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25/03/2018

Feu sur la désinformation... (178)

Vous pouvez découvrir ci-dessous un nouveau numéro de l'émission I-Média sur TV libertés, consacrée au décryptage des médias et dirigée par Jean-Yves Le Gallou, président de la fondation Polémia, avec le concours d'Hervé Grandchamp.

Au sommaire :

  • 1 : Telford : l’horreur passée sous silence
    Le quotidien anglais Daily Mirror révèle « Le plus grand scandale de viols collectifs sur mineurs de l’histoire du Royaume Unis »; pendant des décennie jusqu’à 1000 jeunes filles auraient été violées. En France le scandale est passé sous silence par peur du « racisme » .
  • 2 : Le Zapping d’I-Média 
    Le Média AJ+ dénonce le racisme de la police et dénonce des contrôles de police « au faciès ». Les immigrés seraient davantage contrôlés par la police que les non immigrés. Mais c’est oublier qu’il y a davantage de délinquance dans les quartiers de l’immigration que dans les autres quartiers. Contrôler une vieille dame présente peu d’intérêt, la probabilité qu’elle soit délinquante étant très faible!

  • 3 : La Basilique Saint Denis : simple occupation ou profanation ?
    Dimanche 18 mars des clandestins manifestent dans l’enceinte de la basilique Saint Denis. Marine Le Pen évoque une « profanation », les décodeurs du monde crient à l’Intox. C’est le coup de l’arroseur arrosé. 
  • 4 : Les tweets de la semaine
    L’AFP, reine des bobards, certifiera t’elle demain les informations ? Emmanuel Macron a suggéré le 20 mars, que l'AFP "joue un rôle central" dans la certification des informations, pour combattre les fausses nouvelles. L’AFP qui ressemble de plus en plus à l’agence TASS, l’agence officielle du gouvernement soviétique. 
  • 5 : Poutine démocrate ou pas ?
    Élection présidentielle en Russie tout est bon pour disqualifier le président Poutine : longévité de son mandat, bourrage d’urnes. Pour les médias la Russie est dirigée par un « dictateur ». La réalité est autre : les libéraux soutenus par l’occident sont à 2% !

 

                                   

18/03/2018

Feu sur la désinformation... (177)

Vous pouvez découvrir ci-dessous un nouveau numéro de l'émission I-Média sur TV libertés, consacrée au décryptage des médias et dirigée par Jean-Yves Le Gallou, président de la fondation Polémia, avec le concours d'Hervé Grandchamp.

Au sommaire :

  • 1 : FN : La diabolisation qui colle à la peau
    10-11 mars, congrès du Front National à Lille. Pour les journalistes tout est bon pour diaboliser le parti dirigé par Marine Le Pen : l’AFP diffuse une photo de l’invité d’honneur, Steeve Banon, le bras levé, quant au nouveau nom « rassemblement national » il ferait référence à la collaboration !
  • 2 : Le Zapping d’I-Média 
    Discrimination partout pour le média internet AJ+. Le média qatari pointe du doigt le mouvement « féministe mainstream ». Il serait trop ethnocentré. Il chercherait à mettre les femmes blanches et de classes moyennes au même niveau que les hommes blancs de classes moyennes et supérieure. Ce féminisme exclurait les « femmes de couleurs, les femmes pauvres et les femmes de la communauté LGBT ».

  • 3 : National Geographic carpette « anti-raciste ».
    Le mensuel National Geographic revisite son histoire à la lumière des nouvelles normes sur les races . « Pendant des décennies nos reporters étaient racistes ». Un mea-culpa encensé par la presse mondiale. 
  • 4 : Les tweets de la semaine
    Laurence Haïm a tout faux! L’ancienne correspondante d’I-télé à Washington, et ancienne conseillère de la communication d’Emmanuel Macron, a réussi en un tweet à faire un triple bobard. Le 11 mars, l’ancienne journaliste a tweeté une photo présentée comme récente, d’un enfant de 4 ans perdu dans le désert entre la Syrie et la Jordanie. Laurence Haim affirme dans le tweet que la mère et la sœur de l’enfant ont été tués en Syrie. Mais la photo a été publié en 2014. L’enfant a retrouvé sa mère après quelques minutes et il n’est pas seul, perdu dans le désert, mais au milieu d’une foule. 
  • 5 : Yann Mhoax sacré « bobardeur d’or »
    Lundi 12 mars avait lieu la 9ème cérémonie des bobards d’or. Il est temps de faire connaître les grands vainqueurs de cette cérémonie.

 

                                       

15/03/2018

Union des droites ou droite plurielle ?...

Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Gabriel Robin, cueilli sur le site du magazine L'Incorrect et consacré à la question de l'union des droites...

 

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Union des droites ou droite plurielle ?

On l’oublie souvent, mais l’« union des droites » a existé dans la vie politique française, au moins durant les deux premières décennies de la Troisième République. C’est à l’aune de cette donne historique que l’on doit envisager quelle forme pourrait revêtir aujourd’hui l’union des droites.

Les alliances entre factions politiques à la fin du Second Empire, comme au début de la Troisième République, sont difficiles à appréhender. Les différents groupes composant la droite née des suites de la proclamation de la Troisième République, donc du traumatisme de la guerre franco-prussienne de 1870, s’ils avaient de grandes divergences, partageaient une même défiance à l’égard du retour à la forme républicaine des institutions de la nation française, sorte de miroir inversé du gouvernement d’Emile Ollivier qui avait précédé la chute du Second Empire.

Légitimistes, orléanistes et bonapartistes autoritaires nourrissaient tous le secret espoir d’abattre la gauche, alors unanimement républicaine, s’inspirant peut-être de la relation qui unit Jean-de-Dieu Soult, héros de la bataille d’Austerlitz, à Louis-Philippe durant la monarchie de Juillet. Un ressentiment qui culmina sous une forme paradoxale, baroque, sinon grotesque : le boulangisme. Suicidé sur la tombe de sa maîtresse, le Général Boulanger sut auparavant réunir autour de sa personne des républicains de gauche, mais aussi des nostalgiques de la monarchie et de fervents bonapartistes, qui financèrent cette drôle et pathétique épopée du XIXème siècle français finissant.  Ainsi s’achevait « l’union des droites » en France. La tentation d’en finir avec la République n’était pas morte, loin s’en faut, surtout dans les cercles royalistes qui ont longtemps cru pouvoir y parvenir, notamment sous l’impulsion de l’Action Française de Charles Maurras. Hasard de l’histoire, les maurrassiens empruntèrent à Paul de Cassagnac, député bonapartiste jusqu’au-boutiste, l’expression « La Gueuse » pour désigner la République.

Ressusciter l’idée d’« union des droites » implique donc d’en mesurer la portée historique et politique. Il ne s’agit pas d’un concept anodin, mais bien de l’affirmation d’une volonté d’union de sensibilités extrêmement diverses face à un ennemi commun, un régime honni. Autour de quel programme (ou quelle détestation commune, ce qui serait plus précis en l’espèce) ? Avec quels hommes ? Tant de questions presque insolubles qui font du projet d’union des droites une hypothèse peu vraisemblable à l’heure où j’écris ces lignes. Auteur de La guerre à droite aura bien lieu – Le mouvement dextrogyre, Guillaume Bernard a bien tenté de tracer à grands traits ce que pourrait être l’union des droites au XXIème siècle : « L’unité de la droite ne viendra pas de la connivence des « chefs » mais de l’aspiration du peuple de droite à l’adoption d’une plateforme commune. Si les chefs ne suivent pas, la base n’aura pas d’autre solution que de se passer d’eux ».

