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trump - Page 7

  • Face à Donald Trump, raison garder...

    Nous reproduisons ci-dessous une excellente mise au point de Michel Geoffroy, cueillie sur Polémia et consacrée à la fascination exercée par Trump sur une partie de la droite française...

    Ancien haut-fonctionnaire, Michel Geoffroy a publié le Dictionnaire de Novlangue (Via Romana, 2015), en collaboration avec Jean-Yves Le Gallou, ainsi que plusieurs essais, dont La Superclasse mondiale contre les Peuples (Via Romana, 2018), La nouvelle guerre des mondes (Via Romana, 2020), Immigration de masse - L'assimilation impossible (La Nouvelle Librairie, 2021), Le crépuscule des Lumières (Via Romana, 2021), Bienvenue dans le meilleur des mondes (La Nouvelle Librairie, 2023) et, dernièrement Occident go home ! - Plaidoyer pour une Europe libre (Via Romana, 2024).

     

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    Face à Donald Trump, raison garder

    À lire certains commentaires, on a l’impression qu’en 2024 la droite en France – la plus bête du monde, disait déjà le socialiste Guy Mollet en 1957 – a trouvé son leader, sinon son messie : il s’appelle… Donald Trump. Et Elon Musk est son prophète. Malheureusement, cette droite ne semble pas s’être aperçue que son héros n’était ni français ni européen mais américain : un malentendu de taille !

    Ne pas s’illusionner

    Certes on peut saluer l’allant, la superbe et le courage personnel du futur président américain, qui tranchent avec la triste médiocrité de nos homoncules politiciens.
    Comme on peut approuver son rejet du politiquement correct, de la classe médiatique, des juges politisés ou du wokisme, fléaux qui nous touchent également.
    Et que la gauche l’exècre au moins autant que Poutine ne peut que nous le rendre sympathique.

    Mais ce n’est pas une raison pour prendre les vessies trumpistes pour des lanternes européennes ni, a fortiori, françaises.

    Un inquiétant refus du monde qui vient

    D’abord, le mot d’ordre du trumpisme, c’est MAGA : Make America Great Again ; et non pas make Europe great again ni make France great again. Nuance.

    En outre, vouloir rendre aux États-Unis leur (sur)puissance d’antan ne constitue nullement un objectif anodin à l’âge multipolaire : c’est en réalité une déclaration de guerre implicite contre les États-civilisationnels émergents qui rejettent justement le principe d’une direction américaine du monde. Ce mot d’ordre traduit donc un inquiétant refus du monde qui vient.

    D’ailleurs, Donald Trump promet déjà une avalanche de droits de douane contre la Chine et contre tous ceux qui refuseraient l’hégémonie du dollar dans le commerce mondial. Sans même évoquer ses récents propos sur la nécessité d’annexer le Groenland et Panama ou sur le rattachement du Canada aux États-Unis ! Comme si le suzerain voulait rassembler ses vassaux en vue de la lutte finale.
    Voilà une perspective peu rassurante pour nous.

    Achetez… américain

    De même, s’agissant de l’OTAN, Trump semble n’avoir rien appris, ni rien oublié : il ne remet nullement en cause l’alliance comme instrument politique de la domination américaine sur l’Europe ; il veut seulement que les Européens payent plus, fassent ce que le Pentagone veut, et qu’ils achètent encore plus de matériel américain.

    Mme Lagarde, la très atlantiste directrice générale de la BCE, ne nous dit pas autre chose : il faudrait que les Européens achètent plus de produits américains pour se prémunir d’une guerre commerciale avec l’Amérique [1] ! Il est vrai que Donald Trump assimile l’UE – pourtant totalement libre-échangiste – à une « mini-Chine » qui concurrencerait, évidemment indûment, les États-Unis…

    Voilà qui augure mal de la future diplomatie à notre égard du messie Trump.

    Ukraine : stop ou encore ?

