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Points de vue - Page 380

  • Quand Sandy nous inonde...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Claude Bourrinet, cueilli sur Voxnr et consacré à l'inondation médiatique provoquée par le cyclone Sandy, symptôme de l'américanisation de notre société...

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    Quand Sandy nous inonde

    Le cyclone Sandy aurait-il la même vertu que le 11 septembre ? Sans être un fanatique des informations, l'on est bien obligé de se résigner à être des Américains comme les autres. Tant l'Amérique est l'avenir de l'homme ! Les images de la dévastation tournent en boucle, les reportages se succèdent, on y est presque, et tout passe après, les autres catastrophes, tremblements de terre, incendies, terrorisme.... Même notre gouvernement paraît provincial. On dirait que notre avenir se joue là-bas, de l'autre côté de l'Atlantique. La bourse s'est arrêtée, des requins se baladent sous les eaux troubles qui ont envahi Manhattan, les Mac Do baignent dans leur jus, les obèses flottent et les trompettes de la campagne électorale font des couacs.

    Parlons-en, de cette campagne ! Êtes-vous pour Obama, ou pour Romney ? Rien ne nous est épargné, des gaffes du Républicain, des fluctuations de la forme obamienne, des taux d'imposition yankees, des états d'âme de l'électeur moyen. Il faudra quand même qu'on nous octroie un droit de vote, à nous, pauvres Indiens occidentaux, pour devenir civilisés !

    Que signifie donc pour nous cet envahissement informationnel et symbolique, venu de l'épicentre de l'atlantisme ?

    Depuis une quinzaine d'années, subrepticement, une révolution silencieuse, sournoise, aussi dangereuse qu'inconsciente, transforme l'intelligence et la sensibilité des Français. Quoique préparée depuis une bonne soixantaine d'années, modulée par le travail régulier et efficace du cinéma hollywoodien, de la télévision, de la variété, puis des outils modernes de communication, des techniques cybernétiques, audiovisuelles, de l'industrie, en général, ainsi que des modes, cette métamorphose a créé une autre manière de voir le monde. Certes, la couleur était annoncée : nous sommes tous des Américains, proclamait tel spécimen de notre élite. Mais, au-delà de la rhétorique convenue, lorsque la nécessité communicationnelle l'imposait, qui pensait vraiment que ce fût vrai, hormis quelques drogués de l'american way of life ? Et pourtant …

    Encore faudrait-il préciser, quitte à décevoir les enthousiastes, que si nous nous mettons à imiter l'Amérique, nous serons plutôt des sous-Américains, des supplétifs, des singes de nos maîtres.

    Toutefois, le cœur du monde battrait donc dans la Grosse Pomme. Qu'elle éclate, perde ses pépins, pourrisse ou se liquéfie : quel symbole ! Mais que sommes-nous devenus ? Si nous sommes autres, sommes-nous pour autant des personnes, c'est-à-dire des êtres qui parlent, pensent, agissent, rêvent, sentent, aiment, projettent un avenir à partir d'un sol, d'un air, d'un ciel, d'un horizon ? Existons-nous vraiment ?

    Malheureusement, l'Europe occidentale n'a retenu des Lumières que le vertige du mouvement, de la transgression, de la liberté mal conçue. Sa radicalité existentielle s'est réalisée à partir de la rupture. L'Occident conçoit mal des limites à l'esprit qui nie. Depuis la Renaissance, le désir doit prendre le large, et tout ce qui rappelle l'ancre est détestable, les traditions, le passé, les contraintes.

    L'Amérique, et singulièrement New York, possède cette redoutable séduction : elle est cette part d'oubli de nous-mêmes qui nous facilite apparemment la vie en en nous délivrant du fardeau. Elle incarne une légèreté utopique, clinquante, d'un érotisme assez grossier pour toucher la masse. C'est pourquoi son succès a été fulgurant, total et mortel. Elle est ce paradis artificiel, que Baudelaire condamnait dans l'opium, car il est, pour lui, un succédané trompeur du paradis, un poison suprêmement immoral, qui nous fait croire que nous sommes devenus des dieux, quand nous ne faisons que nous livrer aux pulsions les plus avilissantes de l'être humain.

