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30/06/2017

Les premières semaines d’Emmanuel Macron vues par Alain de Benoist...

Nous reproduisons ci-dessous un entretien donné par Alain de Benoist à Breizh info et consacré aux premières semaines d'Emannuel Macron comme président de la République... Philosophe et essayiste, éditorialiste du magazine Éléments, Alain de Benoist dirige les revues Nouvelle Ecole et Krisis et anime l'émission Les idées à l'endroit sur TV Libertés. Il a récemment publié Le moment populiste (Pierre-Guillaume de Roux, 2017) ainsi qu'un recueil d'articles intitulé Ce que penser veut dire (Rocher, 2017) et une étude sur L'écriture runique et les origines de l'écriture (Yoran, 2017).

 

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Pour Alain de Benoist, la réforme du code du travail pourrait entrainer des réactions violentes

Breizh-info.com : Quelle est votre analyse, quelques jours après les élections législatives ? Que vous inspirent la nomination du nouveau gouvernement et les premières semaines d’Emmanuel Macron à la tête du pays ?

Alain de Benoist : En refusant de se situer par rapport au clivage droite-gauche, afin de rassembler les « progressistes » et les libéraux de tous bords, Emmanuel Macron a accompli un double exploit : se faire élire président de la République dans les conditions que l’on sait et faire disparaître du paysage politique l’essentiel de l’ancienne classe dirigeante. Au-delà de l’ampleur de sa victoire aux élections législatives, ce qui frappe le plus, c’est l’ampleur du renouvellement qu’elle a provoqué. Le gouvernement est pour l’essentiel constitué de personnes inconnues du grand public (le plus souvent des énarques et des hauts fonctionnaires), et la vaste majorité des nouveaux députés, inconnus eux aussi, n’ont aucune expérience de la vie politique.

Un pareil renouvellement, avec ce qu’il comporte de rajeunissement et de féminisation de la représentation nationale, ne s’était jamais vu dans toute l’histoire de la Ve République. Les deux anciens grands partis de gouvernement en sont les principales victimes : les socialistes sont réduits à l’état de groupuscule, les républicains sont en passe de se casser en deux, sinon en trois. C’est en cela, comme j’ai déjà eu l’occasion de le dire, que l’élection de Macron représente un événement véritablement historique.

Deuxième observation : le style Macron se précise, et tout donne à penser que l’homme est fondamentalement un autocrate. Le départ des ministres MoDem du gouvernement montre qu’il n’est pas homme à tergiverser. Il a fait accéder à la députation des hommes et des femmes qui n’ont pas été désignés par la base, mais sélectionnés d’en haut, selon des procédures d’embauche commerciale, par une commission à ses ordres. Ces nouveaux députés, plus inexpérimentés les uns que les autres, voteront comme un seul homme tout ce qu’on leur demandera de voter, à commencer par le recours aux ordonnances. Avec un Parlement transformé en simple chambre d’enregistrement, le renouvellement dont se réjouissent tant les médias se traduira donc par la neutralisation du pouvoir législatif.

Breizh-info.com : L’abstention équivaut au fait que dix régions administratives sur treize ne seraient pas allées voter. La France est-elle en état de sécession avancée ?

Alain de Benoist : L’abstention a effectivement battu tous les records (51 % au premier tour, 57,4 % au second). Mais, comme l’a dit Mélenchon, une vague d’une telle importance a un sens. Elle n’exprime pas seulement une lassitude bien compréhensible à l’issue d’une séquence électorale à six tours, voire le fatalisme et le sentiment que les jeux étaient faits d’avance (« après tout, on verra bien comment il va s’y prendre »). Elle ne touche pas indistinctement tous les milieux. Ce qui importe est donc de savoir qui s’est abstenu. Or, la réponse est claire : ce sont essentiellement les classes populaires qui se sont abstenues, et les classes supérieures qui ont le plus voté.

On a pu dire qu’avec les nouveaux députés LREM, c’est la « société civile » qui entre au Parlement. C’est un leurre – qui traduit d’ailleurs bien ce que la classe dominante entend par « société civile ». Presque tous les nouveaux impétrants appartiennent aux professions libérales et aux classes supérieures (CSP +). Les classes populaires, pour ne rien dire des ouvriers, ne sont tout simplement pas représentées. Le bloc libéral macronien, pour reprendre l’expression des économistes Bruno Amable et Stefano Palombari, c’est le « bloc bourgeois ».

La base sociale de LREM reste de ce fait très fragile. Les députés macroniens peuvent bien détenir la majorité absolue à l’Assemblée nationale (306 sièges sur 577), ils ne représentent que 13 ou 15 % de l’électorat. Cela signifie que le « bloc bourgeois », quoique politiquement majoritaire, reste socialement minoritaire. Si l’on additionne les abstentions, les votes blancs et les votes nuls, il n’est pas exagéré de dire qu’une majorité de Français se trouvent aujourd’hui en état de sécession. Et que la ligne de fracture recoupe largement les frontières de classe.

Breizh-info.com : La réforme du Code du travail ?

Alain de Benoist : Elle vise, comme on le sait, à renverser la hiérarchie des normes existantes. Alors que jusqu’à présent le principe du droit du travail était que toute norme inférieure devait être conforme ou compatible avec la norme supérieure (ce qui signifiait qu’on ne pouvait pas accorder aux salariés moins que ce que prévoyait la norme supérieure), Emmanuel Macron veut faire en sorte que les accords d’entreprise priment désormais sur le contrat de travail défini par les normes nationales, les accords de branche ou les négociations collectives, ce qui permettra de déroger à la loi grâce à des accords d’entreprise que les salariés, n’étant plus en position de force, devront souvent approuver sous menace de licenciements ou de délocalisation.

