Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Métapo infos

  • Céline : ses lettres au "cabotin" et à l'"hurluberlu"...

    Les éditions Gallimard viennent de publier un nouveau volume de correspondances de Céline intitulé Lettres à ses avocats français  1947-1953.

     

    Céline_Lettres à ses avocats français.jpg

    " Entre 1947 et 1953, alors qu'il est menacé d'extradition du Danemark, où il réside, afin d'être jugé en France pour collaboration avec les Allemands, Louis-Ferdinand Céline entretient une relation épistolaire cruciale avec les deux avocats chargés de le défendre. Le premier, Maître Albert Naud, est un ancien résistant ; le second, Maître Jean-Louis Tixier-Vignancour, a été lui aussi suspecté de collaboration avant de bénéficier d'un non-lieu. La presse française, notamment communiste, fait monter la pression autour de son procès : des témoignages douteux et de fausses photographies circulent. Les lettres de Céline depuis l'exil montrent un homme qui se bat avec la dernière énergie pour éviter la prison : "La Prison est le seul mot avec lequel je ne fasse pas joujou", écrit-il en 1948. Cette correspondance met en scène un trio dans une pièce à suspense et à rebondissements. Par-devers lui, Céline surnomme Naud le "cabotin" et Tixier l'"hurluberlu", et joue l'un contre l'autre, les deux avocats ne s'appréciant guère. Dans les coulisses passe le fidèle avocat danois de Céline, Maître Thorvald Mikkelsen, qui vient souvent en renfort. Après une manœuvre maladroite auprès de la Cour, Maître Tixier-Vignancour finit par trouver la solution du côté du tribunal militaire en mars 1951. Quelques mois plus tard, l'homme qui quitta précipitamment Paris en 1944 pour Baden-Baden se retrouve installé à Meudon, amnistié, son casier blanchi et toute son œuvre reprise par les Éditions Gallimard. Ce quatorzième volume de la "Série Céline", établi par Jean Paul Louis, réunit les deux volumes de lettres publiées aux Éditions La Flûte de Pan par Frédéric Monnier : celles à Albert Naud en 1984 et celles à Tixier-Vignancour en 1985. Cette nouvelle édition rassemblant 168 lettres, relues sur le fac-similé du manuscrit, bénéficie d'une documentation inédite et d'un nouvel appareil de notes, ainsi que d'une chronologie complète des affaires judiciaires de Céline entre 1944 et 1958."

    Lien permanent Catégories : Livres 0 commentaire Pin it!
  • Échec et mat pour Washington ?...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue d'Henri Roure cueilli sur Breizh-Info et consacré au conflit entre les États-Unis et l'Iran. Officier général ayant fait carrière dans les Troupes de marine, Henri Roure est également docteur en sciences politiques.

    Iran_Etats-unis_Echecs.jpg

     

    Échec et mat pour Washington ?

    Depuis le début de la guerre menée par les États-Unis contre l’Iran, à l’instigation d’Israël, une question occupe mon esprit et probablement l’esprit de quelques uns parmi vous: mais que veulent les États-Unis ? Sont-ils à ce point dépendants de l’État hébreux pour s’être lancés dans cette très incertaine aventure ?

    Pour Israël, en effet, tout est clair. L’Iran est son seul véritable concurrent pour une hégémonie régionale. Il lui faut éviter que ce puissant adversaire accède à l’arme nucléaire ce qui détruirait, de toute évidence, sa prééminence dans ce domaine et rendrait beaucoup plus difficile toute action militaire contre Téhéran. Symétriquement ce saut stratégique ferait peser une menace bien plus sensible qu’aujourd’hui. La logique est établie. Une action décisive avant l’accession de l’Iran à la dimension nucléaire s’avérait indispensable au regard des dirigeants israéliens, encore que cette aventure repose sur la supposition que l’Iran ait cette volonté. Il est bien plus vraisemblable que le véritable but de guerre d’Israël ait été la rupture du soutien de l’Iran avec ses intermédiaires ou protégés Hezbollah et Hamas. Cependant, bien que redoutablement efficaces, les forces armées israéliennes n’étaient pas en mesure d’affronter les armées iraniennes, elles aussi extrêmement modernes et équipées. Il fallait donc une action conjuguée avec les États-Unis, l’allié intime.

