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  • Le marinisme : solution ou impasse pour la France ?...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Balbino Katz, cueilli sur Breizh-Info, qui dénonce les insuffisances idéologiques du populisme de Marine Le Pen...

     

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    Délepéniser la droite : pourquoi le marinisme enferme le peuple qu’il prétend défendre

    À Barjols, en Provence, le marché avait ce matin-là cette paix dont les grandes villes ont perdu jusqu’au souvenir. Il n’y avait point d’ostentation, point de tumulte inutile, point de ces cris métalliques qui transforment désormais tant de lieux publics en salles d’attente de gare. Les allées sentaient le fruit mûr, la tomate encore tiède, le fromage sec, la charcuterie honnête et la poussière blonde des villages du Midi. On regardait, on tâtait, on soupesait. Un homme examinait des courgettes avec la gravité d’un expert en monnaies anciennes. Une femme, panier au bras, demandait si les abricots tiendraient jusqu’au soir. Plus loin, un boucher levait une pièce de viande vers la lumière, et deux vieillards, les mains croisées derrière le dos, jugeaient de sa couleur avec cette science muette qui se transmet moins par les livres que par les dimanches.

    Je me suis arrêté là, sans hâte, dans cette douceur encore habitable. Ce qui me frappait n’était pas seulement la beauté du lieu, ni même cette Provence qui sait encore mêler la pierre, l’ombre et l’olivier comme d’autres accordent trois notes justes. C’était la paix des visages. Non une paix abstraite, décrétée par brochure ministérielle, subventionnée par comité Théodule, affichée sur panneaux municipaux avec des mots anglais et des sourires réglementaires. Une paix plus ancienne, plus modeste, presque animale. Les gens se reconnaissaient sans avoir à se connaître. Ils appartenaient au même monde de gestes, d’accents, de pudeurs, de lenteurs et d’évidences. Ils formaient cette communauté tacite que les sociologues, lorsqu’ils n’ont pas entièrement perdu le sens du réel, appellent confiance.

    Voilà ce que les grands prêtres de la société diversitaire ne comprennent pas. La paix n’est pas d’abord un règlement intérieur. Elle naît souvent d’une continuité. Elle procède d’une familiarité longue, d’une ressemblance de mœurs, de paysages, de souvenirs, de façons de se tenir devant un étal, de saluer le voisin, de marchander sans vilenie, de laisser passer une vieille dame, de ne pas faire de son existence une revendication permanente. Les peuples n’ont pas besoin de doctorats pour savoir cela. Ils le sentent dans leurs os. Ils savent que l’hétérogénéité imposée, lorsqu’elle devient massive, rapide et arrogante, ne produit pas mécaniquement de la richesse humaine, mais souvent du soupçon, du retrait, de la fatigue et, au bout du compte, cette guerre froide civile qui fait de chaque rue un petit traité de sociologie appliquée.

    C’est pourquoi ces régions votent comme elles votent. Non par mauvais cœur. Non par cette méchanceté provinciale que leur prêtent les journaux de la capitale. Elles votent pour être protégées. Elles votent pour que le marché du matin demeure le marché du matin, et non l’antichambre bariolée d’un pays qui se défait. Elles votent pour que les enfants puissent hériter d’autre chose qu’un discours sur la diversité. Elles votent pour que leur monde ne soit pas dissous au nom d’une idéologie qui leur explique, d’un ton de surveillant général, qu’ils doivent se réjouir de disparaître.

    C’est dans ce décor que je lus sur X le mot de Thomas Ferrier : « Délepéniser la droite ! » La formule a d’abord quelque chose de barbare, comme un terme de clinique politique inventé entre deux réunions. Elle est pourtant juste. Il faut délepéniser la droite française. Non pour revenir à la droite honteuse, gestionnaire, notabiliaire, qui parfumait ses renoncements d’eau bénite gaulliste ou libérale. Non pour livrer le pays aux conservateurs de salon qui ne conservent jamais rien, sinon leurs fauteuils. Il faut délepéniser la droite parce que Marine Le Pen enferme le peuple de droite dans un piège terrible : celui d’un populisme qui, au fond, ne porte pas jusqu’au bout les aspirations profondes du peuple qui vote pour lui.

    Le paradoxe est cruel. Des millions de Français déposent leur bulletin RN dans l’urne afin de défendre une continuité charnelle, une sécurité concrète, une identité menacée, une manière française ou européenne d’habiter le monde. Ils pensent voter pour la protection de leur pays réel. Ils pensent voter pour la possibilité de dire encore « nous » sans demander pardon. Ils pensent voter pour une frontière, pour une école, pour une autorité, pour une mémoire. Ils pensent voter contre la grande entreprise de substitution anthropologique qui avance sous les mots sucrés d’ouverture, d’inclusion et de vivre-ensemble. Or, au sommet de ce mouvement, Marine Le Pen demeure prisonnière d’une idéologie républicaine molle, télévisuelle, presque centriste, où l’on ne défend jamais l’identité qu’à condition de la dissoudre aussitôt dans la liberté religieuse, le pouvoir d’achat, la souveraineté administrative et la laïcité de préfecture.

    Ses récentes déclarations sur l’islam en donnent une illustration parfaite. Marine Le Pen rappelle qu’elle fut attaquée par Éric Zemmour pour avoir dit que « l’islam était compatible avec la République ». Elle ajoute qu’elle s’attaque à « l’idéologie totalitaire islamiste » et qu’elle demeurera le défenseur de la liberté religieuse. On reconnaît là le vieux distinguo de la classe politique française, islam paisible d’un côté, islamisme dévoyé de l’autre, comme si l’affaire relevait seulement d’une mauvaise utilisation du mode d’emploi. La formule rassure les plateaux. Elle apaise les éditorialistes. Elle permet de paraître ferme sans cesser d’être fréquentable.