Sous prétexte de baisser le « coût du travail », l’objectif est de généraliser la « flexibilité », c’est-à-dire la précarité, de faire disparaître un certain nombre de protections sociales, d’aboutir à une baisse générale des rémunérations, et subsidiairement de plafonner les indemnités en cas de licenciement abusif. Avec ces « réformes structurelles », il s’agit donc de démanteler les fondements mêmes du droit du travail afin de soumettre les salariés aux exigences du capitalisme actionnarial, conformément aux vœux de la Commission européenne et du patronat. On favorisera ainsi le dumping social et l’on multipliera les « travailleurs pauvres » à l’exemple de ce qui s’est passé en Angleterre et en Allemagne. Mais on ne résoudra pas pour autant le problème du chômage, car la baisse ou la stagnation du pouvoir d’achat pèsera sur la demande, et la baisse de la demande fera que les entreprises n’auront pas de motif d’embaucher.

Il est peu probable que cela ne suscite pas des réactions qui pourraient être violentes. On peut d’ailleurs se demander si le projet macronien d’intégration dans le droit pénal ordinaire de mesures d’exception destinées à lutter contre le terrorisme ne vise pas surtout à donner au gouvernement des moyens supplémentaires de faire face aux remous sociaux.

Breizh-info.com : Un mot sur le Front national, qui a obtenu huit députés. Le système n’a-t-il pas intérêt, de fait, à favoriser l’immobilisme avec un FN maintenu en vie, grâce à des subventions financières, et l’impossibilité de l’émergence de toute autre force d’opposition pendant cinq ans ?

Alain de Benoist : Le système a surtout besoin de contenir les « extrêmes » en gonflant au maximum le groupe central qui vient de s’installer au pouvoir, même si la base sociale de celui-ci est extrêmement réduite. Cela dit, la recomposition en cours n’épargnera la famille politique qui se reconnaît aujourd’hui dans le Front national. A certains égards, le FN apparaît désormais, à l’instar des ex-grands partis aujourd’hui en déclin, comme un héritage du passé. C’est un parti de l’ancien monde. Cela vaut pour tous les partis et tous les mouvements de type classique, avec leur système d’adhésion vieillot, leurs congrès annuels, leurs motions de synthèse, etc. Cette forme politique-là est aujourd’hui épuisée.

Beaucoup de voix appellent actuellement à la refondation d’un « grand parti de droite ». C’est assez paradoxal à un moment où chacun peut constater que la victoire de Macron tient avant tout au fait qu’il a su dépasser le clivage gauche-droite en se situant d’emblée dans une perspective contre-populiste. Macron a su surfer sur ce qui constitue aujourd’hui le nouveau clivage majeur, « perdants versus gagnants de la mondialisation », comme le dit Jérôme Fourquet, qui ajoute que ce nouveau clivage, qui travaille aujourd’hui en profondeur tous les pays européens, « a désormais pris suffisamment de force pour supplanter la traditionnelle opposition gauche-droite ». Cela n’interdit pas, bien sûr, de rêver à une future alliance de Marion Maréchal-Le Pen, Laurent Wauquiez et quelques autres. On verra ce qui en sortira.

Breizh-info.com : Daech vient de détruire à l’explosif la mosquée Al Nouri de Mossoul, pourtant l’un des joyaux de l’islam. Comment expliquez-vous cette propension à faire table rase du passé, y compris de leurs symboles, chez les islamistes ?

Alain de Benoist : La destruction de la mosquée Al Nouri s’explique en fait par des raisons de circonstances : les gens de Daesh ne voulaient tout simplement pas que les forces irakiennes régulières s’en emparent. La destruction de Palmyre était plus significative. La propension à faire table rase du passé, en détruisant tout ce qui en maintient le souvenir, tout ce qui témoigne d’un avant, est une attitude classique chez ceux qui s’imaginent pouvoir inaugurer de manière absolue une nouvelle page d’histoire. L’avenir est radieux, le passé est haïssable ou honteux. Les témoignages du passé, à commencer par les monuments, doivent disparaître parce qu’ils rappellent qu’il existait auparavant une autre façon de vivre, de voir et d’habiter le monde.

Aux premiers siècles de notre ère, les chrétiens ont systématiquement détruit des milliers de statues et de temples antiques. La Révolution française s’est pareillement attaquée aux « symboles de la tyrannie ». L’idéologie du progrès, même si elle n’a pas entraîné les mêmes ravages, repose elle aussi sur la dévaluation de principe de l’hier. Dans le cas de certains monothéismes, la prescription iconoclaste aggrave encore les choses. Au bout de la chaîne, on en arrive à ces jeunes qui disent : « Ca ne m’intéresse pas, puisque quand ça a eu lieu je n’étais pas né ». Vieux désir maladif de vouloir tout (re)construire, y compris soi-même, à partir de rien.

Breizh-info.com : Un homme a récemment attaqué une mosquée à Londres. L’Angleterre, et plus globalement l’Europe de l’Ouest, sont-elles en voie de guerre civile ?

Alain de Benoist : Des incidents de ce genre sont appelés à se multiplier. Ils sont éminemment contre-productifs, puisque cela permet aux pouvoirs publics de vanter encore un peu plus les vertus du « vivre ensemble » et aux islamistes radicaux de faire monter une pression dont ils espèrent tirer profit. De là à y voir le signe avant-coureur d’une guerre civile il y a de la marge. La première condition de possibilité d’une véritable guerre civile, opposant des factions opposées d’une même population (si ce n’est pas la même population, ce n’est pas une guerre civile), c’est l’effondrement de fait de tous les pouvoirs institués. Nous n’en sommes pas encore là.

Alain de Benoist, propos recueillis par Yann Vallerie (Breizh info, 28 juin 2017)

20/06/2017

La droite doit-elle faire sa révolution ?...

