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  • USA : Le privé a capturé le profit, le public avait pris le risque...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue du site Souveraine Tech consacré à l'interventionnisme économique américain...

     

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    USA : Le privé a capturé le profit, le public avait pris le risque

    Il existe un paradoxe que l'on évite soigneusement dans les débats européens sur la politique industrielle : les États-Unis, apôtres déclarés du capitalisme de marché, pratiquent depuis des décennies l'un des interventionnismes économiques les plus massifs du monde. Sauf qu'ils ne l'appellent pas ainsi. Et l'Europe, fascinée par le discours, a longtemps ignoré la réalité. Mais la leçon américaine que certains nous invitent à tirer de ce constat mérite d'être regardée de plus près. Car elle n'est pas celle que l'on croit.

    Le "hidden developmental state"

    Des chercheurs en économie politique ont forgé un concept pour désigner ce phénomène : le "hidden developmental state", l'État développeur caché. Derrière le discours libéral américain se cache une réalité tout autre, celle d'un État fédéral qui finance, oriente et structure l'innovation technologique à une échelle sans équivalent dans le monde occidental.

    Ce n'est pas une théorie du complot. C'est de l'histoire économique documentée.

    Ce concept est dû à l'économiste et sociologue Fred Block, qui l'a formalisé dans un article fondateur de 2008, "Swimming Against the Current : The Rise of a Hidden Developmental State in the United States" (Politics & Society, vol. 36, n°2). Block y montre que l'État fédéral américain a construit, derrière le paravent de la défense nationale, un appareil d'intervention économique comparable dans ses effets à celui du Japon ou de la Corée du Sud.

    Les acronymes qui ont changé le monde

    Pour comprendre le rôle de l'État américain dans la technologie, il faut connaître quelques institutions clés.

    DARPA, la Defense Advanced Research Projects Agency, a été créée en 1958 après le choc du lancement de Spoutnik. C'est elle qui a financé ARPANET, le réseau qui a donné naissance à Internet. C'est elle qui a développé le GPS. C'est elle qui a financé les premières recherches sur les interfaces tactiles.

    La NASA, au-delà de la conquête spatiale, a structuré des filières industrielles entières : matériaux composites, miniaturisation électronique, logiciels embarqués. Des technologies nées pour envoyer des hommes sur la Lune se retrouvent aujourd'hui dans nos smartphones.

    Les NIH, les Instituts nationaux de la santé, financent l'essentiel de la recherche biomédicale fondamentale américaine. Lorsque Moderna a développé son vaccin à ARN messager contre la Covid-19 en un temps record, c'est sur des décennies de recherche publique qu'elle s'est appuyée. Le privé a capturé le profit ; le public avait pris le risque.

    Le Department of Defense mérite sans doute une mention particulière. Premier acheteur technologique du monde, il entretient avec certaines entreprises des relations qui ressemblent moins à des contrats qu'à des rentes. Palantir en offre l'illustration la plus saisissante : en 2023, plus de 55 % de son chiffre d'affaires provenait de contrats gouvernementaux américains, principalement militaires et de renseignement. La société a décroché en 2022 un contrat de 823 millions de dollars avec l'armée américaine pour son système TITAN de ciblage sur le champ de bataille. Son modèle économique n'est pas celui d'une startup technologique : c'est celui d'un prestataire d'État qui se finance sur fonds publics avant de valoriser ses capacités sur les marchés privés.

    Elon Musk illustre le même paradoxe à plus grande échelle encore. SpaceX a reçu, depuis sa fondation, plus de 15 milliards de dollars de contrats fédéraux, dont une part substantielle de la NASA et du Pentagone. Tesla a bénéficié de milliards en crédits d'impôt fédéraux et subventions d'État. L'entrepreneur qui prétend aujourd'hui défaire l'État fédéral a construit sa fortune sur lui.

    Un modèle national, pas supranational

    Cette réalité a été théorisée de son côté par l'économiste italienne Mariana Mazzucato dans The Entrepreneurial State (Anthem Press, 2013, traduit en français sous le titre L'État entrepreneur, Fayard, 2020). Sa thèse complète celle de Block : l'État américain ne se contente pas de camoufler son interventionnisme, il en est le moteur premier, prenant en charge les risques de l'innovation que le secteur privé refuse d'assumer seul. La différence entre les deux lectures est précise : Block explique pourquoi ce rôle reste invisible ; Mazzucato argumente pourquoi il devrait être revendiqué.