    Elle ne répond pourtant pas à la question que se posent les Français. Les Français ne demandent pas d’abord si l’islam peut entrer dans un tableau Excel de compatibilité républicaine. Ils se demandent si une civilisation issue d’une histoire chrétienne, gréco-latine, rurale, monarchique, communale, révolutionnaire et nationale peut absorber indéfiniment une religion-civilisation qui porte avec elle d’autres mœurs, d’autres réflexes juridiques, d’autres rapports entre le sacré et le politique, d’autres conceptions de la femme, de la famille, de la pudeur, du blasphème, de l’apostasie et de l’espace public. Ils ne demandent pas que les musulmans soient voués aux gémonies. Ils demandent que l’on cesse de leur mentir. Il faut distinguer les personnes, qui relèvent du droit commun, et un corpus religieux lorsqu’il prétend façonner la cité.

    Éric Zemmour, dans sa réponse, a vu le nœud de l’affaire. Il a demandé à Marine Le Pen de choisir. Si l’islam est compatible avec la République, pourquoi vouloir interdire le voile dans l’espace public ? Si le voile n’est qu’une prescription religieuse parmi d’autres, pourquoi le tenir pour un problème politique ? Toute la contradiction lepéniste tient dans cette oscillation. Elle veut combattre les effets visibles d’un phénomène dont elle refuse de nommer la racine. Elle veut rassurer les Français inquiets sans rompre avec le catéchisme de la République abstraite. Elle veut incarner la rupture tout en parlant la langue de ceux qui ont organisé l’impuissance.

    C’est en cela qu’elle devient un mystère. La fille de Jean-Marie Le Pen semble avoir hérité du nom, de la rente électorale, d’une partie de la clientèle politique, d’un appareil, d’un réflexe populaire, et pourtant non de la substance doctrinale qui permettait de comprendre la question vitale : un peuple n’est pas seulement une addition de citoyens soumis à la même administration. Un peuple est une forme historique. Il a une chair, une mémoire, des limites, des antipathies légitimes, des fidélités, des héritages, une nature propre au sens ancien du terme. La République, lorsqu’elle nie cette nature, n’est plus le cadre du peuple. Elle devient la machine qui le remplace.

    On touche ici à la grande erreur du lepénisme mariniste. Il a cru qu’il suffisait de dédiaboliser le nom pour accéder au pouvoir. Il fallait arrondir les angles, gommer les aspérités, donner des gages, sacrifier les mots dangereux, parler social, parler protection, parler pouvoir d’achat, se dire ni droite ni gauche, expulser les fantômes du père, rassurer les fonctionnaires, cajoler les retraités, promettre l’ordre sans effrayer les studios. La manœuvre a réussi électoralement. Elle a échoué historiquement. Car on peut conquérir des voix en édulcorant une pensée. On ne sauve pas un peuple avec une pensée édulcorée.

    Les études politologiques ont d’ailleurs bien montré cette inflexion : le programme économique de Marine Le Pen a longtemps porté une forte coloration redistributive, presque social-populiste. On y trouvait la retraite, les prix, les salaires, les protections, l’État consolateur, le refus du libéralisme, le vieux soupçon contre l’entreprise, la grande musique du pouvoir d’achat. Tout cela n’est pas illégitime en soi. Les gens modestes ont le droit de vivre. Les Français ordinaires ne sont pas des variables d’ajustement pour cabinets de conseil. Cependant une droite qui ne parle plus que comme une gauche sociale avec des frontières finit par se tromper d’âme. Elle croit flatter le peuple. Elle oublie que le peuple de droite ne veut pas seulement être subventionné. Il veut être continué.

    Cette confusion éclaire aussi la question européenne. Marine Le Pen s’est longtemps enfermée dans un souverainisme défensif, jaloux, parfois rabougri, hostile à toute idée d’identité européenne, comme si l’Europe n’était qu’un piège bruxellois. Il y a certes beaucoup à dire contre Bruxelles, sa bureaucratie, son juridisme, son hybris réglementaire, sa soumission intermittente aux puissances extérieures. Les Bretons savent ce qu’il advient des pêcheurs quand les administrations lointaines prétendent mieux connaître la mer que ceux qui la travaillent. Toutefois confondre l’Union européenne et l’Europe est une erreur de géographe débutant. L’Europe précède Bruxelles comme la mer précède le port de plaisance.

    La droite française devra sortir de ce provincialisme national. Elle devra comprendre que le destin des Français, des Italiens, des Espagnols, des Polonais, des Hongrois, des Grecs ou des Croates se joue dans une même épreuve de civilisation. Spengler avait ses duretés, ses excès et ses ombres, mais il avait compris que les civilisations meurent lorsqu’elles ne savent plus se concevoir comme des formes. La droite française, si elle veut survivre à autre chose qu’aux prochaines législatives, devra penser la France dans l’Europe et l’Europe comme demeure commune des peuples européens. Non l’Europe supranationale des commissaires, non l’Europe dissolvante des traités illisibles, mais l’Europe-puissance, l’Europe-civilisation, l’Europe qui sait que les nations sont ses membres et non ses ennemies.

    Le récent épisode du règlement européen « Retour » montre à quel point les contradictions deviennent visibles. Lorsque le Parlement européen durcit les règles permettant d’accélérer les expulsions et d’envisager des centres de retour hors de l’Union, Marine Le Pen y voit d’abord une atteinte à la souveraineté des États. On comprend l’argument en droit. Il n’est pas absurde. Il rappelle que l’Union ne doit pas absorber toutes les compétences. Toutefois le peuple qui vote pour elle ne raisonne pas ainsi. Il ne se demande pas si l’expulsion est nationale, confédérale, européenne ou intergouvernementale. Il demande que les clandestins soient effectivement éloignés. Il préfère une expulsion européenne réelle à une souveraineté française impuissante. Là encore, Marine Le Pen défend le contenant au moment où ses électeurs attendent le contenu.

