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Points de vue - Page 399

  • Le rebelle couronné...

    Nous reproduisons ci-dessous un billet réjouissant de Frédéric Rouvillois, cueilli sur Causeur et consacré à Stéphane Hessel. Professeur de droit public à l’université Paris Descartes, Frédéric Rouvillois est l'auteur de plusieurs ouvrages d'histoire des idées comme Histoire de la politesse (2006), Histoire du snobisme (2008),  tous deux diponibles en format de poche dans la collection Champs Flammarion, ou L’invention du progrès (CNRS éditions, 2010) et plus récemment, Une histoire des best-sellers (Flammarion, 2011).

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    Le rebelle couronné

    Fin 2010, en France, un « véritable phénomène éditorial », comme on dit, se mit à perturber le sympathique train-train des palmarès et les listes de best sellers, au point de captiver les médias : le succès, aussi démesuré qu’inattendu, de l’opusculet de Stéphane Hessel, Indignez-vous ! À 93 ans, l’auteur avait, il est vrai, tout pour plaire à un certain public, incarnant à la perfection toutes les icônes de notre Brave new world : le martyr, le bienfaisant et le rebelle.

    Le martyr, puisque ce juif résistant fut torturé tout jeune par la Gestapo, interné à Buchenwald et condamné à la pendaison avant de parvenir à s’évader. Le bienfaisant, puisqu’il a été, comme il le rappelle avec insistance, l’un des principaux rédacteurs de la Déclaration universelle des droits de l’homme avant de s’engager pour toutes les bonnes causes, de l’indépendance algérienne à la lutte contre l’apartheid, du combat pour les Palestiniens, les Roms, les sans-papiers, à la défense des retraités sans le sou et des bénéficiaires de la sécu. Le rebelle, enfin, assurant au bon peuple que l’indignation fut « le motif de base » de la Résistance, et qu’à l’inverse, « l’indifférence est la pire des attitudes » (on notera l’audace du propos). A l’en croire, c’est en se rebellant que l’on rejoint « le grand courant de l’Histoire », qui « doit se poursuivre grâce à chacun » jusqu’à l’instauration de la Démocratie idéale. D’où la formule qui conclut son texte, que l’on croirait empruntée au graphiste Ben ou recopiée à même la trousse d’un collégien : « créer, c’est résister. Résister, c’est créer. » Hessel, c’est donc à la fois Guy Môquet et l’abbé Pierre, Coluche et Rimbaud.

    A l’époque, certains ont osé s’étonner du succès remporté par cette cascade de lieux communs – les plus lucides insinuant que c’est précisément pour cela qu’Indignez-vous a écrasé, en termes de ventes, jusqu’au Goncourt de Michel Houellebecq. Si ça marche, écrivait ainsi Luc Rosenzweig, c’est parce qu’Hessel, est « l’axe du bien à lui tout seul. Toute sa vie il a eu tout juste, a toujours été du bon côté, ne s’est jamais compromis avec les salauds, c’est toujours arrangé pour que sa biographie ne puisse être autre chose qu’une hagiographie. L’achat de son livre par les gens ordinaires relève de la croyance magique que sa lecture pourrait faire de vous un homme ou une femme meilleure, réveiller le Hessel qui sommeille en chacun d’entre nous ». Et tout ça pour trois euros seulement, 13 pages écrites en gros caractères, environ 20 000 signes, l’équivalent d’un gros article de Télérama. La rébellion tout confort, en somme, de quoi étancher sans douleurs, et sans délais et sans frais excessifs sa soif d’engagement au service de la Justice.

    C’est pourquoi on a appris avec ravissement que, lundi 30 janvier 2012, le vieux jeune homme indigné, aujourd’hui âgé de 94 ans, a obtenu, « pour l’ensemble de son œuvre » (sic), le premier prix Mychkine, destiné à récompenser « des auteurs qui se sont distingués par leurs contributions exemplaires à l’instauration d’un climat de générosité », et que c’est une autre icône de notre temps, un autre apôtre des gentils, un autre rebelle, en somme, Daniel Cohn-Bendit en personne, qui a fait son éloge. Un second prix, modestement doté de 50.000 euros, a récompensé un militant autrichien du droit des animaux sous les applaudissements de la brillante foule parisienne réunie pour l’occasion au théâtre de l’Odéon, impatiente de faire un sort aux canapés de foie gras ou de saumon fumé. Comme disait le poète, il y a des informations qui se passent de commentaires.

    Frédéric Rouvillois (Causeur, 1er février 2012)

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  • Courage, vraiment ?...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Philippe Bilger, cueilli sur son site Justice au singulier et consacré à l'inflation des grands mots dans le langage politique contemporain...

     

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    Courage, vraiment ?

    Il faut arrêter de galvauder les vertus fondamentales, les valeurs essentielles.

    A la suite de l'intervention multipliée du président de la République et des mesures qu'il a annoncées à trois mois du premier tour de l'élection présidentielle, l'UMP, inspirée par Jean-François Copé, a d'une seule voix vanté le "courage" de Nicolas Sarkozy (Le Figaro).

    Sur Twitter, il y a quelques jours, j'avais plaisanté lorsqu'avant même l'émission présidentielle, Jean-François Copé avait donné le mot d'ordre du "courage". Je m'étais demandé si son "courage" était de se représenter.

    Mais, au-delà de cette boutade, cette invocation du courage pose un problème beaucoup plus sérieux. Sommes-nous en guerre ? Le président affronte-t-il la mort en Afghanistan ? Vit-il dans certaines cités où des malfrats et trafiquants interdisent l'accès à la police ? Au quotidien, le risque pèse-t-il sur son existence ? Le confort a-t-il déserté le pouvoir élyséen ?

    Je ne me moque pas. Je voudrais seulement qu'on n'appliquât pas à des attitudes politiques, sincères ou tactiques, un qualificatif qui les rehausse et les fasse prendre pour une audace inouïe quand tout au plus elles représentent un pari, un défi, au mieux, si on est indulgent, du courage intellectuel.

    Mais ce serait du courage intellectuel véritable de la part d'une personnalité qui n'aurait pas manifesté depuis longtemps - pourquoi ne pas la croire ? - qu'un second quinquennat n'était pas son obsession et que sa vie, s'il était battu, pourrait se poursuivre agréablement, luxueusement. En effet, depuis 2007, tous les citoyens ont mesuré à quel point l'argent représentait, pour Nicolas Sarkozy, une donnée capitale : celui qu'on donne, qu'on prend, dont on rêve. Je ne ferais pas la même analyse pour un François Mitterrand mettant son ambition en jeu en soulignant, à un moment crucial, son hostilité à la peine de mort. Il brûle symboliquement ses vaisseaux alors qu'il était tenaillé par l'envie de naviguer jusqu'au bout et qu'il l'a, enfin, assouvie.

    Au-delà du contenu intrinsèque des propositions formulées par le chef de l'Etat, je ne suis pas convaincu par cette coquetterie permanente et à la longue lassante qui est aussi éloignée de l'authentique courage que la caricature de son modèle. On ne peut que constater, avec ce louvoiement qui ne trompe plus personne, que le président, candidat depuis longtemps, le sera donc jusqu'au bout (Le Monde).

