Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

état - Page 3

  • Que faire lorsque l’État est défaillant ?...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Lionel Rondouin, cueilli sur le site de la revue Eléments et consacré à la nécessité de surmonter la défaillance de l'Etat moderne en renouant avec l'idéal de l'Etat classique.  Normalien, enseignant en classe préparatoire, Lionel Rondouin est spécialiste des questions de sécurité économique et a travaillé dans l'industrie.

    Guillaume Tell 2.jpg

     

    Fondements philosophiques de l’autodéfense

    À Portet-sur-Garonne, près de Toulouse, le propriétaire d’un terrain vient de prendre des mesures radicales contre les « gens du voyage » qui occupent périodiquement un terrain qui lui appartient. À chaque fois que ces nomades occupent son terrain avec des dizaines de voitures et de caravanes, ledit propriétaire, un citoyen local (en l’espèce un sous-homme, selon la philosophie politique de Jacques Attali, qui tient les sédentaires enracinés pour des arriérés), se rend à la gendarmerie, où on lui explique qu’on n’y peut rien. Il s’adresse ensuite à la justice et entame une procédure coûteuse qui, au bout de plusieurs semaines, aboutit à une décision d’expulsion, laquelle ne prend effet qu’au bout de plusieurs autres semaines ; après quoi, il reste à la charge du propriétaire le nettoyage des lieux…

    Aux grands maux, les grands remèdes

    Le propriétaire a donc choisi d’inverser la logique des choses. Puisqu’on ne peut – paraît-il – empêcher les squatters d’entrer et de résider chez lui, il a fait en sorte de les empêcher d’en sortir. À la dernière intrusion, il a loué une pelleteuse et creusé un fossé entre le terrain et la route d’accès, puis une grue, grâce à laquelle il a déposé un bloc de béton de trois tonnes au milieu du chemin d’accès au terrain. En se serrant sur le bas-côté, les voitures peuvent passer, mais pas les caravanes qui restent bloquées sur le terrain.

    Maintenant, c’est au tour des nomades de se plaindre auprès de la gendarmerie, qui n’y peut rien, comme d’habitude, et renvoie les plaignants vers la justice, comme d’habitude. Ce qui ravit le propriétaire, qui leur dit juste : « Bon courage, chacun son tour ! » Cela me ravit, moi aussi, au passage, mais là n’est pas la question…

    Derrière cette anecdote, qui, de prime abord relève du jeu classique de la réponse du berger à la bergère sous une forme drolatique, se joue un problème de philosophie politique fondamental : la légitimité et le rôle de l’État. 

    Pourquoi l’État ?

    Notre philosophie politique, telle qu’acceptée par la doxa depuis les Lumières, repose sur la notion de pacte ou de contrat social, héritée de Hobbes et de Locke, deux philosophes anglais du XVIIe siècle. Dans le Léviathan, Hobbes réfute la théorie classique d’Aristote, puis de l’Église, comme quoi l’homme est par nature un animal social. Hobbes explique qu’à l’état de nature – c’est bien sûr une uchronie, un mythe non historique – l’homme est violent et égoïste et que la règle de la vie primitive était la guerre de tous contre tous. Lassés de cette anarchie meurtrière, les hommes, un jour, décidèrent de passer entre eux un contrat et d’inventer une entité nouvelle, l’État, en lui déléguant une part de leur liberté, en contrepartie du maintien d’un ordre social. Pour assurer son rôle, il fallait que l’État fût fort, redouté et équitable. C’est pourquoi Hobbes assigna à l’État le nom symbolique de Léviathan, un monstre biblique, cruel dragon des mers qui sortira des eaux pour ravager les cités pécheresses à la fin des temps.

    Cette jolie fable constructiviste (qui nie un ordre naturel des choses, à savoir le caractère essentiellement et originellement social de l’être humain, préexistant à toute projet prétendument rationnel d’organisation sociale) justifie le « monopole de la violence légitime » de l’État qui, par son statut et son action d’entité publique, au service de l’intérêt général, forte, redoutée et équitable, abolit la violence et la vengeance privées. Les forces de l’ordre et la Justice sont en l’espèce les bras armés de l’État dans l’exercice de sa mission de contrainte et de répression. Tout cela est bel et bon. Il faudra au passage expliquer à Christophe Barbier, à Alain Duhamel et aux syndicats de commissaires qu’éborgner les citoyens à coups de lanceurs de balles de défense ne relève que tangentiellement de l’exercice d’une violence légitime, mais on ne va pas s’appesantir. Pour être exercée par un pouvoir légal, la violence n’est pas pour autant légitime.

    L’impuissance de l’État

    Mais allons plus au fond des choses et revenons à notre propriétaire de Portet-sur-Garonne. Admettons, à des fins exploratoires, qu’il y ait un contrat entre l’État et les citoyens.