    À droite on compte aussi beaucoup sur le fait que Trump ait promis d’arrêter « tout de suite » la guerre en Ukraine : un discours qui nous change agréablement, certes, de celui des démocrates.
    Mais, justement, on semble oublier chez nous que les promesses électorales n’engagent jamais que ceux qui les écoutent, et cela des deux côtés de l’Atlantique. Roosevelt ne s’était-il pas fait élire sur un programme isolationniste, pour ensuite engager les États-Unis dans la Seconde Guerre mondiale ?

    En réalité personne ne sait ce qu’envisage vraiment le futur président américain pour mettre fin au conflit russo-ukrainien qui, faut-il le rappeler, profite quand même avant tout aux États-Unis et notamment à son complexe militaro-industriel et à son industrie gazière.

    Et, si l’on prend la peine d’écouter ce que disent vraiment les responsables ukrainiens et russes, on peut sérieusement douter désormais d’une issue rapide au conflit : parce que l’Ukraine ne veut négocier qu’en position de force – ce qui se comprend –, et parce que la Russie n’entend pas revenir sur ses buts de guerre initiaux : neutralisation, dénazification et restructuration de l’Ukraine.

    Bref, pour les miracles, il faudra certainement attendre un peu.

    Un bon prétexte pour la gauche

    Certains à droite comptent aussi beaucoup sur le fait que Trump se soit prononcé contre le wokisme. Alors que la plupart de nos folies idéologiques nous viennent d’outre-Atlantique, on ne peut que se féliciter en effet de ces nobles intentions.
    Cependant, on ne peut ignorer aussi que la gauche européenne tire justement argument de ce qui peut se passer outre-Atlantique pour radicaliser les réformes sociétales chez nous, comme on l’a vu en France avec la constitutionnalisation de l’IVG, par exemple, censée protéger ce « droit » de toute remise en cause future.
    Alors, ne nous réjouissons pas trop vite.

    Trump reste un Américain

    Si d’aventure Donald Trump met en œuvre dans le cadre de son court mandat ce qu’il a promis, il peut remédier en partie au déclin nord-américain. Mais il n’est pas du tout certain que cela nous soit profitable.

    En effet, l’Europe n’existe pas dans la rhétorique trumpienne, sinon comme un marché captif. Et il ne voit la France que comme un parc d’attractions.

    Car Trump reste un Américain qui regarde donc le monde au travers de ses lunettes déformantes : progressistes, capitalistes et puritaines.
    L’affaiblissement du suzerain nord-américain constituait une occasion pour nous de retrouver notre liberté d’action et notre identité de civilisation. Mais, si nous n’y prenons garde, une Amérique MAGA risque de nous éloigner, pour un temps, de cette perspective.

    Michel Geoffroy (Polémia, 3 janvier 2025)

     

    Note :

    [1] « Le Journal de l’Économie » du 29 novembre 2024.

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  • Feu sur la désinformation... (493) : Macron lâché par les médias !

    Vous pouvez découvrir ci-dessous un nouveau numéro de l'émission I-Média sur TV libertés consacrée au décryptage des médias et animée par Jean-Yves Le Gallou et Floriane Jeannin.

     

                                                

    Au sommaire cette semaine :

    Dossier du jour : Deux France ont manifesté à Romans-sur-Isère...

    L'image de la semaine : En plein “inconnu”, une certitude : Macron jusqu’à la dernière seconde !...

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    Pastilles de l’info:

    Le nouveau président woke de l’ARCOM
    Delphine Ernotte, complice avec Macron au concours des “Talents des Cités”
    Leçon de journalisme et de propagande sur France 5
    Si même les acteurs le disent…
    Édition, un monde de censure : Bolloré - Hachette - La croix Bayard 
    Notre-Dame, Trump et les Fake News
    Biden gracie son fils
    TMC vs C8 avec Noemie Merlant / Hanouna

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    Portrait piquant (en partenariat avec l’OJIM) : Yann Barthès...