Passons sur le fait que Guillaume Bernard se débarrasse un peu trop facilement des difficultés politiciennes, pour nous attarder sur le consensus politique qu’il entend construire. L’essayiste dégage cinq points, à ses yeux essentiels d’une vision politique de droite authentique : la défense de l’identité et du patrimoine hérité ; la restauration de l’autorité de l’Etat ; la promotion de la souveraineté nationale ; la «subsidiarité » censée garantir les libertés, notamment économiques ; et, le maintien d’une « conception traditionnelle » en matière de mœurs et de bioéthique. Ces principes pourraient-ils donc servir de programme commun d’une « union des droites » contemporaine ? Possible sur le fond. Au moins pour une partie de la sociologie de l’électorat de droite, plus engagée et généralement plus militante.

Mais n’y-a-t-il pas là aussi l’expression d’une forme d’idéal platonicien, que la réalité contredit le plus souvent ? Imagine-t-on le « peuple de droite », si l’on admet qu’il existe, se réunir spontanément autour d’une personnalité providentielle venue le guider vers la victoire ? Plus surréaliste encore, en créant ex-nihilo une plate-forme de démocratie directe et participative, totalement horizontale ?

Les difficultés pratiques sont réelles, sans compter que les principes ne sont pas un programme. Si le diable se cache dans les détails, cela n’est sûrement pas sans raison. Quid de la partie sur la souveraineté nationale, infiniment complexe ? Quid de la formule indiquant que le programme commun de la droite devrait défendre une « conception traditionnelle » en matière de mœurs et de bioéthique ? Il n’est pas difficile de percevoir les premières difficultés auxquelles feraient face les promoteurs actuels de l’union des droites, si d’aventure ils cherchaient à bâtir un outil agglomérant les différents courants d’un camp dont l’identité politique commune de ses partisans se réduit parfois au fait qu’ils ne soient pas de gauche !

Interrogée par Laurent Delahousse, Marine Le Pen se déclarait ouverte aux alliances, sans toutefois aller jusqu’à se définir comme étant elle-même de droite : « Je souhaite défendre la nation avec tous ceux qui sont prêts à le faire ». Seul parti de gauche partageant des vues similaires à celles de Marine Le Pen sur la question européenne, La France Insoumise ne se rapprochera jamais, de près comme de loin, d’une formation qui ne serait pas véritablement de gauche, c’est-à-dire dotée d’un axe idéologique l’orientant prioritairement vers la lutte contre les inégalités, cœur de combat du marxisme et de ses dérivés. Alors qui ? La droite, pardi ! Nicolas Dupont-Aignan ? En dépit des pudeurs de gazelle qu’il affiche, il a déjà franchi le pas et pourrait recommencer. Problème, il ne pèse pas suffisamment pour créer une majorité. Il n’y a donc qu’une solution en magasin : Les Républicains. La lucidité m’oblige à penser que l’éventualité est très peu probable en l’état.

L’étude des votes du premier tour de l’élection présidentielle avait montré que les électorats de François Fillon et de Marine Le Pen plaçaient les mêmes sujets en tête de leurs priorités respectives, hors la lutte contre les déficits et la dette publique. À l’image de l’Italie ou de l’Autriche, les électeurs de droite s’accordent au moins sur un sujet : la lutte contre l’immigration. La coalition de centre-droit italienne, qui a échoué de peu à former une majorité, dénonçait ainsi la gestion de la crise des « migrants » par le parti démocrate europhile de Matteo Renzi.

Laurent Wauquiez pourrait vouloir profiter de la relative faiblesse de Marine Le Pen dans les derniers sondages, en chute dans tous les indicateurs testés dans le sondage Kantar Sofres-One Point pour Le Monde, pour encore durcir sa proposition et se présenter en champion de la « droite vraiment de droite ». Ce désamour est certainement en trompe l’œil, Marine Le Pen bénéficiant toujours d’un monopole de fait dans le créneau du nationalisme à la française. L’« union des droites » ? Les cadres des Républicains n’en veulent d’ailleurs pas dans leur grande majorité, y compris aux élections locales. Il faut bien dire que les institutions de la Vème République ne s’y prêtent pas, favorisant le fait majoritaire au détriment des alliances faites de compromis.

Ajoutons à cela que les sympathisants des Républicains, contrairement à ceux du Front national, majoritairement favorables à des accords, ne sont pas non plus très séduits, n’étant que 11 % à déclarer vouloir traiter le «Front national comme un allié en passant avec lui une alliance électorale globale » et 32 % à se montrer favorables à l’idée de « faire des alliances » ponctuelles avec le Front national en fonction des circonstances, toujours selon le sondage Kantar Sofres-One Point. Une telle reconfiguration pourrait, en outre, dépouiller la droite de gouvernement de l’intégralité du centre, déjà largement aspiré par Emmanuel Macron.

Si la « bataille des idées » n’a pas été remportée par la droite – encore faudrait-il s’assurer qu’elle l’eût un jour véritablement livrée -, les constats qu’elle dresse sont désormais mainstreams. Éric Zemmour le disait dans nos colonnes : « Mon constat et mon diagnostic sont désormais la norme ! Ce que je disais il y a quelques années est devenu banal. Tout le monde le pense ».  Même Ariane Chemin. Je ne donnerais pas d’autres noms pour ne vexer personne. L’Union des droites serait-elle donc la traduction d’un impensé français ? Soit la réunion d’une majorité protéiforme : celle qui dit que le réel a eu lieu ?  Malheureusement, cette majorité de l’opinion publique n’a pas de traduction politique efficiente. En aura-t-elle une demain ? Rien n’est moins sûr.

Céder au désespoir, se lamenter face à la fatalité serait pourtant une « sottise absolue ». La droite, prise dans son sens le plus large, doit être modeste. La solution révolutionnaire ou le coup de force lui sont hors de portée.  Une première option pourrait donc consister à privilégier l’émergence d’une droite plurielle à la romantique et nébuleuse union des droites. L’idée de droite plurielle pourrait servir à former des coalitions aptes à gouverner, ses membres s’accordant pour remplir un minimum d’objectifs le plus efficacement possible, sans s’étouffer et faire de trop grandes concessions. En somme, il s’agirait du retour de Richelieu, pour qui la politique était l’art de rendre possible ce qui est nécessaire.

Seconde option offerte à la droite dite « authentique », plus étonnante : se résoudre à rester dans l’opposition un bon moment, en l’envisageant de manière productive. Dans des sociétés connectées, surinformées, l’opinion peut jouer un rôle de moteur historique en influençant les décisions prises par le gouvernement et en aidant les communautés de pensée à s’organiser en lobbys. Il ne s’agit pas à proprement parler de « métapolitique », mais de para-politique. Vaste sujet…

Gabriel Robin (L'Incorrect, 12 mars 2018)

11/10/2017

Catalogne, Front National, Corée... L'actualité vue par Alain de Benoist !

Nous reproduisons ci-dessous un entretien donné par Alain de Benoist à Breizh info et consacré à un tour d'horizon de l'actualité du moment, à commencer par le référendum sur l'indépendance de la Catalogne... Philosophe et essayiste, éditorialiste du magazine Éléments, Alain de Benoist dirige les revues Nouvelle Ecole et Krisis et anime l'émission Les idées à l'endroit sur TV Libertés. Il a récemment publié Le moment populiste (Pierre-Guillaume de Roux, 2017) ainsi qu'un recueil d'articles intitulé Ce que penser veut dire (Rocher, 2017) et une étude sur L'écriture runique et les origines de l'écriture (Yoran, 2017).

 

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Catalogne. Alain de Benoist : « Et si l’on laissait les Catalans décider par eux-mêmes ? »

Breizh-info.com : Quel est votre point de vue sur le référendum en Catalogne ? Le pouvoir espagnol n’a-t-il pas fait une énorme erreur en refusant l’organisation d’une consultation qui aurait pu tourner en sa faveur s’il n’y avait pas eu ces violences et cette répression ?

