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14/02/2018

La question corse : autonomie, souveraineté, localisme...

Vous pouvez découvrir ci-dessous L'Hebdo politique de TV Libertés, présenté par Élise Blaise, qui, le 10 février 2018, recevait Laurent Ozon, pour évoquer la question corse après la visite dans l'île d'Emmanuel Macron... Essayiste et analyste politique, tenant d'une écologie localiste et identitaire, Laurent Ozon est l'auteur de l'excellent essai intitulé France, années décisives (Bios, 2015)...

 

                             

12/02/2018

Corse : pour un fédéralisme à la française...

Nous reproduisons ci-dessous une tribune de Jérôme Besnard, cueilli sur Figaro Vox et consacrée à la question corse. Jérôme Besnard est élu municipal et membre du conseil national des républicains.

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Corse : pour un fédéralisme à la française

Avouons d'entrée une peine certaine devant la gestion de la question corse par le Président de la République. Voir le président d'une région française soumis à une fouille avant de pouvoir assister au discours du chef de l'État est choquant. Gilles Simeoni s'inscrit dans une tradition politique revendicative mais nullement terroriste. Un demi-siècle de militantisme familial est là pour le prouver. Qui connaît Gilles Simeoni sait qu'il est de la trempe de ces militants régionalistes pour lesquels la violence symbolique, lorsqu'elle doit s'exercer, doit toujours demeurer au service de la raison. On pense bien entendu ici au FLB de Jean Bothorel ou au Mouvement Normand de Didier Patte. Pas à l'ETA ou aux dérives, savamment entretenues par certaines officines, du FLNC. Gilles Simeoni a la confiance et l'estime d'Hervé Morin, président de l'Association des régions de France qui est en train de réussir la fusion des deux régions normandes. C'est un avocat de profession, un humaniste au plus beau sens du terme. J'étais l'un des trois élus continentaux présents au rassemblement fondateur de Femu A Corsica le 29 juillet dernier à Corte. Je n'y ai rien constaté de séditieux ou de choquant pour notre commune décence politique française.

L'absence de drapeau corse lors du discours d'Emmanuel est tout aussi stupide. On pense à l'étonnement du général de Gaulle face au drapeau malouin flottant au sommet de l'Hôtel de Ville de la cité corsaire: le rappel qui lui fut fait de l'indépendance de Saint-Malo au XVIe siècle lui fit convenir qu'il ne s'agissait pas là d'une offense à la République. Pensons aussi au discours du même général de Gaulle en langue bretonne à Quimper le 2 février 1969. Une intervention du chef de l'État en langue corse aurait eu un certain panache.

La solution à la question corse n'est pas «girondine» pour la bonne raison que le girondisme n'est qu'un jacobinisme modéré. Les Girondins furent aux Jacobins ce que les Mencheviks furent aux Bolcheviks. La solution est à rechercher dans le trésor du fédéralisme français, si conforme au principe de subsidiarité. Le débat est ancien si l'on se réfère aux premiers écrits de l'Association normande d'Arcisse de Caumont (1831) ou à l'Association bretonne fondée en 1843. Même s'il a forcé le trait, on relira avec profit L'Ancien régime et la Révolution d'Alexis de Tocqueville. On se souviendra surtout que notre fête nationale du 14 juillet ne doit pas grand-chose à la prise de la Bastille mais tout à cette fête de la Fédération de 1790 que l'historien Marc Bloch plaçait au même niveau que le sacre de Reims dans la symbolique française.

«La Corse est au cœur de la République» est venu dire Emmanuel Macron dans une de ces phrases creuses dont il a le secret. Non, la Corse n'est pas au cœur de la République, elle est un territoire insulaire, montagneux et en grande partie rural, situé non seulement en périphérie de la France métropolitaine mais au cœur de cette France périphérique si bien décrite par le géographe Christophe Guilluy, cette France qui doute de son avenir et qui ne se retrouve pas dans le discours de mondialisation heureuse qui a été celui du Président de la République depuis son émergence sur la scène politique nationale.