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  • La victoire de Donald Trump va-t-elle contraindre les Européens à renforcer leur union ?...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Patricia Lalonde, cueilli sur Geopragma et consacré à la position diplomatique difficile des Européens vis-à-vis de la guerre en Ukraine avec le prochain retour au pouvoir de Donald Trump. Patricia Lalonde est vice-présidente de Geopragma.

     

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    Guerre en Ukraine : la victoire de Donald Trump va-t-elle contraindre les Européens à renforcer leur union ?

    Alors que les pays des BRICS et ceux qui y postulent, viennent d’afficher leur unité pour faire face à l’unilatéralisme des Etats-Unis et de l’Europe, lors du sommet de Kazan, l’incontestable et large victoire de Donald Trump peut-elle à nouveau redessiner le paysage géopolitique mondial ?

    La plupart des pays présents à Kazan se sont réjouis publiquement des résultats de l’élection américaine ; seule la Chine a montré un certain scepticisme.

    Donald Trump a promis de mettre fin aux guerres sans fin des Américains, à commencer par l’Ukraine et le Moyen Orient.

    L’Europe, qui a adoubé les Etats-Unis en s’impliquant fortement dans cette guerre, ne risque-t-elle pas d’être la seule et principale victime de ce changement de situation ?

    C’est en tout cas ce qu’ont laissé présager les déclarations des élites européennes, en continuant à refuser tout plan de paix avec la Russie qui laisserait à celle-ci les territoires acquis, c’est-à-dire ceux qui avaient déjà fait l’objet de négociations à Istanbul en mars 2022, négociations qui furent refusées par Boris Johnson, sur ordre des Américains.

    Plus de 800.000 morts et le double de blessés plus tard, l’Europe souhaite-t-elle continuer la guerre ? Mais cette fois ci, seule, puisque l’allié américain, sous Donald Trump, pourrait cesser toute aide militaire ou financière à l’Ukraine.

    Comme l’a avoué lui-même Thierry Breton, le mot « PAIX » est devenu un gros mot dans les couloirs de Bruxelles et une véritable défaite de Poutine, l’unique solution.

    Mark Rutte, le tout nouveau Secrétaire général de l’OTAN, s’est officiellement prononcé pour la poursuite de la guerre « nous devons renouveler notre engagement et poursuivre la guerre et nous devons faire plus que simplement maintenir l’Ukraine dans le combat … »  Boris Johnson prédit même que Londres pourrait envoyer des troupes si Kiev tombait…

    Et « last but not least » Joe Biden a offert un cadeau de départ aux Ukrainiens : l’autorisation d’utiliser les missiles à longue distance sur le territoire russe, ignorant au passage le nouvel ajustement russe de leur doctrine nucléaire…

    Les « va-t-en-guerre » déstabilisés par l’élection de Donald Trump, vont-ils prendre le risque de mettre l’Europe en première ligne ?

    Les pays européens sont divisés : la Hongrie de Victor Orban ou encore l’Italie de Meloni ont déjà condamné cette décision… Ils ont le contact direct avec Donald Trump et désirent entamer des négociations de paix ; Olaf Sholtz, il vient de donner un coup de pieds dans la fourmilière après avoir rendu publique sa conversation avec Vladimir Poutine et avoir osé parler de plan de paix.

    Emmanuel Macron tout comme le Premier ministre anglais, Keir Starmer, persiste dans le déni de réalité ; il n’accepte pas la défaite de l’Ukraine et multiplie les déclarations va-t-en-guerre, allant même jusqu’à soutenir son prédécesseur qui envisageait l’envoi de troupes !

    Mais la donne vient de changer depuis la décision de Joe Biden d’autoriser le lancement de missiles ATACMS américains sur le territoire russe, ce qui fut immédiatement suivi d’effet.

