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  • Émeutes du 17 octobre : la France brûle, ses élites regardent ailleurs...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Balbino Katz, cueilli sur Breizh-Info et consacré aux émeutes et aux pillages des 17 et 18 octobre derniers...

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    Émeutes du 17 octobre : la France brûle, ses élites regardent ailleurs

    Samedi soir, dans mon salon de Lechiagat, j’avais allumé la télévision après une  longue journée de travail. Les images se succédaient, d’abord familières : barricades, poubelles incendiées, policiers casqués, jeunes hommes masqués courant dans les rues, vitrines fracassées. La France nous a si bien accoutumés à ces spectacles que nous finirions presque par les considérer comme une  particularité de son folklore politique. Puis un immense brasier apparut à l’écran. L’hôtel de ville de Limoges brûlait. Ce bel édifice de la fin du XIXe siècle, avec sa  façade monumentale et sa toiture ouvragée, disparaissait partiellement dans les flammes. Je songeai  aussitôt à l’incendie de l’Hôtel de Ville de Paris par les communards, en mai 1871. La comparaison historique s’arrête naturellement là : les acteurs et les circonstances sont différents. Il demeure cette puissance symbolique de  la destruction, cette volonté, consciente ou non, de porter le feu jusque dans les monuments qui incarnent l’autorité publique.

    Les chiffres du lendemain achevèrent de donner à cette journée sa véritable dimension : 1 200 interpellations, 150 policiers et gendarmes blessés, des commerces pillés à Paris, Marseille, Lyon, Bordeaux, Nantes et Nice, des bâtiments municipaux attaqués, un hôtel de ville en grande partie détruit. À Paris, les groupes violents avaient débordé les itinéraires prévus, parcourant des avenues où les services d’ordre n’étaient pas censés les laisser parvenir. Il fallut attendre 23 heures pour que la préfecture annonce une situation stabilisée. On nous expliquera que la police a inalement repris le contrôle. C’est possible. Le problème est qu’entre-temps les casseurs avaient fait ce qu’ils voulaient faire. Les incendies étaient allumés, les magasins éventrés, les policiers blessés. L’État était revenu, certes, mais après la bataille.

    Il y a quelques jours encore, Laurent Nuñez expliquait que perdre le contrôle, ce serait laisser des hordes piller les magasins et commettre des exactions. Ses adversaires se sont empressés de rappeler cette déclaration. L’ironie est cruelle. La véritable question est désormais de savoir combien de villes françaises peuvent encore être protégées lorsque plusieurs milliers d’individus décident simultanément d’en découdre avec la police. Limoges a fourni une réponse peu rassurante. Il n’est même plus nécessaire d’habiter les grandes métropoles pour voir surgir ces scènes de guérilla urbaine. La province profonde, celle qui croyait encore vivre à l’écart de la décomposition des banlieues, découvre à son tour qu’aucune distance ne constitue une garantie.

    Ce que les Français voient et que leurs élites ne veulent pas nommer

    Je suis frappé, en parcourant les longs comptes rendus du Figaro, par cette manière de décrire minutieusement les événements tout en laissant presque entièrement de côté certaines questions qui sautent aux yeux. On sait combien de vitrines ont été brisées, combien de policiers ont été blessés, combien de véhicules ont été incendiés. On connaît les déclarations du ministre de l’Intérieur, les indignations des maires, les protestations des syndicats. En revanche, la composition sociale, culturelle et religieuse des groupes violents demeure un sujet beaucoup moins exploré. C’est un étrange journalisme que celui qui décrit avec tant de précision les conséquences et paraît parfois si peu curieux des hommes qui les produisent.

    Le vice-président américain JD Vance, observant les images venues de France, a aussitôt mis en cause les conséquences de l’immigration et les difficultés de l’assimilation. Sa lecture ne saurait tenir lieu d’enquête judiciaire. Elle a néanmoins le mérite de poser une question que les responsables français abordent volontiers avec mille précautions oratoires. L’appartenance nationale peut-elle réellement se réduire à un titre juridique ? Suffit-il de naître en France, d’y recevoir une instruction et d’en posséder les papiers pour partager les mêmes fidélités culturelles, le même rapport à la loi, la même conception des rapports entre les sexes ou la même idée de la communauté politique ?

    Les sociétés européennes découvrent que ces questions ne se résolvent pas par décret. Les normes juridiques françaises peuvent entrer en contradiction avec des traditions familiales, communautaires ou religieuses. Le phénomène est particulièrement sensible lorsque l’autorité paternelle, les prescriptions confessionnelles ou les solidarités de quartier prétendent conserver une préséance sur la loi civile. Il serait hâtif d’en conclure que les jeunes issus de l’immigration partagent tous une même hostilité envers la France. Ce qui mérite examen, c’est précisément la diversité des trajectoires et les raisons pour lesquelles certains milieux demeurent traversés par de fortes tensions avec les institutions.