Plutôt que d'invoquer des principes républicains aux contours souvent flous, on serait mieux inspiré d'en appeler à notre histoire commune depuis 1768 et l'achat de l'île à la République de Gênes par le roi Louis XV. Que l'on se souvienne des jours heureux et des peines communes, des batailles de Borgo et de Ponte-Novo, de la rivalité entre Bonaparte et Pozzo di Borgo, de la place centrale des Corses dans l'administration française, des sacrifices du 173e Régiment d'infanterie pendant la Première guerre mondiale. Allons écouter le vent dans les châtaigniers qui entourent la maison natale de Pascal Paoli à Morosaglia. Inclinons nous devant le sacrifice des goumiers marocains au col de Teghime. Saluons les deux églises, latine et grecque, de Cargèse. Pensons au dernier vol de Saint-Exupéry au départ de Poretta. Songeons au mariage de Romain Gary et Jean Seberg à Sarrola-Carcopino. Souvenons-nous de la Légion étrangère quittant Calvi pour aller libérer les Belges et les Français dans l'enfer de Kolwezi.

Commémorons ces pages de l'histoire française qui ont fait de la Corse une île de notre pays. Donnons-nous les moyens institutionnels de la conserver dans le giron français en respectant sa culture et son peuple. Cela passe par l'ouverture d'un vrai dialogue avec Gilles Simeoni et ses amis que leurs succès électoraux accumulés depuis quatre ans revêtent d'une légitimité incontestable. Des outils juridiques et constitutionnels existent pour que la Corse résolve avec l'aide de la France ses problèmes culturels et économiques, qu'elle préserve ses paysages et qu'elle offre un avenir à sa jeunesse.

Jérôme Besnard (Figaro Vox, 9 février 2018)

26/12/2017

Le retour de l'Autriche-Hongrie...

Vous pouvez découvrir ci-dessous une chronique d'Éric Zemmour sur RTL, datée du 21 décembre 2017 et consacrée à la mise en place du gouvernement d'alliance entre la droite et l'extrême droite en Autriche...

 

                                

18/12/2017

La Mémoire assiégée...

Les éditions DMM viennent de publier La  Mémoire assiégée - Histoire, identité et propagande culturelle, un essai de Robin Terrasse. L'auteur est consultant et spécialiste en intelligence économique.

 

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" Les générations d'après mai 68, jusqu'aux années 2010, ont vécu ce qu'on peut appeler une révolution mémorielle : c'est-à-dire un bouleversement massif des connaissances historiques transmises aux citoyens. Ces connaissances, terriblement partielles, favorisent un récit de l'Histoire axé prioritairement sur les exactions commises par les Européens à l'encontre des autres peuples. Ce choix, semi-délibéré par consensus, semi-inconscient puisqu'il prend sa source dans un contexte de fin de Seconde guerre mondiale et de décolonisations, est un rude coup donné à l'identité des jeunes Européens, sommés d'intégrer un récit qui présente leurs ancêtres, leurs peuples, leurs civilisations, comme les grands bourreaux de l'Histoire. Ce faisant, l'éducation nationale forge de futures consciences politiques bercées dans la honte de soi, la repentance et la valorisation sans borne de l'Autre. Processus qui favorise, notamment, l'acceptation de l'immigration massive de peuplement extra-européen que connait notre pays depuis plusieurs décennies. Contre toute idée reçue, l'enseignement de l'Histoire est donc bien un enjeu d'avenir, et c'est pourquoi une contre-histoire reste nécessaire si jamais l'on souhaite voir émerger, un jour, une contre-politique. C'est là tout l'objet de ce livre, qui se veut aussi une analyse de l'idéologie dominante contemporaine. "

23/11/2017

"Le vrai conservateur pense que notre civilisation est fragile mais qu’on peut la défendre"...

