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  • La Police est-elle en train de devenir la milice du Système ?...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Xavier Eman, cueilli sur le site de la revue Éléments et consacré à la violence de la répression policière face à la contestation politico-sociale. Une violence qui tranche avec la prudence habituelle de la réponse policière face aux émeutes récurrentes dans les banlieues de l'immigration...

     

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    La Police est-elle la milice du Système ?

    Ces derniers mois, à coups de primes et de promesse de conservation de régime spécial, la police française semble clairement s’être transformée en garde rapprochée de cette oligarchie qui a fait sécession, qui a rompu avec son propre peuple.

    La dénonciation des violences policières et la lutte contre celles-ci sont très longtemps restées l’apanage de l’extrême gauche et des activistes libertaires. Pour la « droite », les « condés » incarnaient avant tout les gardiens de cet « ordre » qu’elle chérit tant, ils ne pouvaient donc en aucun cas être critiqués et lorsqu’un manifestant se retrouvait la gueule en sang sur le trottoir, c’est qu’il l’avait « bien cherché ».

    Les choses ont un peu évolué avec la Manif pour tous, lorsque les Versaillais découvrirent avec stupeur et horreur qu’il n’y avait pas que les prolos et les « crasseux » qui pouvaient prendre des coups de matraque et se faire gazer. Il y eut alors un moment de flottement, les slogans : « La Police avec nous ! » s’étranglèrent dans les gorges et on assista même à quelques gestes d’exaspération face au zèle des CRS et des gardes-mobiles. On continuait à penser qu’ils ne « faisaient que leur travail », mais on trouvait quand même qu’ils avaient la main un peu lourde, surtout vis-à-vis de la sociologie de population qui leur était ordinairement la plus favorable.

    Mais la défiance ne fut que de courte durée et, dès les gardes à vue terminées et les quelques bosses soignées, l’amour immodéré de la droite pour la maréchaussée reprit le dessus. Ce n’était qu’un malentendu, il était temps de pardonner et de passer à autre chose…

    Pourtant, la répression relativement « musclée » de LMPT n’était que les prémisses d’une dérive qui devait atteindre son paroxysme face aux Gilets jaunes : la transformation des forces de police en garde prétorienne gouvernementale faisant usage d’une violence jamais vue depuis des dizaines d’années.

    En effet, depuis le début du mouvement des Gilets jaunes, prolongé par l’actuelle agitation sociale, pas une journée ne passe sans que soient diffusées une ou des vidéos rapportant des actes indéfendables commis par des membres des forces de l’ordre : tabassage collectif, tirs de LBD à bout portant, coups gratuits, ripostes disproportionnées, insultes… Le tout en bénéficiant à la fois de la plus parfaite impunité (un seul policier condamné jusqu’à présent pour le jet d’un pavé sur des manifestants…) et d’un invraisemblable silence médiatique. Les médias, jadis si prompts à hurler au loup et à mobiliser les belles âmes à la moindre gifle reçue par un voyou de banlieue, se montrent aujourd’hui d’une extrême discrétion quant aux innombrables exactions commises par des membres des forces de sécurité. Pour un peu, ils les justifieraient, et les excuseraient même. Il est vrai que les victimes ne sont au final que des sales populistes, des sans-dents haineux et rétrogrades qui cherchent à entraver la glorieuse marche progressiste initiée par le président Macron.

    Pourtant, la radicalisation de la répression policière des mouvements sociaux n’a rien d’anodine ni d’anecdotique. D’une part, elle marque le raidissement du pouvoir, la dictature « soft » l’étant de moins en moins ; et de l’autre, elle entérine le divorce entre le peuple et les forces de l’ordre. Les policiers ne sont désormais plus des « gardiens de la paix », mais des fauteurs de guerre civile. Il faut avoir vu ce policier tirant en série au LBD en hurlant « a voté » à chaque fois qu’il touchait un manifestant, ou ces autres se masquant l’œil de la main, rigolards, en toisant les Gilets jaunes, pour en être convaincu.

    Ces derniers mois, à coups de primes et de promesse de conservation de régime spécial, la police française semble clairement s’être transformée en garde rapprochée de cette oligarchie qui a fait sécession, qui a rompu avec son propre peuple.