Alain de Benoist : Concernant ce qui se passe actuellement en Catalogne, je vois mes amis attachés à une unité « indivisible » des grandes nations historiques s’opposer à mes amis favorables à l’Europe des régions, les uns et les autres réagissant de façon passionnée. « Jacobinisme » contre « balkanisation » ! Du même coup resurgissent les arguments classiques et les questions habituelles : Les Catalans ont-ils le droit d’être indépendants ? Est-il même de leur intérêt de le devenir ? En ont-ils les moyens ? Pourquoi ne se contentent-ils pas d’une autonomie dont ils ont joui au moins jusqu’en 2010 (et dont les peuples minoritaires de France peuvent seulement rêver) ? Les « sécessionnistes » sont-ils des « patriotes », les « terroristes » des « résistants » ? La crise va-t-elle dégénérer en guerre civile ? Chacun a ses raisons, et ce sont en général de bonnes raisons. Le problème, c’est que ces raisons sont inconciliables.

Je crois, pour commencer, qu’il faudrait sortir un peu de la véhémence et s’obliger à la réflexion.

La réflexion pourrait porter sur l’évolution actuelle de l’État-nation, dont on sait bien qu’il est en crise au moins depuis les années 1930. Quelles sont les raisons de cette crise ? Elle pourrait aussi concerner des cas qu’on met souvent en parallèle, alors que le parallèle ne va pas toujours très loin : le « Québec libre » et l’indépendance du Kosovo, le référendum catalan et le référendum pour la création d’un État kurde, le cas de la Padanie, le sort des Bretons, des Corses, des Flamands, des Basques, des Écossais et des Gallois, des Kabyles et des habitants des îles Feroë, des Tibétains et des Inuits, pour ne rien dire des minorités d’Europe centrale et orientale.

On pourrait encore évoquer la guerre de Sécession, la dislocation de la Yougoslavie, le vote qui a permis à la Crimée de réintégrer la Russie, et aussi les conditions dans lesquelles les départements français d’Algérie ont cessé de l’être. Tous ces cas ont quelque chose de commun, mais on voit bien aussi qu’ils sont tous différents.

On pourrait enfin s’interroger sur le sens que peut encore avoir le mot d’« indépendance » à l’époque de la globalisation. Un « grand » pays comme la France a déjà perdu son indépendance dans bien des domaines. Comment un « petit » État pourrait-il s’en sortir mieux ?

Personnellement, je suis par ailleurs assez gêné par la dimension économique sous-jacente à certaines formes d’indépendantisme : les régions riches veulent souvent faire sécession parce qu’elles se refusent à continuer d’« assister » les régions pauvres (de la Sicile à l’Andalousie). N’oublions pas que la Catalogne représente à elle seule 20 % du PIB espagnol. Il y a là un réflexe égoïste que je condamne totalement, car il est foncièrement impolitique.

Cela étant dit, il est clair qu’il existe une identité catalane spécifique et qu’un nombre très important de Catalans, sans doute une majorité, aspirent aujourd’hui à l’indépendance. Il est tout aussi évident que l’indépendantisme catalan sort pour l’instant renforcé de l’épreuve de force, tandis qu’en en faisant trop ou trop peu le triste Mariano Rajoy, à qui Emmanuel Macron a cru bon d’apporter son soutien, sort discrédité d’une crise dans laquelle il n’a fait la preuve que de sa maladresse, de son indécision et de sa médiocrité. Le 1er octobre, le quotidien El País disait ironiquement que Rajoy mériterait de recevoir la Croix de Saint Jordi (la plus haute décoration catalane), car nul n’a plus fait que lui pour convertir les Catalans à l’indépendantisme…

Rejeter les résultats du référendum au motif qu’il était « illégal » est une grave erreur. Dans ce genre d’affaires, ce n’est pas la légalité qui compte, mais la légitimité (celle-ci pouvant évidemment s’apprécier de divers points de vue). Les Sudistes s’étaient fort peu soucié de légalité quand ils décidèrent de faire sécession de l’Union, et les héros irlandais de Pâques 1916 n’ont pas eu besoin non plus d’autorisation légale pour prendre les armes. Mais on pourrait dire la même chose de l’immense majorité des grands événements qui dans le passé ont décidé du sort des peuples. Dans le cas de la « situation d’exception », au sens schmittien du terme, la légalité n’indique strictement rien.

La légitimité est liée à la souveraineté populaire qui, lorsqu’elle s’en distingue, prime à mon avis sur la souveraineté nationale. C’est le peuple, en tant que force constituante, qui est la source de la légitimité. Or, il y a un peuple catalan, tout comme il y a un peuple écossais, un peuple québécois, un peuple corse, un peuple breton, etc. Pendant des siècles, ce peuple s’est trouvé associé à l’histoire de la nation espagnole, soit qu’il y ait consenti, soit qu’on l’y ait forcé. Aujourd’hui, apparemment, il veut mettre un terme à cette association. Qu’on s’en félicite ou qu’on s’en indigne, cela ne change rien à l’affaire. Il faut en prendre acte. Les orientations actuelles du gouvernement catalan, qui sont à mon avis détestables à bien des égards, n’y changent rien non plus.

Le peuple, à la fois en tant qu’ethnos et en tant que démos, en tant que peuple « en soi » et que peuple « pour soi », en tant que peuple hérité ou que peuple à construire (mais comme les individus, un peuple ne se construit jamais à partir de rien), doit en démocratie être considéré comme souverain. Il doit être libre de décider le plus possible par lui-même et pour lui-même. Dire qu’un peuple n’a pas le droit de décider de sa patrie est une contradiction dans les termes : c’est même la première chose sur laquelle il doit pouvoir décider. On ne maintient pas de force au sein d’un pays dans lequel, à tort ou à raison, il ne se reconnaît plus, un peuple qui veut s’instaurer en État.

Pour répondre à votre question, je ne suis ni hostile ni favorable à l’indépendance de la Catalogne. Je pense que c’est aux Catalans d’en décider.

Breizh-info.com : Parlons un peu de la situation française. Qu’avez-vous pensé du discours « tout neuf » de Marine Le Pen à Poitiers dans lequel elle cite notamment Homère et Charlemagne ? Ce changement de cap n’est-il pas surprenant ?

Alain de Benoist : Prenons d’abord un peu de recul. Nous avons assisté cette année à un séisme qui a entraîné une décomposition totale du paysage politique. Le fait essentiel, à mon avis, est que pour la première fois dans l’histoire de la Ve République, les finalistes du second tour de la présidentielle ne se reconnaissaient ni l’un ni l’autre dans le clivage gauche-droite. Les deux partis qui étaient les vecteurs majeurs de ce clivage, ont pris une raclée historique : le PS est à l’agonie, les Républicains sont en ruines (vous aurez aussi remarqué qu’il y a un mot qui ne sort plus de la bouche de Jean-Luc Mélenchon : c’est le mot « gauche »). On assiste ainsi à l’accélération du processus que j’avais anticipé dans mon livre intitulé Le moment populiste. Droite/gauche, c’est fini ! (Pierre-Guillaume de Roux, 2017). Un système politique s’est effacé, un autre système est à naître. La recomposition va prendre plusieurs années.

Le FN n’échappera pas à cette recomposition. En se séparant de Florian Philippot, qui cristallisait sur son nom toutes sortes de critiques (portant sur son caractère peut-être plus encore que sur ses idées), Marine Le Pen a perdu à la fois son bras droit et son paratonnerre. J’étais pour ma part totalement hostile au jacobinisme, au laïcisme et à l’hostilité de principe à l’Europe de Philippot. J’approuvais en revanche son positionnement politique, et si j’avais eu un reproche à lui faire dans le domaine économique et social, ç’aurait plutôt été de le trouver beaucoup trop timide en matière de lutte contre le capitalisme !