    Surtout, j'ai toujours dénié qu'il y ait du courage dans l'expression d'une intelligence libre. Combien de fois, sans présomption, me suis-je insurgé contre l'assimilation qui était faite, avec une infinie amabilité à mon égard, entre la spontanéité d'un propos et un quelconque courage ! Pour moi, le tour de force aurait été au contraire de dissimuler ma pensée mais, n'étant pas un politique, cette ascèse m'a été épargnée.

    Trop souvent, cette surestimation ne vise, pour les pleutres, les trop polis et les lâches, qu'à se faire pardonner de ne même pas livrer un combat sans danger. Le courage intellectuel est l'excuse de ceux qui en manquent - comme s'il en fallait pour penser, parler et écrire - ou le privilège trop exploité de ceux chez qui il coule de source, comme une évidence, puisqu'après la pire empoignade qui soit, les esprits demeurent saufs comme les corps.

    Même pour un soutien inconditionnel, on devrait réfléchir. Il y a d'autres qualités qui peuvent être prêtées au président par ses partisans. Le courage, non, quand sur le terrain, en France et loin de notre pays, pour les soldats, les policiers, tant de gens exposés, cette vertu n'est pas un mot mais une réalité qui est leur honneur et, parfois, un ultime et vain barrage contre leur mort.

    Philippe Bilger (Justice au singulier, 30 janvier 2012)

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  • Que faire de l'euro ?...

    Nous reproduisons ci-dessous un article d'Alain de Benoist, publié dans la revue Eléments (n° 141, octobre 2011) et consacré à la crise de l'euro.

     

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    L'euro ? Il faut en faire une monnaie commune !