Vous pouvez découvrir ci-dessous l'entretien donné le 14 juin 2017 par Julien Rochedy à Boulevard Voltaire à propos de la situation politique à l'issue des élections présidentielles et législatives. Ancien directeur du Front national de la jeunesse, auteur d'un essai intitulé Le marteau - Déclaration de guerre à la décadence moderne (Praelego, 2010), Julien Rochedy développe désormais ses analyses sur TV Libertés dans l'émission Sécession qu'il réalise avec Christopher Lannes.

 

                                 
                                 Julien Rochedy : "La droite doit faire sa... par bvoltaire

 

                                   

01/06/2017

Un paysage politique entre décomposition et recomposition...

Nous reproduisons ci-dessous un entretien donné par Alain de Benoist à Breizh info et consacré à l'élection d'Emmanuel Macron à la présidence de la République et à ses conséquences politiques... Philosophe et essayiste, éditorialiste du magazine Éléments, Alain de Benoist dirige les revues Nouvelle Ecole et Krisis et anime l'émission Les idées à l'endroit sur TV Libertés. Il a récemment publié Le moment populiste (Pierre-Guillaume de Roux, 2017) ainsi qu'un recueil d'articles intitulé Ce que penser veut dire (Rocher, 2017).

 

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Alain de Benoist : « Macron n’apparaît pas comme la marionnette fabriquée que l’on imaginait »

Breizh-info.com : Emmanuel Macron est devenu président de la République. Qu’est-ce que cela vous inspire ?

Alain de Benoist : Des regrets d’abord. Une certaine sidération ensuite. Jamais élu dans le passé, encore inconnu il y a quelques années, Emmanuel Macron a tenu son pari. Cela ne s’explique pas uniquement par l’ampleur des soutiens dont il a bénéficié. Se propulser à la tête de l’État sans être le candidat d’un parti traditionnel, passer en deux ou trois ans de l’obscurité à la lumière, cela ne s’était encore jamais vu. Cela montre l’ampleur de la crise actuelle, et cela donne aussi à son élection un caractère historique.

On objectera bien sûr que Macron n’a jamais été élu que par défaut, qu’il n’a jamais recueilli que 43,6 % des inscrits, qu’un bon tiers des Français (33,7 % des inscrits) ont boudé le choix qui leur était proposé, soit en se réfugiant dans l’abstention soit en votant blanc ou nul dans des proportions jamais vues depuis 1969, et enfin que près de la moitié de ceux qui ont voté pour lui ne l’ont fait que pour « faire barrage » à Marine Le Pen. Mais tout cela sera vite oublié. Même quand on est mal élu, on est élu.

J’ajouterai que les premiers actes de la présidence Macron, même s’ils ne laissent pas véritablement présager de ce que sera sa politique, donnent au moins à penser que le personnage a été sous-estimé par beaucoup, moi le tout premier. Je ne doute pas un instant que la politique de casse sociale, de baisse des salaires et d’ouverture des frontières qui sera très probablement mise en œuvre par la grande coalition des libéraux de tous bords qu’il a constituée sera une catastrophe pour notre pays.

Mais pour l’instant, Macron n’apparaît pas comme la marionnette fabriquée que l’on imaginait. Non seulement ce n’est pas un « Hollande bis », comme le disent les gens de droite les plus obtus, mais ce sera à bien des égards un anti-Hollande. Cet ultralibéral est sans doute aussi un homme autoritaire, convaincu de la nécessité de redonner de la solennité à la fonction présidentielle. Les mots-clés de son discours, c’était bien « en même temps » !

Breizh-info.com :  Qu’avez-vous pensé de la composition du gouvernement ? Y voyez-vous, comme je le disais récemment dans une tribune libre, un coup de génie d’Emmanuel Macron pour tuer la droite, briser le FN et se retrouver uniquement avec une forte d’opposition d’extrême gauche dans la rue face à lui ?

Alain de Benoist : On s’attendait à un gouvernement de « startuppers », reflet d’une conception postpolitique de la vie publique. Là encore, cela n’a pas été le cas. Votre analyse n’est pas fausse, mais il faudrait ajouter que Macron ne fait qu’exploiter à son profit une situation qu’il n’a pas créée.

Outre son optimisme « jeuniste », son succès s’explique par la conjonction de deux facteurs : le désir général de voir « dégager » l’ancienne classe politique et le fait que pour 75 % des Français les notions de droite et de gauche « ne veulent plus dire grand-chose » (sondage Cevipof, mars 2017).

Emmanuel Macron poursuit en fait un objectif très simple : faire disparaître, briser, assécher ou laminer tout ce qui se trouve encore dans l’espace politique séparant la République en marche de la France insoumise d’un côté et du Front national de l’autre. Voici quelques années, on avait vu une nouvelle tripartition FN-UMP-PS succéder au vieux bipartisme à la française.

Cette nouvelle tripartition a paru remplacée au soir du premier tour de la présidentielle par une forme quadripartite : FN-Républicains-France insoumise-En marche ! En cherchant à attirer vers lui la « droite » du parti socialiste et la « gauche » des Républicains, Emmanuel Macron cherche à recréer une tripartition différente de la précédente : FN-République en marche-France insoumise. La coalition des libéraux n’aurait plus alors à faire face qu’à la conjonction des « extrêmes ».

On remarque tout de suite que cet objectif, propre à désespérer les Cambadélis et les Baroin, n’est en revanche pas très différent de ce que peuvent souhaiter de leur côté Marine Le Pen et surtout Jean-Luc Mélenchon.

Breizh-info.com :  Malgré ses onze millions de voix du second tour, Marine Le Pen a déçu la plupart de ses partisans. Quelles sont selon vous les causes de ce qu’il faut bien appeler son échec ? Pensez-vous, vous aussi, qu’elle a trop parlé d’économie et de social, qu’elle ne s’est pas suffisamment concentré sur les électeurs de droite, qui constituaient sa réserve de voix la plus naturelle ?

