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06/06/2017

Rélexions après la défaite...

 Nous reproduisons ci-dessous un point de vue Javier Portella, cueilli sur Polémia, dans lequel il analyse les raisons de l'échec du mouvement national et de sa stratégie populiste de conquête du pouvoir...

Javier Portella est l'auteur d'un essai remarquable intitulé Les esclaves heureux de la liberté (David Reinarch, 2012).

 

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Réflexions après la défaite

Que se passerait-il si jamais, d’aventure, on gagnait les élections ? Posons-nous la question maintenant qu’on vient de les perdre. Et on vient de les perdre lorsque, pour la première fois depuis des décennies, un germe d’espoir, un embryon de changement – et changement profond, radical : non pas un simple ravalement de façade – avait vu le jour en Europe. Dans trois pays et à trois reprises consécutives – l’Autriche, les Pays-Bas et, la plus retentissante, la France – il semblait que des partis alternatifs avaient de grandes chances de remporter la victoire. Aucun ne l’a fait. Davantage, les résultats de Marine Le Pen ont été, surtout après son calamiteux débat télévisé, inférieurs à ce qu’on entend par une défaite honorable.

Et pourtant, jamais l’ambiance culturelle, intellectuelle, n’a été aussi favorable aux idées politiquement incorrectes, rebelles, iconoclastes : en rupture avec le Système. L’ambiance culturelle, spirituelle, certes… Mais, et l’ambiance sociale ? Brisant l’hégémonie exercée pendant des décennies par le marxisme et remplissant le vide laissé par une pensée de droite tout simplement inexistante, de grandes figures des lettres et de la pensée sont apparues qui tiennent le haut du pavé : les Houellebecq, Zemmour, Finkielkraut, Onfray… dont les livres se vendent par des centaines de milliers d’exemplaires et auxquels on peut désormais joindre un Alain de Benoist de moins en moins démonisé. En même temps, et grâce à Internet, tout un large réseau de médias alternatifs – la « réinfosphère », appelée par ses adversaires la « fachosphère » – accomplit la grande tâche de réinformer en brisant le monopole exercé par les médias au service du Système.

Face à une telle situation, comment ne pas exulter, ne pas jubiler ? Notre joie était, et elle demeure, toujours légitime ; mais si les choses sont envisagées à court terme, elle est trompeuse aussi. Pour importante que soit la réinfosphère, elle est comme une goutte d’eau perdue dans l’océan des médias éléphantesques que nous subissons. Et en ce qui concerne la pensée exprimée par des intellectuels talentueux et pleins de succès, c’est évidemment de pensée, d’idées, qu’il s’agit : quelque chose qui est on ne peut plus éloigné des inquiétudes de l’électeur moyen – celui dont l’addition ouvre les portes du pouvoir.

Cela étant, comment envisager sérieusement que cette addition puisse atteindre, ne serait-ce qu’une fois, les 50,1% des voix qui mènent au paradis (ou à l’enfer) du pouvoir ?

La chose semble impossible, ce qui est d’ailleurs tout à fait logique : le seul sens de la démocratie est de régler l’accession au pouvoir des forces qui, partageant la vision libérale du monde, configurent le Système. Ni la démocratie ni aucun autre Système n’ont pour mission de faciliter l’accession au pouvoir à ceux qui prônent une vision radicalement différente de celle qui façonne le monde.

Or, ce n’est pas là ce que disent la doctrine, la loi et la propagande libérales. Elles disent même tout le contraire. D’un point de vue légal, affirment-elles, et elles ont raison, aucune alternative, aucun projet n’est supérieur aux autres. Le manteau du droit les enveloppe tous de la même façon. Rien, dès lors, n’empêche que des opposants au Système parviennent un jour à obtenir ce 50,1% des voix qui mène au pouvoir. D’un point de vue légal, en effet… Mais la loi c’est la loi, et la réalité, la crue réalité. Si l’on s’en tient à cette dernière et au pouvoir de ceux qui y sont aux commandes, il est clair qu’une telle possibilité semble invraisemblable. Supposons, toutefois, qu’elle ne le soit pas. Supposons qu’au moins à une occasion le miracle s’accomplisse. Que passerait-il une fois que les rebelles auraient atteint le pouvoir ?

Le deep State

Il se passerait… cela même qui est en train de se passer aujourd’hui aux Etats-Unis – et se serait passé en France si Marine Le Pen avait remporté les élections. Il se passerait que les rebelles parvenus au pouvoir se trouveraient dans l’impossibilité de l’exercer. Comme cela est en train d’arriver à ce curieux milliardaire qu’est Donald Trump. Sa rébellion n’est, bien entendu, que fort partielle : grand capitaliste, l’homme applique et défend… le capitalisme, en même temps qu’il s’en prend aux idéologies (féminisme, idéologie de genre, multiculturalisme migratoire…) dont le Système se drape aujourd’hui, tout en combattant la mondialisation économique et culturelle que celui-ci met en œuvre. Pour ce faire, Trump prend des mesures qui sont jour après jour boycottées par l’appareil de l’Etat (auquel se joignent les pouvoirs financier et médiatique). Il se heurte de la sorte à tout ce deep State qui finira, soit par chasser Trump avec un impeachement, soit par réussir que ce soit lui-même qui, s’accrochant tel un naufragé à son radeau, dénature ou cesse d’appliquer les politiques pour lesquelles il a été élu.

Quelle naïveté !… Comment peut-on croire qu’il en aille autrement ? Comment peut-on imaginer qu’il suffise d’atteindre 50,1% des voix pour que tout un Système – économique, politique, médiatique, social… et mental – change paisiblement de peau, transforme sa chair, renouvelle son sang ? Comme si les maîtres du pouvoir étaient assez sots pour le lâcher sans plus ! Des transformations d’une telle envergure n’ont jamais été faites ni ne se feront jamais à travers de simples victoires électorales. Celles-ci ne peuvent, tout au plus, qu’apporter un soutien ou une concrétisation à tout un processus qui a un nom aussi clair que bien connu : révolution.

Mais la révolution que notre monde exige s’il veut être sauvé n’est pas l’affaire d’un jour. Ou d’un soir : elle n’est pas l’affaire du Grand Soir dont tous les révolutionnaires rêvent, que ce soit du Grand Soir d’une victoire électorale, ou du Grand Soir de la prise du palais présidentiel. Dans les deux cas, l’approche est au fond la même : plus élégante et moins sanglante dans le premier cas, c’est tout.

