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  • Droit, race et chaos ethnique...

    Les éditions Akribeia viennent de publier un essai d'Eric Delcroix intitulé Droit, race et chaos ethnique.

    Juriste et ancien avocat, Eric Delcroix a publié notamment Le Théâtre de Satan- Décadence du droit, partialité des juges (L'Æncre, 2002), Manifeste libertin - Essai révolutionnaire contre l'ordre moral antiraciste (L'Æncre, 2005) et Droit, conscience et sentiments (Akribeia, 2020).

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    " Les bons sentiments ont évolué car ils ont été artificiellement exacerbés et réorientés de façon à la fois révolutionnaire et radicalement subversive. Nous avons connu en définitive une révolution anthropologique, qui s’est produite pour ainsi dire en catimini sous le couvert du Bien. Depuis un bon demi-siècle, en France, mais aussi dans tout l’Occident, nous sommes écrasés sous la chape de plomb d’un nouvel ordre moral, l’ordre moral antidiscriminatoire ; il n’est pas présenté ainsi, mais c’est bel et bien ainsi qu’il est vécu, le plus souvent de façon inconsciente et jusqu’au tréfonds de nos âmes. Il est infecté par l’esprit puritain venu des États-Unis mais marxiste et « woke compatible », puisque égalitariste (et non pas égalitaire).

    En 1965 a été élaborée à New York, sous l’égide des Nations unies, la Convention internationale contre toutes les formes de discrimination que la France ratifiera en 1971 dans l’indifférence générale. Son application zélée par la République a donné notamment les lois Pleven (1972), Fabius-Gayssot (1990), Lellouche (2003) et Perben II (2004), dont les rhizomes envahissent tous les domaines de notre droit. Ces lois, complétées par une jurisprudence conforme, constituent une camisole de force juridique qui conduit le droit à se confondre avec la morale, y compris quant à l’inquisition des consciences que voyait poindre Orwell dans son 1984.

    L’ordre public français, assez stabilisé depuis la Révolution et le Premier Empire, et même durant les restaurations monarchiques, a basculé de 180 degrés en une cinquantaine d’années. C’est en 1972 qu’il a commencé, de façon doucereuse et perverse, sa mue totale et implacable.

    Après Droit, conscience et sentiments (Akribeia, 2020), l’auteur, avocat qui a connu l’ancien ordre public républicain en entrant au barreau de Paris en 1970, a vécu cette révolution à son cœur défendant. L’ordre public, fil directeur de notre droit, était le plus souvent axiologiquement neutre, héritage des Lumières, et l’auteur a vu celui-ci s’inverser au fil des décennies dans le sens d’une véritable et implacable raciopudibonderie. Il analyse ici l’histoire de la mécanique socialement délétère qui voue l’homme blanc à sa disparition. Soixante-dix pour cent des Français veulent l’arrêt de l’immigration exotique, en vain. C’est que le chaos ethnique est voulu : derrière la mécanique, il y a des mécaniciens..."

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  • Imma von Bodmershof : de Hellingrath à Heidegger...

    Nous reproduisons ci-dessous un article de Lionel Baland consacré à la poétesse autrichienne Imma von Bodmershof...

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    Imma von Bodmershof, de Hellingrath à Heidegger

    Emma Lilly Isolde von Ehrenfels, dénommée « Imma », naît le 10 août 1895 à Graz en Autriche. Sa mère est Emma von Hartmann. La famille réside un an à Augsbourg en Bavière chez la sœur de son père Christian, Lili von Liechtenstern, dont le mari, officier, est stationné en cet endroit. Imma et ses parents déménagent ensuite à Vienne. En 1896, Christian devient professeur à l’université germanophone de Prague. En 1898, sa femme et les enfants le rejoignent. Il développe, au cours des années suivantes, des thèses affirmant qu’un homme surdoué et qui en a les moyens financiers dispose du droit d’engendrer des enfants légitimes avec plusieurs femmes. Ces dernières doivent vivre en congrégation afin de se soutenir mutuellement pour l’éducation et les soins à apporter aux enfants. Les hommes sont contraints de leur fournir une contribution financière, mais pas de vivre avec elles et les enfants, car, selon des prédispositions naturelles, l’homme aspire bien plus à la fierté d’engendrer une descendance nombreuse qu’à la vie commune avec celle-ci. Désirant expérimenter ces pratiques dans sa vie privée, Christian von Ehrenfels entre en conflit avec sa famille. Imma vit, comme son père, sept mois par an à Prague et cinq mois à Lichtenau im Waldviertel en Autriche.

    Imma est influencée par les idées de son milieu, celui de la noblesse propriétaire terrienne du Waldviertel, ainsi que par le fait que son père est un intellectuel renommé qui fréquente à Prague l’écrivain Max Brod, qui est le plus proche ami de Franz Kafka, le sociologue et économiste Friedrich von Wieser, membre de l’école autrichienne d’économie et qui repèrera Friedrich von Hayek qu’il conviera à rencontrer Ludwig von Mises, et Tomáš Masaryk, qui deviendra président de la future Tchécoslovaquie. Christian von Ehrenfels est aussi un ami intime de Houston Stewart Chamberlain, un des précurseurs de la Révolution conservatrice allemande.

    Norbert von Hellingrath

    Au cours de l’été 1909, la famille von Ehrenfels est en vacances, comme chaque année, à Lichtenau im Waldviertel. Trois enfants de la sœur de Christian, Lili von Liechtenstern, sont présents et amènent leur cousin Norbert von Hellingrath. Ce dernier arrive le 15 août, jour de l’Assomption, alors que le temps est chaud. Trois jours auparavant, Imma von Ehrenfels a fêté ses 14 ans. Le soir, avant le repas, Norbert est présenté à Imma. Les activités, lors du séjour d’été, consistent en des discussions philosophiques, des promenades dans les bois et de la musique.

