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  • Géopolitique de l'économie...

    Le nouveau numéro de la revue Réfléchir & Agir (n°91 - Été 2026) est paru. Le dossier est consacré à la géopolitique de l'économie...

    La revue n'est plus disponible que par abonnement.

     

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    Au sommaire :

    En bref

    Antipasti

    Qui a tué l'amiral Carrero Blanco ? par Alain de Chanterac

    DOSSIER 

    Géopolitique de l'économie

    Géostratégie énergétique, par Klaas Malan
    Le Groenland, un territoire au cœur des rivalités mondiales, par Eugène Krampon
    Corridors eurasiatiques : au cœur de la rivalité entre puissances terrestres et maritimes, par Antonin Cenvint
    Guillaume Travers : « la France se tiers-mondise peu à peu. »

    L'Europe face à la géoéconomie du numérique, par Klaas Malan

     

    Grand entretien

    Charles Granfeu : « L'essence d'une dictature du judiciaire, c'est le contrôle du narratif.»

    Politique étrangère

    Dark Maga, les lumières sombres de la néoréaction, par Édouard Rix

    Histoire

    Boleslav Piasecki, catholique, fasciste et procommuniste, par Christian Bouchet

    Fascisme

    Malte, l'archipel aux trois fascismes, par Sylvain Roussillon

    Notes de lecture

    Les crimes du mois

    Cinéma

    Les cauchemars de la Hammer, par Pierre Gillieth

    Disques

     

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  • La gauche et le peuple : chronique d’un divorce...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Balbino Katz, le chroniqueur des  vents et des marées, cueilli sur Breizh-Info et consacré au violent divorce entre la gauche et le peuple...

     

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    La gauche et le peuple : chronique d’un divorce que les deux dames de Libération n’ont pas vu venir

    Au bar des Brisants, ces jours-ci, la chaleur avait quelque chose d’incongru, presque d’offensant. Une canicule inhabituelle pesait sur Lechiagat, sans ce souffle de mer qui d’ordinaire remet un peu d’ordre dans les corps et dans les pensées. La Bretagne elle-même semblait surprise d’être ainsi livrée à une fournaise de sous-préfecture méridionale. J’étais assis près de la vitre, un café noir devant moi, et je voyais, au dehors, la vedette des sauveteurs en mer immobile dans la lumière blanche, comme si même les hommes du secours attendaient que l’air redevînt respirable.

    Cette torpeur fut rompue par deux dames d’un âge respectable, cheveux courts tirant vers le bleu, lunettes rondes, allure de militantes revenues de toutes les causes sauf de leurs illusions, qui tenaient Libération comme on tient encore un bréviaire quand on n’a plus la foi, mais que demeure le rite. Elles commentaient une tribune de Michèle Riot-Sarcey, historienne, publiée sous un titre d’époque : « Face à l’extrême droite, sortir de la sidération et de la fatalité ». Le ton était grave, presque liturgique. Il fallait réveiller la démocratie, mobiliser les consciences, faire appel au peuple, convoquer les associations, reprendre la rue, ouvrir des assemblées, tenir des débats contradictoires, conjurer le fascisme.

    Je les écoutais d’abord par politesse de comptoir, puis avec cette attention oblique que donnent les cafés de bord de mer, lorsque l’on regarde au loin en feignant de ne pas entendre ce qui se dit à deux tables de soi. Le vocabulaire m’était familier. Il avait le parfum jauni des tracts ronéotés, des réunions interminables, des comités d’action, de ces soirs où l’on croyait encore que le monde attendait la gauche comme on attend une délivrance. Les deux dames parlaient du peuple avec une tendresse abstraite, un peu comme on parle d’un enfant disparu dont on refuse de reconnaître qu’il est devenu un adulte hostile.

    De retour à la maison, sur mon ordinateur, avec en tête ces deux têtes bleues penchées sur leur journal, je me suis plongé à mon tour dans la tribune. Elle est intéressante, non parce qu’elle nous apprend quelque chose de neuf, mais précisément parce qu’elle ne nous apprend rien. Elle a cette vertu documentaire des textes qui résument une époque finissante : tout y est. La peur du fascisme, l’appel au sursaut démocratique, l’accusation du capitalisme prédateur, la dénonciation de la droite propriétaire, patriote et familiale, la nostalgie d’une mobilisation populaire, la confession partielle des crimes ou compromissions de la gauche, et, au bout du compte, l’incapacité à comprendre que le peuple invoqué n’est plus là.