    C'est ici que la leçon américaine devient inconfortable pour ceux qui voudraient l'enrôler un peu trop rapidement au service de l'intégration européenne.

    Le Pentagone est un acheteur national. La DARPA répond à l'intérêt national américain. Le CHIPS Act est une loi du Congrès américain, votée pour protéger la base industrielle américaine, avec des clauses *Buy American* explicites. Ce modèle n'est pas celui d'un marché intégré supranational entre États souverains qui auraient mis en commun leurs instruments : c'est celui d'un État unitaire qui mobilise librement sa puissance budgétaire au service de ses propres priorités stratégiques.

    L'analogie correcte pour la France n'est donc pas "construisons ensemble une DARPA européenne". C'est une question plus simple et plus exigeante : pourquoi la France ne fait-elle pas, seule, ce que les Américains font seuls ?

    La réponse est connue. Pas par manque de volonté exclusive, mais parce que le cadre juridique européen l'en empêche structurellement. L'article 107 du Traité sur le fonctionnement de l'Union européenne interdit les aides d'État susceptibles de fausser la concurrence. La directive sur les marchés publics impose l'ouverture à la concurrence européenne, y compris pour des contrats à dimension stratégique. Le règlement sur les concentrations a bloqué la fusion Alstom-Siemens au nom de la concurrence intra-européenne, au moment précis où Pékin consolidait son champion ferroviaire national. Ce sont ces règles qui ont désarmé les États membres, pas leur incapacité à coopérer.

    Le tournant américain de 2022 : une leçon que Bruxelles refuse d'entendre

    Depuis 2022, les États-Unis ont abandonné toute ambiguïté. Le CHIPS Act alloue 52 milliards de dollars en subventions directes pour relocaliser la fabrication de puces sur le sol américain. L'Inflation Reduction Act consacre 369 milliards de dollars à la transition énergétique avec des clauses de préférence nationale explicites. Le projet Stargate engage 500 milliards de dollars dans l'intelligence artificielle avec une implication directe du gouvernement fédéral.

    Ces lois violent frontalement les principes que l'Union européenne impose à ses propres membres. Un État membre de l'UE qui tenterait l'équivalent se verrait immédiatement notifié par la Commission pour aide d'État illégale.

    L'Europe n'est donc pas en retard parce qu'elle n'a pas su se coordonner. Elle est en retard parce qu'elle a volontairement désarmé ses États au nom d'une doctrine concurrentielle qui n'a jamais été partagée par ses principaux compétiteurs.

    Ce que cela exige

    La vraie leçon américaine n'est pas un appel à davantage d'intégration européenne. C'est un rappel de ce que signifie la souveraineté technologique lorsqu'elle est prise au sérieux : la capacité d'un État à orienter ses commandes, à protéger ses filières, à financer ses risques, sans avoir à en demander l'autorisation à une instance supérieure.

    Cette capacité, la France et les autres États membres de l'Union l'ont partiellement cédée. La récupérer ne passe pas par la construction d'une "souveraineté européenne", formule commode qui ne désigne le plus souvent qu'un transfert supplémentaire de compétences vers des institutions qui ont fait de la neutralité concurrentielle leur raison d'être.

    Elle passe par une révision en profondeur du cadre juridique européen : révision du régime des aides d'État pour autoriser explicitement les commandes publiques stratégiques, clause de sauvegarde technologique dans les marchés publics, reconnaissance du concept d'infrastructure critique nationale soustrait aux règles de concurrence ordinaires.

    Ce sont des réformes que des États souverains peuvent exiger. C'est une tout autre ambition que de se lamenter de la fragmentation européenne comme si elle était une fatalité naturelle plutôt que le résultat de choix juridiques erronés et précis, effectués à des moments précis, par des hommes qui croyaient sincèrement, ou prétendaient croire, que le marché suffirait.

    Cela n'a pas suffi, hélas. 

    Souveraine tech (Souveraine tech, 25 juin 2026)

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  • Ni Washington, ni Moscou, ni Pékin : l’Europe d’abord !...