Nous reproduisons ci-dessous un entretien donné par Frédéric Rouvillois à Atlantico à l'occasion de la sortie du Dictionnaire du conservatisme, dont il est un des maîtres d’œuvre. Professeur de droit public à l’université Paris-Descartes, Frédéric Rouvillois est l'auteur de plusieurs ouvrages d'histoire des idées comme Histoire de la politesse (Flammarion, 2006) ou L’invention du progrès (CNRS éditions, 2010) et plus récemment, Une histoire des best-sellers (Flammarion, 2011).

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Frédéric Rouvillois : "Le vrai conservateur, c’est celui qui pense que notre civilisation est fragile mais qu’on peut la défendre"

Atlantico : Écrire un dictionnaire, en tant que "livre sur la signification des mots" n'est-ce, dès le départ de votre travail, une démarche foncièrement conservatrice – par exemple si on l'oppose à une encyclopédie qui vise à rassembler l'ensemble de toutes les sciences ?

Frédéric Rouvillois : C'est une question amusante et originale à laquelle je n'avais pas pensé, mais effectivement, en un sens, il y a dans la démarche encyclopédique une forme de dimension prométhéenne – une volonté de dominer le monde, l'univers, d'un seul regard – alors que la démarche du dictionnaire est plus mesurée, plus prudente, plus modeste. Le dictionnaire se soumet d'une certaine façon au réel là où l'encyclopédie semble vouloir soumettre le réel. D'où une dimension conservatrice du dictionnaire, et ce sur plusieurs plans : par la philosophie comme nous venons de le montrer, mais aussi conservatrice en tant que force conservatoire des mots, de la langue et de la culture.

En France, depuis la parution du premier dictionnaire sous le règne de Louis XIV, c'est ainsi qu'on pense cet objet.

On parle souvent d'une certaine inadaptation de la culture française au conservatisme, ou du fait que le conservatisme n'a pas de grande tradition politique définie comme par exemple en Angleterre. Mais votre dictionnaire regorge de penseurs, courants intellectuels ou écrivains qui portent au pinacle la pensée conservatrice, même si ces courants peuvent sembler parfois concurrents, sinon contradictoires. La supposée "faiblesse" du conservatisme français (mais en même temps son intérêt) ne réside pas dans cette diversité concurrentielle des conservatismes qu'a produit sa culture ?

Oui, et on en revient au choix du dictionnaire : le conservatisme n'a jamais trouvé son nom en France, si on excepte une petite partie du XIXe siècle avant d'être ostracisé et rejeté de manière presque systématique par la suite. Au XXe siècle, il y a une foule de penseurs qui sont de par leur pensée des conservateurs, et veulent défendre par exemple une forme de tradition, d'enracinement, d'identité mais qui soit n'utilise pas ce terme pour se désigner (c'est le cas par exemple du général de Gaulle) ou en viennent à récuser ou refuser violemment ce terme quand il leur est assigné. Ils sont nombreux. L'un de ceux qu'on a beaucoup évoqué dans ce livre est Maurras, qui refusait très largement ce qualificatif de conservateurs, lui-même considérant ce terme comme désignant les conservateurs de la fin du XIXe siècle, soit un courant sans colonne vertébrale ou véritable ligne de pensée.

On a aussi l'impression que plus qu'une doctrine, le conservatisme est un état d'esprit, comme le souligne par exemple le titre d'un ouvrage d'un grand penseur conservateur américain, Russell Kirk, quand il parle de "conservatist mind" ou d'"imaginative conservative". Ce rapport au monde conservateur est-il une force ou une faiblesse selon vous ?

