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  • Protectionnisme : le péché n’empêche pas la vertu...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Christopher Coonen cueilli sur Geopragma et consacré à l'urgente nécessité de la mise en œuvre d'une politique protectionniste intelligente pour la France et l'Europe. Secrétaire général de Geopragma, Christopher Coonen a exercé des fonctions de directions dans des sociétés de niveau international appartenant au secteur du numérique.

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    Protectionnisme : le péché n’empêche pas la vertu

    Nous assistons depuis une dizaine d’années à la refonte de l’ordre économique et monétaire mondial. Le point de bascule a entamé son renversement avec la crise financière des Sub-primes en 2007 aux Etats-Unis, suivi d’un enchaînement de cracks boursiers et de faillites bancaires en 2008. C’était le retour de bâton d’une mondialisation débridée.

    Les Etats-Unis et les BRICS (Brésil, Russie, Inde, et Chine) ont alors tous progressivement mis le cap sur des politiques protectionnistes dont le but était de protéger et renforcer leurs souverainetés respectives, tout d’abord dans leurs marchés domestiques, mais avec l’objectif de plus en plus explicite d’assoir dans la durée leur projection de puissance au niveau régional et mondial. Ces gouvernements ont donc défini une stratégie aussi étendue que possible pour inclure dans cet élan de renationalisation les domaines stratégiques et inextricablement interconnectés de l’industrie, du numérique et de la monnaie. Les leaders et gouvernements de ces cinq pays ont depuis tous accéléré ce mouvement, prônant une politique de préférence nationale, « repliant » leurs champions industriels sur une ligne politique de consolidation pour mieux conquérir ensuite d’autres marchés.  Reculer pour mieux sauter en somme.

    Sans prendre la mesure politique et stratégique de ce mouvement profond, ni en admettre le sens et la légitimité, l’Europe quant à elle s’est contentée de poursuivre sa politique d’élargissement sans garde-fous et de signature d’échanges commerciaux mondiaux tous azimuts, plus récemment avec le Canada et le Mercosur. Elle a poursuivi ainsi ses objectifs louables en théorie mais bien naïfs d’une vision pour un continent appelé à l’emporter commercialement du simple fait de son génie industriel, de sa démographie, et de son poids économique cumulés. L’intégration politique s’est donc poursuivie mais sans mise en place de son indispensable ferment : une structure économique et fiscale pensée et concertée. Face notamment au combat de titans entre les Etats-Unis, l’empire installé depuis 1945, et l’empire montant du Milieu, la Chine, l’Europe et la France en particulier ont continué de leur ouvrir leurs marchés sans contrainte et avec une absence totale de stratégie industrielle et économique.

    Le résultat ne s’est pas fait attendre : des pans entiers de nos industries, stratégiques ont été bradés et constituent une perte irrattrapable pour le savoir-faire, l’innovation, l’avantage concurrentiel et la projection de puissance européens. Citons les abandons désinvoltes des Français aux Américains : Alstom à General Electric (GE), et Technip à FMC. Arrêtons-nous sur le cas d’Alstom, devenu un acteur mondial incontournable dans le domaine des turbines nucléaires. Avec 178 turbines installées, il couvre 30 % du parc nucléaire mondial. Ses nouvelles turbines, Arabelle, sont considérées comme les plus fiables du monde assurant 60 ans de cycle de vie aux centrales nucléaires et elles équipent les futurs EPR. Alstom a également des contrats avec Rosatom en Russie et avec la Chine pour la livraison de quatre turbines de mille mega-watts. Ce fleuron stratégique français est donc maintenant dans l’escarcelle de l’américain GE : c’est désormais le groupe américain qui décidera à qui vendre les turbines et aura le dernier mot sur la maintenance du parc nucléaire en France !  Au gré de mensonges éhontés de l’Elysée et de Bercy, bien d’autres douloureuses prétendues fusions « entre égaux », se sont révélées être de gravissimes chimères pour notre souveraineté en lambeaux.

    Alors que l’Europe devrait se doter de géants industriels capables de gagner des contrats et des parts de marché contre ses concurrents américains et chinois, voilà que Bruxelles refuse d’avaliser la fusion d’Alcatel avec l’allemand Siemens au prétexte parfaitement spécieux et suicidaire d’une possible « domination non-concurrentielle ». Mais justement, nous avons besoin de tels champions pour notre « marché unique ». Nous marchons sur la tête ! La France se doit de préserver et d’assurer le développement de l’industrie qui lui reste : « nationaliser » les appels d’offres dans l’Hexagone en privilégiant nos champions et aussi les TPE et PME françaises. Les Allemands le font sans états d’âme, en faisant « fi » de la bureaucratie européenne et de ses diktats normatifs qui visent son affaiblissement et sa vente progressive à la découpe ! Pas plus tard que la semaine dernière, la SNCF a annoncé qu’elle préférait l’espagnol CAF à Alstom pour l’achat de vingt-huit rames Intercités.