    L’historienne commence par rappeler que l’histoire ne se répète jamais, mais que nous ne sommes pas à l’abri d’un retour de formes autoritaires évoquant le fascisme européen. La prudence de la formule mérite d’être notée. Elle évite l’assimilation pure et simple, puis revient aussitôt, par le détour de la ressemblance, à l’équivalence morale. C’est une vieille figure rhétorique. On déclare ne pas confondre, pour pouvoir suggérer plus fortement encore. L’adversaire n’est pas seulement un adversaire. Il est le prélude possible d’une catastrophe dont chacun connaît les images scolaires : chemises, bottes, défilés, camps, ruines fumantes.

    Historiquement, le procédé n’est pas innocent. Depuis quarante ans, la gauche européenne a remplacé l’espérance sociale par la gestion mémorielle de la peur. Ayant perdu l’avenir, elle administre le passé. Elle ne promet plus guère le monde nouveau, elle menace du monde ancien. Le fascisme, qui fut un phénomène précis, daté, enraciné dans la guerre totale, la brutalisation des sociétés, la crise des empires, la peur du bolchevisme, la misère de l’après 1918 et le discrédit du parlementarisme libéral, devient une catégorie flottante. Elle sert à désigner toute réaction populaire échappant à l’encadrement moral de la gauche.

    Le plus frappant, dans cette tribune, n’est pourtant pas ce qu’elle dit. C’est ce qu’elle ne dit jamais. À aucun moment l’historienne ne nomme vraiment ce qui préoccupe les Français, comme d’ailleurs beaucoup d’Européens : l’insécurité quotidienne, la dépossession culturelle, l’immigration de masse, l’effondrement scolaire, la pression fiscale, la dégradation des services publics, la concurrence sociale, la difficulté de se loger, la solitude des campagnes, l’abandon des villes moyennes, la disparition des anciennes sociabilités populaires, la crainte de voir ses enfants vivre dans un pays devenu méconnaissable. Tout cela est absent, ou plutôt tout cela n’apparaît que sous forme pathologique, comme si ces inquiétudes ne pouvaient être que des symptômes de peur, d’ignorance ou de ressentiment.

    C’est là que l’affaire se gâte. À force d’étendre le mot fascisme à tout ce qui contrarie son monde, la gauche l’a vidé de sa substance historique. Elle voit du fascisme dans la demande d’ordre, dans l’attachement national, dans la défense des frontières, dans l’inquiétude démographique, dans l’hostilité à l’immigration de masse, dans le refus de la dépossession culturelle. Or l’historien sérieux devrait précisément distinguer. Il devrait séparer la pathologie totalitaire de la simple volonté d’un peuple de demeurer lui-même. Confondre l’une avec l’autre, c’est substituer la police du vocabulaire à l’analyse du réel.

    Cette cécité éclate jusque dans les petites querelles de mœurs publiques. La même gauche qui trouve toujours de bonnes raisons pour empêcher des banquets populaires, surveiller des fêtes enracinées, soupçonner une tablée de village, une réunion associative ou un repas champêtre dès lors qu’ils sentent trop le pays réel, se découvre soudain libertaire lorsqu’il s’agit de défendre les raves illégales. Là où des familles, des paysans, des jeunes gens du cru ou des militants identitaires veulent dresser des tables, elle aperçoit l’ombre de la peste brune. Là où des foules anonymes s’installent sans autorisation, occupent des terrains, épuisent les forces de l’ordre, laissent derrière elles déchets, nuisances et parfois drames humains, elle parle volontiers de liberté festive, de culture alternative, de jeunesse incomprise. La fête enracinée lui paraît suspecte. La transgression sans mémoire lui semble poétique.

