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  • Politique de la guerre...

    Les éditions Le Polémarque viennent de publier un essai de Cédric Milhat intitulé Politique de la guerre - Essai de polémologie du tragique. Docteur en droit public, certifié d’études européenne et diplômé de l’Académie internationale de droit constitutionnel, Cédric Milhat enseigne la polémologie et l’histoire des idées politiques à l’Institut catholique de Vendée.

     

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    " La « fin de l’histoire » prophétisée par Francis Fukuyama, dans la mesure où elle célébrait l’épiphanie généralisée de la démocratie couronnée par la prospérité d’une économie capitaliste marchande en pleine expansion, devait, en théorie, conduire à la fin des guerres conventionnelles. Or, jamais, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, la « communauté internationale » n’aura-t-elle mené autant de guerres que sous l’alibi moral de la paix universelle. Ce double bind orwellien a, cependant, pour incontestable mérite de dévoiler le lien indestructible qui unit la guerre et la paix, toutes deux fondues au sein de ce Janus polémologique que les anciens, à la suite d’Héraclite, nommaient Polemos. C’est tout l’intérêt de la polémologie – ou science des conflits – d’amener à rompre avec le présupposé naïf de les opposer, sinon de les hiérarchiser, ce, parce que la guerre est une activité sociale fondamentale inhérente à l’animalité sociale, donc politique, de l’homme. C’est pourquoi, la guerre, en tant qu’expression ultime de toute conflictualité politique, ne saurait être conçue comme une pathologie sociale ou un dévoiement anthropologique. Loin, d’être une politique belliqueuse, la politique de la guerre tend principalement à réattribuer à la politique sa fonction première de régulation des conflits, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, en prenant en considération les accidents et les contingences, les permanences et les ruptures, les antagonismes et les amitiés qui ne sont rien de moins que des paramètres inhérents à la vie (donc à la mort) et à la guerre (donc à la paix). "

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  • Iran : ni chah ni statu quo...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Daoud Boughezala cueilli sur le site de la revue Éléments et consacré au soulèvement populaire en Iran et à ses suites potentielles.

     

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    Iran : ni chah ni statu quo

    C’est la dernière série à la mode. Du sang, des larmes et un prince en exil prêt à se battre jusqu’au dernier manifestant tué. À longueur de plateaux télévisés, Les experts Téhéran déroule un scénario des plus simplistes : une population opprimée se soulève contre les mollahs pour conquérir la démocratie et la laïcité aux dépens du grand méchant Guide Khamenei. À droite notamment, beaucoup réécrivent l’histoire de manière manichéenne et manipulent les fantasmes au gré de leur agenda politique (au choix : rétablir la monarchie, voir chuter un régime islamiste, fustiger La France insoumise, etc.). Faute de sources fiables, il est pourtant difficile de mesurer la réelle popularité du fils du chah Reza Pahlavi – dont le nom apparaît au cours de nombreuses manifestations. Sujet scabreux s’il en est, on évalue tout aussi malaisément le nombre de victimes de la répression étatique. Certaines sources parlent aujourd’hui de douze mille morts tant les morgues débordent de cadavres…

    La République islamique dos au mur

    Parti du bazar de Téhéran, le mouvement de contestation se voulait d’abord économique : 50% des Iraniens vivent au-dessous du seuil de pauvreté et doivent se démener pour survivre. La population a en effet perdu la moitié de son pouvoir d’achat en un an. Les sanctions internationales et l’incurie du pouvoir ont eu raison de la classe moyenne locale, l’une des plus éduquées du Moyen-Orient. Certains comparent la crise iranienne aux dernières années de l’URSS, géopolitiquement affaiblie par le retrait d’Afghanistan et économiquement exsangue. Le parallèle paraît d’autant plus pertinent que la République islamique s’est enlisée dans la guerre de Syrie sans parvenir à sauver Bachar Al-Assad, a vu ses alliés du Hamas et du Hezbollah réduits à la portion congrue. Le gouvernement maintient à bout de bras une économie soviétisée. 60 % à 70 % du marché intérieur serait aux mains des Gardiens de la révolution, qui détiennent une part croissante du pouvoir dans ce régime clérico-militaire. Pour autant, l’histoire ne repasse jamais les plats – aucun Gorbatchev iranien n’a jusqu’ici émergé ; quid d’un futur Eltsine ?