    Norbert von Hellingrath fréquente, à Munich, le salon Bruckmann, tenu par sa tante et son oncle, et les écrivains qui y sont reçus. Ces gens sont convaincus que l’industrialisation de l’Allemagne et le progrès technique engendrent la désintégration des individus.

    Alors que les vacances touchent à leur fin et que la famille doit retourner à Prague afin que le père y reprenne ses activités d’enseignant, les Ehrenfels décident d’entreprendre une dernière promenade. Norbert et Imma se retrouvent un à côté de l’autre lors de la marche et Imma amène la conversation sur la pinacothèque de Munich. Il apparaît, lors de la discussion, qu’ils ont les mêmes points de vue. Ils se retrouvent séparés pour un an. Norbert doit repartir à Munich afin d’y rédiger sa thèse de doctorat portant sur des transpositions de Friedrich Hölderlin et Imma retourne à Prague.

    Friedrich Hölderlin

    Né en 1770, Friedrich Hölderlin cherchait, à travers sa poésie, à s’opposer à la domination de l’esprit rationaliste issu des Lumières, qu’il tenait pour responsable, par son prolongement au sein de la Révolution française, d’une dérive de la société vers l’abîme. Afin de contrer cette évolution, il appelait à un retour aux valeurs fondatrices de la Grèce antique afin de mettre le doigt sur les manquements du peuple allemand. L’exhortation hölderlinienne adressée à ce dernier de se souvenir de la beauté et de la grandeur produites par son génie propre devint l’un des axes centraux de « l’Allemagne secrète » du Cercle Stefan George – un des éléments précurseurs de la Révolution conservatrice allemande –, expression employée pour la première fois en 1910 par Karl Wolfskehl dans le Jahrbuch für geistige Bewegung.

    Norbert von Hellingrath découvre, lors de sa visite à la Bibliothèque royale du Wurtemberg à Stuttgart, entre le 27 et le 31 octobre 1909, des transpositions de Pindare par Friedrich Hölderlin. En juillet 1910, il obtient son doctorat. Christoph von Liechtenstern emmène Norbert à Lichtenau im Waldviertel chez les Ehrenfels. Imma est présente. Norbert ne peut pas y séjourner longtemps car il doit prendre la charge de lecteur à l’École normale supérieure à Paris.

    Le 27 juillet 1911, Norbert quitte Paris pour Munich. Le 2 août, il part pour Lichtenau im Waldviertel. Imma a presque 16 ans. Norbert voyage ensuite avec sa mère, via Prague, au Danemark et en Suède. Il rentre à Munich en passant par Nuremberg où le régiment de son père est stationné. Il séjourne une nouvelle fois à Paris, puis quitte cette ville le 22 décembre. Il vit ensuite à Munich dans un appartement au 52 de la Leopoldstraße, rue qui se trouve dans le quartier de la bohème littéraire et artistique de Schwabing. Pour la Noël 1911, Norbert écrit trois poèmes qu’il envoie à la mère d’Imma. Imma les lit aussi et décide d’écrire, pour la première fois, à Norbert. Ce dernier lui répond.

    En 1912, Norbert prend une nouvelle fois des vacances à Lichtenau im Waldviertel. Durant cette période, un homme se présente chez les Ehrenfels : « Münchhausen ». Christian pense qu’il s’agit d’une blague en référence au célèbre baron vantard affirmant avoir survolé le champ de bataille assis sur un boulet de canon. Mais, l’individu est le baron Thankmar von Münchhausen, ami de Norbert. Les deux hommes ont passé du temps ensemble à Paris et ont comme amis communs le poète Rainer Maria Rilke et Karl Wolfskehl.

    Après le départ de Münchhausen, Norbert parle à Imma du texte de préface qu’il rédige pour le volume d’écrits de Friedrich Hölderlin. À partir de l’automne, Imma suit des cours dans une école ménagère à Wernigerode dans le Harz en Allemagne. Elle y entretient une correspondance avec Norbert. Elle note à ce propos : « Je devais ici certes apprendre à cuisiner, mais je m’occupe comme jamais auparavant de Hölderlin, de Stefan George et du Jahrbuch für geistige Bewegung du Cercle [Stefan] George. » Norbert change d’appartement à Munich et habite désormais au 56/II de la Ungererstraße, dans le quartier de la bohème littéraire et artistique de Schwabing.

    Le 8 janvier 1913, Imma est conduite par son père à la gare de Prague. Elle voyage seule et arrive le soir à Nuremberg où le père et la mère de Norbert l’attendent. Le lendemain matin, Norbert arrive de Munich avec une lourde valise remplie de livres et de manuscrits. Norbert et Imma lisent durant de nombreuses heures des écrits de Friedrich Hölderlin, de Stefan George et de Norbert lui-même. Ils se fiancent secrètement le 13. Norbert écrit à sa mère et au père d’Imma afin de leur faire connaître cette nouvelle. Ce dernier répond à Norbert que celui-ci doit trouver une situation financière alors qu’il vit de l’argent parental. Le 18 janvier 1913, Imma retourne à l’école à Wernigerode. Norbert repart ensuite pour Munich. Ils s’envoient régulièrement des lettres. Imma termine ses examens à Wernigerode avant Pâques et retourne à Prague chez ses parents. Le 20 mai 1913, Norbert se rend à Heidelberg. Accompagné de Thankmar von Münchhausen, il trouve tout de suite un logement. Il quitte cette ville le 7 juin et repart à Munich en passant par Marbach et Stuttgart afin d’y consulter les archives Hölderlin. Le 5 août, il voyage vers Linz, dans l’Empire des Habsbourg. Imma, son frère Rolf ainsi que leur mère l’attendent. Ils prennent le bateau vers Krems, puis une calèche vers Lichtenau im Waldviertel. L’ambiance est plus froide entre Norbert et les parents d’Imma qu’au cours des années précédentes. Le 5 septembre, la mère de Norbert arrive à Lichtenau im Waldviertel. Des discussions ont lieu à propos de la date des futures fiançailles officielles et de l’avenir financier du couple. Norbert part le 15 septembre pour Vienne.