    Jordan Bardella apparaît, pour cette raison, comme un symptôme intéressant. Il n’est pas certain qu’il ait une doctrine, même si ses lectures de jeune homme sont de bon augure car ils a eu la chance de croiser de bons mentors. Il n’est pas certain qu’il ait cette épaisseur qui distingue l’homme politique du bon élève médiatique. Il est encore enveloppé de communication, de prudence, de sourires réglés, de cette jeunesse qui plaît aux magazines parce qu’elle leur donne l’illusion d’avoir compris l’avenir. Pourtant il semble plus libre que Marine Le Pen à l’égard de certains dogmes hérités. Son rapport à l’union des droites, aux conservateurs européens, à la question économique, à l’idée d’une architecture continentale, indique peut-être la sortie d’un vieux logiciel mariniste. Là où Marine Le Pen conserve la méfiance du vieux « ni droite ni gauche », Bardella paraît comprendre que la droite ne gagnera qu’en cessant d’avoir peur d’être la droite.

    Rien n’est joué. Le dauphin peut devenir un poisson rouge dans un aquarium de sondages. La politique française a déjà produit trop de mirages pour que l’on s’enflamme au premier reflet. Bardella pourrait n’être qu’un produit de transition, un visage plus lisse posé sur les mêmes incertitudes, une manière de changer la vitrine sans changer l’arrière-boutique. Il faudra voir s’il comprend que la question n’est pas de parler plus « business » devant les patrons, plus « social » devant les ouvriers, plus « identité » devant les militants, plus « République » devant les journalistes. La question est de produire une doctrine cohérente, capable de dire au pays ce que la droite veut préserver, ce qu’elle veut transmettre, ce qu’elle veut restaurer et ce qu’elle accepte enfin de combattre.

    Délepéniser la droite ne signifie donc pas haïr Marine Le Pen. Elle a eu sa fonction. Elle a porté, souvent avec courage, un mouvement que tout le système voulait maintenir hors du champ admissible. Elle a donné à des millions de Français le droit minimal de se compter. Elle a tenu face aux insultes, aux procès en illégitimité, aux crachats médiatiques, à cette morgue qui fait de la classe parlante française l’une des plus antipathiques d’Europe. Il serait injuste de l’effacer. Il serait pourtant dangereux de s’y arrêter.

    Car Marine Le Pen appartient désormais à un passé qui a du mal à passer. Elle est le visage d’une transition, non l’instrument d’une fondation. Elle a incarné le moment où le peuple disait non. Il faut maintenant un moment où le peuple dise oui : oui à sa durée, oui à son identité, oui à une Europe des peuples charnels, oui à une autorité qui protège, oui à une politique qui ne confonde pas l’administration de la colère et l’organisation d’un avenir. La préservation de l’identité française et européenne doit devenir prioritaire sur la conservation d’une idéologie républicaine qui, à force de nier les conditions de son existence, porte en elle-même sa propre condamnation à mort.

    Je repensais au marché de Barjols en quittant les allées. Rien n’y ressemblait à un manifeste. Personne ne parlait de doctrine, de souveraineté, de règlement européen ou d’islam compatible. Les gens achetaient des melons, discutaient du prix des œufs, cherchaient une ombre, souriaient à une connaissance. C’est pourtant là que tout se comprend. La politique n’est pas d’abord dans les congrès. Elle est dans cette paix fragile que les peuples veulent transmettre parce qu’ils savent, sans avoir besoin de le formuler, qu’elle peut disparaître.

    La droite française sera digne de ce peuple lorsqu’elle cessera de lui vendre seulement une protestation. Il lui faut un langage de protection et de grandeur, de proximité et d’horizon, de racines et de puissance. Elle devra sortir du nom de Le Pen comme on sort d’une maison trop basse où l’on a pourtant passé des années décisives. On ne renie pas l’abri. On le quitte parce qu’il empêche de grandir. Le marché de Barjols continuait de bruire derrière moi. Il y avait là plus de France réelle que dans cent discours. Encore faut-il qu’un parti, un jour, ose la regarder en face.

    Balbino Katz, Chroniqueur des vents et des marées (Breizh-Info, 27 juin 2026)

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  • Marine Le Pen telle qu’elle aurait pu être…

    Nous reproduisons ci-dessous un entretien donné par Vincent Coussedière au site de la revue Éléments.

    Agrégé de philosophie, professeur, candidat aux dernières législatives sous l’étiquette RN, Vincent Coussedière est l’auteur de plusieurs essais politiques dont Eloge du populisme (Elya, 2012),  Le retour du peuple - An I (Cerf, 2016) et, récemment, Marine Le Pen comme je l’imaginais (La Nouvelle Librairie, 2025).

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    Marine Le Pen telle qu’elle aurait pu être…

    ÉLÉMENTS. Spécialiste reconnu du populisme, en 2024 vous avez été candidat aux élections législatives pour le Rassemblement national (dans des conditions catastrophiques, précisez-vous). Qu’est-ce qui vous a décidé à « franchir le pas », à passer du rôle d’analyste et d’observateur à celui d’acteur politique ? Regrettez-vous ce choix et cette expérience ?

