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  • Souveraineté nationale et souveraineté populaire...

    Les éditions Krisis viennent de publier un essai d'Alain de Benoist intitulé Souveraineté nationale et souveraineté populaire.

    Philosophe et essayiste, directeur des revues Nouvelle École et Krisis, Alain de Benoist a récemment publié Le moment populiste (Pierre-Guillaume de Roux, 2017), Contre le libéralisme (Rocher, 2019),  La chape de plomb (La Nouvelle Librairie, 2020),  La place de l'homme dans la nature (La Nouvelle Librairie, 2020), La puissance et la foi - Essais de théologie politique (La Nouvelle Librairie, 2021), L'homme qui n'avait pas de père - Le dossier Jésus (Krisis, 2021), L'exil intérieur (La Nouvelle Librairie, 2022), Nous et les autres - L'identité sans fantasme (Rocher, 2023), Martin Buber, théoricien de la réciprocité (Via Romana, 2023) et, dernièrement Un autre Rousseau - Lumières et contre-Lumières ( Fayard, 2025).

     

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    " Quand on parle aujourd’hui de « souveraineté », c’est presque toujours pour évoquer la souveraineté nationale – et, le plus souvent, pour constater qu’elle est battue en brèche depuis des décennies. On oublie pourtant qu’il existe une autre forme de souveraineté : la souveraineté populaire, qui fait du peuple la source première de la légitimité politique. Comment ces deux souverainetés se distinguent-elles ? Comment peuvent-elles s’articuler ? Ce livre répond à ces questions en rappelant une évidence oubliée : la souveraineté est d’abord une notion politique, et non pas juridique ou morale. Si elle suscite tant de réticences, c’est qu’elle entre en conflit avec une époque où le politique est subordonné à l’économie, au droit et à la morale, sous l’emprise de l’idéologie des droits de l’homme et du « gouvernement des juges ». Son adversaire principal est l’idéologie libérale, qui rejette aussi bien la souveraineté nationale que la souveraineté populaire, au nom d’un double refus : celui du primat du politique et celui de toute souveraineté autre que celle de l’individu. Une clarification salutaire."

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  • Quentin, Lyon et la fracture française : la violence politique annonce la barbarie...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Yann Vallerie cueilli sur Breizh-Info et consacré à l'irrépressible montée de la barbarie dans notre société...

     

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    Quentin, Lyon et la fracture française : la violence politique annonce la barbarie

    Il y a des morts qui ne sont pas seulement des drames. Ce sont des symptômes.

    La mort tragique de Quentin a agi comme un révélateur brutal. Une génération découvre que la violence politique n’est plus une relique des années 70, ni une parenthèse marginale. Elle est là. Filmée. Partagée. Commentée. Justifiée.

    Il ne se passe plus une semaine sans qu’apparaissent sur les réseaux sociaux des vidéos où l’on voit des groupes s’acharner à coups de pied et de poing sur un homme déjà à terre. Les images circulent, alimentent la rage des uns, la satisfaction des autres, l’effroi silencieux du reste.

    Et chacun reste dans sa bulle.

    Nous vivons dans une civilisation fracturée. Non pas divisée — fracturée. Ce n’est plus un désaccord, c’est une incompatibilité croissante.

    Les réseaux sociaux n’informent plus : ils enferment. Ils construisent des univers parallèles. Chaque camp lit sa propre actualité, interprète les faits à travers son filtre, renforce ses certitudes. On ne confronte plus ses idées : on les consomme.

    Il y a désormais plusieurs réalités simultanées dans un même pays.

    Certains voient un climat d’agressions politiques unilatérales. D’autres ne voient que des “rixes” entre extrêmes. Certains parlent d’ultra-violence organisée. D’autres dénoncent la “récupération”.

    La vérité importe moins que l’appartenance.

    Quand les faits deviennent secondaires face à l’adhésion tribale, la société entre dans une zone dangereuse.

    Le symbole d’une époque

    Un détail pourrait sembler anecdotique : le MMA est aujourd’hui infiniment plus populaire chez les jeunes que la boxe anglaise.

    La boxe classique était un affrontement codifié, debout, avec des règles strictes. Le MMA, lui, autorise le combat au sol, l’étranglement, l’écrasement, la domination physique totale de l’adversaire.

    Ce n’est pas un jugement moral. C’est un symbole.