    C'est pourquoi la véritable résistance, le combat contre notre anéantissement, doit serrer de près le travail des mots, l'action des images, le sourd cheminement des « esprits animaux », comme on disait à l'époque de Descartes, qui rampent jusque dans nos cœurs et nos reins. Il ne suffit pas de se déclarer révolutionnaire, opposant au Nouvel Ordre mondial, rétif à l'Empire, adversaire mortel du libéralisme. Notre ennemi n'est peut-être pas, d'abord, ce géant, cet ogre, ce Titan qui découpe le ciel et nous jette des montagnes pour nous écraser. Il est plus humble, et, partant, plus dangereux. Il est dans ce que l'on consomme, ce que l'on mange, ce que l'on boit, regarde, contemple. Je suis toujours étonné que des camarades ingurgitent encore du coca cola, ou savourent des feuilletons yankees, lesquels, par petites touches, incrustent en nous des tiques de langage, des tournures de visages, des silhouettes et des profils, des accents et des couleurs, des timbres et des saveurs, tout ce qui façonne la peau des jours et la courbe de nos élans. Les Anciens disaient bien que ce que notre œil voit, s'immisce dans notre cœur. Prendre l'habitude d'écouter telle musique, de savoir ce qu'il y avait à la télévision la veille au soir, de se tenir au courant des ragots du show business, des pipeuls et des choutés, des frasques de cow boy de notre élite, bref, de consommer tout ce que la postmodernité nous lègue en matière de viatique pour l'Eden, ne s'avère pas si innocent qu'on veut bien le croire. L'invasion est telle qu'elle passe, à la longue, pour naturelle. Et nous nous mettons à nous changer vilainement sans que nous y prenions garde.

    Le premier réflexe révolutionnaire est donc de prendre conscience de l'extraordinaire gravité de la vie quotidienne, dont chaque atome est porteur de l'ensemble, de l'intégralité de notre existence, de la nature de notre être. Si nous approfondissons assez l'identité de ce qui fait de nous des Français, des Européens, mais aussi des femmes et des hommes (car l'american way of life est, fondamentalement, une entreprise de déshumanisation) nous arrivons à adopter ce que les Romains appelaient la gravité, c'est-à-dire le sentiment que le temps, inscrit dans l'éternité, reçoit la présence, autrement dit le poids des choses, de ce qui est, de ce qui doit être, et en particulier notre différence.

    Claude Bourrinet (Voxnr, 31 octobre 2012)

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  • Vers un « système des dépouilles » à la française ?...

    Sur Realpolitik.tv,  Hervé Juvin dénonce la mise en place en France du « spoil system », une pratique américaine contraire aux traditions des états-nations européens.

     


    Hervé Juvin : vers un "spoil system" à la... par realpolitiktv

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  • Quand la mémoire klarsfeldienne piétine l'histoire...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de l'historien Alain Michel, cueilli sur son blog Vichy et la Shoah et consacré à l'emprise qu'exerce Serge Klarsfeld sur la question de l'application en France de la Solution finale.

    Alain Michel enseigne l'histoire en Israël et est, notamment, l'auteur de L'étoile et la francisque - Les institutions juives sous Vichy (Le cerf, 1990) et de Vichy et la Shoah, en quête sur le paradoxe français (CLD, 2012)

     

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    Quand la mémoire klarsfeldienne piétine l'histoire