    VINCENT COUSSEDIERE. J’explique dans le livre ce qui m’a décidé à franchir le pas en 2024. Ce sont à la fois les circonstances, le fait que suite à plusieurs conférences ou formations que j’ai assurées pour le Rassemblement national, et après m’être déclaré éventuellement disponible, j’ai été contacté par Philippe Olivier pour être investi dans une circonscription qui n’était malheureusement pas celle dans laquelle je vis. C’est pourquoi je parle d’une investiture dans des « conditions calamiteuses », ceci dit, j’ai accepté, et ne cherche donc pas à me victimiser.  J’étais « parachuté » dans une circonscription que je ne connaissais pas bien, et dont la sociologie électorale me laissait très peu de chances au second tour. A ces circonstances s’ajoutait un certain désir – dont je ne cache pas, dans le livre, que le ressort restait fragile – de prendre mes responsabilités en politique. Citant Bernanos, j’explique que c’est surtout par désespoir que je me suis lancé dans l’aventure. Désespoir à l’égard du reste de l’offre politique, désespoir aussi à l’égard des intellectuels, qui, bien que proches sur certains thèmes du RN, ne cherchent pas à le rejoindre pour le faire progresser de l’intérieur. D’autres que moi, fort peu nombreux cependant, ont fait cette démarche avec davantage de réussite. On peut penser à Hervé Juvin, à Jérôme Sainte-Marie ou à Guillaume Bigot.

             Je ne regrette rien, même si la faiblesse du soutien militant local que j’ai pu recevoir – pour ne pas en dire davantage et être plus désobligeant  – a rendu les choses très difficiles. Le livre n’est toutefois pas un règlement de compte après une aventure malheureuse. Je dis d’ailleurs peu de choses sur la campagne électorale elle-même, sur laquelle il y aurait pourtant beaucoup à dire, mais ce n’est pas le sujet du livre. Je raconte qu’elle m’a fait toucher du doigt les limites de l’exercice du « métier de politique » tel qu’il est devenu dans nos démocraties représentatives. Participer à cette campagne m’a également fait voir à quel point le RN continue de subir une forme d’ostracisme dans les médias régionaux et chez les élus de tous bords, qui manipulent l’opinion et restent les prescripteurs de proximité de celle-ci. Tous ces notables : présidents de Comcom, maires, conseillers généraux se tiennent par la barbichette les uns et les autres et entendent bien conserver leurs places en se liguant contre le RN.

    ÉLÉMENTS. Pourquoi avoir choisi de consacrer un ouvrage à Marine Le Pen, que vous n’avez rencontré qu’une seule fois ?

    VINCENT COUSSEDIERE. Le livre est consacré à Marine Le Pen comme je l’imaginais et non à la Marine Le Pen réelle que je ne connais pas. Il part de cette rencontre à laquelle j’ai participé, organisée par Hervé Juvin, dans l’entre-deux tour de la présidentielle de 2027, et qui réunissait quelques intellectuels. Cette rencontre était très propice au fait que mon imagination opère une sorte de « cristallisation politique ». En effet, Marine Le Pen a dit très peu de choses, et a surtout beaucoup écouté et laissé parler ses interlocuteurs. Sa présence, son authenticité ont fait brèche dans la représentation essentiellement médiatique que je me faisais d’elle. Je lui ai offert, de manière complètement décalée par rapport à son ambition, le petit livre que je venais de faire paraître : Fin de partie, requiem pour l’élection présidentielle. C’était une curieuse manière de l’encourager pour le deuxième tour ! Tout ceci n’était pas très sérieux et pas très rationnel, comme base d’un engagement politique. D’ailleurs, je ne me suis pas engagé politiquement dans les années qui suivirent et n’ai accepté qu’à partir de 2022, de faire quelques interventions pour le RN. J’ai simplement continué de suivre Marine Le Pen à distance, mais de manière plus attentive et intéressée que je ne le faisais avant cette rencontre. J’ai trouvé qu’elle ne cessait de se bonifier dans l’adversité, malgré les échecs de 2017 et 2022. J’ai fini par penser qu’elle était peut-être la seule, dans la classe politique actuelle, à pouvoir réaliser ce dont nous avons besoin : débuter le redressement du pays, nous remettre la tête hors de l’eau.

             J’explique dans ce livre pourquoi j’ai fini par penser qu’elle pourrait occuper la place vide du grand homme qui nous manque. J’explique aussi qu’occuper la place, ce n’est pas tout à fait prendre la place. C’est au contraire assumer que la place reste vide, mais assumer qu’en attendant, il s’agit de faire ce que nous pouvons.  Je me moque en même temps un peu de moi-même : n’ai-je pas cédé à une forme d’illusion politique ? Mais n’avais-je pas en même temps des raisons d’y céder ?

    ÉLÉMENTS. Selon vous la stratégie de la « dédiabolisation » et la volonté de rupture avec l’héritage du Front national ont-elles été, en partie ou entièrement, des erreurs ?

    VINCENT COUSSEDIERE. La « dédiabolisation » est un slogan qui ne vient pas du RN, même s’il est repris parfois par celui-ci. Cette expression fait croire à une simple stratégie de communication par laquelle le RN aurait voulu se rendre acceptable par les médias. Or Marine Le Pen a fait une chose beaucoup plus importante. Elle a réorienté politiquement le parti en l’éloignant définitivement de ses tropismes antisémites et d’un nationalisme trop étriqué. Sur ce point, elle a fait œuvre très utile, qui s’est aussi accompagnée d’un travail de professionnalisation et de crédibilité. Il s’agissait ensuite, sur la base de ce travail, de ne plus se fermer la porte des médias, ou tout simplement de ne pas se heurter inutilement à  l’agressivité de ceux-ci. C’est aussi à l’égard des électeurs qu’il s’agissait de se « dédiaboliser » en évacuant les peurs liées au FN de Jean Marie Le Pen. 

