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15/02/2018

Chroniques d'une guerre en cours...

Les éditions des Syrtes publient cette semaine une livre en forme de chronique de Zakhar Prilepine consacré à la guerre dans les confins russo-ukrainiens du Donbass. Journaliste, combattant et publiciste, Zakhar Prilepine est également un des grands écrivains russes actuels. Une partie, maintenant conséquente, de son œuvre est disponible en traduction française, dont ses romans San'kia (Actes sud, 2009), Le Péché (Syrtes, 2009), Une fille nommée Aglaé (Actes sud, 2015) ou encore son  Journal d'Ukraine (La Différence, 2017) et, dernièrement, Pathologies (Syrtes, 2017).

 

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" Cette chronique donne la parole aux acteurs de la guerre du Donbass qui a éclaté dans l'est de l'Ukraine. Il décrit la vie des témoins involontaires, des combattants et des journalistes bouleversée par l'Euromaïdan de l'hiver 2013-2014. Au fil d'entretiens et de témoignages, l'auteur témoigne de ses engagements personnels, des origines du conflit et de la crise de l'identité ukrainienne.  "

 

01/02/2018

Les hommes libres...

Les jeunes et dynamiques éditions Bios viennent de publier un récit autobiographique de Frédéric Lynn intitulé Les hommes libres. Enfant de classe moyenne, Franco-américain, Frédéric Lynn, né en 1988, a vécu la majeure partie de sa vie en Haute Normandie, à la campagne. Il étudie le théâtre et les arts graphiques à Lyon puis compose de la musique mais connait rapidement le chômage et la rue. Militant nationaliste, son goût pour la géopolitique et le voyage l'amène à découvrir la Serbie, avant de s'engager dans l'Est de l'Ukraine au côté des rebelles pro-russe, puis plus tard en Irak.

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" « J'ai commencé ce livre en Ukraine. Être volontaire est bien plus compliqué que de «ramasser un fusil et d'aller se battre». La difficulté est de persister envers et contre toutes les frustrations, les déceptions et les trahisons.

La difficulté est d’affronter ses propres contradictions. Je suis parti au Donbass jeune, la tête emplie d'idées tourbillonnantes et de fureur adolescente. J'en suis sorti autre et la plupart de mes camarades aussi. Changés sur un plan moléculaire. Tellement intime, tellement profond, que la majorité d'entre nous n'en parleront jamais. Beaucoup choisissent le silence, et moi-même, j'ai souvent failli abandonner ce livre.

La guerre au Donbass a été traitée essentiellement par des analystes, des politiciens ou des idéologues mais il n’existe pas de témoignages de soldat et de sa vie quotidienne sur le front.

Ce n'est pas un livre « de guerre » au sens classique du terme. Nos arrestations multiples, nos passages illégaux de frontières, nos attentes, nos romances, nos intrigues, nos misères et nos joies quotidiennes appartiennent autant à la guerre que les combats eux-mêmes.

Les faits et les personnages, qu'ils soient héroïques ou sordides, constituent la raison d'être de ce livre. Je n'ai pas honte d'avoir participé à cette guerre. Au contraire, comme disait un modèle de mon enfance, « je n'ai qu'un seul regret, c'est de ne pas m'être engagé plus tôt ». L'un des personnages de ce livre se plaisait à décrire le phénomène de la parallaxe : « un fait ne peut être perçu par différentes personnes que de leur point de vue individuel et donc, limité. » Ce n'est qu'en additionnant les points de vue que l'on obtient une idée de la réalité.

Ce récit est ma contribution. » "

28/12/2017

Cosaques d'hier et d'aujourd'hui...

Les éditions Sutton viennent de publier un essai de Francis Moncaubeig intitulé Cosaques d'hier et d'aujourd'hui. Ancien officier, Francis Moncaubeig a servi pendant pendant près de dix ans comme attaché militaire en Russie, en Ukraine et en Transcaucasie.

 

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" Depuis le XIVe siècle environ, aux limites méridionales et orientales de la Russie ancestrale, se sont regroupés, venant de divers horizons, des hommes libres appelés "Cosaques". Leurs traditions de courage, d'honneur, d'indépendance, ainsi que leur réputation de cavaliers intrépides, attachés à la terre russe et à la religion orthodoxe, ont forgé au cours des siècles la légende épique de ces guerriers redoutables, une légende parfois entachée de révoltes célèbres, de pillages, d'actes cruels et d'excès de toutes sortes.
Les Cosaques ont été de tous les combats jusqu'à la seconde guerre mondiale. Après avoir failli disparaître sous Staline, de nombreux groupes cosaques ont réapparu et se sont consolidés à la fin du XXe siècle, s'affirmant sur tout le territoire de la Russie sous l'oeil bienveillant, mais attentif, du Kremlin. Qui sont ces hommes ? Où puisent-ils leurs racines ? Quelle est leur histoire ? Quelles sont les grandes figures de leur saga ? "

01/12/2017

Avril 17, la roue rouge...