    Le contraste entre les expériences masculines et féminines mérite ici une attention particulière. Certaines jeunes filles élevées dans des familles religieuses musulmanes découvrent dans les libertés européennes un instrument d’émancipation : le droit de choisir leur conjoint, de poursuivre des études, de travailler, de se soustraire à des contraintes matrimoniales ou vestimentaires. Les mêmes institutions peuvent être ressenties par certains garçons comme une remise en cause de leur autorité traditionnelle. Ce conflit des normes n’explique évidemment pas à lui seul les violences urbaines. Il révèle toutefois combien le discours administratif sur l’intégration demeure superficiel lorsqu’il feint d’ignorer les affrontements culturels qui traversent parfois les familles elles-mêmes.

    Les émeutes d’hier ne ressemblent décidément plus aux manifestations à la papa de la CGT, ni même aux colères autrement rugueuses des agriculteurs et des sidérurgistes. Ces derniers défendaient leur place dans le monde où ils avaient grandi. Ils voulaient conserver leur usine, leur terre, leur métier, leur salaire. Les violences contemporaines sont plus composites. Certaines expriment une revendication sociale, d’autres une hostilité politique délibérée ; d’autres encore ne sont que l’occasion de piller, de défier la police ou de défendre les intérêts d’une économie criminelle. C’est cette convergence qui leur confère leur physionomie nouvelle. Il ne s’agit plus simplement de négocier avec le gouvernement. Pour certains acteurs, c’est l’autorité même de l’État qui devient l’adversaire.

    Le pouvoir des mafias et la souveraineté en lambeaux

    La territorialisation des organisations criminelles d’origine allogène ajoute à cette crise une dimension autrement inquiétante. Les réseaux de stupéfiants disposent d’argent, d’hommes, de moyens de surveillance et parfois d’une capacité d’intimidation considérable. Dans les territoires où ils sont solidement implantés, la police n’apparaît pas seulement comme l’instrument d’un ordre public abstrait. Elle est l’ennemie concrète d’une économie parallèle qui nourrit des familles, distribue des revenus et impose ses propres hiérarchies.

    Le policier qui entre dans un quartier dominé par ces réseaux ne pénètre pas simplement dans une zone urbaine défavorisée. Il intervient dans un espace où d’autres pouvoirs prétendent exercer une autorité de fait. Les violences destinées à empêcher les arrestations ou à dissuader les patrouilles ne procèdent pas de la même logique que les manifestations sociales. Elles relèvent d’une lutte pour le contrôle du territoire. Voilà ce qui rend singulièrement dérisoires certains commentaires sur le manque de médiateurs sociaux ou l’insuffisance des équipements culturels.

    Il existe naturellement des responsabilités policières, des erreurs de commandement et des fautes individuelles. Encore faut-il ne pas transformer leur examen en prétexte pour escamoter les violences commises. Samedi, 150 policiers et gendarmes ont été blessés. Deux agents ont été transportés inconscients à l’hôpital. Ces hommes n’étaient pas venus manifester leurs opinions politiques. Ils accomplissaient une mission de protection des personnes et des biens. Que l’on puisse discuter les conditions de leur intervention est une chose. Que leur présence même soit présentée comme une provocation par un contre-pouvoir naissant en est une autre.

    La gauche radicale et les apprentis sorciers

    C’est ici qu’intervient La France insoumise. Jean-Luc Mélenchon a fini par condamner les pillages et les saccages, en affirmant que ceux qui partageaient son combat n’avaient rien à y faire. Dans le même mouvement, il a accusé le commandement de la préfecture d’avoir largement contribué au chaos. L’opération politique est habile : on désavoue les casseurs tout en faisant porter le gros de la responsabilité sur ceux qui devaient les contenir. La distinction peut se défendre lorsqu’elle repose sur des fautes établies ; elle devient beaucoup plus discutable lorsqu’elle contribue à entretenir, sans preuves suffisantes, le soupçon d’une violence provoquée ou recherchée par les autorités.

    À l’approche de l’élection présidentielle de 2027, cette ambiguïté prend un relief particulier. Nous ignorons naturellement ce qui se produira si le Rassemblement national remporte le scrutin. Pourtant, la question mérite d’être posée : quelle place une partie de la gauche radicale accordera-t-elle alors à la légitimité des urnes ? Acceptera-t-elle une alternance qu’elle présente volontiers comme une catastrophe historique, ou assisterons-nous à une multiplication de mobilisations destinées à rendre le pays ingouvernable ? Les émeutes du 17 octobre ne démontrent nullement l’existence d’une répétition générale organisée. Elles montrent en revanche de quels désordres une mobilisation nationale peut être le théâtre lorsque des groupes violents entreprennent de s’en emparer.

    Une partie des intellectuels d’extreme gauche entretient ce climat d’exaspération par un usage proprement extravagant du vocabulaire historique. Dans Libération, Paul B. Preciado publiait samedi une tribune intitulée « Saturne dévorant les lycéen·es ». Le philosophe y compare la répression des manifestations de jeunes à une entreprise  fasciste par laquelle les générations anciennes sacrifieraient leurs enfants pour préserver leur pouvoir. Tout y passe : Goya, Saturne, le patriarcat, le capitalisme, les corps, la colonisation, l’infanticide. La prose est chargée comme un mulet. L’histoire, elle, disparaît sous les métaphores.

