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Points de vue - Page 110

  • Libres réflexions sur le début et la fin du dernier conflit mondial...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue stimulant de Guy Mettan, cueilli sur son blog Planète bleue et consacré à la deuxième guerre mondiale.

    Responsable du Club suisse de la presse et ancien directeur-rédacteur en chef de la Tribune de Genève, Guy Mettan a notamment publié Russie-Occident : une guerre de mille ans (Syrtes, 2015) et Le continent perdu (Syrtes, 2019).

     

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    La Deuxième Guerre mondiale   est-elle vraiment terminée ?

    Libres réflexions sur le début et la fin du dernier conflit mondial

    « La deuxième Guerre mondiale a commencé le 1er septembre 1939 avec l’invasion de la Pologne par les troupes nazies et s’est terminée le 8 mai 1945 avec la capitulation du Reich. » C’est ce qu’on apprenait dans les manuels scolaires des années 1950-1960 dans les écoles suisses et françaises. Pendant cinquante ans, ces dates me semblaient coulées dans le bronze et il ne me serait pas venu à l’idée qu’on puisse les remettre en cause.

    Cependant, le Japon ayant été vaincu par les Etats-Unis après avoir reçu deux bombes atomiques, il a été assez vite admis qu’il fallait repousser la date de la fin de la deuxième Guerre mondiale au 2 septembre 1945, jour de la capitulation du Japon. Mais en Europe occidentale, cette date du 2 septembre est restée très abstraite. En effet, comme à cette époque on avait l’habitude de commémorer les dates du 11 novembre 1918, fin de la Première Guerre mondiale, et du 8 mai 1945, fin de la deuxième, c’est cette dernière date qui est restée gravée dans ma mémoire personnelle et dans la mémoire collective de la majorité des Européens occidentaux.

    Il a fallu attendre 1991, la dissolution de l’Union soviétique et le « retour » des pays est-européens dans le giron occidental pour découvrir qu’à l’est, et en Russie notamment, on célébrait la fin de la Victoire sur le Reich le 9 mai et non le 8, à cause du décalage horaire provoqué par la signature tard dans la nuit de l’armistice. Du coup, les célébrations de la victoire sur le fascisme intervenaient un jour plus tôt en Occident. Ce qui lui permettait de s’attribuer, en catimini, la totalité de l’honneur de la victoire, devant la Russie soviétique qui se trouvait condamnée à ne la célébrer que le lendemain, comme un comparse de deuxième rang, un allié de deuxième zone, alors même qu’elle avait été le principal artisan de la victoire !

    Cet effacement progressif de la contribution russo-soviétique à la victoire sur le nazisme a été puissamment renforcé par la montée en puissance de la date du 6 juin 1944, jour du Débarquement de Normandie, dont la commémoration a pris une importance de plus en plus marquée à la fin de la Guerre froide et après la disparition de l’Union soviétique. Il s’agissait pour les Occidentaux, de consolider l’Alliance atlantique, de renforcer le front « démocratique » contre le communisme et de réintégrer l’Allemagne dans le concert des nations européennes aussi bien au sein de l’Union européenne que de l’OTAN.

    La célébration du Débarquement avait donc l’immense avantage de permettre de mettre de côté la Russie, sous prétexte qu’elle n’était pas présente sur les plages de Normandie le 6 juin, et d’adopter la posture du vainqueur magnanime en invitant les vaincus, les Allemands, aux cérémonies. C’est ainsi que le 6 juin 2019, à l’occasion du 75e anniversaire du Débarquement, les « Alliés » ont invité Angela Merkel en Normandie mais pas Vladimir Poutine, dont le pays avait pourtant libéré l’Europe du nazisme au prix de 26 millions de morts ! Au diable les réalités de l’Histoire, quand on peut ajouter l’injure à la distorsion des faits…

    Naturellement cette forfaiture n’aurait jamais été possible du vivant des survivants du Débarquement. Les soldats alliés qui ont débarqué en Normandie, qu’ils aient été Anglais, Américains, Français ou Canadiens, savaient parfaitement qu’ils devaient leur vie et leur succès au sacrifice de dizaines de milliers de soldats soviétiques qui, pendant ces jours fatidiques, se faisaient tuer au combat sur le front de l’est pour empêcher Hitler de rapatrier ses blindés et ses troupes de choc en Normandie afin de faire échec au débarquement. Ils auraient été indignés que, pour des raisons politiques, la Russie fût exclue des festivités. Leurs témoignages sont très clairs à ce sujet. Mais aujourd’hui, les derniers survivants disparaissent, et avec eux l’esprit de justice et de fraternité des armes qu’ils défendaient.

    Il serait intéressant de faire un sondage d’opinion. Mais je suis convaincu qu’aujourd’hui, en Europe occidentale, la date du 6 juin 1944 concurrence et même précède celle du 8 mai 1945 comme date essentielle de la deuxième Guerre mondiale. Elle devance en tout cas largement la date de la bataille de Stalingrad dans la mémoire collective ouest-européenne, qui pense par ailleurs que ce sont les Etats-Unis qui ont permis de vaincre l’Allemagne nazie.

    Cela étant dit, la question des dates du début et de la fin de la 2e GM dépasse de loin ces considérations. On sait que pour les Chinois par exemple, la deuxième Guerre mondiale a commencé en 1937 déjà, avec l’invasion de la Chine orientale par les troupes japonaises, voire en 1931 si l’on remonte à l’occupation de la Mandchourie. Cette date n’est pourtant jamais retenue alors que la Chine, avec un bilan estimé entre 10 et 20 millions de morts, a payé le plus lourd tribut de la guerre après l’Union soviétique (Allemagne 7-9 millions, USA 0.4 million, Japon 2.5-3 millions).