    Bien sûr, être policier est un métier « ingrat et difficile », nul ne le nie ; bien sûr, l’institution compte dans ses rangs des gens qui sont individuellement de « bonnes personnes », et, bien évidemment, aucun régime ne peut se passer d’une police. Mais ceci étant dit, rien ne peut expliquer – et encore moins légitimer – les comportements sadiques, les agissements de voyous, le zèle agressif et vindicatif que toute personne ayant participé à l’une ou l’autre des récentes manifestions a pu constater, si ce n’est par une rupture complète de la police avec son rôle premier, qui est la protection des « honnêtes gens », une rétractation sur-elle-même, sur un corporatisme étroit et calculateur, des considérations uniquement matérielles et carriéristes et un désintérêt total pour le reste de la population. Une situation particulièrement inquiétante et dangereuse pour ce qui reste de démocratie en France.

    Xavier Eman (Éléments, 14 janvier 2020)

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  • Les Voraces...

    Les éditions Robert Laffont viennent de publier une enquête de Vincent Jauvert intitulée Les Voraces - Les élites et l'argent sous Macron (Robert Laffont, 2020). Grand reporter à L'Obs, Vincent Jauvert est notamment l'auteur du livre intitulé Les intouchables d'état - Bienvenue en Macronie (Robert Laffont, 2018).

     

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    " Jamais autant de hauts fonctionnaires n'ont pantouflé à prix d'or dans le privé.
    Jamais autant de ministres n'ont été multimillionnaires.
    Jamais autant de responsables politiques, et non des moindres, ne sont devenus lobbyistes ou avocats d'affaires...
    Comment en est-on arrivé là ? Pourquoi la situation a-t-elle empiré sous Macron ?
    Après deux ans d'enquête et grâce à une quarantaine de témoignages inédits, Vincent Jauvert révèle les mœurs de ces élites si voraces qui ont pris le pouvoir dans le sillage du nouveau président de la République. Il décrit leur course à l'argent, leurs campagnes en coulisses pour dissimuler leurs véritables revenus et leurs conflits d'intérêts. Un document implacable. "

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  • Feu sur la désinformation !... (264)

    Vous pouvez découvrir ci-dessous, dans son nouveau format, un numéro de l'émission I-Média sur TV libertés consacrée au décryptage des médias et dirigée par Jean-Yves Le Gallou, président de la fondation Polémia, avec le concours de Nicolas Faure.

    Au sommaire :

    • 1 : L’image de la semaine
      Après des mois d’une grève très dure mais peu relayée par les médias dominants, les personnels hospitaliers montrent encore un peu plus leur détermination.
    • 2 : France Inter contre Jésus : le blasphème à sens unique
      Frédéric Fromet, « humoriste » et chansonnier officiel de France Inter a récemment décidé de s’attaquer à Jésus, de qui il fait un « pédé » dans son dernier « sketch ». Habitué des propos christianophobes, Frédéric Fromet n’attaque jamais aussi violemment l’islam. Courageux mais pas téméraire !
    • 3 : Revue de presse
      Un vent de liberté à Sud Radio où un pédopsychiatre nous explique que les jeunes violents sont très majoritairement extra-européens … Des journalistes perdus face à des jeunes candidats patriotes… Emmanuel Macron pontifiant face à des journalistes… La semaine médiatique aura été chargée !
    • 4 : Djihadistes : enfin la prise de conscience médiatique ?
      Et si, enfin, les journalistes français comprenaient que les islamistes sont une menace pour les Français ? Si l’on écoute avec attention les débats autour de la question de la libération des soldats de l’Etat islamique, on sent poindre une lucidité bienvenue… mais très tardive !
    • 5 : Coup de chapeau
      Breizh-info révélait lundi matin l’agression sexuelle d’une jeune bretonne mineure par un extra-européen. Après cet article, les autorités ont été obligées de communiquer et la presse régionale dominante a été obligée d’évoquer l’affaire.

     

                                          

     

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  • Les errements de la repentance...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Maxime Tandonnet, cueilli sur son blog personnel et consacré aux dernières déclarations du président de la République à propos de la colonisation. Ancien haut-fonctionnaire, spécialiste des questions d'immigration, et désormais enseignant, Maxime Tandonnet a été conseiller à l'Elysée sous la présidence de Nicolas Sarkozy. Il a donné un témoignage lucide et éclairant de cette expérience dans Au cœur du volcan (Flammarion, 2014).