    Preciado semble avoir oublié que les fascismes historiques ne se caractérisaient nullement par une hostilité aux jeunes générations. Le fascisme italien et le national-socialisme allemand avaient précisément fondé une grande partie de leur puissance sur la mobilisation, l’organisation et la formation de la jeunesse. Les organisations juvéniles occupaient une place centrale dans leurs systèmes politiques. Identifier le fascisme à la seule répression policière des adolescents revient à faire du mot un épouvantail dépourvu de substance historique. Les violences illégitimes de l’État doivent être dénoncées lorsqu’elles sont établies ; elles n’acquièrent pas pour autant, par une mystérieuse transmutation philosophique, la nature du fascisme ou du bolchevisme. Ce genre d’acrobatie conceptuelle renseigne davantage sur les obsessions de son auteur que sur les événements qu’il prétend éclairer.

    Une jeunesse sans avenir, entre conversion et fuite

    Il serait pourtant bien commode de réduire ces troubles à quelques bandes criminelles et à leurs apologistes politiques. Il existe, au sein de la jeunesse française, une angoisse autrement profonde. Elle traverse aussi bien les enfants des milieux populaires que ceux des classes moyennes, les habitants des anciennes régions industrielles que les étudiants sortis d’universités où l’on distribue des diplômes dont le marché du travail ne sait plus que faire. La perspective de devenir propriétaire s’éloigne, les carrières se précarisent, les rémunérations stagnent. À ce tableau déjà peu riant s’ajoute l’irruption de l’intelligence artificielle, qui menace de rendre inutiles une multitude de petits métiers intellectuels, administratifs et tertiaires auxquels se destinaient les nouvelles générations.

    Ces jeunes gens sentent confusément que le monde promis par leurs parents se dérobe sous leurs pieds. Certains nomment cela le capitalisme, parce que c’est le vocabulaire que leur fournissent les organisations de gauche. D’autres parlent d’injustice sociale, de discrimination ou de crise écologique. Ces mots ne sont pas toujours dépourvus de pertinence, mais ils ne suffisent pas à décrire ce sentiment plus général d’un avenir confisqué. Une société qui ne promet plus à ses enfants une existence au moins aussi enviable que celle de leurs parents voit nécessairement se fissurer la confiance sur laquelle reposait son équilibre.

    À cette inquiétude matérielle s’ajoute, pour certains jeunes Français de souche, ceux que le vocabulaire identitaire désigne comme bio-européens, une autre angoisse, plus difficile encore à formuler publiquement. Dans des établissements ou des quartiers marqués par les violences entre groupes, des adolescents peuvent vivre quotidiennement sous la menace de l’intimidation, du racket ou des humiliations. Certains garçons éprouvent alors une alternative terrible : chercher leur protection dans une communauté plus puissante, jusqu’à envisager la conversion religieuse, ou quitter cet environnement pour trouver ailleurs une existence moins exposée. La conversion n’est pas ici une aimable adaptation à des usages locaux. Elle peut, dans certaines circonstances, être vécue comme le prix d’une appartenance protectrice, voire comme une capitulation devant un rapport de force. Il serait toutefois téméraire d’en faire une destinée générale de la jeunesse européenne sans mesurer l’ampleur réelle du phénomène.

    Cette dimension des violences demeure trop rarement examinée. Elle oblige à considérer la question identitaire autrement que sous l’angle des proclamations politiques. L’identité n’est pas seulement une affaire de drapeau, de folklore ou de discours électoral. Elle concerne la possibilité concrète de vivre dans un milieu où l’on ne se sent pas continuellement sommé de justifier ce que l’on est. La France républicaine, si prompte à rappeler que tous les citoyens sont égaux devant la loi, peine parfois à reconnaître combien les expériences vécues peuvent différer selon les territoires et les rapports sociaux qui s’y établissent.

    De Terra Nova à la « Nouvelle France »

    Cette fracture renvoie à une évolution politique déjà ancienne. En 2011, une note de Terra Nova proposait de reconstruire la coalition électorale de la gauche en tenant compte de l’éloignement d’une partie du monde ouvrier et de l’importance croissante des diplômés, des jeunes, des femmes et des minorités. Ce document n’ordonnait pas à la gauche d’abandonner les ouvriers. Il donnait cependant une expression doctrinale à une transformation qui allait profondément modifier son imaginaire politique.

    Quinze ans plus tard, La France insoumise a poussé très loin cette recomposition en faisant des quartiers populaires et des Français issus de l’immigration une composante centrale de sa stratégie. Jean-Luc Mélenchon invoque volontiers la «nouvelle France », expression qui désigne une société profondément transformée par les migrations et la diversité des origines. Les succès électoraux de LFI dans certaines circonscriptions montrent l’efficacité de cette orientation. Ils ne prouvent pas que les électeurs concernés votent mécaniquement selon leurs origines, mais ils confirment l’existence d’une nouvelle géographie politique.

    La difficulté survient lorsque la défense de certaines catégories devient si exclusive qu’elle paraît reléguer les autres au rang de survivances embarrassantes. La gauche avait autrefois l’ambition de rassembler les travailleurs autour de leurs intérêts communs. Elle risque désormais de ne plus voir, dans une partie des classes populaires européennes, que des populations mal acquises à son idéal progressiste. Le vieux peuple ouvrier, avec ses attachements familiaux, territoriaux et culturels, lui apparaît parfois comme un obstacle à l’avènement du monde nouveau. Voilà une étrange conclusion pour une tradition politique qui prétendait parler au nom des humbles.