    Inversement, dans d’autres pays comme la Russie et les Etats-Unis, la Deuxième Guerre mondiale ne commence que le 22 juin 1941 avec l’Opération Barbarossa et le début de la Grande Guerre Patriotique (au risque d’oublier l’occupation de la Pologne orientale et la guerre de Finlande en automne 1939) et le 7 décembre 1941 avec l’attaque de Pearl Harbour.

    On ne saurait pourtant réduire une guerre à ses seules batailles et opérations militaires. Si l’on pense avec Clausewitz que la guerre n’est que la poursuite de la politique par d’autres moyens, alors il faut aussi considérer les événements politiques. Et là, les choses se compliquent beaucoup. Les dates deviennent de moins en moins pertinentes, le choix dépendant fortement de l’idéologie et de l’origine géographique des auteurs.

    Certains auteurs antisoviétiques ou antirusses ont par exemple suggéré de faire démarrer les hostilités avec le Pacte Molotov-Ribbentrop du 23 août 1939, oubliant commodément les accords de Munich du 30 septembre 1938. Ce sont pourtant ces derniers accords qui avaient abouti à l’invasion des Sudètes en Tchécoslovaquie et qui, de façon discrète et pernicieuse, avaient aussi cherché à détourner les appétits de conquête de Hitler vers l’Union soviétique plutôt que vers la France et la Grande-Bretagne. Cet aspect des accords de Munich n’est jamais mentionné par les historiens occidentaux alors même qu’il a conforté le bellicisme de l’Allemagne nazie. Après Munich, Hitler n’avait plus à se demander s’il voulait attaquer d’abord à l’est ou d’abord à l’ouest. Ce serait l’est, ce que Staline avait parfaitement compris et l’amena à conclure le pacte Molotov-Ribbentrop.

    Quoiqu’il en soit, la majorité des historiens s’accorde à penser que la principale cause de la Deuxième Guerre mondiale résulte du « Diktat » de Versailles, qui a imposé en 1921 des conditions excessivement dures à l’Allemagne et amplifié les frustrations qui ont encouragé le revanchisme nazi après la crise financière de 1923 et la crise économique de 1929.

    Soit. Mais si l’on remonte au traité de paix de 1921, pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? Une vision un peu plus large, ou plus distanciée, du 2e conflit mondial devrait remonter non pas à la conclusion provisoire de la Première Guerre mondiale mais à son déroulement. C’est ce que suggère la thèse de l’historien révisionniste allemand Ernst Nolte, pour qui la Deuxième Guerre mondiale n’est qu’une grande guerre civile commencée en 1917, lorsque la Première Guerre mondiale eut pour funeste conséquence de conduire à la révolution bolchévique. Pour Nolte, la Deuxième Guerre mondiale commence donc en Russie en 1917 pour s’achever en 1945. C’est en tout cas ce que reflète le titre de son ouvrage majeur « La Guerre civile européenne, 1917-1945 », dans lequel il défend l’idée que le nazisme s’est développé en réaction au communisme et au « judéo-bolchévisme ». Cette thèse contestable a provoqué dans les années 1980 ce qu’on a appelé la « querelle des historiens ». Les critiques de Nolte l’ont accusé, à juste titre, de relativiser la responsabilité des crimes nazis en les faisant remonter au communisme et en donnant du crédit aux comparaisons du style Staline égale Hitler (ou Hitler égale Staline), très en vogue aujourd’hui dans les cercles dirigeants occidentaux.

    Cette reconstruction a posteriori des enchainements chronologiques de la Deuxième Guerre mondiale et cette manière d’établir des équivalences sont évidemment très discutables. Si l’on postule que la Révolution bolchévique a engendré le communisme, et par là le nazisme, il faut alors s’interroger sur les causes et la nature de cette révolution. Et surtout il faut alors remonter au moins jusqu’en 1914 et à l’éclatement de la Première Guerre mondiale, laquelle n’a d’ailleurs pas seulement entrainé la chute du tsarisme mais aussi celle des régimes monarchiques allemand et autrichien.

    Mais cela n’est pas notre but ici. Si l’on élargit la perspective de Nolte en abandonnant tout biais idéologique, on peut accepter son idée de guerre civile européenne. Une guerre civile qui aurait commencé en 1914, se serait terminée en 1945 et qui se serait soldée par la ruine de la civilisation européenne. Une guerre de trente ans, comme celle qui a divisé l’Europe entre 1618 et 1648, mais avec des résultats beaucoup catastrophiques sur le long terme. Ou plutôt une guerre civile de trente ans comme la Guerre du Péloponnèse qui, entre 431 et 404 avant JC, a ruiné la Grèce antique au point de la faire sortir de l’Histoire.

    Comparaison n’est pas raison, surtout en histoire. Mais l’analogie entre les deux guerres mondiales et la guerre du Péloponnèse ouvre des pistes de réflexion intéressantes. Elle n’avait d’ailleurs pas échappé aux intellectuels de l’époque qui, comme Albert Thibaudet (La Campagne avec Thucydide, 1922), avaient été frappés par cette forme de suicide de la civilisation européenne qu’avait représenté la Première Guerre mondiale. Si cela a été vrai pour la Première, ça doit l’être a fortiori pour la Deuxième !