    Notre époque ne valorise plus la confrontation réglée. Elle valorise la neutralisation. La soumission. L’anéantissement de l’autre.

    La violence n’est plus une transgression. Elle devient un spectacle.

    Et quand la violence devient spectacle, elle devient contagieuse.

    L’impossibilité croissante du “vivre ensemble”

    Le mot est usé. Mais le problème demeure.

    Peut-on vivre ensemble lorsque les différences ne sont plus négociées, mais exacerbées ? Lorsque les identités deviennent des blocs étanches ? Lorsque chaque camp considère l’autre non comme un adversaire, mais comme une menace existentielle ?

    Nous sommes entrés dans une ère d’hyper-sensibilité identitaire et de radicalité émotionnelle.

    On ne discute plus : on accuse.
    On ne débat plus : on disqualifie.
    On ne tolère plus : on exclut.

    Les réseaux amplifient cette mécanique. Les algorithmes récompensent l’indignation, pas la nuance. La colère, pas la complexité. La dénonciation, pas la confrontation argumentée.

    Chaque jour, des milliers de personnes s’éveillent dans une réalité soigneusement calibrée pour conforter leur vision du monde.

    Comment s’étonner ensuite que l’incompréhension dégénère en violence?

    Une génération saturée

    Les jeunes générations grandissent dans un climat d’images permanentes : émeutes, affrontements, humiliations filmées, combats clandestins, “expositions” publiques d’adversaires.

    La frontière entre militantisme, hooliganisme et guérilla symbolique devient floue.

    Quand l’action politique s’exprime d’abord par l’intimidation physique, quand la rue redevient un théâtre de démonstration de force, la démocratie s’érode silencieusement.

    La violence ne surgit pas du néant. Elle est préparée, normalisée, légitimée par des discours qui transforment l’adversaire en ennemi absolu.

    Le risque d’une escalade

    La guerre civile ne commence jamais par une déclaration officielle. Elle commence par des ruptures successives : sociales, culturelles, informationnelles.

    Elle commence quand des groupes ne partagent plus aucun récit commun.
    Quand ils ne reconnaissent plus les mêmes autorités.
    Quand ils ne reconnaissent plus les mêmes faits.

    Nous n’y sommes pas encore.

    Mais nous avançons sur une pente dangereuse.

    La mort d’un jeune homme, les vidéos de lynchages politiques, les discours de justification implicite ou de relativisation sont autant de signaux faibles qui, additionnés, dessinent un paysage inquiétant.

    Une société qui ne sait plus réguler ses conflits par la parole finit toujours par les régler autrement.

    Retrouver le sens du réel

    La barbarie ne vient pas seulement de la rue. Elle vient du refus du réel.

    Refus de voir la fragmentation.
    Refus de reconnaître l’exaspération mutuelle.
    Refus d’admettre que l’accumulation des haines nourrit une dynamique autonome.

    Si chacun continue à vivre dans sa bulle, à considérer l’autre comme irrécupérable, à alimenter la radicalité comme un carburant identitaire, alors oui, l’escalade deviendra probable.

    Le vivre ensemble n’est pas un slogan. C’est une discipline.

    Et aujourd’hui, cette discipline s’effondre.

    La question n’est pas de savoir qui a commencé. La question est de savoir si quelqu’un veut encore arrêter.

    Parce qu’une civilisation ne meurt pas seulement d’attaques extérieures. Elle peut aussi se dissoudre dans ses propres fractures.

    La barbarie ne surgit pas toujours avec fracas. Elle s’installe d’abord dans les esprits.

    Et c’est là qu’elle devient irréversible.

    Yann Vallerie (Breizh-Info, 16 février 2026)

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  • Frank Frazetta, illustrateur...

    Les éditions Taschen viennent de publier, sous la direction de Dian Hanson, un ouvrage intitulé Frazetta, qui regroupe des œuvres de Frank Frazetta, célèbre illustrateur d'heroic fantasy.