    Le danger est que la compétition électorale se transforme progressivement en confrontation entre appartenances réputées irréconciliables. La démocratie suppose pourtant que les adversaires politiques acceptent de continuer à vivre sous des institutions communes après avoir perdu une élection. Lorsque cette conviction s’affaiblit, chaque scrutin prend les allures d’une bataille existentielle. Les violences de rue risquent alors de devenir, non plus un accident de la vie politique, mais l’un de ses prolongements ordinaires et un avant goût de ce qui nous attend : une guerre intérieure entre des populations qui se haïssent.

    Le Rassemblement national, ou la souveraineté sans l’identité

    Ceux qui attendent du Rassemblement national une solution définitive à ces fractures feraient bien d’examiner avec attention sa doctrine. Marine Le Pen a maintes fois distingué l’islam de l’islamisme et défendu la compatibilité de la pratique musulmane avec les institutions républicaines. Jean-Philippe Tanguy incarne, quant à lui, une sensibilité davantage préoccupée par les questions économiques, sociales et institutionnelles que par une définition ethnoculturelle de l’identité française. Ces positions ne signifient pas que le RN renonce à ses projets de restriction de l’immigration ou de renforcement de l’autorité publique. Elles illustrent toutefois la distance qui sépare son nationalisme civique des conceptions identitaires européennes.

    Pour le RN, la nation demeure principalement un cadre de souveraineté politique, doté de frontières, de lois et d’institutions. Pour un identitaire, cette définition ne suffit pas. Il reste à savoir comment se transmettent les langues, les coutumes, les formes de sociabilité, les mémoires et les fidélités qui donnent à une communauté historique sa physionomie particulière. Le document administratif peut établir la nationalité ; il ne saurait, à lui seul, garantir la transmission de cet héritage. Cette opposition entre deux conceptions de la nation est ancienne. Elle ne sera pas résolue par quelques discours sur l’autorité retrouvée.

    Un gouvernement RN pourrait modifier la politique migratoire, les moyens de la justice ou les doctrines de maintien de l’ordre. Il ne ferait pas disparaître d’un trait de plume les séparations culturelles, les économies criminelles, les fractures territoriales ni les incertitudes de la jeunesse. La prise du pouvoir ne se confond pas avec une restauration de la cohésion nationale. Ce serait même une singulière déconvenue pour ses électeurs que de découvrir, après tant de promesses, que les institutions peuvent changer de titulaires tandis que la société poursuit ses transformations à peu près au même rythme.

    C’est probablement cette perspective qui devrait inquiéter davantage les milieux identitaires que les sempiternelles invectives de la gauche radicale. Une victoire électorale peut ouvrir une possibilité politique ; elle ne dispense ni de définir les fins poursuivies ni de comprendre les conditions historiques de leur réalisation. Ceux qui attendent de l’alternance une sorte de miracle risquent de découvrir que l’exercice du pouvoir est un art beaucoup moins spectaculaire que sa conquête.

    Les flammes de Limoges et la fin des illusions

    Je reviens à mon écran de télévision et à ces images de Limoges qui continuent de me hanter. L’hôtel de ville, inauguré en 1883, appartenait à cette époque où la République croyait encore à la permanence de ses institutions et à la puissance civilisatrice de son école, de son administration et de ses lois. Elle construisait des monuments destinés à traverser les générations. Elle était persuadée de pouvoir faire d’une multitude de provinces, de traditions et de fidélités locales un ensemble politique cohérent.

    Ce monde-là n’a pas disparu, mais il traverse une crise dont les émeutes du 17 octobre ont fourni une représentation saisissante. Les bâtiments peuvent être réparés, les vitrines remplacées, les véhicules rachetés. Il est autrement difficile de restaurer une autorité contestée, de recréer des solidarités défaites et de convaincre des générations inquiètes que l’avenir leur réserve encore quelque chose de désirable.

    Dehors, à Lechiagat, les bateaux reposent contre le quai. La mer demeure indifférente aux incendies de la capitale limousine et aux querelles des partis parisiens. Cette tranquillité ne doit pourtant pas faire illusion. Les événements de samedi montrent que les fractures françaises ne sont plus enfermées dans quelques quartiers périphériques, ni même dans les grandes métropoles. Elles peuvent surgir jusque dans les villes qui se croyaient préservées. Il serait dérisoire de répondre à ce bouleversement par quelques milliers de policiers supplémentaires, par une nouvelle loi de circonstance ou par les proclamations indignées d’un ministre.

    Ce que les flammes de Limoges éclairent, c’est moins la faiblesse passagère d’un gouvernement que la difficulté croissante d’une société à définir ce qui la rassemble encore. Les uns invoquent la révolution, les autres l’ordre républicain, d’autres enfin l’identité et la continuité historique. Aucun de ces mots ne possède le pouvoir magique de résoudre les contradictions accumulées. La France pourra toujours changer de majorité, de ministres et de musique. Elle devra tôt ou tard regarder en face les conflits de normes, les divisions sociales et les appartenances concurrentes qui traversent désormais son territoire. Faute de quoi, les prochains incendies risquent de trouver des pompiers mieux équipés, mais une nation tout aussi désemparée.