    La réponse russe ne s’est pas fait attendre :  l’ envoi d’un missile balistique hypersonique russe à portée intermédiaire sur le territoire ukrainien, sans charge nucléaire, suivi de la menace de frapper les pays de l’OTAN qui auraient permis à l’Ukraine d’utiliser leurs missiles à longue portée dans le territoire russe, semblent  faire prendre conscience aux Européens comme aux Américains de la dangerosité de la situation, pendant les deux mois qui nous séparent de la prise de pouvoir de Donald Trump.

    Selon le Washington Post, une rencontre entre le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte et Donald Trump à Mar-a-Lago  devrait être programmée et selon la publication néerlandaise De Telegraaf, elle aurait même déjà eu lieu, pour discuter de la stratégie de négociations de paix avec l’Ukraine, signe que Trump prendra en mains les négociations avec l’Ukraine avant l’échéance du 20 Janvier ; il vient d’ailleurs de nommer  Richard Grenell, qui s’est toujours opposé à l’entrée de l’Ukraine dans l’Otan, pour mener ces négociations.

    La fin de la guerre en Ukraine souhaitée par Donald Trump va-t-elle contraindre les Européens à plus d’unité et ainsi éviter l’isolement que des négociations directes entre Poutine et Trump pourraient malheureusement imposer ?

    Patricia Lalonde (Geopragma, 25 novembre 2024)

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  • Feu sur la désinformation... (491) : Chamboule-tout dans les médias

    Vous pouvez découvrir ci-dessous un nouveau numéro de l'émission I-Média sur TV libertés consacrée au décryptage des médias et animée par Jean-Yves Le Gallou et Floriane Jeannin.

     

                                               

    Au sommaire cette semaine :

    Dossier du jour : La redistribution des cartes dans la presse écrite, dans les radios et sur les réseaux sociaux. Un bouleversement médiatiques qui a lieu en France et en Europe à l’instar des Etats-Unis....

    L'image de la semaine : Le gouvernement de Trump ou plus précisément la présentation politico-médiatiques de ses membres...

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    Pastilles de l’info :

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    Portrait piquant (en partenariat avec l’OJIM) : Pierre Brochand, l'influent ex-directeur de la DGSE...

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  • L’onde de choc américaine peut-elle réveiller l'Europe ?...

    Vous pouvez découvrir ci-dessous la chronique de David Engels sur Ligne droite, la matinale de Radio Courtoisie, datée du 8 novembre 2024 et consacrée à l'onde de choc du triomphe de Trump et à ses conséquences potentielles pour l'Europe.

     

                                               

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  • Alain de Benoist : « La victoire de Trump, c’est avant tout la victoire du peuple sur l’Establishment »

    Nous reproduisons ci-dessous un entretien donné par Alain de Benoist à Breizh-Info et consacré aux élections américaines.

    Philosophe et essayiste, directeur des revues Nouvelle École et Krisis, Alain de Benoist a récemment publié Le moment populiste (Pierre-Guillaume de Roux, 2017), Contre le libéralisme (Rocher, 2019),  La chape de plomb (La Nouvelle Librairie, 2020),  La place de l'homme dans la nature (La Nouvelle Librairie, 2020), La puissance et la foi - Essais de théologie politique (La Nouvelle Librairie, 2021), L'homme qui n'avait pas de père - Le dossier Jésus (Krisis, 2021), L'exil intérieur (La Nouvelle Librairie, 2022), Nous et les autres - L'identité sans fantasme (Rocher, 2023) et, dernièrement, Martin Buber, théoricien de la réciprocité (Via Romana, 2023).

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    Alain de Benoist : « Donald Trump était le candidat des classes populaires, c’est la raison pour laquelle il l’a emporté »

    Breizh-info.com : Quelle analyse, à chaud, faites-vous de la victoire, large, de Donald Trump ?