    Michèle Riot-Sarcey écrit ensuite que le capitalisme montre son vrai visage en faisant triompher « ses prédateurs les plus avides », tandis que la barbarie deviendrait le signe des temps avec l’arrivée en masse des pouvoirs d’extrême droite. Ici encore, le vieux mécanisme marxisant réapparaît sous ses habits fatigués. Les puissants, les prédateurs, les dominants, les possédants. Le lexique a connu toutes les assemblées générales, toutes les facultés de lettres, tous les amphithéâtres chauffés par l’argent public. Il suppose que la droite populaire serait la pointe avancée du capitalisme, quand le capitalisme contemporain est, pour l’essentiel, mondialiste, déraciné, technocratique, managérial, publicitaire et hostile aux vieilles formes d’appartenance.

    Il y a même là une contradiction presque comique. La gauche dénonce les puissances d’argent, puis elle s’étonne que les peuples se retournent contre les partis qui ont accompagné, justifié ou béni la mondialisation culturelle et migratoire. Elle voit partout l’emprise du capital, sauf dans les grandes métropoles progressistes, les plateformes numériques, les fondations philanthropiques, les institutions supranationales, les médias de prestige, les industries culturelles et les universités qui répètent exactement son catéchisme. Ce capital-là, parce qu’il parle diversité, inclusion et climat, lui paraît moins suspect que le petit propriétaire provincial, le père de famille inquiet, l’artisan ruiné ou l’électeur périurbain qui demande seulement à ne pas devenir étranger chez lui.

    L’historienne reconnaît pourtant un point essentiel : la gauche n’attire plus la confiance. Elle évoque son passé d’illusions et de mensonges, les gouvernements totalitaires du XXe siècle, l’URSS, la Chine, le Cambodge, puis les pratiques des socialistes européens dans les années 1950 et 1960, impliqués dans la répression de mouvements de libération en Afrique et en Asie. L’aveu est considérable. Il devrait ouvrir une enquête impitoyable sur la tradition politique qui, au nom de l’émancipation, a justifié la servitude, les camps, la police idéologique, le mensonge d’État, puis, plus tard, la trahison sociale par conversion au marché mondial.

    Il n’en est rien. Le texte avoue, puis passe. La confession sert de purification rapide. Un peu de cendre sur le front, et l’on peut recommencer à prêcher. Rien n’est plus caractéristique de la gauche contemporaine que cette capacité à reconnaître ses crimes historiques sans jamais en tirer les conséquences anthropologiques. Elle admet les erreurs du communisme, les mensonges du socialisme, les compromissions coloniales, les abandons du monde ouvrier, puis conclut que la solution reste plus de gauche, plus de démocratie, plus de mobilisation, plus de parole collective, plus de citoyens réunis en assemblées.

    C’est le fameux mot attribué à Talleyrand au sujet des Bourbons : ils n’ont rien appris ni rien oublié. La gauche, elle, a beaucoup oublié et peu appris. Elle a oublié que le peuple n’est pas une matière disponible. Elle a oublié que la démocratie ne consiste pas à faire voter les hommes jusqu’à ce qu’ils votent bien. Elle a oublié que le peuple réel a une mémoire, des humeurs, des rancunes, des intérêts, des fidélités, des morts, des frontières intérieures. Elle a oublié qu’on ne peut pas pendant cinquante ans traiter les siens de racistes, de beaufs, de réactionnaires, de populistes, de complotistes, puis les convoquer soudain pour défendre la démocratie contre leurs propres suffrages.

    Le cœur du texte est là. Michèle Riot-Sarcey appelle la gauche à faire appel aux populations, par des assemblées locales, des meetings nationaux et internationaux, des rassemblements de collectifs associatifs, des débats contradictoires et critiques. L’intention se veut généreuse. Elle est surtout révélatrice d’un décalage historique. Car le peuple a déjà parlé. Il parle à chaque scrutin, dans les communes périphériques, les bourgs déclassés, les anciennes régions ouvrières, les territoires abandonnés par l’industrie, les campagnes vieillies, les villes moyennes cernées par les zones commerciales et les quartiers de relégation. Seulement, ce peuple ne dit pas ce que la gauche voudrait entendre.