    De sombres nuages

    Fin mars 1914, il reçoit enfin l’invitation de la famille d’Imma de se rendre à Prague durant les vacances de Pâques. Il loge dans un hôtel et passe les journées dans cette famille. Le séjour dure treize jours. Survenu le 28 juin, l’attentat de Sarajevo ne semble pas perturber Norbert, qui poursuit intensément ses travaux. Le 28 juillet, en conséquence de la crise diplomatique survenue à la suite de cet événement, l’Autriche-Hongrie déclare la guerre à la Serbie. La Russie mobilise le 30. L’Allemagne déclare le 1er août la guerre à la Russie.

    Imma est avec son père à Lichtenau im Waldviertel. Norbert s’engage à Munich comme volontaire dans l’armée. Une élite intellectuelle et artistique issue du peuple allemand se porte volontaire pour partir combattre à la guerre et emporte avec elle des écrits de Friedrich Hölderlin, croyant y lire la nécessité de cette conflagration afin que l’Allemagne ne sombre pas dans la barbarie de la technicisation et de l’industrialisation.

    Le 29 décembre 1914, Imma et sa mère se rendent à Munich, à l’invitation de la mère de Norbert, dans la maison Hellingrath. Le père de Norbert, qui est stationné avec son régiment à Nuremberg, est absent. Les fiançailles officielles ont lieu, lors de la soirée du Nouvel An, dans la maison Bruckmann à la lumière du sapin. Le 6 janvier 1915, Norbert von Hellingrath repart vers Amberg. Imma et sa mère vont à Prague. Huit jours plus tard, Imma reçoit une lettre de Norbert lui indiquant qu’il souffre d’une blessure au genou, à la suite d’un accident de cheval, et est à Munich. Imma désire se rendre dans cette ville, mais doit s’occuper de sa mère souffrante, puis tombe à son tour malade. Imma correspond avec Rainer Maria Rilke que Norbert connaît.

    Cinq semaines ensemble

    Elsa Bruckmann fait venir chez elle à Munich Imma, afin que cette dernière passe cinq semaines avec Norbert. Les deux amoureux visitent la ville. Il lui fait connaître ses amis : Alfred Schuler, Ludwig Klages, Karl Wolfskehl – qui ont tous les trois appartenu au Cercle cosmique – et qui sont membres du Cercle Stefan George, ainsi que la femme de Karl Wolfskehl, et Clara et Rainer Maria Rilke. Le 19 avril 1915, Norbert repart en garnison à Amberg. En mai, Norbert a un congé d’une semaine. Cette fois, Imma loge dans la maison des parents de Norbert, alors que le père d’Imma y est opposé. Le 1er septembre, Norbert est lieutenant. Du 1 au 5 octobre, il est en vacances. Imma est amenée à la gare par son père. Lorsqu’elle veut changer de train à Schwandorf, afin de se rendre à Munich, où doivent l’attendre la mère et la sœur de Norbert, elle entend crier son nom. Un porteur de télégramme lui remet un message lui indiquant de se rendre à Amberg. Elle arrive là le soir. Norbert l’y attend en uniforme. Elle loge dans une auberge. Ils y font l’amour ensemble pour la première fois. Il doit rentrer à la caserne. Le lendemain, ils partent pour Munich. Le 5 octobre, Imma se rend à Amberg avec la mère de Norbert, à la caserne.

    Le 7, Norbert quitte Amberg, et passe par Nuremberg où il rencontre son père et sa mère, en se rendant en France à Colroy-la-Grande, où il arrive le 8. En septembre 1916, Norbert a des congés et séjourne en compagnie d’Imma dans la maison de ses parents à Munich. Le seul ami que Norbert voit est l’écrivain Rudolf Kassner. Après 13 jours, la mère et la sœur de Norbert, ainsi qu’Imma, accompagnent Norbert à la gare. Le couple se tient la main par la fenêtre. Le train part et Norbert et Imma sont contraints de se lâcher la main. Norbert a la possibilité de suivre une formation d’observateur en ballon durant six semaines à Munich et ne la saisit pas. Ses beaux-parents et sa fiancée ne sont pas contents de ce choix. Le 14 décembre, Norbert von Hellingrath tombe au front devant Douaumont. La famille tente d’obtenir des nouvelles. La mère de Norbert et Imma parviennent, grâce aux relations familiales, à se rendre, en empruntant un train de transport de troupes, en Belgique occupée, afin de rencontrer, à Louvain (Leuven), le lieutenant Neuhold, un camarade de Norbert. En février 1917, la famille publie une annonce mortuaire. Au printemps 1917, Imma retourne chez ses parents. Son père, qui souffre d’une forte dépression, est dans un sanatorium. La famille Ehrenfels, qui réside les derniers mois de la guerre à Lichtenau im Waldviertel, est atteinte par la grippe espagnole. Imma est très fortement touchée, mais survit.

    Wilhelm von Bodmershof

    Wilhelm von Bodmershof et Rolf, le frère d’Imma, sont amis depuis que, en mars 1915, les familles Ehrenfels et Bodmershof se sont rencontrées. En 1916, à l’âge de 18 ans, après avoir obtenu son baccalauréat, Wilhelm s’engage, combat au sein de la cavalerie et est blessé sur le front de Galicie. Après sa guérison, il est actif militairement dans la zone de Valenciennes et est, en novembre 1918, une nouvelle fois blessé. Après la traversée d’une partie de l’Allemagne, il se retrouve dans un hôpital à Dresde. Pendant ce temps, à Prague, les Tchèques et les Slovaques ont pris le contrôle de la ville. Le 3 janvier 1919, Wilhelm quitte l’hôpital en habits civils et arrive à rejoindre Prague. Son père est dans l’incertitude du payement de sa retraite : il ne sait pas si celle-ci lui sera octroyée par la Tchécoslovaquie ou l’Autriche et déménage dans sa maison de Graz en Autriche. Wilhelm entreprend des études au sein de l’Académie consulaire de Vienne.