    Convaincre les États-Unis de s’engager aux côtés d’Israël était chose simple tant l’osmose politique et humaine entre ces deux pays est grande. Il suffit de rappeler la proximité affective entre les protestants « biblistes » étatsuniens, se considérant comme le « second peuple élu », et les Juifs, le« premier peuple élu ». On pourrait trouver dans cette expression une sorte de révérence, de celui se définissant comme le second, au premier. Il faut aussi être bien conscient que la communauté israélite aux États-Unis, d’environ 7 millions de personnes sur 330 millions d’habitants, soit à peine autour de 2%, représente toutefois 20% des fortunes les plus élevées du pays. Elles détiennent un pouvoir considérable par le biais de solides établissements financiers, actionnaires de la Réserve Fédérale, la Banque des États-Unis, de nature privée, émettrice du dollar. À cela s’ajoute la participation de la communauté juive, solidaire et très éduquée, au pouvoir politique au plus haut niveau.

    Mais peut-on croire que cette seule relation entre un petit pays implanté jadis au Proche-Orient par la volonté anglo-saxonne, puisse avoir formé la seule incitation à l’engagement de Washington dans ce conflit risqué ? Bien d’autres moyens existent pour protéger Israël. Ce pays n’a cessé de mener des guerres depuis sa création, tout comme les États-Unis d’ailleurs…Si le fait nucléaire était aussi important, il semblerait donc que la guerre de 12 jours et l’utilisation de bombes extrêmement performantes, n’aient pas suffi à annihiler l’ambition de Téhéran dans ce domaine. Il aurait alors suffi de renouveler l’opération sur quelques sites sensibles dont l’emplacement, je n’en doute pas, est connu de la CIA et du Mossad. Il aurait aussi été plus judicieux de demander au gouvernement islamique de ce pays de confirmer la fatwa publiée par le guide de la révolution, l’ayatollah Ali Khamenei, en 2005, interdisant la production, le stockage et l’usage d’armes nucléaires et précisant que l’Iran n’acquerrait jamais de telles armes. Elle avait fait l’objet d’une déclaration officielle lors d’une réunion à Vienne, de l’Agence Internationale de l’énergie nucléaire en août 2005. Cette position a été pourtant répétée par l’ayatollah et son entourage. Sachant qu’une fatwa est une réponse à une question morale ou sociale non prévue dans les textes sacrés, et que la parole du guide suprême en Islam chiite demeure incontestable, il est fort peu probable que les Iraniens aient voulu enrichir de l’uranium à des fins militaires. Une fois encore les États-Unis, coutumiers du mensonge, ont ignoré les valeurs d’une civilisation autre en lui prêtant leurs propres travers. L’argument d’un Iran accédant à la bombe atomique me semble donc très incertain…

    En réalité le président Trump et son entourage ont trouvé dans ce conflit un moyen de tenter d’arrêter le déclin géopolitique des États-Unis et de confirmer les principes de la National Security Strategy, (NSS), le corollaire Trump à la doctrine de Monroe. Cette nouvelle vision des États-Unis les porte à se replier sur le continent américain, tout en préservant les flux commerciaux et le rôle international du dollar. Ils n’ont plus la force, ni les moyens de mener des guerres de conquête suivies d’une occupation.

    Il ne faut pas croire toutefois que les États-Unis veuillent renoncer à leur place privilégiée dans le monde. Ils demeurent un redoutable État prédateur et conservent la mémoire de leurs intentions anciennes, tout comme la Russie peut regretter l’URSS. Il est intéressant de rapporter une puissance à vocation mondiale aux impératifs de la géographie. Les réflexions des fondateurs de la géostratégie sont éclairants à l’égard de la volonté des États-Unis, dans leur situation nouvelle, de maîtriser les flux logistiques planétaires au traversdu contrôle des passages maritimes obligés. Ils peuvent encore le faire. Ils sont une puissance maritime.

