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12/06/2017

La Gauche pétainiste...

 Les éditions Dualpha viennent de rééditer La Gauche pétainiste, un ouvrage que Jean-Claude Valla avait initialement publié en deux parties dans ses Cahiers libres d'histoire. Journaliste, rédacteur en chef du figaro magazine, Jean-Claude Valla a également été un des fondateurs et principaux animateurs du GRECE. Ses souvenirs ont été publiés après sa mort sous le titre d'Engagements pour la civilisation européenne.

 

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" La délégation des pleins pouvoirs au maréchal Pétain par l’Assemblée nationale réunie à Vichy le 10 juillet 1940 reste aujourd’hui encore un sujet tabou. Une légende tenace veut en effet que la gauche ait été seule ou presque à défendre la République, tandis que la droite, ravie de pouvoir enfin la détruire, aurait prêté main basse au Maréchal. D’où la canonisation laïque des 80 parlementaires, issus pour la plupart des formations de gauche, qui ont refusé de voter les pleins pouvoirs. Mais l’arbre, malgré ses guirlandes, ne doit pas cacher la forêt : 68% des parlementaires socialistes présents à Vichy ont voté pour le Maréchal, suivis par 82% des radicaux-socialistes et par 90 % des autres parlementaires de gauche.

Le traumatisme de la défaite explique l’immense popularité du Maréchal. De surcroît, cette guerre, la majorité des parlementaires ne l’avaient pas voulue et c’est bien pourquoi le gouvernement Daladier l’avait déclarée à leur insu, en violation des règles constitutionnelles. La gauche, plus encore que la droite, avait été viscéralement pacifiste. Au sein de la SFIO, l’évolution de Léon Blum vers le bellicisme avait été sévèrement critiqué par un nombre croissant de ses amis. À Vichy, en ce 10 juillet 1940, une semaine après l’épouvantable drame de Mers el-Kébir, les va-t’en-guerre stipendiés par l’Angleterre n’avaient pas bonne presse…

Le ralliement des parlementaires de gauche s’est opéré tout naturellement : le Maréchal passait pour un bon républicain, dont Léon Blum avait plusieurs fois vanté les mérites, et l’amiral Darlan, fils d’un garde des Sceaux franc-maçon de la fin du XIXe siècle, devait ses plus hautes fonctions au Front populaire et avait affirmé son soutien aux Républicains espagnols. Laval lui-même avait conquis son premier siège de député en 1914 sous la bannière de la SFIO et dirigé un gouvernement avec Édouard Herriot pour ministre d’État.

Cette gauche pétainiste, plus attentiste que collaborationniste, attachée à la personne du Maréchal ou respectueuse de sa légitimité, aucun historien n’a vraiment pris la peine de l’étudier dans sa spécificité. Jean-Claude Valla nous la fait découvrir durant ces journées cruciales de juillet 1940. "

17/04/2017

La voix de la Collaboration...

« Son éloquence a retourné en quelques mois une partie de l'opinion et les hommes de la résistance peuvent voir en lui, à juste titre, le plus efficace de leurs adversaires.» François Mauriac

« Un autre orateur a possédé les mêmes dons - extraordinaires - féériques. Puissance d'élocution, sonorité, fulgurance dans le jugement - la réplique ! Séduction. C'était Philippe Henriot.» Claude Autant-Lara

Les éditions Perrin viennent de publier Philippe Henriot - La voix de la Collaboration, une biographie signée par Pierre Brana et Joëlle Dusseau. On peut signaler au passage que les auteurs auxquels on doit déjà une biographie d'Adrien Marquet, maire socialiste de Bordeaux et ministre de Pétain,  ont été respectivement député et sénateur pour le Parti socialiste. On notera également qu'il existait déjà un Philippe Henriot (Godefroy de Bouillon, 1996) dû à la plume de François-René Nans et que Jean-Paul Cointet a consacré un chapitre de son livre Les hommes de Vichy (Perrin, 2017) à ce personnage emblématique.

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" Professeur obscur d'un paisible collège de province, Philippe Henriot collectionne les papillons, écrit des poèmes, mène une vie discrète et rangée. Qu'est-ce qui pousse à 35 ans ce catholique traditionnel à se lancer dans la bataille politique ? A s'engager dans une carrière qui l'amènera après-guerre des bancs de l'Assemblée au ministère de l'Information de Vichy en 1944 ? Ce champion des suspensions de séance, cet accusateur-inquisiteur a depuis toujours un ennemi viscéral, la franc-maçonnerie. Dans les années 1930, il en découvre un autre, le bolchevisme. A partir de l'invasion de l'URSS, Hitler devient pour lui le héros d'une nouvelle croisade.
Mais Henriot, au-delà de ses prises de position, c'est d'abord une voix. Une voix qui transfigure cette figure austère, une voix qui fascine, une voix qui vide les rues des villes quand, deux fois par jour, il parle à la radio. Au point que la Résistance et la France libre commanditent son exécution. C'est aussi un homme qui brûle, qui fascine, un homme haï, même de son propre camp, symbole d'un catholicisme qui a fait le choix d'abord de la droite extrême, puis de l'extrême droite collaborationniste sous Vichy. "

 

               

11/04/2015

Un monstre à la française ?...