Ce qui est clair, c'est qu'il n'y a pas une doctrine conservatrice qui serait clairement établie comme il y a pu avoir un marxisme, un fascisme ou un gaullisme à l'origine. Le conservatisme est une nébuleuse qui présente des éléments de toutes sortes. Il y a des éléments doctrinaux, mais aussi des questions économiques, anthropologiques ou historiques qui sont de natures diverses. Chacune de ces positions comporte le même "état d'esprit" Cette diversité est en effet à la fois sa force et sa faiblesse paradoxalement. C'est ce qui fait que sont intégrées dans le conservatisme à la fois des penseurs libéraux et des penseurs critiques envers le libéralisme, mais aussi des penseurs réactionnaires. C'est une nébuleuse extrêmement vaste dont les frontières ne sont pas aisées à établir et sont susceptibles de débat. Cela correspond d'ailleurs assez largement à ce qui fait la droite, et même certains segments de ce qu'est la gauche qui sont appelés à rentrer dans cette nébuleuse. On a beaucoup insisté par exemple dans ce livre sur la question de l'écologie qui est une forme de conservation de la nature. Depuis les années 60-70, elle est considérée de gauche alors qu'il nous semble incontestable que l'écologie est au fond une pensée conservatrice – et qu'inversement le conservatisme est nécessairement tourné vers la nature – telle la fameuse "écologie intégrale" défendue par le pape dans Laudato Si est selon nous conservatrice. 

Dans votre article sur l'idée de "Progrès", vous évoquez trois familles de conservatisme. Quelle sont ces trois tendances de conservatisme ?   

J'en parlai en effet par rapport au "mythe du progrès", qui me semble typique de la pensée de gauche selon laquelle l'humanité, par son propre effort, serait amenée à s'améliorer de manière nécessaire et illimitée dans le temps. Et que l'humanité irait vers une plus grande fluidité, une plus grande transparence, plus rationnelle, plus juste, heureuse etc. C'est à mon sens l'une des caractéristiques de la gauche et l'antithèse du conservatisme. A l'opposé du progressiste, le conservateur n'est sûr de rien sur ce point de vue-là. Le conservateur a toujours à l'esprit, pour reprendre la formule de Paul Valéry selon laquelle "les civilisations sont mortelles" ou que du moins elles sont dans leur constitution extrêmement fragiles. Le travail du conservateur va être d'identifier ce qui est important et de faire en sorte de le conserver dans le temps. Bref, le conservateur est à l'opposé du progressiste un pessimiste ou optimiste modéré. Il pense que les choses sont fragiles mais qu'on peut les défendre. Le vrai conservateur est celui-là. Et que par conséquent travailler à leur conservation est pertinent.

A partir de cette idée, on peut considérer qu'il y a un certain segment du conservatisme qu'on pourrait dans certains cas appeler le réactionnaire qui considère qu'au fond tout est déjà fichu. Et qu'en toute hypothèse, c'était mieux hier. C'est un conservatisme, un peu paradoxal, qui pense d'une certaine façon qu'il n'y a déjà plus rien à conserver.

Et à côté de ce conservatisme, il y a des formes de combinaisons entre le conservatisme et le progressisme qui peut accepter sur certains points que les choses s'améliorent dans le temps, et que par ailleurs, il faut savoir renoncer au passé pour pouvoir conserver un petit peu. C'est le "il faut que tout change pour que rien ne change". 

Frédéric Rouvillois (Atlantico, 19 novembre 2017)



07/11/2017

PMA, GPA : la logique des progressistes...

Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Michel Lhomme, cueilli sur Metamag et consacré au travail de sape des progressistes pour imposer la PMA et la GPA en France, et en Europe...

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Pma, Gpa : des “droits de”… à des “droits a”… ou la logique des progressistes

La Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH) a condamné cinq fois la France pour « violation du droit au respect de la vie privée et familiale résultant du refus de reconnaissance des actes de naissance » c’est-à-dire en clair pour des enfants nés à l’étranger de mères porteuses (GPA – Gestion pour Autrui) suite à l’interdiction de la gestation pour autrui dans notre pays.

La transcription des actes de naissance d’enfants français nés à l’étranger étant de la compétence du service central d’état civil, installé à Nantes, le parquet de Nantes est chargé du contrôle de ces demandes de transcription.  L’autorisation de la GPA n’est en réalité qu’une question de mois ,d’ailleurs les jeunes dans leur ensemble y sont aussi largement favorables. Il faut d’ailleurs une PMA ( Procréation Médicalement Assistée ) pour aboutir à une GPA. Sous l’angle de la filiation, on ne peut  séparer PMA et GPA, car c’est un ensemble.