     

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    " Frank Frazetta règne sans partage sur l’art fantastique depuis plus d’un demi-siècle et la valeur de ses oeuvres ne cesse de croître, pour enfin égaler l’admiration de ses fans. Chaque année, ses oeuvres battent leur record d’enchères de l’année précédente et sa couverture pour le Conan publié par Lancer en 1967 est partie pour 13,5 millions de dollars en septembre 2025.
    Né dans une famille d’immigrés siciliens à Brooklyn en 1928, Frazetta a d’abord été athlète en ligue mineure, petit délinquant et séducteur en série, servi par un physique de star de cinéma et un talent phénoménal. Celui qui se qualifiait de paresseux et pénible commençait en général à peindre la veille de la date où il devait livrer son travail. Il le terminait en quelques heures et livrait souvent un chef d’oeuvre qui n’avait pas eu le temps de sécher. Il débuta dans les comics à 16 ans, notamment pour les fameux EC Comics, passa ensuite aux affiches de films, puis aux couvertures des pulps de Tarzan et Conan. Il produisit aussi des unes pour le National Lampoon, malgré son désaccord avec “les idées politiques hippy” du magazine, coréalisa un fil d’animation intitulé Fire & Ice avec Ralph Bakshi, et apprit à peindre de la main gauche à 68 ans après une première attaque cérébrale qui paralysa sa main droite. “J’ai l’esprit très tourné vers le physique, expliquait-il dans les années 1970. À Brooklyn, j’ai fréquenté Conan, j’ai connu des gars exactement comme lui.” Grâce à sa connaissance empirique de la musculature et du virilisme, il redessina les héros de fantasy, les fit plus massifs, intimidants et gonflés de testostérone que tous leurs prédécesseurs, et qui subit la même transformation aux protagonistes féminines, dotées de cuisses épaisses, de fesses bombées et de visages à l’espièglerie de fée, mais réalistes et crédibles, avec leurs ventres arondis et leurs traces subtiles de cellulite. Les œuvres de Frazetta sont en fait aussi addictives que des chips, et cette édition vous y donne accès dans un format compact, attirant et abordable."

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  • Nicolas qui paie, l’État qui encaisse...

    Dans cette émission du Plus d’Éléments, diffusée par TV Libertés, l'équipe du magazine s’empare du dernier numéro d’Éléments consacré à une question brûlante : comment sortir de l’étatisme sans renoncer à l’État et comment repenser celui-ci sans l’abandonner aux technocrates ni aux idéologues ? Au cœur de la discussion : "Nicolas qui paie", figure-symptôme d’une France pressurée, invisible, mais pas résignée.

    On trouvera sur le plateau, autour de Patrick Lusinchi, Daoud Boughezala, Rodolphe Cart et Anthony Marinier et François de Voyer...

     

                                               

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  • Carl Schmitt...

    Nous vous signalons la parution du nouveau numéro de la revue Nouvelle Ecole (n°75, année 2026), dirigée par Alain de Benoist, avec un dossier consacré à Carl Schmitt.

    La revue est disponible sur le site de la revue Éléments.

     

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    Au sommaire :

    Le couple ami-ennemi. Réflexions critiques sur le critère du politique selon Carl Schmitt. (Alain de Benoist)

    « Les Buribunken ». Un essai méconnu du jeune Carl Schmitt. (José Ignacio Vásquez Márquez)

    Recension du livre de Lucien Romier, « Explication de notre temps » (1925). (Carl Schmitt) suivie d’un texte de Sophie Cossäus.

    Document / « Politique » (1936). (Carl Schmitt)

    Un monument schmittien : « Le Nomos de la Terre ». (Martin Motte)

    Modernité de Hobbes. À propos du « Léviathan » (1938). (Julius Evola)

    Constitution et droit constitutionnel chez Carl Schmitt. (Agostino Carrino)

    Document / Une lettre de Carl Schmitt à Jean-Pierre Faye.

    Neutralisations et dépolitisation selon Carl Schmitt. (Mariam Zovinar)

    Document / Extraits de la correspondance Norberto Bobbio – Carl Schmitt.

    Carl Schmitt dans la Chine contemporaine. (Daniele Perra)

    Carl Schmitt en Chine. (Flora Sapio)

    Carl Schmitt, le « katechon » et l’Eurasie. (Massimo Maraviglia)

    Joseph de Maistre et Carl Schmitt. (Graeme Garrard)

    Carl Schmitt en visiteur espagnol : la maison d’Ors, père et fils. (Michel Lhomme)

    Carl Schmitt et le « choc des civilisations » de Samuel Huntington. (Joseph W. Bendersky)

    Les relations de Reinhart Koselleck avec Carl Schmitt. (Niklas Olsen)

    Terra manet. Carl Schmitt et la composante tellurique. (Jerónimo Molina)

    Carl Schmitt en langue française. (Alain de Benoist)

    268 Bibliographie N. E.

    Henri Bosco ou la demeure des songes. (Raphaël Juan)

    Trotsky. (Ernst Jünger)

    Heidegger, médecin de la modernité. (Jean-Marie Legrand)

    Penser la technique (et le marché) avec Karl Polanyi. (Nadjib Abdelkader et Jérôme Maucourant)

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  • La gauche et la guerre culturelle, chronique d’un réveil douloureux...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Balbino Katz, le chroniqueur des vents et des marées, cueilli sur Breizh-Info et consacré à la guerre culturelle...