    La France, depuis 40 ans vit non seulement au rythme du « politiquement correct », mais surtout, en ce qui concerne l’application de la Solution Finale en France, à l’heure du mémoriellement correct. Une lecture univoque, imposée et obligatoire des événements est devenue le discours obligatoire dans le monde politique et même, hélas, dans une majorité du monde universitaire. La consécration de cette lecture, sa « panthéonisation », a été réalisée par le discours de Jacques Chirac en été 1995, qui citait presque intégralement les mots que les gardiens du Temple lui avaient soufflés, au premier rang d’entre eux Serge Klarsfeld. A partir de ce moment là, la seule interprétation des événements était celle imposée par celui-ci, sans possibilité de critiques ou de remises en cause. Entendons nous bien, il ne s’agit pas de remettre en cause l’événement lui-même, l’arrestation par la police parisienne les 16 et 17 juillet 1942 de près de 13000 hommes, femmes et enfants, tous Juifs apatrides et qui presque tous seront déportés et assassinés à Auschwitz. Mais l’interprétation de Serge Klarsfeld de cet événement est, selon nombre d’historiens dont moi-même, en grande partie erronée, particulièrement quant au rôle joué par le gouvernement de Vichy dans cette tragédie. Mais Serge Klarsfeld a un compte personnel à régler avec le régime de Vichy, et tout doit être fait et dit, depuis la confiscation du libre droit d’expression de l’historien à la déformation des faits et en passant par l’intimidation, afin que le narratif imposé par Klarsfeld ne soit pas remis en cause.

    Confiscation du libre droit d’expression de l’historien : toute tentative de proposer une autre lecture est aussitôt dénoncée comme négationniste et alimentant la cause du Front national, ou alors est carrément passée sous silence. Dès 1989, Léon Poliakov écrivait dans « L’envers du destin » (p. 36), à propos de la rafle que « Pour ma part, j’ai toujours pensé, contrairement à l’opinion commune, que Laval, qui n’était nullement antisémite, ne mérite pas sa mauvaise réputation ». L’approche surprenante du grand historien de l’antisémitisme, lui-même Juif résistant, a-t-elle été objet d’analyse ou de discussion dans les médias français si friand habituellement de débats et de remise en cause, ou même dans le monde universitaire ?

    Déformation des faits : comment peut-on mêler la résistance intérieure ou la France libre au sauvetage des Juifs, alors qu’aucune initiative de sauvetage n’a été prise par ces organismes ? Il y a eu des résistants qui ont sauvé individuellement des Juifs, mais la Résistance en tant qu’institution est restée totalement indifférente à leur sort. Quant au chef de la France libre, il n’a pas eu un mot, dans ses nombreux discours, pour dénoncer les arrestations et les déportations des Juifs ! Et que penser des déformations du film « La rafle » où tout est fait pour que l’ensemble des Français de l’époque ait l’air d’ignorer les événements, jusqu’à placer le camp de Beaune-La-Rolande au milieu d’une véritable forêt vierge, alors qu’il était en pleine ville ! Mais il est vrai que le conseiller historique de ce film au large succès populaire s’appelle … Serge Klarsfeld.

    Intimidation : Il n’y a qu’à lire le texte publié cette année par Klarsfeld dans le journal Le Monde quelques jours avant la commémoration de la rafle à laquelle devait participer le Président François Hollande pour comprendre à quel point on ne peut que constater tristement, 17 ans après, que François Mitterrand avait au moins raison sur un point, lorsqu’il dénonçait un véritable « Lobby de la mémoire ».

    Alors oui, disons-le, François Fillon a raison lorsqu’il déclare que : « C'est aux historiens de parler de ces sujets, pas aux responsables politiques. »* Ni d’ailleurs aux professionnels de la mémoire lorsqu’ils outrepassent leur rôle.

    Alain Michel (Vichy et la Shoah, 23 octobre 2012)

     

    * Note de Métapo infos

    Pour ces simples propos, le très prudent et très raisonnable François Fillon a eu droit à une admonestation de la police de la pensée, sous la plume de... Serge et Arno Klarsfeld !

    Les trous de mémoires de François Fillon (Le Monde, 23 octobre 2012)

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  • Criminalité et terrorisme : le temps des hybrides...

    Nous reproduisons ci-dessous un article de Xavier Raufer, cueilli sur le site du Nouvel Economiste et consacré aux menaces hybrides.

     

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    Criminalité et terrorisme : le temps des hybrides

    Le temps des entités strictement criminelles ou idéologiques est fini.