    Gare à ne pas abuser des amalgames. L’expression régime des mollahs ne rend d’ailleurs pas justice à la complexité de l’appareil politique iranien. Avant même l’instauration de la République islamique, les Gardiens de la révolution (pasdarans) sont nés dans la clandestinité et se préparent à y retourner. Du temps de la guerre contre l’Irak (1980-1988), Khomeini pensait le régime exposé au risque de coups d’État et comptait sur cette garde prétorienne  pour mener une éventuelle guérilla.  

    « Arrogants » contre « déshérités »

    Bien que le sujet soit tabou, il serait naïf d’ignorer l’implantation locale du Mossad, qu’Israël reconnaît sans difficulté. Sans ramener la vague d’opposition à une révolte pilotée de l’extérieur, cet aveu rappelle à quel point le pays est vulnérable aux ingérences extérieures. Dans leur propagande, les caciques de la République islamique reprennent la distinction entre monde de l’arrogance (éstékbar) et déshérités (mostazafin) que l’ayatollah Khomeini avait empruntée au penseur Ali Shariati. Comme de juste, après une apparence de dialogue, les manifestants ont été assimilés à des émeutiers puis à des terroristes à la solde de l’ennemi sioniste. Singulièrement puissante dans des petites villes de province, l’actuelle vague de manifestations n’est pas inédite dans son ampleur. En 2009, le trucage du second tour de l’élection présidentielle en faveur du président sortant Mahmoud Ahmadinejad avait mis dans la rue des millions d’Iraniens. Las, le « mouvement vert » avait plié face à la répression, son champion Mir Hossein Moussavi étant encore aujourd’hui assigné à résidence. Bis repetita en 2019 puis 2022, autour de revendications plus sociétales. Les cortèges scandant le slogan « Femme, vie, liberté » après l’assassinat de la « mal-voilée » Mahsa Amini n’ont pas trouvé de débouché politique. Mais les dirigeants ont dû lâcher du lest en allégeant l’oppression des femmes, de moins en moins voilées dans l’espace public.

    Quelle issue ?

    Au vu du contexte international, l’imprévisibilité de Donald Trump rend tout pronostic hasardeux. Bombardera, bombardera pas ? Depuis la capture de Nicolas Maduro à Caracas, Téhéran a compris le message : la relative mesure des frappes américaines de juin dernier sur les sites nucléaires est potentiellement révolue. Mais quid de l’après ? Trump aspire-t-il à renverser Khamenei, primus inter pares de la République islamique, ou le régime tout entier ? Le précédent vénézuélien semble plaider pour la première option mais, comme le répètent les chaînes d’information, toutes les options seraient sur la table du Bureau ovale, peut-être même la négociation. Aux yeux de Trump, la frappe militaire précède souvent le dialogue, conformément à sa vision transactionnelle de la diplomatie. Pour y voir plus clair, le  Quincy Institute for Responsible Statecraft a réuni hier des universitaires irano-américains lors d’un webinaire. Les débats roulaient autour de trois axes : les revendications du peuple iranien, la stratégie américaine et les possibles évolutions du régime.

    De l’avis général, la colère ne s’éteindra pas. Mené par la classe moyenne paupérisée, le mouvement d’opposition n’entend pas nécessairement déboulonner le régime. Vali Nasr, professeur à la Johns Hopkins, imagine une possible intervention des forces militaro-politiques iraniennes : « Les Gardiens de la révolution ne forment pas un bloc monolithique. Ils sont loyaux à l’Iran – et non pas à Khamenei. Si une opportunité se présente, un ancien général comme Ghalibaf (Ndlr : président du Parlement) pourrait prendre une décision pragmatique. Il existe un État profond iranien, avec ses bureaucrates et ses technocrates, qui pourrait gouverner après l’éviction de Khamenei. Un putsch n’est pas exclu ». Lundi, tout le ban et l’arrière-ban de la République islamique s’est mobilisé pour marcher contre la violence et les destructions causées par l’insurrection. L’ayatollah Hassan Khomeini, critique discret du régime et petit-fils de son fondateur, y a même été aperçu.