    Dans le domaine numérique, après 25 années d’existence du e- et m- commerce, force est de constater que les titans mondiaux sont là aussi américains et chinois. Encore une fois il y a une absence de représentation totale de géants du net européens. Dans le contexte de l’affrontement qui s’intensifie entre les Etats-Unis et la Chine, nous parlerons bientôt non seulement des « GAFAM » américains mais de plus en plus aussi des « BAXIT », les chinois Baïdu, Alibaba, Xiaomi, et Tencent. A l’instar de Washington, le gouvernement chinois déploie son appareil juridique et ses politiques d’investissement derrière ses champions, enrayant le développement de concurrents américains tels que Google ou Facebook. En Russie, Facebook est absent, c’est son équivalent local V Kontakte qui domine ce marché.

    Les dépenses des ménages et des entreprises européens vont donc tout droit enrichir nos concurrents étrangers qui pour la plupart ne s’acquittent pas de leur juste part d’impôts. Pire, la sensibilité et la richesse de nos données personnelles qui profitent au développement d’algorithmes d’intelligence artificielle toujours plus performants tombent aussi dans des mains adverses.

    L’Europe se retrouve donc complètement dépendante et démunie. Une esclave consentante, stockholmisée par son maitre américain qui par ailleurs décide même désormais de ses projets commerciaux légitimes en lui dictant via l’extraterritorialité juridique, les frontières de son licite et illicite…en fonction des intérêts nationaux américains. Une notion aux contours extensibles…

    Enfin, cette offensive de « renationalisation » active se joue également dans le domaine monétaire. D’abord, la « dédollarisation » de l’économie mondiale est en route : la Russie a largement vendu des Dollars depuis 2018, qui ne représentent plus que 27% de ses réserves, derrière l’Euro (39%) – source Banque Centrale Européenne. Sa Banque centrale a aussi acheté l’équivalent de quelques dizaines de milliards de dollars du Yuan convertibles chinois. La Chine et la Russie ont en parallèle massivement acheté de l’or ces dernières années afin de soutenir leurs devises, avec l’objectif pour les Chinois de détrôner à terme les Américains et pour les Russes d’échapper à la pression de Washington. La solidité de leurs devises repose aussi sur leur faible taux d’endettement. La Russie est quasi à l’équilibre. La Chine elle fait face à une situation plus complexe :  le taux d’endettement du gouvernement central et des collectivités locales est estimé à 37%, loin derrière celui du Japon (240 %), la Grèce (181,1 %), l’Italie (132,2 %), le Portugal (121,5 %), les États-Unis (107,2 %), ou encore la France (98,4 %) – source ministère français de l’Economie et des Finances, CEIC Data.

    Ensuite, afin d’assainir ses finances et parer à la crise de 2007, Pékin a lancé un plan de relance en novembre 2008 visant à injecter sur le marché 4 000 milliards de yuans (586 milliards de dollars) afin de stimuler la demande intérieure face au ralentissement de la croissance et à la stagnation de ses exportations. Elle investit massivement dans ses différents projets des Routes de la Soie en Asie Centrale, en Europe, en Afrique, et en Amérique Latine afin d’augmenter la croissance de son économie et de lui donner un avantage géopolitique de puissance « tranquille » mais incontestablement en projection. Elle crée son « contre monde » et déjà ses contre standards. Les Chinois voient loin, très loin, au-delà des péripéties immanquables de leur stratégie à l’échelle d’un siècle entier. Cette vision leur confère un avantage certain par rapport à des politiques très court-termistes en Europe et d’une certaine manière aux Etats-Unis.

    Finalement la politique du « quantative easing » de la Banque Centrale Européenne affaiblit à terme l’euro, sachant que l’injection massive de liquidités dans le système financier européen au travers du rachat de Bons du Trésor et autres obligations équivaut à faire tourner la planche à billets sans croissance réelle de l’économie. Une vulnérabilité mortifère dans un contexte de très forts taux d’endettement de certains pays membres dont la France.

    L’impact économique et social, mais aussi politique de ces inquiétants développements sera très concret et massif. Pour en prendre la mesure, l’analyse du PIB par le biais du pouvoir d’achat par parité ou PPP est intéressante car elle permet de comprendre l’état réel de la puissance économique via la richesse créée concrètement pour les citoyens des pays concernés. Si nous prenons les projections du FMI, de la banque Standard Chartered, d’Oxford Economics, et du Brookings Institute sur le classement des dix plus grandes puissances économiques au regard du PIB en termes de PPP en 2030, nous constatons plusieurs choses :