    Dès lors, il cesse d’être le peuple. Il devient opinion électrisée, masse inquiète, foule trompée, électorat fascisé, proie des influenceurs, victime du ressentiment. C’est un prodige : le peuple est souverain quand il confirme le progressisme, malade quand il le contredit. La démocratie devient alors non le gouvernement du peuple, mais la procédure par laquelle une minorité instruite espère ramener le peuple à la raison. Carl Schmitt avait vu, à sa manière brutale, que la politique commence avec la désignation de l’ennemi. La gauche contemporaine a désigné le sien : non plus seulement l’extrême droite, mais le peuple qui vote pour elle.

    La tribune dénonce encore le « repli sous la protection d’un leader », annonciateur de servitude volontaire. Il y a là une référence transparente à La Boétie, devenue poncif universitaire. L’idée n’est pas fausse en soi. Les peuples fatigués cherchent parfois un maître. Les démocraties molles produisent des hommes forts comme les marais produisent des fièvres. Cependant, l’analyse demeure incomplète. Le besoin d’autorité ne naît pas toujours d’une pulsion servile. Il naît souvent d’un désordre subi, d’une insécurité tangible, d’un sentiment d’abandon, d’une perte de contrôle politique. Lorsque les institutions ne protègent plus, l’appel à l’autorité revient comme une marée.

    L’historienne y voit surtout la peur de l’autre, dont l’étranger réel ou supposé serait la cible. Voilà encore une formule usée jusqu’à la corde. Elle réduit à une passion basse ce qui est souvent une expérience concrète. Les Français, les Bretons, les Européens ne vivent pas dans des abstractions. Ils habitent des rues, des écoles, des gares, des immeubles, des villages, des quartiers. Ils voient ce qui change. Ils savent ce qu’ils peuvent dire et ce qu’ils doivent taire. Ils savent que certains lieux ne leur appartiennent plus. On peut discuter leurs conclusions, non leur interdire de nommer leur expérience.

    C’est ici que l’histoire devrait revenir, non comme épouvantail, mais comme discipline de la continuité. Les peuples européens n’ont pas seulement produit des droits de l’homme, des syndicats et des avant-gardes artistiques. Ils ont produit des langues, des paysages, des coutumes, des manières d’être, des cimetières, des fêtes, des fidélités anciennes, des lenteurs précieuses. La gauche, depuis qu’elle a troqué le prolétaire pour le migrant, l’ouvrier pour le minoritaire, la classe pour l’identité importée, ne sait plus parler à cette épaisseur-là. Elle ne voit dans la permanence qu’une oppression. Elle ne voit dans l’héritage qu’un privilège. Elle ne voit dans la patrie qu’une antichambre de Vichy.

    Or Vichy, précisément, est convoqué. Selon la tribune, les slogans de Vichy reprendraient vie en France. La propriété, la patrie, la famille formeraient le triptyque éternel de la droite, soucieuse de favoriser sa caste. On retrouve ici la paresse des grandes assimilations. Qu’une famille veuille transmettre, qu’un peuple veuille durer, qu’un pays veuille protéger ses frontières, et voici que l’ombre de 1940 se remet à marcher. C’est faire bon marché de l’histoire française, de ses droites multiples, de ses traditions populaires, paysannes, gaulliennes, sociales, catholiques, républicaines, monarchiques, bonapartistes, régionalistes même. La France n’a jamais tenu dans le mauvais théâtre où la gauche enferme ses adversaires.

    Cette incapacité à penser la droite autrement que comme une survivance honteuse est l’une des causes de la déroute intellectuelle progressiste. La gauche croit affronter des fantômes. Elle ne voit pas qu’elle affronte un monde nouveau, né de ses propres démissions. Elle a chanté l’ouverture, et l’ouverture a désarmé les ouvriers. Elle a célébré la mobilité, et la mobilité a brisé les enracinements. Elle a béni l’individu autonome, et l’individu autonome s’est retrouvé seul, précaire, interchangeable. Elle a déconstruit la famille, la nation, l’école, l’autorité, puis elle s’étonne que les hommes cherchent quelque part un abri.

