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09/12/2017

Libéral, réactionnaire, populiste ? La Nouvelle Vague du conservatisme...

Dans cette émission du Plus d’Éléments, diffusée par TV Libertés, l'équipe de la revue, autour d'Olivier François, revient sur certains des sujets abordés dans le nouveau numéro, consacré, notamment, au retour en force du conservatisme, mais nous livre aussi ses coups de cœur du moment et pousse quelques coups de gueule ! On trouvera sur le plateau David L'Epée, Pascal Esseyric, Christophe A. Maxime et François Bousquet, qui sort sa bouteille de vitriol pour s'occuper de l'écriture inclusive..

 

                                    

24/11/2017

La nouvelle vague du conservatisme...

Le nouveau numéro de la revue Éléments (n°169, décembre 2017 - janvier 2018) est disponible en kiosque.

A côté du dossier consacré à la vague conservatrice qui déferle sur le paysage intellectuel français, on retrouvera l'éditorial d'Alain de Benoist, les rubriques «Cartouches», «Le combat des idées» et «Panorama» , un choix d'articles variés, dont un , décapant, consacré à Marseille,  et des chroniques de Xavier Eman, d'Hervé Juvin, d'Olivier François, de Ludovic Maubreuil, de Laurent Schang et d'Yves Christen...

Bonne lecture !

Vous pouvez commander ce numéro ou vous abonner sur le site de la revue : http://www.revue-elements.com.

 

Eléments 169.jpg

Éditorial

Diversité

Agenda, actualités

 

L’entretien

Matthew B. Crawford : « Silence, qu’on réfléchisse enfin ! »

 

Cartouches

Le regard d’Olivier François : W. Morris, père de la fantasy

Une fin du monde sans importance par Xavier Eman

Le carnet géopolitique d’Hervé Juvin

Cinéma : Hazanavicius s’attaque à Godard

Champs de bataille : Hardi Téméraire !

Bestiaires par Yves Christen

Sciences

 

Le combat des idées

Marseille : explosion d’un laboratoire multiculturel

Stanislas Dehaene, J.-M. Blanquer et les neurosciences

Catalogne 1937-2017

La vente d’Alstom à General Electric

Le bel avenir du nucléaire : entretien avec François Géré

Le romantisme fasciste

Les trésors de Matulu

Les idées noires de Jean-Pierre Georges

Allez-y sans moi, le film de Patrick Buisson

La grande offensive des antispécistes

Le crépuscule de la chasse

Billebaude, entretien avec Anne de Malleray

Thoreau le sauvage, dernier des contemplatifs

Arne Naess, l’écologie profonde et ses ennemis

 

Dossier

La Nouvelle Vague du conservatisme

Les équivoques du conservatisme

Le conservatisme de A à Z

Esquisse d’un manifeste conservateur

Pourquoi je ne suis pas conservateur par David L’Épée

Conservatisme : antithèse ou antichambre de la tradition ?

Lorsque le socialisme était conservateur

 

Panorama

L’œil de Slobodan Despot

Série télé : Engrenages, plus vraie la vie…

Philo : doit-on tout passer au crible de la raison ?

Honfleur 2017, rendez-vous du cinéma russe

L’esprit des lieux : New York, New York

C’était dans Éléments : La Police de la pensée

 

Éphémérides

23/11/2017

"Le vrai conservateur pense que notre civilisation est fragile mais qu’on peut la défendre"...

Nous reproduisons ci-dessous un entretien donné par Frédéric Rouvillois à Atlantico à l'occasion de la sortie du Dictionnaire du conservatisme, dont il est un des maîtres d’œuvre. Professeur de droit public à l’université Paris-Descartes, Frédéric Rouvillois est l'auteur de plusieurs ouvrages d'histoire des idées comme Histoire de la politesse (Flammarion, 2006) ou L’invention du progrès (CNRS éditions, 2010) et plus récemment, Une histoire des best-sellers (Flammarion, 2011).

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Frédéric Rouvillois : "Le vrai conservateur, c’est celui qui pense que notre civilisation est fragile mais qu’on peut la défendre"

Atlantico : Écrire un dictionnaire, en tant que "livre sur la signification des mots" n'est-ce, dès le départ de votre travail, une démarche foncièrement conservatrice – par exemple si on l'oppose à une encyclopédie qui vise à rassembler l'ensemble de toutes les sciences ?