     

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    Les errements de la repentance

    « Le colonialisme a été une erreur profonde, une faute de la République ». Cette affirmation du chef de l’Etat est discutable à plus d’un titre. La République n’est pas la première ni la principale responsable du colonialisme français. Celui-ci a commencé sous la monarchie, au XVIe et au XVIIe siècle (Canada, Indes, Antilles, Floride, la Réunion). La conquête de l’Algérie a débuté sous Charles X et le Second Empire de Napoléon III lui a donné une forte impulsion. De même c’est le Second Empire, et non la République, qui a amorcé les grands courants de colonisation française de l’Afrique subsaharienne (Sénégal) et de l’Asie (Cambodge). La colonisation ne peut évidemment pas se limiter à la France: l’Espagne et le Portugal, en Amérique du Sud, le Portugal en Asie et en Afrique, le Royaume-Uni dans le monde entier, furent d’autres grandes puissances colonisatrices, pour ne parler que de l’Europe.

    En outre, la République est un mode d’organisation du gouvernement pas une politique. La colonisation a pris un nouvel essor considérable sous la IIIe République (Indochine, Afrique subsaharienne) du fait de choix idéologiques des « Opportunistes » dont Jules Ferry qui déclarait à la Chambre des députés, le 28 juillet 1885: « Je soutiens que les nations européennes s’acquittent avec largeur, avec grandeur et honnêteté, de leur devoir supérieur de civilisation! » Le colonialisme avait aussi ses opposants. « L’extrême gauche » le fustigeait à travers Clemenceau. La droite dite « réactionnaire » lui était parfois hostile à l’image de la prophétie d’Albert de Broglie, dénonçant, dans la politique coloniale: « une charge qui grève la nation, qu’elle ne peut porter longtemps, et qui, avant de lui échapper, peut avoir amené la ruine à la fois de la colonie et de la métropole » (Sénat 11 décembre 1884). Ce n’est donc pas la République qui a fait le colonialisme des années 1880-1014, mais un courant idéologique bien spécifique alors majoritaire: la gauche républicaine.

    La repentance française, au cœur de l’idéologie macroniste, repose largement sur un anachronisme. La colonisation s’est effectuée dans le contexte d’une Europe globalement dominatrice du XVIe au début du XXe siècle, qui se reconnaissait une mission civilisatrice, dans un large climat de consensus. Les Français comme les Britanniques, dans leur immense majorité, vouaient jusqu’aux années 1950 une admiration sans bornes à leur Empire, sur lequel « le soleil ne se couche jamais ». Les guerres coloniales et de décolonisation ont fait couler le sang. Mais les colons ont aussi construit des routes, des villes, des hôpitaux, des écoles – d’où la place de la francophonie ou de l’anglais et de l’espagnol dans le monde. Quelle signification il y a-t-il à porter un jugement, positif ou négatif, sur un épisode clé de l’histoire de l’humanité? Faire le bilan coûts/avantages d’un demi-millénaire de colonialisme, expression d’une domination européenne et pas seulement française, au regard des valeurs contemporaines et après la grande vague de la décolonisation qui a bouleversé les équilibres planétaires depuis les années 1950, n’a évidemment aucun sens.

    Lancer des polémiques tonitruantes et stériles fait partie d’un mode de gouvernement consistant à déclencher des tollés, à attiser les passions, pour faire oublier les déceptions et les malheurs du temps et aussi faire parler de soi tout en réactivant les divisions idéologiques du pays (gauche/droite). L’histoire est généralement l’otage toute trouvée de cette pratique. Parmi les responsabilités fondamentales du chef de l’Etat figurent traditionnellement celle de garant de l’unité et de la concorde nationale et celle de la défense du prestige de la nation qu’il préside. Il faudrait en ajouter une nouvelle, la plus essentielle de nos jours: celle de garant d’un patrimoine intellectuel, d’une intelligence collective.

    Maxime Tandonnet (Blog personnel de Maxime Tandonnet, 23 décembre 2019)

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  • Feu sur la désinformation !... (261)

    Vous pouvez découvrir ci-dessous, dans son nouveau format, un numéro de l'émission I-Média sur TV libertés consacrée au décryptage des médias et dirigée par Jean-Yves Le Gallou, président de la fondation Polémia, avec le concours de Nicolas Faure.