Sommes-nous vraiment conscients de l’enjeu, proprement extraordinaire, dans lequel notre monde se débat ? J’en doute, car si nous en étions vraiment conscients, l’impatience nous tarauderait bien moins. La clairvoyance et la patience seraient alors nos alliées ; elles découleraient de la prise de conscience d’un enjeu si colossal qu’il nous rapproche, par son envergure, des deux principaux processus révolutionnaires que notre civilisation a connus : le processus par lequel le monde de l’Antiquité devint le monde chrétien, et celui par lequel le monde aristocratique devint le monde démocratique et bourgeois – des choses qui ne furent certainement accomplies ni lors d’un Grand Soir ni lors de cent. Dans le premier cas, le processus dura quatre siècles (dès la naissance du Christ jusqu’à l’édit de Théodose en 380) ; dans le deuxième cas, même si le processus ne se concrétisa que lors de la dernière décennie du XVIIIe siècle et les premières du XIXe, c’est l’ensemble des Temps Modernes qui peuvent être considérés comme un sourd, lent acheminement vers sa réalisation.

Le grand enjeu du monde d’aujourd’hui

Tout un profond processus de changement mental, social, idéologique est aujourd’hui en jeu. (Qu’il soit en jeu, il n’y a pas de doute, mais rien ne peut nous dire avec certitude ni qui finira par emporter la partie, ni dans combien d’années… ou de décennies celle-ci prendra fin.) Or, si ce qui est en jeu est tout un processus qu’on peut qualifier de révolutionnaire, celui-ci a très peu à voir avec ce qu’on entend couramment par révolution : celles, notamment, des XIXe et XXe siècles. D’une part, il n’y a plus ici le sectarisme, la prépotence et l’autoritarisme qui ont tellement marqué l’esprit révolutionnaire de ces temps-là. Et ce qui est tout aussi important : on a cessé de croire au Grand Soir, on a compris (même si les anciennes inerties font que, parfois, on se fasse sottement des illusions) que le monde ne saurait être transformé ni en gagnant des élections ni en prenant d’assaut le Palais d’Hiver. Transformer le monde de fond en comble, cela ne se fait pas par la simple action politique. Cela se fait à travers un long travail de ce qui a reçu le nom de métapolitique : en modifiant les mentalités, en influençant les espoirs, en marquant les sensibilités.

Or, toutes ces actions étant faites au moyen de la parole, on a fini par croire que celle-ci suffit à la besogne – et ce n’est pas du tout le cas. Aussi persuasif qu’un discours puisse être, il ne suffit pas de le déployer pour qu’un nouveau consensus social voie le jour. La parole est indispensable, mais insuffisante aussi. Si, dans la Rome hostile, les chrétiens s’étaient par exemple bornés à leurs prêches et sermons, le monde n’aurait jamais été transformé comme il le fut grâce à l’action de ceux qui, outre des sermons, parvinrent à mettre sur pied toute une extraordinaire infrastructure axée sur la philanthropie active. C’est l’empereur Julien (« l’Apostat », comme l’Eglise le surnomme) qui le reconnaît lui-même, et c’est Louis Rougier qui le souligne en rappelant que « les nombreuses institutions d’assistance et de bienfaisance que les églises avaient fondées, alimentées par les donations des riches, contribuèrent pour beaucoup au triomphe du christianisme » (*).

Alimentées par les donations des riches… Voilà l’autre aspect de la question. Nul doute que les pauvres (aussi bien ceux dépourvus de biens matériels que les pauvres d’esprit auxquels le royaume des cieux est promis) constituèrent le socle social du christianisme naissant ; mais si les nouvelles idées et croyances n’avaient pas touché aussi une fraction importante des élites romaines, leur triomphe eût été impossible. Comme il eût été également impossible le triomphe des Lumières et de la Révolution si leurs idées et aspirations n’avaient été que l’affaire des bourgeois et du petit peuple ; si la nouvelle vision du monde, autrement dit, ne s’était pas également glissée au sein d’une aristocratie qui n’imaginait pas un seul instant – parfois l’Histoire aime bien à se moquer – que leurs têtes seraient coupées et leur pouvoir renversé.

C’est si évident !… Il est impossible de renverser tout un système articulé d’idées et de valeurs si les élites qui l’incarnent ne sont pas contaminées, d’une façon ou d’une autre, par les nouvelles idées qui frappent à la porte. D’où la question, décisive : qu’en est-il parmi nous ? Il n’en est rien. Nos élites – misérables et indignes, mais qui se tiennent aux commandes – sont pures, incontaminées : nulle influence n’est exercée sur elles par les idées qui sont en train de germer. Reconnaissons cependant que s’il en est ainsi, c’est aussi parce que personne, parmi nous, n’a jamais songé à gagner, peu ou prou, les élites à nos idées – comme le christianisme gagna (partiellement, certes) l’aristocratie de Rome, et le libéralisme, celle de l’Europe.

Le « peuple périphérique » et « le peuple central »

D’une part, les élites ; d’autre part, le peuple. En effet. Seul le peuple peut devenir le grand moteur permettant qu’un jour se voient concrétisés les profonds changements que tout cela implique. Le peuple, les braves gens frappés par la crise et la mondialisation ; les couches populaires qui connaissent encore l’attachement à la terre, le respect des traditions, l’amour de la patrie (ou de ce qu’il en reste). « Des braves gens, disait le poète Antonio Machado, qui vivent, travaillent, passent et rêvent » ; des gens qui, « s’il y a du vin, ils en boivent, sinon ils boivent de l’eau fraîche ». Des braves gens qui, éloignés des monstres urbains et établis dans ce qui reste de la campagne ou dans les petites et moyennes villes de province – dans « la France périphérique », comme l’appelle Christophe Guilluy –, sont toujours attachés à « la décence commune » dont parlait George Orwell.

Des braves gens, des gens simples et bons. Ce sont eux – « les déplorables », comme les qualifiait Hillary Clinton – qui ont porté Donald Trump au pouvoir (non : pas au pouvoir, nous l’avons déjà vu ; rien qu’à la présidence). Ce sont eux aussi qui ont voté pour Marine Le Pen.