    Vous pouvez découvrir ci-dessous la chronique de David Engels sur Ligne droite, la matinale de Radio Courtoisie, datée du 29 juin 2026  dans laquelle il livre un réquisitoire puissant contre le faux patriotisme qui nous pousse à choisir un empire étranger (Washington, Moscou, Pékin ou Ankara) au détriment de notre propre civilisation européenne. ...

    Historien, essayiste, enseignant chercheur à l'Instytut Zachodni à Poznan, à l'Institut Catholique de Vendée ainsi qu'au Mathias Corvinus Collegium de Bruxelles, David Engels est l'auteur de trois essais traduits en français, Le Déclin - La crise de l'Union européenne et la chute de la République romaine (Toucan, 2013), Que faire ? - Vivre avec le déclin de l'Europe (La Nouvelle Librairie, 2024), Défendre l'Europe civilisationnelle - Petit traité d'hespérialisme (Salvator, 2024) et, dernièrement, d'un roman, Le retour du roi (Le Verbe-Haut, 2026). Il a  également dirigé deux ouvrages collectifs, Renovatio Europae - Plaidoyer pour un renouveau hespérialiste de l'Europe (Cerf, 2020) et Aurë entuluva! (Renovamen-Verlag, 2023), en allemand, consacré à l’œuvre de Tolkien.

     

                                               

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  • Notre meilleur ennemi...

    La revue Éléments publie cette semaine son quatrième numéro hors-série, consacré cette-fois-ci aux États-Unis, de l'Oncle Sam au phénomène Trump !... Il propose une anthologie des textes les plus marquants qui leur ont été consacrés dans le magazine depuis 50 ans.

     

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    Notre meilleur ennemi
    Hors-série n°4

    Jean Cau dit «non» à l’Amérique
    Par Robert de Herte

    Pour en finir avec la civilisation Occidentale
    Par Guillaume Faye

    Mourir pour des pétrodollars ?
    Par Pierre Vial

    L’Amérique c’est Carthage
    Par Robert de Herte

    Quand l’Amérique était belle
    Par Michel Marmin et Paul Masquelier

    L’Amérique que nous aimons
    Par Robert de Herte

    États-Unis le maintien d’une puissance
    Par Alain de Benoist

    Le cri d’alarme de Matthew Crawford
    Propos recueillis par Ethan Rundell

    Washington contre de Gaulle
    Par Christian Brosio

    New York, New York
    Par Marc Hocine

    La fin du dollar roi, rendez l’argent !
    Par Guillaume Travers

    La guerre du droit aura bien lieu
    Par Pascal Eysseric

    Le projet satanique d’Anton LaVey
    Propos recueillis par Pascal Eysseric

    Que reste-t-il de Theodore Kaczynski ?
    Par Pierre Saint-Servant

    Les racines religieuses du wokisme
    Par François Bousquet

    L’OTAN se battra jusqu’au dernier Ukrainien
    Par Hervé Juvin

    Chine-États-Unis : la guerre des infrastructures
    Par Guillaume Travers

    L’antilibéralisme anglo-saxon
    Par Thomas Hennetier

    Qui est Elon Musk ?
    Par François Bousquet

    Yellowstone, la série événement
    Par François-Xavier Consoli

    La séparation plutôt que la sécession
    Par Lionel Rondouin

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  • Le droit et la finance au service de la politique étrangère américaine...

    Les éditions L'Artilleur viennent de publier un essai d'Edward Fishman intitulé La nouvelle guerre économique - Le droit et la finance au service de la politique étrangère américaine. Diplômé de Yale et de Stanford, Edward Fishman a travaillé au cœur de la haute administration américaine, au Département d’État, au Pentagone et au Département du Trésor. Il enseigne à l’université Columbia et ses analyses paraissent dans le New York Times et le Wall Street Journal

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    " Conflit en Ukraine, émergence de la Chine et guerre en Iran, le livre qui dévoile la dimension « invisible » des affrontements : la guerre économique. Autrefois, pour mettre à genoux l’économie d’un pays, il fallait installer un blocus. Aujourd’hui, une simple déclaration publiée en ligne par le gouvernement américain suffit à déstabiliser lourdement un adversaire, qu’il soit russe, chinois ou iranien. Ancien haut responsable du Département d’État américain, Edward Fishman s’appuie sur son expérience personnelle, ses recherches et ses entretiens avec les plus importants dirigeants occidentaux, pour révéler comment les sanctions, les droits de douane et le contrôle des leviers stratégiques que sont le dollar, les semi-conducteurs et les chaînes d’approvisionnement énergétiques, sont devenus les armes principales de la géopolitique du XXIe siècle. Voici l’histoire secrète des décisions qui ont permis aux États-Unis de transformer l’économie en arme, et comment la Chine, l’Europe et la Grande-Bretagne font désormais de même."