    L’amiral étatsunien Alfred Thayer Mahan, à la fin du XIXème siècle, affirmait que la prospérité et la puissance dépendaient du contrôle des voies maritimes du monde . « Quiconque domine les vagues domine le monde », écrivait-il.

    Halford John MacKinder, observait la planète comme une totalité sur laquelle se distinguait une « île mondiale », le Heartland, composé des continents eurasiatique et africain et des « îles périphériques », au sein d’un « océan mondial ». Il estimait que pour dominer le monde, il fallait tenir ce Heartland, principalement la plaine s’étendant de l’Europe centrale à la Sibérie occidentale qui rayonne sur la Méditerranée, le Moyen-Orient l’Asie du Sud et la Chine. De toute évidence la guerre en Ukraine, engagée par les États-Unis, a été la tentative de mise en application de cette perception.

    Nicholas Spykman améliora cette théorie. Selon lui la Terre est composée d’un coeur (Heartland) et d’un anneau de terre qui l’entoure qu’il appelle Rimland. Il affirma que le pays qui possède le Rimland peut contrôler le Heartland, et donc le monde.

    Ces penseurs se référaient à un lointain prédécesseur, Sir Walter Raleigh (vers 1600), navigateur et favori de la reine Élisabeth 1ère, qui s’exprimait ainsi: « Celui qui commande la mer commande le commerce; celui qui commande le commerce commande la richesse du monde, et par conséquent le monde lui-même ». Cette formule pourrait symboliser l’aventure de la politique des États-Unis, depuis le début du XXème siècle et le corollaire Roosevelt à la doctrine de Monroe. Notons que le corollaire Trump, la National Security Strategy, ne réfute pas l’ambition impérialiste, tout en admettant des panoramas interne et externe moins favorables à l’exercice de la domination étatsunienne.

    Pour ces géopoliticiens le contrôle de la mer s’avère essentiel pour préserver la dimension d’une puissance. Toute la politique extérieure britannique s’est fondée sur ces réflexions. Les Anglais ont ainsi conquis une large part de la planète…avec pour seule concurrence les Français.

    Les États-Unis ont évidemment repris ces idées. D’ailleurs le roi Charles III lors de sa récente visite d’État a rappelé cette filiation. Il n’est donc pas étonnant que D. Trump cherche à maîtriser les passages maritimes, comme le canal de Panama, celui de Suez, le Groenland comme voie privilégiée pour une navigation arctique, le détroit de Bab-el-Mandeb ou celui d’Ormuz, ou encore à conserver Taïwan qui empêche la Chine d’incorporer la mer éponyme dans sa sphère. Remarquons incidemment que cette vision maritime s’oppose aux routes de la soie chinoises essentiellement terrestres. Cette tentative de domination maritime ne se traduit pas obligatoirement par des réussites. Ce qui se déroule à Ormuz, où l’Iran bloquant le détroit handicape l’économie mondiale, sans que les États-Unis, isolés avec leur allié israélien, ne puisse véritablement agir, apporte une preuve des limites à l’ambition étatsunienne de gérer le « Rimland ».

    En réalité les États-Unis sont sur la défensive. Ils sont impliqués dans une guerre de préservation de leur puissance résiduelle contre les BRICS+. Elle coiffe les autres formes de guerres, notamment celle qui se déroule au Moyen-Orient, mais aussi celle qui s’achève en Ukraine. Cette guerre est celle des monnaies telle que l’analyste chinois Hongbing Song l’a parfaitement exposée.

    Il s’agit d’arrêter le déclin financier des États-Unis et de sauver le rôle du dollar. Il est l’instrument majeur de leur puissance et les BRICS+ ne s’y sont pas trompés qui ont entamé un mouvement de dédollarisation en voie d’accélération. Constatons simplement que les réserves d’or cumulées des banques centrales dépassent désormais celles de leurs réserves en dollars. Cette évolution est grandement significative du bouleversement en cours.