    Au sommaire :

    • 1 : L’image de la semaine
      C’est une scène qui a fait le tour du monde ! Boris Johnson, le Premier ministre britannique défenseur du Brexit victorieux des dernières élections législatives, a récité plusieurs vers de l’Iliade en grec ancien.
    • 2 : Noël, 31 décembre… Les médias veulent gâcher la fête !
      Critiques contre la bûche de Noël, contre le foie gras ou encore contre le kilométrage parcouru par les familles qui se retrouvent pour les fêtes de Noël et de la nouvelle année… Les médias ont rivalisé d’ingéniosité pour gâcher la fête !
    • 3 : Revue de presse
      Le réalisateur des Misérables, film adoré par Macron, condamné en 2012 pour complicité « d’enlèvement » et « séquestration », de la propagande ethnomasochiste à destination des jeunes Français sur le service public ou encore un sondage tronqué sur LCI… La semaine médiatique a été chargée !
    • 4 : Colonisation, retraite… Macron sur tous les fronts médiatiques… ou presque !
      Un jour il annonce modifier le régime de retraite présidentielle… L’autre il assène que la colonisation a été une faute… Emmanuel Macron était une nouvelle fois partout… sauf lors des vœux de Noël !

     

                                          

     

     

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  • De méprisables méprisants...

    Nous reproduisons ci-dessous une chronique de Michel Onfray, publiée sur son site personnel et consacrée au mépris de Macron et de ses sbires à l'encontre du peuple... Philosophe populaire, polémiste, tenant d'un socialisme libertaire, Michef Onfray a publié de nombreux ouvrages, dont dernièrement sa trilogie  Cosmos (Flammarion, 2015), Décadence (Flammarion, 2017) et Sagesse (Flammarion, 2019), ou encore Théorie de la dictature (Robert Laffont, 2019).

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    De méprisables méprisants

    Le ressentiment joue un rôle moteur dans l’Histoire. On mésestime l’importance que peut tenir dans la généalogie d’un révolutionnaire un moment biographique dans lequel eux ou leurs proches ont pu être humiliés, méprisés, rabaissés par une personne qui détenait le pouvoir de les mettre plus bas que terre du fait de sa position sociale. Qui humilie un jour se fait haïr toujours.

    Les intellectuels qui réfléchissent aux grandes causes des grands moments de l’Histoire veulent toujours leur trouver de grandes raisons : or c’en sont souvent de petites qui s’avèrent les plus explicatives… Platon invoque l’Idée, Kant évoque le Progrès, Hegel cherche le Concept, Marx convoque les Masses, Mao la Dialectique qui casse des briques, mais tous ceux connaissent la Révolution française autrement que par ouï-dire savent que la biographie de ses grands acteurs avant 1789 est la plupart du temps faite des ratages qui génèrent des humiliations qu’ils font un jour payer.

    Combien dans cette nation d’écrivains qu’était alors la France des Salons se sont rêvés auteurs, dramaturges ou philosophes qui, avant la prise de la Bastille, n’étaient que des écrivaillons sans éditeurs, des trousseurs de pièces de théâtre sans metteur en scène, des auteurs sans succès, voire, comme Robespierre qui se voulait Rousseau, un avocat sans relief doublé d’un poète de sous-préfecture courant après les prix littéraire de province… Marat voulut être aristocrate, puis scientifique, puis philosophe et ne fut qu’un auteur sans succès, un escroc et un voleur. Puis, un jour, la grande Histoire les sort de leurs petites histoires. Ils peuvent alors incendier et décréter la table rase. Taine a magnifiquement raconté cette puissance du ressentiment dans son histoire de la Révolution française.

    S’il existe encore dans le futur des gens capables d’écrire l’Histoire, ce dont je doute de plus en plus, le quinquennat d’Emmanuel Macron passera pour un mandat dans lequel le mépris du peuple n’aura jamais été porté à ce point d’incandescence par lui et les siens ! On ne peut être à ce point inconscient de la poudre partout répandue – sauf à vouloir créer les conditions d’une insurrection pour laquelle il revendiquerait alors le statut de sauveur de la démocratie, ce qui est une pensée d’adolescent par définition pas fini… Mais, hélas, l’article 16 de la Constitution le lui permettrait.

    L’une des dernières humiliations de sa bande est due à Gérald Darmanin. Dans Paris-Match, le ministre des comptes publics dit ceci de Macron : « Il manque sans doute autour de lui des personnes qui parlent à la France populaire, des gens qui boivent de la bière et mangent avec les doigts. Il manque sans doute un Borloo à Emmanuel Macron. » Cette saillie est proprement sidérante !