    La décision de doter l’Europe d’une monnaie unique fut prise à l’origine par François Mitterrand et Helmut Kohl, lors du sommet européen qui s’était tenu à Rome en décembre 1990. Mais ce n’est que le 1er janvier 1999 que l’euro est officiellement entré en vigueur, et c’est seulement à partir du 1er janvier 2002 que des billets et des pièces libellés en euro se sont substitués en Europe à un certain nombre de monnaies nationales. L’euro a donc à peine dix ans. Or, le voici déjà remis en question, puisque la crise de l’euro est désormais au centre des tourmentes monétaires.
    Certains s’en réjouissent, qui voient dans cette crise la preuve que leur hostilité à la construction européenne était parfaitement justifiée. Avec la crise de l’euro, disent-ils, c’est le dogme de l’irréversibilité de la construction européenne qui s’apprête à s’écrouler. Telle n’est pas notre position. Il n’y a en réalité aucune raison de se réjouir de la disparition éventuelle de l’euro, dont le principal bénéficiaire seraient les Etats-Unis, qui craignent depuis longtemps de voir l’hégémonie mondiale du dollar menacée par la naissance d’une nouvelle monnaie de réserve.
    Mais il n’y a aucune raison non plus de confondre la construction européenne avec l’actuelle monnaie unique. L’euro et l’Europe ne sont pas synonymes. En témoigne déjà le fait que certains pays de l’Union européenne (Danemark, Suède, Royaume-Uni) ne sont jamais entrés dans la zone euro. Comme l’a écrit Mark Weisbrot dans le Guardian de Londres, « Il n’y a aucune raison pour que le projet européen ne puisse se poursuivre, et l’Union européenne prospérer, sans l’euro »(1).
    L’instauration de l’euro aurait été une chose excellente à condition de respecter deux conditions : que le niveau de la monnaie unique ne soit pas indexé sur l’ancien mark, et que sa mise en place s’accompagne d’un système de protection commerciale aux frontières. Or, aucune de ces conditions n’a été remplie. Au lieu d’assurer une protection communautaire, c’est la carte du libre-échangisme intégral que l’on a décidé de jouer. En 1994, on a assisté au démantèlement du tarif extérieur commun qui, jusque là, protégeait en partie l’Europe de la concurrence dans des conditions de dumping social des pays à bas salaire. La surévaluation chronique de l’euro a ensuite accentué les déséquilibres. En même temps, on a artificiellement plaqué une monnaie unique sur des économies divergentes à tous égards. La crise était dès lors inévitable.
    Le problème de fond de l’euro découle de cette évidence qu’il ne peut y avoir de monnaie unique associant des pays de niveau structurellement divergent. On ne peut en effet appliquer la même politique monétaire, c’est-à-dire le même taux de change (qui détermine importations et exportations) et le même taux d’intérêt à des économies de structures et de niveaux différents. Une telle zone se transforme inéluctablement en zone de tranferts, les plus riches devant payer pour les plus pauvres afin de pallier leur faiblesse économique. C’est ce qu’a démontré la crise grecque.
    Philippe Séguin l’avait dit dès le 5 mai 1992, à la tribune de l’Assemblée nationale : « Dès lors que, dans un territoire donné, il n’existe qu’une seule monnaie, les écarts de niveau de vie entre les régions qui le composent deviennent vite insupportables. Et en cas de crise économique, c’est le chômage qui s’impose comme seule variable d’ajustement ». Deux ans plus tard, Jimmy Goldsmith affirmait de façon prophétique : « Le projet de monnaie unique […] signifierait qu’un pays tel que la Grèce ne pourrait pas ajuster sa monnaie par rapport à celle des Pays-Bas, par exemple. Nous en connaissons le résultat : soit le transfert de subventions vers les pays en difficulté, soit le transfert de chômeurs de ce pays vers d’autres plus prospères »(2). En 1998, enfin, Maurice Allais, Prix Nobel d’économie, avait prévenu : « Une libéralisation totale des échanges et des mouvements de capitaux n’est possible, elle n’est souhaitable que dans le cadre d’ensembles régionaux groupant des pays économiquement et politiquement associés, et de développement économique et social comparable »(3).
    L’euro a donc été adopté dans des pays fortement divergents du point de vue économique, situation que les « critères » de Maastricht n’ont nullement corrigée. Mieux encore, plus l’intégration économique s’est approfondie, plus cette divergence s’est accrue. Quant à la convergence des taux d’intérêt à court terme, elle a conduit à une plus grande divergence des politiques fiscales. L’application d’un taux d’intérêt unique à des économies pourvues d’un taux d’inflation différent a été l’une des sources majeures du gonflement de la dette dans des pays comme la Grèce, l’Espagne ou le Portugal. « L’euro a été aux dettes souveraines européennes ce que la vente libre d’armes à feu est au nombre considérable d’homicides aux Etats-Unis : un pousse-au-crime », a remarqué Nicolas Saint-Aignan.
    Traditionnellement, un Etat qui devient déficitaire dans son commerce extérieur a la possibilité de redresser la situation en dévaluant sa monnaie nationale (le prix de ses exportations sera réduit pour les acheteurs au prorata du taux de la dévaluation). Mais les « dévaluations compétitives » ne sont évidemment plus possibles avec l’euro. En outre, l’euro est depuis des années surévalué (il vaut aujourd’hui environ 1,4 dollar, contre 1 dollar lors de son instauration). Cette surévaluation est le résultat du jeu des marchés. Une monnaie forte rassure les préteurs éventuels sur les capacités de remboursement de ceux qu’ils financent, ce qui leur permet de ne pas exiger des taux d’intérêt trop élevés. A l’inverse, une monnaie faible les pousse à des taux d’intérêt majorés.
    Ayant obtenu au départ que le niveau de l’euro soit aligné sur l’ancien mark, les Allemands sont les seuls (avec l’Autriche et les Pays-Bas) à avoir réellement tiré bénéfice de l’euro. En 2009, l’Allemagne a accumulé 140 milliards d’euros d’excédents de sa balance commerciale, essentiellement au détriment de ses partenaires de la zone euro et des membres de l’Union européenne n’appartenant pas à cette zone (respectivement 82,6 et 3,2 milliards). La cherté de l’euro est en revanche à l’origine des déficits extérieurs de tous les pays du Sud de l’Europe.
    Leurs exportations diminuant en raison du niveau de l’euro, et leurs importations continuant d’augmenter, leurs déficits extérieurs ont explosé, entraînant une diminution de l’investissement productif et la multiplication des délocalisations.Avec l’affaire grecque, on a déjà commencé à s’orienter vers de gigantesques transferts financiers des pays du Nord vers le Sud, transferts qui ne peuvent que devenir très vite insupportables. On voit mal les Allemands, par exemple – qui ont déjà eu dans le passé à éponger la mise à niveau de l’ancienne RDA –, accepter de voir doubler ou tripler leurs impôts pour venir à la rescousse des autres pays d’Europe mis en difficulté. L’appel à la solidarité risque ainsi, non de renforcer l’Europe, mais de l’affaiblir. « En voulant sauver l’euro, estime Nicolas Dupont-Aignan, les dirigeants aveugles sont en train de détruire l’Europe. Car l’Europe n’a de sens que si elle permet à chaque peuple de prospérer davantage avec les autres que seul isolément ».
    La classe politique dominante a choisi la fuite en avant : tout faire pour « sauver l’euro » sans rien toucher au fond du système financier en place. Est-ce seulement réaliste ?
    L’économiste américain Nouriel Roubini a récemment laissé prévoir l’éclatement de la zone euro dans les cinq ans à venir. Il prévoit même pour 2013 l’éclatement de la « tempête du siècle » (« perfect storm »). La fin de l’euro, selon lui, permettrait aux pays du Sud de l’Europe de restaurer leur compétitivité par le biais d’une dévaluation massive de leurs
    monnaies nationales restaurées4. Cette opinion est partagée par bien d’autres experts, dont certain n’hésitent plus à préconiser un retour à ces anciennes monnaies nationales.
    Le grand argument que l’on oppose en général à une éventuelle sortie de l’euro serait que les pays qui s’y risqueraient verraient instanément leur dette augmenter, puisque celle-ci resterait libellée en euros. On peut répondre qu’en contrepartie ces pays pourraient adopter des mesures susceptibles de favoriser la hausse de la demande intérieure et le rétablissement de leur compétivité, ce qui leur permettrait au contraire de mieux faire face à leur endettement. Un retour aux monnaies nationales associé à une forte dévaluation – comparable à ce qui s’est passé dans les pays de l’Est lorsque ceux-ci ont abandonné le rouble après l’effondrement du système soviétique – abaisserait le coût des produits pour les acheteurs étrangers, et stimulerait d’autant les exportations, ce qui donnerait de meilleurs moyens de régler la dette. On a aussi fait observer que toute dévaluation consécutive à un retour aux monnaies nationales se traduirait fatalement par un renchérissement des produits importés hors de la zone euro. Mais ce dernier est en réalité assez faible : pour la France, les importations de biens et de services hors de la zone euro ne représentent que 13 % du PIB.
    Mais la solution optimale serait évidemment de procéder à une dévaluation massive, nominale et réelle, de l’euro préalablement à un retour aux monnaies nationales, ce qui permettrait d’en sortir sans dommages. L’abaissement de la parité de l’euro face au dollar favoriserait la réduction des déficits extérieurs et contribuerait à rendre plus soutenable les dettes souveraines des pays ayant restauré leur monnaie. Pour éviter l’alourdissement de la dette, celle-ci pourrait être convertie dans une monnaie commune représentant la moyenne des monnaies nationales.
    Dans un texte paru dans Le Figaro, co-signé par Jacques Sapir et Philippe Villon, l’économiste Gérard Lafay a ainsi pris position pour la transformation de l’euro en une simple monnaie commune. Il serait en effet parfaitement possible de conserver le seul avantage incontestable de l’euro – constituer à terme une monnaie de réserve – en transformant la monnaie unique actuelle en une monnaie commune au niveau déterminé à partir de l’euro et des monnaies nationales restaurées. « Ce nouveau système permettrait de changer une fois l’an les parités entre les différentes monnaies européennes, afin d’assurer à chaque pays une compétitivité monétaire raisonnable à l’intérieur de l’Union européenne et ce, tout en continuant à avoir face aux autres grandes devises mondiales une devise européenne unifiée » (Nicolas Dupont-Aignan). La monnaie commune établit une barrière face au reste du monde, mais n’interdit pas l’ajustement des parités de change entre les pays membres. Même si l’euro se maintenait à son niveau actuel dans un certain nombre de pays de la zone, il resterait encore la possibilité d’établir une monnaie commune avec certains pays seulement, dans le cadre d’un système de changes fixes, mais révisables, et d’un étroit contrôle des capitaux.
    Cette solution est très différente de celle du « gouvernement économique » européen que certains voudraient instaurer pour remédier à la crise. Ceux qui plaident pour cette solution en tiennent en fait pour un fédéralisme fiscal5. Or, aucune union monétaire ou fiscale n’a jamais pu survivre en l’absence d’une union politique. Mettre en place un gouvernement économique avant et en l’absence d’un gouvernement politique serait une aberration.
    Sortir de l’euro ne suffirait toutefois pas à s’affranchir de la dictature des banques et des marchés. Le retour aux monnaies nationales n’est en effet pas une panacée. Il ne réglerait aucun des problèmes structurels des sociétés actuelles, et ne constituerait en aucune façon une rupture avec la logique du Capital. « Recouvrer notre souveraineté monétaire n’aurait pas de sens si cela ne devait pas s’accompagner d’un changement radical de notre politique », estime très justement Jacques Sapir, selon qui une éventuelle sortie de l’euro devrait être préparée « comme une opération militaire »(6).
    Certains Etats vont-ils être contraints de quitter l’euro ? Les craquements qui se font entendre dans la zone euro annoncent-ils un éclatement généralisé ? S’achemine-t-on à court terme vers une crise terminale ? Et à long terme, vers une banqueroute mondiale ? La construction européenne, en tout cas, connaît aujourd’hui une situation de crise historique telle qu’elle n’en a jamais connu depuis ses débuts, en 1957. L’Europe, où les anciens Etatsnations se sont transformés en autant d’Etats-marchés, est simultanément en voie de marginalisation géopolitique, de vieillissement, de déstructuration sociale, de
    désindustrialisation et de paupérisation. On n’échappera pas à l’épreuve de force.