Il suffit pourtant de rappeler de tels faits, et les choses se compliquent considérablement. Car si la confrontation se passe entre « le peuple » et « les élites » ou, en termes territoriaux, entre « les provinces » et « les métropoles », ou entre « la périphérie » et « le centre », il en découle qu’il y a bien un autre peuple aussi : celui qui, occupant cet « espace central » que sont les grandes villes et ayant un nombre d’habitants égal, sinon plus grand que celui du « peuple périphérique », apporte son soutien à nos élites ignobles et dépravées. On pourrait même dire, au vu d’une telle servitude volontaire, que ce peuple fait même partie des élites : non pas de leur pouvoir, non pas de leur train de vie, mais bien de leur esprit, de leurs craintes et envies. Ou est-ce peut-être qu’ils ne font pas partie du peuple, tous ces petits gens qui à New York, à Los Angeles, à Philadelphie… se sont massivement mis au côté d’Hillary Clinton et de ce qu’elle représente ? Est-ce qu’ils ne font pas partie du peuple, tous ces employés et scribouillards, fonctionnaires, ouvriers (moins qu’avant, mais il en reste encore), boutiquiers, étudiants, travailleurs indépendants, petits entrepreneurs… de Paris, dont seulement 50.000 misérables voix ont été rassemblées par Marine Le Pen au premier tour des élections, tandis qu’au second tour ce même peuple de Paris plébiscitait le représentant de la ploutocratie mondialiste et apatride, Emmanuel Macron, avec rien moins que 95% des voix ? Tous ces gens-là, loin d’être des braves gens, seraient-ils des mauvaises gens : du peuple devenu de la racaille ?

La racaille est bien là : celle des bandes de jeunes délinquants souvent venus d’ailleurs ; celle de nombreux migrants, arabes ou noirs, qui, avec ou sans sa carte d’identité en poche, ne se sentent pas français mais n’en font pas moins partie, dans une approche populiste stricto sensu, du peuple de Paris ou de celui de n’importe quelle grande ville. Mais ce ne sont pas eux qui importent ici. Ce ne sont pas eux qui composent (pour l’instant) la majorité de la population.

Or, c’est la majorité de la population – le centre, et non seulement la périphérie – qu’il faut conquérir. Sans faire de concessions, bien sûr, mais avec l’intelligence nécessaire pour leur faire comprendre plusieurs choses d’une extrême importance.

Pour leur faire comprendre, par exemple, que faire de l’argent, entreprendre des affaires, c’est légitime, c’est nécessaire. « Enrichissez-vous ! », comme disait François Guizot, le ministre de Louis-Philippe. Enrichissez-vous, mais avec bon sens et modération : en fuyant l’hubris, la démesure que les Grecs craignaient comme la peste et qui conduit, entre autres, à nous écraser, nous qui ne nous enrichissons ni ne le prétendons, mais qui n’avons pas pour autant à nous appauvrir (ou à tomber dans la précarité : cette pauvreté de nos jours). Ce n’est pas la richesse qu’il faut fuir ; c’est cette démesure qui fait qu’aussi bien les oligarques que leurs victimes considèrent les richesses et l’enrichissement comme le destin même de l’Humanité : un destin qui a dès lors pour seul attrait l’hédonisme plat et vulgaire qui, réduisant tout à un « bonheur » fait d’argent, consommation et divertissement, ignore tout devoir et toute contrainte.

Fuyons un tel hédonisme, mais ne tombons pas pour autant dans l’ascétisme et ses rigueurs ; assumons, par contre, la seule joie grande et véritable : celle de ceux qui, sachant se sacrifier quand il le faut, savent également jouir dans la joie et dans la volupté.

Il s’agit finalement de faire comprendre à tous, aussi bien au peuple corrompu par les élites qu’à la partie de celles-ci dont les oreilles ne seraient pas encore tout à fait bouchées, que nous sommes tous embarqués sur le même bateau, attelés au même sort : celui de vivre et de mourir sans la sûreté d’un port à atteindre, plongés dans le va-et-vient et les incertitudes d’un monde qui, dépourvu d’appuis auxquels s’attacher et de Destin auquel se vouer, doit et peut trouver dans une telle indétermination – mais à la condition de déployer des doses extrêmes de courage et d’endurance – le plus haut destin dont on puisse rêver.

Tant qu’à faire comprendre des choses (à propos, combien de fois a-t-on essayé d’expliquer de telles choses aux gens ?), il faut également faire comprendre – à tous : aux élites, au « peuple central » et au « peuple périphérique » – que, certes, nous sommes conservateurs ; certes, nous affirmons la tradition, ce lien avec nos ancêtres qu’il est indispensable de conserver. Mais conserver… quoi, au juste ? Ce qu’il faut absolument conserver, ce sont les grandes valeurs de notre culture, de notre civilisation, mais en jetant par-dessus bord – hé oui, nous sommes aussi révolutionnaires ! – tout ce qu’il faut rejeter du rance, guindé, étriqué esprit conservateur. Qu’ils soient rassurés, les hommes et les femmes libres qui craignent pour leur liberté : ni le puritanisme ni le rigorisme ne vont marquer le monde nouveau qu’entre tous… ou luttant entre tous nous allons tôt ou tard forger.

Qu’ils soient également rassurés ceux qui, attachés aux droits de l’individu, craignent qu’à force d’affirmer la dimension collective de l’existence – la patrie, l’enracinement historique… : ces choses qui les énervent tellement –, ce soit l’autonomie individuelle qui en pâtisse ou se voie anéantie. Qu’ils se rassurent : c’est exactement tout le contraire qui se passe. C’est lorsque les liens collectifs se voient dissous, c’est lorsqu’il se produit la perte de cette continuité temporelle qu’est l’histoire d’un peuple ; c’est lorsque l’homme reste tout nu et dépourvu de destin, voué à la mort ; c’est, en un mot, lorsque l’homme apatride règne, que le royaume des hommes libres – ces personnalités fortes et différenciées – se voit remplacé par le grand amoncellement de l’homme masse, indifférencié et impersonnel : cette sorte de zombi grégaire qui va errant d’aéroport en aéroport, de ville en ville, de haute tour de bureaux en haute tour d’appartements dans un monde aussi indistinct que mondialisé, dépourvu d’histoire, privé de personnalité.