    S’il y a contrat, il y a échange de services entre eux ou de services contre une compensation financière, par consentement mutuel entre parties librement contractantes, et tout contrat prévoit les raisons et les modalités d’une rupture du contrat en cas de défaillance de l’une des parties. Un contrat, c’est fait pour se marier, mais cela prévoit les conditions du divorce…

    En l’occurrence, à Portet-sur-Garonne, on constate une défaillance de l’État. Il en va de même pour tous les citoyens et entreprises de tout ordre qui se font dévaliser, agresser, cambrioler, avec ou sans violence. L’État manque à ses obligations contractuelles de protection de la propriété ou du droit à la sécurité physique des biens et des personnes, qui restent des droits fondamentaux. Que ce soit par défaillance des forces de l’ordre ou de la Justice, qu’il s’agisse d’incurie, de manque de moyens (ah, le « manque de moyens », la ritournelle des débats télévisés… Le manque de moyens, c’est la balle en touche du syndicaliste…) ou de volonté politique, la faute de policiers incapables, de juges gauchistes ou de ministres de la Justice déviants, c’est là l’objet de débats médiatiques et politiques, mais cela n’a aucune conséquence sur le constat que nous faisons. Il n’y a pas en l’espèce de cas de force majeure à plaider pour exonérer l’État de ses obligations.

    Mon arrière-grand-mère ne fermait pas sa porte à clé

    Permettez-moi une anecdote personnelle pour illustrer mon propos sur la dégénérescence de la fonction régalienne. J’ai bien connu une de mes arrière-grands-mères, morte à 94 ans, en 1964. Cette personne, née sous Napoléon III, était de condition modeste, dans un milieu rural, mais elle a passé toute sa vie dans un luxe extraordinaire dont elle n’a jamais eu conscience et que seules nos générations peuvent comprendre aujourd’hui. Jamais de sa vie elle n’a fermé sa maison à clé, même la nuit, même quand elle s’absentait. Je ne sais même pas si elle avait une clé, on avait dû l’égarer sous la présidence d’Émile Loubet… Il est vrai qu’il n’y avait pas forcément grand-chose à voler, mais aussi l’État-Léviathan remplissait ses obligations contractuelles supposées et une deuxième condamnation pour vol, surtout avec violence, exposait le contrevenant à un séjour en Guyane, jusqu’en 1938. Oui, je sais, c’est réac mais, jeunes lecteurs, imaginez-vous quel sentiment de confort on ressent à ne pas avoir besoin d’antivol pour son vélo ? C’est un luxe dont on jouissait encore dans les années 70.

    Bien entendu, cette société connaissait des crimes et des délits, malgré la répression judiciaire et une grande efficacité de l’État dans l’exercice de ses fonctions régaliennes. Mais, à une époque où le téléphone était rare et le téléphone portable n’existait pas, et où donc le temps d’intervention des agents de la force publique était supérieur à celui d’aujourd’hui, la société, l’État et la Justice acceptaient le principe de l’auto-défense en l’absence de secours publics immédiats. C’était là faire preuve de sagesse et de logique. Seule était bannie l’auto-justice, la vengeance privée. On voit bien là la dégénérescence de l’État régalien (dans ses composantes exécutives, judiciaires et législatives).

    Les impôts en échange de la sécurité

    Pour revenir aux théories de Hobbes, elles recèlent une faiblesse potentiellement très dangereuse pour la légitimité, voire l’existence même de l’État. Elles supposent en effet que l’État est efficace, comme si c’était une vérité d’évidence, un fait de nature.

    Or, l’État contemporain est, de fait, globalement inefficace en termes de rapport entre les services rendus et les coûts (les fameux « prélèvements obligatoires », soit le pourcentage de la richesse produite par la société qui est prélevé par l’État). Une école de pensée états-unienne, les « anarcaps » ou « anarcho-capitalistes », en a développé une théorie qui ne manque pas de pertinence intellectuelle dans l’analyse.

    Rappelons que, dans une société non tyrannique, la liberté inclut parmi ses composantes essentielles le principe du consentement à l’impôt.

    Notre propriétaire de Portet-sur-Garonne, après cinq ou six chemins de croix auprès de la maréchaussée et de l’administration judiciaire, quel est son sentiment ? « Il est sympa, l’adjudant X ; il compatit vraiment à mes problèmes. Le juge est débordé, mais il a pris le temps de m’expliquer pourquoi c’était si long de régler l’affaire, à cause des lois. Ce n’est pas que les personnes soient désagréables. Le problème, c’est que ça ne fonctionne pas. Et après, il faut que je fasse enlever les poubelles et les saletés qu’ils ont laissées. Quand je pense à tout ce que je paye comme impôts… »

    Ensuite, le même loue, à ses frais, une pelleteuse, une grue et un bloc de béton de trois tonnes pour mettre en œuvre la seule méthode qui lui reste, selon lui, pour dissuader à l’avenir les squatters de s’installer chez lui. « Quand je pense à tout ce que je paye comme impôts ! La gendarmerie et la justice, ça ne sert à rien et ça coûte cher. Et après il faut dépenser de l’argent pour régler soi-même les problèmes… »

    Et là commence le chemin qui mène au refus du consentement à l’impôt, refus que les « anarcaps » justifient par la nécessité de recourir, aux frais du citoyen, aux prestations de sociétés privées pour rendre les services nécessaires au bon fonctionnement de la société. C’est la conséquence de la rupture du contrat social par l’État défaillant. D’une manière moins intellectualisée, le phénomène Gilets jaunes dénonce cette même rupture et se révolte contre une oppression fiscale injuste, inégalitaire et mal répartie entre les classes sociales et les territoires.