    Ces deux guerres civiles sont proches par leur durée, mais aussi par la géographie (deux archipels formés de petits Etats à la fois maritimes et terrestres et dotés d’un rayonnement commercial, culturel, économique et militaire remarquable), par leur nature (une guerre civile qui coupe le monde civilisé en deux alliances de force quasi égale) et par leur résultat (un des deux camps obtient la victoire mais celle-ci affaiblit aussi bien les vainqueurs que les vaincus et profite dans les faits à des puissances périphériques (Macédoine et Rome après la Guerre du Péloponnèse, Union soviétique et Etats-Unis après la Grande Guerre civile européenne).

    Nul ne peut contester qu’après la guerre du Péloponnèse, le foyer de la civilisation classique grecque qu’avaient représenté Athènes et Sparte s’est peu à peu étiolé, au profit de la Macédoine d’abord et de Rome ensuite. Voisine de la Grèce mais jugée non-grecque par beaucoup de Grecs, la Macédoine a tiré profit du conflit et, avec Alexandre le Grand, a même connu une brillante heure de gloire avant de s’effacer elle aussi devant la nouvelle puissance conquérante : Rome.

    Comment ne pas faire le rapprochement avec l’Union soviétique, qui connut aussi son heure de gloire dans les années 1960 avant de s’effacer devant les Etats-Unis ? Etats-Unis qui, comme Rome après la guerre du Péloponnèse, intervinrent dans les affaires européennes à la faveur des conflits internes (une première fois en 1917, une deuxième en 1941 et une troisième en 1947 avec la Guerre froide) et finirent par ne plus jamais quitter le sol européen. A l’imitation des Romains qui, profitant de l’affaiblissement et des divisions internes grecques intervinrent une première fois en 212, une deuxième fois en 180 puis une troisième fois en 146 avant JC, cette fois-ci pour y rester définitivement en réduisant la Grèce à l’état de colonie romaine.

    Arrêtons ici les analogies pour simplement suggérer que, si la date du début de la Deuxième Guerre mondiale peut beaucoup varier selon le point de vue des historiens, sa date de fin peut également être discutée. Certes, les armes se sont tues en 1945 sur le sol européen. Mais était-ce vraiment la fin du conflit ? La Guerre froide, pour retourner l’argument de Clausewitz, n’a-t-elle pas été la poursuite de la guerre chaude par d’autres moyens, moins meurtriers mais tout aussi efficaces ? Et les guerres de décolonisation, la guerre du Vietnam, et même le démembrement de la Yougoslavie et le bombardement de la Serbie, n’ont-ils pas été les ultimes batailles, éclatées et sporadiques, de la Deuxième Guerre mondiale ?

    Et comment être sûr que cette Guerre soit vraiment terminée ? La victoire revendiquée par les Etats-Unis en 1991, après la disparition de l’adversaire soviétique, a-t-elle clos le débat ? Pas si sûr. Car entretemps, un autre protagoniste de la Première et de la Deuxième Guerre mondiale a brusquement ressurgi sur la scène internationale, la Chine, avec une montée en puissance si rapide et si spectaculaire qu’elle ébranle les certitudes du vainqueur autoproclamé, qui craint désormais d’être surclassé.

    On conclura donc provisoirement que la Deuxième Guerre mondiale s’est bien déroulée entre 1939 et 1945 mais que tant ses causes que ses conséquences sont loin d’avoir épuisé la réflexion. C’est le mérite des historiens de garder l’esprit ouvert et, à la lumière des faits, de soumettre à la critique et à la discussion des interprétations qui renouvellent le regard que l’on peut porter sur ce tragique événement.

    Guy Mettan (Planète bleue, 22 juillet 2021)

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  • Théorie et rôle des gardiens de l’information : l’exemple du féminisme...

    Vous pouvez découvrir ci-dessous une vidéo de Mos majorum consacrée aux "gardiens de l'information" et à leur rôle dans la diffusion du féminisme agressif... Mos majorum est un vidéaste à l'origine de la création des éditions Carmin qui devraient rééditer prochainement L'homme du ressentiment, un essai de Max Scheler, avant de se lancer dans la traduction et la diffusion d'essais contemporains, publiés notamment dans le monde anglo-saxon.

     

                                           

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  • Le "covidiot", nouveau bouc émissaire...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de David Engels cueilli sur Putsch et consacré au glissement autoritaire de nos sociétés à travers l'exemple de la dénonciation des opposants au « passe sanitaire » comme « parasites sociaux »...

    Historien, spécialiste de l'antiquité romaine, David Engels, qui est devenue une figure de la pensée conservatrice en Europe, est l'auteur de deux essais traduits en français, Le Déclin. La crise de l'Union européenne et la chute de la République romaine (Toucan, 2013) et Que faire ? Vivre avec le déclin de l'Europe (Blauwe Tijger, 2019). Il a également dirigé un ouvrage collectif, Renovatio Europae - Plaidoyer pour un renouveau hespérialiste de l'Europe (Cerf, 2020).

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    L’éternel bouc émissaire. Aujourd’hui : les « covidiots »

    Les recherches sur le totalitarisme ont montré qu’un État autoritaire, s’il veut survivre, ne peut se contenter de seulement contrôler les moyens réels du pouvoir : il doit également impliquer sa propre population dans ses crimes à un degré tel qu’elle en devienne complice et perde, en même temps que la moralité, le respect de soi et donc la volonté intérieure de résister. Ne devrait-on pas tirer la sonnette d’alarme aujourd’hui ?