    L’occasion d’un affrontement avec l’Iran, membre des BRICS+, proposé par Tel Aviv, était trop belle pour ne pas la saisir. En effet, ce n’est plus un secret, le dollar, à la fois monnaie domestique et monnaie internationale, est fragilisé dans sa toute puissance acquise en 1971 lorsqu’il a été décorrélé de l’or par Nixon. Il conservait toutefois son image et indûment son statut. L’effondrement, en 1991, de l’URSS, a fait croire aux Étatsuniens et aux banquiers mondialistes de l’État profond que désormais le monde serait sous leur obédience. Francis Fukuyama traduisit cette invraisemblable suffisance en parlant de la « fin de l’histoire ». Belle erreur! la Russie s’est rétablie, la Chine s’est enrichie et la toute puissance étatsunienne a été contestée de plus en plus sévèrement, jusqu’à ce que les adversaires de l’hégémon étatsunien constituent précisément les BRICS+, le Sud global… Les Nations se sont à nouveau exprimées, y compris dans une UE de plus en plus malade de son totalitarisme. Les États-Unis contestés essaient donc de maintenir ce qui reste de leur puissance, en se recentrant sur eux-mêmes comme l’évoque le corollaire Trump à la doctrine de Monroe. En conséquence l’opportunité d’un coup d’arrêt a cette action contestataire a été offerte par Israël.

    Pour comprendre, comme toujours il faut remonter l’histoire.

    Le Proche et le Moyen-Orient, de tout temps, ont été un carrefour ou les ethnies se chamaillaient. La région regorge de pétrole, aussi les États-Unis, depuis la seconde guerre mondiale, se sont installés dans cette zone comme protecteurs. L’époque leur était favorable. Ils l’ont été surtout de l’Arabie saoudite. Ce ne fut pas par sympathie pour la dictature musulmane archaïque de Riyad que Roosevelt, au retour de Yalta, signa la 14 février 1945, avec Ibn Séoul, le pacte de Quincy, du nom du croiseur positionné sur le Grand lac Amer, mais par intérêt géopolitique.

    Dans cet accord les États-Unis bénéficiaient de la prérogative, pour 60 ans, de l’exploitation du pétrole. Ce fut la naissance de l’ ARAMCO. À son échéance en 2005, le contrat fut renouvelé pour une période similaire. Autant dire que les États-Unis disposent d’un extraordinaire privilège. Dans cette entente le pétrole extrait était obligatoirement vendu en dollars. Ce fut l’origine du pétro-dollar. En retour les États-Unis s’engageaient à assurer la protection de la famille royale et reconnaissaient que la stabilité de la péninsule arabique, incluant les États du Golfe, faisait partie de leurs intérêts vitaux.

    Or le véritable maître de l’Arabie saoudite d’aujourd’hui, Mohammed Ben Salman, héritier du trône, a fait évoluer cet engagement interprétant sans nul doute la modification des rapports de forces mondiaux. Ainsi désormais l’Arabie séoudite est prête à accepter en paiement de son pétrole en yuan, unité de compte chinoise, de son nom officiel renminbi. Une belle encoche aux accords de Quincy… Cela signifie que le « pétroyuan » dispose du potentiel de saper le statut de monnaie de réserve du dollar. Cette évolution en cours accélère de manière significative la dédollarisation. Le yuan est de plus en plus utilisé dans le commerce international. « L’opération militaire spéciale » de la Russie contre l’Ukraine en février 2022, a poussé Moscou hors du système du dollar américain. L’utilisation du yuan entre la Chine et la Russie a donc augmenté. Le Yuan et la dédollarisation en parallèle, menacent le seul véritable pilier de la puissance étatsunienne. Il n’y a donc rien de surprenant dans l’acceptation de Trump de soutenir Netanyahou dans sa guerre contre l’Iran, car derrière l’Iran il y a les BRICS+ et la puissance majeure des BRICS+ est bien la Chine. Elle importe d’Iran, une grande partie de ses besoins en hydrocarbures, tout en cherchant à diversifier, dans la région, ses sources d’approvisionnement. Souvenons-nous aussi que le canal de Panama intéresse vivement la Chine, qui en est avec les États-Unis, le principal utilisateur, ce qui inquiète Trump. Ajoutons que la Chine était jusqu’à l’enlèvement de Maduro, le principal client du Vénézuéla pour cette ressource énergétique… Autant dire que l’opération au Moyen-Orient a pu sembler à l’administration Trump pouvoir offrir l’occasion d’un coup d’arrêt à la dédollarisation et de manière globale à la montée en puissance de la Chine et à l’attractivité des BRICS+.