    Produisons plutôt de pertinents diagnostics, loin d’une pittoresque coalition de magistrats retraités, d’experts du 11-Septembre 2001 et de journalistes débordés, tous excités par des ministres qui cauchemardent sur un Merah bis.

    Le rôle majeur du diagnostic est ici d’éviter la guerre de retard. Dans la France de 2012, d’éviter le scénario de 1990 où, figés dans leur gloire, incapables de se renouveler, des combattants de la guerre froide prétendaient que, loin d’avoir disparu, le KGB était d’autant plus dangereux qu’il faisait le mort… Des années durant, ces anciens combattants nous ont-ils ainsi abreuvés de leurs radotages, avant de sombrer devant ce qui émergeait dans la décennie 1990 : la manifeste, l’aveuglante menace salafiste. Or aujourd’hui, qu’il s’agisse de machines à tuer d’une “extrême dangerosité” ou de pathétiques charlots, nous avons à coup sûr affaire à des hybrides. Qu’est-ce qu’un hybride ? C’est un individu, ou un groupe, évoluant entre banditisme et terrorisme.

    Parfois, c’est un terroriste qui tourne gangster après avoir perdu ses illusions ou son fanatisme (voir ci-après). Parfois aussi, c’est un voyou qui pense s’acheter une conduite, ou une place au paradis, en agissant dans un cadre “honorable” : défense du peuple ou de la patrie, jihad, etc. Mohamed Merah entre clairement dans cette seconde catégorie, et les récents interpellés (Torcy, Cannes, etc.), aussi.

    Cette menace des hybrides dépasse de loin la France. Elle est même mondiale :

    - A l’été 2012, on apprend que la guérilla dégénérée des Farc (Forces armées révolutionnaires de Colombie) est désormais “en affaires” avec un sanguinaire cartel mexicain : le clan Beltran-Leyva. Le 30e “front” des Farc (le long de la côte du Pacifique), et le 48e front (frontière avec l’Equateur) exportent de la cocaïne pour le compte de ce clan.

    - Au même moment le méga-gang colombien dit des “Rastrojos” (un des héritiers du grand cartel de Norte del Valle), affaibli par l’arrestation successive de deux de ses chefs, s’associe avec une autre guérilla dégénérée, l’ELN (Armée de libération nationale) au sud-ouest de la Colombie, pour produire et exporter de la cocaïne en direction du Venezuela.

    Après les hybridations guérillas-entités criminelles, voici celles impliquant des sectes. Là, l’étrange mutation vient du Mexique. A l’origine, “La Familia Michoacana”, cartel d’environ 1 200 bandits spécialiste des drogues chimiques. Particularité de cette “famille” : dans le fort catholique Mexique, elle est fanatiquement calviniste. En décembre 2010 son chef, Nazario Moreno Gonzalez (1970-2010) dit “le super-dingue” (El mas loco) est abattu par la police.

    Un segment de la “famille” reprend le flambeau sous le nom de “Chevaliers Templiers” (Caballeros Templarios). Or à l’été 2012, un culte (lui, plutôt catholique ?) commence à être rendu à Nazario Moreno : lors de rafles, les policiers découvrent des autels portant des statues hautes d’un mètre du Mas loco, en armure dorée et brandissant un glaive. Dans un livret, les prières adressées au nouveau “martyr”: “Saint Nazario, chevalier du peuple, protecteur des misérables, donne-moi la vie, protège-moi…”.

    Or, côté hybridation, ce qu’il advient à Liverpool (Grande-Bretagne) est bien plus inouï encore, comme incroyable mélange. Après un siècle d’inexpiables guerres, six siècles de haine farouche, des ennemis acharnés comme la planète en compte peu, des anciens de l’IRA provisoire (“papists”) et d’ex-loyalistes de l’Ulster Volunteer Force (“prods”, pour protestants) contrôlent désormais ensemble le trafic du crack dans la ville. La cocaïne arrive d’Amérique latine dans la banlieue de Dublin, à Ballyfermot. De là, elle est livrée à Liverpool et vendue dans leurs fiefs par les ex-loyalistes.Si ces séculaires et mortels ennemis s’entendent maintenant et travaillent ensemble, la cause est entendue. C’est qu’un tsunami de mutations balaie la planète. C’est que le temps des entités strictement criminelles ou idéologiques est fini. C’est que le type purement criminel ou terroriste sera bientôt voué aux musées du XXe siècle – ou aux bases de données d’archaïques “spécialistes” aveugles aux mutations du monde.