Alain de Benoist : A la veille du second tour, Marine Le Pen était créditée d’au moins 40 % des voix. Elle n’en a recueilli que 34 %. Cette piètre performance ne peut pas s’expliquer uniquement par le soutien quasi unanime des médias et des puissances d’argent à la candidature Macron. Elle ne s’explique pas non plus par un prétendu échec de la « dédiabolisation ».

En 2002, lorsque Jean-Marie Le Pen s’était qualifié au second tour, trois millions de personnes étaient descendues dans la rue, alors que le président du FN n’avait aucune chance de l’emporter.

Cette fois-ci, il n’y a eu que quelques bandes de casseurs et d’antifas pour aller s’agiter dans la rue. Comme le dit très justement Pierre-André Taguieff, « l’anti-nationalisme diabolisant, rejeton de l’antifascisme et de l’antiracisme, a largement perdu en force de mobilisation ». En clair : ça ne marche plus.

Si Marine Le Pen n’a pas été capable de retourner la tendance en sa faveur, alors qu’un véritable boulevard s’ouvrait devant elle, c’est tout simplement que sa campagne n’a pas été bonne.

On peut certes alléguer les thèmes qu’elle a choisis de privilégier. Comme beaucoup, je pense en effet qu’elle a eu tort de mettre en avant des arguments d’ordre économique, et non de souligner les enjeux civilisationnels de cette élection. Son obsession de la sortie de l’euro a eu des effets ravageurs, car à supposer même qu’un tel objectif soit justifié, il est évident que la complexité du sujet interdisait d’en faire un thème de campagne, d’autant qu’une vaste majorité de Français y est totalement opposée.

Je crois au contraire qu’elle n’a pas assez insisté sur le social qui est, avec l’immigration et l’insécurité, l’une des préoccupations majeures des classes populaires à une époque où le système capitaliste est en train de dévaster le monde sur une échelle encore jamais vue. Par opposition aux nomades hypermobiles, les sédentaires ne se sont pas encore convertis à la mondialisation !

Mais l’essentiel n’est pas là. Le plus grave, c’est ce que la candidate Marine Le Pen a clairement révélé ses propres insuffisances. Sa campagne n’a jamais été dans le ton juste. Elle a manqué de style, d’émotion, de lyrisme, de vibrato. Elle sait parler, elle ne sait pas débattre.

Elle sait se faire applaudir, mais pas soulever les foules. Dans le désastreux débat qui l’a opposée à Macron, elle s’est révélée à la fois incompétente et inutilement agressive, donnant ainsi à penser qu’elle n’était pas au niveau de ses ambitions.

Marine Le Pen a eu le grand mérite de transformer un mouvement purement protestataire en parti vraiment désireux d’arriver au pouvoir, mais pour arriver au pouvoir il faut en avoir les capacités. De même ne suffit-il pas de prétendre parler au nom du peuple pour savoir parler au peuple…

Breizh-info.com : Quelles perspectives de recomposition politique voyez-vous se profiler ?

Alain de Benoist : La recomposition est en réalité un coup de grisou qui a déjà atteint tous les milieux politiques. Pour les deux anciens « grands » partis qui étaient porteurs du clivage gauche-droite, les socialistes et le s Républicains, ce n’est pas de recomposition, mais de décomposition qu’il faut parler. Le PS est à l’agonie, et Mélenchon ne dissimule pas son désir de le remplacer.

L’ex-UMP, de son côté, représentait depuis longtemps une alliance contre nature de la droite conservatrice et de la droite bonapartiste, de la droite orléaniste et du centre libéral. Le coup de tonnerre de l’élection présidentielle y a libéré des forces centrifuges qui vont avoir le plus grand mal à se réconcilier. On le voit chaque jour plus nettement : ces partis-là appartiennent déjà à une autre époque. Et l’on peut d’ailleurs se demander s’il n’en va pas de même de la forme-parti telle qu’on l’a connue.

Peut-il y avoir une recomposition à droite ? C’est ce que souhaitent les tenants de la « droite hors les murs » qui en appellent depuis longtemps à une « union des droites », vieil objectif jamais réalisé. La stratégie « buissonnière », qui prône l’alliance du populisme et du conservatisme, des classes populaires et des classes moyennes, a une validité certaine.

Elle achoppe néanmoins sur un point aveugle : de quel conservatisme parle-t-on ? Avec le conservatisme libéral, il n’y a rien à faire à mon sens, parce qu’il s’agit d’un oxymore : le libéralisme, qui est à l’origine du capitalisme, de l’individualisme et de l’universalisme sans-frontiériste, repose sur des fondements qui aboutissent nécessairement à détruire tout ce que les conservateurs veulent conserver. Les flux migratoires ne sont qu’une conséquence (et un aspect) de la logique du profit. On ne mobilise pas les classes populaires en défendant les intérêts des puissants.

La dynamique populiste est appelée de son côté à perdurer, pour l’excellente raison qu’elle s’enracine dans la sociologie actuelle. La fracture populiste traverse actuellement toutes les tendances politiques. La situation présente n’est pas socialement durable. Si les classes populaires, qui ne sont plus représentées politiquement, culturellement et intellectuellement parce qu’elles ont été marginalisées par l’oligarchie, sont aussi soucieuses d’identité, c’est qu’elles ne possèdent rien d’autre que ce patrimoine immatériel.

Breizh-info.com : Le Front national va-t-il finir par imploser ? Ne serait-ce pas un mal pour un bien ?

Alain de Benoist : Le Front national n’est pas réformable, et personne ne peut prétendre remplacer Marine Le Pen. Marion a eu raison de quitter la vie politique. A partir de là, on peut tout envisager : des turbulences à coup sûr, une ossification progressive, peut-être des scissions. La déceptionite provoque toujours les mêmes effets. Florian Philippot, qui est à la fois la bête noire des extrémistes de droite, des cathos et des libéraux, va certainement se trouver mis en accusation. Mais on peut imaginer d’autres scénarios.