    Alain de Benoist : Le général de Gaulle, à qui l’on vantait les mérites du système politique américain, avait répondu : « En France, la Cour suprême, c’est le peuple ». Donald Trump était le candidat des classes populaires, c’est la raison pour laquelle il l’a emporté. Une victoire d’autant plus significative qu’au-delà du vote des grands électeurs (qui n’a rien de vraiment démocratique), il a recueilli la majorité du vote populaire, avec une avance substantielle sur sa pitoyable rivale, ce qu’il n’était pas parvenu à faire en 2016 ni en 2020 (et ce qu’aucun candidat républicain n’avait pu faire depuis 2004). Pour le dire autrement, la victoire de Trump, c’est avant tout la victoire du peuple sur l’Establishment. Chez nous, on parlerait de la « France périphérique ». De l’autre côté de l’Atlantique, c’est plutôt la victoire de l’Amérique continentale sur l’Amérique maritime.

    Enfin, et on l’a moins souligné, c’est aussi la victoire de la référence concrète contre l’abstraction. Trump parlait de l’Amérique, c’est-à-dire d’une réalité bien précise, tandis que son adversaire parlait de grandes notions universelles, la « démocratie », la lutte pour « liberté », la « civilisation », qui, comme tous les termes qui ne renvoient pas à un contenu particulier, singulier, ne sont que des mantras vides de sens.

    Breizh-info.com : Selon vous, comment la présidence Trump affectera-t-elle les relations entre les États-Unis et l’Europe, notamment sur des dossiers cruciaux comme l’Ukraine et la défense européenne, mais aussi sur la question du protectionnisme ? Certains estiment que Trump pourrait encourager une forme d’indépendance stratégique en Europe. Pensez-vous qu’un second mandat pourrait précipiter une volonté accrue d’autonomie en matière de défense et de politique étrangère en Europe ?

    Alain de Benoist : Les relations avec l’Europe vont changer. Donald Trump est notoirement indifférent au lien transatlantique. Il trouve que l’OTAN coûte cher aux Américains et ne leur rapporte pas grand-chose. Est-ce de nature à secouer un peu des Européens qui n’ont jusqu’ici eu que trop tendance à s’imaginer qu’« en cas de problème, on pourra compter sur nos alliés américains » ? Dans quelques cas, on pourra y compter, dans d’autres sûrement pas. Trump veut rompre avec le « missionnaire démocratique » pour refonder l’Amérique sur la logique classique des grandes puissances. Et il veut en finir avec les conflits qui ne débouchent sur rien. Concernant l’Ukraine, les initiatives qu’il prendra risquent fort de déplaire à Zelensky, non que Trump sympathise avec Poutine, mais parce qu’il veut en finir avec une guerre qui n’a pas atteint ses objectifs, et que l’Ukraine a déjà perdu. Mais ceux qui s’attendent à ce qu’il développe une politique permettant à la Russie d’être à nouveau considérée pour « fréquentable » en seront pour leurs frais. De même, au Proche-Orient, il est peu probable qu’il accepte de s’engager dans la confrontation armée avec l’Iran dont rêve Netanyahou. La Russie va rester un ennemi pour les Américains, mais le grand rival est la Chine, et c’est visiblement sur elle que Trump veut concentrer ses efforts.

    Le protectionnisme est une autre question. Trump n’a jamais dissimulé son intention de réviser à la hausse les tarifs douaniers sur les produits exportés vers les Etats-Unis. Les Chinois redoutent que leurs marchandises soient taxées à 60 %, alors qu’elles ne le sont aujourd’hui qu’à 20 %. Les Européens sont également visés. Trump ne leur fera pas de cadeaux. D’une façon générale, le nouveau président entretiendra sans doute de bonnes relations avec quelques pays européens, mais il ne s’adressera pas aux Européens dans leur ensemble. Il s’en tiendra à des relations bilatérales lui permettant de mieux défendre ses intérêts.