    Balbino Katz, chroniqueur des vents et des marées (Breizh-Info, 19 octobre 2026)

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  • Le Grand Dérèglement...

    Les éditions Odile Jacob viennent de publier un essai de Pierre Vermeren intitulé Le Grand Dérèglement - Ce que la France refuse de voir. Historien, professeur des universités (Paris-I-Panthéon-Sorbonne), Pierre Vermeren a notamment publié La France qui déclasse (Tallandier, 2019).

     

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    " Jamais la France n’a changé aussi rapidement et aussi profondément. En moins de deux générations, elle a accumulé le passif d’une guerre : endettement public de 120 % du PIB, abandon de territoires entiers, exil des plus fortunés, destruction de l’appareil productif, progression massive de la pauvreté, désagrégation scolaire…
    Qu’est devenu notre « cher et vieux pays » ? Nos paysages se sont bétonnés et l’identité de la France dévoilée par Fernand Braudel s’est disloquée. Quant à nos élites, elles oscillent entre un immobilisme assumé et de grands travaux dignes de Sisyphe qui alourdissent notre État ventripotent.
    La France est devenue un charivari, et les Français se comprennent de moins en moins, leur grammaire culturelle et leur confiance sociale s’étant envolées.
    C’est au chevet de cette France métamorphosée que nous convie l’historien Pierre Vermeren, une France qui ne manque pas de ressorts, à condition de retrouver sa confiance en elle-même et la lucidité de ses élites."

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  • Identité française ou européenne ?...

    Vous pouvez découvrir ci-dessous un entretien donné par Julien Rochedy à Eric Morillot sur la chaîne Youtube, Les Incorrectibles, dans lequel il aborde notamment la question de l'identité européenne...

    Publiciste et essayiste, Julien Rochedy, qui est une figure de la mouvance identitaire, a déjà publié plusieurs essais dont Nietzsche l'actuel,  L'amour et la guerre - Répondre au féminisme, Philosophie de droite, Surhommes et sous-hommes - Valeur et destin de l'homme (Hétairie, 2023), Qui sont les Blancs ? - Généalogie d'une identité interdite (Hétairie, 2025) et, dernièrement, Le temps du Centaure (Hétairie, 2026).

     

                                              

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  • Jean-Yves Le Gallou sur la remigration : « Il faut rendre le pouvoir aux peuples européens ! »...

    Nous reproduisons ci-dessous l'intervention de Jean-Yves Le Gallou au Sommet européen pour la remigration qui s'est tenu à Porto le samedi 30 mai 2026 en présence de nombreuses personnalités européennes.

    Ce sommet a également donné lieu au lancement de la première pétition européenne ("Save Europe Act") pour stopper l'immigration, sécuriser les frontières et protéger l'identité ethnoculturelle des nations européennes

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    Jean-Yves Le Gallou sur la remigration : « Il faut rendre le pouvoir aux peuples européens ! »

    Le rôle paralysant du pouvoir judiciaire

    Les deux tiers des Européens trouvent qu’il y a trop d’immigration en Europe et pourtant, l’an dernier, plus de 4 millions d’étrangers extra-européens, issus du monde arabo-musulman, d’Afrique ou d’Asie, sont entrés en Europe pour y séjourner. Comment peut-il y avoir un tel écart entre le souhait des peuples et la réalité des politiques conduites ? Trois explications sont possibles : la malveillance ou la lâcheté des dirigeants politiques, l’ampleur de la doxa médiatique, mais aussi le rôle paralysant du pouvoir judiciaire. C’est ce dernier point que je voudrais aborder devant vous.

    Je vais commencer mon propos en prenant deux exemples français : en 2023, le Parlement a adopté une loi sur l’immigration. Elle comportait des éléments plutôt favorables aux immigrés et d’autres plus restrictifs quant aux conditions de séjour et d’installation. Le Conseil constitutionnel a été appelé à juger de la validité de cette loi et il a annulé les trois quarts des dispositifs un tant soit peu restrictifs. Bilan : Parlement zéro, pouvoir judiciaire 1.

    Voulez-vous un autre exemple ? Le voici ! Un haut fonctionnaire français, aujourd’hui député européen du Rassemblement national, a été, durant sept ans, le patron de Frontex, le service de contrôle des frontières extérieures de l’Union européenne. Fabrice Leggeri a tenté de faire son travail en limitant l’immigration clandestine, mais il a été poussé à la démission par les autorités européennes et se retrouve aujourd’hui poursuivi par la cour d’appel de Paris. Pour, tenez-vous bien, « crime contre l’humanité » (sic). Il s’agit évidemment de dissuader hommes politiques et fonctionnaires de tenter de réguler l’immigration.

    Ce phénomène du pouvoir judiciaire n’est pas particulier à la France : tous les pays européens sont plus ou moins concernés à travers les actions de leurs hautes cours de justice ou de leurs cours constitutionnelles, ou tout simplement des organisations judiciaires plus classiques.