Frédéric Rouvillois : C'est une question amusante et originale à laquelle je n'avais pas pensé, mais effectivement, en un sens, il y a dans la démarche encyclopédique une forme de dimension prométhéenne – une volonté de dominer le monde, l'univers, d'un seul regard – alors que la démarche du dictionnaire est plus mesurée, plus prudente, plus modeste. Le dictionnaire se soumet d'une certaine façon au réel là où l'encyclopédie semble vouloir soumettre le réel. D'où une dimension conservatrice du dictionnaire, et ce sur plusieurs plans : par la philosophie comme nous venons de le montrer, mais aussi conservatrice en tant que force conservatoire des mots, de la langue et de la culture.

En France, depuis la parution du premier dictionnaire sous le règne de Louis XIV, c'est ainsi qu'on pense cet objet.

On parle souvent d'une certaine inadaptation de la culture française au conservatisme, ou du fait que le conservatisme n'a pas de grande tradition politique définie comme par exemple en Angleterre. Mais votre dictionnaire regorge de penseurs, courants intellectuels ou écrivains qui portent au pinacle la pensée conservatrice, même si ces courants peuvent sembler parfois concurrents, sinon contradictoires. La supposée "faiblesse" du conservatisme français (mais en même temps son intérêt) ne réside pas dans cette diversité concurrentielle des conservatismes qu'a produit sa culture ?

Oui, et on en revient au choix du dictionnaire : le conservatisme n'a jamais trouvé son nom en France, si on excepte une petite partie du XIXe siècle avant d'être ostracisé et rejeté de manière presque systématique par la suite. Au XXe siècle, il y a une foule de penseurs qui sont de par leur pensée des conservateurs, et veulent défendre par exemple une forme de tradition, d'enracinement, d'identité mais qui soit n'utilise pas ce terme pour se désigner (c'est le cas par exemple du général de Gaulle) ou en viennent à récuser ou refuser violemment ce terme quand il leur est assigné. Ils sont nombreux. L'un de ceux qu'on a beaucoup évoqué dans ce livre est Maurras, qui refusait très largement ce qualificatif de conservateurs, lui-même considérant ce terme comme désignant les conservateurs de la fin du XIXe siècle, soit un courant sans colonne vertébrale ou véritable ligne de pensée.

On a aussi l'impression que plus qu'une doctrine, le conservatisme est un état d'esprit, comme le souligne par exemple le titre d'un ouvrage d'un grand penseur conservateur américain, Russell Kirk, quand il parle de "conservatist mind" ou d'"imaginative conservative". Ce rapport au monde conservateur est-il une force ou une faiblesse selon vous ?

Ce qui est clair, c'est qu'il n'y a pas une doctrine conservatrice qui serait clairement établie comme il y a pu avoir un marxisme, un fascisme ou un gaullisme à l'origine. Le conservatisme est une nébuleuse qui présente des éléments de toutes sortes. Il y a des éléments doctrinaux, mais aussi des questions économiques, anthropologiques ou historiques qui sont de natures diverses. Chacune de ces positions comporte le même "état d'esprit" Cette diversité est en effet à la fois sa force et sa faiblesse paradoxalement. C'est ce qui fait que sont intégrées dans le conservatisme à la fois des penseurs libéraux et des penseurs critiques envers le libéralisme, mais aussi des penseurs réactionnaires. C'est une nébuleuse extrêmement vaste dont les frontières ne sont pas aisées à établir et sont susceptibles de débat. Cela correspond d'ailleurs assez largement à ce qui fait la droite, et même certains segments de ce qu'est la gauche qui sont appelés à rentrer dans cette nébuleuse. On a beaucoup insisté par exemple dans ce livre sur la question de l'écologie qui est une forme de conservation de la nature. Depuis les années 60-70, elle est considérée de gauche alors qu'il nous semble incontestable que l'écologie est au fond une pensée conservatrice – et qu'inversement le conservatisme est nécessairement tourné vers la nature – telle la fameuse "écologie intégrale" défendue par le pape dans Laudato Si est selon nous conservatrice. 