    La formule la plus révélatrice de la tribune est peut-être celle de la « démocratie réelle ». On la croirait sortie d’une cave chauffée de 1972, entre deux affiches sérigraphiées et une bouteille de mauvais rouge. Démocratie réelle contre démocratie formelle, peuple vivant contre institutions mortes, assemblées contre représentation, communalisme contre conquête des appareils. Le rêve est ancien. Il traverse le socialisme utopique, les communes insurrectionnelles, les soviets avant leur capture, les conseils ouvriers, Mai 68, les ZAD, les assemblées de place. Toujours la même promesse : rendre la parole au peuple. Toujours la même fin : quelques minorités organisées parlent au nom de tous.

    C’est pourquoi l’appel final à Shelley, « vous êtes nombreux, ils sont peu », sonne étrangement. Qui sont les nombreux ? Qui sont les peu ? La gauche continue de croire qu’elle parle au nom du grand nombre contre une oligarchie. Dans la réalité française contemporaine, elle parle souvent au nom de minorités diplômées, urbaines, salariées de l’État culturel ou social, encadrées par le langage moral des métropoles, contre une majorité périphérique qu’elle ne comprend plus. Les nombreux ne se reconnaissent plus en elle. Les peu sont parfois ceux qui occupent les plateaux, les rédactions, les universités, les tribunaux symboliques, les directions d’associations, les commissions, les observatoires, les lieux où l’on décrète le bien.

    Il ne s’agit pas de nier que la droite ait ses illusions, ses paresses, ses clientèles, ses mauvais bergers, ses imposteurs et ses hâbleurs. Il ne s’agit pas davantage de transformer tout vote populaire en oracle. Le peuple peut se tromper, comme les élites, et parfois plus cruellement. La question n’est pas là. La question est de savoir pourquoi une tradition politique qui prétendait défendre les humbles se trouve désormais obligée d’expliquer que les humbles votent mal, pensent mal, s’informent mal, ressentent mal, se souviennent mal, et doivent être rééduqués par des rencontres citoyennes.

    La réponse tient en une phrase, rude, mais juste : la gauche a cessé d’aimer le peuple au moment où le peuple a cessé de lui obéir. Elle aimait en lui une fonction historique, non une chair. Elle aimait le prolétaire quand il annonçait le socialisme. Elle aime le migrant quand il annonce la société postnationale. Elle aime les minorités quand elles annoncent la dissolution du vieux pays. Elle n’aime pas le peuple lorsqu’il s’attache à son clocher, à son pavillon, à ses morts, à ses habitudes, à sa sécurité, à ses frontières, à ses enfants. Elle ne l’aime plus quand il veut persévérer dans son être.

    C’est peut-être cela que les deux dames du bar des Brisants ne pouvaient pas entendre, penchées sur leur Libérationcomme sur un oracle familier. Elles parlaient de démocratie nécessaire, de mobilisation, de réveil collectif. Elles ne voyaient pas que le réveil avait déjà eu lieu, mais dans l’autre camp. Elles attendaient le peuple au meeting. Il était dans l’isoloir. Elles l’imaginaient disponible pour défendre leurs causes. Il votait pour sortir de leur monde.

    Je regardais la mer, le soir, après avoir refermé l’ordinateur. Au large, les bateaux rentraient avec cette lenteur grave des choses qui savent où elles vont. La gauche française, elle, continue de chercher le peuple comme on cherche un navire disparu sur une vieille carte. Elle l’appelle. Elle lui fait signe. Elle lui promet la démocratie réelle. Seulement le peuple a changé de rive. Il ne répond plus. Ou plutôt, il répond, avec obstination, scrutin après scrutin, que voter pour cette gauche, c’est souvent voter contre soi-même, contre sa continuité, contre sa maison, contre ses enfants encore à naître.

    Aujourd’hui, le peuple hait la gauche avec la rancune froide des amours trahies. La gauche hait le peuple avec la mélancolie furieuse des prêtres dont les fidèles ont déserté l’église. De cette haine croisée naît notre époque. Elle est moins fasciste que post-progressiste. Elle n’annonce peut-être pas le retour des années trente, mais la fin d’une imposture longue : celle d’une gauche persuadée de posséder le peuple, alors qu’elle n’en gardait que le portrait jauni.

    Balbino Katz, Chroniqueur des vents et des marées (Breizh-Info, 29 mai 2026)

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  • Le Système à tuer les peuples...