On ne change pas de cap en citant des noms de célébrités et, malgré leurs immenses mérites, ni Homère ni Charlemagne ne vont nous dire quel système social et politique il faut instaurer ! Pour le dire autrement, je ne crois guère à une modification en profondeur de la « ligne » du Front national.

On assistera surtout à des inflexions cosmétiques (on parlera moins de l’euro et plus de l’immigration). Cela dit, le vrai problème du Front national ne tient sans doute pas à une question de personnes ni à une question de programme. Il tient plutôt au fait qu’il apparaît déjà lui aussi comme un « parti d’avant », un parti d’avant la grande transformation en cours. C’est pourquoi je ne suis guère optimiste sur son avenir.

On a tort de raisonner en termes d’appareils politiques à un moment où tout montre que les appareils politiques ne séduisent plus personne. On aurait plutôt besoin d’une clarification doctrinale, mais personne ne semble avoir le désir ni surtout les capacités de l’engager. Ceux qui à droite critiquent Macron, par exemple, ne se cachent pas d’approuver son abominable loi Travail : c’est celle qu’ils auraient aimé voir mise en œuvre par François Fillon. Les médias disent en ce moment que la preuve que la politique fiscale de Macron est de droite, c’est qu’elle « favorise les plus riches ». Si la droite voulait exister, c’est cette équivalence qu’il faudrait commencer par briser. Tant que la droite, ce sera la soupe servie aux riches et aux puissants, ce sera sans moi !

Breizh-info.com : Que vous inspirent les échanges de plus en plus fermes entre la Corée du Nord et les États-Unis ? Quelles sont selon vous les réelles raisons de cette escalade ?

Alain de Benoist : L’escalade en question s’est surtout traduite, jusqu’à présent, par des déclarations incandescentes, des mouvements de troupes, des gesticulations, des rodomontades et des insultes. On oublie du même coup qu’en cherchant à se doter d’un armement nucléaire, la Corée du Nord – pays pour lequel je n’ai bien entendu aucune sympathie particulière – ne fait jamais rien d’autre que ce que les États-Unis, la Russie, la France, Israël et bien d’autres pays ont fait avant elle. Pourquoi seuls certains pays en auraient-ils le droit ?

Ceux qui parlent des « menaces nord-coréennes » (mais jamais des menaces étatsuniennes) oublient aussi que l’arme atomique est avant tout une arme de dissuasion. Pour Kim Jong-un, une telle arme n’est rien d’autre qu’une façon de se prémunir contre une intervention extérieure dirigée contre lui. On comprend que cela gêne ceux qui aimeraient l’éliminer, comme ils ont éliminé Saddam Hussein ou Kadhafi. Un pays doté d’un armement nucléaire n’attaquera jamais un pays qui en possède lui-même, car il sait que son offensive serait immédiatement suivie d’une riposte qui le vitrifierait à son tour. Dans chaque région du monde, ce n’est en fait pas tant la prolifération nucléaire qui est dangereuse, mais le monopole. C’est pourquoi la meilleure manière de rendre inoffensive l’arme nucléaire nord-coréenne serait sans doute d’aider la Corée du Sud et le Japon à l’acquérir aussi !

Trump et Kim Jong-un sont peut-être cinglés, mais ils ne sont pas fous (du moins on l’espère). Pour rester dans le style bouffon, on pourrait leur suggérer de faire s’affronter leurs coiffeurs respectifs !

Breizh-info.com : En ce mois d’octobre, quels sont les livres qui, depuis la rentrée littéraire et politique de septembre, vous ont tapé dans l’œil ?

Alain de Benoist : D’une façon générale, je n’aime pas trop le tape-à-l’œil ! Je conseille la réédition, chez Pierre-Guillaume de Roux, du Romantisme fasciste de Paul Sérant, enrichie d’une excellente préface d’Olivier Dard, et du Terre et Mer de Carl Schmitt, que j’ai préfacé moi-même.

Sur le plan littéraire, Le cénotaphe de Newton, de Dominique Pagnier (Gallimard), et L’homme surnuméraire, de Patrice Jean (Rue Fromentin), sont deux romans superbes. Pour le reste, à part les polars, je ne lis en ce moment que des traités de théologie sur le péché originel, pour un travail en cours.

Alain de Benoist, propos recueillis par Yann Vallerie (Breizh info, 7 octobre 2017)

06/06/2017

Rélexions après la défaite...

 Nous reproduisons ci-dessous un point de vue Javier Portella, cueilli sur Polémia, dans lequel il analyse les raisons de l'échec du mouvement national et de sa stratégie populiste de conquête du pouvoir...

Javier Portella est l'auteur d'un essai remarquable intitulé Les esclaves heureux de la liberté (David Reinarch, 2012).

 

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Réflexions après la défaite

Que se passerait-il si jamais, d’aventure, on gagnait les élections ? Posons-nous la question maintenant qu’on vient de les perdre. Et on vient de les perdre lorsque, pour la première fois depuis des décennies, un germe d’espoir, un embryon de changement – et changement profond, radical : non pas un simple ravalement de façade – avait vu le jour en Europe. Dans trois pays et à trois reprises consécutives – l’Autriche, les Pays-Bas et, la plus retentissante, la France – il semblait que des partis alternatifs avaient de grandes chances de remporter la victoire. Aucun ne l’a fait. Davantage, les résultats de Marine Le Pen ont été, surtout après son calamiteux débat télévisé, inférieurs à ce qu’on entend par une défaite honorable.

Et pourtant, jamais l’ambiance culturelle, intellectuelle, n’a été aussi favorable aux idées politiquement incorrectes, rebelles, iconoclastes : en rupture avec le Système. L’ambiance culturelle, spirituelle, certes… Mais, et l’ambiance sociale ? Brisant l’hégémonie exercée pendant des décennies par le marxisme et remplissant le vide laissé par une pensée de droite tout simplement inexistante, de grandes figures des lettres et de la pensée sont apparues qui tiennent le haut du pavé : les Houellebecq, Zemmour, Finkielkraut, Onfray… dont les livres se vendent par des centaines de milliers d’exemplaires et auxquels on peut désormais joindre un Alain de Benoist de moins en moins démonisé. En même temps, et grâce à Internet, tout un large réseau de médias alternatifs – la « réinfosphère », appelée par ses adversaires la « fachosphère » – accomplit la grande tâche de réinformer en brisant le monopole exercé par les médias au service du Système.

Face à une telle situation, comment ne pas exulter, ne pas jubiler ? Notre joie était, et elle demeure, toujours légitime ; mais si les choses sont envisagées à court terme, elle est trompeuse aussi. Pour importante que soit la réinfosphère, elle est comme une goutte d’eau perdue dans l’océan des médias éléphantesques que nous subissons. Et en ce qui concerne la pensée exprimée par des intellectuels talentueux et pleins de succès, c’est évidemment de pensée, d’idées, qu’il s’agit : quelque chose qui est on ne peut plus éloigné des inquiétudes de l’électeur moyen – celui dont l’addition ouvre les portes du pouvoir.

Cela étant, comment envisager sérieusement que cette addition puisse atteindre, ne serait-ce qu’une fois, les 50,1% des voix qui mènent au paradis (ou à l’enfer) du pouvoir ?

La chose semble impossible, ce qui est d’ailleurs tout à fait logique : le seul sens de la démocratie est de régler l’accession au pouvoir des forces qui, partageant la vision libérale du monde, configurent le Système. Ni la démocratie ni aucun autre Système n’ont pour mission de faciliter l’accession au pouvoir à ceux qui prônent une vision radicalement différente de celle qui façonne le monde.