Dans votre article sur l'idée de "Progrès", vous évoquez trois familles de conservatisme. Quelle sont ces trois tendances de conservatisme ?   

J'en parlai en effet par rapport au "mythe du progrès", qui me semble typique de la pensée de gauche selon laquelle l'humanité, par son propre effort, serait amenée à s'améliorer de manière nécessaire et illimitée dans le temps. Et que l'humanité irait vers une plus grande fluidité, une plus grande transparence, plus rationnelle, plus juste, heureuse etc. C'est à mon sens l'une des caractéristiques de la gauche et l'antithèse du conservatisme. A l'opposé du progressiste, le conservateur n'est sûr de rien sur ce point de vue-là. Le conservateur a toujours à l'esprit, pour reprendre la formule de Paul Valéry selon laquelle "les civilisations sont mortelles" ou que du moins elles sont dans leur constitution extrêmement fragiles. Le travail du conservateur va être d'identifier ce qui est important et de faire en sorte de le conserver dans le temps. Bref, le conservateur est à l'opposé du progressiste un pessimiste ou optimiste modéré. Il pense que les choses sont fragiles mais qu'on peut les défendre. Le vrai conservateur est celui-là. Et que par conséquent travailler à leur conservation est pertinent.

A partir de cette idée, on peut considérer qu'il y a un certain segment du conservatisme qu'on pourrait dans certains cas appeler le réactionnaire qui considère qu'au fond tout est déjà fichu. Et qu'en toute hypothèse, c'était mieux hier. C'est un conservatisme, un peu paradoxal, qui pense d'une certaine façon qu'il n'y a déjà plus rien à conserver.

Et à côté de ce conservatisme, il y a des formes de combinaisons entre le conservatisme et le progressisme qui peut accepter sur certains points que les choses s'améliorent dans le temps, et que par ailleurs, il faut savoir renoncer au passé pour pouvoir conserver un petit peu. C'est le "il faut que tout change pour que rien ne change". 

Frédéric Rouvillois (Atlantico, 19 novembre 2017)



19/10/2017

Le conservatisme comme préservation des tensions...

Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Mahaut Hellequin, cueilli sur son blog Flamberge et Belladone et consacré au conservatisme comme maintien d'une tension féconde...

 

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Le conservatisme comme préservation des tensions

Là où le progressisme veut entraîner l’humanité dans un seul mouvement idéalement unifié et consensuel, le conservatisme préserve la multiplicité des mouvements et des tensions entre des polarités différenciées.
Le progressisme est une immobilité interne sous la forme d’un mouvement externe, le conservatisme un fourmillement interne sous la forme d’une immobilité externe.

Cette image peut sembler bien contre-intuitive après des décennies à avoir entendu et répéter la distinction du « parti du mouvement » contre celui de la résistance, de l’immobilisme, de la tradition (que l’on imagine toujours sclérosante), je m’en vais tenter de la développer, non sans avouer auparavant mon ignorance relative en matière de théorie du conservatisme: je ne livre ici que mes modestes intuitions souvent venues au fil de discussions. Tout cela a soit été bien mieux dit ailleurs, soit contredit par d’autres visions du conservatisme.