    Conspué, le pouvoir iranien ne plie pas l’échine. Le directeur du site Amwaj.media Mohammad Ali Shabani souligne par ailleurs l’esprit de responsabilité qui anime la majorité des Iraniens : en juin dernier, les bombardements israéliens auraient tué un millier de membres des forces de sécurité, sans parler des physiciens nucléaires assassinés. Le souvenir de la « guerre des douze jours » inquiète donc une grande partie du peuple soucieux de l’instabilité qui résulterait de l’effondrement du système. Dans ce pays-empire fragmenté en une infinité de peuples (Kurdes, Azéris, Baloutches, Arabes, Talech…), un chaos généralisé ne ravirait personne.Ellie Geranmayeh, membre de l’European Council on Foreign Relations, imagine qu’en cas de bombardement américain, Benyamin Netanyahou pourrait surenchérir. Or,alors que l’administration Trump voudrait un Iran fort connecté au Moyen-Orient et aux intérêts américains, le gouvernement israélien n’aspire qu’à démanteler l’Etat et la puissance qu’est l’Iran. Tel un prédateur acculé dans sa grotte, l’appareil iranien entre dans la zone de tous les dangers.

    Daoud Boughezala (Site de la revue Éléments, 13 janvier 2026)

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  • Nos chers alliés...

    Les éditions Konfident viennent de publier un polar d'espionnage de Gilbert Gallerne intitulé Nos chers alliés.

    Écrivain, Gilbert Gallerne a déjà été lauréat en 2010 du Prix du quai des Orfèvres.

     

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    " La mort brutale du journaliste Rafael Arno intrigue le parrain de la victime, Martial Blanchard, un cadre de la DGSI en délicatesse avec sa hiérarchie. L'enquête a conclu au suicide et l'autopsie n'a révélé aucune trace de violences, mais l'ordinateur du défunt a été piraté et l'on découvre qu'Arno s'intéressait à un projet européen ultra-secret, le Système de combat aérien du futur (SCAF). Le journaliste en avait découvert le noyautage par des sociétés américaines avec la complicité de responsables politiques français devant leur ascension à une très influente fondation transatlantique. Mais jusqu'où la compromission va-t-elle ? A-t-on, au plus haut niveau de l'Etat, favorisé une puissance étrangère au détriment de l'intérêt national ? Et à qui Blanchard peut-il encore se fier ? À son tour, le flic est devenu une cible.

    Guerre économique,Young Leaders, barbouzes de la CIA et morts violentes : Gilbert Gallerne signe avec Nos chers Alliés un thriller d'une actualité brûlante."

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  • Macron contre le peuple...

    Vous pouvez découvrir ci-dessous un entretien donné par Pierre Le Vigan, urbaniste et essayiste,  à Omerta, dans lequel il évoque son ouvrage Éparpillé façon puzzle - Macron contre le peuple et les libertés (Perspectives libres, 2022), toujours d'une cruelle actualité, en analysant le stade ultime du libéralisme dans lequel la France est aujourd’hui plongée, ainsi que les mécanismes de contrôle social qui en découlent.

     

                                                

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  • Une chronique de la décennie...

    L'hebdomadaire en ligne Antipresse, fondé autour de Slobodan Despot et d'Eric Werner, qui fête son dixième anniversaire, vient de publier un recueil de ses articles essentiels.

    L'ouvrage peut être commandé sur le site d'Antipresse : ici

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    " Les dix premières années d’Antipresse en 75 articles essentiels! "

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  • Affaire Maduro : la civilisation s’efface, le temps des pirates est là...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue d'Eric Delcroix, cueilli sur Polémia et consacré à l'enlèvement par les Américains du président vénézuélien, qui semble signer l'enterrement définitif de l'ordre westphalien...

    Juriste et ancien avocat, Eric Delcroix a publié notamment Le Théâtre de Satan- Décadence du droit, partialité des juges (L'Æncre, 2002), Manifeste libertin - Essai révolutionnaire contre l'ordre moral antiraciste (L'Æncre, 2005) et Droit, conscience et sentiments (Akribeia, 2020).