Or, ce n’est pas là ce que disent la doctrine, la loi et la propagande libérales. Elles disent même tout le contraire. D’un point de vue légal, affirment-elles, et elles ont raison, aucune alternative, aucun projet n’est supérieur aux autres. Le manteau du droit les enveloppe tous de la même façon. Rien, dès lors, n’empêche que des opposants au Système parviennent un jour à obtenir ce 50,1% des voix qui mène au pouvoir. D’un point de vue légal, en effet… Mais la loi c’est la loi, et la réalité, la crue réalité. Si l’on s’en tient à cette dernière et au pouvoir de ceux qui y sont aux commandes, il est clair qu’une telle possibilité semble invraisemblable. Supposons, toutefois, qu’elle ne le soit pas. Supposons qu’au moins à une occasion le miracle s’accomplisse. Que passerait-il une fois que les rebelles auraient atteint le pouvoir ?

Le deep State

Il se passerait… cela même qui est en train de se passer aujourd’hui aux Etats-Unis – et se serait passé en France si Marine Le Pen avait remporté les élections. Il se passerait que les rebelles parvenus au pouvoir se trouveraient dans l’impossibilité de l’exercer. Comme cela est en train d’arriver à ce curieux milliardaire qu’est Donald Trump. Sa rébellion n’est, bien entendu, que fort partielle : grand capitaliste, l’homme applique et défend… le capitalisme, en même temps qu’il s’en prend aux idéologies (féminisme, idéologie de genre, multiculturalisme migratoire…) dont le Système se drape aujourd’hui, tout en combattant la mondialisation économique et culturelle que celui-ci met en œuvre. Pour ce faire, Trump prend des mesures qui sont jour après jour boycottées par l’appareil de l’Etat (auquel se joignent les pouvoirs financier et médiatique). Il se heurte de la sorte à tout ce deep State qui finira, soit par chasser Trump avec un impeachement, soit par réussir que ce soit lui-même qui, s’accrochant tel un naufragé à son radeau, dénature ou cesse d’appliquer les politiques pour lesquelles il a été élu.

Quelle naïveté !… Comment peut-on croire qu’il en aille autrement ? Comment peut-on imaginer qu’il suffise d’atteindre 50,1% des voix pour que tout un Système – économique, politique, médiatique, social… et mental – change paisiblement de peau, transforme sa chair, renouvelle son sang ? Comme si les maîtres du pouvoir étaient assez sots pour le lâcher sans plus ! Des transformations d’une telle envergure n’ont jamais été faites ni ne se feront jamais à travers de simples victoires électorales. Celles-ci ne peuvent, tout au plus, qu’apporter un soutien ou une concrétisation à tout un processus qui a un nom aussi clair que bien connu : révolution.

Mais la révolution que notre monde exige s’il veut être sauvé n’est pas l’affaire d’un jour. Ou d’un soir : elle n’est pas l’affaire du Grand Soir dont tous les révolutionnaires rêvent, que ce soit du Grand Soir d’une victoire électorale, ou du Grand Soir de la prise du palais présidentiel. Dans les deux cas, l’approche est au fond la même : plus élégante et moins sanglante dans le premier cas, c’est tout.

Sommes-nous vraiment conscients de l’enjeu, proprement extraordinaire, dans lequel notre monde se débat ? J’en doute, car si nous en étions vraiment conscients, l’impatience nous tarauderait bien moins. La clairvoyance et la patience seraient alors nos alliées ; elles découleraient de la prise de conscience d’un enjeu si colossal qu’il nous rapproche, par son envergure, des deux principaux processus révolutionnaires que notre civilisation a connus : le processus par lequel le monde de l’Antiquité devint le monde chrétien, et celui par lequel le monde aristocratique devint le monde démocratique et bourgeois – des choses qui ne furent certainement accomplies ni lors d’un Grand Soir ni lors de cent. Dans le premier cas, le processus dura quatre siècles (dès la naissance du Christ jusqu’à l’édit de Théodose en 380) ; dans le deuxième cas, même si le processus ne se concrétisa que lors de la dernière décennie du XVIIIe siècle et les premières du XIXe, c’est l’ensemble des Temps Modernes qui peuvent être considérés comme un sourd, lent acheminement vers sa réalisation.

Le grand enjeu du monde d’aujourd’hui

Tout un profond processus de changement mental, social, idéologique est aujourd’hui en jeu. (Qu’il soit en jeu, il n’y a pas de doute, mais rien ne peut nous dire avec certitude ni qui finira par emporter la partie, ni dans combien d’années… ou de décennies celle-ci prendra fin.) Or, si ce qui est en jeu est tout un processus qu’on peut qualifier de révolutionnaire, celui-ci a très peu à voir avec ce qu’on entend couramment par révolution : celles, notamment, des XIXe et XXe siècles. D’une part, il n’y a plus ici le sectarisme, la prépotence et l’autoritarisme qui ont tellement marqué l’esprit révolutionnaire de ces temps-là. Et ce qui est tout aussi important : on a cessé de croire au Grand Soir, on a compris (même si les anciennes inerties font que, parfois, on se fasse sottement des illusions) que le monde ne saurait être transformé ni en gagnant des élections ni en prenant d’assaut le Palais d’Hiver. Transformer le monde de fond en comble, cela ne se fait pas par la simple action politique. Cela se fait à travers un long travail de ce qui a reçu le nom de métapolitique : en modifiant les mentalités, en influençant les espoirs, en marquant les sensibilités.

Or, toutes ces actions étant faites au moyen de la parole, on a fini par croire que celle-ci suffit à la besogne – et ce n’est pas du tout le cas. Aussi persuasif qu’un discours puisse être, il ne suffit pas de le déployer pour qu’un nouveau consensus social voie le jour. La parole est indispensable, mais insuffisante aussi. Si, dans la Rome hostile, les chrétiens s’étaient par exemple bornés à leurs prêches et sermons, le monde n’aurait jamais été transformé comme il le fut grâce à l’action de ceux qui, outre des sermons, parvinrent à mettre sur pied toute une extraordinaire infrastructure axée sur la philanthropie active. C’est l’empereur Julien (« l’Apostat », comme l’Eglise le surnomme) qui le reconnaît lui-même, et c’est Louis Rougier qui le souligne en rappelant que « les nombreuses institutions d’assistance et de bienfaisance que les églises avaient fondées, alimentées par les donations des riches, contribuèrent pour beaucoup au triomphe du christianisme » (*).

Alimentées par les donations des riches… Voilà l’autre aspect de la question. Nul doute que les pauvres (aussi bien ceux dépourvus de biens matériels que les pauvres d’esprit auxquels le royaume des cieux est promis) constituèrent le socle social du christianisme naissant ; mais si les nouvelles idées et croyances n’avaient pas touché aussi une fraction importante des élites romaines, leur triomphe eût été impossible. Comme il eût été également impossible le triomphe des Lumières et de la Révolution si leurs idées et aspirations n’avaient été que l’affaire des bourgeois et du petit peuple ; si la nouvelle vision du monde, autrement dit, ne s’était pas également glissée au sein d’une aristocratie qui n’imaginait pas un seul instant – parfois l’Histoire aime bien à se moquer – que leurs têtes seraient coupées et leur pouvoir renversé.

C’est si évident !… Il est impossible de renverser tout un système articulé d’idées et de valeurs si les élites qui l’incarnent ne sont pas contaminées, d’une façon ou d’une autre, par les nouvelles idées qui frappent à la porte. D’où la question, décisive : qu’en est-il parmi nous ? Il n’en est rien. Nos élites – misérables et indignes, mais qui se tiennent aux commandes – sont pures, incontaminées : nulle influence n’est exercée sur elles par les idées qui sont en train de germer. Reconnaissons cependant que s’il en est ainsi, c’est aussi parce que personne, parmi nous, n’a jamais songé à gagner, peu ou prou, les élites à nos idées – comme le christianisme gagna (partiellement, certes) l’aristocratie de Rome, et le libéralisme, celle de l’Europe.