Après le mariage pour tous, PMA et GPA sont d’ailleurs les dernières grandes revendications des militants gays et à base de surenchère, ils cherchent à mobiliser le gouvernement  sur un calendrier législatif précis. Le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) a déjà rendu son avis positif sur la PMA (procréation médicalement assistée) concernant notamment les couples de femmes.

La PMA, qui désigne l’ensemble des techniques médicales destinées à aider les couples infertiles à avoir un enfant, telles que la fécondation in vitro ou le don de sperme, était jusqu’alors interdite en France aux mères célibataires et aux couples lesbiens. Un groupe de travail du Comité d’éthique avait planché sur cette question pendant deux ans pour rendre en juin son avis favorable. Emmanuel Macron s’était prononcé, durant la campagne électorale, pour l’ouverture de cette pratique à « toutes les femmes ». Cette ouverture est une revendication de longue date du milieu associatif et militant homosexuel. La PMA est un engagement que le Président de la République a rappelé dans une lettre ouverte adressée aux LGBTI le 16 avril 2017, dans laquelle il affirmait être « favorable à une loi qui ouvre la procréation médicalement assistée aux couples de lesbiennes et aux femmes célibataires, alors que seuls les couples hétérosexuels y ont accès aujourd’hui. ».

L’Église catholique, par la voix de Mgr Pierre d’Ornellas, archevêque de Rennes, chargé des questions d’éthique au sein de l’épiscopat avait appelé au lendemain de l’avis favorable du Comité consultatif national d’éthique (CCNE) le nouveau Président à ne pas « réveiller les passions ». « Donnons-nous le temps de la réflexion et du débat », s’écriait Mgr d’Ornellas avec toujours ce même ton conciliateur et larmoyant qui caractérise les catholiques malades depuis des siècles du jésuitisme moral. Rouvrir le dossier de la procréation médicalement assistée  serait pour Emmanuel Macron une « erreur majeure », avait averti aussi la “Manif pour tous” oubliant que ce genre de débat peut aussi être intéressant stratégiquement pour le pouvoir qui, en faisant diversion sur le sociétal refoule et censure ainsi la vraie question, la question sociale. Mais “La Manif pour tous” a-t-elle encore les moyens de mobiliser et de captiver quand on voit comment ont fini ses anciens supporters, la plupart récupérés politiquement ?

Lors de la traditionnelle “Marche des Fiertés” de juin, la Gay Pride de Paris, les manifestants réclamaient la PMA et la GPA pour tous. Juste après, le Mardi 27 juin, le Comité consultatif national d’éthique rendait son avis favorable à l’ouverture de la PMA sans père. Les revendications de la Gay Pride 2017 portaient aussi sur le droit des trans, la réassignation automatique de leur nouvelle identité sexuelle dans l’identité civile. Fin 2016, par la loi française de réorganisation de la justice, avait en effet été introduit la possibilité d’effectuer un changement de sexe sur l’état civil sur simple attestation. Dans les trois cas, qu’il s’agisse de la PMA, de la GPA ou du droit des trans, on est dans la confusion la plus complète en ce qui concerne la perception homme-femme sur le genre, ou l’appréhension de la paternité et de la maternité. On retrouve à l’œuvre cette volonté d’artificialiser l’homme, de le transformer, la marche en somme vers un trans-humanisme technique, médical et juridique.

La loi Taubira menait logiquement à la légalisation d’une PMA sans père et par la suite à la GPA. Le mariage homosexuel entérinait de facto une redéfinition de la filiation, quel que soit le genre, le mode de conception. Peut-on alors considérer la PMA pour les femmes, la maternité sans père comme n’étant pas autre chose qu’un détournement politique de la médecine pour des revendications sociétales ?  On notera au passage qu’aucune de nos féministes  ne s’émeut de l’aliénation de la femme (louer son corps) et de la marchandisation d’enfants qu’implique la GPA. Pour les LGBT, l’ouverture de la PMA est une question d’autonomie des femmes et de choix personnels, au même titre que la contraception, la stérilisation ou l’avortement, « une question d’égalité et de santé publique », rappelle même l’Inter-LGBT afin d’obtenir le remboursement par la sécurité sociale.