Ici aussi il faut pourtant préciser les choses, tout comme elles l’ont été lorsque différents travers de l’esprit conservateur ont été chassés. Il y en a encore un qu’il faut repousser : le chauvinisme, cette hubris faite de fanatisme, bourrée d’outrances, qui, croyant défendre la patrie, ne fait que l’embourber dans la fange d’une vanité aussi pompeuse que creuse ; dans une vulgarité sectaire et grossière qui fait que les chauvins, se prenant pour les coqs du village, méprisent et harcèlent leurs voisins, ceux qui appartiennent, pourtant, à leur même lignage, ceux avec lesquels ils partagent, en Europe du moins, un même mais différencié destin.

Le chauvinisme, cette peste qui, s’étant emparée de l’Europe, la détruisit il y a un siècle, ne peut être vaincu ni par l’individualisme mondialisé ni par l’atomisme indifférencié. Le chauvinisme ne peut être vaincu que par les liens de la communauté qui embrassent et, en embrassant, libèrent ; et en prodiguant leur chaleur, agrandissent. Rappelons de telles choses aussi bien au « peuple périphérique » qu’au « peuple central ». Au premier, à ce peuple qui croit encore à un destin collectif, pour éviter que la tentation chauvine (même si aujourd’hui on ne peut la déceler nulle part) ne puisse un jour s’emparer à nouveau de lui. Rappelons de telles choses à l’autre peuple aussi, à celui qui dans les grandes villes surtout ne croit plus à rien. Faisons tout pour le convaincre que ce n’est qu’en assumant les liens de son destin collectif qu’il pourra sortir de la mort qui nous laisse nous tous – nous aussi, car aucune communauté ne peut s’asseoir sur une seule moitié de sa population – nus et sans rien.

Javier Portella (Polémia, 28 mai 2017

01/06/2017

Un paysage politique entre décomposition et recomposition...

Nous reproduisons ci-dessous un entretien donné par Alain de Benoist à Breizh info et consacré à l'élection d'Emmanuel Macron à la présidence de la République et à ses conséquences politiques... Philosophe et essayiste, éditorialiste du magazine Éléments, Alain de Benoist dirige les revues Nouvelle Ecole et Krisis et anime l'émission Les idées à l'endroit sur TV Libertés. Il a récemment publié Le moment populiste (Pierre-Guillaume de Roux, 2017) ainsi qu'un recueil d'articles intitulé Ce que penser veut dire (Rocher, 2017).

 

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Alain de Benoist : « Macron n’apparaît pas comme la marionnette fabriquée que l’on imaginait »

Breizh-info.com : Emmanuel Macron est devenu président de la République. Qu’est-ce que cela vous inspire ?

Alain de Benoist : Des regrets d’abord. Une certaine sidération ensuite. Jamais élu dans le passé, encore inconnu il y a quelques années, Emmanuel Macron a tenu son pari. Cela ne s’explique pas uniquement par l’ampleur des soutiens dont il a bénéficié. Se propulser à la tête de l’État sans être le candidat d’un parti traditionnel, passer en deux ou trois ans de l’obscurité à la lumière, cela ne s’était encore jamais vu. Cela montre l’ampleur de la crise actuelle, et cela donne aussi à son élection un caractère historique.

On objectera bien sûr que Macron n’a jamais été élu que par défaut, qu’il n’a jamais recueilli que 43,6 % des inscrits, qu’un bon tiers des Français (33,7 % des inscrits) ont boudé le choix qui leur était proposé, soit en se réfugiant dans l’abstention soit en votant blanc ou nul dans des proportions jamais vues depuis 1969, et enfin que près de la moitié de ceux qui ont voté pour lui ne l’ont fait que pour « faire barrage » à Marine Le Pen. Mais tout cela sera vite oublié. Même quand on est mal élu, on est élu.

J’ajouterai que les premiers actes de la présidence Macron, même s’ils ne laissent pas véritablement présager de ce que sera sa politique, donnent au moins à penser que le personnage a été sous-estimé par beaucoup, moi le tout premier. Je ne doute pas un instant que la politique de casse sociale, de baisse des salaires et d’ouverture des frontières qui sera très probablement mise en œuvre par la grande coalition des libéraux de tous bords qu’il a constituée sera une catastrophe pour notre pays.

Mais pour l’instant, Macron n’apparaît pas comme la marionnette fabriquée que l’on imaginait. Non seulement ce n’est pas un « Hollande bis », comme le disent les gens de droite les plus obtus, mais ce sera à bien des égards un anti-Hollande. Cet ultralibéral est sans doute aussi un homme autoritaire, convaincu de la nécessité de redonner de la solennité à la fonction présidentielle. Les mots-clés de son discours, c’était bien « en même temps » !

Breizh-info.com :  Qu’avez-vous pensé de la composition du gouvernement ? Y voyez-vous, comme je le disais récemment dans une tribune libre, un coup de génie d’Emmanuel Macron pour tuer la droite, briser le FN et se retrouver uniquement avec une forte d’opposition d’extrême gauche dans la rue face à lui ?

Alain de Benoist : On s’attendait à un gouvernement de « startuppers », reflet d’une conception postpolitique de la vie publique. Là encore, cela n’a pas été le cas. Votre analyse n’est pas fausse, mais il faudrait ajouter que Macron ne fait qu’exploiter à son profit une situation qu’il n’a pas créée.

Outre son optimisme « jeuniste », son succès s’explique par la conjonction de deux facteurs : le désir général de voir « dégager » l’ancienne classe politique et le fait que pour 75 % des Français les notions de droite et de gauche « ne veulent plus dire grand-chose » (sondage Cevipof, mars 2017).

Emmanuel Macron poursuit en fait un objectif très simple : faire disparaître, briser, assécher ou laminer tout ce qui se trouve encore dans l’espace politique séparant la République en marche de la France insoumise d’un côté et du Front national de l’autre. Voici quelques années, on avait vu une nouvelle tripartition FN-UMP-PS succéder au vieux bipartisme à la française.

