 11 novembre à la place de vos grands-parents qui sont morts pour la France.

    Bonne Année à Laurence Parisot qui nous souhaite une France métissée et qui se dévoue pour nous éviter de tomber dans un « piège bleu Marine ».

    Mais surtout bonne année à tous les Français qui finiront par ouvrir les yeux et qui en tireront enfin les conséquences politiques en 2012 !

    Michel Geoffroy (Polémia, 29 décembre 2011) 

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  • Par le petit bout du métro...

    Nous reproduisons ci-dessous une chronique de Philippe Bilger, cueillie sur son blog Justice au singulier et consacrée au métro parisien comme révélateur de l'état de la société française...

     

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    Par le petit bout du métro

    Magistrat, je prenais assez rarement le métro. Mon épouse généralement me conduisait le matin lors de mes sessions d'assises et je revenais souvent en autobus. Dans la seconde quinzaine de chaque mois, mes horaires étant plus souples, j'utilisais le bus qu'il fallait attendre longtemps mais qui était très pratique.

    Depuis le 3 octobre, chaque jour, la presse du métro m'est devenue familière. Difficile de s'asseoir et quand on le peut il revient à la politesse de céder sa place au moins aux femmes d'un certain âge.

    Enthousiaste à l'idée d'aller travailler dans un cabinet d'avocats chaleureux et remarquable, je vis pourtant comme une ascèse le quart d'heure nécessaire au trajet de six stations. Je n'étais pas assez naïf pour penser que dans ce monde souterrain, le bonheur de vivre, la joie d'être éclateraient sur chaque visage et qu'on y retrouverait comme par magie une urbanité, une attention à autrui qui à l'air libre sont déjà assez parcimonieuses. Tout de même, je ne m'attendais pas à une telle morosité crépusculaire, à cette lassitude des corps, à cette étrange impression de devoir coexister avec des personnes âgées ou plus jeunes pour lesquelles, à l'évidence, qui que vous soyez, vous n'êtes RIEN. Ce n'est pas que le silence règne puisque chacun, dans son heureuse autarcie, est majoritairement plongé dans tous les modes de communication possibles et imaginables. Mais surtout avec son voisin ou sa voisine, si proche, trop proche, pâtissant du grave défaut d'être immédiatement à portée de voix physique. D'autres lisent un journal ou, exploit sauf s'ils ont déniché une place, un livre.

    Cette mélancolie collective, à peine troublée par des cris ostensiblement intempestifs pour se faire remarquer et encore plus gênée - moi, le premier ! - par l'irruption volubile et quémandeuse de quelques SDF nous offrant une musique qu'on n'a pas demandée, est d'autant plus glaçante qu'ici ou là, dans le wagon, se produisent des indélicatesses au quotidien qui démontrent que les voyageurs du métro, toutes classes confondues, se sont doucement et sûrement laissé glisser sur la pente de la facilité grossière.

    Au moment de monter dans la rame ou d'en descendre, il s'agit d'un véritable combat qui ne semble pas tant dépendant du nombre que de la mauvaise volonté et de la maussaderie manifestées par chacun pour permettre la sortie ou l'accès. On trouble quand on s'ajoute, on dérange lorsqu'on se retire. Les excuses, quand elles existent, n'y font rien. Quand on est parvenu à s'extirper, c'est un soulagement comme si on avait surmonté une épreuve et accompli un tour de force. On s'est libéré d'autrui !

    Ce n'est rien par rapport aux péripéties très éclairantes qui se déroulent lors du trajet. Pour peu qu'une place assise devienne vacante, la personne, homme, femme, blanche, noire, maghrébine, asiatique, jeune ou vieille, qui désire s'y installer vous bouscule, n'émet pas un seul pardon comme s'il convenait d'affirmer avec une sorte d'arrogance silencieuse le droit acquis à s'emparer d'un siège sans avoir la délicatesse purement conventionnelle de s'excuser pour les genoux heurtés, le coup de coude dans le torse ou, à la fin du processus, quand parfois une masse humaine s'est installée, le repliement obligatoire sur un minuscule bout de banquette.