    Alain de BENOIST (Eléments, octobre 2011)


    1. « Why the Euro is Not Worth Saving », in The Guardian, 11 juillet 2011.
    2. Jimmy Goldsmith, Le piège, Fixot, Paris 1994.
    3. Maurice Allais, La crise mondiale d’aujourd’hui, Clément Juglar, Paris 1999.
    4. Financial Times, 14 juin 2011.
    5. G. Dussouy et B. Yvars, de l’Université de Bordeaux IV, se sont ainsi prononcés pour la
    réactivation d’un projet fédéraliste européen, seul susceptible à leurs yeux de « rassembler les
    dernières forces vives du continent » (« Bien-être et consolidation de l’Etat de droit dans l’UE dans le
    contexte de la globalisation », texte en ligne daté de juillet 2010).
    6. Cf. Jacques Sapir, La fin de l’euro-libéralisme, Seuil, Paris 2010 ; La démondialisation, Seuil,

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  • L'année du grand basculement géopolitique mondial ?...

    Nous reproduisons ci-dessous le dernier communiqué du GlobalEurope Anticipation Bulletin, la lettre confidentielle mensuelle du Laboratoire européen d'anticipation politique...

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    2012 : l'année du grand basculement géopolitique mondial

    Avec ce GEAB N°61, cela fera six ans que chaque mois l’équipe de LEAP/E2020 partage avec ses abonnés et les lecteurs de son communiqué public mensuel ses anticipations sur l’évolution de la crise systémique globale. Et pour la première fois, à l’occasion du numéro de Janvier qui présente une synthèse de nos anticipations pour l’année à venir, notre équipe anticipe une année qui ne se traduira pas uniquement par une aggravation de la crise mondiale mais qui sera aussi caractérisée par l’émergence des premiers éléments constructifs du « monde d’après la crise » pour reprendre l’expression de Franck Biancheri dans son livre « Crise mondiale : En route pour le monde d’après ».

    Selon LEAP/E2020, 2012 sera en effet l’année du grand basculement géopolitique mondial : un phénomène qui sera sans aucun doute porteur de graves difficultés pour une grande partie de la planète mais qui permettra également l’émergence des conditions géopolitiques propices à une amélioration de la situation dans les années à venir. Contrairement aux années précédentes, 2012 ne sera pas une année « gâchée », enlisée dans le « monde d’avant la crise », faute d’audace, d’initiative et d’imagination de la part des dirigeants mondiaux et du fait de la grande passivité des peuples depuis le début de la crise.

    Nous avions qualifié l’année 2011 d’année impitoyable car elle allait faire voler en éclats les illusions de tous ceux qui pensaient que la crise était sous contrôle et qu’ils allaient pouvoir reprendre leurs « petites affaires » comme par le passé. Et 2011 fut impitoyable pour nombre de dirigeants politiques, pour le secteur financier, pour les investisseurs, pour les dettes occidentales, pour la croissance mondiale, pour l’économie US et pour l’absence de gouvernance de l’Euroland. Ceux qui se croyaient intouchables ou inamovibles ont découvert brutalement que la crise n’épargnait rien ni personne. Cette tendance va bien entendu se poursuivre en 2012 car la crise ne respecte pas non plus le découpage du calendrier grégorien. Les derniers « intouchables » vont en faire l’expérience : Etats-Unis, Royaume-Uni, Dollar, T-Bonds, dirigeants russes et chinois, etc… [1] Mais 2012 va également voir s’affirmer, surtout dans sa seconde moitié, les forces et acteurs qui vont permettre en 2013 et les années suivantes de commencer à rebâtir un système international neuf, reflétant attentes et rapports de force du XXI° siècle et non plus ceux du milieu du XX° siècle. En cela, 2012 va bien être l’année du grand basculement entre le monde d’hier et celui de demain. Année de transition, elle mêlera le pire [2] et le meilleur. Mais, ce faisant, selon notre équipe, elle constitue quand même la première année constructive depuis 2006 [3].

    Nous présentons d’ailleurs dans ce GEAB N°61 les 35 thèmes/événements, qui sont autant de recommandations, dont nous anticipons qu’ils marqueront l’année 2012 : 20 thèmes en hausse et 15 thèmes en baisse. Cette liste peut ainsi aider très concrètement le lecteur du GEAB à se préparer à l’année à venir. Réduire le temps perdu à lire des articles sur des sujets qui sont déjà secondaires en terme d’impact sur le cours des événements, ou au contraire prendre le temps d’approfondir des thèmes qui demain seront au cœur des évolutions à venir, ne pas se faire prendre par surprise par les évolutions majeures de l’année qui vient, voilà ce à quoi souhaite servir cette liste des 35 « Up and Down » de 2012. Avec depuis six ans, des taux de réussite variant entre 75% et 85%, cette anticipation annuelle est donc une aide à la décision particulièrement concrète pour les douze mois à venir.

    Par ailleurs dans ce GEAB N°61, notre équipe analyse en profondeur la nature et les conséquences d’un possible QE3 que lancerait la Réserve fédérale US en 2012 [4]. Espéré par les uns, redouté par les autres, QE3 est généralement présenté comme l’arme ultime pour sauver l’économie et le système financier US qui, contrairement au discours dominant de ces dernières semaines, continuent à se dégrader [5]. Que la FED se lance dans QE3 ou non, QE3 sera sans aucun doute l’événement financier majeur de 2012 dont les conséquences marqueront définitivement le système financier et monétaire mondial. Ce GEAB N°61 vous permettra de vous faire une idée précise sur la question.

    Evolution des bons du Trésor détenus par les Primary Dealers classés par maturité (12/2010 – 10/2011) (en gris : Bills -moins d’un an / en rouge : moins de 3 ans / en vert : de 3 à 6 ans / en mauve : de 6 à 11 ans / en bleu : 11 ans et plus) - Source : Zerohedge, 10/2011

     

    Et QE3 jouera un rôle déterminant dans le grand basculement géopolitique mondial de 2012 car cette année verra notamment les dernières tentatives des puissances dominantes du monde-d’avant-la-crise de maintenir leur pouvoir global, que ce soit en matière stratégique, économique ou financière. Quand nous utilisons le terme « dernières », nous voulons souligner qu’après 2012 leur puissance sera trop affaiblie pour pouvoir encore prétendre maintenir cette situation privilégiée. La récente dégradation de la plupart des pays de l’Euroland par S&P est un exemple typique de ces tentatives de la dernière chance : poussés par Wall Street et la City, et du fait de leurs besoins insatiables de financement [6], les Etats-Unis et le Royaume-Uni en sont arrivés au point d’engager une guerre financière ouverte avec leurs derniers alliés, les Européens. C’est du suicide géopolitique car cette attitude oblige l’Euroland à se renforcer en s’intégrant toujours plus et en se dissociant des Etats-Unis et du Royaume-Uni ; tandis que l’immense majorité des dirigeants et des populations de la zone Euro ont enfin compris qu’il y avait bien une guerre transatlantique et transmanche conduite contre eux [7]. LEAP/E2020 présentera à ce sujet ses anticipations « Europe 2012-2016 » dans le GEAB N°62 qui paraîtra le 15 Février 2012.

     

    Répartition des dettes occidentales (2011) (en bleu clair : dette du secteur non financier / en vert : dette du secteur financier / en orange : dette publique / en bleu foncé : dette des ménages) - Sources : Haver analytics / Morgan Stanley, 01/2012

     

    Dans un autre registre, les tentatives de créer une « petite guerre froide » avec la Chine ou de tendre un piège à l’Iran sur la question de la libre-circulation dans le détroit d’Ormuz ressortent du même réflexe [8]. Nous y revenons plus en détail dans ce GEAB N°61.