    C’est ce qui vient d’arriver à notre ami Dries Van Langenhove, condamné par un tribunal belge qui reconnaît qu’il a scientifiquement et statistiquement raison dans son analyse de l’immigration, mais que critiquer celle-ci révèle une intention d’incitation à la haine qui doit être condamnée. Par une interprétation liberticide d’une loi déjà liberticide.

    Ce pouvoir judiciaire a de multiples effets : un effet retardateur, un effet de censure et, ce qui est encore pire, un effet d’autocensure, car la peur d’être désavoué intimide et paralyse la parole des lanceurs d’alerte comme l’action des gouvernements et des législateurs : cela conduit à l’adoption de demi-mesures par crainte de la censure d’une action réellement utile.

    Souvent présenté comme la quintessence d’un « État de droit », porteur de hautes valeurs morales, ce pouvoir judiciaire accumule les biais antidémocratiques :

    1 — Sauf en Suisse, ce n’est pas un pouvoir élu et c’est même souvent un pouvoir corporatiste qui s’autopromeut.

    2 — C’est un pouvoir qui se déploie en fondant ses décisions sur l’application ou, plus exactement, l’interprétation de textes généraux — conventions internationales et autres — qui se prêtent à toutes les manipulations.

    3 — Ce pouvoir est soumis à des influences idéologiques progressistes : à titre d’exemple, 20 % des juges à la Cour européenne des droits de l’homme — dont les jurisprudences inspirent celles de tous les États — sont proches d’associations liées à la galaxie Soros.

    4 — Le pouvoir judiciaire est irresponsable : il ne prend pas en compte les conséquences pratiques de ses décisions de principe. À titre d’exemple, en France, la Cour nationale du droit d’asile a décidé que toutes les femmes afghanes avaient par nature un droit à l’asile en France et, par là même, au séjour en Europe. Est-il responsable de décider qu’il serait possible d’accueillir 30 millions de personnes venant d’Afghanistan elle-même, ouvrant droit à 30 millions de personnes supplémentaires au titre du regroupement familial ? C’est tout simplement déraisonnable, mais lors des audiences, les avocats qui font valoir les droits des particuliers demandeurs d’asile — qu’ils soient homosexuels togolais, albinos congolais, musulmanes sri-lankaises ou transsexuels péruviens, je cite des jurisprudences — expliquent aux juges qu’ils ne doivent en aucun cas prendre en compte les conséquences collectives de leurs décisions individuelles.

    5 — C’est le point aveugle du pouvoir judiciaire : se prononcer exclusivement du point de vue d’individus étrangers, sans jamais prendre en compte l’intérêt général, le bien commun.

    Vers le JUGEXIT !

    C’est pourquoi l’identité européenne ne pourra être sauvée que si les peuples européens reprennent la pleine souveraineté sur leurs lois et leurs décisions administratives. Cela suppose ce que j’ai appelé, dans mon ouvrage Remigration pour l’Europe de nos enfants, le JUGEXIT. Qu’est-ce que le JUGEXIT ? C’est la suprématie de la loi sur les jurisprudences arbitraires. Cela suppose plusieurs préalables :

    1 — Sans doute la dénonciation de conventions internationales abstraites, remontant aux années 1950 et adoptées dans des contextes infiniment différents de la situation d’aujourd’hui : je veux parler ici de la Convention européenne des droits de l’homme, de la Convention internationale des droits de l’enfant ou de la Convention de Genève sur les réfugiés. Celle-ci était prévue pour protéger les populations européennes déplacées à l’issue de la Seconde Guerre mondiale, pas pour accueillir le monde entier en fonction de considérations pseudo-humanitaires.

    2 — Il faut aussi que nos pays réaffirment la suprématie de leur loi interne postérieure sur les traités internationaux postérieurs.

    3 — Il faut enfin que les juges soient — sous peine de forfaiture — tenus d’appliquer les lois votées et qu’il leur soit interdit de les censurer en fonction de leur humeur ou de leurs sensibilités idéologiques.

    Ne nous laissons pas abuser par ce qu’ils appellent « l’État de droit », qui n’est trop souvent que la dictature judiciaire, elle-même apparentée à La Nef des fous, puisque les jurisprudences de nombreux États européens, dont la France, sur le droit d’asile, ouvrent le droit à l’entrée et au séjour en Europe à 600 millions de personnes, ce qui supposerait de bétonner la moitié de notre continent.

    Il faut rendre le pouvoir aux peuples européens : directement par référendum pour les pays qui le pratiquent ou à travers leurs parlementaires pour les autres. C’est dans cet esprit qu’un grand événement européen se tiendra à Paris le samedi 31 octobre prochain.

    Européens, libérez-vous !

    Jean-Yves Le Gallou (Polémia, 1er juin 2026)

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  • Qu'est-ce que la Nouvelle Droite ?...

    Nous reproduisons ci-dessous un entretien donné par François Dambelin au site de la revue Éléments à l'occasion de la publication de son essai intitulé La Nouvelle Droite - Un panorama historique et métapolitique (Institut Iliade/La Nouvelle Librairie, 2026).

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    François Dambelin : qu’est-ce que la Nouvelle Droite ?

    ÉLÉMENTS : Comment définiriez-vous la Nouvelle Droite : un courant de pensée, une école, une sensibilité, une méthode ?