    Quant à savoir si, dans ce contexte nouveau, les Européens manifesteront une « volonté accrue d’autonomie en matière de défense et de politique étrangère », on peut toujours rêver. Dans le meilleur des cas, ils ne s’engageront dans cette voie qu’à reculons. L’Union européenne est aujourd’hui en phase terminale. Le plus grand reproche qu’on puisse lui faire, pour reprendre la distinction que j’ai faite plus haut, est d’avoir vidé le mot « Europe » de tout contenu substantiel (l’identité, la puissance, les frontières, les principes) pour en faire un synonyme de « valeurs universelles » qui, rapportées aux situations concrètes, ne signifient absolument rien.

    Breizh-info.com : Trump est souvent perçu comme un symbole de résistance face à la mondialisation mais aussi face au wokisme. Pensez-vous que sa réélection pourrait galvaniser les mouvements nationalistes en Europe et renforcer des figures politiques de la droite populiste ?

    Alain de Benoist : J’en doute beaucoup. Je comprends très bien la sympathie que peut susciter dans les milieux « nationalistes » telle ou telle prise de position de Trump. Le soutien que lui manifestent Giorgia Meloni et Viktor Orbán est tout aussi compréhensible. Mais cela signifie-t-il que Trump doit être pris comme exemple ? Je ne le crois pas un instant tant la vie politique est différente en Amérique et de ce côté-ci de l’Atlantique. De même que les Noirs africains ne sont pas des Européens à la peau plus foncée, les Américains ne sont pas des Européens qui parlent anglais. Les raisons profondes du succès de Donald Trump renvoient à des réalités très étrangères à l’Europe. Le rôle joué par un Elon Musk, la place des chrétiens évangéliques (et des sionistes chrétiens), qui idolâtrent la Bible et la Constitution, la tonalité brutale des interventions trumpiennes, tout cela n’a pas d’équivalent en Europe. Les esprits paresseux réagissent affectivement à des mots-clés, immigration, wokisme, etc., mais ne voient qu’un aspect des choses. Toute tentative de faire « comme Trump » en Europe est à mon avis vouée à l’échec. Les Européens devraient plutôt s’inquiéter de ce que signifie pour nous le fait que l’Amérique veuille retrouver sa « grandeur ». Si elle la retrouve, c’est alors qu’ils seront vraiment menacés.

    Breizh-info.com : Comment voyez-vous évoluer la dynamique entre les États-Unis, la Chine, et la Russie ? L’Europe pourrait-elle se retrouver davantage isolée ou, au contraire, rechercher une nouvelle forme de partenariat stratégique ?

    Alain de Benoist : Les Etats-Unis vont continuer à voir dans la Russie et surtout dans la Chine ce qui menace le plus leur hégémonie, déjà bien vacillante. Dans l’immédiat, faute d’avoir mis la Russie « à genoux », ils vont se désengager du théâtre européen, qui n’a plus grande importance à leurs yeux. Ils vont seulement continuer à tout faire pour que l’Europe ne devienne pas une puissance, c’est-à-dire une rivale. L’Europe va se retrouver face à ses responsabilités, qu’elle n’est visiblement pas capable d’assumer. Le risque principal pour elle n’est pas de « se retrouver isolée », mais de continuer à compter pour rien. Il en ira de même tant que ne sera pas intervenue la nécessaire rupture systémique dont nous avons besoin.

    Breizh-info.com : Trump ayant des positions très fermes sur l’immigration, pensez-vous qu’une telle approche pourrait inspirer des politiques migratoires plus restrictives en Europe ?

    Alain de Benoist : Eventuellement oui, mais encore une fois ne transposons pas ce qui ne peut pas l’être. Parler de l’immigration en soi, c’est utiliser un mot-valise qui en lui-même ne veut rien dire. Les problèmes liés à l’immigration aux Etats-Unis et en Europe sont de nature très différente. Les immigrés latinos, qui cherchent par tous les moyens à franchir le Rio Grande, sont des catholiques, pas des musulmans. Ils ont en général de l’admiration pour le pays où ils veulent s’installer, et cherchent à s’y intégrer. Ce sont déjà des différences importantes (c’est ce qui explique que Trump ait recueilli les suffrages de 12 % des Noirs et de 45 % des Latinos). La question des frontières se pose elle aussi différemment, pour des raisons à la fois historiques et géographiques. Enfin, on ne saurait oublier qu’en dernière analyse, c’est la mobilité générale engendrée par l’expansion du système capitaliste qui est la cause la plus fondamentale des pathologies sociales nées de l’immigration que nous connaissons.