Le monde progressiste est unipolaire, il ne supporte pas sa négation, son contraire : « Pas de liberté pour les ennemis de la Liberté. » pas de tolérance pour les prétendus intolérants.
Son idéal est celui d’une humanité engagée toute ensemble sur une seule et même voie bornée par la Liberté et l’Egalité.
Liberté : l’Homme est libre de tout faire et défaire, dire et dédire, libre de toute contrainte, de tout donné. La liberté est celle de la volonté individuelle, triomphante et absolue, la lutte est donc engagée contre tout ce qui sépare l’individu de sa liberté toute-puissante et volontaire : structures sociales d’appartenance, chair…
Egalité : chaque unité est égale à chaque autre, tout vaut tout.
Est banni et perçu comme adversaire tout système niant l’un de ces deux piliers, sauf s’il reconnaît être égal à tous les autres ainsi que la liberté des individus d’y entrer et d’en sortir au gré de leurs envies. C’est à dire s’il ne nie en fait aucun de ces deux piliers.
Exemple : un système hiérarchique, clanique, traditionnel et théocratique est tout à fait acceptable dans une vision progressiste du monde pour peu que son adhésion soit libre et volontaire, son apostasie acceptée sans heurts et qu’il renonce à toute velléité suprématiste, autrement dit qu’il se nie lui-même ou n’ait de valeur que celle d’un jeu de rôle temporel.
Le progressisme n’a donc de libre que des options toutes égales au sein d’un cadre unique, ce que l’on pourrait caricaturer comme un choix d’avatar dans un jeu de rôle en ligne, mais sans combat, sans tension, un jeu de rôle de gestion de population pacifique.
Les barrières et normes traditionnelles tombant les unes après les autres, le temps est perçu par le progressisme comme une flèche qui s’émancipe, se libère toujours plus de l’ état de nature (ou de l’obscurantisme rigide, clanique, hiérarchique, traditionnel) avec pour but une résolution de toutes les tensions, de tous les conflits dans la fin de l’Histoire, quand plus aucune barrière, aucune entrave ne subsistera, seuls des individus égaux et poreux (virtualisation et redéfinition de l’identité individuelle égotique dont le mouvement final, contenu en germe dans le cogito qui ne tire substance que de lui-même, est la dissolution dans la multitude horizontale des individualités-monades).
En termes freudiens, cette visée de la réduction ultime des tensions s’appelle pulsion de mort.
La flèche avance, mais elle doit avancer comme un seul homme, avec pour seul but, pour seul pôle l’égalité indifférenciée. The Wall de Pink Floyd, ou la protestation auto-prophétique.
Pour réaliser son dessein, le progressisme idéologique couche le réel sur le lit de Procuste. Villes rasées, atomisées, camps, extermination : rien n’est trop dur pour ce qui résiste au Grand Projet.

Face à cette unité terminale mon conservatisme se fonde sur l’observation d’Héraclite « Polemos pater panton » : le combat est père de toutes choses, et défend le grouillement du multiple.
Le « combat » dont il s’agit est en réalité moins un conflit qu’une tension, une opposition de divers pôles qui structure réel.
Toutes les médecines et cosmologies traditionnelles organisent ainsi le monde entre Ciel et Terre, dedans et dehors, chaud et froid, lumière et ténèbre, masculin et féminin etc… et savent fort bien qu’il ne s’agit là que d’échelles (comme celle de Kinsey) où c’est la nuance, la gradation, la mesure mouvante qui importe, et que tout guerrier, quelles que soient ses préférences dans la mêlée, porte à la fois lance et bouclier.
Ce conservatisme est dialectique, il voit les structures antagonistes de toute chose, les oppositions polarisantes, les paradoxes féconds.
Parce que toute poussée et toute pensée, toute vie et toute identité sont concordances de contraires, il s’emploie à préserver la différentiation des pôles.
Il ne conserve pas les structures mais les archétypes, les symboles autour desquels vont et viennent, se font et se défont les structures réelles depuis des millénaires, comme une figure géométrique dont on ne se préoccuperait pas du périmètre ni même de la forme mais des différents angles. Qu’importe si le feu domine l’eau, la terre l’air ou inversement, si l’hiver fait place à l’été ou le patriarcat au matriarcat, tant que le monde se tend et se tord sans cesse entre ces pôles sans qu’aucune victoire soit complète ou définitive, tant que le déséquilibre est aussi changeant que permanent.
Ce conservatisme n’est pas hégémonique mais laisse l’autre être autre pour s’y mesurer sans l’absorber. Il vise à être et durer, persister et combattre sans viser l’anéantissement mais bien plutôt le combat lui-même comme état de tension et d’accomplissement de soi dans la confrontation.
En termes freudiens, on parlera de pulsion de vie.
Le cercle ne va nulle part, et peut-être n’est-il même pas cercle mais héxadécagone, ou peut-être octogone, ou pentacle, ou carré, ou triangle… il ne se déplace pas dans un sens ou l’autre, mais tout en lui se heurte et se tend, s’affronte et s’affirme.

Mon conservatisme est, plus que tout mélangisme, soucieux de la diversité.
Il est, plus que tout égalitarisme, respectueux de l’autre dans son intégrité.
Il est, plus que tout progressisme, sanctuaire de liberté dans le combat.