    1. Sur les dix pays, quatre seront asiatiques.
    2. La Chine et l’Inde seront respectivement au premier et deuxième rang, reléguant l’actuel numéro un, les Etats-Unis, au troisième.
    3. Les BRICS y figureront tous, avec d’autres pays « émergents » d’aujourd’hui – l’Indonésie (4ème), la Turquie (5ème) et l’Egypte (7ème).
    4. L’Allemagne clôturera la liste
    5. La France sera absente !
    6. L’Union européenne pourrait et devrait y figurer mais, au vu des politiques et interférences désastreuses de ces dix dernières années mentionnées supra et en l’absence d’une politique économique et industrielle cohérente, elle manquera également à l’appel.
    7. Le G7 dans son actuel format sera devenu complètement caduque, réclamant sans doute l’arrêt de ce forum pour privilégier le format du G20…

    Nous sommes donc devant deux visions apparemment en opposition mais qui peuvent en fait se rejoindre : un libre-échangisme mal-pensé et un protectionnisme pondéré et assumé. Il serait temps que l’Europe et la France fassent une correction de cap courageuse, décisive et retentissante. Pécher par prudence et engager une politique visionnaire et stratégique nationale et communautaire claire sur l’industrie, le numérique, et la monnaie, afin que nos champions puissent tout d’abord exister et qu’ensuite ils puissent sortir gagnants de la nouvelle concurrence mondiale.

    Christopher Th. Coonen (Geopragma, 23 septembre 2019)

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  • Une politique économique d’intérêt national, vite !...

    Nous reproduisons ci-dessous un la deuxième partie d'un point de vue d'Hervé Juvin, cueilli sur son site personnel et consacré à la question de l'intérêt national en économie.

    Économiste de formation, vice-président de Géopragma, Hervé Juvin est notamment l'auteur de deux essais essentiels, Le renversement du monde (Gallimard, 2010) et La grande séparation - Pour une écologie des civilisations (Gallimard, 2013). Candidat aux élections européennes sur la liste du Rassemblement national, il a publié récemment un manifeste intitulé France, le moment politique (Rocher, 2018).

     

    hervé juvin, europe, états-unis, identité nationale, protectionnisme, souveraineté

    Une politique économique d’intérêt national, vite !

    Responsabilité Nationale des Entreprises, propriété nationale des infrastructures, fonds souverain de la vie, modèle coopératif pour un capital-risque national ; et si l’intérêt national était le secret de la nouvelle économie ?

    Tous les pays défendent leurs intérêts

    Intérêt national, le terme en fait un gros mot. Tous les autres pays européens protègent jalousement leurs intérêts nationaux. Exemples ? SAAB en Suède : protégé de toute incursion américaine. L’aéroport de Schiphol et Damen aux Pays Bas. Le secteur aérospatial en Allemagne, avec OHB imperméable à toute entreprise étrangère (et les Allemands préfèrent un lanceur américain à Ariane Espace !) Les hélicoptères en Italie. Inutile de citer les États-Unis, farouchement protectionnistes pour eux-mêmes, l’Inde, impénétrable sans entente avec les familles régnantes, la Chine bien sûr, et tous les autres.

    France : liquidation générale…Quid de l’intérêt national ?

    Victime de la naïveté avec laquelle ses élites auto-désignées adhèrent à l’idéologie européenne de l’ouverture, et en rajoutent sur les traités de libre-échange, la France abandonne ses actifs stratégiques pour de vaines promesses politiques, alors qu’elle avait constitué des géants de dimension mondiale dans tous les grands secteurs industriels où se jouent puissance et souveraineté (énergie, télécoms, nucléaire, armement, construction navale, aéronautique et spatial, etc.).

    Et la liquidation continue ; après les autoroutes (que les forces de l’ordre ne pouvaient emprunter en mars dernier en raison du coût des péages que les sociétés concessionnaires exigent des policiers, comme des gendarmes et des pompiers), au tour des aéroports d’ADP (les services de sécurité s’alarmaient récemment de la réduction des surfaces réservées aux douanes qui seront allouées au commercial, rentabilité du m2 oblige).  

    Intérêt national : ce qui prime l’économie, le rendement financier, et le droit. Ce qui a été rendu indéfendable, par la double soumission à l’idéologie européenne, si bien imposée à l’ENA par Mme Loiseau au détriment du corpus administratif et juridique français, et à un individualisme ravageur, que résume la formule de Mme Thatcher ; «  la société, ça n’existe pas ». Ce qui est devenu invisible, depuis que tout a été mélangé, brouillé, travesti, pour que les liquidations successives de nos outils stratégiques ne soient pas perçues par le peuple français. D’Alstom à Airbus et du Rafale à Morpho (Safran), n’apparaissent que des éléments épars d’un tout qui n’est jamais montré.

    Alcatel, Alstom, Technip, Areva, les autoroutes hier, aujourd’hui Airbus, ADP, et demain qui ? L’agro-alimentaire, le BTP, le système éducatif, d’abord, contre lesquels des ONG et des géants de l’Internet américains préparent l’offensive, après eux, les côtes, les espèces animales et végétales endémiques, notre patrimoine vivant, que restera-t-il à brader pour fournir des mandats aux banques d’affaires et des cibles aux capitaux nomades ?