Cette nouvelle tripartition a paru remplacée au soir du premier tour de la présidentielle par une forme quadripartite : FN-Républicains-France insoumise-En marche ! En cherchant à attirer vers lui la « droite » du parti socialiste et la « gauche » des Républicains, Emmanuel Macron cherche à recréer une tripartition différente de la précédente : FN-République en marche-France insoumise. La coalition des libéraux n’aurait plus alors à faire face qu’à la conjonction des « extrêmes ».

On remarque tout de suite que cet objectif, propre à désespérer les Cambadélis et les Baroin, n’est en revanche pas très différent de ce que peuvent souhaiter de leur côté Marine Le Pen et surtout Jean-Luc Mélenchon.

Breizh-info.com :  Malgré ses onze millions de voix du second tour, Marine Le Pen a déçu la plupart de ses partisans. Quelles sont selon vous les causes de ce qu’il faut bien appeler son échec ? Pensez-vous, vous aussi, qu’elle a trop parlé d’économie et de social, qu’elle ne s’est pas suffisamment concentré sur les électeurs de droite, qui constituaient sa réserve de voix la plus naturelle ?

Alain de Benoist : A la veille du second tour, Marine Le Pen était créditée d’au moins 40 % des voix. Elle n’en a recueilli que 34 %. Cette piètre performance ne peut pas s’expliquer uniquement par le soutien quasi unanime des médias et des puissances d’argent à la candidature Macron. Elle ne s’explique pas non plus par un prétendu échec de la « dédiabolisation ».

En 2002, lorsque Jean-Marie Le Pen s’était qualifié au second tour, trois millions de personnes étaient descendues dans la rue, alors que le président du FN n’avait aucune chance de l’emporter.

Cette fois-ci, il n’y a eu que quelques bandes de casseurs et d’antifas pour aller s’agiter dans la rue. Comme le dit très justement Pierre-André Taguieff, « l’anti-nationalisme diabolisant, rejeton de l’antifascisme et de l’antiracisme, a largement perdu en force de mobilisation ». En clair : ça ne marche plus.

Si Marine Le Pen n’a pas été capable de retourner la tendance en sa faveur, alors qu’un véritable boulevard s’ouvrait devant elle, c’est tout simplement que sa campagne n’a pas été bonne.

On peut certes alléguer les thèmes qu’elle a choisis de privilégier. Comme beaucoup, je pense en effet qu’elle a eu tort de mettre en avant des arguments d’ordre économique, et non de souligner les enjeux civilisationnels de cette élection. Son obsession de la sortie de l’euro a eu des effets ravageurs, car à supposer même qu’un tel objectif soit justifié, il est évident que la complexité du sujet interdisait d’en faire un thème de campagne, d’autant qu’une vaste majorité de Français y est totalement opposée.

Je crois au contraire qu’elle n’a pas assez insisté sur le social qui est, avec l’immigration et l’insécurité, l’une des préoccupations majeures des classes populaires à une époque où le système capitaliste est en train de dévaster le monde sur une échelle encore jamais vue. Par opposition aux nomades hypermobiles, les sédentaires ne se sont pas encore convertis à la mondialisation !

Mais l’essentiel n’est pas là. Le plus grave, c’est ce que la candidate Marine Le Pen a clairement révélé ses propres insuffisances. Sa campagne n’a jamais été dans le ton juste. Elle a manqué de style, d’émotion, de lyrisme, de vibrato. Elle sait parler, elle ne sait pas débattre.

Elle sait se faire applaudir, mais pas soulever les foules. Dans le désastreux débat qui l’a opposée à Macron, elle s’est révélée à la fois incompétente et inutilement agressive, donnant ainsi à penser qu’elle n’était pas au niveau de ses ambitions.

Marine Le Pen a eu le grand mérite de transformer un mouvement purement protestataire en parti vraiment désireux d’arriver au pouvoir, mais pour arriver au pouvoir il faut en avoir les capacités. De même ne suffit-il pas de prétendre parler au nom du peuple pour savoir parler au peuple…

Breizh-info.com : Quelles perspectives de recomposition politique voyez-vous se profiler ?

Alain de Benoist : La recomposition est en réalité un coup de grisou qui a déjà atteint tous les milieux politiques. Pour les deux anciens « grands » partis qui étaient porteurs du clivage gauche-droite, les socialistes et le s Républicains, ce n’est pas de recomposition, mais de décomposition qu’il faut parler. Le PS est à l’agonie, et Mélenchon ne dissimule pas son désir de le remplacer.

L’ex-UMP, de son côté, représentait depuis longtemps une alliance contre nature de la droite conservatrice et de la droite bonapartiste, de la droite orléaniste et du centre libéral. Le coup de tonnerre de l’élection présidentielle y a libéré des forces centrifuges qui vont avoir le plus grand mal à se réconcilier. On le voit chaque jour plus nettement : ces partis-là appartiennent déjà à une autre époque. Et l’on peut d’ailleurs se demander s’il n’en va pas de même de la forme-parti telle qu’on l’a connue.

Peut-il y avoir une recomposition à droite ? C’est ce que souhaitent les tenants de la « droite hors les murs » qui en appellent depuis longtemps à une « union des droites », vieil objectif jamais réalisé. La stratégie « buissonnière », qui prône l’alliance du populisme et du conservatisme, des classes populaires et des classes moyennes, a une validité certaine.

Elle achoppe néanmoins sur un point aveugle : de quel conservatisme parle-t-on ? Avec le conservatisme libéral, il n’y a rien à faire à mon sens, parce qu’il s’agit d’un oxymore : le libéralisme, qui est à l’origine du capitalisme, de l’individualisme et de l’universalisme sans-frontiériste, repose sur des fondements qui aboutissent nécessairement à détruire tout ce que les conservateurs veulent conserver. Les flux migratoires ne sont qu’une conséquence (et un aspect) de la logique du profit. On ne mobilise pas les classes populaires en défendant les intérêts des puissants.

La dynamique populiste est appelée de son côté à perdurer, pour l’excellente raison qu’elle s’enracine dans la sociologie actuelle. La fracture populiste traverse actuellement toutes les tendances politiques. La situation présente n’est pas socialement durable. Si les classes populaires, qui ne sont plus représentées politiquement, culturellement et intellectuellement parce qu’elles ont été marginalisées par l’oligarchie, sont aussi soucieuses d’identité, c’est qu’elles ne possèdent rien d’autre que ce patrimoine immatériel.