L’implosion du FN serait-elle un mal pour un bien ? Je n’ai pas de réponse à cette question, parce que je ne vois pas poindre l’amorce de ce qui pourrait le remplacer.

S’il s’agit de créer un autre mouvement, plus radical, mais dans lequel il faudrait abandonner toute critique du capitalisme libéral et ne plus exprimer de conception du monde particulière, de façon à ne plus parler que d’identité et d’immigration, je n’en vois pas l’intérêt.

On ne séduira jamais ceux qui veulent en priorité défendre leur portefeuille car, quels que soient leurs sentiments sur l’immigration, ils se trouvent très bien dans l’abjecte société marchande où nous vivons. D’un autre côté, il est très clair que nombre d’orientations très contestables du FN devraient être modifiées ou abandonnés, mais l’appareil du parti n’a apparemment ni le désir ni les moyens de se remettre en question.

Breizh-info.com : Nous venons de commémorer la mort de Dominique Venner. Quel héritage laisse-t-il aujourd’hui ?

Alain de Benoist : Il laisse l’exemple d’un style de vie, d’une volonté de tenue et de fidélité à soi-même qu’il aura incarnée jusque dans sa mort. Il n’était pas l’homme des compromis (son hostilité aux valeurs chrétiennes ne se cachait pas derrière l’équivoque du « pagano-christianisme »). On lui doit aussi une série de livres d’histoire, dont un grand nombre resteront des œuvres de référence.

On ferait mieux de les lire plutôt que de s’exciter sur des écrits de jeunesse, dans lesquels Dominique Venner ne se reconnaissait plus depuis longtemps – d’autant qu’à la fin de sa vie, il était plus que jamais convaincu de l’inutilité de l’action politique.

Breizh-info.com : Vous venez de sortir un nouveau livre intitulé « Ce que penser veut dire ». Pouvez-vous nous en parler ?

Alain de Benoist : Réponse simple : c’est un recueil de textes qui s’attachent à présenter la vie et l’œuvre d’un certain nombre de grands penseurs, depuis Rousseau, Goethe, Nietzsche et Karl Marx jusqu’à Jean Baudrillard, Julien Freund, Michel Villey et Jean-Claude Michéa, en passant par Carl Schmitt, Heidegger, Leo Strauss, Hannah Arendt et bien d’autres.

Autant de figures qui nous ont appris à penser – non pas à penser à quelque chose, mais à penser quelque chose : la nature de l’homme et le fonctionnement de la société, l’essence du politique et celle du droit, la signification de la guerre, les rapports entre nature et culture, le rôle de la technique, l’aliénation marchande, etc. Penser veut dire aller à l’essentiel. On est très loin de la politique politicienne !

Alain de Benoist, propos recueillis par Yann Vallerie (Breizh info)

07/05/2017

Feu sur la désinformation... (136)

Vous pouvez découvrir ci-dessous un nouveau numéro de l'émission I-Média sur TV libertés, consacrée au décryptage des médias et dirigée par Jean-Yves Le Gallou, président de la fondation Polémia, avec le concours d'Hervé.

Au sommaire :

  • 1 : Élection présidentielle, le vrai visage des journalistes
    Audrey Pulvar, Laurent Ruquier, Nathalie André, ces journalistes dévoilent leur vrai visage : Non à Le Pen, oui à Macron. La charte déontologique des journalistes, de l’objectivité et de l’information, est tombée dans l'oubli.
    Conséquence évidente, un traitement médiatique partial. Exemple : Quand le Monde publie une tribune dénonçant "l’entrave du Front National à la liberté d’informer" , le journal oublie d'évoquer les médias russes (Sputnik et RT France) interdits d’accès au quartier général d'Emmanuel Macron.
  • 2 : Le zapping d’I-média
    Aboyer pendant 3 heures contre le Front National : Olivier Sagazan désire "réveiller les consciences contre les dangers du FN" en jappant sur le parvis de la Défense. Pour donner du poids à cette performance sûrement plus ridicule qu’insolite, l’AFP s’était déplacée pour filmer la prestation de « l’artiste ».
    Robert Ménard charge France info : Le maire de Béziers était l’invité de « Com Pol » sur France info. Pour Robert Ménard, la chaine du service public est « un tract pour Monsieur Macron ».

  • 3 : Front républicain, l'inquisition En Marche
    Pour faire barrage au Front National, la classe politique doit faire bloc : Mélenchon serait un irresponsable qui prône le « ni-ni », Nicolas Dupont Aignan est « nazifié » par son soutien à Marine Le Pen. Faites place aux pestiférés de la société.
  • 4 : Les tweets de la semaine
    Le dessinateur Plantu phagocyte la Une de Monde. Depuis 30 ans, le dessinateur nous sert le même humour, les mêmes caricatures du Front National : des "néonazis" tapant sur des Africains.
  • 5 : Ondes Migratoires
    Ondes Migratoires, la chronique de Nicolas Faure sur les migrants dans les médias : les ONG qui portent secours aux migrants traversant la méditerranée sont-ils de véritables anges gardiens ? Info ou intox ?

 

                               

04/04/2017

Les Corbeaux font de la résistance...

Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de l'Observatoire du journalisme et de l'information médiatique consacré à la couverture de la campagne de la candidate du Front National par les médias classiques...