Le « peuple périphérique » et « le peuple central »

D’une part, les élites ; d’autre part, le peuple. En effet. Seul le peuple peut devenir le grand moteur permettant qu’un jour se voient concrétisés les profonds changements que tout cela implique. Le peuple, les braves gens frappés par la crise et la mondialisation ; les couches populaires qui connaissent encore l’attachement à la terre, le respect des traditions, l’amour de la patrie (ou de ce qu’il en reste). « Des braves gens, disait le poète Antonio Machado, qui vivent, travaillent, passent et rêvent » ; des gens qui, « s’il y a du vin, ils en boivent, sinon ils boivent de l’eau fraîche ». Des braves gens qui, éloignés des monstres urbains et établis dans ce qui reste de la campagne ou dans les petites et moyennes villes de province – dans « la France périphérique », comme l’appelle Christophe Guilluy –, sont toujours attachés à « la décence commune » dont parlait George Orwell.

Des braves gens, des gens simples et bons. Ce sont eux – « les déplorables », comme les qualifiait Hillary Clinton – qui ont porté Donald Trump au pouvoir (non : pas au pouvoir, nous l’avons déjà vu ; rien qu’à la présidence). Ce sont eux aussi qui ont voté pour Marine Le Pen.

Il suffit pourtant de rappeler de tels faits, et les choses se compliquent considérablement. Car si la confrontation se passe entre « le peuple » et « les élites » ou, en termes territoriaux, entre « les provinces » et « les métropoles », ou entre « la périphérie » et « le centre », il en découle qu’il y a bien un autre peuple aussi : celui qui, occupant cet « espace central » que sont les grandes villes et ayant un nombre d’habitants égal, sinon plus grand que celui du « peuple périphérique », apporte son soutien à nos élites ignobles et dépravées. On pourrait même dire, au vu d’une telle servitude volontaire, que ce peuple fait même partie des élites : non pas de leur pouvoir, non pas de leur train de vie, mais bien de leur esprit, de leurs craintes et envies. Ou est-ce peut-être qu’ils ne font pas partie du peuple, tous ces petits gens qui à New York, à Los Angeles, à Philadelphie… se sont massivement mis au côté d’Hillary Clinton et de ce qu’elle représente ? Est-ce qu’ils ne font pas partie du peuple, tous ces employés et scribouillards, fonctionnaires, ouvriers (moins qu’avant, mais il en reste encore), boutiquiers, étudiants, travailleurs indépendants, petits entrepreneurs… de Paris, dont seulement 50.000 misérables voix ont été rassemblées par Marine Le Pen au premier tour des élections, tandis qu’au second tour ce même peuple de Paris plébiscitait le représentant de la ploutocratie mondialiste et apatride, Emmanuel Macron, avec rien moins que 95% des voix ? Tous ces gens-là, loin d’être des braves gens, seraient-ils des mauvaises gens : du peuple devenu de la racaille ?

La racaille est bien là : celle des bandes de jeunes délinquants souvent venus d’ailleurs ; celle de nombreux migrants, arabes ou noirs, qui, avec ou sans sa carte d’identité en poche, ne se sentent pas français mais n’en font pas moins partie, dans une approche populiste stricto sensu, du peuple de Paris ou de celui de n’importe quelle grande ville. Mais ce ne sont pas eux qui importent ici. Ce ne sont pas eux qui composent (pour l’instant) la majorité de la population.

Or, c’est la majorité de la population – le centre, et non seulement la périphérie – qu’il faut conquérir. Sans faire de concessions, bien sûr, mais avec l’intelligence nécessaire pour leur faire comprendre plusieurs choses d’une extrême importance.

Pour leur faire comprendre, par exemple, que faire de l’argent, entreprendre des affaires, c’est légitime, c’est nécessaire. « Enrichissez-vous ! », comme disait François Guizot, le ministre de Louis-Philippe. Enrichissez-vous, mais avec bon sens et modération : en fuyant l’hubris, la démesure que les Grecs craignaient comme la peste et qui conduit, entre autres, à nous écraser, nous qui ne nous enrichissons ni ne le prétendons, mais qui n’avons pas pour autant à nous appauvrir (ou à tomber dans la précarité : cette pauvreté de nos jours). Ce n’est pas la richesse qu’il faut fuir ; c’est cette démesure qui fait qu’aussi bien les oligarques que leurs victimes considèrent les richesses et l’enrichissement comme le destin même de l’Humanité : un destin qui a dès lors pour seul attrait l’hédonisme plat et vulgaire qui, réduisant tout à un « bonheur » fait d’argent, consommation et divertissement, ignore tout devoir et toute contrainte.

Fuyons un tel hédonisme, mais ne tombons pas pour autant dans l’ascétisme et ses rigueurs ; assumons, par contre, la seule joie grande et véritable : celle de ceux qui, sachant se sacrifier quand il le faut, savent également jouir dans la joie et dans la volupté.

Il s’agit finalement de faire comprendre à tous, aussi bien au peuple corrompu par les élites qu’à la partie de celles-ci dont les oreilles ne seraient pas encore tout à fait bouchées, que nous sommes tous embarqués sur le même bateau, attelés au même sort : celui de vivre et de mourir sans la sûreté d’un port à atteindre, plongés dans le va-et-vient et les incertitudes d’un monde qui, dépourvu d’appuis auxquels s’attacher et de Destin auquel se vouer, doit et peut trouver dans une telle indétermination – mais à la condition de déployer des doses extrêmes de courage et d’endurance – le plus haut destin dont on puisse rêver.

Tant qu’à faire comprendre des choses (à propos, combien de fois a-t-on essayé d’expliquer de telles choses aux gens ?), il faut également faire comprendre – à tous : aux élites, au « peuple central » et au « peuple périphérique » – que, certes, nous sommes conservateurs ; certes, nous affirmons la tradition, ce lien avec nos ancêtres qu’il est indispensable de conserver. Mais conserver… quoi, au juste ? Ce qu’il faut absolument conserver, ce sont les grandes valeurs de notre culture, de notre civilisation, mais en jetant par-dessus bord – hé oui, nous sommes aussi révolutionnaires ! – tout ce qu’il faut rejeter du rance, guindé, étriqué esprit conservateur. Qu’ils soient rassurés, les hommes et les femmes libres qui craignent pour leur liberté : ni le puritanisme ni le rigorisme ne vont marquer le monde nouveau qu’entre tous… ou luttant entre tous nous allons tôt ou tard forger.

Qu’ils soient également rassurés ceux qui, attachés aux droits de l’individu, craignent qu’à force d’affirmer la dimension collective de l’existence – la patrie, l’enracinement historique… : ces choses qui les énervent tellement –, ce soit l’autonomie individuelle qui en pâtisse ou se voie anéantie. Qu’ils se rassurent : c’est exactement tout le contraire qui se passe. C’est lorsque les liens collectifs se voient dissous, c’est lorsqu’il se produit la perte de cette continuité temporelle qu’est l’histoire d’un peuple ; c’est lorsque l’homme reste tout nu et dépourvu de destin, voué à la mort ; c’est, en un mot, lorsque l’homme apatride règne, que le royaume des hommes libres – ces personnalités fortes et différenciées – se voit remplacé par le grand amoncellement de l’homme masse, indifférencié et impersonnel : cette sorte de zombi grégaire qui va errant d’aéroport en aéroport, de ville en ville, de haute tour de bureaux en haute tour d’appartements dans un monde aussi indistinct que mondialisé, dépourvu d’histoire, privé de personnalité.