    Pendant l’été 1919, Rolf invite à Lichtenau im Waldviertel son ami Wilhelm von Bodmershof. Ce dernier, qui a enduré les combats de la guerre, y revoit Imma, qui a survécu à la maladie, et qu’il n’a plus rencontrée depuis quatre ans. Autrefois, il éprouvait une attirance, non réciproque, pour elle. Désormais, Imma a perdu l’être qui lui était le plus cher et est passée à travers les mailles du filet lors de l’épidémie.

    À l’automne 1919, les Ehrenfels retournent à Prague car l’université en langue allemande est maintenue et Christian y donne, à nouveau, des cours, après être sorti de près de deux années et demie de dépression. Imma est autorisée par ses parents à rester à Lichtenau im Waldviertel.

    Wilhelm suit à nouveau les cours à l’Académie consulaire de Vienne. Imma reste en contact avec la famille de Norbert et il ne lui est pas facile d’annoncer à la mère de ce dernier ses fiançailles avec Wilhelm, qui ont lieu le 13 décembre 1919. Imma se rend à Prague chez ses parents et Wilhelm, qui ne poursuit pas ses études, séjourne à Zeuthen près de Berlin. Au printemps 1922, Imma reçoit de ses parents l’autorisation de lui rendre visite.

    Christian annonce à sa fille Imma que le patrimoine familial est anéanti par la guerre et l’inflation. Imma gère le bien familial de Raspach, se rendant chaque matin à pied depuis Lichtenau im Waldviertel dans ce lieu, puis revenant, toujours à pied, le soir.

    Mariage

    Wilhelm et Imma se marient le 5 janvier 1924 à Krems. Ils gèrent la propriété de Raspach et s’y aménagent une chambre afin de ne pas retourner tous les jours à Lichtenau im Waldviertel.

    Christian von Ehrenfels est très influencé par l’ouvrage Der Untergang des Abendlandes (« Le déclin de l’Occident ») d’Oswald Spengler, un des penseurs de la Révolution conservatrice allemande, qui vit dans le quartier de Schwabing à Munich. Il est aussi convaincu que les forces culturelles et constitutives d’Occident sont épuisées, mais il pense qu’une fusion de ce dernier avec les peuples slaves peut le sauver. Il écrit une pièce de théâtre dramatique afin de vulgariser cette idée. Publiée au début de l’année 1925, la pièce est présentée à Prague en juin et est un cuisant échec. En conséquence, il retombe en dépression et n’est plus en mesure durant trois ans d’enseigner.

    Le château du domaine de Raspach est restauré. En décembre 1927, Imma transfère ses livres et ses meubles de Lichtenau im Waldviertel à Raspach. La situation économique de la jeune République d’Autriche est mauvaise et les tenants de l’Ordre nouveau, soutenus de l’extérieur par le régime en place en Italie, affrontent les sociaux-démocrates. À la fin des années 1920, Wilhelm rejoint le mouvement d’Ordre nouveau Heimwehr.

    Imma entretient toujours des contacts avec la mère de Norbert, mais aussi avec la tante, Elsa Bruckmann, qui accueille au sein du salon éponyme, que son mari et elle tiennent à Munich, Adolf Hitler. Elsa a rendu visite à ce dernier au sein de la prison de Landsberg après l’échec de la tentative de Putsch, puis, une fois ce dernier sorti de prison, l’a introduit dans les milieux littéraires et financiers de Munich. L’influence de l’évolution au sein du salon Bruckmann se fait sentir à Lichtenau im Waldviertel et à Raspach. Christian von Ehrenfels meurt en septembre 1932.

    Sous l’Ordre nouveau

    L’instauration, en 1933, du régime d’Ordre nouveau, hostile au national-socialisme, par le chancelier social-chrétien Engelbert Dollfuß n’enthousiasme pas Wilhelm. Il est cependant membre du Front patriotique et de l’Heimwehr. Il quitte cette dernière et rejoint le Parti national socialiste (NSDAP) clandestin. Parmi ses trois parrains d’adhésion figure l’éditeur Hugo Bruckmann de Munich. Wilhelm exerce désormais des fonctions, au niveau local, au sein du NSDAP.

    Elsa Bruckmann convainc Imma qu’un ouvrage doit être publié à propos de Norbert. Hölderlin Vermächtnis est réalisé sous la direction de Ludwig von Pigenot et est publié aux éditions Bruckmann.

    Le premier roman d’Imma paraît en 1937 chez S. Fischer à Berlin : Der zweite Sommer. Lors de l’annexion, Wilhelm et Imma sont à Vienne. Ensuite, elle devient membre de l’association culturelle nationale-socialiste dédiée aux écrivains. Elle n’adhère pas au NSDAP. Elle écrit son deuxième roman : Die Stadt in Flandern.

    Lors de la question des Sudètes, Wilhelm est mobilisé. Le frère d’Imma, Rolf, qui est antinational-socialiste, et sa femme sont en Grèce.

    Alors qu’Imma prévoit de se rendre à Prague chez sa mère le 18 mars 1939, les troupes allemandes entrent le 15 dans cette ville. Imma s’en réjouit. Mais, afin de pouvoir se rendre dans cet endroit, elle est contrainte d’aller à Vienne demander un visa et cela dure trois jours. Elle se rend alors à Prague chez sa mère et revient ensuite au sein du Reich.