Mahaut Hellequin (Flamberge et Belladone, 10 octobre 2017)

 

18/05/2017

Antagonismes français...

Les éditions du Cerf viennent de publier un nouvel essai de Marc Crapez intitulé Antagonismes français. Chercheur en sciences politiques, Marc Crapez est notamment l'auteur de La gauche réactionnaire - Mythe de la plèbe et de la race dans le sillage des Lumières (Berg international, 1998), de Défense du bon sens (Rocher, 2004) et de Éloge de la pensée de droite (Jean-Cyrille Godefroy, 2016).

 

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" Depuis la fin du XIXe siècle en France, l'immobilisme est paradoxalement le grand vainqueur des luttes vives qui ont marqué l'histoire de notre pays. Entre opposition de doctrines, combats de personnes mais aussi subversion des mots et captation d'influences, les dérives historiographiques s'avèrent à tel point impertinentes qu'il est urgent de les dénoncer. Car ce n'est rien de moins que la mutilation de l'histoire qui est ici en jeu. Redessinant le tableau des guerres idéologiques fratricides, de l'héritage de la Terreur au récent débat sur l'identité nationale, Marc Crapez honore autant la vérité historique que la conscience politique des Français si longtemps mise à mal. Du boulangisme à la construction européenne, de Voltaire à Bourdieu en passant par Proudhon, Tocqueville, Maurras, Aron, Bachelard et bien d'autres encore, cet essai jubilatoire nous invite à redécouvrir une pensée antitotalitaire libérale conservatrice. Une incitation à la curiosité intellectuelle, au respect des Anciens et à la reconnaissance des faits. "

17/05/2017

«La droite a perdu parce qu'elle a préféré l'économisme à l'âme française»...

Nous reproduisons ci-dessous un entretien donné par François Bousquet à Eugénie Bastié pour Figaro Vox dans lequel il évoque l'échec de la droite à l'élection présidentielle. Journaliste et essayiste, François Bousquet a récemment publié «Putain» de saint Foucault - Archéologie d'un fétiche (Pierre-Guillaume de Roux, 2015) et La droite buissonnière ( Rocher, 2017).

 

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François Bousquet :«La droite a perdu parce qu'elle a préféré l'économisme à l'âme française»

FIGAROVOX. - Dans votre livre La droite buissonnière (éditions du Rocher), vous faites une archéologie de la «droite hors-les-murs», qui ne se reconnaît, ni dans la démagogie frontiste, ni dans la pusillanimité libérale. Comment décrire cet ethos de droite? Où est-il passé pendant la campagne?

François BOUSQUET*. - C'est une famille de pensée informelle née des circonstances politiques. Elle emprunte à trop de traditions pour se laisser enfermer dans une seule et existe surtout à travers ses trois personnalités les plus emblématiques: Villiers, Zemmour et Buisson. Le premier procède de la chouannerie, le deuxième du bonapartisme, le troisième du catholicisme social. En l'état, c'est une droite orpheline qui ne se reconnaît dans aucune dénomination partisane, ni les LR ni le FN, mais à leur jonction, reprenant à son compte les éléments électoralement structurants qui ont fait le succès de Sarkozy en 2007, la fameuse «ligne Buisson», qui reposait sur une stratégie de désenclavement sociologique du bloc traditionnel de droite en lui adjoignant le vote des catégories populaires aujourd'hui captées par le FN. C'était la stratégie des gaullistes en 1947 et 1958. En gros, la synthèse du conservatisme (Fillon) et du populisme (Le Pen).

Cette droite buissonnière a pris la clé des champs après la défaite de 2012 - au demeurant plus qu'honorable - à la suite de la débuissonnisation méthodique à laquelle l'ex-UMP s'est livrée, avec les conséquences que l'on sait: ramener la droite de gouvernement à son étiage chiraquien, plus ou moins 20 %, là où Sarkozy avait porté l'UMP à plus de 31 %. Les ténors LR ont parachevé ce processus de débuissonnisation le 23 avril au soir en appelant à voter quasiment comme un seul homme pour Macron, obéissant au mouvement centripète du système, enterrant par-là même la règle du «ni FN ni PS au deuxième tour», adoptée lors des cantonales de 2011. Le tout au grand désarroi d'électeurs républicains qui n'ont pas compris qu'on puisse ainsi passer sans coup férir du «ni-ni» au «oui-oui».