    L’inefficacité de l’État est hors de prix

    Les « anarcaps » ont-ils tort ? Non, dans la description qu’ils font du phénomène. Comparons, sur soixante ans, la qualité des services rendus par l’État et le montant des prélèvements obligatoires. Quand mon arrière-grand-mère est morte, le taux de prélèvement était de 36 % du PIB. Les villes et les campagnes étaient plus sûres ; la Sécurité sociale remboursait à 100 % ; les cathos mettaient sans problème leurs enfants au lycée public « sans Dieu » où ils recevaient un enseignement de très haute qualité (même de professeurs communistes ou SFIO) ; les trains arrivaient à l’heure et, dans les grandes villes aux activités commerciales et industrielles intenses, le facteur passait deux fois par jour déposer le courrier.

    Aujourd’hui, le montant des prélèvements obligatoires avoisine officiellement les 48 %. Tout augmente…

    En réalité, dans une perspective historique, ce dernier chiffre est faux comme une déclaration d’Olivier Véran. Il faudrait en effet y rajouter les dépenses qu’engagent aujourd’hui les entreprises et les particuliers pour pallier la défaillance de l’État et se garantir une qualité de services égale à celle dont ils jouissaient « gratuitement » il y a quelques décennies. On peut considérer ces dépenses comme des dépenses contraintes assimilables à un impôt transféré au privé. 

    Par exemple : le chiffre d’affaires de l’industrie de la sécurité privée, du fait de la défaillance de l’État régalien. Cette industrie n’existait pratiquement pas, parce qu’on n’en avait pas besoin ou, à tout le moins, pas à l’échelle actuelle, et sa croissance est aujourd’hui exponentielle. Vigiles aux portes des magasins et dans les usines ; industrie de la télé-surveillance des domiciles et des établissements (installations fixes, personnel de veille et d’intervention). On y rajoute l’augmentation du coût des assurances, etc…

    Par exemple : les dépenses de mutuelles médicales aux frais des entreprises et des salariés et retraités.

    Par exemple : la différence de chiffre d’affaires de l’école privée entre 1960 et aujourd’hui, où le choix de l’école privée n’est plus majoritairement une décision confessionnelle, mais la nécessité de protéger ses enfants de la « fabrique du crétin » (l’école publique) ; le chiffre d’affaires d’Acadomia et consorts ; etc…

    Si on réintègre tous les coûts de services privatisés du fait de la défaillance de l’État par rapport aux années 60, je ne crois pas me tromper en estimant à 60 % et non 48 %, chiffre officiel, le montant des prélèvements obligatoires tels qu’on les définissait alors, à services comparables rendus par l’État. Et là, on commence à trouver que ça fait cher… 

    Alors, les « anarcaps » ont-ils raison sur tout ?

    Non, leur conclusion, la nécessaire et souhaitable extinction de l’État, est erronée de bout en bout. Bon diagnostic, mauvaise thérapeutique… Il s’agit en effet pour nous de définir les conditions et les modalités de restauration d’un État capable et efficace, alors que les anarcaps « jettent le bébé avec l’eau du bain ».

    Les « anarcaps », en tant qu’ils sont anars, cultivent une vision « micro » de la société, basée sur la proximité, et croient effectivement que le groupe est régi par des systèmes de relations et d’échanges interpersonnels, de type libertaire, égalitaire et contractuel. Ils n’envisagent pas l’origine, la nature, la profondeur historique et les intérêts collectifs des grands groupes humains comme les peuples et les nations. En tant que capitalistes, ils réduisent la relation entre les individus et les groupes à l’échange intéressé et à la maximisation du profit, dans une approche matérialiste et court-termiste de la société où rien n’existe que le quantifiable dans l’instantané du temps. L’histoire n’entre pas dans les catégories mentales de l’« anarcap ». On peut rompre le contrat préexistant et tout privatiser.

    Là est la faille. Les sociétés ne sont pas des agrégats d’individus indifférenciés contractant librement et, si l’on peut souscrire au diagnostic d’un État contemporain tout aussi obèse qu’inefficace, l’État classique reste le seul instrument connu qui, convenablement mené, garantisse la sécurité et la pérennité des communautés humaines organiques. L’homme – zoon politikon, dit Aristote – est l’animal social et politique à la fois, social et socialisé parce que politique, inscrit dans une cité qui n’est ni un groupe auquel tel ou tel viendrait s’agréger sans contrainte, ni un simple marché où s’échangent des services.

    Alors que le monde contemporain (y compris aux États-Unis, pays des « anarcaps ») et les populations sont soumises à trois angoisses simultanées, à trois menaces perçues comme mortelles – sécuritaire, économique et identitaire, ou culturelle si vous préférez –, l’État reste la seule réponse connue. Lui seul peut préserver la frontière et l’identité, ainsi que les lieux de débat et de prises de décisions collectives qui engagent l’avenir de la communauté.

    En revanche, et l’on donnera raison à Hobbes sur ce point, l’État doit être fort, respecté parce que respectable, et équitable. Nous en sommes loin aujourd’hui. 