    Les éditions Moira viennent de rééditer le maître-livre de Guillaume Faye, depuis longtemps introuvable, intitulé Le Système à tuer les peuples. Il est précédé d'une introduction de Stefano Vaj.

    Figure de la Nouvelle Droite dans les années 70-80, auteur d'essais importants, servis par un style étincelant, comme L'Occident comme déclin (Le Labyrinthe, 1984) ou Nouveau discours à la nation européenne (Albatros, 1985), Guillaume Faye, après dix années d'errance dans les milieux de la radio et du show-business, est revenu au combat idéologique en 1998 avec L'archéofuturisme (L'Æncre, 1998) puis La Colonisation de l'Europe : discours vrai sur l'immigration et l'Islam (L'Æncre, 2000), notamment. Il est décédé le 6 mars 2019.

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    " Publié en 1981, traduit en plusieurs langues, cet essai fondateur reste d’une actualité brûlante. Guillaume Faye y analyse avec une lucidité prophétique le mécanisme implacable par lequel un système occidental sans visage – oligarchique, acéphale, cosmopolite et pervasif – dissout les identités culturelles, érode les souverainetés et conduit à l’ethnocide des peuples européens. Face à la globalisation marchande et à l’uniformisation planétaire, Faye oppose la nécessité vitale de préserver la diversité des cultures et des peuples. Il dénonce la collusion entre le pouvoir économique transnational, les élites politiques et la société de consommation qui, ensemble, imposent la fin de l’histoire et le règne du Dernier Homme nietzschéen.

    Plus qu’une simple critique du mondialisme naissant, ce texte pose les bases d’une pensée radicale : celle de la volonté des peuples d’exister, d’affirmer leur différence et de maîtriser leur destin. Visionnaire, il anticipe les grandes lignes de force qui structurent aujourd’hui le choc entre l’universalisme homogénéisateur et les forces identitaires et archéofuturistes. Un classique indispensable de la pensée critique européenne, dont la force et la pertinence n’ont fait que croître avec le temps."

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  • Mircea Eliade ou la quête des origines...

    Dans ce nouveau numéro de l'émission de TV Libertés, « Les idées à l’endroit », Rémi Soulié, évoque la figure de Mircea Eliade (1907-1986), éminent historien des religions, mais aussi ethnologue, philosophe et romancier. Son œuvre scientifique et littéraire, jalonnée de livres aussi importants que Le mythe de l’éternel retour, Le Sacré et le profane ou, sur le plan romanesque, Forêt interdite, La Nuit bengali, Mademoiselle Christina, illustre la profondeur d’une quête des origines et de la permanence d’un homo religiosus qui, mystérieusement, demeure, au cœur même d’un monde désenchanté. Pour en parler :

    - Daniela Iancu, docteur en anthropologie culturelle de l’Institut d’Ethnographie de Bucarest,

    - Pierre Le Vigan, philosophe et essayiste,

    - Jérôme Besnard, journaliste et essayiste.

     

                                                 

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  • Il était une fois leur avant-guerre...

    Les éditions des Sept Couleurs viennent de rééditer le livre de Robert Brasillach intitulé Notre avant-guerre, avec une préface d'Alain Lanavère, des notes de David Gattegno et une riche iconographie. 

    Écrivain et journaliste à l'Action française et Je suis partout, Robert Brasillach, à qui l'on doit, notamment, Les sept couleurs et Comme le temps passe, mais aussi une Histoire du cinéma (avec son beau-frère Maurice Bardèche) ou un Corneille, a été une des principale victimes de l'épuration des intellectuels et est mort le 6 février 1945, dans les fossés du fort de Montrouge, sous les balles d'un peloton d'exécution..