    Voici donc venu le temps des hybrides, mutants, mimétiques ou dégénérés. Or détecter et comprendre ces évolutions est d’autant plus vital qu’on ne recherche que ce qu’on envisage déjà. Ainsi, penser les criminels et les terroristes de demain selon les critères, modèles et types d’hier, ranger gentiment les entités dangereuses de 2012 dans les petites boîtes de la guerre froide – aussi sûrement obsolètes que les stratégies de 1870 – garantit la guerre de retard, la bataille perdue d’avance. A monde nouveau, menaces nouvelles – et concepts neufs. Ouvrons l’œil, ces mutants et hybrides sont désormais répandus sur toute la planète et de types multiples :

    - Guérillas vivant de trafics divers, dont celui des stupéfiants 

    - “Marxistes” d’hier devenus trafiquants et blanchisseurs d’argent criminel

    - Jihadis-braqueurs 

    - Jihadis-pirates  

    - Ex-terroristes reconvertis dans le crime 

    - Paramilitaires devenus narcotrafiquants

    - Sociétés militaires privées vendues aux cartels de la drogue

    - Trafiquants d’armes au service de terroristes

    - Motards criminalisés liés à des terroristes

    - Sectes associées à des cartels de la drogue

    - Escadrons de la mort mutant en “forces de sécurité”

    - Entreprises licites au service de cartels de la drogue

    - “Soldats de la Paix” devenant trafiquants ou proxénètes

    - Guérillas mutant en armées à part entière

    - Trafiquants d’êtres humains, actifs dans le narcotrafic

    - Mélanges africains : milices-sectes-bandes armées…

    Dans le registre des dangers et menaces, ces hybrides sont l’avenir.

    Si l’on veut éviter la guerre de retard, c’est eux qu’il faut observer, étudier – et combattre.

    Xavier Raufer (Le Nouvel Economiste, 22 octobre 2012)

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  • Nicolas Sarkozy, agent d'Israël ?...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Yves-Marie Laulan, cueilli sur son blog personnel et consacré aux postions étrangement favorables à Israël de Nicolas Sarkozy...

    Economiste et démographe, auteur de nombreux essais, Yves-Marie Laulan a longtemps été membre de la direction du RPR.

     

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    Nicolas Sarkozy est-il un agent d'Israël ?