Breizh-info.com : Le Front national va-t-il finir par imploser ? Ne serait-ce pas un mal pour un bien ?

Alain de Benoist : Le Front national n’est pas réformable, et personne ne peut prétendre remplacer Marine Le Pen. Marion a eu raison de quitter la vie politique. A partir de là, on peut tout envisager : des turbulences à coup sûr, une ossification progressive, peut-être des scissions. La déceptionite provoque toujours les mêmes effets. Florian Philippot, qui est à la fois la bête noire des extrémistes de droite, des cathos et des libéraux, va certainement se trouver mis en accusation. Mais on peut imaginer d’autres scénarios.

L’implosion du FN serait-elle un mal pour un bien ? Je n’ai pas de réponse à cette question, parce que je ne vois pas poindre l’amorce de ce qui pourrait le remplacer.

S’il s’agit de créer un autre mouvement, plus radical, mais dans lequel il faudrait abandonner toute critique du capitalisme libéral et ne plus exprimer de conception du monde particulière, de façon à ne plus parler que d’identité et d’immigration, je n’en vois pas l’intérêt.

On ne séduira jamais ceux qui veulent en priorité défendre leur portefeuille car, quels que soient leurs sentiments sur l’immigration, ils se trouvent très bien dans l’abjecte société marchande où nous vivons. D’un autre côté, il est très clair que nombre d’orientations très contestables du FN devraient être modifiées ou abandonnés, mais l’appareil du parti n’a apparemment ni le désir ni les moyens de se remettre en question.

Breizh-info.com : Nous venons de commémorer la mort de Dominique Venner. Quel héritage laisse-t-il aujourd’hui ?

Alain de Benoist : Il laisse l’exemple d’un style de vie, d’une volonté de tenue et de fidélité à soi-même qu’il aura incarnée jusque dans sa mort. Il n’était pas l’homme des compromis (son hostilité aux valeurs chrétiennes ne se cachait pas derrière l’équivoque du « pagano-christianisme »). On lui doit aussi une série de livres d’histoire, dont un grand nombre resteront des œuvres de référence.

On ferait mieux de les lire plutôt que de s’exciter sur des écrits de jeunesse, dans lesquels Dominique Venner ne se reconnaissait plus depuis longtemps – d’autant qu’à la fin de sa vie, il était plus que jamais convaincu de l’inutilité de l’action politique.

Breizh-info.com : Vous venez de sortir un nouveau livre intitulé « Ce que penser veut dire ». Pouvez-vous nous en parler ?

Alain de Benoist : Réponse simple : c’est un recueil de textes qui s’attachent à présenter la vie et l’œuvre d’un certain nombre de grands penseurs, depuis Rousseau, Goethe, Nietzsche et Karl Marx jusqu’à Jean Baudrillard, Julien Freund, Michel Villey et Jean-Claude Michéa, en passant par Carl Schmitt, Heidegger, Leo Strauss, Hannah Arendt et bien d’autres.

Autant de figures qui nous ont appris à penser – non pas à penser à quelque chose, mais à penser quelque chose : la nature de l’homme et le fonctionnement de la société, l’essence du politique et celle du droit, la signification de la guerre, les rapports entre nature et culture, le rôle de la technique, l’aliénation marchande, etc. Penser veut dire aller à l’essentiel. On est très loin de la politique politicienne !

Alain de Benoist, propos recueillis par Yann Vallerie (Breizh info)

27/05/2017

Faire sécession avec Julien Rochedy... (3)

Vous pouvez découvrir ci-dessous l'émission Sécession avec Christopher Lannes et Julien Rochedy sur TV Libertés. Nos deux analystes reviennent sur les résultats de l'élection présidentielle et sur la stratégie de Marine Le Pen, puis poursuivent leur réflexion sur la constitution d'une droite authentique apte à conquérir et à assumer le pouvoir.

– Partie 1 – Les leçons de l’échec de Marine Le Pen
– Partie 2 – Les 5 écueils de la Droite
– Partie 3 – Lecture : Napoléon et De Gaulle

L'émission est passionnante de bout en bout.

Nous n'avons pas fini d'entendre parler de Julien Rochedy !...

 

                         

 

                         

 

19/05/2017

La tyrannie de Macron sera bienveillante...

Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Jeanne Smits, cueilli dans Minute et consacré au style de la présidence Macron...

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La tyrannie de Macron sera bienveillante

Emmanuel Macron, l’homme qui susurre à l’oreille des Français. Chapeau, l’artiste. Le prochain président de la République sait mettre le ton. Ses premiers mots après l’élection étaient parfaitement calibrés, doux, presque humbles. Solennels et graves. Présidentiels et intimes. En un mot : rassembleurs. Tel Kaa fascinant sa proie, Macron regarde les Français dans les yeux. Il veut notre bien et celui de la France. En matière de révolution, l’heure n’est plus à la révolte mais à l’hypnose.

Les révolutions sanglantes, c’est à la fois sale, sordide et incertain, jamais à l’abri d’un re­tournement de situation ou d’une captation inattendue : voyez Napoléon. Emmanuel Macron, et ceux qui ont géré sa candidature de main de maître, sont tout sauf des in­cultes. Mais leur culture a un sens, celui d’une histoire qui n’a jamais fini d’aller dans un sens bien précis. Ce sont des idéologues dont la tyrannie se dissimu­le, des autocrates qui réclament l’adhésion. Ils n’en feront qu’à leur tête – et le peuple sera d’accord. Sinon, gare à lui !
Le slogan est vieux comme 1789 : « Pas de liberté pour les ennemis de la liberté ! » Sauf qu’aujourd’hui on ne le dit plus. Aujourd’hui on en appelle au cœur et aux tripes. Les médias font cais­se de résonance. On rejette tout ce qui est « clivant ». Ensemble, c’est tout… Mais tout ensemble, c’est totalitaire. Méfions-nous de ce Macron au regard allumé et aux savantes poses d’acteur !
Le premier discours d’Emmanuel Macron était taillé sur mesure pour déclencher des sentiments positifs, à droite comme à gauche. Quoi, il nous parle d’« affaiblissement moral », d’« unité de la nation », du « peuple de France » ? Oui, et il évoque même les « devoirs envers notre pays ». « Nous sommes les héritiers d’une grande histoire », dit-il. « Transmettre », « civilisation », les « intérêts vitaux de la France », « esprit de conquête », « génie français » : les mots sont pesés et Macron interpelle même ceux qui l’ont élu : « Aimons la France. »
Alors qu’il va faire tout le contraire.