Les éditions Fayard viennent de publier le deuxième tome d'Avril dix-sept, qui est aussi le dernier tome de l'immense fresque d'Alexandre Soljénitsyne consacrée aux prodromes de la révolution bolchévique, La roue rouge. Ancien dissident soviétique, avant de devenir un dissident de l'Occident, passé par le Goulag sibérien, Alexandre Soljénitsyne est l'auteur d'Une journée d’Ivan Denissovitch, de L'archipel du Goulag ou de Deux siècles ensemble.

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" Voici le dernier volume du grand cycle romanesque de Soljénitsyne sur la révolution russe, la Roue rouge.
Avec Avril dix-sept s’ouvre le deuxième acte après la révolution  de Février : «  Le gouvernement du peuple  ».   Il  couvre la période du 12 avril au 5 mai du calendrier julien   (du 25 avril au 18 mai dans le calendrier grégorien).
Le tome 1 s’arrêtait sur la victoire du peuple raisonnable de Pétrograd, uni pour soutenir le Gouvernement Provisoire après les affrontements sanglants provoqués dans les rues par des colonnes d’ouvriers armés. Le tome 2, qui s’ouvre le 23 avril (6 mai), montre la paralysie progressive et la décomposition de ce Gouvernement Provisoire, incapable de prendre le pays en main pour l’empêcher de glisser dans le chaos.   En arrêtant là son récit, après quatre nœuds sur les vingt projetés, l’auteur explique  :  «  Dès avril, le coup d’Etat d’Octobre se profile comme inéluctable.  »
Le résumé des seize nœuds non écrits constitue la seconde partie de ce dernier volume de la Roue rouge. Récit nerveux, saisissant.
La première partie, qui forme l’essentiel du livre, est rédigée avec le souci de polyphonie et la force d’évocation habituels. Nous sommes tour à tour ce soldat, ce jeune officier, ce paysan, ce ministre. L’enthousiasme, l’amertume ou la perplexité se communiquent à nous. Il en ressort une extraordinaire leçon de politique, mais aussi une leçon de vie. Que faire dans les grands bouleversements de l’Histoire quand tout est emporté comme par une avalanche, quand la bonne volonté est bafouée et la raison impuissante, et qu’on assiste au naufrage de tout ce qu’on aurait voulu sauver  ? Faut-il plier pour survivre  ? " 

26/11/2017

Tour d'horizon... (136)

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Au sommaire cette semaine :

 - sur Infoguerre, Léo Coqueblin présente les enjeux du projet porté par la Chine des nouvelles routes de la soie...

Les enjeux géoéconomiques des nouvelles routes de la soie

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- sur Geopolitika, Alexandre Douguine montre l'intérêt des analyses de Carl Schmitt pour la Russie...

Les cinq leçons de Carl Schmitt pour la Russie

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25/11/2017

Brexit, Trump, Catalogne... Ils voient des Russes partout !

Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de François-Bernard Huyghe, cueilli sur son blog Huyghe.fr et consacré à l'hystérie occidentale autour des fake news. Spécialiste de la stratégie et de la guerre de l'information et directeur de recherches à l'IRIS, François Bernard Huyghe a publié récemment La désinformation - Les armes du faux (Armand Colin, 2015) et, dernièrement, DAECH : l'arme de la communication dévoilée (VA Press, 2017).

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Brexit, Trump, Catalogne...

Le fake, voilà l’ennemi. La Commission européenne vient de lancer une consultation sur les mesures à prendre « pour offrir aux citoyens les moyens efficaces de trouver des informations fiables et vérifiées » et lutter contre la diffusion des fake news. On ne sait pas encore ce qui en ressortira : un projet de législation (prévoyant, par exemple une obligation pour les plate-formes de faire « diligence » et de retirer rapidement les contenus signalés, (comme pour les contenus djihadistes) ? Un guide de bonnes pratiques ? Dans tous les cas, cette démarche s’inscrit dans une logique qui avait suscité , il y a deux ans, la création d’une East Stratcom Force, chargée au sein du Service Européen d’Action Extérieure de lutter contre la « propagande russe » suivant ainsi le modèle américain (de l’époque Obama, s’entend). Cette logique, c’est celle qui tend à attribuer aux fausses nouvelles diffusées par la Russie le pouvoir de perturber les élections et de menacer la démocratie. On dénonce le pouvoir subversif de Moscou et de ses séides en des termes qui dépassent parfois la rhétorique anticommuniste de guerre froide : les Russes mènent une guerre « hybride » à la vérité, ils cherchent à répandre le chaos en Occident, leurs mensonges intoxiquent les malheureuses populations. Récemment, le Monde titrait sur les trois élections que la désinformation russe aurait ainsi perturbé :
-l’élection de Trump bien sûr (un dossier dont nous traiterons à part) mais également
- le vote sur le Brexit (un responsable du National Cybersecurity Center accusant les Russes d’avoir hacké des sites britanniques et influencé l’opinion à travers 150.000 comptes dédiés sur les réseaux sociaux>
- et même le referendum catalan (Madrid déclarant que Moscou avait bombardé l’opinion de fake news à travers les contenus hispanophones de ses médias internationaux et ainsi encouragé les séparatistes).