    Le grand basculement de 2012, c’est aussi celui des peuples. Car 2012 sera aussi l’année de la colère des peuples. C’est l’année où ils vont entrer massivement sur la scène de la crise systémique globale. 2011 aura été un « tour de chauffe » où des pionniers auront testé méthodes et stratégies. En 2012, les peuples vont s’affirmer comme les forces à l’origine des basculements majeurs qui vont marquer cette année-charnière. Ils le feront de manière pro-active parce qu’ils créeront les conditions de changements politiques décisifs via des élections (comme ce sera le cas en France avec l’éviction de Nicolas Sarkozy [9]) ou via des manifestations massives (Etats-Unis, Monde Arabe, Royaume-Uni, Russie). Et ils le feront aussi de manière plus passive en générant la crainte chez leurs dirigeants, obligeant ces derniers à une attitude « pré-emptive » pour éviter un choc politique majeur (comme ce sera le cas en Chine [10] ou dans plusieurs pays européens). Dans les deux cas, quoiqu’en pensent les élites des pays concernés, c’est un phénomène constructif car rien d’important ni de durable ne peut émerger de cette crise si les peuples ne s’impliquent pas [11].

    Le grand basculement de 2012, c’est encore l’effondrement accéléré du pouvoir des banques et institutions financières occidentales, une réalité que nous décrivons dans ce GEAB contrairement au discours populiste actuel qui oublie que le ciel étoilé que nous contemplons est une image d’une réalité disparue depuis longtemps. La crise est une telle accélération de l’Histoire que beaucoup n’ont pas encore compris que le pouvoir des banques dont ils s’inquiètent est celui qu’elles avaient avant 2008. C’est un sujet que nous détaillons dans ce numéro du GEAB. Dans le même temps, on continue à voir les investisseurs fuir les bourses et les actifs financiers notamment aux USA [12].

     

    Evolution comparée des PIB des pays industrialisés et de leur dette publique (1991-2011) (en gris : PIB / en rouge : dette publique) - Source : Spiegel, 01/2012

     

    Et le grand basculement, c’est aussi l’arrivée à maturité des BRICS qui, après cinq années à se chercher et à prendre leurs marques, vont en 2012 commencer à peser fortement et pro-activement sur les décisions internationales [13]. Or, ils constituent sans aucun doute possible l’un des acteurs essentiels pour l’émergence du monde d’après la crise ; et un acteur qui, au contraire des Etats-Unis et du Royaume-Uni, sait que son intérêt est d’aider l’Euroland à traverser cette crise [14].

    Avec un Euroland stabilisé et doté d’une gouvernance solide, la fin 2012 se présentera donc comme une première opportunité de fonder les bases d’un monde dont les racines ne plongeront plus dans l’après Seconde Guerre Mondiale. Ironiquement, c’est probablement le sommet du G20 de Moscou en 2013, le premier à se tenir hors du camp occidental, qui concrétisera les promesses de la seconde moitié de 2012.



     

    [1] Et le feuilleton de la crise des dettes européennes jusqu’à la fin du premier semestre 2012. L’année sera très difficile aussi pour l’Euroland comme le montrent les scénarios préparés par l’OFCE. Mais elle s’avérera nettement moins difficile qu’anticipé aujourd’hui par les experts et médias financiers car ils sous-estiment, d’une part, les progrès faits en matière de gouvernance de l’Euroland qui vont porter leurs fruits dans la seconde moitié de 2012 ; et, d’autre part, le changement de contexte psychologique une fois que l’attention du monde se reportera sur les problèmes américains et britanniques. A ce propos, voici un nouvel exemple de désinformation sur l’Euro publié par MarketWatch le 09/01/2012 : l’éditorialiste David Marsh tente d’accréditer l’idée que l’élection présidentielle française du printemps 2012 sera une autre mauvaise nouvelle pour l’Euro, affirmant explicitement que François Hollande est un eurosceptique ! Comme tout le monde le sait en France, François Hollande est au contraire un pro-Européen et pro-Euro farouche, ce qui ne laisse que deux options concernant MarketWatch/Marsh : soit ils ne savent pas de quoi ils parlent, soit ils mentent délibérément. Dans les deux cas, cela éclaire la valeur des opinions de la grande presse financière US sur l’Euro et son avenir. Ceux qui les suivent perdront beaucoup d’argent ! Toujours en ce qui concerne l’Euroland, le Spiegel du 03/01/2012 offre une plongée intéressante dans le fonctionnement du Merkozysme qui montre combien les deux pays sont en train de lier définitivement leurs destins : une évolution qui s’accélérera après l’élection de François Hollande qui n’aura pas, comme Sarkozy, un pied dans l’Euroland et un pied à Washington.

    [2] En particulier une poursuite de la montée généralisée du chômage. Source : Tribune, 31/10/2011

    [3] Une touche poétique permet d’illustrer notre approche en la matière, qui suit sur le fond la méthodologie d’anticipation politique décrite dans le « Manuel d’Anticipation Politique » de Marie-Hélène Caillol, présidente de LEAP. Que faut-il retenir du solstice d’hiver ? Qu’il marque le cœur de l’hiver parce que les jours y sont les plus courts ? Ou qu’il annonce le printemps parce qu’à partir de cette date les jours rallongent ? Les deux réponses sont justes. Mais la première ne dit pas grand-chose sur l’avenir sinon qu’il va continuer à faire sombre et probablement froid un certain temps ; c’est une photographie, une analyse statique. La seconde réponse en revanche conduit le regard sur un avenir plus lointain et souligne l’existence d’un processus en cours qui va conduire à des changements en terme de durée du jour et peut-être de température ; c’est une vision dynamique des événements. La méthodologie d’anticipation politique a d’ailleurs désormais sa place dans le débat scientifique puisque Marie-Hélène Caillol a été invitée à contribuer à un numéro spécialement dédié à l’Anticipation (Volume 41, Issue 1, 2012) (coordonné par le professeur Mihai Nadin) de la revue scientifique américaine "the International Journal of General Systems" (Francis & Taylor), un périodique multidisciplinaire consacré à la publication de travaux de recherche originaux en sciences des systèmes, fondamentales et appliquées. L’article qui a résulté de cette collaboration s’intitule : "Anticipation politique : observer et comprendre les tendances socio-économiques globales dans le but de guider les processus de prise de de décision".