    Ces jours-ci, on parle beaucoup de la « dictature covid », et il y aurait en effet beaucoup à dire sur la transformation autoritaire de nos sociétés occidentales, donnant lieu à des situations qui auraient été considérées comme des délires complotistes il y a seulement deux ans. Dans toute l’Europe, non seulement des adultes en parfaite santé, mais aussi des enfants refusant une thérapie génétique expérimentale « volontaire » contre une « pandémie » responsable pour (ou simplement concomitante à) la mort d’à peine 0,17 % de la population française (presque exclusivement des personnes âgées avec de multiples pathologies préexistantes) vont être définitivement exclus de presque tous les lieux de la vie publique et même des voyages à l’étranger – sous les applaudissements nourris de médias, de politiciens et d’« experts » qui, autrement, parlent sans cesse de tolérance et des droits de l’homme. Le fait que cette « vaccination » expérimentale ne semble pas entraver de manière significative la contagion par ou la transmission du covid-19, mais qu’elle ne ferait que renforcer le système immunitaire individuel tout en ayant des effets secondaires non négligeables, rend l’ensemble doublement surréaliste et rend la contrainte indirecte de vacciner toute une population complètement incompréhensible. Si l’on ajoute que même avant le covid-19, les démocraties occidentales n’étaient pas au mieux de leur forme, et que les « lois d’urgence » liées au covid ne sont à bien des égards que la conséquence de l’autodestruction déjà entamée de longue date de la démocratie participative, le citoyen vigilant ne peut que frémir en pensant à ce que l’avenir peut encore lui réserver.

    Dans cette situation précaire, le fait selon lequel, d’après un sondage Elabe récent, 76 % des Français soutiendraient effectivement cette évolution, apparaît comme un coup de poing dans l’estomac (https://www.ouest-france.fr/politique/emmanuel-macron/covid-19-une-majorite-de-francais-approuve-les-mesures-annoncees-par-emmanuel-macron-88d5e572-e3fa-11eb-8317-b6757a6d4184). Même si ce chiffre semble assez discutable pour plusieurs raisons, il met néanmoins en lumière un phénomène que l’on peut difficilement nier : le plaisir jubilatoire à peine dissimulé qu’il procure non seulement aux journalistes, aux politiciens et aux experts, mais aussi à de nombreux utilisateurs ordinaires des médias sociaux, de diffamer les personnes non vaccinées comme des parasites antisociaux de la santé publique, justifier la répression policière sanglante des manifestants comme étant la seule façon possible de faire face à de dangereux « cinglés », et considérer la privation permanente de leurs libertés et leur exclusion physique comme une juste punition pour l’« entêtement » et la « stupidité » des « covidiots ». Mais c’est précisément cette disposition à la haine triomphaliste et à l’oppression physique qui constitue le deuxième élément indispensable à la solidification des conditions autoritaires émergentes, à savoir la complicité d’une partie importante de la population avec le crime et donc cette co-responsabilité morale qui rend tout retour en arrière presque impossible.

    Je m’épargnerai ici une liste des commentaires vicieux omniprésents, qui reviennent tous à dépeindre ceux qui critiquent le confinement ou qui refusent, pour eux-mêmes ou leurs enfants, la vaccination « volontaire » jusqu’à ce que l’on en sache plus sur ses effets secondaires et conséquences, comme des ennemis de l’État qui doivent être contraints à l’obéissance par tous les moyens possibles.

    Et il est d’ores et déjà évident que ces « covidiots » seront désignés comme les boucs émissaires idéaux de tous les maux imaginables à l’avenir, et ce contre toute évidence : non seulement la quatrième, cinquième ou sixième vague avec les mutations attendues du virus et l’inefficacité des vaccinations, mais aussi la nécessité d’un « Grand Reset » attendu de toute manière depuis de nombreuses années, et dont les conséquences désastreuses vont évidemment être attribuées au virus et aux « covidiots ». A y regarder de près, la diffamation du corona-sceptique comme ennemi principal de l’État moderne n’est pas aussi absurde qu’il n’y paraît : car celui qui, aujourd’hui, refuse de céder à la pression conjuguée de la politique, des médias et de ses concitoyens, agira aussi de manière imprévisible et obstinée sur d’autres sujets demain. Les identifier dès maintenant comme un groupe fermé, les livrer à la haine de la majorité et, si possible, les exclure de la société, est parfaitement logique en termes de tactique de pouvoir et correspond bien à la mode de plus en plus répandue de compiler des listes des prétendus « ennemis » de la bienpensance afin de préparer les proscriptions à venir.

    La dictature n’est pas seulement fondée sur la tyrannie, mais aussi sur la complicité et la satisfaction secrète et étrange de voir que l’autre seulement est humilié et persécuté – qu’il s’agisse du Juif, du « sous-homme » slave, de l’homosexuel, du koulak, du curé, du bourgeois ou de l’aristocrate -, tandis que l’on se croit en sécurité en tant que personne « comme tout le monde », qui ne « fait pas de problèmes » et fait confiance à « ceux d’en haut » qui « ne veulent que notre bien » : une erreur de calcul épouvantable, qui n’apparaît bien sûr que dans un deuxième temps, lorsque, grâce à la dénonciation, à la malveillance, à l’arbitraire et à la terreur, les citoyens prétendument « irréprochables » en prennent également pour leur grade – et sur cette base, nous pouvons craindre avec horreur que le système de répression sanitaire actuellement en vigueur ne soit également utilisé dans quelques années pour exclure la dissidence politique, pour perpétuer le contrôle de l’État sur notre intégrité physique et enfin pour mettre en place un système de crédit social sur le modèle chinois.