    FRANÇOIS DAMBELIN. Le GRECE, groupement de recherches et d’études pour la civilisation européenne, qui est le noyau originel de ce que l’on appelle la Nouvelle Droite, s’est toujours vu comme une communauté de travail et de pensée, ayant la volonté de développer une nouvelle vision du monde s’appuyant sur un corps de doctrines, jamais figées, abordant tous les domaines de la vie de l’esprit et de la science. L’ambition initiale est bien de devenir une école de pensée, « une sorte de synthèse de l’École de Francfort, de l’Action française et du CNRS », comme le rappelait Alain de Benoist, presque cinquante ans plus tard dans Mémoire vive. Ce n’est évidemment pas un hasard s’il donne à la revue d’études qu’il fonde en 1968, à côté du GRECE, le titre de Nouvelle École.

    Aujourd’hui, alors que le GRECE s’est effacé depuis près de vingt ans, il est plus juste de qualifier la Nouvelle Droite de courant de pensée.

    Mais la méthode d’action reste la même, celle du combat des idées pour défaire l’idéologie dominante, qui combine économisme, individualisme et universalisme et qui étouffe l’Europe.

    ÉLÉMENTS : Quels en sont les grands axes intellectuels qui la distinguent des autres droites, conservatrice ou libérale ? Quelle est sa singularité ?

    FRANÇOIS DAMBELIN.

    Parmi les grands axes intellectuels que l’on peut citer et qui la distingue des autres droites :

    • la vision de l’Europe comme une communauté de peuples frères partageant des origines communes mais aussi une culture, un imaginaire et des mythes communs ;

    • l’attachement à l’idée d’empire, qui, mieux que l’idée de nation, est à même de garantir l’organisation souveraine de l’espace géopolitique européen en respectant sa complexité et sa diversité ;

    • la place accordée au réalisme biologique, qui n’est pas un réductionnisme, mais la simple reconnaissance de la part animale de l’homme et de l’importance de l’héritage génétique ;

    • la reconnaissance de l’appartenance identitaire comme enracinement dans une communauté humaine organique, une histoire, une culture, un terroir, des paysages ;

    • le choix de l’antiracisme différentialiste, qui consiste à prendre en compte et à accepter les différences qui existent entre les individus et entre les groupes d’individus pour permettre leur coexistence harmonieuse ; il en découle évidemment le refus de tous les formes de colonisation ;

    • la recherche systématique de la tierce voie pour s’affranchir des alternatives « bétonnées » ;

    • le refus de la marchandisation du monde (quand tout a un prix et plus rien n’a de valeur, selon la formule d’Alain de Benoist) qui passe par un rejet absolu du libéralisme et par la recherche d’une économie organique, encastrée dans la société et soumise au politique ;

    • et enfin, pour terminer, la conception polythéiste (ou païenne) du monde. Il s’agit là d’une singularité profonde et essentielle de la ND, comme l’ont très bien vu deux observateurs étrangers, auteurs de livres solides sur notre courant de pensée1, et non d’un simple « folklore » comme semble le penser Mathieu Bock-Côté (Éléments n° 218). C’est parfaitement cohérent, en effet, de rejeter des monothéismes universalistes qui arasent les différences et les identités et de leur préférer les valeurs et les normes qui se cachent derrière les visages de nos dieux et de nos héros ancestraux. Il ne s’agit pas de mettre entre parenthèse les deux millénaires chrétiens, il s’agit de les dépasser pour « reprendre le fil d’une culture trouvant en elle-même ses raisons suffisante ».

    C’est une simple esquisse, très personnelle. Il faudrait écrire un livre pour répondre !

    ÉLÉMENTS : Pourquoi avoir fait le choix de la métapolitique plutôt que celui de l’engagement politique direct ? Comment définiriez-vous cette « métapo » ? La Nouvelle Droite aurait-elle renoncé au pouvoir ? Vous montrez néanmoins que ses idées ont infusé : peut-on parler aujourd’hui d’une victoire culturelle sans victoire politique ?

    FRANÇOIS DAMBELIN. Les fondateurs du GRECE ont été pendant les années 60 de jeunes militants révolutionnaires, des soldats politiques, qui ont tout sacrifié à leur engagement pendant près de dix ans. Les échecs qu’ils ont rencontrés, comme la lecture collective de Gramsci, leur ont permis de comprendre qu’aucune victoire politique sérieuse n’était envisageable sans avoir, au préalable, conquis le pouvoir culturel. Ils se sont donc lancés dans le combat des idées, le combat métapolitique, en forgeant d’abord une vision du monde novatrice et cohérente pour défier les idéologies dominantes.

    Comme le disait Jean-Claude Valla, grand journaliste, qui fut le premier secrétaire général du GRECE, la métapolitique, c’est « le domaine des valeurs qui ne relèvent pas du politique, au sens traditionnel de ce terme, mais qui ont une incidence directe sur la constance ou l’absence du consensus social régi par le politique ». Le travail métapolitique, c’est, en quelque sorte, ce qui permet de faire bouger la fenêtre d’Overton.