    Or les opérations n’ont pas eu le résultat escompté. Malgré les rodomontades de Trump et des actions supposées déstabilisatrices, l’Iran a tenu et a même porté des coups sévères à ses ennemis.Les États-Unis ont exposé leurs faiblesses à la face du monde. Les pays du Golfe ont ainsi constaté que leur protecteur n’avait plus la capacité de les défendre. Nous en verrons les conséquences dans un proche avenir où les E.A.U, déjà membres des BRICS+, pourraient être suivis par d’autres pétro-monarchies dans un rapprochement avec cette organisation ostensiblement anti-étatsinienne. De plus les E.A.U, viennent d’annoncer qu’ils quittaient l’OPEP le 1er mai, fragilisant ainsi cette organisation déjà affaiblie par le départ de quelques membres. La conséquence serait que le mouvement vers l’acceptation d’autres monnaies que le dollar pourrait très vite s’accélérer dans la région et que la quantité de pétrole proposée sur le marché pourrait augmenter en fonction de l’intérêt de chaque État. Ce changement entraînerait la baisse de son coût. Inévitablement le pétrole de schiste étatsunien deviendrait, à nouveau, trop cher à exploiter et le pays devrait se tourner vers des importations moyen-orientales. L’impact économique et monétaire pour Washington risque d’être notable; s’y ajouteront, de toute évidence, les conséquences de la perte de crédibilité militaire.

    Le dernier simulacre de blocus contre blocus ne trompe évidemment personne. Washington est dépendant de Téhéran pour la réouverture d’Ormuz. Une fois encore il est aisé d’imaginer la dialectique future où les États-Unis diront qu’ils ont réouvert le détroit, après avoir amené l’Iran à une sorte de résipiscence.

    Au bilan l’affaiblissement des États-Unis, déjà constaté en Ukraine, est devenu manifeste. Les principaux pays européens ne les ont pas soutenus et ont même exprimé leur désaccord. La Russie va certainement pouvoir exiger ce pourquoi elle a engagé son « opération militaire spéciale », sans que Washington, et par lien de subordination l’UE, puissent s’y opposer. La Chine va poursuivre son avantage. Israël aura perdu de l’énergie inutilement et verra perdurer voire s’aggraver le souhait de sa disparition dans les populations musulmanes. Le monde entier retiendra que les États-Unis sont les responsables de la crise économique en cours. Ils auront étendu partout durablement la défiance à leur égard. Les États-Unis sont désormais le vrai problème pour le monde multipolaire.

    En résumé le joueur de Poker aura perdu face aux joueurs d’échecs et de Go.

    Henri Roure (Breizh-Info, 4 mai 2026)

    Lien permanent Catégories : Points de vue 0 commentaire Pin it!
  • Montagne sans dieu...

    Les éditions des Amis de la Culture européenne viennent de rééditer un roman de Marc Augier (alias Saint-Loup) intitulé Montagne sans dieu, publié initialement en 1955 et depuis longtemps introuvable.

    Aventurier, journaliste engagé et écrivain, Saint-Loup est l'auteur de nombreux récits et romans dont Face nord, La peau de l'Aurochs, La nuit commence au Cap Horn (Transboréal, 2015), La République du Mont-Blanc (Auda Isarn, 2020) ou Nouveaux Cathares pour Montségur (Auda Isarn, 2020).

    Augier_Montagne sans dieu.jpg

    " Le corps de Francis Crétier est taillé pour le roc alpin. Tel un bouquetin, il franchit les gouffres, épouse les parois et atteint les cimes. Voilà que son âme, happée par le vertige, pose au vide la question triple du sens de l'humain, du surhumain et du divin. L'homme a t-il sa place au sommet ? Peut-il dépasser l'extrémité du rocher et se hisser au-delà ?