    Sera-t-il possible d’éviter le pire et de retrouver non pas la « nouvelle normalité » dystopique mais l’« ancienne normalité » par une opposition courageuse ? L’ambiance incite plutôt au pessimisme – non seulement parce que l’érosion alarmante de l’État de droit par une pseudo-moralisation hystérique ne permet plus aux responsables de « revenir en arrière » sans graves conséquences juridiques, mais aussi parce que le discours public s’est tellement polarisé qu’une majorité de citoyens, pour ne pas perdre la face, se doit de continuer à affirmer la déshumanisation actuelle des prétendus « covidiots » – jusqu’à ce que sur la base de l’exclusion sélective de toute une partie de la population se lève un régime, dont les complices actuels deviendront tôt ou tard les prochaines victimes….

    David Engels (Putsch, 13 août 2021)

     

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  • Les Verts : une colonisation américaine ?...

    Dans son éditorial du 25 août 2021, Mathieu Bock-Côté s'est penchée sur la mouvance écologiste qui normalise dans ses discours l'idéologie "woke"...  Québécois, Mathieu Bock-Côté est sociologue et chroniqueur et est déjà l'auteur de plusieurs essais comme Le multiculturalisme comme religion politique (Cerf, 2016), Le nouveau régime (Boréal, 2017) ou L'empire du politiquement correct (Cerf, 2019).

     

                                                     
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  • Demain, la guerre pour Taïwan ?...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue d'Yves Montenay, cueilli sur son blog et consacré à la tentation qui grandit en Chine d'une réunification par la force avec Taïwan...

    Centralien, diplômé de Sciences-po et docteur en démographie, Yves Montenay a eu une carrière internationale de cadre, conseil et chef d'entreprise dans 12 pays.

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    La guerre pour Taïwan ? Précédents historiques et risques militaires

    La Chine répète de plus en plus fortement qu’elle est décidée à « réunifier » le pays en annexant Taïwan. Et tout le monde remarque que le terme « pacifiquement » a disparu. Comme il semble que Taïwan ne puisse pas se défendre sans les États-Unis, une guerre à grande échelle est tout à fait possible si ce soutien se matérialise.

    Cela me rappelle des souvenirs historiques désagréables.

    De nombreux précédents de mauvais augure

    L’argument « c’est le même peuple, et il doit donc être rassemblé sous notre autorité », a beaucoup servi, y compris dans l’histoire récente de l’Europe.

    Je vais me borner à cette dernière.

    C’est en effet ce genre de discours qui a été une cause de grand affaiblissement de l’Europe. Cela commence par la guerre de la Prusse contre la France en 1870, avec l’annexion de l’Alsace-Lorraine. Ses habitants ont eu beau élire des représentants à Berlin répétant que c’était contre leur gré, il leur a été objecté : « vous êtes de civilisation et de langue germanique, donc des Allemands. Donc que ça vous plaise ou non votre place est dans notre empire (le deuxième Reich) ».

    Or cette guerre de 1870 est largement à l’origine de celle de 1914 – 18 qui a détruit démographiquement l’Europe. Conflit qui est lui-même à l’origine de la guerre « revancharde » de 1939 – 45. Et on se souvient que les années 1930 ont vu le rattachement de l’Autriche et des Sudètes (Allemands de Tchécoslovaquie) à l’Allemagne, « parce que faisant parti du peuple allemand ».

    Aujourd’hui la Russie a annexé la Crimée pour la même raison (elle est peuplée de Russes) et soutient les sécessionnistes du Donbass (Ukraine orientale) parce que leurs habitants sont russophones dans une république bilingue (russe – ukrainien) dans laquelle l’ukrainien a en principe un rôle prépondérant.

    Mais revenons au monde chinois

    Pourquoi Taïwan ?

    Taïwan n’a pas toujours été chinoise, et la population initiale existe toujours, même si elle est maintenant très minoritaire.

    Il y a eu en effet plusieurs vagues de colonisation chinoise, la dernière a lieu à l’occasion du repli de l’armée du Kuomintang dirigée par le président légitime de la Chine, Tchang Kai-Check, accompagnée de civils. Légitime ? En tout cas davantage que Mao, ce qui l’a amené à dire qu’il était le seul représentant de la Chine.

    Le temps a passé, la Chine communiste a été reconnue, Taïwan ne l’est plus comme un pays distinct à la suite des pressions chinoises, mais, de facto, des relations quasi diplomatiques demeurent avec le monde occidental

    Remarquons que Taïwan a gagné la guerre économique, puisque ce sont des sociétés de ce pays qui ont activement participé au décollage industriel de la Chine. Cela a illustré l’efficacité de son système libéral et capitaliste.

    Mais psychologiquement c’est un épisode que le gouvernement chinois voudrait bien faire oublier. Et nous voyons tous les jours, notamment à l’occasion de la proclamation du centième anniversaire du parti communiste chinois que Pékin a l’habitude de réécrire l’histoire à sa façon.

    Et la reprise en main de Hong Kong par la Chine communiste ne peut que crisper la population taïwanaise.

    L’exemple de Hong Kong renforce le refus taïwanais et occidental

    Il y a eu plusieurs tentatives de séduction chinoise envers Taïwan pour la réunification se fasse de manière paisible.