    La bonne nouvelle est économique. Les « anarcaps » auraient dû y réfléchir. C’est qu’un État efficace, minimal parce que centré sur le régalien, fort, respecté et équitable, revient beaucoup moins cher aux contribuables qu’un État incapable, obèse, faible, décrié et injuste.

    Lionel Rondouin (Site de la revue Éléments, 7 janvier 2021)

    Lien permanent Catégories : Points de vue 0 commentaire Pin it!
  • L'Etat, un ennemi qui vous veut du bien ?...

    Vous pouvez découvrir ci-dessous Le Samedi Politique de TV Libertés, diffusé le 26 septembre 2020 et présenté par Élise Blaise, qui recevait Laurent Obertone, pour évoquer son dernier essai, Eloge de la force (Ring, 2020).

    Journaliste, Laurent Obertone est l'auteur de trois enquêtes essentielles, La France Orange mécanique (Ring, 2013), La France Big Brother (Ring, 2015) et La France interdite (Rig, 2018), qui ont contribué à ébranler l'édifice du politiquement correct, ainsi que du récit Utøya (Ring, 2013) et des roman de politique-fiction Guérilla - Le jour où tout s'embrasa (Ring, 2016) et . Guérilla - Le temps des barbares (Ring, 2019).

     

                                           

    " Et si nous étions devenus des animaux asservis ? Des êtres départis de leur libre arbitre et du plus simple petit pan d’autonomie. Et si la crise du Covid n’était que les prémices du futur qui nous attend ? L’Etat omniprésent qui régit les vies des "Monsieur Moyen" amorphes joue-t-il encore dans le camp du peuple ? Est-il encore temps de réagir ? Peut-on encore s’émanciper de cet Etat mastodonte qui perfuse ses propres victimes ? Avec "Eloge de la Force", son 8ème opus, Laurent Obertone revient dans un livre choc, qui dérange, qui bouleverse, qui secoue. Et c’est son objectif. Il est encore temps de redevenir des humains debout ! "

    Lien permanent Catégories : Entretiens, Multimédia 0 commentaire Pin it!
  • Bas les masques ?...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Paul-Eric Blanrue, cueilli sur son site Le Clan des Vénitiens et consacré à la question du port du masque. Essayiste, historien de formation et ancien professeur, tenant d'un scepticisme rigoureux, Paul-Eric Blanrue a publié plusieurs ouvrages, dont certains ont suscité la polémique, comme Le monde contre soi (Blanche, 2007), Sarkozy, Israël et les juifs (Oser dire, 2009), le Livre noir des manipulations historiques (Fiat Lux, 2017) ou Sécession - L'art de désobéir (Fiat Lux, 2018).

     

    Masque_Marché.jpeg

    Bas les masques !
     
    Ah, ces benêts qui juraient leurs grands dieux qu'une fois l'épidémie finie tout redeviendrait comme avant, "à la normale" ! Les voici dans les choux, dépassés, démentis par les faits. Ils sont d'autant moins excusables qu'il n'y a pas de secret : une fois qu'un État a mis la population au pas, il n'a nulle intention de lâcher la bride. Grâce à la Sainte Trouille l'esclavage est de plus en plus volontaire : ça aide. On incendie sur les réseaux ceux qui veulent sortir du rang. On les dénonce à la vindicte populaire comme au bon vieux temps du confinement. Le pli est pris. Pourquoi l'État se gênerait-il ? Qui va s'opposer à ses directives sanctifiées par l'Église de la Trouille et une partie du populo abusé ? Il ne faut point admettre que l'épidémie est derrière nous : songez à la deuxième vague, malheureux ! Angoissez-vous pour la troisième, méditez sur la quatrième, tremblez pour la quinzième !
    Masques obligatoires en lieux clos ? Oh, pas pour vous, bonnes gens, non, du tout, mais pour "les autres", bien sûr ! Les autres, les autres ! Point d'égoïsme : de l'altruisme pur sucre. 
    Ah oui ?
    Axel Kahn et autres professionnels de l'éthique d'État sont de dangereux farceurs. Protégez les autres, mes frères ! Tant que l'un de vos comportements sera jugé à risque par Kahn et les moralistes institués, abstenez-vous ! Telle est la thèse. Ils savent mieux que vous ce qui est bon pour vous. L'Éthique, c'est leur truc. Leur dada. Ils maîtrisent la chose (on ne sait pas comment mais c'est ainsi, ils ont la légitimité infuse), pas comme vous, bétail humain que vous êtes. Comme tout comportement, marcher, rouler, jouer, marcher, baiser et même parler, est potentiellement nuisible à autrui, ne faites plus rien ! Mettez tous des masques sous peine d'amendes. Et taisez-vous.
    Si vous voulez rire, demandez tout de même un peu à vos décideurs en vertu de quelle étude randomisée, l'État a pris cette décision. La norme obligée pour HCQ ne l'est soudainement plus pour les masques. Les masques sont tellement nécessaires à la santé publique que l'État a attendu la fin de l'épidémie pour les rendre obligatoires. Mystère la foi étatique.
    Le chantage affectif au nom de l'altruisme est vieux comme le clergé. Pour être qualifié de moral un acte ne peut être que volontaire. L'éthique coercitive d'État n'est d'aucune valeur en la circonstance. Exiger le sacrifice de votre liberté est l'ordre d'un maître pour son esclave. Rien de vertueux là-dedans, c'est un déploiement de force pure qui s'abat sur l'homme. Le communisme a fait 100 millions de morts au nom de la défense du prolétariat, les malheureux, les damnés, le sel de la terre. L'écologisme veut écraser vos vies au nom de la défense des vers de terre, des pistes cyclables, des éoliennes et d'un réchauffement dont il est interdit de douter. C'est le même impératif clérical, interdisant d'entretenir une pensée propre et d'exercer nos droits naturels fondamentaux, qui n'ont rien de théorèmes bassement égoïstes puisqu'ils sont au fondement de toute civilisation.
    Que celui qui veut porter un masque en porte un. C'est son choix. Il est impératif qu'ils soient disponibles. L'État, tout de suite, sans constituer de stock, aurait dû ouvrir le marché pour que la population puisse s'en procurer (les pharmaciens ont leurs réseaux). Il importe toutefois de se rappeler que ne pas porter de masque ne nuit en rien à la liberté de ceux qui veulent en porter un s'ils le désirent.
    On aura remarqué au cours de cette épidémie, et aujourd'hui encore, qu'aucun parti politique n'a réclamé plus de liberté pour le peuple. Tous ont demandé davantage de coercition. La liberté est le danger majeur pour ces brigands qui vivent de l'aliénation générale pour pérenniser leurs méfaits.
    Au lieu de faire tremper les gens dans un bain de terreur et les contraindre de sortir avec des masques comme si la peste noire régnait sur le monde au risque de décimer la moitié de la population, offrez-leur donc la liberté thérapeutique afin qu'ils se soignent avec les traitements qu'ils jugent efficaces !
    Quand l'État supprime votre liberté et vous confine, c'est vous qui êtes prisonnier. Pas lui. Quand l'État vous interdit de vous soigner avec un traitement efficace c'est vous qui mourrez. Pas lui. Quand l'État vous contraint de vous conduire en esclave, c'est lui le maître. Et si vous ne laissiez pas l'État contrôler vos vies ? On peut y songer, non ?
     