    Les gares, le métro, les salles de cinéma sont des lieux où un peuple se juge. Pour la politesse, l'affabilité, l'optimisme, le respect d'autrui. Pour le métro, comment ne pas être frappé par l'ombre collective qui pèse sur cet enfermement utilitaire le temps d'un parcours bref ou plus long ? J'ose soutenir que le moral d'une collectivité peut être apprécié dans ces rassemblements où personne ne joue la comédie, où la nudité de la quotidienneté confronte chacun à chacun dans sa vérité et sa simplicité. La joie de vivre s'en est allée et le pire consiste sans doute dans l'hésitation qui vous saisit avant de sourire à un petit enfant et à sa mère, de céder votre place, d'arborer un air bienveillant ou de montrer que celui ou celle qui survient n'est pas importun mais légitime. Il y a une telle atmosphère de minimalisme humain et de politesse réduite à presque rien qu'on est effondré pour soi, pour les autres, pour la société que ce délitement traduit. Si des personnalités politiques voulaient bien faire cet effort d'abandonner le somptuaire et le confortable pour venir quelque temps goûter la saveur du peuple, dans le métro, serré, comprimé dans une tristesse autarcique et une pesanteur grise, elles en tireraient des enseignements décisifs. Un pays qui montre ce visage souffre de quelque chose. Ce n'est pas seulement la dégradation inévitable suscitée par l'écoulement du temps mais en profondeur des groupes dévastés par une incertitude sur demain, angoissés et donc repliés sur une morne indifférence proche d'une agressivité muette. Venir dans le métro, observer, subir, déplorer constituerait une formidable leçon pour nos gouvernants. Pas pour un petit tour, comme Valéry Giscard d'Estaing mais de manière suffisamment approfondie et attentive pour pouvoir mesurer les béances, les attentes et la nécessité d'un destin à offrir.

    Gilbert Collard, qu'on se plaît à moquer sur tous les plans souvent sans le valoir, a proféré une vérité profonde en affirmant que sa première mesure, s'il était président de la République, serait d'édicter trente minutes de joie par jour. Sachant l'utopie de sa proposition, il a cependant mis l'accent sur ce qui manque le plus à la société française : le bonheur d'être ensemble (jdd.fr).

    Pourquoi serait-il honteux pour les politiques, contre ce qui divise et déchire, de se battre vraiment pour ce qui rassemble ?

    Qu'ils prennent le métro !

    Philippe Bilger (Justice au singulier, 28 décembre 2011)

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  • Qui va gagner le prolo ?...

    Elisabeth Lévy, qui, avec Eric Naulleau, a remplacé Eric Zemmour pendant quelques jours dans sa chronique matinale sur RTL, nous livre un billet d'humeur bien salé sur la chasse au vote populaire qui s'est ouverte à l'approche de l'élection présidentielle...


    Elizabeth Lévy: "François Hollande et le vote... par rtl-fr

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  • La fin des certitudes...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue cueilli sur le site de l'agence de presse russe RIA Novosti et signé par Hugo Natowicz, journaliste français installé à Moscou, qui tient le blog intitulé Impressions de Russie.

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    La fin des certitudes

    Un de mes premiers souvenirs liés à l'actualité est la chute du mur de Berlin, événement qui a, à juste titre, marqué les jeunes nés dans les années 1980. Par-delà les énormes bouleversements géopolitiques qu'il a induits, le démantèlement de l'Union soviétique a eu une conséquence psychologique majeure: ma génération, frappée à jamais par ces images, a grandi avec la certitude d'être née du bon côté de l'histoire.

    Ce sentiment était exacerbé par des décennies de confrontation entre deux blocs, l'URSS et les Etats-Unis. Un tête-à-tête anxiogène qui avait au moins un mérite: celui de tracer une géopolitique commode et compréhensible, sur le mode binaire. Le monde était prévisible, nettement organisé autour de la confrontation de deux camps hostiles.

    Survenue il y a exactement vingt ans, la chute de l'Union soviétique signifiait la disparition du dernier obstacle à une dynamique qui, pensions-nous inconsciemment, devait naturellement finir par englober le reste de la planète telle une vague vertueuse. La géopolitique simpliste du temps de la guerre froide débouchait sur une autre certitude, une nouvelle commodité pour la pensée. Les rôles du gagnant et du perdant étaient nettement distribués: l'Occident sortait vainqueur de son conflit avec l'URSS.