    Il y a eu notamment la proposition de Pékin d’accepter le dispositif « un pays, deux systèmes, comme à Hong Kong » ce qui a paru un moment et pour certains un arrangement possible.

    Mais les Taïwanais ne peuvent que constater aujourd’hui le non-respect du traité signé entre la Chine et l’Angleterre concernant la situation à Hong Kong.

    Et ce non-respect n’a pas seulement été une proclamation de principe pour affirmer la souveraineté de Pékin, mais a donné lieu, depuis mon article ci-dessus, à une nouvelle législation répressive et en pratique rétroactive, qui a mené à l’arrestation et à l’emprisonnement de nombreuses personnalités démocrates et a répandu une atmosphère d’autocensure et de crainte.

    Il y a donc là une crainte très réelle de la population taïwanaise de se retrouver dans la même situation. Et pour les États-Unis de perdre leur statut de défenseurs de la démocratie et des libertés.

    Sur le plan économique, l’offensive de Pékin contre ses propres capitalistes ne peut que renforcer la crainte de ceux de Taïwan.

    Tandis que d’un point de vue américain, la crainte de voir la Chine mettre la main sur la principale entreprise mondiale de production de puces électronique accroît encore l’inquiétude.

    Y aura-t-il résistance de Taïwan malgré la disproportion des forces (à ma connaissance du moins) ? Cela dépend probablement des assurances que Taïwan aura ou non de la part des Etats-Unis.

    Ces derniers risqueraient alors d’entrer dans un engrenage les menant à une guerre nucléaire.  Ils n’y tiennent pas, la Chine non plus. Mais si des avions ou des navires sont détruits, les représailles viendront … d’où mon terme d’engrenage.

    La guerre froide nous a déjà fait vivre de telles péripéties.

    Les leçons de la guerre froide se heurtent à la géographie

    A cette époque, et malgré une forte hostilité réciproque, les États-Unis et l’URSS ont maintenu des structures de dialogue pour éviter un désastre nucléaire mondial, et notamment un « téléphone rouge » entre les responsables. Mais on a néanmoins frôlé plusieurs fois la catastrophe.

    Je ne connais pas les secrets des contacts dans cet esprit entre Pékin et Washington, mais les sinologues sont pessimistes sur leur efficacité et même sur leur existence.

    De plus la géographie du théâtre des opérations laisse moins de temps pour réagir qu’à l’époque de la guerre froide. Le film « Docteur Folamour » l’illustre en montrant des avions américains volant des heures avant de pouvoir larguer leurs bombes atomiques sur l’URSS, laissant au contre-ordre le temps d’arriver.

    La « crise des missiles » (tentative d’installation de missiles soviétiques à Cuba) a entraîné une réaction particulièrement vigoureuse de Kennedy parce que Cuba est proche des Etats -Unis et que des missiles partant de cette île ne laisseraient pas le temps de discuter. Mais pour les installer il fallait traverser l’Atlantique, ce qui a laissé le temps de résoudre la crise.

    Le détroit de Taiwan étant beaucoup plus petit que l’Atlantique ou le Pacifique, il y a là une première raison de la contraction du temps de réaction pour stopper une invasion.

    De plus, aujourd’hui, les missiles remplacent les avions, deuxième raison de la contraction du temps de réaction.

    Donc la « négociation au bord du gouffre » sera difficile ou impossible, et l’on en est réduit à compter sur une « modération » du président Xi, modération qui n’existera que si les États-Unis montrent qu’ils sont prêts au pire. Ce qui n’est pas certain : les États-Unis sont une démocratie avec les lenteurs et les faiblesses compréhensibles que cela peut entraîner.

    On retombe sur l’avantage géopolitique en faveur des régimes autoritaires, dont la Turquie s’est servi avec succès pour envahir Chypre et Poutine en Crimée. C’est ennuyeux pour Taïwan !

    Yves Montenay (Blog d'Yves Montenay, 15 juillet 2021)

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  • Le Green Deal européen et l’effondrement industriel de l’Europe...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de William Engdahl, économiste et journaliste américain, cueilli sur le site du Saker francophone et consacré au programme de "Green deal" récemment présenté par la commission européenne.

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    Fit for 55. Le Green Deal européen et l’effondrement industriel de l’Europe

    L’une des rares déclarations honnêtes de Bill Gates a été sa remarque, faite début 2021, disant que si vous pensez que les mesures dues à la Covid sont mauvaises, attendez de voir les mesures prises contre le réchauffement climatique. L’Union européenne est en train d’imposer, du haut vers le bas, les mesures les plus draconiennes à ce jour, qui détruiront effectivement l’industrie moderne dans les 27 États de l’Union européenne. Sous de jolis noms tels que « Fit for 55 » et European Green Deal, des technocrates non élus finalisent à Bruxelles des mesures qui provoqueront le pire chômage industriel et le pire effondrement économique depuis la crise des années 30. Des industries telles que l’automobile ou le transport, la production d’électricité et l’acier sont sur la sellette, tout cela pour une hypothèse non prouvée appelée réchauffement climatique d’origine humaine.