    Paul-Éric Blanrue (Le Clan des Vénitiens, 18 juillet 2020)
    Lien permanent Catégories : Points de vue 0 commentaire Pin it!
  • Des LBD au confinement strict: la France à l’heure de l’Etat total...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue d'Eric Werner cueilli sur Antipresse et consacré au basculement progressif de la France dans le despotsme. Penseur important et trop peu connu, Eric Werner est l'auteur de plusieurs essais marquants comme L'avant-guerre civile (L'Age d'Homme, 1998 puis Xénia, 2015), De l'extermination (Xénia, 2013), ou Un air de guerre (Xénia, 2017), et de recueils de courtes chroniques comme Ne vous approchez pas des fenêtres (Xénia, 2008) et Le début de la fin et autres causeries crépusculaires (Xénia, 2012). Il vient de publier dernièrement Légitimité de l'autodéfense (Xénia, 2019).

     

    Confinement_Contrôle.jpg

    Des LBD au confinement strict: la France à l’heure de l’Etat total

    Il faut, comme Tocqueville, s’écarter un peu de la France pour voir à quel point la réalité de ce pays contredit les principes dont il se réclame. Par-delà les questions de personnes et de partis, n’est-il pas temps de faire table rase de son culte inconsidéré de l’État? À moins de se laisser délibérément tomber dans la tyrannie absolue ou la guerre civile.

    Nous avions évoqué il y a quelques semaines le chef-d’œuvre de Tocqueville, son grand livre sur la Démocratie en Amérique. Revenons-y une nouvelle fois, car on ne se lasse pas de le faire.

    Tocqueville est bien sûr intéressant par ce qu’il nous dit de l’Amérique. L’Amérique est le sujet du livre. Mais le lecteur comprend vite en parcourant l’ouvrage qu’il n’y est pas seulement question de l’Amérique, mais de la France. C’est peut-être même elle, surtout, le sujet. Tocqueville feint de nous parler de la démocratie en Amérique, mais au travers même de ce qu’il en dit, il nous parle de la France et de la démocratie en France. Tocqueville emprunte ce détour pour aborder des problèmes qu’il estime ne pouvoir aborder que de cette manière: non pas donc directement, mais indirectement. On est ici dans le non-dit. Mais ce non-dit se lit bien entre les lignes.

    C’est en quoi Tocqueville est un très grand penseur. Ce qu’il dit de l’Amérique est certes important. Mais ce qu’il dit de la France est presque plus important encore. Pas seulement parce qu’il le dit indirectement («obliquement», dirait Montaigne. Les choses importantes se disent toujours obliquement: sans les dire tout en les disant), mais parce qu’il est plus ou moins le seul à l’avoir dit. Que dit-il en effet? Que la France, tout comme le reste de l’Europe, va très vite, si ce n’est pas déjà fait, basculer dans la démocratie (la démocratie telle que lui, Tocqueville, la définit: non pas comme un certain régime politique, la démocratie par opposition à la monarchie, mais comme un certain type de société, celle articulée à l’idée d’égalité), mais qu’il n’est pas sûr pour autant qu’elle ne bascule pas en même temps dans le despotisme. Tant il est vrai qu’on peut très bien imaginer l’égalité sans la liberté. On l’imagine même mieux sans qu’avec.