L’Otan n’est pas en reste : récemment, le chef de ses forces en Europe, le général Scaparotti, attribuant un lourde responsabilité à la campagne de déstabilisation par l’information que mènerai le Kremlin. Du coup, des humoristes russes en ont profité pour faire un canular à la ministre espagnole de la Défense : se faisant passer pour un ministre letton, ils l’ont un moment persuadée qu’ils avaient les preuves que Puigemont était un agent de Poutine, ce qui est passé comme une lettre à la poste.

Bien entendu, personne ne doute que les médias comme Russia Today ou Spoutnik, n’aient pris positions contre Clinton ou pour le Brexit. Personne ne doute non plus que les réseaux sociaux de l’est ne se soient positionnés contre les élites occidentales dans ces affaires. Si l’on va par là, nul ne croit vraiment qu’Al Jazeera en anglais ait des positions très différentes de celles de l’émir du Qatar. Et au moment du printemps arabe, tout le monde se félicitait que des milliers de jeunes internautes soient intervenus pour soutenir les révoltes et combattre ben Ali. Si influence russe il y a eu, il faudrait qu’elle ait eu une force persuasive très supérieure à celle des médias occidentaux ou des réseaux citoyens.

La vraie question est plutôt dans ce cas de savoir pourquoi les mass-médias, les élites, les experts, les autorités, etc qui, dans leur immense majorité, soutenaient Hillary, le no-Brexit et l’unité nationale espagnole ont si peu convaincu l’opinion que quelques délires, vite démentis, sur Facebook ou Twitter l’aient retournée.

On peut poser la question autrement et se demander pourquoi les milieux dirigeants se convainquent si facilement de la thèse de la subversion russe, ou du moins, en font la cause la plus convaincante, sinon de leur échec, du moins d’un refus populaire de suivre des choix qui leur paraissent évidents. L’idée que des millions de gens ont voté non pas en raison de leurs intérêts économiques et sociaux ou de convictions idéologiques, mais de façon irrationnelle, parce qu’ils ont été bernés par des désinformateurs professionnels mériterait d’être étudiée par les sciences sociales. Dans tous les cas, cette explication - intention perverse et manipulations frappant un public un peu niais-, semble fonctionner parce qu’elle rencontre trois milieux favorables, au moins aux États-Unis d’où part la croisade contre les fakes.

Il y a d’abord celui des médias eux-mêmes et des journalistes professionnels dont on comprend qu’ils éprouvent une certaine méfiance à l’égard des réseaux numériques qui les concurrencent et ne leur offrent plus, pour justifier leur utilité, que la voie du fact-checking. L’appareil et, dans une certaine mesure, l’électorat démocrate, confrontés à une défaite incompréhensible, et irrationnelle à leurs yeux, ont tendance à chercher des coupables, si possible extérieurs et diaboliques. Mais une solide tradition anticommuniste américaine préconise la chasse aux mensonges des subversifs (si les gens étaient rationnels et correctement informés « sur la base des faits » ils ne pourraient que partager nos choix politiques qui sont des évidences et non des idéologies-. Récemment la Freedom House - une de ces institutions typiques de la guerre froide et de la lutte idéologique antisoviétique - a publié son rapport « Freedom of the Net 2017 de l’année attribuant à la désinformation en ligne une responsabilité dans le résultat des élections dans au moins dix-huit pays. Le discours sur la démocratie menacée par des États autoritaires et leurs agents d’influence n’a rien de très neuf mais la montée des paniques l’est. Reste le paradoxe de voir ceux qui célébraient les pouvoirs libérateurs d’Internet s’inquiéter aujourd’hui que chacun puisse y trouver sa version du réel, y compris celle qui contrarie la nôtre.

François-Bernard Huyghe (Huyghe.fr, 20 novembre 2017)