 

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Les Corbeaux font de la résistance : les médias face au FN en campagne

Durant l’ère artisanale du totalitarisme, on mettait en prison les opposants politiques. À notre époque autrement plus sophistiquée, on se contente de les mettre en quarantaine symbolique, au nom, bien sûr, de la vertu, afin qu’ils se retrouvent dans l’impossibilité de défendre des opinions divergentes. Fillon sort des urnes à la place de Juppé, plus proche de la « Manif pour tous » que de Pierre Bergé ? Qu’à cela ne tienne ! Une ribambelle de casseroles assez communes au monde politique est soudain désignée dans son dos et Macron surgit, tous les spots braqués sur lui. Marine Le Pen menace pour la première fois l’indiscutable hégémonie en place depuis une trentaine d’années ? La reductio ad hitlerum, bien qu’usée jusqu’à la corde, va être employée à plein régime de manière à détruire moralement l’adversaire, non pour fraude mais pour pensées démoniaques, et qu’importent que celles-ci ne soient jamais formulées dans les propositions de la candidate, qu’elles n’entrent nullement en compte dans le débat rationnel, qu’aucun de ses représentants ne s’en prévalent : on ira chercher l’inconscient fasciste du parti « jusque dans les chiottes », pour paraphraser Vladimir Poutine, par tous les moyens, et même si c’est un vague militant tout juste encarté ivre sur le zinc, un samedi soir, poussé à la confidence : ça prouvera que le scénario pré-monté n’est pas totalement faux, serait-ce à l’encontre de toute déontologie journalistique et même du moindre rudiment de la démarche critique.

Culture de haine

Imaginons un journaliste sincère qui s’inquiéterait honnêtement des recrudescences possibles du racisme en France, en 2017, notamment chez les jeunes. Sans même se déplacer de son salon, en cherchant seulement à écouter la musique rap en vogue dans les « quartiers » et au-delà, chez les adolescents et post-adolescents, afin de s’intéresser aux valeurs véhiculées parmi ces adultes de demain encore très influençables, il entendrait ceci, rédigé par le charmant Salif : « Faut que Paris crame (…), on redémarre la guillotine pire qu’à Djibouti, Poitiers brûle et cette fois-ci, pas de Charles Martel, on vous élimine puisque c’est trop tard… » C’est-à-dire un appel au génocide tout à fait décomplexé. « Vingt-quatre heures par jour et sept jours par semaine, j’ai envie de dégainer sur des faces de Noirs. » Ah, non, des « faces de craies », c’est-à-dire blanches : voici un poème de Ministère Amer. « Flippe pour ta femme, tes enfants, pour ta race ! On s’est installés ici, c’est vous qu’on va mettre dehors ! » s’exclame Smala, de son côté. « Les Arabes et les Noirs vont tout niquer ! » renchérit Expression Direkt. « Eh, Négro !, interpellent les rappeurs de Lunatic, dont la future vedette Booba, c’est l’heure de manger, brûler leur sperme en échantillons, souder leurs chattes (…) Quand je vois la France les jambes écartées, je l’encule sans huile. » Bref, ce journaliste découvrirait effaré non pas des reliquats de racisme d’un autre âge, mais bien une émulation toute neuve dans l’incitation à l’extermination ethnique…

On aurait pu parler, bien que l’argument soit tout à fait spécieux, d’outrances juvéniles sans conséquence, mais depuis janvier 2015, 238 cadavres signent de leur sang les ambitions de cette terreur anti-française sur le territoire national.

Valeurs divergentes

Ces appels à la haine du Blanc, ainsi que du Juif, appartiennent tellement à un bain culturel commun dans les banlieues à forte immigration maghrébine et africaine, que la plupart de ceux qui en sont issus, même intégrés, valorisés, voire vénérés en haut lieu, continuent de pratiquer, presque « ingénument », serait-on tenté de dire, cette invraisemblable virulence raciste – bruit de fond de leur milieu d’origine socio-culturel. L’affaire Mehdi Meklat, comme les tweets d’Oulama Amamra, récompensée lors de la dernière cérémonie des Césars (et dont le ressentiment social contre le peuple autochtone pourrait paraître tout de même un rien déplacé) en ont été les derniers retentissants indices. Les indices, donc, de l’extraordinaire banalité de cette haine, dans nos banlieues, lisible en deux clics sur Internet, auraient sans doute fortement impressionné notre journaliste honnête.

Au-delà des expressions verbales de ce racisme, les violences diverses qu’il entraîne peuvent elles aussi être découvertes en une seule requête sur YouTube. Pourquoi ? Parce que non seulement ce racisme est encouragé par la sous-culture musicale des quartiers immigrés que les médias s’obstinent à qualifier de « populaires » comme si « peuple » correspondait à une couleur de peau, non seulement il est formulé sans complexe, mais encore, il est publicisé par ceux-là mêmes qui le pratiquent ! Quand un acte raciste anti-noir est repéré, cela donne lieu automatiquement à des manifestations, comme lorsque cette militante FN, Anne-Sophie Leclère avait caricaturé Christiane Taubira alors garde des Sceaux, il y a quatre ans, avant d’écoper de neuf mois de prison ferme. Un simple tweet raciste, par la suite, rédigé par un soutien de Madame Leclère, avait été sanctionné de deux mois fermes pour son auteur. Voilà donc pour les tweets anti-Noirs. En revanche, les humiliations publiques, les gifles, les lynchages, qu’entraîne nécessairement la haine anti-Blanc, non seulement ne sont pas des faits sanctionnés, mais ils sont filmés et diffusés par ceux qui les commettent en toute impunité, cela révélant bien à quel point, loin d’être prohibés et conçus comme honteux, ces actes sont, au contraire, valorisés et des motifs de fierté au sein de quartiers immigrés mono-culturels, en grande partie islamisés, et communiant dans le racisme anti-Blanc et l’antisémitisme.