     

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  • Groenland, la nouvelle frontière stratégique de l’Arctique...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Daniele Di Vuono, cueilli sur Euro-Synergies et consacré à l'intérêt géopolitique du Groenland dans le Grand Jeu des empires...

     

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    Groenland. La nouvelle frontière stratégique de l’Arctique

    Le Groenland n’est plus seulement une grande île reléguée dans les marges des cartes géographiques. Il est devenu l’un des points où se mesure le retour de la géopolitique dans l’Arctique. Pendant des décennies, il a été perçu comme une périphérie lointaine, froide, peu peuplée et éloignée des centres de décision du monde. Aujourd’hui, il apparaît pour ce qu’il a toujours été: une plateforme stratégique située entre l’Amérique du Nord, l’Atlantique nord et l’Europe.

    Le changement ne concerne pas seulement le climat, même si le climat en est l’une des causes profondes. La fonte des glaces, l’ouverture progressive de nouvelles routes, l’accès aux ressources minières et la militarisation croissante du Grand Nord transforment l’Arctique d’un espace extrême en un espace disputé. Dans ce contexte, le Groenland prend une valeur supérieure à son poids démographique ou économique. Sa position suffit à le rendre décisif.

    Le point central est géographique. Le Groenland se trouve sur le flanc nord de l’Alliance atlantique, dans une zone qui relie la défense de l’Amérique du Nord à la sécurité de l’Europe. C’est là que transitent des intérêts militaires, des systèmes de surveillance, des routes aériennes, des lignes maritimes et des projections de puissance. Celui qui ne considère le Groenland que comme un territoire autonome du Royaume du Danemark ne voit qu’une partie de la réalité. Celui qui regarde la carte stratégique y voit un seuil de l’Atlantique.

    Pour les États-Unis, le Groenland est important car il se trouve sur la trajectoire la plus courte entre le territoire américain et l’espace arctique-eurasiatique. Dans un monde revenu à des logiques de dissuasion, de missiles, de surveillance et de défense avancée, cette position devient essentielle. Ce n’est pas un hasard si Washington continue de considérer l’île comme un élément de sa propre sécurité nationale. L’enjeu n’est plus seulement la présence militaire, mais l’accès opérationnel stable à un espace qui pourrait devenir de plus en plus central dans la compétition entre grandes puissances.

    Pour le Danemark, le Groenland est à la fois une responsabilité, une ressource et une vulnérabilité. Copenhague doit défendre la souveraineté du Royaume, maintenir la relation avec Nuuk, préserver la cohésion avec ses alliés et, en même temps, éviter que l’île ne devienne l’objet de pressions extérieures trop fortes. C’est une position difficile: le Groenland amplifie le poids géopolitique du Danemark bien au-delà de son échelle habituelle, mais expose aussi Copenhague à des tensions qui dépassent largement la dimension danoise.

    La question de l’autonomie groenlandaise complique encore la donne. Le Groenland n’est pas un simple avant-poste militaire ni une case vide sur laquelle d’autres peuvent dessiner leurs stratégies. Il a une population, des institutions propres, une identité politique et une trajectoire historique marquée par son rapport avec le Danemark. Le désir d’une plus grande autonomie, et à terme d’indépendance, coexiste avec une réalité matérielle difficile : un territoire immense, des coûts élevés, une dépendance économique et un besoin d’investissements extérieurs. Cela rend l’île plus visible mais aussi plus exposée.

    C’est précisément dans cet espace entre autonomie et vulnérabilité que s’insère la compétition internationale. Les États-Unis voient dans le Groenland une garantie stratégique. La Russie considère l’Arctique comme le prolongement naturel de sa profondeur septentrionale, renforcée par des bases, des flottes et des infrastructures le long de ses côtes. La Chine, bien que n’étant pas une puissance arctique au sens géographique, cherche depuis des années un accès, une influence économique, une présence scientifique et une place dans les chaînes minières du Grand Nord. Le Groenland se retrouve donc au centre d’intérêts différents, pas toujours compatibles.