    [4] Les récentes publications des minutes des débats de la FED en 2006 illustrent parfaitement l’une de nos hypothèses de travail : les responsables d’un système complexe sont généralement incapables de percevoir le moment où il va basculer dans la crise ou le chaos. C’était le cas d’Alan Greenspan, Thimothy Geithner et consors en 2006. C’est le cas des maîtres de la City, de Wall Street ou de Washington en 2012. D’ailleurs, ce sont les mêmes pour nombre d’entre eux. Source : New York Times, 12/01/2012

    [5] La dégradation de la situation US se produit malgré la volonté de la cacher par les médias dominants et les agences de notation ; tandis que dans l’Euroland la situation ne se dégrade pas autant que voudraient le faire croire ces mêmes médias et agences. En laissant un peu de temps au temps, l’issue ne fait donc aucun doute. Pour ce qui est de la dégradation économique US, il suffit de constater l’effondrement des profits bancaires, de la consommation US (les annonces tonitruantes sur les fêtes ont ainsi fait place à des chiffres bien médiocres), la fermeture ou la faillite continue de réseaux de détaillants, le maintien du chômage à des taux historiques, le problème croissant du paiement des retraites, l’effondrement des budgets des grandes universités publiques, … Sources : YahooNews, 12/01/201 ; Bloomberg, 12/01/2012 ; USAToday, 12/01/2012 ; CNBC, 28/12/2011 ; Washington Post, 27/12/2011

    [6] Comme le montre le tableau ci-dessous, avec 900% du PIB d’endettement, le Royaume-Uni est comme un animal pris au piège de la dette. Et du fait du poids gigantesque de la dette du secteur financier britannique, il est condamné à tenter par tous les moyens d’obliger l’Euroland à payer les dettes de la Grèce, etc… La décote des dettes publiques occidentales est un bazooka pointé sur le cœur du Royaume, la City. Source : Guardian, 01/01/2012

    [7] Tant mieux car il n’y a rien de pire que d’être en guerre sans le savoir comme l’écrit à ce sujet Franck Biancheri sur son compte Twitter qui commente la campagne présidentielle française twitter.com/Fbiancheri2012.

    [8] La Russie a déjà fait son choix en développant son commerce avec l’Iran en Rouble et Rial, éliminant le Dollar US des transactions entre les deux pays. Quant à l’Europe, elle gesticule sous pression US, mais in fine ne fera pas grand-chose en matière d’embargo car d’ici Juin (nouvelle date pour prendre une décision), la carte politique aura bien changé. Sources : Bloomberg, 07/01/2012 ; Le Monde, 09/01/2012

    [9] Ce qui au passage remettra la France dans sa logique historique « gaullo-européenne » au lieu de l’ancrage occidentaliste qu’aura incarné la parenthèse Sarkozy. Source : Le Monde, 11/01/2012

    [10] En Chine, selon LEAP/E2020, le risque d’explosion populaire majeure se trouve à la croisée d’une situation économique tendue (ce sera le cas en 2012 – voir dans ce GEAB N°61) et d’un accident majeur de santé publique ; beaucoup plus que dans un contexte de remise en cause directement politique

    [11] L’annonce par les Frères musulmans égyptiens qu’ils soumettront à référendum le traité de paix avec Israël appartient à cette même tendance. Source : Haaretz, 02/01/2012

    [12] Source : CNBC, 06/01/2012

    [13] Les dirigeants chinois par exemple semblent plus déterminés que jamais à suivre le chemin qu’ils estiment le meilleur (y compris pour la conquête spatiale, symbole par excellence du leadership), rejetant les pressions extérieures. Source : Caixin, 04/01/2012 ; ChinaDaily, 30/12/2011 ; NewYorkTimes, 29/12/2012

    [14] Source : 20Minutes/Suisse, 08/01/2012

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  • Afghanistan :le service inutile ?...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Michel Lhomme, cueilli sur Metamag et consacré à l'impasse de l'engagement français en Afghanistan au service des intérêts américains...

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    Afghanistan : le service inutile

    Quatre nouveaux morts en Afghanistan et douze blessés rapatriés à l’hôpital militaire de Clamart, dont cinq dans un état grave. Le bilan est préoccupant pour l’armée française. Dès le vendredi, le Ministre de la Défense, Gérard Longuet ne mâchait pas ses mots et qualifiait la dernière attaque d’« assassinat ». On susurrait même la remise en cause de notre présence à Kaboul.

    Les quatre militaires français ont été abattus à l’intérieur de leurs bases, alors même qu’ils faisaient leurs exercices physiques du matin. Ils n’avaient donc ni armes, ni gilets pare-balles lorsqu’un homme, habillé en soldat afghan, a tiré à l’arme automatique dans la cour. Il s’agirait d’un élément taliban infiltré récemment, d’un opposant à la coalition, qui n’aurait pas supporté la vidéo récente (sur Liveleak) de marines américains urinant sur les cadavres d’insurgés, une bouteille d’eau placée même, de manière très équivoque, entre les cuisses d’un des corps.


    L’armée française assure la formation de ces recrues afghanes en les entraînant au maniement des armes, à l’usage des explosifs. Mission risquée puisque, parmi ces soldats, comme dans toute guerre de partisan, des éléments hostiles peuvent être infiltrés. Le mois dernier déjà, au moment où nous procédions à une analyse géopolitique du conflit, deux légionnaires français étaient tués, dans le dos  et à bout portant, par un afghan portant l’uniforme.

    « Plus question d’aller au contact de ces militaires ». C'est la mesure immédiate prise par Nicolas Sarkozy, le matin même de la nouvelle qui tombait très mal; c’était le jour où il adressait ses vœux au corps diplomatique. «Toutes les opérations de formation et d’aide au combat sont suspendues ». Et Nicolas Sarkozy de rajouter comme à son habitude, dans l’émotion et la précipitation, « si les conditions de sécurité ne sont pas clairement établies, se posera la question du retour du contingent français en France ».

    Les Américains bloquent notre départ

    Le lendemain, Gérard Longuet n’en dit pas un seul mot devant les corps de nos cinq soldats à Kaboul. C'est qu’entre temps et très rapidement, la réponse américaine n’avait pas tardé et pas par la bouche de n’importe qui. Par celle de Hillary Clinton. C’est-à-dire directement en provenance du clan pro-guerre et sioniste de la Maison Blanche : « Nous n’avons aucune raison de penser que la France ne va pas continuer à prendre part au processus délicat de transition » déclara, dans une posture très solennelle, Hillary Clinton. La menace clintonnienne, qualifiée hypocritement d’ « injonction courtoise », est transparente : il n’est pas question, pour les Etats-Unis, de se retrouver seuls en Afghanistan.

    Un autre, en France, avait déjà fait le boulot atlantiste, c’est le soi-disant « spécialiste de la défense », en réalité porte-parole servile et notoire du contre-espionnage français, Pierre Servent. Pour lui, les conséquences d’un retrait de nos troupes d’Afghanistan avant 2014, date officiellement retenue, seraient catastrophiques.

    Cela donnerait un signe négatif à la coalition, en adressant un message indirect aux autres pays membres de s’en retirer. Et second signe, qui serait pire sur le terrain, selon lui, c’est que cela conforterait les Talibans dans leur stratégie de déstabilisation, les encouragerait à poursuivre ce type d’opérations. Pierre Servent feint d’ignorer la débandade occidentale sur place, la fragilité des positions françaises et l’évolution négative de la situation.

    En attendant, Paris vient d’envoyer une délégation ministérielle à Kaboul. Elle doit y évaluer les conditions de sécurité de nos troupes. Un retrait d’Afghanistan est-il possible ou sommes-nous pris dans un bourbier, enserrés dans un piège ? Et quel bourbier ? Quel piège ? Le piège géopolitique de la vision « démocratique » de la gouvernance mondiale. Pourtant, le retrait est peu sûr, voire improbable. Pourquoi ? La guerre d’Afghanistan a été perdue.