Zones de non-France

Si notre journaliste honnête enquêtait sur le racisme, voilà donc la réalité effarante qu’il découvrirait sans même sortir de chez lui ni avoir à se livrer à d’épuisantes recherches. Mais s’il faisait le simple effort de sortir pour enquêter sur le terrain, en vingt minutes de RER, à condition, bien sûr, qu’il ne soit pas trop blanc, trop « fragile », trop inconscient, trop effronté, au point de se faire agresser durant le trajet, il pourra se faire molester devant la mosquée comme Bernard de la Villardière, ou constater la ségrégation misogyne « comme au bled », qui s’exerce dans les bars de Sevran. Bref subir instantanément et physiquement les expressions du racisme commun qui sévissent dans ces banlieues qui sont moins des zones de non-droit que des zones de non-France, où un autre droit que le droit français règne, lequel n’a pas les mêmes visées humanistes universelles que le droit national. Notre journaliste veut du bon racisme dégoulinant de haine ? Il veut du scandale à bon compte ? Du harcèlement de rue ? Du buzz, du clash, du retour de l’antisémitisme aussi furieux que lors des années 30 en Allemagne ? Rien de plus facile. Il suffit de traverser le périphérique.

Recherche raciste, jeune, blanc, militant FN

L’ennui, c’est que notre hypothétique journaliste sincèrement préoccupé de la recrudescence de la haine raciale dans notre pays n’existe pas. Du moins dans les médias dominants. Au sein de ces derniers, on trouve surtout inquiétante la possibilité de perdre ses prérogatives en raison d’un raz-de-marée électoral populiste en Europe, dont la déferlante s’abattrait précisément à revers de tout ce qu’une élite prône depuis trente ans et qui a donné lieu à la situation décrite plus haut. Du coup, l’obsession n’est pas le racisme, mais d’empêcher une telle vague. Pour cela, il faut re-diaboliser ceux qui la manifestent. On va donc chercher du racisme, certes, mais pas n’importe où. Pas là où il déborde, où il jubile, où il s’auto-promeut et où il frappe, non, mais parmi cette jeunesse de 2017 qui a fait du Front National son premier parti, comme une réplique ironique à Bérurier Noir qui chantait, en 85 : « La jeunesse emmerde le Front National ! », bien incapable de s’imaginer alors que la jeunesse de 2015, née peu après que soit proféré un tel slogan, emmerderait surtout Bérurier Noir et choisirait le bleu Marine. Et c’est donc parmi ces jeunes Blancs insultés, harcelés, menacés, humiliés, agressés, sur leur propre terre, parce que blancs, en raison des expérimentations multiculturalistes de leurs parents, que notre journaliste va chercher du racisme. Et que découvre-t-il alors, ce journaliste ? Qu’en dépit de la somme de ressentiment bien légitime emmagasinée par ces jeunes, il est nécessaire de les infiltrer trois mois pour parvenir à récolter de-ci de-là quelques vagues assertions qu’on puisse rapidement qualifier de « racistes ». Et c’est donc forcés d’employer les méthodes les plus basses que puisse envisager leur profession que ces journalistes vont réaliser des reportages vides et fastidieux, n’ayant d’autre objectif que de démontrer péniblement le préjugé initial, le préjugé nécessaire, n’ayant d’autre vocation que de désigner à la vindicte publique des gens dupés et filmés à leur insu, et côtoyés des semaines entières grâce à l’endurance et l’abnégation que peut fournir, quand elle est suffisamment intense, la passion de la délation.

C8 : double attaque

Voilà à quoi se sont donc employés les journalistes de C8, afin que la chaîne puisse, le 15 mars dernier, consacrer une soirée entière à brouiller le débat démocratique en prétendant délégitimer en amont tout un mouvement après en avoir traqué les « dérapages » en coulisses. Un « documentaire édifiant », une « accablante immersion en caméra cachée », annoncera le jour-même L’Obs, à rebours de toute évidence, les médias dominants se trouvant de plus en plus clairement ligués ensemble pour marteler, non des informations, mais des prophéties auto-réalisatrices, c’est-à-dire une propagande oblique, convaincus qu’à force de répéter l’adjectif « choquant » ou « nauséabond », on finira par rendre objectivement choquants des propos tout au plus triviaux ou sommaires, la plupart du temps. L’attaque anti-FN de la chaîne se décline en deux reportages combinant deux objectifs parallèles : dans le premier, délégitimer par le bas, en dénonçant les comportements ou propos des militants de base. Le second reportage cherche à délégitimer par le haut, en dénonçant les collaborateurs de Marine Le Pen, essentiellement en fonction de leur passé politique.

Contaminations

Sur ce premier reportage, son ridicule, sa vacuité, Ingrid Riocreux, analyste des médias qui commit l’an dernier un ouvrage remarqué (La Langue des médias, l’Artilleur), a déjà dit l’essentiel sur son blog : « Pour découvrir quelque chose dans le reportage de C8, il faut vraiment vivre dans un autre monde, celui des journalistes par exemple. » L’essayiste remarque le piège posé par une télévision allemande avec l’arrivée inopinée d’un nouveau militant très caricatural :

« Il arrive quelques heures avant les caméras des Japonais et des Allemands ! Quelques heures ! Mais évidemment, les téléspectateurs allemands ne sont pas censés savoir qu’il est arrivé quelques heures avant. Comme le dira la voix off : « la séquence est censée n’être diffusée qu’à l’étranger ». La « séquence » en question ne contenait pas l’arrivée du facho puisque les caméras étrangères n’étaient pas encore là. Les journalistes allemands ne pouvaient pas se douter qu’un autre journaliste était déjà dans la place, lequel allait, sans intention maligne, révéler la supercherie. Les Japonais acceptent de retirer la séquence, pas les Allemands, la dame expliquant même que « c’est ça qui nous intéresse ». Ben tiens ! » Par ailleurs, Ingrid Riocreux fait très justement remarquer cet indice de la bêtise insigne du journaliste dénonçant la méfiance des gens du Front National vis-à-vis des médias, comme si elle était dépourvue de fondements, alors même qu’il est parmi eux en infiltré, occuper à les filmer secrètement afin de détruire leur réputation ! Comme il ne trouve manifestement pas de fortes doses de racisme et de fascisme durant ces trois mois passés pourtant dans les entrailles de la bête, notre ingénu va utiliser la rhétorique de la contamination. Si ce n’est pas eux, ce sont leurs frères ! Les jeunes du FNJ ne sont pas franchement racistes, certes, mais ils fréquentent les jeunes Identitaires, dans les soirées « sulfureuses » desquels, on peut entendre des discours qui… font l’éloge de l’identité française. Et donc ?