L'enseignement à venir, c'est que la fracture populiste - le peuple contre les élites - traverse pareillement les partis, entre des bases qui ont tendance à se radicaliser et des états-majors qui ont fait le choix de se recentrer. Le PS en est mort, les LR en sursis.

Jacques Julliard définit ainsi le «Yalta culturel» de la politique française depuis mai 1968: «à gauche le libéralisme moral et la réglementation économique, à droite, la réglementation morale et le libéralisme économique». Emmanuel Macron ne fait-il pas voler en éclats cette distinction? Son succès est-il seulement une question de marketing ou bien a-t-il réussi à produire un «gramscisme progressiste»?

À travers Macron, s'opère le retour à l'équivoque inaugurale du libéralisme dans ses versions culturelle et économique. Non sans ironie, c'est du côté des partis centraux - et sur leur ruine - qu'on observe une recomposition idéologique autour du libéralisme, de droite et de gauche. Ce reclassement n'a d'ailleurs jamais fonctionné qu'à travers de grandes coalitions à l'allemande, rêve des élites post-nationales depuis Jacques Delors et dont Macron incarne la version 2.0, renvoyant les populismes de droite et de gauche dos à dos dans un isolement sans issue.

Dans ce contexte, Macron est assurément nouveau, mais pas ce qu'il représente ni ceux qui le soutiennent. Son tour de force aura été d'imposer une candidature éclair dont la soudaineté a interdit d'interroger son programme ou son absence de programme. C'est cette nouveauté, orchestrée comme une superproduction hollywoodienne, qui a été plébiscitée. Chacun l'a remplie de ses propres fantasmes en raison même des promesses du candidat caméléon et de la posture du président rassembleur. Pareil à un magicien, il entre seul au Louvre dans une solennelle scénographie mitterrandienne et le quitte dans une photo de famille suivant les codes glamours du bonheur domestique américain. La question se pose du vrai Emmanuel Macron. Est-ce l'élève du philosophe Paul Ricœur, l'enfant caché de François Hollande, un autre Trudeau, l'avocat du multiculturalisme? De fait, c'est le premier président postmoderne, au sens où on a pu dire de Giscard qu'il était le premier président moderne, mais parallèlement il aspire à réintroduire de la verticalité, l'autre nom de la sacralité, au cœur du pouvoir, dont il déplore la disparition depuis 1793. Chacun peut y trouver son compte, mais lui-même devra trancher.

«Surtout n'ayez pas peur du peuple, il est plus conservateur que vous» disait Napoléon III. Est-ce vraiment une réalité? Pourquoi le peuple serait-il forcément plus conservateur que les élites?

La sagesse populaire est inépuisable sur le sujet. Depuis La Fontaine au moins, elle n'a jamais voulu lâcher la proie pour l'ombre. De fait, les hommes ne recherchent pas les environnements instables et anxiogènes. Et le nôtre l'est singulièrement, parce qu'il s'organise autour de l'obsolescence programmée non seulement des produits, mais des modes de vie léguées en indivision au corps social. La dynamique de la modernité repose sur cette mutabilité continuelle et son accélération croissante, ce qui ne crée pas les conditions d'équilibre nécessaires à la vie sociale. C'est le thème cher à l'économiste Joseph Schumpeter, pourtant de sensibilité conservatrice, de la «destruction créatrice». Cette destruction accompagne l'humanité depuis la nuit des temps, suscitant partout des résistances. Cet anti-progressisme populaire constitue un chapitre aussi fourni qu'oublié de l'histoire sociale. Prises dans la très longue durée, la plupart des révoltes populaires auront été des tentatives - vaines - destinées à arrêter l'horloge du temps et la marche incertaine de l'histoire. À certains égards, le populisme actuel en est le prolongement dans un monde en plein bouleversement.