    Ceux qui mènent le combat métapolitique n’ont donc pas pour objectif de prendre le pouvoir, mais d’imposer une nouvelle vision du monde. Ce sera à d’autres de donner une traduction politique à ce basculement.

    Pour le moment, malheureusement, on en est encore loin. Il y a des prises de conscience (la « politique civilisationnelle »), des percées ici ou là, des escarmouches victorieuses et quelques succès tactiques, mais la victoire n’est pas encore à portée de main. Le système idéologique de la gauche morale, libérale et universaliste tient toujours et conserve le soutien de la très large majorité des élites. On peut donc se demander sur quels changements concrets pourra déboucher dans ces conditions une victoire du courant national-populiste dont les « convictions » évolutives restent de toute façon assez éloignées de celles de la ND…

    ÉLÉMENTS : La Nouvelle Droite est souvent associée à certaines figures, à commencer par Alain de Benoist : peut-on parler d’une école structurée ou d’un archipel de penseurs ?

    FRANÇOIS DAMBELIN. L’école structurée de la ND française a plus ou moins disparu au début des années 90. Il reste un courant ou une mouvance. Alain de Benoist, avec son œuvre imposante riche et diverse et ses revues Krisis et Nouvelle École, en est le pôle principal. Mais il y a aussi la revue Éléments qui est devenue un pôle d’attraction en fédérant autour d’elle des essayistes, des journalistes et des publicistes et l’Institut Iliade qui, avec sa mission de formation, fait émerger de nouveaux talents et devient également un pôle de production d’idées avec sa revue théorique, Cahier d’études pour une pensée européenne. Parmi les jeunes plumes qui ont émergé au cours des dix dernières années dans notre mouvance, c’est sans conteste Guillaume Travers qui m’impressionne le plus. Ses essais ou ses articles pour Nouvelle École et Éléments sont toujours remarquables et novateurs.

    Mais il serait réducteur de ne parler que de la France. La ND est depuis longtemps un courant de pensée européen, une « Révolution conservatrice » à l’échelle du continent. Et depuis quelques années, grâce, notamment, au travail de l’Institut Iliade et d’un réseau de maisons d’éditions comme La Nouvelle Librairie, JungEuropa, Passagio Al Bosco, Arktos et d’autres, les essais importants publiés ici ou là en Europe deviennent accessibles à tous les néo-droitistes européens. C’est une véritable révolution, que je trouve particulièrement enthousiasmante !

    ÉLÉMENTS : Le double moment, populiste et identitaire, contemporain valide-t-il certaines intuitions anciennes de la ND ?

    FRANÇOIS DAMBELIN. La montée en puissance de la question identitaire a été perçue très tôt par la ND. Je me souviens du texte d’une allocution prononcée par Alain de Benoist au colloque du GRECE en 1985, intitulé « Réflexions sur l’identité nationale » qui se terminait par la formule suivante : « SOS Racisme disent certains. Nous répondons : SOS Racines. »

    Quant à la question du populisme, il me semble qu’elle est apparue dans un numéro d’Eléments (n° 84) du milieu des années 90 dont le dossier était consacré à l’insécurité sociale. Dans son éditorial, Robert de Herte notait « une désaffection de plus en plus générale de la société globale vis-à-vis des élites, et tout spécialement d’une classe politique convaincue de ne plus être aujourd’hui qu’un relais politique des marchés financiers ». Les germes de la révolte populiste étaient là et Alain de Benoist a approfondi cette thématique tout au long des années qui ont suivi.

    ÉLÉMENTS : La Nouvelle Droite est-elle toujours vivante ? Sous quelle forme : mouvement, héritage ou climat d’idées ?

    FRANÇOIS DAMBELIN. Comme j’ai devant moi le directeur de la revue Éléments, qui vient de sortir son deux-cent-dix-neuvième numéro et que nous sommes au colloque de l’Institut Iliade qui grouille de monde, avec beaucoup de jeunes et une quasi-parité entre les sexes, je pense que vous ne me démentirez pas si je dis que la ND est bien vivante. Elle a évidemment évolué, s’est parfois un peu diluée, mais une chose est sûre, elle empêche toujours de dormir les flics du politiquement correct et les curés de la bien-pensance !

    François Dambelin, propos recueillis par François Bousquet (Site de la revue Éléments, 20 avril 2025)

    Note :

    1. Tomislav SUNIC, Against Democracy and Equality: The European New Right, Peter Lang Publishing, New York, 1990 ; et Pawel BIELAWSKI, European apostasy – The role of religion in the european New Right, Arktos, London, 2025.

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  • Qu’est-ce que la France aujourd’hui ?...

    Dans cette émission du Plus d’Éléments, diffusée par TV Libertés, l'équipe du magazine s’empare du dernier numéro d’Éléments consacré à la France. Non pas la France des slogans ou des incantations creuses, mais celle qui résiste au temps, qui se transmet et se transforme sans se dissoudre.

    Qu’est-ce qu’être français aujourd’hui dans un monde travaillé par l’indifférenciation et l’oubli de soi ? Un débat sans détour, pour penser ce qui demeure.

    On trouvera sur le plateau, autour d'Olivier François, Thomas Hennetier, David L’Épée et Christophe A. Maxime.

     

                                                  

     

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