    Nicolas Sarkozy ment: nous avons perdu la guerre

    La guerre en Afghanistan est une guerre perdue pour le camp occidental. On ne fait aujourd’hui qu’y chercher une sortie honorable, pour éviter le même type d’humiliation subie par les soviétiques, il y a 23 ans. L’opinion publique américaine ne voit plus l’intérêt de maintenir des troupes là-bas et le retrait est planifié pour fin 2014. En France, alors que cette opération extérieure coûte la bagatelle de un million d’euros par jour, seuls quelques nationalistes défilent dans la rue, à Lyon, pour réclamer la fin de la guerre. L’opinion publique est amorphe. Puis, il y a la surenchère électoraliste d’un François Hollande promettant, s’il est élu Président, de retirer, avant la fin de l’année, une partie de nos troupes.

    Nicolas Sarkozy, au plus bas dans les sondages, a peut-être cru qu’il fallait, là-aussi, prendre le train en marche. Il aurait eu au téléphone, vendredi, son collègue Obama qui lui aurait promis de lui laisser toute l’initiative de prendre une décision. C’est oublier qu’en politique étrangère et dans le domaine de la Défense, Obama ne tient rien du tout et qu’il est même ligoté, depuis le début, par l’accord passé au moment des primaires de 2008 avec les clintonniens.

    Il est vrai qu’un retrait français, dans la situation actuelle, serait un coup dur, voire fatal pour la coalition et qu’il n’est donc pas envisageable puisqu’il hypothéquerait, de fait, toutes les chances de stabilisation de la région. Car, dans quel état se trouve maintenant le pays ?

    Le Président Hamid Karzaï est un homme corrompu et l’Afghanistan se prépare à vivre des lendemains d’autant plus sombres que les Talibans gagnent du terrain partout. Ils ont infiltré les services de sécurité afghans et le tiers de l’armée pakistanaise voisine. Toute la région afgho-pakistanaise est devenue une poudrière et l’Inde est de plus en plus inquiète et menacée à l’Ouest mais aussi d’ailleurs à l’Est par les rébellions maoïstes. Elle s’attend, d’ailleurs, à des attentats ou à des opérations sur son territoire et ses services secrets sont, comme toujours, en état d’alerte maximale. L’Inde, dont l’Afghanistan constitue un état tampon pour sa sécurité, semble perdre ses appuis tribaux officieux sur le terrain.

    C’est que le peuple afghan, il faut bien le dire, est un peuple noble, guerrier, mais aussi tortueux. Les mallettes de dollars, l’héroïne, les promesses chinoises, sont autant de raisons de trahir, aujourd’hui, les amis d’hier. Comment les occidentaux pourraient-ils leur faire confiance ? Les Américains, souvent ignorants de l’Orient, y ont peut-être cru; pas les Français.

    L’Asie centrale est, avec l’Irak où Obama a retiré ses troupes, l’échec cuisant de la géopolitique mondialiste. Croire qu’on pourrait contenir la puissance chinoise par l’Orient était déjà un rêve chimérique, le résultat d’une vision cartographique quelque peu dépassée à l’ère satellitaire et cybernétique. Les Talibans vont devenir les maîtres de l’Afghanistan et, en Irak, l’Iran a tous les atouts pour actionner ses alliés chiites et faire, de ce pays, une énième république islamique.

    Ainsi, l’échec de l’intervention afghane est un double échec pour les Occidentaux. Que Longuet rectifiasse le tir sarkoziste maladroit en n’évoquant plus, sur place, le retrait ou l’accélération du retrait anticipé de nos troupes ne changera rien. Nous continuerons d’essuyer des pertes et nous partirons, comme les Anglais de Gandarak, comme les Soviétiques, la queue entre les jambes.

    Un soldat afghan simplement résistant

    Le soldat afghan qui a tiré à l’arme automatique sur nos soldats avait 21 ans. Soyons franc et juste. D’un point de vue patriotique, son parcours est exemplaire : il avait déserté de l’armée nationale de collaborateurs en s’en faisant renvoyer, était parti compléter sa formation au Pakistan pour se réengager dans l’armée officielle d’un point de vue résistant. Nous savons bien, depuis les guerres d’Indochine et d’Algérie, que n’importe quelle armée régulière, aussi performante technologiquement parlant, ne peut rien contre le sentiment national d’un peuple, la fierté identitaire d’un soldat-militant. C’est le propre des sales guerres de partisan que de n’être jamais loyales. Il est évident que les officiers français, sur le terrain, sont déstabilisés et ont perdu la confiance qu’ils avaient pu avoir –si tant est qu’ils l’ont eu! – avec l’armée afghane.

    Le ministre de la Défense, Gérard Longuet, a rencontré samedi un général afghan pour déterminer les circonstances de la mort des Français et pour adresser un message de fermeté. Il lui aurait demandé de s’engager sur la loyauté de ses troupes et de faire des contrôles internes pour contrer toute infiltration terroriste. C’est un peu croire au Père Noël.

    Déjà, pour connaître personnellement le terrain, la loyauté n’a pas du tout le même sens en français et en urdu. Les soldats français, indéniablement, se sentent trahis. Un entretien est prévu entre le Ministre français et le Président Karzaï. Longuet devrait rentrer avec un rapport sous le bras pour établir la sécurité de nos 3 600 soldats sur place et en parler avec Nicolas Sarkozy de retour de Guyane.

    Dès le samedi 21 janvier, soit le lendemain de l’attaque du camp français de Fob Gwan, les Talibans revendiquaient l’attaque et avouaient avoir recruté des militaires dans l’armée nationale afghane. Qu’il y ait diversifications des interventions terroristes en Afghanistan ne fait aucun doute sans compter que l’armée afghane recrute à la va vite et très largement des éléments, pas forcément talibans mais hostiles –ne serait-ce que par le fait religieux – aux forces occidentales.

    Combien de sympathisants talibans parmi les quatre-vingt mille hommes qui constituent aujourd’hui l’armée nationale ?  La question hante forcément les états-majors occidentaux et personne n’a la réponse. Ce qui est certain, c’est que ce type d’opérations s’est multiplié l’année dernière dans les bases militaires américaines mais que, jusqu’alors, l’armée française avait été épargnée. De plus, à partir du moment où les troupes de l’Otan ne sortent plus ou sortent moins et se replient sur leurs bases, ce type d’opérations sera de plus en plus courant.

    L'armée française victime de l'atlantisme et de l'Etat major

    C’est la logique de la guerre et du combat comme est naturelle la haine grandissante dans le camp afghan des soldats occidentaux, de ces marines américains urinant sur les cadavres. Les soldats afghans le disent : ils ont de plus en plus le dégoût et le rejet de l’armée américaine et de ses méthodes : paroles humiliantes, opérations nocturnes contre les civils. Tout cela finit forcément par s’accumuler dans le sentiment anti-américain. Or, pour un soldat afghan de base, il n’y a guère de différence entre un soldat américain et un militaire français.