    Cette obscénité fit dire à l’inénarrable meuf pas dead, Sibeth N’Diaye, porte-parole du gouvernement (on a les représentants qu’on peut) : « J’aime beaucoup la bière. » Puis ceci : « Dans ma culture africaine on mange avec les doigts. Autrement dit: tout va bien, rien à signaler, rentrez vous coucher bonnes gens. La porteuse de la parole du chef de l’Etat a donc dans la foulée appelé son chauffeur qui, avec force gyrophare, afin de doubler les crétins prisonniers des bouchons, lui a permis de rentre chez elle, s’affaler sur son canapé, se décapsuler une Kronenbourg et manger sa soupe avec les doigts …

    Darmanin qui ne manque pas une occasion de faire savoir que sa mère était femme de ménage à la Banque de France, et il a raison d’en être fier, encore faudrait-il qu’elle fut elle aussi fière de ce que dit sa progéniture, perd tout le bénéfice d’une pareille référence, chaque fois qu’il la convoque, comme on le faisait à la Banque de France, pour s’en servir plutôt que de la servir elle et les siens – par exemple, dernièrement, pour expliquer aux Français qu’il estime moyens, très moyens, que sa retraite se trouverait considérablement augmentée grâce à la bonté de monsieur Macron, banquier de formation, ce qui, on en conviendra, est une profession qui prédispose à la bonté envers les plus faibles et les plus fragiles… Idem avec les assureurs qui ont un ami au sommet de l’Etat.

    Or, j’ai peine à imaginer que madame Darmanin mère boive de la bière et mange avec ses doigts parce qu’elle serait femme de ménage ! Quelle idée ce fils du peuple se fait-il du peuple ? Ma mère qui fit le même métier que la sienne n’a jamais bu de bière ni mangé à pleines mains – mon père non plus d’ailleurs qui était ouvrier agricole. Nous vivions à quatre dans une petite maison de dix sept mètres carrés sans salle de bain et on n’y a jamais pué ni dévoré la viande à pleine dents ni fait nos besoins sous l’escalier ! Monsieur Gérald Darmanin confond avec ses lointains ancêtres de la guerre du feu du temps que Nadine de Rothschild avait les mêmes ! Il qui ne m’étonnerait pas qu’il ait trop regardé Les Tuche et pas assez lu Proudhon…

    J’ajoute ne pas avoir compris non plus pourquoi cette référence à Jean-Louis Borloo ? Pour la bière ou pour le fait de manger avec ses doigts ? Ou pour les deux ?

    Le même Darmanin fut parmi les plus violents à l’endroit des gilets-jaunes en les assimilant aux nazis – « C’est la peste brune qui a manifesté à Paris », a-t-il dit le 25 novembre 2018. A la même époque, Benjamin Griveaux faisait lui aussi des gilets-jaunes de méprisables « fumeurs de clopes qui roulent au diesel ». En plein mouvement des ronds-points, Darmanin fit également savoir qu’il pouvait comprendre cette colère, puisque, à l’en croire, la vie se montre difficile à Paris où, selon lui, la note moyenne des restaurants s’élève à 200 euros sans les vins – il ne doit pas aller beaucoup dans les restaurants fréquentés par les camarades de sa mère en même temps qu’il a totalement oublié le bistrot que tenait son père où d’aucuns parmi les plus pauvres déjeunaient parfois d’un œuf dur au comptoir. Qu’on se souvienne du magnifique poème de Prévert – un poète libertaire dont, hélas, on connaît plus le nom que l’oeuvre.