    L’idée parait absurde a priori. Pourtant il est permis de se demander si, comme acteur direct ou à titre de supplétif des Etats-Unis, Nicolas Sarkozy n’a pas eu tendance à privilégier systématiquement les intérêts d’Israël au détriment de ceux de la France.
    Il est quand même surprenant, en effet, de constater que sa première déclaration publique, peu de temps après son échec aux présidentielles, a été pour « tacler » comme on dit aujourd’hui le président Hollande sur sa faiblesse supposée envers la Syrie. Curieux hasard.
    On notera, au passage, qu’il n’est guère dans la tradition républicaine qu’un président fraîchement battu prenne la parole en public pour critiquer sans tarder son heureux successeur, surtout sur des questions de politique étrangère. Il est vrai que Nicolas Sarkozy ne s’est jamais beaucoup soucié de la bienséance et des convenances républicaines. On ne se refait pas.
    Mais pourquoi cette ardeur renouvelée envers la Syrie ? On avait pu croire, un instant, que sur l’affaire libyenne, Sarkozy, alors président, s’était laissé convaincre par le trop fameux Bernard Henri Levy porté par un amour immodéré pour les Libyens en grand danger de mort sous la férule tyrannique de l’infâme Kadhafi (reçu quand même en grande pompe à l’Elysée quelques années auparavant).
    Mais, avec le recul, il apparaît clairement qu’avec ou sans BHL, c’est Sarkozy lui-même qui était bel et bien à l’origine de cette généreuse croisade en faveur des Libyens épris de liberté. Ces derniers ont donné sans tarder la preuve de leur attachement aux vertus démocratique en rétablissant la Charia pour améliorer la condition féminine puis, tout récemment, selon diverses sources, en sodomisant, torturant et assassinant le malheureux ambassadeur Christopher Stevens, pourtant leur ami de toujours .
    Alors pourquoi cet enthousiasme pour une intervention française en Syrie ? C’est là qu’il faut procéder, comme le disent les Anglo-saxons, à un petit exercice de « connecting dots », consistant à tirer des traits entre des points apparemment sans lien.
    Avant la Libye, il y avait eu le retour en fanfare à l’OTAN qui a entraîné la mort en Afghanistan d’une centaine de nos soldats avant de se traduire, dans les mois à venir, par un retrait précipité sous la pression des Talibans, décidément bien coriaces. Mais pourquoi l’envoi d’un contingent de 4000 hommes, là où Chirac, pour une fois fort sage, s’était contenté d’envoyer une petite poignée de « conseillers » ? La réponse est claire. Il s’agissait de renouer des liens forts avec la puissance américaine quelque froissée après le refus français d’aller se balader en Irak. Jusqu’ici rien à dire, sauf que cette expédition aux antipodes, sans objet et sans succès, aura un peu plus épuisé nos forces et nos hommes dans un conflit sans issue. Nos soldats sont-ils morts pour rien ?
    Mais là où le tableau se précise c’est quand on se rappelle que la France de Sarkozy a cru bon d’installer le 26 mai 2009 une base militaire de 500 hommes face à l’Iran (à 150 miles très exactement) , à proximité du Detroit d’Ormuz, un magnifique Dien Bien Phu en perspective en cas de conflit sérieux. Cela rappelle évidemment certains souvenirs.
    En termes de sécurité de nos approvisionnements pétroliers, une base française dans le Golfe persique n’a évidemment aucune portée opérationnelle. Quant à se lancer militairement à l’assaut de Téhéran à partir de là, on demande à voir. Pure bravade ou un geste de portée symbolique, ou diplomatique si l’on préfère, à l’adresse de l’Iran, pour faire plaisir aux Emirats ? Mais croit-on vraiment intimider l’Iran de la sorte ? Et, peut-on se demander, à l’instigation de qui cette décision, qui pourrait se révéler lourde de conséquences, a-t-elle été prise , et au profit de qui, les USA ou Israël ?
    Là dessus intervient l’écrasement de la petite Libye , avec le concours en sous-main de la puissante Amérique qui détruit subrepticement les défenses anti aériennes de ce pays ainsi que les centres de communications (sans compter la fourniture de carburant et de munitions aux vaillants alliés européens à court de tout). Pourquoi cette démonstration de force purement gratuite ? Sans doute pour intimider les pays du Moyen-Orient qui douteraient de la détermination de la France de Sarkozy à entrer avec conflit avec l’Iran aux côtés d’Israël.
    L’occasion n’a pas tardé à s’en présenter avec l’affaire de Syrie. Une fois de plus la France se porte aux avants postes, BHL en tête, pour sonner la charge contre la communauté alaouite, branche chiite, regroupée autour du président Bashar al-Assad sous le voile pieux d’une nouvelle croisade à caractère humanitaire, bien sûr. On a déjà vu le film. En fait, il s’agissait tout bonnement d’abattre Bashar Al Assad, soutenu par l’Iran chiite et de préparer son remplacement par un homme de paille sunni quelconque supposé favorable à un accommodement avec Israël et, bien entendu, les Etats-Unis ainsi qu’avec l’Arabie Saoudite, place forte des Sunnis mais surtout, grand pourvoyeur de pétrole à l’Amérique perpétuellement assoiffée. Cherchez l’erreur.
    Car, patatras, le beau château de cartes s’effondre. En effet : a) Al Assad se défend comme un beau diable avec l’énergie du désespoir, sachant bien qu’en cas de défaite, son sort serait, au mieux, celui de Kadhafi b) La Chine et la Russie, déjà bernés avec la résolution de l’ONU 1973 par Juppé, notre va-t’en guerre de Dax (département des Landes), n’ont aucune envie de se laisser rouler dans la farine une fois de plus c) Les USA en pleine campagne électorale n’ont aucune intention de se laisser entraîner derechef dans une nouvelle guerre forcément impopulaire et plus qu’incertaine au Moyen-Orient d) et, surtout, la Syrie n’est pas la Libye.
    Une intervention intempestive de la France se traduirait par des pertes bien plus sévères pour nos armes. Sans compter qu’une fois Al Assad abattu, tout porte à croire que ce serait une coalition d’ islamistes fanatiques, déjà venus de tous les coins du monde, Afghanistan compris, qui viendraient s’emparer du pouvoir pour se lancer à partir de cette base aimablement offerte par l’occident, toujours prêt à jouer les apprentis sorciers , dans des attaques terroristes tous azimuts. A cet égard l’assassinat atroce de l’ambassadeur américain en Libye a, sans aucun doute, refroidi les ardeurs de l’Amérique et montré clairement les dangers d’un humanitarisme interventionniste excessivement naïf .
    Mais qu’importe, pour notre Sarko national, rien ne serait trop coûteux pour affaiblir l’Iran, que ce soit directement ou indirectement, et se substituer, s’il le faut, à l’ami américain défaillant pour soutenir Israël.