    Durant un voyage en Suisse et en Italie, Imma et Wilhelm rencontrent Ludwig Derleth, qu’Imma connaît de l’époque de Munich. Ludwig Derleth a été proche du Cercle cosmique munichois, avant que sa relation avec Alfred Schuler se rompe, et a été membre du Cercle Stefan George, mais le maître de cette structure s’est éloigné de lui durant la Première Guerre mondiale. Le prix Nobel de littérature en 1929 Thomas Mann a écrit en 1904 la nouvelle « Beim Propheten », qui porte sur une lecture qui s’est déroulée dans l’appartement de Derleth au numéro 1 de la Destouchesstraße dans le quartier de Schwabing à Munich. L’œuvre la plus connue de Ludwig Derleth est Le Coran franc. Ils croisent le peintre et écrivain philosophicoreligieux allemand Bô Yin Râ. Ils rentrent en Allemagne.

    Lors du déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, Wilhelm est contraint de livrer sa voiture aux autorités. Il n’est pas mobilisé et exerce des fonctions au sein de l’administration de l’agriculture.

    Capitaine Hermann Ehrhardt

    Imma et Wilhelm rendent visite à leur voisin, le capitaine Hermann Ehrhardt. Il est depuis 1936 le propriétaire de Brunn am Walde. Il a été durant la Première Guerre mondiale officier de marine. Il a ensuite été dirigeant de corps francs et a été, en tant que nationaliste allemand, opposé à la République. Lors du putsch de Kapp, la brigade Ehrhardt a marché sur le quartier gouvernemental à Berlin. Le président de la République Ebert et le gouvernement se sont enfuis. Le putsch a échoué quelques jours plus tard à la suite d’une grève générale. D’anciens membres de la brigade ont formé l’Organisation Consul qui a assassiné le ministre des Affaires étrangères Walter Rathenau. Hermann Ehrhardt n’a pas été impliqué dans ces faits. Figurant parmi les personnes visées lors de la Nuit des longs couteaux, il a été contraint de fuir et de se réfugier en Autriche.

    Emma, la mère d’Imma, qui vit désormais dans la même demeure qu’Imma, car, à Prague, les moyens de se chauffer manquent, travaille à la publication de ses échanges de lettres avec Houston Stewart Chamberlain.

    En avril 1940, Imma voyage. Elle rencontre à Munich, chez sa tante Elsa Bruckmann, Ulrich von Hassel, un opposant au national-socialisme qui sera exécuté après l’attentat du 20 juillet 1944 commis par le comte Claus von Stauffenberg, dont le mentor est le poète Stefan George. Elsa Bruckmann et diverses personnes qui fréquentent son salon ne sont pas contents du fait qu’Adolf Hitler a impliqué l’Allemagne dans des guerres et que des persécutions ont lieu contre les juifs. Ils tiennent Joseph Goebbels responsable de cela, plutôt qu’Adolf Hitler, afin de se dédouaner du fait qu’ils ont aidé le chef du parti national-socialiste à accéder au pouvoir.

    Le 3 septembre 1941, Hugo Bruckmann décède. Il a droit à un enterrement d’État, même si Adolf Hitler ne peut y prendre part.

    Gerhard Hauptmann

    En 1942, lors du 80e anniversaire, à Vienne, du prix Nobel de littérature 1912 et prix Goethe 1932 Gerhard Hauptmann, elle rencontre ce dernier, qui était un ami de son père. Hauptmann et Imma s’étaient déjà croisés à Prague quand ce dernier avait rendu visite à la mère d’Imma, à la suite du décès du père d’Imma.

    Imma apprend par la radio l’attentat de juillet 1944 contre Adolf Hitler. L’auteur principal, Claus von Stauffenberg, était membre du Cercle Stefan George, comme Norbert von Hellingrath.

    Alors que leur voisin, le capitaine Hermann Ehrhardt, est recherché par la Gestapo, Wilhelm le convainc de se rendre. Ce dernier réapparaît quelques mois plus tard, car aucune preuve n’a pu être trouvée contre lui.

    Lorsque les troupes soviétiques arrivent, Wilhelm est présent, alors qu’Imma a pris la fuite. Elle revient sept mois plus tard.

    Emma, la mère d’Imma, meurt dans la nuit du 3 au 4 avril 1946. Le 7 juin, Elsa Bruckmann, qui avait tant espéré voir maintenu en vie l’héritage de son neveu Norbert von Hellingrath au travers d’Adolf Hitler, meurt. Après avoir tenté deux fois de se suicider, elle a passé les dernières années de sa vie à Garmisch-Partenkirchen. En avril 1945, dans une lettre à sa sœur, la mère de Norbert von Hellingrath, elle a écrit : « Notre foyer détruit, Munich anéantie, ce en quoi on avait cru – déçus, trahis et notre Allemagne à la fin ! » Elsa Bruckmann est peu inquiétée par les autorités américaines d’occupation, car elle a aidé, durant la guerre, des juifs à fuir. Wilhelm est jugé pour ses activités sous le IIIe Reich. Il est condamné.

    Au début de l’année 1948, un cadeau arrive à la maison : un ouvrage sur les haïkus japonais, de courts poèmes d’origine japonaise capturant l’instant présent et célébrant l’évanescence du monde. À partir de ce moment, Imma se met à écrire jour et nuit des haïkus.

    Ludwig Derleth meurt le 13 janvier, le père de Norbert von Hellingrath le 29 juin et Karl Wolfskehl le 30 en Nouvelle-Zélande où il vit depuis 1938, ayant fui l’Allemagne car juif.

    Imma et Wilhelm tentent d’acheter un bien au Vorarlberg car ils craignent que, vivant en zone d’occupation soviétique, les propriétés soient prises par l’État. Le capitaine Ehrhardt désire vendre son domaine à Imma et Wilhelm, mais ceux-ci n’ont pas les moyens de l’acheter.

    Imma visite pour la première fois l’Oktoberfest à Munich, en compagnie de Ludwig von Pigenot, l’administrateur de l’héritage littéraire de Norbert. Elle entretient ensuite une correspondance avec lui. Après 16 ans passés à l’étranger, Rolf, le frère d’Imma, revient d’Inde.