    Égalité se passe fort bien de Liberté

    L’Amérique, elle, a très bien su concilier l’égalité et la liberté. Tocqueville est relativement optimiste sur l’Amérique. Mais il n’est pas sûr que la France, elle, réussisse à le faire. On est même porté à penser le contraire. Tocqueville nous en donne les raisons: une tradition de l’État fort remontant à l’Ancien Régime et que la Révolution française, les guerres aidant, n’a fait que renforcer encore, la centralisation qui lui est associée, la peur de l’anarchie et l’aspiration (en découlant) à l’ordre quel qu’il soit, la disparition des corps intermédiaires, l’habitude, enfin, bien ancrée en France consistant à tout attendre de l’État, alors qu’aux États-Unis les citoyens se débrouillent très bien entre eux pour résoudre les problèmes (en créant par exemple des associations).

    Voilà en gros ce que nous dit Tocqueville dans la Démocratie en Amérique. L’Amérique nous offre l’exemple d’une société égalitaire, mais tempérée par un ensemble d’habitudes et d’institutions faisant barrage au despotisme, alors qu’en France de telles habitudes et institutions n’existent pour ainsi dire pas, avec pour conséquence, effectivement, le risque de basculement dans le despotisme. C’est en comparant la société française à la société américaine que Tocqueville parvient à cette conclusion. Insistons sur l’originalité de sa démarche. Tocqueville a compris que pour parler intelligemment de la France, il lui fallait prendre un certain recul, en parler donc non pas de l’intérieur, mais de l’extérieur. C’est ce point de vue décentré qui le hisse au niveau des très grands penseurs politiques (en France, sans doute même, le plus grand). Encore une fois, s’il l’est, ce n’est pas à cause de ce qu’il dit de l’Amérique, mais de la France. Il parle de la France comme personne d’autre, après lui, ne le fera plus. En ce sens, il est resté sans héritier.

    Pourquoi est-ce que je dis tout ça? On ne reviendra pas ici sur les violences policières qui ont marqué, en France, l’épisode des Gilets jaunes. Sauf qu’elles ont eu un rôle de révélateur. Elles en ont amené plus d’un à s’interroger sur la réalité, aujourd’hui en France, de l’État de droit, en même temps que sur la nature exacte du régime aujourd’hui en place à Paris. L’État français s’érige volontiers en donneur de leçons quand il s’agit de pays comme la Hongrie et la Pologne, leur reprochant de sortir des rails en un certain nombre de domaines. En Pologne c’est l’indépendance de la justice qui est menacée, en Hongrie celle des médias, etc. C’est l’histoire de la paille et de la poutre. Demandez à François Fillon ou à Jean-Luc Mélenchon ce qu’ils pensent de l’indépendance, en France, de la justice. Ou aux gens en général ce qu’ils pensent de l’indépendance des médias publics ou même privés en France. Ou de la loi Avia.

    Dois-je le préciser, le risque actuel de basculement dans le despotisme ne se limite évidemment pas aujourd’hui à la France. Partout ou presque en Europe (davantage, soit dit en passant, en Europe occidentale que centrale et orientale), on a de bonnes raisons de s’inquiéter pour l’avenir des libertés fondamentales. La liberté d’expression est en particulier très menacée. Partout ou presque, également, on assiste à un renforcement des pouvoirs de la police et des services spéciaux, au prétexte de lutte contre le terrorisme. Sauf qu’en France cela va beaucoup plus loin qu’ailleurs. On vient de faire référence à l’épisode des Gilets jaunes, mais l’épisode actuel, celui du Covid-19, est aussi très éclairant. La France n’a pas été le seul pays d’Europe à instaurer un confinement strict de sa population, mais nulle part ailleurs la répression policière en lien avec la mise en œuvre de cette mesure, en elle-même, il est vrai, déjà très discutable, n’a comporté des traits d’une telle férocité, parfois même d’inhumanité. Certaines vidéos en font foi. L’État français traite aujourd’hui sa propre population comme s’il était en guerre avec elle. Une telle situation est complètement atypique et même unique en Europe.

    Observons au passage que les Français dans leur ensemble n’en ont pas ou que rarement conscience. Il faudrait que quelqu’un prenne un jour la peine de le leur expliquer: leur dire que nulle part ailleurs sur le continent la police ne se permettrait de traiter ainsi les gens. Ce n’est même pas imaginable. Le leur dirait-on qu’ils se montreraient peut-être moins timides dans leurs protestations. Quand on croit que c’est la même chose ailleurs, on a tendance à dédramatiser, quand ce n’est pas à banaliser. Or, justement, ce n’est pas la même chose ailleurs.