Le Comité nationale d’éthique reste pour l’instant opposé à la Gestation pour autrui et à l’autoconservation des ovocytes. A la demande de la Mission de recherche « Droit et Justice » du Ministère de la justice, une équipe de juristes de l’université de Reims avait remis un rapport sur « Le droit à l’enfant  et la filiation en France et dans le monde ». Ce document  de 500 pages mettait en garde contre une destruction progressive des règles de la filiation.

Mais quelle est donc la logique juridique alors des nouveaux progressistes  ?

Il s’agit tout bonnement de passer des droits classiques de l’Homme, qui étaient « les droits de » (se réunir, de penser) à « des droits à… », y compris désormais, à un droit de la filiation. Le droit est devenu un droit militant, non plus le garant du commun mais le droit de minorités qui s’exercent au nom de l’égalitarisme abstrait sur de simples rapports de force d’opinion. Ainsi petit à petit, nous jugeons comme naturel la prétendue existence d’un « droit à l’enfant » alors que l’idée de l’existence d’un tel droit ne peut être invoqué en tant que tel puisque toutes les juridictions, y compris la Cour européenne des Droits de l’Homme, le précisent expressément : il n’y a pas et ne peut pas y avoir juridiquement de « droit à l’enfant ». Reste alors à se demander quel intérêt la société aurait à modifier complètement, à l’échelle mondiale, anthropologiquement les liens qui unissent père, mère et enfant ?

La question du transsexualisme peut nous fournir une ébauche de réponse car dans le transsexualisme, ce qui est remis en cause, au bout du compte, c’est la définition même de l’homme et de la femme. Pour arriver à détacher la filiation de l’acte d’engendrement, il faut en effet en venir à dire qu’un homme et une femme, c’est pareil ou interchangeable. Cette conception des choses qualifiée dans le numéro 41 de Krisis, d’androgynique remet en cause tous les concepts du droit classique et en douceur fait basculer notre système juridique vers une réification complète de l’homme, en supprimant le principe d’indisponibilité de l’état des personnes (Anne-Marie Leroyer prétend même que c’est un mythe et une fiction juridique !) Je ne déciderai d’être mère, d’être père, d’être homme, d’être femme qu’en fonction de ma seule volonté, la volonté de puissance du Surhomme nihiliste ? Le principe d’autodétermination devient donc ici absolu, et avec lui est posé contre l’enfant la toute-puissance des adultes. L’enfant, lui, n’est plus réduit qu’à une chose puisqu’il n’existe plus comme tel dans le raisonnement juridique. Nos humanistes progressistes nous avaient promis la mort de l’homme, ils ont en fait réalisé la mort de l’enfant.

De fait, la GPA est une technique, elle ne peut être éthique ou alors ce n’est qu’une éthique utilitariste, une éthique anglo-saxonne d’intérêts (la mère porteuse est toujours dans une situation financière inférieure aux commanditaires). La GPA n’est en réalité qu’un contrat d’entreprise, qu’une uberisation assistée des utérus, un contrat de louage de fœtus. On ne travaille pas mais on produit un ouvrage (on économise ici une poiesis et non une praxis au sens d’Aristote). On demande à la mère porteuse de tout simplement fabriquer un enfant pour un autre, définition de l’esclavage ou de la traite de personnes.