    Neutralisation de l’Autriche

    Le départ des forces d’occupation en 1955 permet aux personnes qui ont été impliquées dans le national-socialisme de respirer. Wilhelm ne craint plus la saisie de la propriété. De plus, il est amnistié.

    Imma fait la connaissance, peu de temps avant la mort de celui-ci, de l’écrivain Reinhold Schneider, dont les écrits ont contribué à la Résistance conservatrice chrétienne au national-socialisme, ce qui lui a valu d’être persécuté durant la Seconde Guerre mondiale. Imma reçoit la visite de la célèbre danseuse et chorégraphe Grete Wiesenthal.

    La mère de Norbert von Hellingrath meurt en janvier 1954. Le roman d’Imma Sieben Handvoll Salz paraît en 1958. Imma reçoit la même année le Grand Prix d’État autrichien de littérature. Le 6 juin 1959, une fête en l’honneur du poète Friedrich Hölderlin et de son redécouvreur Norbert von Hellingrath a lieu à Munich. Imma, en tant que personne ayant été proche de ce dernier, se trouve au centre de ce rassemblement. Elle fait, à cette occasion, la connaissance du philosophe Martin Heidegger. De cette rencontre naît une série d’échanges épistolaires. Martin Heidegger lui demande d’envoyer une photo d’elle. Elle lui en expédie une datant de 1911. Ils correspondent, notamment à propos de Friedrich Hölderlin et de Norbert von Hellingrath. Le monde idéal d’Imma von Bodmershof et de Martin Heidegger est celui de Norbert von Hellingrath. Martin Heidegger apprécie les haïkus.

    La sœur de Norbert von Hellingrath, Elisabeth, meurt, en avril 1961, d’un accident vasculaire cérébral. Imma et Wilhelm se rendent directement à Munich. L’urne funéraire est enterrée, sous une forte pluie, au cimetière de Planegg, un village situé près de Munich.

    Imma est en relation avec l’écrivain Gustav von Festenberg-Pakisch. En 1965, elle reçoit le prix de la Culture de l’État fédéré de Basse-Autriche. Son roman Die Bartabnahme est publié en 1966. En 1969, elle reçoit la Croix d’honneur pour la Science et l’art de Ière classe. Ses haïkus sont traduits en japonais et rencontrent le succès au pays du soleil levant.

    Au bord du Neckar

    Au printemps 1970, Imma visite les archives Hölderlin à Bebenhausen. Elle apprécie le fait de tenir en mains des documents de Friedrich Hölderlin. Elle se rend ensuite à Tübingen, où, au bord du Neckar, se dresse, à quelque distance du Stift, le séminaire protestant au sein duquel ont étudié l’astronome Johannes Kepler, ainsi que, tous les trois ensemble, le poète Friedrich Hölderlin et les philosophes Georg Hegel et Friedrich Schelling, la tour jaune au sein de laquelle Friedrich Hölderlin, aliéné, a habité de 1807 à 1843. Profondément impressionnée par cet endroit, elle écrit à Martin Heidegger : « J’avais toutes les pièces et le jardin seulement pour moi. Je suis restée assise près d’une heure sous les lilas en fleurs, le Neckar apaisé coulant doucement, une barque passant, des jeunes gens ou un couple amoureux, et enfin, le carillon de midi retentit – l’une des cloches avait un son étrange, comme si elle était fêlée. »

    Wilhelm Bodmershof décède en novembre, à la suite de deux infarctus. Le capitaine Hermann Ehrhardt meurt en 1971.

    Martin Heidegger écrit en mars 1974 à Imma : « Ce qui est effrayant, c’est que l’homme d’aujourd’hui de l’Occident oublié est trop insignifiant pour sa chute et ne peut plus ressentir la réserve initiale des origines. »

    Imma indique en avril dans une lettre à Martin Heidegger : « Encore à nouveau, quand je viens dans le sud, je suis frappée par la façon plus intime et poétique dont le printemps nordique parle, que par la juxtaposition colorée du sud, qui veut dire tout ce qui ne peut être dit de cette manière. »

    Ludwig von Pigenot et Martin Heidegger décèdent en mai 1976. Rolf, le frère d’Imma, meurt en 1980 et Imma le 26 août 1982.

    Auteur d’une quinzaine d’ouvrages, Imma von Bodmershof reste durant quelques années un écrivain autrichien dont l’œuvre est connue en Autriche et en Allemagne avant de sombrer progressivement dans l’oubli. Par delà ses écrits, Imma von Bodmershof a constitué un lien entre son fiancé décédé au combat Norbert von Hellingrath, le redécouvreur de Hölderlin, et le philosophe Martin Heidegger, auquel l’œuvre de Hölderlin a fourni les ressources poétiques permettant de réaliser son Kehre (« tournant ») philosophique.

    BROKOFF Jürgen, JACOB Joachim und LEPPER Marcel (hrsg.), Norbert von Hellingrath und die Ästhetik der europäischen Moderne, Wallstein, Göttingen, 2014.

    CORDON Cécile, Zwischen Hölderlin und Hitler. Die Schriftstellerin Imma Bodmershof und ihre Zeit (1895-1982), Eudora, Leipzig, 2020.

    MARTYNKEWICZ Wolfgang, Salon Deutschland. Geist und Macht 1900-1945, Aufbau Verlag, Berlin, 2009.

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  • Mémoires de M. d'Artagnan...

    Les éditions Bouquins viennent de rééditer la version complète du livre de Gatien de Courtilz de Sandras intitulé Les Mémoires de M. d'Artagnan, dont Alexandre Dumas s'est inspiré pour écrire Les trois mousquetaires. Officier de l'armée royale devenu homme de plume, Courtilz de Sandras (1644-1712) a écrit des romans historiques et des pamphlets et a été logé gracieusement aux frais du roi pendant près de six ans...