Contaminations / 2

Dans le second reportage, on assiste à cette situation pour le moins étrange : les journalistes interviewent complaisamment des anciens du FN en général évincés par Marine Le Pen en raison de la stratégie de dédiabolisation, donc des « vrais fachos », selon, du moins, la terminologie des enquêteurs, plus ou moins « virés », qui sont censés alors que leur situation démontre éloquemment l’inverse, prouver le fascisme du FN. On dénonce le passé de militants d’extrême-droite de certains collaborateurs de Marine Le Pen, ce dont à peu près tout le monde est au courant, et qui n’éclaire pas davantage que par des suspicions martelées le fascisme actuel du parti dont le programme se montre pourtant strictement républicain. En outre, la plupart des politiques ont milité dans leur jeunesse au sein de formations radicales, ce qui est sans doute une fatalité de l’âge. François Mitterrand fut, jeune, militant d’extrême-droite, Lionel Jospin a un passé trotskiste, Patrick Devedjian, Gérard Longuet ou Alain Madelin, ont tous milité à Occident. Encore une fois, au lieu de se confronter à des arguments rationnels, on préfère faire feu de tout bois pour jeter la suspicion sur le parti de Marine Le Pen, par insinuations, rapprochements, contaminations. Les médias ne cherchent ni l’information, ni le débat, mais à pourrir une réputation.

Artistocrates et radicaux de gauche

Après une soirée entière consacrée à la cible par C8, c’est, le lendemain, France 2 qui en remet une couche dans « Envoyé Spécial », un dossier mené avec l’aide de Médiapart et de Marianne, le « parti des médias » s’affichant ouvertement au moment de mener son offensive lourde contre le parti qui menace leur hégémonie, et toujours selon les mêmes procédés, cherchant essentiellement la délégitimation morale de l’ennemi. Le 18, enfin, Florian Philippot était l’invité d’ « On n’est pas couchés », encore sur France 2, devant affronter seul l’hostilité affichée de tous les invités sur le plateau. Daoud Boughezala, dans Causeur, livre une excellente analyse de la séquence en montrant tout le piquant paradoxe. D’un côté, les « stars » redoublent d’anti-fascisme d’apparat, à l’heure où, comme l’affirme le sociologue Christophe Guilluy, « la diabolisation du FN est un révélateur de classe sociale », au point, même, que la comtesse Célarié refuse de serrer la main souillée du représentant des manants. Mais d’un autre côté, Philippot délivre une heure de marxisme culturel ! Un observateur un rien au fait de l’histoire des idées, ne peut que constater que le numéro 2 du FN, tient un discours radical, oui, mais radical de gauche ! Républicaniste, jacobin, laïcard, allant jusqu’à nier toute possibilité d’en appeler à un substrat ethno-culturel minimum du peuple français, comme le faisait de Gaulle ! Entre la revendication de ce substrat et l’appel au génocide, il y a tout de même une marge de manœuvre intellectuelle et morale qu’on pourrait voir exploiter par des politiciens patriotes sans blêmir ! Le souci de la dédiabolisation semblait, ce soir-là, s’être confondu avec une « dé-droitisation », et des artistocrates vomissaient leur haine des pauvres maquillée en un fallacieux et valorisant antifascisme sur un jacobin anti-raciste. Ainsi, totalement absurde du point de vue de la confrontation des idées, cette campagne présidentielle n’en est pas moins extraordinairement révélatrice des rapports de force, des rôles, des monopoles, des tyrannies, qui s’exercent aujourd’hui en France.

Observatoire du journalisme et de l'information médiatique (OJIM, 27 mars 2017)

27/02/2017

La France identitaire...

Les éditions La Découverte viennent de publier une enquête d'Eric Dupin intitulée La France identitaire - Enquête sur la réaction qui vient. On y trouve notamment un chapitre consacré à la Nouvelle droite des années 70 et à ses surgeons ainsi qu'un chapitre consacré à Alain de Benoist. Journaliste, Eric Dupin est déjà l'auteur d'une enquête intitulé Les défricheurs - Voyage dans la France qui innove vraiment (La Découverte, 2014).

 

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" L’obsession de l’identité taraude une France bousculée par la crise et la mondialisation sur fond d’immigration mal intégrée. C’est ainsi que se développe une mouvance identitaire de plus en plus influente dans le monde politique et intellectuel.
Dans cet univers où l’on craint pour la survie d’un peuple français blanc et chrétien, on croise les jeunes militants de l’extrême droite identitaire mais aussi l’écrivain Renaud Camus, l’inventeur du « grand remplacement », ou encore Pierre Sautarel, l’animateur du site très fréquenté « Fdesouche ».
Éric Dupin montre comment ce courant d’idées et de militants pénètre le Front national, même si ses thèses y sont discutées. Il interroge les intellectuels qui s’inscrivent, chacun à sa manière, dans la veine identitaire comme Alain de Benoist ou Alain Finkielkraut. Il examine comment cette question percute l’ensemble du champ politique, avec le témoignage de personnalités aussi diverses que Marion Maréchal-Le Pen ou Jean-Pierre Chevènement.
L’auteur s’interroge enfin sur la profonde mutation du peuple français et sur la crise du « vivre ensemble » qui imposent une redéfinition des valeurs républicaines. C’est l’un des grands défis pour une gauche désemparée par la question de l’identité et profondément divisée sur les réponses à y apporter. Une réflexion d’autant plus indispensable que la pulsion identitaire, avivée par le terrorisme islamiste, travaille l’ensemble des sociétés européennes."