Ici aussi il faut pourtant préciser les choses, tout comme elles l’ont été lorsque différents travers de l’esprit conservateur ont été chassés. Il y en a encore un qu’il faut repousser : le chauvinisme, cette hubris faite de fanatisme, bourrée d’outrances, qui, croyant défendre la patrie, ne fait que l’embourber dans la fange d’une vanité aussi pompeuse que creuse ; dans une vulgarité sectaire et grossière qui fait que les chauvins, se prenant pour les coqs du village, méprisent et harcèlent leurs voisins, ceux qui appartiennent, pourtant, à leur même lignage, ceux avec lesquels ils partagent, en Europe du moins, un même mais différencié destin.

Le chauvinisme, cette peste qui, s’étant emparée de l’Europe, la détruisit il y a un siècle, ne peut être vaincu ni par l’individualisme mondialisé ni par l’atomisme indifférencié. Le chauvinisme ne peut être vaincu que par les liens de la communauté qui embrassent et, en embrassant, libèrent ; et en prodiguant leur chaleur, agrandissent. Rappelons de telles choses aussi bien au « peuple périphérique » qu’au « peuple central ». Au premier, à ce peuple qui croit encore à un destin collectif, pour éviter que la tentation chauvine (même si aujourd’hui on ne peut la déceler nulle part) ne puisse un jour s’emparer à nouveau de lui. Rappelons de telles choses à l’autre peuple aussi, à celui qui dans les grandes villes surtout ne croit plus à rien. Faisons tout pour le convaincre que ce n’est qu’en assumant les liens de son destin collectif qu’il pourra sortir de la mort qui nous laisse nous tous – nous aussi, car aucune communauté ne peut s’asseoir sur une seule moitié de sa population – nus et sans rien.

Javier Portella (Polémia, 28 mai 2017

01/06/2017

Un paysage politique entre décomposition et recomposition...

Nous reproduisons ci-dessous un entretien donné par Alain de Benoist à Breizh info et consacré à l'élection d'Emmanuel Macron à la présidence de la République et à ses conséquences politiques... Philosophe et essayiste, éditorialiste du magazine Éléments, Alain de Benoist dirige les revues Nouvelle Ecole et Krisis et anime l'émission Les idées à l'endroit sur TV Libertés. Il a récemment publié Le moment populiste (Pierre-Guillaume de Roux, 2017) ainsi qu'un recueil d'articles intitulé Ce que penser veut dire (Rocher, 2017).

 

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Alain de Benoist : « Macron n’apparaît pas comme la marionnette fabriquée que l’on imaginait »

Breizh-info.com : Emmanuel Macron est devenu président de la République. Qu’est-ce que cela vous inspire ?

Alain de Benoist : Des regrets d’abord. Une certaine sidération ensuite. Jamais élu dans le passé, encore inconnu il y a quelques années, Emmanuel Macron a tenu son pari. Cela ne s’explique pas uniquement par l’ampleur des soutiens dont il a bénéficié. Se propulser à la tête de l’État sans être le candidat d’un parti traditionnel, passer en deux ou trois ans de l’obscurité à la lumière, cela ne s’était encore jamais vu. Cela montre l’ampleur de la crise actuelle, et cela donne aussi à son élection un caractère historique.

On objectera bien sûr que Macron n’a jamais été élu que par défaut, qu’il n’a jamais recueilli que 43,6 % des inscrits, qu’un bon tiers des Français (33,7 % des inscrits) ont boudé le choix qui leur était proposé, soit en se réfugiant dans l’abstention soit en votant blanc ou nul dans des proportions jamais vues depuis 1969, et enfin que près de la moitié de ceux qui ont voté pour lui ne l’ont fait que pour « faire barrage » à Marine Le Pen. Mais tout cela sera vite oublié. Même quand on est mal élu, on est élu.

J’ajouterai que les premiers actes de la présidence Macron, même s’ils ne laissent pas véritablement présager de ce que sera sa politique, donnent au moins à penser que le personnage a été sous-estimé par beaucoup, moi le tout premier. Je ne doute pas un instant que la politique de casse sociale, de baisse des salaires et d’ouverture des frontières qui sera très probablement mise en œuvre par la grande coalition des libéraux de tous bords qu’il a constituée sera une catastrophe pour notre pays.

Mais pour l’instant, Macron n’apparaît pas comme la marionnette fabriquée que l’on imaginait. Non seulement ce n’est pas un « Hollande bis », comme le disent les gens de droite les plus obtus, mais ce sera à bien des égards un anti-Hollande. Cet ultralibéral est sans doute aussi un homme autoritaire, convaincu de la nécessité de redonner de la solennité à la fonction présidentielle. Les mots-clés de son discours, c’était bien « en même temps » !

Breizh-info.com :  Qu’avez-vous pensé de la composition du gouvernement ? Y voyez-vous, comme je le disais récemment dans une tribune libre, un coup de génie d’Emmanuel Macron pour tuer la droite, briser le FN et se retrouver uniquement avec une forte d’opposition d’extrême gauche dans la rue face à lui ?

Alain de Benoist : On s’attendait à un gouvernement de « startuppers », reflet d’une conception postpolitique de la vie publique. Là encore, cela n’a pas été le cas. Votre analyse n’est pas fausse, mais il faudrait ajouter que Macron ne fait qu’exploiter à son profit une situation qu’il n’a pas créée.

Outre son optimisme « jeuniste », son succès s’explique par la conjonction de deux facteurs : le désir général de voir « dégager » l’ancienne classe politique et le fait que pour 75 % des Français les notions de droite et de gauche « ne veulent plus dire grand-chose » (sondage Cevipof, mars 2017).

Emmanuel Macron poursuit en fait un objectif très simple : faire disparaître, briser, assécher ou laminer tout ce qui se trouve encore dans l’espace politique séparant la République en marche de la France insoumise d’un côté et du Front national de l’autre. Voici quelques années, on avait vu une nouvelle tripartition FN-UMP-PS succéder au vieux bipartisme à la française.

Cette nouvelle tripartition a paru remplacée au soir du premier tour de la présidentielle par une forme quadripartite : FN-Républicains-France insoumise-En marche ! En cherchant à attirer vers lui la « droite » du parti socialiste et la « gauche » des Républicains, Emmanuel Macron cherche à recréer une tripartition différente de la précédente : FN-République en marche-France insoumise. La coalition des libéraux n’aurait plus alors à faire face qu’à la conjonction des « extrêmes ».

On remarque tout de suite que cet objectif, propre à désespérer les Cambadélis et les Baroin, n’est en revanche pas très différent de ce que peuvent souhaiter de leur côté Marine Le Pen et surtout Jean-Luc Mélenchon.

Breizh-info.com :  Malgré ses onze millions de voix du second tour, Marine Le Pen a déçu la plupart de ses partisans. Quelles sont selon vous les causes de ce qu’il faut bien appeler son échec ? Pensez-vous, vous aussi, qu’elle a trop parlé d’économie et de social, qu’elle ne s’est pas suffisamment concentré sur les électeurs de droite, qui constituaient sa réserve de voix la plus naturelle ?

Alain de Benoist : A la veille du second tour, Marine Le Pen était créditée d’au moins 40 % des voix. Elle n’en a recueilli que 34 %. Cette piètre performance ne peut pas s’expliquer uniquement par le soutien quasi unanime des médias et des puissances d’argent à la candidature Macron. Elle ne s’explique pas non plus par un prétendu échec de la « dédiabolisation ».

En 2002, lorsque Jean-Marie Le Pen s’était qualifié au second tour, trois millions de personnes étaient descendues dans la rue, alors que le président du FN n’avait aucune chance de l’emporter.

Cette fois-ci, il n’y a eu que quelques bandes de casseurs et d’antifas pour aller s’agiter dans la rue. Comme le dit très justement Pierre-André Taguieff, « l’anti-nationalisme diabolisant, rejeton de l’antifascisme et de l’antiracisme, a largement perdu en force de mobilisation ». En clair : ça ne marche plus.