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    « Courtilz de Sandras (1644-1712) est longtemps demeuré " l'homme invisible " de la littérature au tournant du Grand Siècle. Il est pourtant l'inventeur dès 1687 d'une forme littéraire nouvelle : les pseudo-mémoires. Il a attribué à des personnages célèbres en leur temps comme hommes de cour, militaires ou hauts magistrats (Montbrun, d'Artagnan, Guillaume de Bordeaux) des mémoires apocryphes rapportant des anecdotes connues des contemporains ; celles-ci sont cousues dans une trame biographique, puis augmentées d'épisodes plus ou moins romancés de leurs carrières occultes d'émissaires secrets au service de Richelieu, Mazarin ou Louvois.
    Telle fut la carrière de d'Artagnan, qui servit sous les ministres Mazarin et Colbert. Il est d'ailleurs vraisemblable que Courtilz ait côtoyé au cours de sa carrière militaire le capitaine-lieutenant des Mousquetaires du Roi, lorsque la compagnie était sous les ordres du duc de Nevers, dans les années 1663-1665. Les aventures de d'Artagnan (Charles de Batz de Castelmore, né vers 1613, mort en 1673 au cours du siège de Maastricht) sont connues grâce aux Trois Mousquetaires de Dumas qui, ayant dévoré le livre de Courtilz, tire du premier tome une très large part de ce qui sera la matière de son roman : personnages, actions, intrigues, retournements, dénouements, refondus dans un style mêlant écriture dramatique et roman populaire à rebondissements. Pour autant, si l'on connaît les grandes lignes du destin de d'Artagnan et de ses acolytes, la perspective introspective des pseudo-mémoires à la première personne composés par Courtilz dote le personnage d'une profondeur insoupçonnée – et restée inconnue depuis trois siècles puisqu'il n'existait toujours pas d'édition intégrale moderne des Mémoires de M. d'Artagnan réédités dix fois au XVIIIe siècle, mais jamais depuis. »

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  • Promenade à la Gare du Nord avec François Bousquet...

    Vous pouvez découvrir ci-dessous une conversation entre François Bousquet et Vincent Lapierre sur le racisme anti-blanc à l'occasion d'une promenade dans le quartier de la Gare du Nord, à Paris...

    Journaliste, directeur de la rédaction de la revue Éléments, François Bousquet a notamment publié Putain de saint Foucauld - Archéologie d'un fétiche (Pierre-Guillaume de Roux, 2015), La droite buissonnière (Rocher, 2017), Courage ! - Manuel de guérilla culturelle (La Nouvelle Librairie, 2020), Biopolitique du coronavirus (La Nouvelle Librairie, 2020), Alain de Benoist à l'endroit - Un demi-siècle de Nouvelle Droite (La Nouvelle Librairie, 2023) et, dernièrement une enquête en deux volets, Le racisme antiblanc (La Nouvelle Librairie, 2025) et « Sale blanc » - Le racisme qu'on ne veut pas voir (La Nouvelle Librairie, 2026).

     

                                             

     

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  • Le temps du Centaure...

    Les éditions Hétairie viennent de publier un nouvel essai de Julien Rochedy intitulé Le temps du Centaure.

    Publiciste et essayiste, Julien Rochedy, qui est une figure de la mouvance identitaire, a déjà publié plusieurs essais dont Nietzsche l'actuelL'amour et la guerre - Répondre au féminisme, Philosophie de droite, Surhommes et sous-hommes - Valeur et destin de l'homme (Hétairie, 2023) et dernièrement Qui sont les Blancs ? - Généalogie d'une identité interdite (Hétairie, 2025).

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    " De Peter Thiel à Nick Land, de René Girard à Curtis Yarvin, de Carl Schmitt à Donald Trump, de la critique radicale de la démocratie à l’avenir bionique, de la figure de l’Antéchrist à celle d’une invasion venue du futur, de la thermodynamique à l’anarcho-capitalisme, et du film Matrix à la société Palantir — en passant par l’occulte et la théologie chrétienne —, ce livre explore la grande mutation des maîtres du futur : ces milliardaires, ingénieurs, philosophes et stratèges qui ne croient plus que le progressisme libéral puisse encore porter le progrès. Pour eux, l’État doit être repris, la démocratie dépassée, le techno-capitalisme accéléré, l’Occident réarmé, l’Empire restauré.
    Le temps du Centaure est une traversée du nouvel imaginaire politique qui se forme sous nos yeux, et qui semble appelé à prendre en main le destin de l’humanité. Car le centaure, figure hybride, sauvage et redoutable, avance déjà. La seule manière de ne pas être piétiné par lui est peut-être de comprendre sa course."

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  • Alain de Benoist : « la guerre culturelle n’a été gagnée que par défaut »

    Nous reproduisons ci-dessous un entretien donné par Alain de Benoist à l'Observatoire du journalisme pour évoquer la question de la guerre culturelle...

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    Alain de Benoist : « la guerre culturelle n’a été gagnée que par défaut »

    Face à l’ « extrême droite », le milliardaire Matthieu Pigasse veut « mener la guerre culturelle », et cela « jusqu’au bout ». D’ailleurs, Les Inrockuptibles (dont il est propriétaire) titrent sur « La culture contre les fachos » avec une pétition signée par les actrices Camille Cottin ou Judith Godrèche, et par l’humoriste Guillaume Meurice. 600 personnalités du cinéma s’indignent dans Libération contre Vincent Bolloré, craignant une « uniformisation » de la production.

    Dans les médias et sur le tapis rouge, la bataille d’influence fait rage. L’OJIM s’est tourné vers Alain de Benoist, souvent mis en cause dans les médias dominants pour avoir théorisé la « guerre culturelle » dès les années 60. Né en 1943, essayiste et journaliste français, fondateur de la revue Éléments, il est le principal théoricien de la Nouvelle Droite et l’auteur d’une œuvre abondante.

    Entretien

    Qu’est-ce qui se joue ? L’hégémonie culturelle ou la survie d’une caste ?