    Baigné depuis l'enfance dans les valeurs occidentales, j'ai longtemps cru, comme de nombreux citoyens européens, que le système économique, politique et moral qui m'avait vu naître était la seule et unique voie possible. J'ai eu la chance de grandir dans un monde qui, s'il n'était pas dénué d'injustices, était mû par une dynamique simple, confortablement soutenue par ce "sentiment de victoire" sur l'Union soviétique.  

    Ce "monde occidental" dans lequel je suis né, comment le définir? A quel moment se produit la jonction géopolitique entre les deux rives de l'Atlantique? A cet égard, le débarquement des soldats américains à Omaha Beach a marqué un tournant majeur. Arrivé en libérateur, Washington bénéficiait du droit légitime d’implanter son système politique et économique. Une entreprise fondée sur le plan Marshall, un prêt censé aider l’Europe à se reconstruire et à se consolider face à l’ennemi communiste. Sous couvert d'aide, les USA s'assuraient un marché pour écouler leurs marchandises, et subordonnaient l'économie européenne. Dernier rempart de la souveraineté française, De Gaulle eut beau fustiger la suprématie du dollar, appeler au retour à l'étalon or, et accuser les Etats-Unis d'exporter leur inflation; il finit par quitter le pouvoir après avoir été chahuté par la révolte étudiante de mai 1968.

    Au niveau politique, la logique d'après-guerre s'est caractérisée en Europe par le fédéralisme politique, les efforts visant à enraciner le libre-échange et la soumission du politique à l'économique. Une dynamique menée au mépris de la volonté des peuples, qui s'y sont opposés lors de référendums à chaque fois bafoués. Militairement, la toute-puissance occidentale est adossée à l'Otan, qui continue de perpétuer la logique d'expansion propre à la guerre froide malgré la disparition de l'URSS.

     

    Demain la chute?

    Il est désormais bien loin, le temps des certitudes. L'économie, jadis moteur de la construction du "bloc" occidental, en est devenue le talon d'Achille. Alors que de nouveaux acteurs attendent de s'affirmer sur la scène internationale, le repère planétaire qu'est l'Occident s'enfonce dans une crise dont les répercussions sont encore imprévisibles. Une chose est sure: elles seront incommensurables. Derrière l'agonie de l'euro, dont l'aggravation continue augure un final dramatique, se dessine une autre crise, plus profonde. Vingt ans après celle de l'URSS, une nouvelle chute se dessine: celle du monde occidental tel qu'on l'a connu jusqu'à présent. 

    L'obsession des médias sur les turpitudes de la monnaie européenne forcerait presque à oublier les convulsions que connaît le véritable pilier de l'économie mondiale: les Etats-Unis. Les problèmes de ce pays sont plus qu'inquiétants: de grands Etats, comme le Minnesota, ont déjà fait faillite, et les finances de nombreuses villes sont à sec. L'Etat recule inexorablement, une tendance qui a également commencé à se manifester en Europe.

    Derrière ces phénomènes de surface, c'est le système consistant à créer de la croissance par la dette qui est à bout de souffle. Renflouement après renflouement, l'Europe se débat en "comblant" des déficits abyssaux par des emprunts colossaux, tandis que les Etats-Unis impriment du dollar à la chaîne. Conscients du cercle vicieux, nombreux sont les économistes qui assurent que le déclenchement d'un krach mondial n'est plus désormais qu'une question de temps. La crise débouchera-t-elle sur la victoire du fédéralisme européen et une soumission totale de l'Europe à la logique atlantiste ? Suscitera-t-elle au contraire un réveil des peuples et un découplage entre l'Europe et l'Amérique? Il est encore trop tôt pour le dire.

    Fait positif, une prise de conscience des dérives du système financier se manifeste notamment outre-Atlantique, comme en témoignent les manifestations "anti-Wall Street". Las d'être les instruments d'un système devenu fou, un nombre croissant d'Américains comprennent que rien ne changera tant que perdurera la toute-puissance des grandes banques américaines. Cette compréhension tardive a peu de chances d'atténuer les effets du krach qui se profile; elle constitue néanmoins un espoir indéniable pour l'avenir.

    Car dans l'effondrement qui menace le monde, on pourrait voir émerger des hommes éveillés aux quatre coins du globe. Conscients des incohérences du système dans lequel ils sont nés, ils auront la lourde de tâche de replacer l'humain au centre de l'économie.