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    Affaire Maduro : la civilisation s’efface, le temps des pirates est là

    Ambiguïtés journalistiques

    Le rapt du président en exercice du Venezuela, à Caracas, ainsi dans son propre pays, pour être livré à la justice de droit commun d’un autre pays est un précédent très grave. Que ce dictateur ait été une fripouille castriste évidemment peu recommandable est une chose, mais le traitement qui lui a été infligé indépendamment de sa qualité est un précédent qui revêt une importance universelle majeure.
    D’abord, entendons-nous bien et nommons les choses pour sortir de l’ambiguïté et de l’à-peu-près journalistique. Non, Nicolas Maduro n’a pas été capturé, il a été enlevé ; non, il n’a pas été exfiltré du Venezuela, comme on le fait pour sauver son agent, il a été extradé illégalement. Non plus, il n’est pas un président déchu comme le présentent les médias : seul le Venezuela pourrait le déchoir de son titre selon les institutions de ce pays ou par un coup d’État.
    Et son procès, en violation de son immunité de chef d’État, dans un pays tiers et sous la loi de ce pays étranger est le signe de la généralisation du désordre et de la dissolution ultime de la différence que l’on avait coutume de faire entre la raison d’État et la simple piraterie.

    Régime des États et lois de ceux-ci

    Depuis le traité de Westphalie (Münster et Osnabrück, 1648), les États étaient reconnus comme des entités souveraines, ne dépendant que d’elles-mêmes. Les responsables des États ne devant rendre de comptes, en tant que tels, qu’à leur propre ordre intérieur. Il est vrai que ces règles, pour dominantes qu’elles fussent, étaient des règles européennes, devenues universelles de par l’influence européenne sur le monde, influence qui n’est plus…
    Déjà, sous le poids des Américains, lors du grand procès de Nuremberg (1945-1946), ces règles avaient été transgressées et des voix s’étaient élevées, y compris aux États-Unis, telles celles du sénateur Taft ou du juge de la Cour suprême Harlan Fiske Stone.
    À une plus petite échelle, les Américains avaient déjà procédé à l’arrestation de Manuel Noriega après l’invasion du Panama par l’armée américaine (1989), mais le statut effectif de l’« homme fort », qui régnait alors plus ou moins officiellement sur le Panama, en fait un cas probablement marginal.
    Ces dernières décennies ont vu, à l’initiative des Américains mais non sans la complicité de leurs vassaux européens, l’application barbare de la liquidation des chefs vaincus, tels l’Irakien Saddam Hussein, exécuté sous supervision américaine (2006), ou le Libyen Mouammar Kadhafi, odieusement lynché sous supervision franco-américaine (2011).
    Aujourd’hui Napoléon serait pendu par les Anglais et je ne crois pas que cela aurait été souhaitable, ni pour notre histoire ni pour celle de la civilisation.

    Fin des souverainetés et immunités : Vae victis !

    Selon la justice des États-Unis, Nicolas Maduro est accusé de trafic de drogue, mais même en éliminant l’obstacle dirimant de l’immunité précitée, et donc à titre subsidiaire, le point de savoir s’il est illégal de commercialiser telle ou telle drogue relève de la souveraineté des États. Lors de la prohibition de l’alcool aux États-Unis (1920-1933), le président américain n’allait pas envoyer des commandos pour enlever, et juger sous sa loi nationale, le chef de l’État canadien ou le président du Mexique, pays dont les productions d’alcool alimentaient la contrebande des vertueux Américains.
    Et pendant que nous y sommes, pourquoi notre armée n’irait-elle pas maintenant enlever, pour le juger à Paris entre deux malandrins, le chef du gouvernement hollandais dans son pays à partir duquel le cannabis et ses dérivés sont légalement commercialisés, et alimentent pour finir le trafic de drogue en France…
    Ceux qui se réjouissent du sort fait au sinistre Maduro ont tout simplement des têtes de colibri, comme Trump, sauf que ce dernier a pour lui le pouvoir et la puissance qu’il ne conjugue qu’au présent (au futur sera-ce la Chine ?). Le démantèlement de l’ordre mondialiste américano-centré instauré depuis 1945 est une chose positive, en revanche la dissolution des débris de la paix de Westphalie fait disparaître les distinctions entre actes de souveraineté et actes de piraterie et cela est effroyablement dangereux.
    Une parenthèse de civilisation tri-centenaire vient de se refermer. C’était pourtant bien, la civilisation. Mais c’était avant…
    Attention aux lendemains qui déchantent. Vae victis !

    Éric Delcroix (Polémia, 9 janvier 2026)

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