             Je ne remets donc pas en cause que ce travail ait été utile dans le passé. Je critique qu’il se poursuive aujourd’hui dans un nouveau sens qui consiste à gommer la radicalité « nationaliste » du parti qu’il faudrait au contraire réaffirmer. Le retour à la nation est plus que jamais la priorité politique actuelle qu’il faut assumer. Encore faut-il être capable de préciser ce qu’on entend par nation dès lors qu’on a pris ses distances avec le nationalisme réactif de Jean-Marie Le Pen et qu’on prétend se distinguer d’un nationalisme identitaire du type de Zemmour ou d’un nationalisme souverainiste du type de celui de Phillipot. Encore faut-il expliquer aussi comment ce retour à la nation pourrait se faire dans un cadre européen, qu’on ne semble plus vouloir remettre véritablement en cause.  La dédiabolisation a pris la place de ce travail non effectué. Elle est devenue une fin et non plus un moyen, qui tend à occulter ainsi  que le véritable travail doctrinal sur le retour à la nation n’a pas été effectué.

    ÉLÉMENTS. La figure de Jordan Bardella représente-t-elle pour vous l’expression du renoncement au véritable « populisme » au profit d’une repositionnement classiquement « droitier » et libéral ?

    VINCENT COUSSEDIERE. Sur le fond, il est un peu tôt pour juger d’un éventuel tournant doctrinal.  Jordan Bardella continue de s’appuyer sur le programme du RN de 2022 et, sans doute aussi un peu sur celui qui est en gestation pour 2027, et qui n’a pas encore été rendu public. Il donne cependant quelques signes d’une stratégie qui se réorienterait davantage vers l’ « union des droites » que vers le « ni droite ni gauche »  populiste. Il semble également être un peu plus libéral et atlantiste que Marine Le Pen. Mais tout ceci reste encore assez indéterminé et semble relever davantage d’une stratégie de communication, que d’une doctrine alternative au « marinisme », si tant est que cette doctrine ait jamais existé. Si on avait mauvais esprit, on pourrait parfois avoir l’impression que Marine Le Pen et Jordan Bardella, à eux deux, nous font un peu du « et en même temps »…

             Sur la forme et le style politique, il est par contre évident que Bardella est beaucoup plus proche des jeunes loups tels Attal ou ex-jeunes loups tels Macron que de Marine Le Pen. Il s’est construit de manière essentiellement médiatique, comme d’ailleurs de jeunes et moins jeunes que lui dans la droite nationale : Marion Maréchal, Eric Zemmour, aujourd’hui Sarah Knafo. Comme eux, il est essentiellement un produit médiatique. Il ne s’est pas construit dans l’adversité d’une longue carrière politique comme Marine Le Pen. La manière dont il essaie de surfer sur ses livres, les lancements de ceux-ci par des causeries presque télé-évangéliques, sa maîtrise de la démagogie spectaculaire et ses passages très huilés et répétitifs sur les plateaux de télévision, son art des selfies, tout ceci a de quoi enchanter les uns et désespérer les autres. Je me place plutôt du côté de ces derniers… J’explique dans le livre pourquoi la force de Marine Le Pen était au contraire d’avoir réussi à ne jamais se soumettre entièrement au pouvoir médiatique, à ce que Guy Debord appelait « le talon de fer du spectacle », et ce malgré la dédiabolisation.

    ÉLÉMENTS.  À l’autre bout de l’échiquier politique, Jean-Luc Mélenchon incarne-t-il, pour vous, l’autre grande figure de ce « populisme » que vous avec beaucoup étudié ?

    VINCENT COUSSEDIERE. Il n’incarne pas le populisme dans le sens positif que j’ai redéfini comme « populisme du peuple », puisqu’il n’a pas de peuple derrière lui et n’en veut pas, puisqu’il va même jusqu’à théoriser cette absence de peuple comme étant le vrai « peuple » ! Ce sont les multitudes dénationalisées et communautarisées, c’est l’« archipel français » que Mélenchon veut fédérer par un discours victimaire. Un discours aussi bien anti-Français (il n’y a plus de Français d’origine mais que des métissés) qu’anti-institutions (la police tue). Mélenchon est un « populiste » au sens négatif du terme, c’est-à-dire un démagogue qui n’a aucune conviction véritable et veut à tout prix prendre le pouvoir en soufflant sur les braises de la guerre civile. Il faut lire à ce sujet le très bon livre de Rodolf Cart : Mélenchon, le bruit et la fureur, paru également aux éditions de La Nouvelle Librairie.

    ÉLÉMENTS. Vous terminez votre ouvrage en actant votre « adieu à la politique » . Cela signifie-t-il que, selon vous, dans ce domaine, « tout est foutu » et qu’il n’y a plus rien à espérer du jeu électoral ?

    VINCENT COUSSEDIERE. Le livre développe ce qu’aurait pu être la stratégie de Marine Le Pen après l’inéligibilité pour éviter d’avoir recours au plan B. Bardella est un jeune homme talentueux, mais l’enthousiasme qui monte autour de sa candidature à grands coups de sondages, lui assurant même aujourd’hui d’écraser la concurrence au deuxième tour, relève largement d’une forme d’intoxication voire d’auto-intoxication. Rappelons-nous des sondages de Zemmour qui finira à 7 % après avoir cotoyé les 20 % ! Rappelons-nous aussi les illusions de « Bardella premier ministre ». Et quand bien-même Bardella parviendrait au pouvoir, je doute qu’il possède déjà l’épaisseur morale et intellectuelle, ni l’entourage, pour mener la France sur la voie du redressement. Je me demande si Marine Le Pen elle-même ne s’est pas auto-intoxiquée par l’hypothèse Bardella, et par l’idée qu’elle aurait d’ors et déjà réussi à assurer l’avenir du parti, par delà le nom Le Pen. L’intuition « populiste » de Marine Le Pen risque de ne pas déboucher pas sur la nouvelle synthèse nationale dont nous avons besoin. Je crains qu’elle ne se dissolve dans une variante de droite du progressisme.

    Vincent Coussedière, propos recueillis par Xavier Eman (Site de la revue Éléments, 2 décembre 2025)

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  • Marine Le Pen comme il l’imaginait...