    La montagne n'a que faire des mots et des réponses. Impassible, elle affirme dans sa majesté primordiale son vouloir incompréhensible.
    Crétier se débat avec l'absurde. Au milieu des années 50, le monde est fini et désenchanté. Il n'existe plus de terra incognita et les îles au Nord du monde, d'où venaient les Thuata dé Danann, sont inaccessibles. L'alpiniste quitte l'Europe, passe par les Andes, le mont Kenya et échoue au Japon.

    Brûlé par le feu nucléaire, l'Empire du soleil levant n'a pas renoncé à dialoguer avec le ciel. La montagne japonaise accueille et guérit le Français. C'est en gravissant – sans idée de retour – un volcan sacré que Crétier répondra à la question qu'il avait lui-même posée : un refus de l'humain, trop humain et une affirmation muette qu'il faut lire sur ses lèvres closes.

    Rare et singulier, cet ouvrage de 1955 était resté hors de portée après avoir suscité l'incompréhension à l'époque. Il reparaît aujourd'hui doté d'une préface qui en analyse les enjeux et en explicite la complexité."

    Lien permanent Catégories : Livres 0 commentaire Pin it!
  • États-Unis : guerres culturelles...

    Dans son émission Fenêtre sur le monde, Jean-Baptiste Noé, rédacteur en chef de la revue Conflits, recevait Mathieu Bock-Côté, essayiste et sociologue, pour évoquer avec lui les combats et les rapports de force aux États-Unis entre les nationalistes, les conservateurs et les libertariens au sein du camp républicain.

     

                                                

    Lien permanent Catégories : Entretiens, Multimédia 0 commentaire Pin it!
  • Golfe : qui sera le maître ?...

    Le nouveau numéro de la revue Conflits (n°63, mai - juin 2026), dirigée par Jean-Baptiste Noé, vient de sortir en kiosque. Le dossier central est consacré au Golfe persique...

     

    Conflits 63.png

    Au sommaire de ce numéro :

    ÉDITORIAL

    Retour dans le Golfe, par Jean-Baptiste Noé

    IDÉES

    Comment peut-on être Arabe ?, par Gil Mihaely

    La dimension géopolitique des migrations soulignée par Trump ?, par Gérard-François Dumont

    Le terrorisme pendant la guerre froide : ce que nous apprennent les archives, par Daniel Dory

    GÉOÉCONOMIE

    Lulu, le maharajah des caddies, par Jean-Baptiste Noé

    Accord Mercosur-UE : à Brasília, la patience a des limites, par Gustavo Ribeiro

    Plus personne n’a besoin d’une monnaie de réserve, par Charles Gave

    Usine de dessalement : la source vive

    Surtaxation des entreprises : tous perdants !, par Victor Fouquet

    ACTUALITÉ

    Jared Kushner : « la diplomatie transactionnelle », par Michel Chevillé

    Les fragiles équilibres du Sultanat d’Oman, par Tigrane Yégavian

    Dans l’enfer de la « Kill Zone », survivre aux drones kamikazes, par Murray Wegeler

     

    DOSSIER
    Péninsule arabique

    Arc chiite, pôle sunnite, le Moyen-Orient recomposé, par Jean-Baptiste Noé

    Guerre d’Iran : premiers enseignements, par Olivier Kempf

    La construction des frontières, par Olivier Hanne

    Émirats arabes unis. Des haillons aux millions, par Tigrane Yégavian

    Oman, l’exception géopolitique du Golfe, par Tigrane Yégavian

    Les dynamiques internes de l’Arabie Saoudite depuis 2015, par Olivier Hanne

    Iran : Cyrus peut-il sauver Khomeini ?, par Gil Mihaely

    Les Houthis, fer de lance de l’Iran dans la guerre pour le Yémen, par Helena Voulkovski

     

    HISTOIRE

    Grande stratégie de la Suède, par Olivier Kempf

    Panipat (21 avril 1526). Naissance de l’Inde moderne, par Pierre Royer

    CULTURE

    La voix de Paris chante au Japon, par Etienne de Gall

    Bollywood va-t-en guerre, par Gil Mihaely

     

     

     

    Lien permanent Catégories : Revues et journaux 0 commentaire Pin it!
  • Quand la fête se retire...