    Breizh-info.com : Plus globalement, la victoire de Donald Trump témoigne d’une fracture importante aux Etats-Unis. Une sécession du pays, dans les prochaines décennies, est-elle selon vous quelque chose de possible ?

    Alain de Benoist : C’est en effet un vrai problème. On assiste aux Etats-Unis au retour et à l’exacerbation d’une polarisation politique à laquelle on n’était pas habitués. Le vote démocrate des Etats du Sud (les « Dixiecrats »), qui a perduré pour des raisons historiques (Lincoln était républicain), a longtemps eu pour conséquences de rapprocher les programmes des partis démocrate et républicain au point de les rendre indiscernables, surtout pour les observateurs étrangers. Le ralliement progressif du Sud aux républicains a changé la donne. La polarisation a fait son œuvre et, aujourd’hui, démocrates et républicains ne se parlent plus. Il y a désormais deux Amériques qui n’éprouvent plus que de la haine l’une pour l’autre. A moyen terme, tout est possible, à commencer, dans ce pays surarmé qu’est l’Amérique (on y compte plus d’armes de poing que d’habitants), une guerre civile qui me paraît personnellement une possibilité beaucoup plus grande aux Etats-Unis que chez nous. Dans les semaines qui ont précédé le scrutin présidentiel, on a déjà enregistré plus que de l’inquiétude à propos de ce qui aurait pu se passer si Trump n’avait pas été élu. Ces passions ne sont pas près de retomber. Trump a intérêt à disposer de bons gardes du corps…

    Breizh-info.com : Enfin, la victoire de Trump est une gifle, une raclée, pour la caste médiatique mainstream qui, en France comme à l’international, a fait campagne pour Harris. Est-ce que cette nouvelle défaite de la caste va, selon vous, la conduire à de nouvelles approches, de nouveaux regards sur l’évolution du monde, ou bien l’idéologie l’a-t-elle rendu définitivement aveugle ?

    Alain de Benoist : Le symbole du parti démocrate est l’éléphant. Et, c’est bien connu, un éléphant ça Trump énormément ! J’avoue qu’assister aux mines pincées, aux sourcils froncés et aux explications laborieuses des maîtres du cirque médiatique, qui voyaient déjà Kamala Harris s’installer à la Maison-Blanche à l’issue d’un « scrutin serré », a constitué un savoureux spectacle. Aucun signe avant-coureur ne les a ébranlés, et l’échec de Hillary Clinton en 2016 ne leur a pas non plus servi de leçon ! Ils ne comprennent pas comment il est seulement possible que Trump l’ait emporté. Plus précisément, ils ne comprennent pas que Trump l’ait emporté, non en dépit, mais bien à cause de tout ce qu’ils trouvent abominable chez lui. Vous avez raison, ces gens-là sont aveugles. Ils sont aveugles parce qu’ils vivent dans l’entre-soi et qu’ils ne parviennent pas à se rendre compte que le monde réel est de moins en moins conforme à leur wishful thinking. Ils sont politiquement, moralement, physiquement, intellectuellement, incorrigibles. Ils dansent et pérorent sur le pont du Titanic, sans voir que leur monde est en train de s’effondrer, et que celui qui va lui succéder sera plus dur encore. Ils font sortir des moulins à prière des formules rituelle – « populisme », « discours de haine », « racisme systémique », « masculinité toxique » –, mais tout le monde s’en fout. Laissons-les babiller, laissons-les dormir. L’histoire s’écrit sans eux – ailleurs.

    Alain de Benoist, propos recueillis par Yann Vallerie (Breizh-Info, 8 novembre 2024)

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