    Les éditions de La Nouvelle Librairie viennent de publier un nouvel essai de Vincent Coussedière intitulé Marine Le Pen comme je l’imaginais. Agrégé de philosophie, professeur, candidat aux dernières législatives sous l’étiquette RN, Vincent Coussedière est l’auteur de plusieurs essais politiques dont Eloge du populisme (Elya, 2012) et  Le retour du peuple - An I (Cerf, 2016).

     

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    "Marine Le Pen n’est pas ici racontée comme d’autres l’ont fait, à coups de clichés ou de procès d’intention. Elle est rêvée, imaginée, projetée dans l’arène politique comme une figure possible du sursaut français. Vincent Coussedière, philosophe du populisme, ne décrit pas seulement une femme politique : il interroge un destin. À travers lui, c’est la question du redressement de la France qui se joue. Ce redressement exige une rupture : abandonner la logique de la dédiabolisation, assumer l’épreuve de l’inéligibilité, ne pas s’enfermer dans le parlementarisme ni se laisser tenter par des accommodements raisonnables avec l’Union européenne, renouer avec la geste gaullienne et l’esprit de la Cinquième République. Retrouver la hauteur, le sens de l’Histoire, l’art de parler au nom du peuple. Écrire la politique au conditionnel, c’est révéler la distance entre ce qui est et ce qui devrait être. En miroir, ce livre dévoile moins Marine Le Pen qu’il n’éclaire l’abîme où s’enfonce la France, faute d’incarnation. Un essai rare. À lire comme on lit les grands avertissements."

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  • Les hooligans du néant

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Julien Dir, cueilli sur Breizh-Info et consacré aux rivalités destructrices au sein du "camp national"...

     

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    Partisans du RN contre Fans de Reconquête: les hooligans du néant

    Ah, quelle farce. Chaque jour qui passe, les réseaux sociaux nous offrent le spectacle pathétique d’une guerre de tranchées entre groupies du RN et ultras de Reconquête, incapables de penser autrement que par les voix ou agissements de leurs chefs/élus respectifs. On s’insulte, on s’excommunie, on brandit des captures d’écran comme autant de trophées de chasse numérique. Pendant ce temps-là, la Bretagne, la France, l’Europe continuent de se déliter, l’immigration de prospérer, et l’État de se soumettre à toutes les idéologies mondialisées. Mais les “patriotes”, eux, préfèrent se déchirer dans un concours de pureté stérile.

    Des bulles qui tournent en rond

    Les partisans de Zemmour accusent les électeurs du RN de trahison, de compromission, de mollesse. Ceux de Marine et Bardella répliquent en expliquant que Reconquête les “plombe électoralement”. Les uns se prennent pour des stratèges, les autres pour des résistants. En réalité, ils ne sont que les otages d’une société de bulles : bulles médiatiques, bulles virtuelles, bulles narcissiques. Chacun vit enfermé dans son aquarium numérique, persuadé de représenter le “vrai peuple” alors qu’il ne fait que s’adresser à son reflet.

    C’est la victoire du marketing sur les idées. Les uns se rassurent en jouant aux gaullistes de province, terroir et saucisson, les autres se grisent d’une radicalité de plateau télé. Mais au fond, ces guerres de boutique ne servent qu’à gonfler les egos de leurs chefs respectifs, qui se nourrissent de cette rivalité pour exister.

    Les angles morts des uns et des autres

    Les pro-RN hurlent que Reconquête leur “vole des points”. Jamais ils ne se demandent pourquoi tant d’électeurs sont lassés par les ambiguïtés sociétales d’un parti qui flirte parfois avec la gauche progressiste sur des sujets décisifs. À force de se travestir en parti de gouvernement respectable, à force de n’être qu’un RPR des années 90 et de refuser d’appeler à descendre dans la rue, le RN finit par singer ses adversaires.

    À l’inverse, les pro-Zemmour ne comprennent pas que nombre de Français, fatigués, précarisés, veulent avant tout être rassurés. Peu leur importe la hauteur des discours ou la radicalité des propositions : ils se tournent vers Marine Le Pen et Bardella parce qu’ils apparaissent comme plus “proches du peuple”. Illusion ? Sans doute. Mais les illusions font partie du réel, et les ignorer, c’est se condamner à ne jamais gagner.

    Le panier de crabes

    Ces querelles intestines ne sont pas seulement ridicules, elles sont révélatrices : la politique est un tas de lisier où chacun patauge avec un rictus de haine. On se déteste, on se jalouse, on se fantasme en gladiateur d’Internet, alors qu’au fond, on partage les mêmes constats sociaux, les mêmes angoisses démographiques, la même colère contre la dépossession de notre pays.

    Et comble du cynisme : ceux qui s’invectivent comme des chiens enragés sur les réseaux ignorent que dans la réalité, nombre de cadres du RN et de Reconquête sont copains comme cochons. On se vouvoie à l’antenne et on s’engueule pour le spectacle, puis on se tape dans le dos hors caméra. La guerre des supporters n’est qu’un théâtre d’ombres pour amuser la galerie.

    Voilà le fond du problème : les vrais perdants, ce sont les militants, les sympathisants, les fans. Comme des hooligans sans stade, ils gueulent, ils insultent, ils s’écharpent… mais ils ne construisent rien. Ils vivent par procuration, attendant que leur chef providentiel conquière le pouvoir à leur place. Ils se passionnent pour des joutes virtuelles, plutôt que d’agir concrètement, de s’organiser localement, de prendre leur destin en main.

    Ils ne voient pas que ce qui les divise n’est rien face à ce qui devrait les unir : la défense d’un peuple, d’une civilisation, d’une identité. Mais la politique moderne est devenue un spectacle, et comme tout spectacle, elle a besoin de son lot de supporters décérébrés pour exister.