La secrétaire d’Etat à l’Egalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa, ardente militante gay (c’est elle-même qui, lors de son investiture a réclamé de rajouter à son ministère les attributions « gays » à son ministère) promet pour 2018 la PMA, préalable pour elle bien sûr à la légalisation de la gestation pour autrui qui demeure l’objectif premier du lobby qu’elle représente. Interrogé sur France-info, Jean François Copé a déclaré avoir « évolué » sur le sujet et il ne s’opposera plus au projet du gouvernement de PMA pour les couples lesbiens quoiqu’il continue d’être néanmoins opposé par pure forme à la gestation pour autrui. Tous ces gens n’ont en réalité aucune conviction ou plutôt, ils ne sauraient s’opposer à ce qu’ils ont toujours défendu par ailleurs, à savoir : la marchandisation du monde et des hommes. En 2012, Jean-François Copé voyait dans la PMA pour les couples de femmes un glissement inexorable vers la légalisation de la GPA. Il n’avait pas tort même s’il se contredit aujourd’hui par pur intérêt partisan.

Issu de la droite, Edouard Philippe s’était abstenu comme quatre autres députés de son camp, le 23 avril 2013, lors du vote à l’Assemblée nationale de la loi Taubira. S’exprimant dans une tribune du Huffpost en date du 10 février 2013, signée avec Nathalie Kosciusko-Morizet, le nouveau Premier ministre expliquait alors : « Nous ne sommes pas opposés à une loi qui permettrait le mariage et l’adoption simple pour les couples de même sexe, mais nous n’accepterons pas ce qui viendra après cette loi. Nous nous opposerons résolument à la PMA pour les couples homosexuels féminins, et à la GPA qui, au nom de l’égalité, ne manquera pas d’être réclamée par la suite ». Il se dit aujourd’hui favorable à l’ouverture de la procréation médicalement assistée aux couples de femmes se repliant sur l’avis du Comité consultatif national d’éthique de fin juin.

Dans un entretien qu’il avait accordé au JDD le dimanche 22 janvier, Jean-Luc Mélenchon, avait rejoint les positions d’autres candidats de gauche sur des sujets sensibles de société. « Il ne faudrait pas que les questions de la présidentielle se résument à combien ça coûte? Je veux introduire dans le débat le droit à être maître de soi-même », expliquait le candidat de la France insoumise. Il expliquait ses positions favorables en faveur du suicide assisté et de la PMA étendue aux couples de femmes. Curieusement, le « bolivarien » manifestait son hostilité à la GPA parce que le corps n’est pas une marchandise et qu’en vieux marxiste, il voyait le GPA « faire de la femme un outil de production ». Il s’est dit prêt à changer d’avis « le jour où l’on me présentera une milliardaire qui par amour d’une femme pauvre d’un bidonville acceptera de porter son enfant ». Les gauchistes de palais ont toujours le bon mot pour rire !

Pourquoi une telle mise au point ? Si des mobilisations sociétales contre la PMA ou la GPA pour tous devaient reprendre, elles ne pourraient cette fois-ci faire l’impasse sur la marchandisation du monde et donc l’enjeu social de la revendication à moins d’en rester à ce qu’elle fut en grande partie une réaction épidermique et petite-bourgeoise d’une religiosité factice déjà asservie au pire évangéliquement.

On s’orientera tôt ou tard vers une GPA universelle mais sans doute, on le fera encore à la Française avec un grand “machin” du style « Agence gouvernementale pour la procréation assistée » où auront même le droit de participer quelques prêtres défroqués dans l’âme. Nonobstant, on n’y rencontrera sans doute pas d’imam.

Psychologiquement le grand risque de la GPA est le trouble identitaire, le morcellement affectif. Or, s’il y a morcellement à l’origine de la vie, on peut craindre aussi que la personnalité soit morcelée et qu’il y ait donc demain des modèles familiaux à très grand risque et donc une accélération de la décomposition sociale psychotique du pays déjà en cours pour plein d’autres raisons (divorces, drogues, homophilies).

Or, de tous temps n’avons-nous pas besoin d’hommes forts ? Comment constituer l’ordre chevaleresque des futures élites que la situation d’exception exige à base de filiations traumatisées ou d’abandons maternels programmés et monétisés sur fond de droits narcissiques « à… » et de commerce médical ?

Michel Lhomme (Metamag, 2 novembre 2017)