    Yves-Marie Laulan (Blog d'Yves-Marie Laulan, 23 septembre 2012)

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  • De la droite introuvable à la droite inavouable ?...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue d'Aristide Leucate, cueilli sur le site Boulevard Voltaire et consacré à l'indispensable rénovation idéologique de la droite... Docteur en droit, Aristide Leucate est une des plumes de l'hedomadaire L'Action française 2000.

     

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    De la droite introuvable à la droite inavouable

    La publication, le 16 octobre, d’un sondage BVA nous apprenait que 66% des sympathisants de l’UMP souhaitaient voir François Fillon diriger l’UMP contre 33% qui lui préféreraient Jean-François Copé. La belle affaire ! Cette fausse querelle entre deux apparatchiks interchangeables accuse la vacuité des idées d’une droite qui ne veut pas s’avouer comme telle, parce qu’elle ne s’est tout simplement jamais trouvée.

    Historiquement, la droite doit davantage son existence au camp d’en face. Plus exactement, la droite occupe tragiquement la place laissée vacante par la mort du roi en 1793, la gauche préemptant la cause du peuple. Force est d’admettre que le clivage droite/gauche constitue la référence réflexe qui conditionne le positionnement des individus/électeurs dans la cité. Ce fait sociologique et psychologique condamne d’emblée le « ni droite/ni gauche », défendu, notamment, par le Front national, tout en demeurant, paradoxalement, le grand malentendu de la droite.

    Son caractère introuvable aujourd’hui est probablement dû à son absence d’épine dorsale. Au XIXe siècle, entre 1871 et 1938, celle-ci pouvait s’adosser aux deux piliers primordiaux de la société, l’Église et l’Armée, rendant ainsi inutile toute édification d’un corpus doctrinal. La droite s’est bâtie a posteriori, sur un certain nombre d’attitudes face à ces deux institutions qui lui ont conféré sa substance, mais aussi en récupérant des thématiques laissées en déshérence par la gauche, condamnant la droite à « finir les restes », à se comporter comme une poubelle de table idéologique.