    Les succès industriels ont été le résultat de projets nationaux intégrés à une politique de puissance et d’indépendance, ancrés sur des territoires et sur l’unité des Français. Qu’en reste-t-il aujourd’hui ?

    La liste est longue et ne cesse de s’allonger. Quelques-uns des plus beaux fleurons industriels et technologiques français ont été vendus, dépecés, mis sous contrôle, et il n’en reste rien. Récemment encore, l’obsession financière a fait vendre Morpho, pépite du futur, elle a failli sacrifier Alstom transport, elle liquide les Chantiers de l’Atlantique et peut réduire à la portion congrue Naval Group, nouveau nom de DCNS.

    L’Allemagne s’intéresse à un réseau bancaire français en Afrique, les banques françaises quasiment toutes devenues systémiques depuis que l’obsession centralisatrice a détruit les banques régionales de plein exercice quittent l’une après l’autre les pays non alignés ; pas besoin de les racheter, le terrorisme du droit américain servi par la militarisation du dollar suffit à les tenir sans débourser un dollar de capital (soyons clairs ; une banque soumise au monitor américain, aux cabinets de conseil en conformité et aux lawyers américains n’est plus une banque française). Et jusqu’aux services de sécurité français qui, au nom du prix le plus bas et de la meilleure offre, confient leurs données à Palantir, une filiale de la CIA !

    Les rodomontades du ministre Bruno Lemaire n’y changent rien. Le pillage de la France se poursuit. Industrie, technologies, infrastructures, bientôt les terres, demain la vie ; ceux qui jugent la réussite de leur politique à la fortune de leurs amis, de leurs financiers ou de leurs donateurs exploitent la France comme n’importe quelle colonie ; puisqu’être Français n’a plus de sens, puisqu’il n’y a plus ni culture, ni identité nationale !

    Si les frontières doivent s’ouvrir, si chaque femme, chaque homme est appelé à poursuivre le bonheur là où ses pas le portent, si les Nations sont appelées à se dissoudre dans le grand tout mondial, l’intérêt national n’existe pas, et chacun n’a pour loi que celle de son intérêt individuel. Voilà pourquoi Alain Madelin interdisait que soit prononcé le mot de « stratégie industrielle ». Voilà pourquoi le commissariat au Plan a été transformé en une vague commission de la prospective. Voilà pourquoi les outils de l’expertise publique et de la définition de politiques économiques cohérentes ont été démantelés, privés de pouvoir, ou simplement supprimés.

    Voilà pourquoi le gouvernement d’Emmanuel Macron travaille à remplacer les fonctionnaires d’Etat par les salariés d’Agences investies de missions publiques, mais ne bénéficiant pas de l’indépendance apolitique que permet le statut de fonctionnaire, donc plus aisément soumis aux lobbys et aux pressions des financiers. Et voilà pourquoi pullulent les autorités administratives indépendantes, pendant que les traités internationaux sont soustraits aux tribunaux pour être jugés par des cours privés d’arbitrage, de manière à ce que les intérêts économiques et financiers échappent aux lois, aux tribunaux nationaux, à la volonté populaire et au suffrage démocratique.

    Les Français comme les Européens doivent y réfléchir. Toutes les innovations qui font la force des États-Unis, comme aujourd’hui de la Chine, ont été financées par la recherche militaire, portées et imposées par l’autorité publique. Être fort chez soi est le préalable à la puissance extérieure. À long terme, il n’y a pas de différence de nature entre dépenses civiles et militaires, entre intérêt privé et intérêt national. À long terme, nous gagnerons tous, ou nous serons esclaves.

    Hervé Juvin (Site officiel d'Hervé Juvin, 9 mai 2019)

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  • Solidarité stratégique et politiques d’Etat...

    Nous reproduisons ci-dessous un pointe de vue de Christian Harbulot et Didier Julienne cueilli sur Infoguerre et consacré à la question des  la solidarité stratégique. Christian Harbulot dirige l’Ecole de Guerre Economique depuis sa création en 1997, et Didier Julienne dirige un cabinet de stratégie sur les ressources naturelles. 

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    Solidarité stratégique et politiques d’État

    Historiquement, le patriotisme économique est un des éléments structurants de la pensée souverainiste. Il est assimilé aux pratiques protectionnistes et au repli sur soi. Sa formule moderne est plus complexe car elle fait appel à la notion d’intelligence économique offensive et défensive parce que dans la mondialisation des échanges il est devenu nécessaire de tenir compte de jeux d’acteurs aux comportements différents. Ces stratégies prioritaires de conquête de marchés extérieurs sont celles des Etats-Unis depuis 1945, et en Asie, du Japon jusqu’à la fin de l’URSS, de la Corée du Sud à partir des années 60 et enfin de la Chine depuis un quart de siècle. Force est de constater que le patriotisme économique ne couvre qu’une partie de la problématique de la survie ou de l’essor d’un peuple sur un territoire donné.