On n'arrête pas le progrès, selon la formule consacrée, mais quel progrès? Celui de la dissolution des modes de vie et des communautés naturelles? Quitte à dramatiser, l'humanité est aujourd'hui à la croisée des chemins. Ou bien elle s'engage dans un processus irréversible d'exhominisation: c'est la tentation de la Silicon Valley, le transhumanisme, l'ingénierie du vivant, le démiurgisme technologique. Ou bien elle se fixe d'elle-même des limites: c'est le thème des frontières, physiques et symboliques, défendu par les conservateurs et qui fut l'axe central de la campagne de Sarkozy en 2012.

«Dans cette campagne, la droite et l'extrême droite n'ont pas réussi à produire d'idées nouvelles, se contenant de se reposer sur des acquis idéologiques engrangés dans le passé», écrit Gaël Brustier dans Le Figaro. N'a-t-il pas raison?

C'est un terrain qu'on ne peut pas occuper par intermittence, sans quoi les positions conquises sont aussitôt perdues. Or, pendant un demi-siècle, la droite a renoncé à produire sa propre vision du monde, laissant à la gauche la maîtrise du champ culturel. C'est pourtant dans ce théâtre de l'hégémonie culturelle que tout se joue. Le vrai pouvoir, en amont du pouvoir politique et qui le conditionne, c'est la production de la parole autorisée. Autrement dit, la maîtrise du licite et de l'illicite. C'est cela qui fonde la sacralité d'un régime, quel qu'il soit: le périmètre de l'interdit. Et c'est cela qui a changé au milieu des années 2000 quand Buisson a convaincu Sarkozy d'inscrire son action dans le cadre d'un «gramscisme de droite», du nom de ce marxiste italien qui a théorisé la notion d'hégémonie culturelle. Cette hégémonie est en train de changer de camp. Le foisonnement de jeunes intellectuels à droite, depuis une dizaine d'années, en témoigne. Il démontre que les progressistes n'ont plus le monopole de la pensée critique. Mais les candidats de droite l'ont oublié, autant François Fillon que Marine Le Pen, qui ont commis une erreur symétrique: se placer en priorité sur le terrain de l'économisme. Fillon pour accélérer le processus d'intégration à la zone euro. Le Pen, pour en sortir. C'est un terrain sur lequel ils ne sont pas susceptibles d'optimiser leurs ressources électorales et n'ont pas plus de légitimité que Macron, pour l'un, et Mélenchon, pour l'autre. C'est particulièrement frappant chez Fillon qui a récité les sourates de l'économisme, nonobstant l'instrumentalisation de Sens commun: une campagne triple A, le modèle allemand, un thatchérisme continental. Rien à destination des catégories populaires et de la France périphérique sacrifiée sur l'autel de la mondialisation. Quant à Marine Le Pen, elle a axé sa campagne sur la question de la souveraineté sans concevoir que cette dernière n'est pas un but en soi, mais un outil au service du bien commun. La posture tapageusement ouvriériste dans laquelle elle s'est enfermée lui a aliéné une partie de son électorat et a précipité le départ de sa nièce, sûrement l'élément le plus prometteur pour le FN. Sans compter le surréaliste débat d'entre-deux-tours qui a fait ressortir de manière criante une inaptitude à se «présidentialiser». Pire: des limites insoupçonnées, comme si la candidate avait atteint son seuil d'incompétence, selon les lois du principe de Peter. Ce débat laissera des traces et ce n'est pas le toilettage cosmétique envisagé, le changement de nom, qui les effacera.

Comment la droite française peut-elle se refonder?

La droite gagnerait à se souvenir que le sujet historique demeure le peuple français et son identité. Cela même qui a fait la force de Sarkozy en 2007, quand il a levé le tabou de l'identité nationale, faisant la course en tête et obligeant ses adversaires à se positionner par rapport à lui: la critique de Mai 68, la restauration de l'autorité, les racines chrétiennes. Sa campagne portait avec elle une vision du monde solidement charpentée, mise en paroles, jamais en actes. C'est la faute originelle de son mandat: Sarkozy n'a pas transformé la victoire idéologique de 2007, ce qui préparait les défaites politiques de 2012 et 2017. Celui qui saura politiquement transformer cette victoire idéologique aura un bel avenir devant lui.

François Bousquet, propos recueillis par Eugénie Bastié (Figaro Vox, 12 mai 2017)