Si Marine Le Pen n’a pas été capable de retourner la tendance en sa faveur, alors qu’un véritable boulevard s’ouvrait devant elle, c’est tout simplement que sa campagne n’a pas été bonne.

On peut certes alléguer les thèmes qu’elle a choisis de privilégier. Comme beaucoup, je pense en effet qu’elle a eu tort de mettre en avant des arguments d’ordre économique, et non de souligner les enjeux civilisationnels de cette élection. Son obsession de la sortie de l’euro a eu des effets ravageurs, car à supposer même qu’un tel objectif soit justifié, il est évident que la complexité du sujet interdisait d’en faire un thème de campagne, d’autant qu’une vaste majorité de Français y est totalement opposée.

Je crois au contraire qu’elle n’a pas assez insisté sur le social qui est, avec l’immigration et l’insécurité, l’une des préoccupations majeures des classes populaires à une époque où le système capitaliste est en train de dévaster le monde sur une échelle encore jamais vue. Par opposition aux nomades hypermobiles, les sédentaires ne se sont pas encore convertis à la mondialisation !

Mais l’essentiel n’est pas là. Le plus grave, c’est ce que la candidate Marine Le Pen a clairement révélé ses propres insuffisances. Sa campagne n’a jamais été dans le ton juste. Elle a manqué de style, d’émotion, de lyrisme, de vibrato. Elle sait parler, elle ne sait pas débattre.

Elle sait se faire applaudir, mais pas soulever les foules. Dans le désastreux débat qui l’a opposée à Macron, elle s’est révélée à la fois incompétente et inutilement agressive, donnant ainsi à penser qu’elle n’était pas au niveau de ses ambitions.

Marine Le Pen a eu le grand mérite de transformer un mouvement purement protestataire en parti vraiment désireux d’arriver au pouvoir, mais pour arriver au pouvoir il faut en avoir les capacités. De même ne suffit-il pas de prétendre parler au nom du peuple pour savoir parler au peuple…

Breizh-info.com : Quelles perspectives de recomposition politique voyez-vous se profiler ?

Alain de Benoist : La recomposition est en réalité un coup de grisou qui a déjà atteint tous les milieux politiques. Pour les deux anciens « grands » partis qui étaient porteurs du clivage gauche-droite, les socialistes et le s Républicains, ce n’est pas de recomposition, mais de décomposition qu’il faut parler. Le PS est à l’agonie, et Mélenchon ne dissimule pas son désir de le remplacer.

L’ex-UMP, de son côté, représentait depuis longtemps une alliance contre nature de la droite conservatrice et de la droite bonapartiste, de la droite orléaniste et du centre libéral. Le coup de tonnerre de l’élection présidentielle y a libéré des forces centrifuges qui vont avoir le plus grand mal à se réconcilier. On le voit chaque jour plus nettement : ces partis-là appartiennent déjà à une autre époque. Et l’on peut d’ailleurs se demander s’il n’en va pas de même de la forme-parti telle qu’on l’a connue.

Peut-il y avoir une recomposition à droite ? C’est ce que souhaitent les tenants de la « droite hors les murs » qui en appellent depuis longtemps à une « union des droites », vieil objectif jamais réalisé. La stratégie « buissonnière », qui prône l’alliance du populisme et du conservatisme, des classes populaires et des classes moyennes, a une validité certaine.

Elle achoppe néanmoins sur un point aveugle : de quel conservatisme parle-t-on ? Avec le conservatisme libéral, il n’y a rien à faire à mon sens, parce qu’il s’agit d’un oxymore : le libéralisme, qui est à l’origine du capitalisme, de l’individualisme et de l’universalisme sans-frontiériste, repose sur des fondements qui aboutissent nécessairement à détruire tout ce que les conservateurs veulent conserver. Les flux migratoires ne sont qu’une conséquence (et un aspect) de la logique du profit. On ne mobilise pas les classes populaires en défendant les intérêts des puissants.

La dynamique populiste est appelée de son côté à perdurer, pour l’excellente raison qu’elle s’enracine dans la sociologie actuelle. La fracture populiste traverse actuellement toutes les tendances politiques. La situation présente n’est pas socialement durable. Si les classes populaires, qui ne sont plus représentées politiquement, culturellement et intellectuellement parce qu’elles ont été marginalisées par l’oligarchie, sont aussi soucieuses d’identité, c’est qu’elles ne possèdent rien d’autre que ce patrimoine immatériel.

Breizh-info.com : Le Front national va-t-il finir par imploser ? Ne serait-ce pas un mal pour un bien ?

Alain de Benoist : Le Front national n’est pas réformable, et personne ne peut prétendre remplacer Marine Le Pen. Marion a eu raison de quitter la vie politique. A partir de là, on peut tout envisager : des turbulences à coup sûr, une ossification progressive, peut-être des scissions. La déceptionite provoque toujours les mêmes effets. Florian Philippot, qui est à la fois la bête noire des extrémistes de droite, des cathos et des libéraux, va certainement se trouver mis en accusation. Mais on peut imaginer d’autres scénarios.

L’implosion du FN serait-elle un mal pour un bien ? Je n’ai pas de réponse à cette question, parce que je ne vois pas poindre l’amorce de ce qui pourrait le remplacer.

S’il s’agit de créer un autre mouvement, plus radical, mais dans lequel il faudrait abandonner toute critique du capitalisme libéral et ne plus exprimer de conception du monde particulière, de façon à ne plus parler que d’identité et d’immigration, je n’en vois pas l’intérêt.

On ne séduira jamais ceux qui veulent en priorité défendre leur portefeuille car, quels que soient leurs sentiments sur l’immigration, ils se trouvent très bien dans l’abjecte société marchande où nous vivons. D’un autre côté, il est très clair que nombre d’orientations très contestables du FN devraient être modifiées ou abandonnés, mais l’appareil du parti n’a apparemment ni le désir ni les moyens de se remettre en question.

Breizh-info.com : Nous venons de commémorer la mort de Dominique Venner. Quel héritage laisse-t-il aujourd’hui ?

Alain de Benoist : Il laisse l’exemple d’un style de vie, d’une volonté de tenue et de fidélité à soi-même qu’il aura incarnée jusque dans sa mort. Il n’était pas l’homme des compromis (son hostilité aux valeurs chrétiennes ne se cachait pas derrière l’équivoque du « pagano-christianisme »). On lui doit aussi une série de livres d’histoire, dont un grand nombre resteront des œuvres de référence.

On ferait mieux de les lire plutôt que de s’exciter sur des écrits de jeunesse, dans lesquels Dominique Venner ne se reconnaissait plus depuis longtemps – d’autant qu’à la fin de sa vie, il était plus que jamais convaincu de l’inutilité de l’action politique.

Breizh-info.com : Vous venez de sortir un nouveau livre intitulé « Ce que penser veut dire ». Pouvez-vous nous en parler ?

Alain de Benoist : Réponse simple : c’est un recueil de textes qui s’attachent à présenter la vie et l’œuvre d’un certain nombre de grands penseurs, depuis Rousseau, Goethe, Nietzsche et Karl Marx jusqu’à Jean Baudrillard, Julien Freund, Michel Villey et Jean-Claude Michéa, en passant par Carl Schmitt, Heidegger, Leo Strauss, Hannah Arendt et bien d’autres.

Autant de figures qui nous ont appris à penser – non pas à penser à quelque chose, mais à penser quelque chose : la nature de l’homme et le fonctionnement de la société, l’essence du politique et celle du droit, la signification de la guerre, les rapports entre nature et culture, le rôle de la technique, l’aliénation marchande, etc. Penser veut dire aller à l’essentiel. On est très loin de la politique politicienne !

Alain de Benoist, propos recueillis par Yann Vallerie (Breizh info)