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    La gauche et la guerre culturelle, chronique d’un réveil douloureux

    Je suis assis tranquillement dans ma cuisine, à cette heure incertaine où le matin n’a pas encore choisi son camp. Le Monde est déplié devant moi, étalé comme une nappe rituelle. Le journal a cette manière de s’imposer dans l’espace domestique, comme s’il occupait naturellement la place du prêtre et du notaire. Une page entière retient l’attention. Le titre est sans détour, presque inquiet, « L’extrême droite mène sa bataille culturelle », signé par Julie Carriat. Une page entière, illustrée, pesée, grave, pour constater ce que le quotidien de référence a longtemps refusé de voir.

    Quand la gauche se désespère, elle ne commence jamais par s’interroger sur ses propres échecs. Elle cherche des causes extérieures à ses défaites. La « guerre culturelle » devient alors l’explication commode, le démon explicatif qui permet d’éviter toute autocritique. L’article du Le Monde s’inscrit pleinement dans cette tradition. Il ne s’agit pas d’un texte de compréhension, mais d’un texte de constat anxieux, presque d’un chant funèbre discret, où affleure la stupeur d’un camp qui découvre que le terrain qu’il croyait définitivement conquis ne lui appartient plus sans partage.

    L’effort de contextualisation historique mérite toutefois d’être relevé. Julie Carriat remonte à Antonio Gramsci, rappelle le concept d’hégémonie culturelle, reconnaît que la droite française marginalisée des années soixante a puisé dans cette réflexion pour tenter de survivre intellectuellement après la Seconde Guerre mondiale. Elle admet que la notion de « gramscisme de droite » a été formulée tôt, officialisée même lors d’un congrès du GRECE en 1981. Sur le papier, l’honnêteté semble au rendez-vous.

    Ce que le journal se garde pourtant bien de raconter, c’est le contexte existentiel de cette conversion stratégique. En 1965, l’échec de la campagne présidentielle de Jean-Louis Tixier-Vignancourt ferme définitivement la voie électorale à toute une génération. L’activisme, quant à lui, s’épuise dans la stérilité. Lorsque Dominique Venner choisit de déposer le fusil de la révolution pour s’éloigner celui des battues de chasse, une génération entière se retrouve alors sans horizon politique immédiat, contrainte de penser autrement sa survie.

    C’est là que surgit ce que Le Monde désigne avec une prudence soupçonneuse comme une entreprise de « brouillage des frontières ». Le mérite d’Alain de Benoist et de ceux qui l’entourent est pourtant ailleurs. Il consiste à avoir compris que la droite avait perdu bien avant de perdre les élections. Elle avait perdu la bataille des catégories mentales, du langage, des évidences. À défaut de pouvoir conquérir l’Elysée ou la rue, il fallait reconquérir ce qui précède toute victoire politique, l’imaginaire, les idées, les représentations.

    Après 1945, un partage tacite s’était imposé en Europe occidentale. À l’Est, la gauche s’emparait de tous les leviers de pouvoir. À l’Ouest, elle investissait les pouvoirs culturels, universitaires, éditoriaux, médiatiques, laissant à la droite libérale la gestion de l’économie. Cette dernière acceptait volontiers ce compromis. À vous la culture et ses prébendes, laissez-nous administrer les marchés. Le Monde est l’un des produits les plus achevés de ce modus vivendi, cette répartition des territoires qui assurait à la gauche un monopole moral sans partage.

    Fondé en 1968, le GRECE va entreprendre un travail de fond, patient, souvent ingrat, qui n’a rien d’une manœuvre opportuniste. Contrairement à ce que suggère l’article, il ne s’agit pas de recycler cyniquement Gramsci, mais de produire un corpus cohérent. L’ethno-différentialisme, qui enterre définitivement le racisme biologique, la critique de l’universalisme abstrait, le refus de réduire l’homme à l’homo œconomicus, la mise en valeur de l’identité, de l’héritage, de la transmission, autant de thèmes que Le Monde préfère réduire à une simple « guerre des mots ».