Tout sera pour votre bien…

Car il y a aussi l’ébauche de programme. Ce programme que Macron a voulu participatif, pour mieux faire résonner sa candidature chez les gens ordinaires – cela n’engage à rien. De ce premier discours, on retiendra qu’il entend lutter « contre toutes les formes d’inégalité ou de discrimination » : mots-valises qui annoncent une aggravation du refus de la préférence nationale, l’instauration de la « discrimination positive ». C’est toute la dynamique de l’antiracisme.
Emmanuel Macron est au service d’une politique révolutionnaire, d’une implacable idée « humaniste » qui se traduit à la fois par le « salut républicain » adressé à la vaincue, Marine Le Pen, et par la salutation au monde de la part de la « France fraternelle ». Bon petit soldat du mondialisme, le président-élu a d’emblée annoncé sa soumission à l’idée que le globe tout entier doit se conformer à des règles internationalement édictées.
« Développement », « lutte contre le réchauffement climatique » : c’est bien une tyrannie mondiale avec ses maîtres, ses impôts, ses règles tatillonnes et son contrôle supranational. Et ses moyens inédits de favoriser une économie con­tre l’autre. Le saviez-vous ? Aujourd’hui c’est la Chine qui se veut la force motrice de ces entreprises de domination de l’énergie et donc des forces vi­ves des nations. Avec Macron, on se soumettra servilement. Mais c’est pour notre bien !
Bienveillance… Ce fut l’un des premiers mots prononcés par « Emmanuel », ce drôle de « dieu avec nous », après son entrée en scène théâtrale et parfaitement chronométrée pour qu’il lève les bras précisément sur la derniè­re mesure de l’Ode à la joie. Sur fond de pyramide de Pei, verrue hautement sym­bolique implantée au cœur de ce que fut le centre du pouvoir monarchi­que français, Macron a parlé d’amour.

Laissez votre esprit se vider…

Parmi ses mots creux, celui de « bienveillance » est le plus actuel. Il n’est pas du registre de la charité, bien au contraire : il accompagne le nihilisme mo­derne et le rend possible. Bienveil­lant, il faut l’être à l’égard de soi, de l’autre, de la différence, des choix d’autrui. La bienveillance, c’est l’acceptation sans jugement. Vous êtes un hom­me ? C’est bien. Un homosexuel ? C’est bien aussi. Un trans ? Encore mieux. Tout est bien : la modernité, le relativisme, l’absence de condamnation morale sont la condition du bonheur. Seuls les opposants seront détruits… La « bienveillance » traverse les nouvel­les techniques de méditation et d’emprise. Elle vide les cerveaux et remplit les cœurs – de vide.
Ah si, il y a l’« esprit des Lumières », invoqué devant la pyramide du Lou­vre. Un esprit pour initiés – ceux qui comprennent ce que cela signifie de rejet des dogmes et de toute loi naturelle – qui fait aussi vibrer les incultes. Il fait vibrer tous ceux qui assument, qui oublient ou qui ignorent la filiation entre la Révolution messianique en vue de l’homme régénéré et les champs de ruines des massacres totalitaires.
Car à le regarder et à l’écouter, cet Emmanuel Macron aux allures de prêcheur laïque, qui promet des lendemains de justice et de fraternité, on l’imagine bien en gourou.
Il fera doucement, doucettement glisser la France vers l’indifférenciation mondiale en osant dire : « Je vous servirai avec amour. » Mais l’amour d’un Evangile inversé.  

Jeanne Smits (Minute, 9 mai 2017)

15/05/2017

Au-delà d'une défaite...

Nous reproduisons ci-dessous une analyse sobre et équilibrée de Michel Geoffroy, cueillie sur Polémia et consacrée à la défaite de Marine Le Pen à l'élection présidentielle...

 

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Une présidentielle pas si perdue que cela ?

La victoire d’Emmanuel Macron lors de la présidentielle du 7 mai 2017 déçoit, bien sûr, les patriotes de conviction. Et comme toujours les critiques fusent contre l’adversaire malheureux : Marine Le Pen, son équipe de campagne et sa stratégie.

Les Grecs auraient accusé les Dieux, les Romains, la Fortune. Mais en France, on est toujours coupable de perdre. Vae Victis !

On retiendra cependant cinq enseignements de cette élection présidentielle qui devraient nuancer le « noircissisme » ambiant.

1) D’abord on ne doit pas oublier que la victoire d’Emmanuel Macron résulte d’une mobilisation sans précédent de l’oligarchie en sa faveur :

Médias, institutions, puissances d’argent, patronat, lobbies, classe politicienne, chefs d’Etat étrangers, Union européenne. Du jamais vu en France depuis la Libération ! Et à vrai dire du jamais vu dans le monde occidental !

Le Forum de Davos de janvier 2017 nous avait prévenus : pour éviter un nouveau Brexit ou l’élection d’un nouveau Donald Trump en Europe, il fallait un meilleur contrôle de la « qualité de l’information », donc une plus grande propagande. C’est exactement ce qui s’est passé au service d’Emmanuel Macron. La présidentielle de 2017 a ainsi permis de s’attaquer ouvertement à la liberté de diffusion de l’information pluraliste, c’est-à-dire à la liberté d’expression tout simplement. Donc à la démocratie.

La victoire d’Emmanuel Macron incarne pour cette raison, non pas le « pari gagné d’un couple » (*) comme nous le serinent les médias serviles, mais le retour des candidats officiels du Second Empire confisquant l’expression démocratique à leur profit, mais à la puissance mille.

Face à un tel déploiement de pouvoir, d’argent, de pressions et de propagande, que Marine Le Pen rassemble près de 11 millions de voix au second tour ne semble donc pas une mince performance.

2) Malgré toutes les critiques que l’on peut toujours formuler sur sa stratégie ou sa communication, Marine Le Pen a réussi à dédiaboliser le courant populiste et identitaire.