    Alors que la plupart des citoyens de l’UE étaient distraits par les restrictions sans fin mises en place à cause d’une pandémie de type grippal appelée covid19, les technocrates de la Commission européenne à Bruxelles préparaient un programme de désintégration planifiée de l’économie industrielle de l’UE. L’aspect pratique d’un groupe supranational non élu, planqué à Bruxelles ou Strasbourg, est qu’il n’a pas de comptes à rendre à de véritables électeurs. Ils y a même un nom pour cela : Le déficit démocratique. Si les mesures sur le point d’être finalisées par la Commission européenne, sous la direction de la présidente allemande Ursula von der Leyen et du vice-président chargé du réchauffement climatique, le technocrate néerlandais Frans Timmermans, sont adoptées, voici un aperçu de ce qui se passera.

    « Fit for 55 »

    Le 14 juillet, la Commission européenne a présenté son programme écologique nommé « Fit for 55 ». Bien que le titre ressemble à une publicité pour une salle de sport réservée aux cinquantenaires, il s’agit du programme de désindustrialisation le plus draconien et le plus destructeur jamais imposé en dehors d’une guerre.

    Fit for 55 est le cadre central des nouvelles lois et règles établies par Bruxelles pour réduire considérablement les émissions de CO2, en utilisant des systèmes tels que les taxes sur le carbone, les plafonds d’émission et les systèmes de plafonnement et d’échange.

    En avril 2021, la Commission européenne annonçait un nouvel objectif européen en matière de climat : D’ici 2030 les émissions doivent être réduites de 55 % par rapport à 1990, contre 40 % précédemment. D’où le joli nom de « Fit for 55 ». Mais l’industrie et la main-d’œuvre des États membres de l’UE seront tout sauf en forme si ce plan est mis en œuvre. En clair, il s’agit d’un fascisme technocratique imposé sans débat public à quelque 455 millions de citoyens européens.

    C’est la première fois au monde qu’un groupe de pays, l’UE, impose officiellement un programme visant à imposer un absurde « zéro » CO2 d’ici 2050 et une réduction de 55 % du CO2 d’ici 2030. Le tsar du Green Deal de l’UE, le commissaire Frans Timmermans, a déclaré en mai : « Nous allons renforcer le système d’échange de quotas d’émission de l’UE, actualiser la directive sur la taxation de l’énergie et proposer de nouvelles normes de CO2 pour les voitures, de nouvelles normes d’efficacité énergétique pour les bâtiments, de nouveaux objectifs pour les énergies renouvelables et de nouvelles façons de soutenir les carburants propres et les infrastructures pour des transports propres. » En réalité, cela va détruire l’industrie des transports, de l’acier, du ciment ainsi que de la production d’électricité à partir de charbon et de gaz.

    Voici les principaux secteurs concernés par de ce sinistre Fit For 55.

    Voitures et camions

    L’un des principaux objectifs du « Green Deal » de l’UE sera de mettre en place des mesures qui obligeront les véhicules à moteur à combustion interne – voitures et camions à essence ou diesel – à respecter des limites d’émissions de CO2 tellement punitives qu’ils seront contraints de ne plus rouler d’ici 2030, si ce n’est plus tôt. Le plan modifiera l’objectif actuel d’une réduction de 37,5 % des émissions de CO2 des véhicules d’ici à 2030 pour le remplacer par un objectif de zéro émission d’ici à 2035, selon la rumeur.

    Le 7 juillet, une coalition de syndicats, d’entreprises du secteur des transports et de fournisseurs, dont la Confédération européenne des syndicats et l’Association des constructeurs européens d’automobiles, a adressé un appel urgent au tsar de l’écologie, Frans Timmermans. Ils y déclarent : « …nous voulons voir la transformation industrielle et l’innovation en Europe, plutôt que la désindustrialisation et les perturbations sociales. » La lettre souligne que l’UE n’a aucun plan pour une soi-disant « transition juste » pour l’industrie automobile européenne, y compris aucune nouvelle formation de compétences pour les travailleurs débauchés : « Actuellement, il n’existe pas de cadre de ce type pour les 16 millions de travailleurs de notre écosystème de mobilité, et notamment le secteur automobile européen qui est un moteur de l’emploi industriel. »

    Il ne s’agit pas d’un problème mineur, car la transition des voitures et camions à moteur à combustion interne vers les véhicules électriques va entraîner une perturbation sans précédent des chaînes de fournisseurs automobiles actuelles. La lettre souligne qu’à l’échelle de l’UE, le secteur automobile compte 8,5 % de tous les emplois manufacturiers européens et a produit en 2019 près de 10 % du PIB rien que pour l’Allemagne, ainsi que 40 % des dépenses de recherche et développement du pays. L’UE représente aujourd’hui plus de 50 % des exportations mondiales de produits automobiles. Ils soulignent que la transition vers les véhicules zéro CO2 entraînera la perte d’au moins 2,4 millions d’emplois qualifiés et bien rémunérés dans l’UE. Des régions entières seront déprimées. La lettre souligne que Bruxelles n’a même pas encore dressé la carte des conséquences du Green Deal pour le secteur automobile.

    En avril, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, indiquait que le projet « Fit for 55 » pourrait étendre le système draconien d’échange de quotas d’émission de carbone (QEC) au-delà des centrales électriques ou de l’industrie pour couvrir le transport routier et le bâtiment dans le cadre d’un ajout « pollueur-payeur ». Le lien avec le QEC imposera automatiquement des pénalités financières aux conducteurs ou aux propriétaires, au-delà des taxes actuelles sur le carbone, malgré un impact très limité de quelque 3 % sur les émissions. Cette mesure, qui s’ajoute au renforcement des normes d’émission des voitures, portera un coup fatal aux consommateurs et à l’industrie. Lorsque le gouvernement français a imposé une telle taxe carbone en 2018, cela a déclenché les manifestations nationales des Gilets jaunes et a obligé Paris à la retirer.