    Intérêt général et solidarité

    Le progrès et le marché ont dicté la ligne de conduite des sociétés humaines depuis l’ère des révolutions industrielles. Tout au long du XIXe et du XXe siècle, le problème principal a été le développement. Les pays industrialisés étaient le modèle à suivre.  Depuis la chute du mur de Berlin, l’évolution des rapports de force entre les puissances a battu en brèche la croyance en un monde régulé par une mondialisation des échanges bénéfique à tous. Au début du XXIe siècle, des limites sont plus évidentes : la vulnérabilité d’un Etat n’est plus seulement mesurée par ses difficultés à se développer comme c’était le cas lors des débats sur les rapports Nord/Sud. Un Etat peut être menacé par les rapports de force qui existent autour de l’énergie, sur l’accès aux ressources, aux matières premières et à l’eau. Ce sont des sujets quasi permanents de confrontation dans certaines parties du monde. La fragilité du monde actuel et les multiples menaces qui résultent de la confrontation entre différentes forces (puissances, monde financier, firmes multinationales, sociétés civiles) rend l’économie indissociable de la notion de résilience d’un peuple sur un territoire.

    L’intégrité du territoire et la protection des populations ne peuvent plus être considérés comme les deux seules priorités primordiales de la défense de l’Etat de droit. Il serait peut-être utile de réfléchir sur une nouvelle forme de priorité qui renforce la notion d’intérêt général par la solidarité stratégique. Comprenons par solidarité stratégique, des décisions de moyen/long terme pour la préservation du bien commun. Dans le passé, l’Etat s’est construit à partir de ses intérêts vitaux. Dans l’avenir, la seule survie d’une population sur un territoire donné pourra devenir un intérêt vital. Une telle approche dépasse la vision restrictive de la défense économique telle qu’elle a été définie et souligne les imperfections de la définition des intérêts stratégiques validée par la Commission Européenne. Elle sort aussi du périmètre de la pensée souverainiste qui se focalise sur la notion d’indépendance territoriale.

    Au niveau européen, la notion de solidarité stratégique renvoie à la capacité de résilience des Etats membres de l’Union Européenne confrontés non seulement aux crises mais aux limites du progrès (cf. par exemple les effets de la pollution industrielle) et du marché (cf. les risques générés par une situation de dépendance alimentaire ou énergétique).

    Construction des Etats et gestion des rapports de force

    Le principe de solidarité existe depuis des siècles. Sous la monarchie absolue, les provinces riches devaient stocker du blé pour venir en aide aux provinces pauvres en cas d’intempéries, de mauvaises récoltes et de risque de famine. L’enjeu était déjà stratégique pour éviter les jacqueries et les révoltes populaires dans les campagnes. Pour prendre un exemple actuel, l’électricité distribuée dans certains départements français est payée en partie par la contribution de l’Ile de France, donc des citoyens qui vivent sur son sol. Ce principe de solidarité a aussi une dimension stratégique dans la mesure où il contribue au fonctionnement des territoires qui n’ont pas la dynamique économique suffisante pour satisfaire les besoins élémentaires de leurs habitants.

    La prise en compte politique d’un tel concept relève encore du sous-entendu et non d’un corps de doctrine affiché ouvertement. Le débat existe pourtant sur la scène internationale. La province d’Alberta au Canada a affiché des positions de « désolidarisation » en s’enrichissant avec l’exploitation du pétrole et du gaz. Le système de péréquation appliqué par la structure fédérale est un exemple très intéressant de l’application d’un principe qui pourrait être justement assimilé au concept de solidarité stratégique. Certaines provinces comme l’Ontario et le Québec reçoivent de l’argent d’Ottawa depuis des décennies dans le cadre du développement économique ou de la contribution à l’aide des provinces en difficulté. Le gouvernement fédéral est conduit à arbitrer et faire évoluer le système en fonction de paramètres économiques, financiers et fiscaux. Nos Etats se sont construits au fur et à mesure de révoltes, de révolutions ou bien d’évolutions plus pacifiques pour aboutir à des démocraties, des monarchies constitutionnelles, des démocratures, des dictatures.