Si le second tour a conduit, comme il fallait s’y attendre, à un « front républicain » contre elle, il ne s’est pas accompagné d’une diabolisation outrancière ni efficace comme dans le passé. En clair, il ne fonctionne plus. Si Marine Le Pen n’a pas réussi à faire un meilleur score au second tour cela tient avant tout à son positionnement sur l’euro, dissuasif pour beaucoup de Français, sans même évoquer les milieux économiques.

Croyant surfer sur le Brexit, Marine Le Pen a effectivement commis l’erreur de faire de la politique monétaire – sujet abscons au plus grand nombre – un axe majeur de sa communication politique. Mais elle a, par contre, incontestablement réussi à désenclaver politiquement et moralement le courant patriote et identitaire. Ce qui rouvre le champ des opportunités politiques.

3) L’élection présidentielle consacre l’élimination des partis politiques institutionnels, de droite comme de gauche, des Républicains au Parti Socialiste, dès le premier tour avec notamment un très mauvais score de Benoît Hamon.

Ce que les médias nomment pudiquement une « recomposition du paysage politique » correspond en réalité à son explosion pure et simple. Une explosion que les patriotes avaient prévue et souhaitée.

La débandade pitoyable des politiciens « de la droite et du centre » se ralliant à Emmanuel Macron, inaugurée par François Fillon lui-même dès 20h15, après avoir perdu l’élection imperdable, achève en outre de discréditer cette famille politique.

Elle ouvre par là même la possibilité d’une recomposition à droite.

4) L’élection présidentielle s’est progressivement focalisée autour de l’opposition entre les patriotes et les mondialistes,

même si Emmanuel Macron a tenté une ultime diversion en essayant d’opposer les patriotes aux « nationalistes » et en faisant brandir des drapeaux tricolores dans ses meetings, hold-up sémantique cependant peu crédible quand on flirte avec le communautarisme.

Il s’agit donc d’une victoire idéologique de la dissidence politique qu’on ne doit pas négliger, car elle formalise le cadre de l’opposition au nouveau pouvoir pour les années qui viennent. Nommer son adversaire principal reste en effet un acte politique fondateur : l’assigner à résidence politique en quelque sorte.

5) Malgré ou à cause de tous ses soutiens, Emmanuel Macron se trouve dans une situation délicate.

Emmanuel Macron a réussi à capitaliser sur sa candidature, grâce à un tour de passe-passe médiatique, le besoin de renouveau de l’électorat, alors même qu’il représentait le Système mondialiste et oligarchique que la majorité des Français rejetait : une équation difficile à résoudre dans la durée quand on n’est pas un vieux routier de la politique !

L’élection d’Emmanuel Macron résulte en outre au moins autant du rejet du programme économique de Marine Le Pen que du soutien à son projet d’ailleurs très évanescent. Le taux d’abstention et de votes blancs et nuls est aussi très élevé pour cette présidentielle : du jamais vu depuis 1969. Son image d’homme nouveau – ni droite ni gauche – cadre mal, en outre, avec l’afflux de soutiens socialistes et en provenance des Républicains et du Centre, dont il aura cependant besoin en partie pour constituer une majorité au Parlement. Enfin, son programme économique prend à contrepied les attentes des classes moyennes et populaires. Les ânes retraités qui, chez les Républicains, ont voté pour lui vont le regretter ! La déception risque d’être bientôt aussi… en Marche !

*  *  *

La superclasse mondiale, en faisant élire Emmanuel Macron le 7 mai 2017, a incontestablement gagné une bataille, en engageant de très gros moyens pour cela. Mais a-t-elle pour autant gagné la guerre idéologique et politique qui s’annonce ?

Car la confrontation entre les patriotes et les mondialistes n’est pas seulement franco-française. Elle ne fait que commencer. Il ne faut pas perdre de vue en effet qu’elle se déroule aussi au plan européen et mondial. Car un monde désormais de plus en plus multipolaire s’accommode de moins en moins de la prétention de la superclasse mondiale à le gouverner. A Paris comme ailleurs.

Michel Geoffroy (Polémia, 10 mai 2017)

(*) Expression de David Pujadas sur France 2 le 23 avril 2017 à 22h17

07/05/2017

Feu sur la désinformation... (136)

Vous pouvez découvrir ci-dessous un nouveau numéro de l'émission I-Média sur TV libertés, consacrée au décryptage des médias et dirigée par Jean-Yves Le Gallou, président de la fondation Polémia, avec le concours d'Hervé.

Au sommaire :

  • 1 : Élection présidentielle, le vrai visage des journalistes
    Audrey Pulvar, Laurent Ruquier, Nathalie André, ces journalistes dévoilent leur vrai visage : Non à Le Pen, oui à Macron. La charte déontologique des journalistes, de l’objectivité et de l’information, est tombée dans l'oubli.
    Conséquence évidente, un traitement médiatique partial. Exemple : Quand le Monde publie une tribune dénonçant "l’entrave du Front National à la liberté d’informer" , le journal oublie d'évoquer les médias russes (Sputnik et RT France) interdits d’accès au quartier général d'Emmanuel Macron.
  • 2 : Le zapping d’I-média
    Aboyer pendant 3 heures contre le Front National : Olivier Sagazan désire "réveiller les consciences contre les dangers du FN" en jappant sur le parvis de la Défense. Pour donner du poids à cette performance sûrement plus ridicule qu’insolite, l’AFP s’était déplacée pour filmer la prestation de « l’artiste ».
    Robert Ménard charge France info : Le maire de Béziers était l’invité de « Com Pol » sur France info. Pour Robert Ménard, la chaine du service public est « un tract pour Monsieur Macron ».

  • 3 : Front républicain, l'inquisition En Marche
    Pour faire barrage au Front National, la classe politique doit faire bloc : Mélenchon serait un irresponsable qui prône le « ni-ni », Nicolas Dupont Aignan est « nazifié » par son soutien à Marine Le Pen. Faites place aux pestiférés de la société.
  • 4 : Les tweets de la semaine
    Le dessinateur Plantu phagocyte la Une de Monde. Depuis 30 ans, le dessinateur nous sert le même humour, les mêmes caricatures du Front National : des "néonazis" tapant sur des Africains.
  • 5 : Ondes Migratoires
    Ondes Migratoires, la chronique de Nicolas Faure sur les migrants dans les médias : les ONG qui portent secours aux migrants traversant la méditerranée sont-ils de véritables anges gardiens ? Info ou intox ?