    En deux années de pouvoir Macron a accumulé le mépris ; il est vrai qu’avec l’arrogance, c’est probablement ce qu’il réussit le mieux : contre les femmes illettrées de l’usine Gad ; contre les fainéants ; contre les « gaulois réfractaires » ; contre « les gens qui ne sont rien » auxquels ils préfère ses précieux amis qui réussissent ; contre ceux qui touchent le « pognon de dingue » des minimas sociaux; contre les petits cons qui se plaignent qu’on leur supprime 5 euros d’APL et qui ne comprennent rien à ce qu’est l’Histoire ; contre les étudiants qui se plaignent de devoir travailler le soir pour payer leurs études car, lui, le fils d’un père médecin professeur de neurologie dans un CHU et d’une mère médecin conseil à la sécu, il sait ce qu’est « bosser dans un Mac Do » – pas sûr pourtant que ce soit la pauvreté qui l’ait éloigné de sa famille provinciale pour venir à Paris, la capitale des Rastignac ; contre ceux qui lui reprochent ses costumes et qui n’ont qu’à travailler pour s’acheter les mêmes ; contre ceux qui se plaignent tout le temps ; contre les mères de famille nombreuses qui sont d’autant plus prolifiques qu’elles sont moins cultivées – la chose fut dite en anglais devant la Fondation Gates, le propos était exactement : « Montrez-moi une femme, parfaitement éduquée, qui décide d’avoir sept, huit, neuf enfants » ; contre ceux qui croient que se faire construire une piscine dans une résidence que des générations de chefs de l’Etat prenaient telle quelle pose un problème ; contre ce collégien qui l’a appelé Manu à qui il a vertement conseillé de décrocher un diplôme puis de travailler avant de disposer d’un avis sur lui – un avis négatif bien sûr, positif, il en avait immédiatement le droit, sinon le devoir ; contre « la mafia » des bretons ; contre ce fainéant de jeune horticulteur qui ne trouve pas de travail et à qui il conseille de traverser la rue pour faire la plonge dans un restaurant; contre les manifestant qui « foutent le bordel » – Darmanin doit apprécier la virilité grossière du président de la République qui progresse ainsi sur la voie du bock de bière (servi dans une vaisselle de luxe coûteuse et flambant neuve) et des nourritures mangées à la main (même s’il s’agit de caviar) – c’est en effet, ne l’oublions pas, l’homme du en même temps…

    Cette manifestation du mépris se double chez lui d’un évident complexe de supériorité ! Macron n’est-il pas en effet porteur d’une pensée complexe que n’importe qui ne peut comprendre, il faut au moins comme lui, avoir échoué deux fois au concours d’entrée à l’Ecole normale supérieure, n’être pas parvenu à devenir l’écrivain qu’il voulait être, ni même le philosophe qu’il crut pouvoir devenir,  afin de pouvoir saisir la subtilité de ses analyses, de comprendre la densité de ses réflexions, d’appréhender la hauteur de vue de ses théories… En dessous de bac+8, pas la peine d’essayer de le comprendre, les Bogdanov témoignent.

    Le 29 juin 2017, pour expliquer une contre-performance médiatique, donc politique, ou politique, donc médiatique, et ce lors d’un entretien avec des journalistes, il se justifie avec ce communiqué : « Les équipes d’Emmanuel Macron assurent que le président de la République n’a aucun problème avec la presse »… alors que la traditionnelle interview télévisée du 14 Juillet n’aura pas lieu. Raison invoquée, la « pensée complexe » du chef de l’Etat se prête mal « au jeu des questions réponses avec des journalistes ». Pas question d’avoir été mauvais, les autres sont trop nuls pour le comprendre. Sans rire, la chose fut dite, et personne ne lui a ri au nez ! Sûrement pas les journalistes qui ont mangé le vomi qu’il leur servait jusqu’à la dernière cuillerée…

    C’est ce même argument qui fait dire à l’Elysée que les millions de gens qui descendent dans la rue contre sa réforme des retraites ne peuvent être motivés que par une seule raison: ils ne comprennent pas sa pensée complexe…

    Voilà pourquoi les éléments de langage ont été donnés en haut lieu aux godillots de La République en marche afin de faire savoir que la France paralysée, tout cela procède d’un malentendu et de rien d’autre: les manifestants ne le saisissent pas car, s’ils étaient intelligents, ils comprendraient tout de suite le génie et la portée  de son « système universel (sic) » – au Tibet on y est en effet très sensible, au Groenland également, et je ne vous parle pas du Qatar… De sorte que, au lieu de perdre bêtement de l’argent à manifester contre lui, ce qui, en plus, constitue une offense à sa personne, les manifestants auraient dû bien plutôt se rendre en cortège à l’Elysée, du moins à la grille du coq, c’était adéquat, afin de remercier le Conducator de ses bienfaits ! On lui aurait dit, comme au temps béni de Mao, qu’il était « le phare de  la pensée mondiale » – BHL, Finkielkraut, Sollers, Kristeva, Gérard Miller, Badiou, July, Kouchner, Karmitz faisaient alors partie du chœur, on aurait pu leur demander des conseils avisés…

    S’il fallait résumer tout cela en une seule phrase, le Petit Timonier dirait : « Ils sont trop cons, ils ne me méritent pas »… Mais on ne peut jouer cette seule carte très longtemps ! Arrive un jour où la table se trouve renversée par les gens humiliés – avant de plus terribles futurs.

    Michel Onfray (MichelOnfray.com, 21 décembre 2019)

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