    Au-dessus de chacune de ces formes d’Etat, il est possible d’identifier des solidarités stratégiques qui sont autant de trajectoires à très long terme auxquelles les administrations et les différents gouvernements qui se succèdent à la tête du pays, ne touchent pas parce qu’elles façonnent la relation particulière entre la population et son concept de nation. Elles sont un prélude à la construction politique et au développement économique d’un pays, elles différencient les Etats les uns des autres, parce qu’elles définissent leurs dépendances, leurs indépendances et leurs interdépendances vis-à-vis notamment de la sécurité, des ressources naturelles, du développement économique, de la santé, de modèle économiques… Elles furent décidées à un instant particulier du pays et la première d’entre-elles est sans aucun doute l’inspiration première de l’Etat, dans sa déclaration des droits de l’homme et du citoyen, dans sa constitution, ou de par la voie tracée dans la matrice idéologique d’un petit livre rouge. En bref, l’évènement intellectuel qui inspire ou conclut, selon les cas, la guerre de libération ou la révolution qui engendra le premier pouvoir en place. Après cette solidarité stratégique intellectuelle et de fondation, viennent des solidarités stratégiques plus tangibles mais qui restent historiques. Depuis l’apparition du pays elles ont été décidées à des moments charnières, fin d’un conflit mondial par exemple. Elles restent peu nombreuses par pays et regroupées en trois familles. Les solidarités stratégiques acquises par un processus de décision par objectif, par accidents et par progrès. Ce processus de décision n’est-il pas par ailleurs différents en fonction des régimes, par exemple entre la dictature et de la démocratie ?

    Solidarité stratégique et nature des régimes

    Dans les pays totalitaires il y a une unique solidarité stratégique, c’est la sécurité. L’étranger y est au mieux un espion et en général un ennemi. Pour atteindre cette solidarité stratégique sécuritaire, celle-ci à une emprise totale sur l’Etat, elle s’y substitue ; sacrifiant tout, elle guide l’ensemble des forces de la nation pour se préserver et atteindre son but. Des services de renseignements jusqu’aux forces militaires, elle rafle les meilleures ressources aux dépens du reste des besoins des populations. Dans le passé, le régime soviétique en fut l’image parce qu’il permettait aux systèmes de forces d’être privilégiés. De nos jours, la Corée du Nord symbolise dans ce registre l’agressivité d’une indépendance nucléaire qui est le pinacle de sa solidarité stratégique sécuritaire déclarée. Secondant la solidarité stratégique de sécurité, et permettant de maintenir sa trajectoire, viennent trois axes de développement de l’État mis en œuvre par des sociétés nationales de manière coordonnée sous forme de plans ou bien désordonnée. Le premier axe concerne à la fois, la doctrine agricole nationale et l’autosuffisance alimentaire. Le deuxième axe porte sur la doctrine énergétique nationale et l’indépendance énergétique. Le troisième axe englobe la doctrine minière et la démarche industrielle nationale outillant les populations. Mais ce ne sont que des utilités, non pas des principes tangibles et durables de solidarités stratégiques qui d’ailleurs n’existent pas dans ces régimes.

    En démocratie, les solidarités stratégiques sont moins apparentes qu’en dictature mais plus nombreuses. C’est ici que la solidarité stratégique d’objectif décrite à l’instant dans la dictature est rejointe par celle de l’accident et celle du progrès.

    • Les objectifs ressemblent aux décisions de l’Etat totalitaire, c’est la décision de l’homme seul qui souhaite une dissuasion nucléaire en France dans les années 60 ou bien la situation exceptionnelle d’après-guerre qui définit un modèle industriel.
    • Les accidents reflètent les soucis du moment : une famine réclame une politique agricole, une pénurie de pétrole exigent une énergie nucléaire, une colonisation conflictuelle au XIXe siècle demande une armée nombreuse, puis lui succède un siècle plus tard une armée professionnelle lorsque la décolonisation est terminée et enfin avons-nous un nouveau changement lorsque l’armée est dans la rue pour contrer la guerre terroriste ?
    • Le progrès apporte des solutions inattendues, c’est la bonne surprise. Par exemple, le progrès dans le traitement des maladies permet d’inscrire une politique sociale et de santé dans le marbre des solidarités stratégiques démocratiques.

     

    La démocratie pilotera les entreprises publiques ou privées chargées des solidarités stratégiques objectifs et les accidents, mais l’Etat démocratique sera opportuniste dans celle du progrès en bénéficiant des initiatives du capital privé et de ses entreprises industrielles et de services démocratie

    À ce stade, employons une métaphore. Si une table nous est nécessaire, l’Etat totalitaire, nous apprendra à nous en passer parce qu’elle n’est pas un élément de la solidarité stratégique. De son côté, il est fort possible que la démocratie demande au capital privé de trouver comment fabriquer cette table ; une fois cet objectif atteint, elle l’inscrira au fronton de ses solidarités stratégiques.

    Comment l’ensemble évolue-t-il ?

    En régime totalitaire comme en démocratie, une fois atteintes, les solidarités stratégiques sont oubliées. Faisant partie du décor étatique, chacun est presque surpris de s’apercevoir qu’elles existaient lorsqu’elles sont remises en cause sans que l’on s’en rende compte. Lorsqu’il touche à la solidarité stratégique de fondation, ce retour sur soi peut provoquer des séismes.  Avons-nous connu de tels évènements en occident en 1968 ? Le PC chinois avait-il atteint un point tel de rupture avant l’arrivée de Xi Jinping, qu’il se soit engagé non seulement dans une course globale contre la corruption (alors que c’est l’une des caractéristiques de la Chine éternelle) mais que le président chinois ait entreprit une fuite identitaire vers l’image de Mao afin de restaurer la solidarité stratégique de fondation de la Chine révolutionnaire ?