    Pourtant, il y en a bien une, qu’on ne relèvera jamais. Les hommes qui périssent en Afghanistan sont des militaires chevronnés et formés. Nous pouvons même dire que ce sont les meilleurs d’entre eux. L’armée américaine a beaucoup moins de scrupules pour ceux qu’elle envoie au front. Ce sont des haïtiens, des latinos en quête de papier. Nous avons suivi le parcours d’un d’entre eux pour la carte verte, après le tremblement de terre de Port-au-Prince. Engagé en août 2009, six mois de formation aux Etats-Unis, six mois sur la base d’Okinawa au Japon et le voilà arrivé, la semaine dernière en opération en Afghanistan, la tête bourré de préjugés, à peine formé au maniement des armes et sans aucune notion de civilisation.

    Ces soldats américains, qu’on rencontre sur le terrain, n’ont donc rien à voir avec l’intelligence et la formation morale de nos soldats avec lesquels, par la faute de la haute hiérarchie militaire, ils seront pourtant confondus. C’est à ce titre que l’amiral Edouard Guillaud, toujours à la remorque des politiques, y compris comme artisan de la charia-cratie en Libye, peut être considéré comme responsable de l’aveuglement stratégique de la position française, à la différence du général Desportes. Le patron de l’Ecole de Guerre avait, à l’été 2010, tiré la sonnette d’alarme dans Le Monde, en un texte incisif mais clairvoyant, pour lequel le pacha Guillaud, dans une colère noire, s’empressa de le limoger avec fracas, puisque Nicolas Sarkozy, en lisant l’article du Général Desportes, était rentré dans un état sauvage !

    La fin de la France en tant que nation? Ce n’est pas seulement les échecs de la politique de la ville en banlieue, la désindustrialisation de l’économie. C’est aussi la dépendance stratégique dans lequel la lâcheté de l’état-major français et les  diplomaties atlantistes de nos politiques nous ont conduits. Un constat pour l’armée française amer, violent et sans concessions de la fin de la « France ».

    Michel Lhomme (Metamag, 25 janvier 2012)

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  • Il faut sauver les prépuces !...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue fort intéressant de Patrick Pognant, enseignant-chercheur à la Sorbonne, publié sur le site du quotidien le Monde et consacré à l'étrange promotion de la circoncision qui, sous couvert de lutte contre le SIDA, est faite par certains organismes internationaux...

    Patrick Pognant, prépuce, sexualité, mutilation sexuelle, circoncision,

    Il faut sauver les prépuces !

    Le rapport Onusida du 21 novembre 2011, convergent avec les positions de l'OMS (Organisation mondiale de la santé) depuis 2007 et s'appuyant sur moult études fort dispendieuses et parfois contradictoires, préconise la circoncision masculine (excision préputiale ou posthétomie, ou encore posthectomie) comme prophylaxie efficace de la contamination du VIH (Virus d'immunodéficience humaine). On y lit que "20 millions d'hommes doivent encore être circoncis en Afrique du Sud et de l'Est pour que toute la population bénéficie de la prévention". Ainsi, "si cet objectif est atteint, près de 3,4 millions de nouvelles infections à VIH seront évitées d'ici 2015".

    A lire ce rapport et les études sur lesquelles il s'appuie, on peut légitimement s'interroger si nous sommes dans le domaine de la croyance ou dans le domaine du médical. En effet, il y a un parallèle avec cette conviction erronée de la fin XIXe et du début XXe siècles, notamment chez les psychiatres, prônant la circoncision comme prophylaxie et thérapie de la masturbation (c'est ainsi qu'encore aujourd'hui, notamment sous l'influence du Dr John Harvey Kellogg, une majorité de garçons nord-américains, australiens, etc., sont circoncis à la naissance).

    D'après ces études, le prépuce serait donc "sidogène". Mais n'est-ce pas plutôt le défaut d'hygiène intime qui le serait ? Si le prépuce était vecteur de propagation du VIH, comment expliquer les taux de contamination élevés dans les pays où la population est circoncise ?

    Compte tenu du nombre ahurissant de personnes concernées par le plan de l'Onusida, se pose le problème des coûts. Le communiqué de presse du 20 juillet 2011 de l'ANRS (Agence nationale de recherches sur le sida et les hépatites virales) rapporte les propos exaltés du professeur David Lewis suite à la publication de l'étude ANRS 12 126 concernant un programme de circoncision à Orange Farm (un bidonville près de près de Johannesburg en Afrique du Sud) : "Cette étude montre un résultat extraordinaire pour une intervention qui coûte 40 euros, prend 20 minutes et ne doit être faite qu'une seule fois dans la vie." Si l'on s'en tient à ces chiffres, il faudra donc engager un budget de 800 000 000 euros et consacrer en temps homme l'équivalent de 761 ans pour venir à bout de l'entreprise (avec un seul praticien opérant non stop 24h/24h, 7 jours sur 7), ou 8 320 journées (de 8 heures non stop, 7 jours sur 7 avec 1 000 praticiens, soit plus de 2 ans).

    Qui plus est, les chiffres avancés semblent à tout le moins minorés : d'une part, 40 euros le prix de la circoncision (alors que le même acte sur une personne pubère coûte en Europe au minimum dix fois plus !), ce n'est pas cher payé ; en revanche, 20 minutes est bien le temps minimum moyen de l'intervention en milieu hospitalier (y compris l'anesthésie). On peut donc questionner la qualité des interventions chirurgicales à la chaîne envisagée par l'Onusida et l'OMS sur les populations africaines.

    Enfin, il semble nécessaire de s'interroger sur les effets pervers d'une telle campagne massive de circoncisions. Outre le fait de toucher à l'intégrité physique des personnes, n'y a-t-il pas danger que le nouveau circoncis se croit invulnérable à la contamination par le VIH ? Par ailleurs, les problèmes liés à la cicatrisation ont-ils bien été pesés par ces organisations ?

    En conclusion, il faut s'insurger contre cette préconisation de la circoncision dans la lutte contre la transmission du VIH, et dont on peut s'étonner du peu de débats qu'elle suscite dans notre pays. Il est vrai qu'elle aborde un sujet tabou (la posthétomie étant liée à la pratique religieuse des juifs et des musulmans), qu'elle concerne principalement l'Afrique sub-saharienne et que nous ne sommes donc pas directement concernés. Faut-il redire que l'excision du prépuce est une mutilation, certes moins lourde de conséquences que l'excision pratiquée sur les femmes, mais qui a aussi ses conséquences, notamment sur le plaisir sexuel ?

    Il faudrait a minima informer en toute objectivité les futurs excisés sur les effets irrémédiables de cet acte chirurgical, ce qu'ils sont en droit d'attendre de la part d'organismes humanitaires censés les protéger et améliorer leurs conditions de vie. Si l'on peut se féliciter des progrès de la médecine, il est nécessaire de se rappeler qu'elle peut aussi se tromper et qu'elle recèle en son sein des extrémistes et autres idéologues, atteints, dans le cas qui nous occupe, de fureur chirurgicale (comme feu leurs collègues des deux siècles précédents, excités du bistouri qui ont commis des ravages sur les populations, notamment masculines). Viendra un temps, espérons-le, où les instances internationales condamneront toute forme de mutilation physique non librement consentie, quel qu'en soit le motif, médical, moral ou religieux.

    Patrick Pognant (Le Monde, 24 janvier 2012)

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