Les éditions Jean-Claude Lattès viennent de publier Un monstre à la française, un roman d'Eric Brunet consacré à Joseph Darnand, héros de la première guerre mondiale et chef de la Milice sous le régime de Vichy. Eric Brunet est journaliste et chroniqueur sur RMC et BFM.

 

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" 14 juillet 1918, sur les hauteurs du Mont-sans-nom. Un jeune homme de vingt et un ans réussit l’impensable : forcer en plein jour les lignes allemandes et capturer vingt-trois prisonniers qui révéleront les plans de l’ultime offensive ennemie. La France fait plier l’Allemagne. Joseph Darnand est acclamé. On le nomme « artisan de la victoire », distinction suprême qu’il partagera seul avec Clemenceau et Foch.
Quelques années plus tard, tout recommence. 1940, Forbach. Le lieutenant Darnand manifeste de nouveau sa bravoure en menant à bien une mission de renseignements hautement périlleuse. Il devient Officier de la Légion d’honneur et reçoit le titre de « Premier soldat de France ». Mais la guerre s’enlise. Pétain, son modèle absolu, finit par abdiquer et se prononce pour la collaboration.
La spirale est enclenchée. Fascisme, antisémitisme, antibolchevisme, crimes et ignominies en tout genre : Darnand devient en 1943 le Secrétaire général de la Milice. Il négociera avec Himmler, enverra ses hommes dans la Waffen-SS, usera de la torture et ira jusqu’à prêter allégeance au Führer. C’est la naissance d’un monstre, mais un monstre à la française, trouble, insaisissable – moyen.

Fruit d’un important travail de documentation et d’une enquête de terrain, voici un livre qui mêle avec brio sources historiques et ressorts romanesques. "

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Joseph Darnand en couverture de Match en avril 1940, et dans le box des accusés avant sa condamnation à mort en octobre 1945

03/09/2014

Pétain sans manichéisme...

Les éditions Perrin viennent de publier une biographie de Bénédicte Vergez-Chaignon consacré à Philippe Pétain. Historienne et ancienne collaboratrice de Daniel Cordier, Bénédicte Vergez-Chaignon est l'auteur, notamment, d'un essai intitulé Les vichysto-résistants (Perrin, 2008).

 

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" Ce que l'on sait du maréchal Pétain (1856-1951) se résume souvent à Vichy, sa rivalité avec de Gaulle, Verdun, sa condamnation à mort, sa réputation d'homme à femmes. Voici en revanche une biographie très complète, nourrie d'éléments nouveaux, qui met en perspective la trajectoire lente mais extraordinaire d'une personnalité d'apparence mystérieuse. Pétain l'orphelin fut d'abord un jeune homme sportif, épris d'études et d'enseignement. Août 14 changea sa destinée : en quatre ans, le colonel à la veille de la retraite devient le chef des armées françaises, tout en menant une vie amoureuse active. Dès lors commence un lien particulier avec les Français, qui durera jusqu'à l'été 1944, et parfois après. A la fois politique, militaire, intellectuel et physique et psychologique, le portrait évolutif auquel aboutit l'auteur est bien différent des images d'Epinal en noir et blanc. "

03/04/2014

Les dreyfusards sous l'Occupation...

Les éditions Albin Michel viennent de rééditer un essai de Simon Epstein intitulé Les dreyfusards sous l'Occupation. Docteur en sciences politiques et professeur à l'université hébraïque de Jérusalem, Simon Epstein s'est fait connaître en publiant Un paradoxe français : antiracistes dans la Collaboration, antisémites dans la Résistance (Albin Michel, 2008), un essai qui est venu bousculé quelques vérités établies sur cette période complexe...

 

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" Quel sera l'avenir des dreyfusards, ceux qui avaient vingt ans en 1898 lorsque Zola publia son J'accuse ? Quel fut le passé des collaborateurs, ceux qui se sont illustrés dans la France occupée des années 1940-1944 ?
Ces deux questions se confondent, constate Simon Epstein après avoir méticuleusement reconstitué plusieurs dizaines d'itinéraires d'intellectuels et d'hommes politiques français qui prirent part, dans leur jeunesse, au combat pour Dreyfus et vécurent jusqu'à la Seconde Guerre mondiale. Certains d'entre eux seront résistants, d'autres resteront neutres, mais beaucoup rallieront l'une ou l'autre des grandes tendances de la collaboration - du pétainisme attentiste et modéré aux formes les plus extrêmes du collaborationnisme raciste et pro-nazi.
Phénomène paradoxal à première vue, mais au fond assez logique, le déport massif des dreyfusards vers la collaboration n'a pas retenu, jusqu'à ce jour, l'attention des historiens. Simon Epstein passe ici en revue les diverses causes possibles de son occultation. Avec ce livre, il faudra rouvrir bien des dossiers : Péguy, le maurrassisme, le pacifisme, les ambiguïtés de la gauche, les origines complexes et souvent inattendues de la collaboration. "

30/10/2012

Quand la mémoire klarsfeldienne piétine l'histoire...

Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de l'historien Alain Michel, cueilli sur son blog Vichy et la Shoah et consacré à l'emprise qu'exerce Serge Klarsfeld sur la question de l'application en France de la Solution finale.

Alain Michel enseigne l'histoire en Israël et est, notamment, l'auteur de L'étoile et la francisque - Les institutions juives sous Vichy (Le cerf, 1990) et de Vichy et la Shoah, en quête sur le paradoxe français (CLD, 2012)

 

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Quand la mémoire klarsfeldienne piétine l'histoire

La France, depuis 40 ans vit non seulement au rythme du « politiquement correct », mais surtout, en ce qui concerne l’application de la Solution Finale en France, à l’heure du mémoriellement correct. Une lecture univoque, imposée et obligatoire des événements est devenue le discours obligatoire dans le monde politique et même, hélas, dans une majorité du monde universitaire. La consécration de cette lecture, sa « panthéonisation », a été réalisée par le discours de Jacques Chirac en été 1995, qui citait presque intégralement les mots que les gardiens du Temple lui avaient soufflés, au premier rang d’entre eux Serge Klarsfeld. A partir de ce moment là, la seule interprétation des événements était celle imposée par celui-ci, sans possibilité de critiques ou de remises en cause. Entendons nous bien, il ne s’agit pas de remettre en cause l’événement lui-même, l’arrestation par la police parisienne les 16 et 17 juillet 1942 de près de 13000 hommes, femmes et enfants, tous Juifs apatrides et qui presque tous seront déportés et assassinés à Auschwitz. Mais l’interprétation de Serge Klarsfeld de cet événement est, selon nombre d’historiens dont moi-même, en grande partie erronée, particulièrement quant au rôle joué par le gouvernement de Vichy dans cette tragédie. Mais Serge Klarsfeld a un compte personnel à régler avec le régime de Vichy, et tout doit être fait et dit, depuis la confiscation du libre droit d’expression de l’historien à la déformation des faits et en passant par l’intimidation, afin que le narratif imposé par Klarsfeld ne soit pas remis en cause.

Confiscation du libre droit d’expression de l’historien : toute tentative de proposer une autre lecture est aussitôt dénoncée comme négationniste et alimentant la cause du Front national, ou alors est carrément passée sous silence. Dès 1989, Léon Poliakov écrivait dans « L’envers du destin » (p. 36), à propos de la rafle que « Pour ma part, j’ai toujours pensé, contrairement à l’opinion commune, que Laval, qui n’était nullement antisémite, ne mérite pas sa mauvaise réputation ». L’approche surprenante du grand historien de l’antisémitisme, lui-même Juif résistant, a-t-elle été objet d’analyse ou de discussion dans les médias français si friand habituellement de débats et de remise en cause, ou même dans le monde universitaire ?

Déformation des faits : comment peut-on mêler la résistance intérieure ou la France libre au sauvetage des Juifs, alors qu’aucune initiative de sauvetage n’a été prise par ces organismes ? Il y a eu des résistants qui ont sauvé individuellement des Juifs, mais la Résistance en tant qu’institution est restée totalement indifférente à leur sort. Quant au chef de la France libre, il n’a pas eu un mot, dans ses nombreux discours, pour dénoncer les arrestations et les déportations des Juifs ! Et que penser des déformations du film « La rafle » où tout est fait pour que l’ensemble des Français de l’époque ait l’air d’ignorer les événements, jusqu’à placer le camp de Beaune-La-Rolande au milieu d’une véritable forêt vierge, alors qu’il était en pleine ville ! Mais il est vrai que le conseiller historique de ce film au large succès populaire s’appelle … Serge Klarsfeld.

Intimidation : Il n’y a qu’à lire le texte publié cette année par Klarsfeld dans le journal Le Monde quelques jours avant la commémoration de la rafle à laquelle devait participer le Président François Hollande pour comprendre à quel point on ne peut que constater tristement, 17 ans après, que François Mitterrand avait au moins raison sur un point, lorsqu’il dénonçait un véritable « Lobby de la mémoire ».

Alors oui, disons-le, François Fillon a raison lorsqu’il déclare que : « C'est aux historiens de parler de ces sujets, pas aux responsables politiques. »* Ni d’ailleurs aux professionnels de la mémoire lorsqu’ils outrepassent leur rôle.

Alain Michel (Vichy et la Shoah, 23 octobre 2012)

 

* Note de Métapo infos

Pour ces simples propos, le très prudent et très raisonnable François Fillon a eu droit à une admonestation de la police de la pensée, sous la plume de... Serge et Arno Klarsfeld !

Les trous de mémoires de François Fillon (Le Monde, 23 octobre 2012)