    Avec les beaux jours reviennent les traditionnelles fêtes de village. Sauf si leurs organisateurs jettent l'éponge... Ce qui arrive de plus en plus souvent !

    Vous pouvez découvrir ci-dessous une analyse du Cercle Périclès qui revient sur les causes et les conséquences de la disparition progressive de ces fêtes locales. Une disparition qui en dit long sur l'état de notre pays...

    Fête_Villages.jpg

    Quand la fête se retire – anatomie d’un déclin social

    Il y a, dans la petite ceinture des villages, un théâtre humble où se joue la plus essentielle des pièces : la fête. Elle n’est pas seulement un rendez-vous de guirlandes et de chapiteaux, elle est une école de la convivialité, un lieu où se reconnaissent des visages, se transmettent des gestes, se nouent des obligations réciproques — ces petites dettes qui tiennent ensemble une communauté. Quand on observe que, selon les comptages locaux, près de 30 % des fêtes villageoises ont disparu en l’espace de quatre ans, ce n’est pas un simple effritement d’emploi du temps : c’est la disparition d’un régime de sociabilité, le retrait progressif d’un horizon commun où se mesurent et se confirment des appartenances. Perdre la fête, c’est perdre un carrefour de la vie sociale où se trouvent conjugués le sacré discret du quotidien et la jubilation ordinaire qui fait corps.

    La fête de village est d’abord un art de la rencontre. Elle institue l’espace public dans sa forme la plus modeste et la plus généreuse : une rue qui devient scène, une place où l’on partage le pain, la musique et l’histoire locale. C’est là que les générations se croisent sans médiation excessive ; l’aïeul raconte, le jeune reprend, la fillette apprend à danser un pas qu’on croit oublié. À la fête, il n’y a pas que consommation — il y a instruction mutuelle, apprentissage tacite, transmission de techniques (cuisiner un plat, monter une estrade, tenir une buvette, vider un canon) qui sont autant de savoirs civiques. Elle est aussi un régulateur moral : la fête discipline la joie, la rend commune, la met sous le signe de la reconnaissance mutuelle plutôt que de l’indifférence consumériste.

    Pourquoi donc ces fêtes s’étiolent-elles ? La réponse tient à un faisceau de causes qui, combinées, font vaciller l’édifice de la sociabilité locale. D’abord, la mutation démographique : vieillissement des populations rurales, départs des jeunes, dispersion des familles, effritement de la cohérence culturelle par la créolisation croissante. Là où autrefois la réserve de volontaires suffisait, l’associatif s’épuise. Les visages qui tenaient les stands et les orchestres se retirent, et la relève manque à l’appel. Ensuite, la pression économique : petites municipalités étranglées par la contraction des dotations, commerçants locaux qui ferment, vendeurs ambulants qui ne trouvent plus d’écrin ; l’économie de proximité, indispensable à la fête, se réduit comme peau de chagrin. Se greffe à cela une marchandisation croissante des loisirs : la fête locale, confrontée à l’offre uniforme des grandes manifestations commerciales ou festivalières, perd son exclusive attractivité — et, surtout, son sens. La joie locale se transforme en tournoiement d’achats.

    Il faut ajouter la contrainte administrative et assurantielle. À l’époque de la sécurité et de la conformité à tout prix, organiser un bal ou une course de garçons de ferme nécessite mille autorisations, assurances et normes qui dissuadent plus qu’elles ne protègent. Le volontariat s’y casse les dents : l’énergie civique se heurte à la machine bureaucratique. Le temps disponible, enfin, se raréfie : plus d’heures de transport pour aller travailler, plus de travail en soirée, une dispersion des rythmes de vie qui rend la synchronisation d’un village plus difficile. Et puis il y a, plus profondément, la culture de l’immédiateté et de l’écran : la sociabilité réelle se substitue peu à peu par des relations numériques, virtuoses mais fragiles, qui n’enracinent rien.