     

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    " «Tout dans ce livre étonne», lance d’emblée Alain Lanavère dans sa préface… Tout étonne, bel et bien, à commencer par le fait que Notre avant-guerre est un chef-d’oeuvre de la littérature française, écrit en quelques mois, à partir de septembre 1939, alors que, venant d’avoir trente ans, Brasillach était mobilisé en Alsace. 
    Le livre semble un composé de poésie et de souvenirs jetés sur le papier, de notes désinvoltes: les toits de l’École normale supérieure; les coulisses d’un théâtre; une attitude de Charles Maurras; la délicieuse vitalité d’Annie Jamet; quelques notes de voyages. Tout d’émotion, mais avec un ton léger qui le rend si agréable à lire, ce travail de mémorialiste devient un véritable roman qui emporte le lecteur dans les dix années d’aventures d’un groupe de camarades inséparables. 
    De leur insouciante vie étudiante, ces jeunes gens épris d’art passent insensiblement aux joies de l’écriture, puis à celles du journalisme. À tant interroger l’époque, fatalement, la tentation leur vient d’y jouer un rôle, tandis que l’Italie fasciste attire, que l’Allemagne hitlérienne inquiète mais fascine et que l’Espagne entre en guerre civile. 
    Mais, comme dans une tragédie grecque, «le destin frappe à la porte»; le drame profond de Brasillach – la fuite de sa jeunesse – se confond avec celui de la Nation: la perte inéluctable de la paix… Cinq ans plus tard, le jeune nationaliste tombera sous des balles françaises. 
    Cet ouvrage voulait réunir des images de son temps: la présente édition en a collecté 250, illustrant ce que fut le monde évoqué par Robert Brasillach. Enfin, de nombreuses notices présentent certains mouvements, partis, associations ou titres de périodiques susceptibles d’être peu connus des lecteurs d’aujourd’hui."
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  • Souveraineté numérique : Assumer une politique de puissance...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de

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    Souveraineté numérique : «À l’image des États-Unis, la France doit assumer une politique de puissance»

    La souveraineté numérique sera-t-elle demain la première des libertés ? Les États-Unis sont traversés par un débat très animé sur l’impact social et politique de l’IA, qui montre que la réflexion politique court derrière le progrès technique. En Europe, alors que nous sommes en retard au plan technologique, on réfléchit d’abord, comme en Allemagne, sur une nouvelle doctrine de souveraineté numérique.

    La France quant à elle vient de se doter d’un observatoire de la souveraineté numérique mais la priorité est de faire un diagnostic lucide de nos forces et faiblesses stratégiques. La France sait inventer. Elle ne sait pas garder. Et elle peine à faire émerger les champions qui transformeraient ses innovations en puissance durable. Voilà, en une phrase, le drame technologique de notre pays — et, au-delà, de notre continent.

    Rappelons quelques évidences que l’on feint d’oublier. Le premier micro-ordinateur de l’histoire, le Micral, a été conçu en France par Bull en 1973, deux ans avant l’Altair américain. La norme GSM, qui a permis l’explosion mondiale de la téléphonie mobile, a été conçue par l’ETSI — l’Institut européen des normes de télécommunications, installé à Sophia-Antipolis — et standardisée dès 1987. Linux, le système d’exploitation qui fait tourner aujourd’hui l’écrasante majorité des serveurs de la planète — internet, les supercalculateurs, le cloud, les smartphones Android —, a été créé en 1991 par un étudiant finlandais, Linus Torvalds.

    Et pourtant, passé un certain seuil, tout se passe comme si un plafond de verre se refermait, ou plutôt comme si le génie français et européen était aspiré pour être mis au service d’autres. Linux est européen, mais les rentes qu’il génère sont américaines : Google, Amazon, Microsoft. La norme GSM avait jadis permis à Nokia et Ericsson de dominer le monde des mobiles ; aujourd’hui, Apple et Samsung captent l’essentiel de la valeur. Bull a inventé le micro-ordinateur ; IBM, Dell et HP en ont fait un empire. Ubisoft est convoité par Tencent. Nous exportons des innovations brutes, puis réimportons des services finalisés et monétisés, en payant au passage une dîme numérique considérable : le chiffre d’affaires en Europe des six grands du numérique — Microsoft, Amazon, Apple, Google, Salesforce, Oracle — représente environ mille euros par adulte et par an, transférés outre-Atlantique en échange de services dont nous sommes devenus structurellement dépendants.