    Côté solidarité stratégique sécuritaire, l’atteindre est en général un mythe de Sisyphe. Elle est inatteignable en dictature, car il semble que dans la course à la sécurité et aux armements, la démocratie fait toujours mieux. Dans les démocraties, lorsque la solidarité stratégique sécuritaire est prise en défaut, par exemple lorsqu’un attentat révèle une faillite de l’Etat, il se peut qu’à ce moment-là, la catastrophe affaiblisse puis renverse le pouvoir, voire provoque un profond changement dans la démocratie. Pour les solidarités stratégiques d’accidents et de progrès, si un tsunami bouscule la solidarité stratégique consacrée à l’énergie, que des suicides d’agriculteurs questionnent celle de l’autosuffisance alimentaire, que le chômage de masse remette en cause celle du modèle industriel, que la gestion d’une épidémie affaiblisse celle de la santé, qu’un vote provoque un Brexit, que le réchauffement climatique propulse des énergies renouvelables …, il est probable que la démocratie coupable de ces faillites subisse de profonds changements. En revanche, simplifions en disant que ces mêmes causes n’auront aucun effet en dictature car elles n’affecteront nullement des solidarités stratégiques qui n’y existent pas.

    Allons plus loin. Chacun de son côté s’aperçoit que décider la nature des solidarités stratégiques dans les pays totalitaires, là où un homme seul décide, devrait être un processus plus agile que dans les démocraties. Chez nous, le choix des solidarités stratégiques doit être celui de l’expression de l’intérêt général, mais cristalliser cette expression devient rapidement une illusion lorsqu’il est impossible d’imposer qu’une trajectoire de très long terme survole sans fin les rapides changements politiques démocratiques. En ce sens, la démocratie participative, c’est-à-dire la politique de l’instant présent, est à l’extrême inverse du temps long des solidarités stratégiques.

    Progressons dans le processus de décision. Depuis peu, un élément nouveau bouscule les solidarités stratégiques. La doctrine environnementale visant à réguler le climat et protéger la biodiversité s’impose comme une solidarité stratégique hexogène au lieu d’être le fruit d’un choix endogène. Elle s’impose à tous indistinctement, en démocratie et en dictature, quasiment par décret avec la COP 21, en Chine avec l’arrêt des industries polluantes l’hiver, en France en Angleterre et à Paris lorsque la vente de voiture à essence et diesel est interdite avant même que les sciences et les entreprises disposent sur étagère de voitures électriques bon marché de substitution. Ce phénomène pose une contre-question iconoclaste : puisque nous décidons d’une solidarité stratégique environnementale à la manière d’une dictature sommes-nous toujours une démocratie, et vice versa ?

    Comme le rappelait l’écrivain et pilote Saint-Exupéry « la liberté c’est choisir son maître ». Être indépendant, c’est choisir librement ses dépendances sans en souffrir, donc rester souverains sur ses choix de solidarités stratégiques.

     

    Christian Harbulot et Didier Julienne (Infoguerre, 29 mars 2019)

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  • Tout va basculer !...

    Les éditions Albin Michel viennent de publier un essai de François Lenglet intitulé Tout va basculer!. Journaliste spécialisé en économie, directeur des Echos, François Lenglet est, notamment, l'auteur de La crise des années 30 est devant nous (Perrin, 2007).

     

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    " En 2019 deux courbes vont se croiser : celle de la montée des populismes et celle de la crise financière et boursière. La situation est explosive ! Nous basculons dans un autre monde. François Lenglet examine les raisons de cette mutation pour montrer l'émergence d'un nouveau cycle économique et politique : la fin du libéralisme et le retour de l'autoritarisme. Un autoritarisme cousin de celui de l'entre-deux-guerres, entre les traités de 1919, la crise de 1929 puis du début de la Seconde Guerre mondiale en 1939. Partant de ces leçons, François Lenglet nous dessine le monde tel qu'il sera en 2029, et nous permet de nous préparer à tous les dangers.
    Une fresque étonnante qui éclaire notre avenir ! "

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  • Ces démocraties illibérales plébiscitées par le peuple...

    Le nouveau numéro de la revue Éléments (n°174, octobre-novembre 2018) est en kiosque !

    A côté du dossier consacré aux nouvelles démocraties illibérales, on retrouvera l'éditorial d'Alain de Benoist, les rubriques «Cartouches», «Le combat des idées» et «Panorama» , un choix d'articles variés, des entretiens, notamment avec Laurent Obertone et Eric Zemmour, les chroniques de Xavier Eman, d'Hervé Juvin, d'Olivier François, de Ludovic Maubreuil, de Fabien Niezgoda, de Laurent Schang et d'Yves Christen et l'anti-manuel de philosophie de Jean-François Gautier...