    L’article affirme qu’il n’y aurait eu aucun renouvellement doctrinal depuis la Nouvelle Droite. Cette accusation trahit moins une analyse qu’un malentendu fondamental. Une pensée conservatrice n’a pas vocation à se réinventer au rythme des modes. Elle se mesure à sa capacité à durer, à nommer ce qui persiste lorsque le décor change. Ce qui dérange Le Monde, ce n’est pas l’absence de nouveauté, mais la persistance d’idées qu’il croyait disqualifiées.

    La véritable inquiétude affleure lorsque l’article évoque la constitution d’un écosystème culturel alternatif. Chaînes de télévision, radios, maisons d’édition, fondations, cercles de formation, financements privés. Vincent Bolloré devient la figure commode du Mal, Pierre-Édouard Stérin l’incarnation d’un capital enfin réveillé. Ce passage est révélateur. Pendant des décennies, la gauche a vécu sur l’idée que les capitalistes financeraient indéfiniment un système culturel hostile à leurs propres intérêts, comme dans la formule attribuée à Lénine sur la corde et le pendu. Or ces capitalistes ont fini par comprendre que la gauche les conduit à une société où eux-mêmes n’ont plus de raison d’être. Il ne s’agit plus de philanthropie, mais de survie.

    Ce qui désoriente profondément la gauche, et l’article du Monde en est l’aveu involontaire, c’est la perte de son monopole sur le Bien. Se pensant depuis des décennies comme le camp moral par excellence, elle ne supporte pas de voir ce statut contesté. Elle observe avec stupeur que des mots naguère bannis pénètrent le langage politique, que des notions qu’elle croyait enterrées ressurgissent, que le peuple ne se laisse plus dicter ses catégories par l’université et les rédactions.

    L’article tente de se rassurer en citant des experts expliquant que les intellectuels ne feraient pas basculer les masses. C’est précisément ce qui effraie la gauche. Si les masses cessent d’obéir aux prescripteurs culturels, alors tout l’édifice s’effondre. Ce n’est pas la victoire culturelle de la droite qui inquiète Le Monde, c’est la fin de la docilité culturelle.

    La droite, longtemps aveugle à cette dimension, a fini par comprendre que la guerre culturelle faisait partie intégrante du combat politique. En France, l’irruption d’Éric Zemmour dans l’arène électorale a brisé un plafond de verre médiatique, permettant à des idées longtemps confinées aux marges d’atteindre l’ensemble des Français. En Argentine, l’arrivée au pouvoir de Javier Milei a placé la guerre culturelle au cœur même de l’action gouvernementale. Aux États-Unis, plus aucun acteur politique conservateur ne conçoit désormais l’affrontement électoral sans combat frontal contre l’hégémonie culturelle progressiste.

    La gauche demeure puissante. Dominante à l’université, influente dans les médias, majoritaire parmi les étudiants. Cette domination n’est cependant plus absolue. Des failles sont apparues. Elles permettent à des idées élaborées voici trente, quarante ou cinquante ans d’atteindre enfin ceux auxquels elles étaient destinées. C’est cette fissure que Le Monde contemple avec inquiétude.

    Derrière le vocabulaire faussement analytique, l’article de Julie Carriat est un requiem discret. Il constate l’incapacité de la gauche à produire des idées nouvelles, attractives, capables de séduire les jeunes générations. Il découvre que la guerre culturelle, qu’elle croyait imaginaire ou marginale, est devenue un champ de bataille réel. Non parce que la droite l’aurait inventée, mais parce que la gauche a cessé de la gagner.

    La tentation de la censure apparaît alors comme un réflexe de fin de cycle. Quand on ne parvient plus à convaincre, on rêve d’interdire. Quand on ne domine plus intellectuellement, on invoque la régulation. Ce réflexe n’a rien de nouveau. Il accompagne toujours les fins de monde.

    La guerre culturelle n’a pas commencé aujourd’hui. Ce qui est nouveau, c’est que Le Monde reconnaît enfin son existence. Non pour la mener, mais pour s’en plaindre.

    Balbino Katz, chroniqueur des vents et des marées (Breizh-Info, 10 février 2026)

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