    Acier

    Le plan drastique de l’UE contient de nouvelles dispositions qui entraîneront des changements radicaux pour les industries européennes de l’acier et du ciment, grandes consommatrices d’énergie. L’acier est la deuxième plus grande industrie au monde après le pétrole et le gaz. Actuellement, l’UE est le deuxième plus grand producteur d’acier au monde après la Chine. Sa production s’élève à plus de 177 millions de tonnes d’acier par an, soit 11 % de la production mondiale. Le plan Timmermans introduira de nouvelles mesures qui pénaliseront ostensiblement les importations d’acier en provenance de producteurs « sales », mais qui, aussi, rendront l’acier européen moins compétitif au niveau mondial. Des fuites du plan de l’UE indiquent qu’il prévoit de supprimer les permis de polluer actuellement gratuits du QEC pour les industries à forte intensité énergétique telles que l’acier ou le ciment. Cela portera un coup dévastateur à ces deux industries essentielles. Ils l’appellent le mécanisme d’ajustement carbone. Comme le souligne le Center for European Policy Network, les exportateurs d’acier de l’UE « ne recevront aucune compensation pour la suppression de l’allocation gratuite. En conséquence, ils subiront des désavantages concurrentiels considérables par rapport à leurs concurrents des pays tiers. »

    Taxes carbone pour le charbon

    Le nouvel objectif écologique de 55 % de l’UE pour 2030 implique une élimination quasi-complète du charbon d’ici à 2030 dans l’ensemble de l’UE. L’Allemagne, qui est de loin le plus gros consommateur d’électricité au charbon de l’UE, sera touchée. Le gouvernement allemand, dont l’électricité est déjà la plus chère au monde en raison de la transition, par Merkel, vers une énergie solaire et éolienne peu fiable et la fermeture de la dernière centrale nucléaire en 2022, vient d’abandonner son projet d’élimination progressive du charbon d’ici 2038. Elle abandonnera le charbon bien plus tôt, mais pour des raisons politiques évidentes en cette année électorale, elle n’a pas révélé sa nouvelle date « zéro charbon ».

    L’absurdité de croire que l’UE, en particulier l’Allemagne, sera capable d’atteindre le zéro charbon d’ici 2030, en ne remplaçant même pas par du gaz naturel, mais plutôt par du solaire et de l’éolien peu fiables, est déjà évidente. Le 1er janvier 2021, dans le cadre du mandat du gouvernement sur la réduction de l’énergie charbon, 11 centrales électriques au charbon d’une capacité totale de 4,7 GW ont été fermées. Cet arrêt n’a duré que huit jours, car plusieurs des centrales au charbon ont dû être reconnectées au réseau pour éviter les pannes dues à une période prolongée de vents faibles. Les centrales au charbon fermées ont reçu l’ordre de fonctionner en mode réserve, aux frais des consommateurs. La commission gouvernementale de Berlin qui a rédigé le plan d’élimination progressive du charbon ne comprenait aucun représentant de l’industrie de l’électricité ni aucun expert en réseaux électriques.

    Avec ce nouveau plan destructeur Fit for 55 de la Commission européenne, le cœur de l’industrie européenne, l’Allemagne, est préprogrammé non seulement pour un chômage industriel sévère dans les secteurs de l’acier, du ciment et de l’automobile. Elle est également préprogrammée pour des pannes d’électricité comme celle qui a dévasté le Texas au début de l’année 2021 lorsque les éoliennes ont gelé. En 2022, en Allemagne, comme nous l’avons indiqué, la dernière centrale nucléaire ainsi que d’autres centrales au charbon seront fermées, ce qui entraînera la perte d’encore 3 % de l’électricité. En outre, 6 000 éoliennes seront également arrêtées en raison de leur âge, soit une réduction totale de 7 %. Pourtant, l’ajout prévu de nouvelles éoliennes et de nouveaux panneaux solaires est loin de remplacer cette baisse, de sorte que d’ici 2022, l’Allemagne pourrait connaître un déficit de capacité de production de 10 à 15 %.

    Grand Reset et Green Deal de l’UE

    Ce qui est difficile à comprendre pour les citoyens ordinaires et sains d’esprit, c’est qu’il s’agit d’un plan technocratique délibéré pour entraîner la désintégration de l’économie, sous l’excuse frauduleuse d’un risque de réchauffement climatique non prouvé qui prétend – sur la base de modèles informatiques douteux qui ignorent l’influence de notre soleil sur les cycles climatiques de la Terre – que nous verrons une catastrophe d’ici 2030 si le monde ne réduit pas les émissions de CO2, pourtant inoffensives et essentielles à la vie.

    Le Forum économique mondial de Davos, toujours actif, joue également un rôle important dans l’élaboration de ce « Green Deal » élaboré par la Commission européenne, dans le cadre de son Grand Reset. En janvier 2020, le Forum économique mondial, lors de sa réunion annuelle à Davos, réunissait des dirigeants de l’industrie et du monde des affaires avec le vice-président exécutif, Frans Timmermans, pour étudier comment catalyser le Green Deal européen. Ce qui a été annoncé le 14 juillet par Bruxelles en est le résultat. Le Forum Economique Mondial soutient le Groupe d’Action des PDG pour le Green Deal Européen afin que les grandes entreprises soutiennent le plan dystopique de Bruxelles.

    William Engdahl (Le Saker, 12 juillet 2021)

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