    Bonne lecture !

    Vous pouvez commander ce numéro ou vous abonner sur le site de la revue : http://www.revue-elements.com.

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    Éditorial           

    La fin des classes moyennes, par Alain de Benoist

    Agenda, actualités

    L’entretien

    Laurent Obertone enterre le vivre-ensemble, propos recueillis par François Bousquet et Pascal Esseyric

    Cartouches

    Le regard d’Olivier François : Le jeu de massacre d'Anne Hansen

    Une fin du monde sans importance, par Xavier Eman

    Le carnet géopolitique d’Hervé Juvin : Tout est normal, tout change

    Nimier inactuel, donc plus actuel que jamais ! , par Michel Marmin

    Je me souviens... de Sergio Leone , par Ludovic Maubreuil

    Champs de bataille : Voir Teutoburg et mourir, par Laurent Schang

    Guerre aux démolisseurs, par Fabien Niezgoda

    Bestiaires : L'homme est-il un animal domestique, par Yves Christen

    Sciences

    Le combat des idées

    Eric Zemmour, pourquoi la France, propos recueillis par François Bousquet

    Mathieu Bock-Côté : Justin Trudeau, le laborantin du progressisme mondialisé, propos recueillis par Alain de Benoist

    Emmanuel Caméléon, par Christian Combaz

    Christian Combaz, la révolte de la France de Campagnol, par François Bousquet

    Combattre au Moyen-Age, par Fabien Niezgoda

    D'estoc et de taille, rencontre avec Jean-Paul Conraud, propos recueillis par Fabien Niezgoda

    Fabrice Grimal : la jeunesse française face à la révolution, propos recueillis par David L’Épée

    L'impuissance de Galileo, le GPS européen, par Hector Burnouf

    L'énigme brésilienne Jair Bolsonao, par Nicolas Dolo

    Le Brésil sous la coupe de l'«État profond» américain, par Nicolas Dolo

    1789, une contre-révolution sexuelle, par David L’Épée

    Pierre Madelin, au-delà de l'anticapitalisme, par Falk van Gaver

    Le récit secret de Christopher Gérard, par François Bousquet

    La victoire de la boue, par Patrice Jean

    La poésie de Georgette LeBlanc, par Erik L'Homme

    Dans l'atelier de Pierre Lamalattie, propos recueillis par Thomas Hennetier

    Dossier

    Les nouvelles démocraties illibérales

    La société illibérale et ses ennemis, par Alain de Benoist

    Viktor Orban, l'illibéralisme au pays du «goulash», par Yann Caspar

    L'essence anti-démocratique du libéralisme, par Jean-Louis Bernard

    Le retour du protectionnisme, par Guillaume Travers

    L'imposture du national-libéralisme, par David L’Épée

    Panorama

    L’œil de Slobodan Despot

    Les espaces à reconquérir, par Slobodan Despot

    Philo : Un problème peut-il être mystérieux ?, par Jean-François Gautier

    L’esprit des lieux : Glen Coe, terre sauvage, par Fabien Niezgoda

    C’était dans Éléments : Pour en finir avec la civilisation occidentale, par Guillaume Faye

    Éphémérides

     

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  • Le nationalisme économique américain...

    Les éditions VA Press viennent de publier un essai de Christian Harbulot intitulé Le nationalisme économique américain. Introducteur en France, au début des années 90, de l'intelligence économique et fondateur de l’École de Guerre Économique, Christian Harbulot a récemment  publié Fabricants d'intox (Lemieux, 2016).

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    " Le nationalisme économique était considéré jusqu’à présent comme une pensée archaïque en voie de disparition. Donald Trump a relancé le débat en dénonçant les excès commis par des pays concurrents comme la Chine, le Japon ou l’Allemagne. Le Président des Etats-Unis prône un recours au protectionnisme pour protéger le maintien de l’emploi sur le territoire américain. La remise en cause des traités commerciaux ouvre une nouvelle ère de la mondialisation des échanges. La guerre économique n’est plus à exclure dans les confrontations économiques du XXIe siècle. Afin de mieux cerner ce renversement de situation, l’Ecole de Guerre Economique a retracé le cheminement de la pratique du nationalisme économique dans l’Histoire de la nation américaine. Il apparaît clairement que le libéralisme est d’abord un discours et non une ligne de conduite permanente qui différencie les partisans du libre-échange des souverainistes de tout bord. Les pouvoirs exécutifs qui se sont succédé à la Main Blanche ont eu comme priorité absolue de bâtir une économie en adéquation avec leur recherche de puissance sur la scène internationale.

    Cet ouvrage est une grille de lecture des décisions politiques prises par les Etats-Unis dans l’optique d’un accroissement de leur puissance par le biais économique."

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