    Réveillez-vous

    Alors oui, il est temps de secouer le cocotier. Droite nationale, droite identitaire, droite radicale : arrêtez de jouer aux hooligans du néant. Cessez d’être les groupies hystériques de leaders qui ne voient en vous qu’une masse de clics et de voix interchangeables.

    Le véritable combat n’est pas sur Twitter ni sur TikTok. Il est dans la rue, dans les associations, dans les familles, dans les villages et les quartiers où se joue l’avenir. Le choix est simple : continuer à se haïr au nom de querelles d’appareil, ou bâtir une force populaire réelle, qui dépasse les boutiques partisanes et les petites vanités.

    Parce que sinon vous finirez tous par ressembler à ce que vous prétendez combattre : des spectateurs passifs, consommateurs d’illusions, prisonniers de la société du spectacle. Et dans ce cas-là, vous ne mériterez même plus de parler de “patrie”. Qui aura disparu depuis bien longtemps…

    Julien Dir (Breizh-Info, 1er octobre 2025)

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  • Privatiser l’audiovisuel public : une si bonne idée ?...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Nicolas Gauthier cueilli sur le site de la revue Éléments et consacré à la polémique qui enfle autour de la mainmise de la gauche sur le service public de l'audiovisuel et à l'idée d'une privatisation intégrale comme unique remède...

     

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    Privatiser l’audiovisuel public : une si bonne idée ?

    Notre gauche médiatique, c’est un peu comme les sportifs anglais, qui ne font preuve de fairplay que lorsqu’ils gagnent. Ainsi, nos donneurs de leçons aiment tourmenter leurs adversaires politiques, mais ne supportent pas de se trouver à leur tour dans la tourmente. Jurisprudence France Inter ?

    Normalement, selon leurs calculs (comme disent les technocrates), la chasse à courre devrait obéir à des règles immuables. En bonne logique, Mediapart lance l’affaire, avant d’être tôt relayé par Libération et L’Humanité. Puis, Le Monde et France Inter se chargent de l’onction officielle. Les loups chassent en meute ; les rats aussi, semble-t-il. Seulement voilà, la gauche n’a plus le monopole du fric et de la rancœur. La preuve par Vincent Bolloré, par exemple, qui, à droite, a le portefeuille et le cœur. Et qui vient les chatouiller sur leur propre terrain, avec leurs propres méthodes. Car lui aussi, sait chasser en meute et faire sien le principe d’opportunité. La vidéo de L’Incorrect, où l’on voit Thomas Legrand et Patrick Cohen expliquer comment ils vont influer en même temps sur les municipales à Paris (en s’occupant de Rachida Dati) et sur l’élection présidentielle à venir (en faisant la retape de Raphaël Glucksmann contre Jean-Luc Mélenchon).

    Et son système, calque de celui de ses adversaires politiques, d’aussitôt tourner en boucle : Cnews fait enfler la polémique, aussitôt relayée par le JDNews, ensuite reprise par Europe 1 et qui fait la une du Journal du dimanche. Du beau boulot. À gauche, on n’aurait pas mieux fait.

    Delphine Ernotte acculée…

    D’où une Delphine Ernotte, femelle blanche de plus de 50 ans, matriarche du service public, et qui, bousculée par la vague médiatique, est désormais tenue de se justifier. Bon, elle ne le fait pas n’importe où, mais dans Le Monde, gardien vespéral des élégances démocratiques, ce 18 septembre. Sa stratégie ? Simple comme bonjour : « La galaxie de Vincent Bolloré veut la peau de l’audiovisuel public, réclame sa privatisation et l’exprime avec violence. (…) On a besoin de toutes les bonnes volontés républicaines de ce pays pour s’élever contre cette violence verbale de nature presque politique».  Allons bon. Comme si l’audiovisuel public n’en faisait pas, lui, de la politique. Passons.

    D’ailleurs, si l’on résume : le méchant Bolloré attaquant le gentille Ernotte vaudrait donc brevet de bonne conduite « républicaine » pour ce service public censé être au service de la nation. Pauvre Marianne qui, à force de se voir embrigadée de force par tel ou telle, doit aujourd’hui peiner à s’asseoir, à force d’avoir mal au fion.

    Rachida Dati ou la « diversité » à géométrie variable…

    Après la lecture des Évangiles, le sermon, publié dans Le Monde, quatre jours plus tard, dans un éditorial anonyme. Et là, il y en a pour tout le monde. Rachida Dati, ministre de la Culture (jusqu’à quand ?) : « En multipliant les propos dévalorisants, la ministre de tutelle de l’audiovisuel préfère se joindre à la curée au lieu de défendre et de mettre en avant ses réussites, comme les audiences record de Radio France». Hormis les relents nauséabonds de misogynie et de marocanophobie, on ajoutera que ce n’est pas parce qu’une émission cartonne qu’elle est forcément bonne. Autrement, Cyril Hanouna serait à la place d’une Léa Salamé, la nouvelle speakerine de France 2, et Christine Kelly à celle de Delphine Ernotte.

    Et la même tribune d’en appeler ensuite aux mannes géopolitiques : « Trop de précédents étrangers disent ce que peut recouvrir une attaque en règle contre un service public de l’information par un courant politique sous le couvert de la lutte pour la liberté d’expression : un démantèlement suivi par la mise en place d’une parole monolithique. En France, la transformation des médias privés rachetés par Vincent Bolloré, traduite par la purge de leurs rédactions, a d’ailleurs suivi ce modèle».  Si France Inter se retrouve prise dans son propre piège, c’est donc à la faute de Cnews. La dialectique est un peu courte, madame.