    La condamnation pontificale du quotidien de L’Action française, en 1926, laissera des traces profondes dans le code génétique de la droite hexagonale. Si, pour la première fois, depuis Joseph de Maistre (providentialisme) et Maurice Barrès (culte du Moi), un courant de la droite se dotait d’un corpus doctrinal d’envergure — grâce à Charles Maurras —, son soutien historique lui faisait défaut ou, à tout le moins, n’était plus aussi inconditionnel qu’auparavant (déjà, en août 1910, les thèses du Sillon, organe d’un catholicisme social, feront l’objet d’une désapprobation du Pape Pie X).

    Entamant son chemin de Damas, au lendemain de la Libération, la droite sera, dès lors, en butte à la propagande « résistantialo-gaullo-communiste » qui achèvera de la discréditer, en en faisant l’exutoire commode et opportun des pires turpitudes et infamies d’une gauche largement compromise dans la Collaboration (même s’il y eut d’authentiques collaborationnistes au sein de la droite littéraire). Même la parenthèse gaullienne échouera à redonner ses lettres de noblesse à une droite de plus en plus nostalgique qui s’épuisait, vaillamment mais tragiquement, dans la défense d’un Empire français sénescent. En outre, la judéophobie récupérée à la gauche durant l’Affaire Dreyfus constituera une encombrante tunique de Nessus pour la droite.

    Ayant lu Gramsci, la gauche culturelle préparera l’avènement de la gauche électorale. Démonétisée doctrinalement, la gauche mettra de côté ses pères fondateurs (Leroux, Owen, Blanc, Sorel, Berth, Proudhon, Fourier, Bakounine), adaptera ses concepts (à commencer par celui de « socialisme » qui verra son glissement sémantique vers la « gauche ») et manifestera un attachement dogmatique, quasi-biblique, à la métaphysique du Progrès. La droite, en perdition idéologique, se fera peu à peu mithridatiser par le progressisme de la gauche, cœur atomique de l’individualisme libéral des Lumières, comme l’a brillamment montré Jean-Claude Michéa. Les deux versants culturels et économiques du libéralisme ont été respectivement investis par la gauche et la droite, au point, observe Michéa, que « le clivage droite/gauche (…), clé politique ultime des progrès constants de l’ordre capitaliste, permet (…) de placer en permanence les classes populaires devant une alternative impossible » (L’empire du moindre mal, Flammarion 2010). Dans sa crainte d’être prise en flagrant délit de « ringardisme » par une gauche convaincue de sa supériorité morale, la droite se lancera dans une surenchère permanente sur des sujets tels que le « mariage » homosexuel, le fédéralisme européen, l’antiracisme (tout à la fois « diversitaire » et métissé, l’oxymore, comme le ridicule en ce domaine, ne tuant plus), etc.

    Mais pour ne pas perdre pied politiquement, la droite se verra contrainte de faire écho aux angoisses et inquiétudes existentielles légitimes de son électorat en pillant éhontément le programme d’un FN qu’elle s’échine, nonobstant, à diaboliser tout en en blanchissant les idées sous le harnais d’un républicanisme vertueux. Las. Car, derrière une telle fébrilité de circonstance, pas l’once d’une idée, c’est-à-dire d’une critique ou d’une analyse radicale et métapolitique de la société.

    Quand la droite osera-t-elle, enfin, le solidarisme, l’antilibéralisme, le subsidiarisme, l’ethno-différencialisme, la décroissance, l’anti-égalitarisme, l’anti-technicisme, etc. ? A coup sûr, cela supposerait qu’elle rompe avec l’anti-intellectualisme lequel, a-t-elle toujours pensé à tort, la démarquait de la gauche. Avant de conquérir le pouvoir politique, la droite doit nécessairement conquérir les esprits, non plus avec Jacques Séguéla et Thierry Saussez, mais avec Jacques Ellul, Jean-Claude Michéa, Christopher Lasch, Antonio Gramsci, Aristote, Carl Schmitt, Michel Villey, Karl Marx, Rousseau, Althusius, Charles Maurras, Emmanuel Todd, Jules Monnerot, Alain de Benoist, et d’autres non moins innombrables et précieux, non pour les copier mais pour les éprouver dans une praxis.

    Aristide Leucate (Boulevard Voltaire, 23 octobre 2012)


     

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