    La valeur des ressources contribue à accroître la pression. Terres rares, minerais critiques, graphite, molybdène, énergie, pêche, infrastructures portuaires et aéroportuaires ne sont plus de simples dossiers économiques. Ce sont des éléments de la nouvelle géographie du pouvoir. Les transitions énergétiques et technologiques ont rendu stratégiques des matériaux autrefois confinés aux relations industrielles. Qui contrôle l’accès aux ressources critiques contrôle aussi une partie de la capacité productive future. C’est aussi pour cette raison que le Groenland intéresse Washington, Bruxelles et Pékin.

    Mais la partie ne se limite pas aux ressources. Le vrai nœud, c’est la transformation de l’Arctique en un espace militaire et logistique. Longtemps, le Grand Nord a été présenté comme une région de coopération scientifique, d’équilibres délicats et de gouvernance multilatérale. La guerre en Ukraine a changé cela aussi. La confiance envers Moscou s’est réduite, l’OTAN porte une attention accrue au flanc nord, la Finlande et la Suède ont modifié l’architecture de sécurité européenne et l’Arctique est entré dans une phase moins coopérative et plus stratégique.

    Dans ce contexte, le Groenland devient un test pour l’OTAN. Non seulement parce qu’il s’agit de la défense de l’Atlantique Nord, mais aussi parce que cela met à l’épreuve la relation entre alliés. Lorsque la sécurité d’une grande puissance rencontre la souveraineté d’un allié plus petit, l’équilibre de l’Alliance devient plus délicat. La défense collective ne peut se transformer en pression asymétrique. Si cela arrivait, le problème ne serait pas seulement groenlandais ou danois: il concernerait la crédibilité politique de l’ensemble du système atlantique.

    Pour l’Europe, la question est encore plus large. L’Union européenne parle de plus en plus d’autonomie stratégique, de sécurité des chaînes d’approvisionnement et de défense de ses intérêts. Mais le Groenland montre à quel point il est difficile de traduire ces formules en capacités réelles. L’Arctique est proche de l’Europe, concerne directement un pays membre de l’Union comme le Danemark, même s’il s’agit d’un territoire qui n’est pas dans l’UE, et touche des ressources critiques et la sécurité militaire. Pourtant, le centre de gravité de la discussion reste souvent entre Washington, Copenhague et Nuuk.

    Le Groenland illustre ainsi l’une des contradictions du présent européen: l’Europe est impliquée dans presque tous les dossiers décisifs, mais elle en détermine rarement seule la trajectoire. En Méditerranée, elle subit les crises d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient. Au Sahel, elle enregistre les effets de sa perte d’influence. Dans l’Arctique, elle risque d’observer une partie stratégique qui se joue sur son propre flanc nord. La distance géographique ne suffit plus à définir la distance politique.

    L’avenir de l’île dépendra de la capacité à maintenir ensemble trois dimensions : la sécurité occidentale, la souveraineté danoise et le droit des Groenlandais à décider de leur propre destin. Si l’une de ces dimensions écrase les autres, le Groenland deviendra une fracture. Si, au contraire, elles sont intégrées, il pourra devenir un espace d’équilibre dans un Arctique de plus en plus compétitif.

    La grande île blanche, longtemps restée aux marges de l’histoire visible, est revenue au centre de la carte. Non parce que sa position a changé, mais parce que le monde autour d’elle a changé. Et lorsqu’une périphérie devient indispensable, elle cesse d’être une périphérie : elle devient une frontière stratégique.

    Daniele Di Vuono (Euro-Synergies, 7 juin 2026)

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  • Éric Branca : « Les services américains ont mené une guerre secrète contre De Gaulle »...

    Vous pouvez découvrir ci-dessous l'entretien donné à Rodolphe Cart, pour Omerta, par Éric Branca, journaliste et historien, dans lequel il évoque les relations tumultueuses entre le général de Gaulle et les États-Unis. Sur cette question, Éric Branca  a publié un ouvrage remarquable intitulé L'ami américain - Washington contre De Gaulle 1940-1969 (Perrin, 2017).

     

                                              

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