    Hugo Natowicz (Ria Novosti, 23 décembre 2011)

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  • Pourquoi ne pas sacraliser tous les génocides ?...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue intéressant de Jean Bonnevey, cueillli sur le site de Metamag et consacré à la loi réprimant la contestation des génocides...

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    Pourquoi ne pas sacraliser tous les génocides ?

    Les parlementaires français ont donc décidé de voter une loi qui punit la contestation des génocides d’Etat. En réalité, l'objectif politicien et électoraliste consiste à satisfaire l’importante et influente communauté arménienne. Mais cela va au-delà. Cela touche à "l'idéologie politique française", comme dirait Bernard Henri Levy.

    Il est indiscutable que les Arméniens ont été massacrés en raison de leur appartenance ethnique et religieuse. Ils étaient considérés par les Turcs comme une communauté dangereuse, car chrétienne et européenne. Une sorte de cinquième colonne de la Russie, dans une période où la Turquie était menacée de disparation dans la Première guerre mondiale.

    La France, après avoir voté une loi pour faire de ce drame un génocide, en vote une autre pour punir toute contestation de cette définition. Cela provoque la colère de la Turquie qui ne reconnaît pas ce génocide, ce qui peut se discuter évidemment. Et, surtout, se demande de quoi la France se mêle: ce qui est indiscutable. Le Premier ministre, Recep Tayyip Erdogan, a violemment critiqué la France, prévenant que son pays répondrait "par toutes les sortes de moyens diplomatiques" à l'adoption d'une proposition de loi française réprimant la négation du génocide arménien de 1915.

    Cette déclaration a été faite quelques jours avant l'examen de la proposition de loi à l'Assemblée nationale. "Aucun historien, aucun homme politique ne peut voir de génocide dans notre histoire", a martelé le chef du gouvernement turc lors d'une conférence de presse conjointe avec le président du Conseil national de transition (CNT) libyen, Mustafa Abdul-Jalil. "Ceux qui veulent voir un génocide devraient se retourner sur leur propre histoire sale et sanglante", a-t-il poursuivi. Il n’a pas tout à fait tort.

    Cette loi aura d’insolites conséquences. Est-ce qu’un Turc habitant en France sera emprisonné si, dans un lieu public, il conteste le génocide arménien ? On aimerait bien voir ça.

    Sont pénalisées toutes les "contestations de génocides reconnus". Pourquoi reconnus? Et par qui? Tout le monde sait qu'il y a eu des génocides d'Indiens en Amérique. Et, chez nous, des historiens qualifient de génocide le comportement de la Convention en Vendée. Là- dessus, l'Etat fermera les yeux, car les seuls génocides qui intéressent nos parlementaires et nos hommes politiques sont ceux qui sont politiquement exploitables et électoralement rentables.

    Une démarche tronquée et partiale


    Cela suffit à discréditer la démarche et à donner raison aux historiens qui affirment que la qualification de génocide leur appartient, que politiques et parlementaires n'ont pas à s'en mêler. La désignation comme la négation de génocides font partie du débat historique. Elles ne sauraient relever d’une législation, qui devient liberticide et impose une vérité historique sacralisée, dont la contestation se rapproche du blasphème religieux. Comment pourrait-on en effet exercer un esprit critique sur ce dont il est interdit de débattre et l’interdiction de débat n’est elle pas suspecte en soi?

    A l’origine de cette judiciarisation française du génocide, transformé en "devoir de mémoire", il y a un texte fondateur des valeurs démocratiques de l’après-guerre mais fortement critiqué par la plupart de nos historiens: la loi Gayssot. Construite non pas au nom des Français arméniens chrétiens, mais au nom des Français juifs et du drame génocidaire de la Seconde guerre mondiale. La loi Gayssot est, objectivement, la source de la mainmise des politiques sur le domaine des historiens. C’est un terrible dégât collatéral .

    Encore une fois, la politique pollue, ou interdit, la liberté de recherche et d’opinion des historiens. Nous ne sommes plus à l'époque de Galilée. Mais....  Sortir le débat sur la loi Gayssot du ghetto des arrière-pensées de l’Extrême-droite et d’un certain intégrisme anti-raciste? Cela paraît insurmontable.

    Jean Bonnevey (Metamag, 23 décembre 2011)

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