    En finir avec le culte de l’État

    Pour expliquer toutes ces dérives et d’autres encore (il semble bien, par exemple, que l’État français ait limité par directive l’accès aux urgences des personnes âgées, ce qu’on interprétera comme on voudra, mais assurément pas comme un acte de particulière philanthropie), certains rappellent que la Cinquième République est née en France d’un coup d’État militaire et que ceci explique peut-être cela. La constitution de 1958 confère au président de très grands pouvoirs. Le poste avait été taillé sur mesure pour le général de Gaulle, qui était un dictateur, mais à la romaine, autrement dit complètement dévoué au bien commun. Après lui, le poste aurait raisonnablement dû être repensé. Tout pouvoir corrompt, le pouvoir absolu corrompt absolument, disait Lord Acton. On insistera dans ce contexte sur le fait que le président actuel et son entourage donnent souvent l’impression d’être dépourvus de tout surmoi et par voie de conséquence aussi particulièrement sujets à succomber à certaines tentations dans ce domaine. On l’a vu lors de l’épisode des Gilets jaunes, mais pas seulement (affaire Benalla).

    Ces explications éclairent une partie de la réalité, mais restent insuffisantes. Il faut remonter plus haut encore dans le temps. Je suis toujours frappé quand je lis les déclarations des hommes politiques en France par le fait que tous, qu’ils soient de droite ou de gauche, participent du même culte inconsidéré de l’État, culte les conduisant, presque unanimement également, à ne rien remettre en question de ce qui en découle: le nucléaire civil, entre autres, mais aussi militaire. C’est ici, peut-être, qu’il pourrait être utile de relire Tocqueville. La démocrature macronienne, biberonnée à l’idéologie managériale et aux nouvelles théories du maintien de l’ordre enseignées dans les séminaires de l’OTAN, n’a qu’un lointain rapport avec la statolâtrie capétienne et son retapage gaullien au XXe siècle. Mais même lointain il n’en imprime pas moins sa marque à la réalité française actuelle. Il serait peut-être temps de remettre les compteurs à zéro.

    Eric Werner (Antipresse n°232, 10 mai 2020)

    Lien permanent Catégories : Points de vue 0 commentaire Pin it!
  • Une période trouble...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Maxime Tandonnet, cueilli sur son blog personnel et consacré à la période troublée que nous traversons. Ancien haut-fonctionnaire, spécialiste des questions d'immigration, et désormais enseignant, Maxime Tandonnet a été conseiller à l'Elysée sous la présidence de Nicolas Sarkozy. Il a donné un témoignage lucide et éclairant de cette expérience dans Au cœur du volcan (Flammarion, 2014).

     

    Troubles.jpg

    Une période trouble

    La période politique que nous traversons est extrêmement trouble, sans précédent à de nombreux égards. En voici dix caractéristiques:

    • La déconnexion, ou perte de contrôle: depuis six mois, chaque samedi donne lieu à une explosion de troubles et de violences. C’est la première fois depuis longtemps que l’Etat ne parvient plus durablement à restaurer l’ordre public. Sa mission fondamentale est d’assurer l’ordre et la tranquillité publique. Jusqu’à présent, des secousses survenaient ponctuellement, puis elles étaient suivies d’un retour au calme. Désormais, la courroie de transmission entre le sommet de l’Etat et la société semble rompue: les commandes ne répondent plus et la réalité échappe à tout contrôle.
    • La folie des grandeurs: dès lors que le monde des réalités échappe aux autorités, il faut compenser l’impuissance par des expressions grandiloquentes (« transformer la France », « bouleverser l’Europe ») ou des annonces tonitruantes censées produire une impression de mouvement, à l’image du projet fantasmatique de supprimer les grands corps de l’Etat qui existent depuis deux-cents ans…
    • L’incapacité à décider: décider, c’est tout autre chose qu’impressionner par des annonces. La décision diffère de l’annonce: elle s’inscrit dans le réel et non la communication. Elle consiste, dans les périodes troubles, à faire des choix, à trancher, à prendre des risques: changer de Gouvernement, organiser de nouvelles élections, un référendum, agir concrètement, sur le réel. Mais noyée par  l’obsession de se préserver, la notion même de décision a disparu.
    • Le déni de réalité: cachez ce chaos que nous ne voulons pas voir. La  société française est entraînée dans un mouvement de désintégration : violences quotidiennes, actes de barbarie qui se répandent, désœuvrement d’une partie de la jeunesse (2 millions sans formation ni emploi), chômage de masse (5 millions de personnes), pauvreté (huit millions), fragmentation du pays par le repli individuel et le communautarisme, hausse continue des flux migratoires, aggravation dramatique de la dette publique et de la pression fiscale. La politique moderne consiste à s’étourdir dans la provocation et la polémique, et noyer ainsi dans le bruit  le drame d’une société en décomposition.
    • L’atomisation de la politique: la politique française est totalement déstructurée. Elle n’a plus une majorité et une opposition, mais une kyrielle de formations au nombre d’une bonne douzaine, dont aucune ne dépasse selon les sondages un niveau d’adhésion populaire supérieur à 10% de l’opinion (24% avec une abstention de 60%). La vie publique se présente comme un champ de ruine: un Gouvernement réduit à néant, un Parlement inféodé, des partis politiques discrédités, des collectivités territoriales affaiblies.
    • La vanité comme principe fondamental: sans doute est-ce là l’aboutissement d’un processus de long terme. Au fond, au-delà de tous les habillages, l’unique point de repère, la boussole de tout engagement, n’est plus rien d’autre que la vanité et le culte du je narcissique. L’intérêt de la nation et de son peuple et tout autre dessein collectif passent au second rang. La sublimation de l’ego, à travers le maintien le plus longtemps possible a pouvoir et la réélection deviennent les ressorts fondamentaux d’une vie publique.
    • Le dérèglement éthique: chacun sait, surtout depuis Machiavel, que morale et politique ne font pas toujours bon ménage. Mais la politique actuelle se caractérise par l’anéantissement de toute forme d’éthique et au-delà, du sens de la dignité: les trahisons, meurtres du « père », les retournements de veste, les mensonges et volte-face, les manipulations de l’opinion publique, les coups de communication, les contradictions invraisemblables, la propagande effrénée sur les écrans de télévision, deviennent, jusqu’à l’absurde, les ressorts banalisés de la vie publique. D’où cette impression étrange de la disparition de toute limite à la perfidie. Rien ne semble pouvoir les arrêter. Et comment ne pas se demander: jusqu’où iraient-ils?
    • L’abêtissement des élites dirigeantes: c’est à tort que l’on confond trop souvent intelligence et malignité. L’intelligence authentique suppose une juste vision de soi, des autres et de l’avenir. Les dirigeants politiques, aveuglés par la vanité, sont incapables de cette prise de distance, privés de la capacité à regarder le monde et l’histoire autrement que sous le prisme de la vanité. Ils courent à leur perte et ne le savent pas. Ils sont malins bien sûr, ou plutôt désinhibés, capables de tous les mauvais coups pour s’imposer la place des autres mais le vice ne se confond pas avec l’intelligence, l’aptitude à comprendre les choses. Tel est le fruit amer de plusieurs décennies de déclin  du niveau intellectuel de la France dite d’en-haut.
    • La défiance généralisée: l’immense majorité de la population vit dans l’indifférence et la défiance. Elle ne voit pas dans la politique la perspective d’une amélioration de la vie quotidienne ni même de la préparation d’un destin collectif. Elle se détourne du spectacle politico-médiatique.  Les dirigeants nationaux  ne croient pas au bon sens populaire, persuadé que le peuple est indéfiniment malléable et manipulable. Telle est leur erreur fondamentale. Les gens dans leur ensemble sentent quand on se moque d’eux et réagissent généralement au mépris par le repli et l’indifférence – quand ce n’est la révolte.
    • L’avenir décomposé: jamais dans l’histoire de la vie politique française l’avenir n’avait été aussi incertain, insaisissable. 2022: la réélection de l’occupant de l’Elysée avec sa majorité LREM paraît improbable, tant le discrédit pèse sur le pouvoir et ne peut que s’aggraver en 3 ans; l’avènement d’un pouvoir lepéniste, cumulant l’Elysée et une majorité à l’Assemblée est difficilement concevable, tant ce parti fait l’objet d’un rejet viscéral des trois-quarts du pays; une reprise de pouvoir par les Républicains (LR), suppose une remontée spectaculaire dans l’opinion qui est loin d’être acquise; un basculement à l’extrême gauche est encore plus hypothétique. Que sortira-t-il de ce chaos? Une poursuite indéfinie de l’effritement pour de longues décennies encore avec une situation totalement erratique à la sortie des urnes (2022)? Une effroyable tragédie, un choc profond qui rebattra les cartes et donnera à la France la chance d’un nouveau départ? Franchement, je n’en sais rien du tout.

    Maxime Tandonnet (Blog personnel de Maxime Tandonnet, 28 avril 2019)

    Lien permanent Catégories : Points de vue 0 commentaire Pin it!
  • Les loups et l'agneau-citoyen...

    Les éditions Astrée viennent de publier un essai de Bernard Wicht intitulé Les loups et l'agneau-citoyen - Gangs militarisés, État policier et citoyens désarmésUniversitaire, historien des idées et spécialiste en stratégie, Bernard Wicht a récemment publié Une nouvelle Guerre de Trente Ans (Le Polémarque 2011), Europe Mad Max demain ? (Favre, 2013), L'avenir du citoyen-soldat (Le Polémarque, 2015) et Citoyen-soldat 2.0 (Astrée, 2017).

     

    Wicht_Les loups et l'agneau-citoyen.jpg

    " La vraie menace, le vrai danger ne provient pas tant du terrorisme (qui n’est qu’un symptôme) que de l’affaiblissement, voire de l ’effondrement de la démocratie. Le citoyen risque alors de se retrouver « coincé » entre, d’un côté, un appareil étatique de plus en plus autoritaire et répressif et, de l’autre, une dissidence mafieuse de plus en plus violente. Il est ainsi pris en tenaille entre un État qui l’écrase d’impôts et le désarme et des marges violentes qui veulent l’asservir. Pour lui, pour sa liberté et pour la démocratie, la seule issue lui permettent d’échapper aux mâchoires de ce piège, consiste à pouvoir en contester les composants. Sinon, la survie d’un citoyen désarmé et sans pouvoir devient très aléatoire. Et, dans ces conditions, il ne trouverait sans doute son salut qu’en s’alliant avec les marges dissidentes, avec les gangs, puisque l’État ne le veut que « payeur-désarmé ». "

    Lien permanent Catégories : Livres 0 commentaire Pin it!