    Les deux sont liées, mais je dirais avant tout la survie d’une caste. Depuis des décennies, l’idéologie dominante a pris la forme, dans le domaine de la culture, d’un micro-milieu politico-idéologico-médiatique qui cultive l’entre-soi comme la chose la plus naturelle du monde. Tocqueville disait que, dans une société égalitaire, même les inégalités minuscules apparaissent comme un scandale. Ici, c’est un peu la même chose : alors que le libéralisme progressiste est, non seulement majoritaire, mais quasiment en situation de monopole dans le domaine culturel, la moindre fenêtre de liberté qui s’ouvre quelque part suscite des protestations indignées sur le thème de : comment est-ce possible ? Mais qu’est-ce qui se passe ?

    CNews, dont il y aurait beaucoup à dire (et pas forcément en bien), est à peu près la seule chaîne télévisée, parmi des centaines d’autres, où l’on entend parfois des propos qui vont à contre-courant. Cela suffit à donner des vapeurs aux fonctionnaires de l’idéologie des droits de l’homme, à susciter des plaintes en rafales, des dénonciations de sycophantes professionnels, des appels à la censure et des listes noires. Et comme nous vivons dans un monde d’hystérisation grandissante des rapports sociaux, on monte tout de suite aux extrêmes : Bolloré a racheté deux maisons d’édition, à quand la réouverture des camps ? Tout cela est évidemment ridicule. Le peuple n’y comprend rien et s’en fout complètement. La seule chose que les gens retiennent tient dans ce simple constat : la vérité est ailleurs.

    Alain de Benoist, Vous avez été journaliste, essayiste, éditeur, vous avez fondé un cercle de réflexion (le G.R.E.C.E.). La « guerre culturelle », vous la vivez depuis un demi-siècle, et d’ailleurs vous en avez fait les frais, ayant été visé par de nombreuses campagnes médiatiques diffamantes. Votre analyse doit-elle être mise à jour ?

    Je ne le crois pas, mais il faut évidemment prendre en compte les faits nouveaux. Le rôle des réseaux sociaux, d’abord, qui favorisent la surenchère dans la brutalité manichéenne et servent de caisses de résonance aux diffamations les plus éhontées en s’érigeant en tribunaux permanents, où toute accusation vaut condamnation. Mais le principe de base est toujours le même : la culture est porteuse d’images, de valeurs et de thèmes qui, à la longue, finissent par imprégner l’imaginaire symbolique et modifier les comportements collectifs. L’enjeu de la culture culturelle, depuis toujours, c’est l’hégémonie.

    Aujourd’hui l’hégémonie appartient toujours, non à « la gauche » comme on le dit trop facilement, mais à un camp progressiste qui, faute d’avoir encore quelque chose à dire, se contente de faire tourner le moulin à prière en répétant les mêmes mantras (« antiracisme », théorie du genre, valeurs « républicaines », universalisme). Ce camp est dominant, mais il se sent menacé. Les privilégiés ont peur de perdre leurs privilèges, les mutins de Panurge (Philippe Muray) de perdre leurs subventions. À force de chauffer la banquise, ils constatent qu’elle est en train de fondre sous leurs pieds. Comme les chiens qui craignent de perdre leur os, ils montrent les dents. C’est tout à fait normal : s’ils étaient vraiment forts, ils pourraient se payer le luxe d’être indifférents. Il faut plutôt s’en réjouir, leur système finira par imploser, la boue accumulée finira par sécher.

    Des médias comme Radio Nova usent de l’humour, volontiers choquant et brutal. Des médias d’une gauche plus modérée dénoncent un retour à l’antisémitisme ? Peut-on rire de tout ?

    La réponse que donnait Pierre Desproges est bien connue, mais elle ne me satisfait pas. Oui, bien sûr, on devrait pouvoir rire de tout, mais cela ne veut pas dire que tout soit risible. Nous sommes dans une époque où tout ce qui était naguère naturellement honoré et respecté est tourné en dérision. La dérision est une infirmité de l’âme. Charlie Hebdo est libre de publier ce qu’il veut, mais je suis de ceux qui pensent que le rôle de l’école n’est pas de montrer aux élèves des caricatures qu’ils jugent blasphématoires. Dans toute société normale, il y a une zone de sacré ; elle doit être interdite d’accès à ceux qui veulent la profaner comme d’autres pissent sur la tombe du Soldat inconnu. Les humoristes actuels ne font rire que les esprits bas. Et puis, rappelons-le, on n’est pas sur terre uniquement pour rigoler !

    Quelle stratégie métapolitique préconisez-vous aujourd’hui à ceux qui refusent à la fois l’uniformisation libérale-progressiste et le simple miroir inversé d’une « droite de combat » purement réactive ? Vous semblez dénoncer le penchant de nos contemporains pour la facilité.

    La seule stratégie, c’est le travail et la création de qualité. Beaucoup de gens « de droite » pensent aujourd’hui qu’ils sont en passe de gagner la « guerre culturelle » ? Mais de quelle guerre parlent-ils ? Quelle bataille a t-on gagné lorsque ce qui fait autorité dans le système médiatico-politique continue de ne se référer qu’à des « autorités incontestables » qui pensent le contraire de ce que pensent la majorité des gens ? La vérité est que la guerre culturelle n’a au mieux été gagnée que par défaut. La gauche progressiste a perdu, la droite conservatrice n’a pas gagné. L’adversaire n’a pas été battu, il s’est effondré de lui-même. Mais il n’en a pas pour autant perdu le pouvoir. Quand « la droite » pourra aligner quelques dizaines de chercheurs, de philosophes, de sociologues, de politologues, de biologistes et de physiciens susceptibles d’énoncer une conception du monde alternative à celle qui domine aujourd’hui, on pourra en reparler. Mais je ne crois pas que ce soit pour demain.

    Alain de Benoist (Observatoire du journalisme, 21 mai 2026)

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