    Sociologiquement, la disparition des fêtes est la traduction d’un désengagement du commun. Les fêtes étaient autrefois l’un des lieux de production du capital social — ces liens de confiance et de coopération qui facilitent l’action collective. Leur érosion signale un affaiblissement des mécanismes de régulation informelle : on se connaît moins, on s’entraide moins, on délègue plus à des services extérieurs, extra-communautaires. Ce processus n’est pas neutre politiquement. Il fragilise le corps des communes, réduit la capacité d’auto-gouvernement local, augmente la dépendance à des prestataires extérieurs et, finalement, réduit les marges de manœuvre démocratiques au ras des lieux. Là où la fête meurt, l’horizon civique se contracte.

    Mais la disparition des fêtes est aussi une crise symbolique. Les rituels festifs étaient des rituels de reconnaissance : on y célébrait des cycles, on y confessait des appartenances, on y scellait des alliances. Leur effacement invente une société appauvrie en symboles partagés ; une société où l’on ne se reconnaît plus que dans des marques et des plateformes plutôt que dans un terroir commun. Il faut dire la violence de cette perte : la fête, avec ses excès contrôlés et sa gaieté mesurée, était — et demeure — une école du civisme, un espace où l’on apprend à être ensemble sans l’intermédiation d’un contrat marchand ou d’une obligation sociale.

    Reste la question du remède, qui ne peut être technocratique. Refaire des fêtes ne consiste pas à bricoler quelques subventions ou à externaliser l’événement à une entreprise d’événementiel. Il s’agit de restaurer les conditions matérielles et culturelles de leur existence : redonner du temps aux habitants, alléger la charge normative pour les petites manifestations, réinvestir les commerces et les lieux publics, encourager la transmission des compétences festives au sein des écoles et des associations. Il faut aussi revaloriser la fête comme patrimoine immatériel — non pour la muséifier, mais pour lui donner les moyens institutionnels de durer : fonds communs, assurances mutualisées pour les petites structures, formations de bénévoles, et incitations fiscales pour les producteurs locaux qui fournissent denrées et musique.

    Mais au-delà des mesures, il convient d’opérer une petite révolution culturelle : sortir la fête de la posture « animation » et la replacer dans la logique de la cité . La fête n’est pas un service à acheter mais une œuvre collective à fabriquer. La municipalité doit cesser de la regarder comme une charge comptable et la percevoir comme investissement social : une fête bien menée rend des dividendes de solidarité qui ne figurent pas dans les bilans. Les écoles, les maisons de retraite, les jeunes doivent être invités à co-construire ces rendez-vous, pour vivifier l’identité locale. Car l’enracinement, pour être vrai, doit être une constance, une fidélité.

    Dire cela, c’est aussi mettre en garde contre deux écueils : la nostalgie pure et la modernisation à outrance. La nostalgie paralyse en faisant de la fête une relique – l’exemple parfait est l’idéalisation malaisée d’une histoire fantasmée – ; la modernisation la vide de sa substance quand elle ne jure que par le spectacle et la consommation. Il faut un art délicat, un tact public, qui sache ménager la mémoire et l’innovation, l’hospitalité et la densité du lieu. Une fête digne de ce nom est à la fois mémoire et avenir — elle se souvient des pas et ouvre la piste pour d’autres.

    La défense des fêtes de village est donc moins une opération culturelle qu’un choix de civilisation. En laissant s’éteindre ces feux, nous renonçons à une manière de vivre ensemble, à une pédagogie du commun et à un espace où la politique, la vraie, se pratique avant tout : dans la charité des petites obligations, dans l’échange des savoirs gracieux, dans le partage du pain sous un lampion. Reprendre la fête, c’est reprendre par le bas la souveraineté des lieux ; c’est affirmer que la vie bonne n’est pas une marchandise mais un tissu de gestes et d’accords que l’on préserve ou que l’on perd, pour de bon.

    Cercle Périclès (Cercle Périclès, 13 août 2025)

    Lien permanent Catégories : Points de vue 0 commentaire Pin it!