    Quand France Inter n’était ni de gauche et ni de droite…

    Ou de l’art de peindre des diables sur les murs pour ensuite faire mine d’y croire, comme si la parole de Radio France n’était-elle pas, elle aussi, de longue date « monolithique ». Ce qui ne fut d’ailleurs pas toujours le cas, il convient de le noter. Ainsi, au siècle dernier, sur France Inter, un certain Jean-François Chiappe, époux de Marina Grey, fille du général Denikine, chef de la contre-révolution russe ayant manqué de peu de battre l’Armée rouge, fut l’un des principaux animateurs des émissions historiques diffusées par le service public. Dans le même temps, il assurait la formation politiques des militants du Front national d’alors. Et personne n’y trouvait rien à y redire, même ses homologues communistes ayant également leurs ronds de serviette dans ce qui s’appelait alors l’ORTF, avant qu’un Valéry Giscard d’Estaing ne vienne y mettre mauvais ordre en procédant à son démantèlement.

    Dans le même registre, et cela devrait faire honte à Delphine Ernotte, il n’est pas si lointain, le temps où un Michel Polac, avec son émission Droit de réponse, diffusé sur un TF1 pas encore privatisé par la droite chiraquienne, invitait indifféremment Claude Cabanes, de L’Humanité, Dominique Jamet du Quotidien de Paris, Jean Bourdier de Minute, et même des ludions incontrôlables tels que Jean-François Kahn, directeur des Nouvelles littéraires.

    La privatisation, nouvelle paupérisation…

    Et c’est quand TF1 fut racheté par le groupe de BTP Bouygues que ce bel éclectisme prend fin. Dans un registre similaire, et à l’époque où la télévision était tenue par l’État, les amateurs de musique y trouvaient leur compte. Pour ceux de l’opéra, il y avait Ève Rugierri. Ceux de rock pouvaient regarder Chorus, d’Antoine de Caunes ou Les Enfants du rock, de Pierre Lescure avec Jean-Pierre Dionnet et Philippe Manœuvre, tandis que ceux de chansons françaises à l’ancienne, pouvaient trouver leur miel avec La France aux chansons, de Pascal Sevran. Aujourd’hui ? Plus rien, si ce n’est du rap partout et de la chanson de qualité frelatée, façon Laurent Delahousse déroulant le tapis rouge devant une Juliette Armanet.

    Comme quoi la privatisation n’est pas forcément la solution à tout. De cette dernière, il est actuellement beaucoup question, le groupe Bolloré en ayant fait l’un de ses étendards. Mais ces positions sont-elles aussi caricaturales qu’on le dit ? Rien n’est moins sûr, un Pascal Praud se montrant bien souvent nostalgique de l’ORTF à papa. Certes, le Moloch public nous coûte « un pognon de dingues », comme dirait « l’Autre ». 4 milliards d’euros par an, ce n’est pas rien. 665 millions d’euros pour Radio France, c’est plus que l’ensemble du budget de toutes les radios privées réunies. 14 chaînes de télévision, c’en est au moins quelques-unes de trop, à l’instar de leurs 59 stations de radio. Ainsi, les partisans de la privatisation du service public ne sont pas sans arguments. Bref, il conviendrait peut-être de « dégraisser le mammouth », tel que jadis préconisé par Claude Allègre, ministre de l’Éducation de Lionel Jospin.

    Ce qu’en dit Marine Le Pen…

    Ainsi, Marine Le Pen, interrogée par Le Journal du dimanche du 21 septembre, ne semble pas tomber du cocotier vis-à-vis de la polémique en cours : « Non, je ne suis pas surprise. C’est un secret de Polichinelle que madame Ernotte est une militante très marquée à gauche. Mais là, elle franchit un cap supplémentaire. Elle n’est absolument pas dans son rôle. Et ce type de type de sortie devrait conduire à son départ. Parce qu’il ne revient pas à la présidente de France Télévision de distribuer des brevets d’honorabilité aux chaînes privées». Quant à l’éventuelle privatisation de ce qui fut naguère un joyau français, cette réponse : « Nous proposons une privatisation quasi-totale, avec quelques exceptions : garder une voix pour l’international, un canal d’urgence pour les crises et le lien avec l’Outre-mer».

    Est-ce la bonne solution ? Pas forcément, sachant qu’au lieu de réformer en profondeur l’institution en question (tâche éventuellement impossible, tant les syndicats y dictent leur loi), une Marine Le Pen entend, sans lui faire un procès d’intention, peu ou prou la brader. Mais à qui ? Des fonds d’investissement étrangers ? Des multinationales n’ayant que faire de nos contingences nationales ou de ce qui en demeure ? Vaste question, la logique de ceux qui font la politique n’étant pas toujours celle de ceux qui la commentent.

    Nicolas Gauthier (Site de la revue Éléments, 23 septembre 2025)

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  • Pourquoi le système ne laissera jamais la droite prendre le contrôle...

    Vous pouvez découvrir ci-dessous la chronique de David Engels sur Ligne droite, la matinale de Radio Courtoisie, datée du 4 avril 2025 et consacrée à l'éviction judiciaire de Marine Le Pen de l'élection présidentielle...

    Historien, essayiste, enseignant chercheur à l'Instytut Zachodni à Poznan, à l'Institut Catholique de Vendée ainsi qu'au Mathias Corvinus Collegium de Bruxelles, David Engels est l'auteur de trois essais traduits en français, Le Déclin - La crise de l'Union européenne et la chute de la République romaine (Toucan, 2013), Que faire ? - Vivre avec le déclin de l'Europe (La Nouvelle Librairie, 2024) et, dernièrement, Défendre l'Europe civilisationnelle - Petit traité d'hespérialisme (Salvator, 2024). Il a  également dirigé deux ouvrages collectifs, Renovatio Europae - Plaidoyer pour un renouveau hespérialiste de l'Europe (Cerf, 2020) et Aurë entuluva! (Renovamen-Verlag, 2023), en allemand, consacré à l’œuvre de Tolkien.

     

     

                                              

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