    Ce qui ressemble à une forme de colonialisme économique n’est pas le fruit du hasard. Trois mécanismes se renforcent mutuellement pour entretenir cette dépendance. Le premier est l’écart de recherche. Amazon, Google et Microsoft consacrent ensemble plus de 200 milliards de dollars à la R&D chaque année — soit trois fois l’effort public et privé de recherche de toute la France. Avec de tels moyens, toute innovation est rapidement captée, développée, brevetée, et transformée en levier pour investir davantage encore.

    Le deuxième est l’écart de capital. Un fonds de capital-risque européen dépasse rarement le milliard d’euros là où les fonds américains alignent cinq à dix fois plus. Faute de financement, nos pépites n’ont que deux issues : plafonner et se faire distancer, ou accepter des capitaux étrangers qui diluent progressivement tout contrôle national.

    Le troisième est l’écart de mobilité des talents. Un ingénieur licencié d’un grand groupe français met en moyenne dix-huit mois à retrouver un poste ; son homologue de la Silicon Valley, six semaines. Nos meilleurs esprits, formés à grands frais par nos universités publiques, traversent l’Atlantique pour des salaires deux à trois fois supérieurs — et mettent leur génie au service d’entreprises californiennes.

    Trois flux qui partent dans la même direction et qui alimentent, année après année, notre dépendance. Pour briser ce plafond de verre, la France doit d’abord décider qu’elle veut une stratégie nationale — et cesser de déléguer cette ambition à Bruxelles, où elle se dilue en compromis et en règlements. L’Europe peut être un cadre utile ; la souveraineté, elle, commence par la nation. Trois leviers s’imposent : cibler, encourager, financer.

    Cibler, c’est n’engager que les batailles que l’on peut raisonnablement gagner. Le cloud en offre l’illustration parfaite : il recouvre le stockage de données, la puissance de calcul, et les applications qui tournent dessus. Sur les deux premiers segments, la France et l’Europe disposent d’offres solides — OVHcloud, Scaleway, Hetzner —, souvent moins chères que leurs équivalents américains. C’est là qu’il faut orienter résolument les acheteurs publics. Sur les applications, le retard est massif ; mieux vaut concentrer l’effort sur des segments à notre portée que de disperser les moyens sur un front trop large.

    Encourager, c’est assumer une politique de puissance. Les Américains le font depuis trente ans sans états d’âme : commande publique, incitations fiscales, subventions, dérogations administratives — Internet, le GPS, les briques de Siri en sont les fruits. Le Small Business Act garantit 23 % des marchés fédéraux aux PME. La Chine impose ses champions par ses appels d’offres. La France doit en faire autant : un Buy French et Buy European sur le numérique stratégique — cloud souverain, IA, cybersécurité — serait plus efficace que dix règlements supplémentaires. Encore faut-il accepter de remettre en cause notre conception parfois suicidaire de la concurrence : l’Europe a transformé le droit de la concurrence en dogme là où nos concurrents en font un instrument. Nous avons utilisé ce droit contre nos propres entreprises pendant que les géants américains construisaient leurs monopoles tranquillement. Le DMA doit enfin servir à ouvrir des espaces pour nos acteurs, pas seulement à sanctionner après coup.

    Financer, enfin, c’est mobiliser une épargne française qui dort. L’épargne des Français est l’une des plus abondantes du monde développé ; elle finance pourtant en priorité la dette américaine plutôt que nos champions. Il faut faire émerger des fonds nationaux capables d’aligner plusieurs milliards sur une seule opération, pour accompagner nos entreprises dans leur phase de croissance internationale sans les contraindre à chercher des capitaux à l’étranger.

    La France a inventé le micro-ordinateur, la carte à puce, l’avant-garde d’Internet par le Minitel. Elle a accueilli et contribué à structurer l’aventure du GSM et définit les premiers protocoles d’Internet. Ses ingénieurs ont contribué aux grandes infrastructures numériques mondiales. Si elle a perdu du terrain sur le numérique, la remontée chinoise dans l’intelligence artificielle nous rappelle que rien n’est irréversible — à condition de le décider. Il est temps de considérer que nos ingénieurs, nos chercheurs et nos entrepreneurs n’ont pas vocation à enrichir d’autres continents, et méritent une ambition nationale à la hauteur de leur talent.

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