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20/11/2017

Fraude anomique et fraude stratégique...

Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Xavier Raufer, cueilli sur Atlantico et consacré à la fraude. Criminologue et auteurs de nombreux essais, Xavier Raufer a publié ces dernières années Les nouveaux dangers planétaires (CNRS, 2012) et Criminologie - La dimension stratégique et géopolitique (Eska, 2014) et a également coordonné l'ouvrage collectif intitulé La première cyber-guerre mondiale ? (Eska, 2015).

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Subutex : un trafic de stupéfiants mortels à 100% financé par la sécu

Nous le regrettons souvent : le monde politique libéral et les médias à sa dévotion peinent toujours plus à envisager et traiter la dimension criminelle, ou pire, terroriste, des problèmes sociaux qu'ils rencontrent.

Contrairement aux criminologues, ces politiciens et journalistes ne veulent ou peuvent par exemple envisager qu'il existe deux sortes de fraudes aux finances publique, aux prestations sociales, etc.

- L'une, anomique est le fait de citoyens privés qui, riches ou pauvres, cherchent en trichant ou falsifiant, à acquérir un avantage indu ; à échapper à l'impôt ou à la taxe.

- L'autre, stratégique, est criminelle ou terroriste, pillage des finances publiques ou de caisses sociales voué à financer d'autres trafics criminels, du blanchiment d'argent dans l'économie licite ou, pire encore, des préparatifs d'attentats. 

Deux types de fraudes également condamnables - mais d'évidence, fort inégalement dangereux, ce que les idéologues libertariens peinent à percevoir.

ANOMIQUE : une pauvre femme perçoit illicitement la maigre prestation de "parent isolé" alors qu'elle vit en couple,

STRATÉGIQUE : le "terrorisme aux frais de la princesse" dénoncé par TFI le 26 octobre passé, (jamais démenti), de gros calibres de l'Etat Islamique comme Salim Benghalem, Ismaël Mostefaï ou Jean-Michel Clain, architectes ou exécutants des pires attentats commis en France (Bataclan, etc.), touchant chacun de 10 000 à 15 000 euros par an en prestation sociales plus ou moins légitimes.

Anomique, l'argent versé met un peu "de beurre dans les épinards" de gens modestes ; stratégiques, les sommes pillées facilitent ou permettent la commission de crime sanglants.

Défense des services de l'Etat : par rapport aux sommes versées (en chiffres ronds,  13 milliards d'euros en 2015 pour le RSA, autant pour les Aides au Logement) la fraude connue est d'environ 250 millions d'euros, 2,2 % du total. Que sont ces 250 millions face aux 21 milliards d'euros de fraude fiscale repérés en 2015 toujours, pour peut-être 80 milliards de fraude fiscale plausible, des riches et des patrons ?

Un raisonnement bien sûr intenable à l'ère du terrorisme à bas coût, face à des voyous experts ès-pillage de la société. Cette science du siphonage de l'argent public est récemment apparue dans son énormité, lors de la fameuse "Affaire Théo" (elle-même hors de notre sujet). Le 6 septembre 2017 (sans démenti) Le Parisien révélait que, selon l'Inspection du travail, la fratrie L. (Théo est l'un des frères) avait grugé l'Etat de plus de 650 000 euros : virement direct sur les comptes des frères (Théo : 52 000 euros...) ; dizaines de milliers d'euros prélevés en espèces, etc. Dans ce cas, c'était une fratrie de filous - mais imaginons de telles sommes aux mains de terroristes.

Terrorisme, escroqueries - mais il y a encore pire et plus méconnu : un trafic de mortels stupéfiants (opioïdes, etc.) financé à 100% par la sécurité sociale. Impossible ? Hélas non. Voici les faits.

Tramadol, Subutex : un opiacé antalgique et un produit de substitution à l'héroïne destiné à stabiliser (mais pas désintoxiquer) les héroïnomanes. Issus de laboratoires pharmaceutiques réputés, ces deux médicaments sont détournés et utilisés comme stupéfiants en Europe du Nord et en Afrique, où ils sont prisés des toxicomanes. Par plaquettes de sept cachets, le Subutex se vent 16 euros en pharmacie, mais en Finlande, les dealers le vendent 100 euros le comprimé et il peut valoir 400 euros en prison.

Les criminels ont vite perçu le trafic possible, qui s'opère ainsi (en France surtout, comme pays-source de ces deux médicaments) : intimidés, menacés ou complices, des médecins font des ordonnances à des complices ; qui récupèrent ensuite le Subutex en pharmacie puis l'envoient par colis aux trafiquants.

Ces complices ne déboursent rien, car l'Assurance-maladie rembourse les "consultations" des "patients" et le Subutex, à l'ex-Couverture médicale universelle (devenue PUMa) ! 

Un taux de profit frisant les 100% : au Triangle d'Or et en Colombie, les grands narcos sont verts de jalousie...

Ce trafic est repéré partout en France : région parisienne bien sûr, Marseille, on s'en doute ; mais aussi Metz, Strasbourg, Toulouse, Perpignan, etc.

Médecins et pharmacies complices donnent à la fraude un tour industriel : certains de ces praticiens délivrent 130 ordonnances par matinée - une chaque deux minutes... Dans certaines officines, le Subutex représente désormais plus du quart du chiffre d'affaires.

Préjudice estimé pour l'Assurance maladie : 250 millions d'euro par an.

Cerise sur le gâteau : le "trafic de médicaments en bande organisée" est bien moins puni que celui des stupéfiants illicites : héroïne médicale (Subutex), 7 ans de prison et héroïne tout court : 20 ans. Ce que les narcos adorent...

Rappelons qu'aux Etats-Unis, des médicaments opioïdes type Subutex ou Tramadol ont provoqué plus de 14 000 surdoses mortelles en 2016 (+ de 1,5 par heure), sur l'effarant total de 64 000 décès par surdose létale, toutes drogues confondues). 

Or face à ce danger majeur, la Sécurité sociale réagit mollement. 

Si le Big Data ne "prédit" bien sûr rien, c'est est un excellent et rapide système de flicage. Comment des praticiens peuvent-ils écrire chaque jour des centaines de prescriptions et des pharmacies vendre plus d'opioïdes que d'aspirine, sans que cela soit repéré ? Sans que des contrôleurs ne fondent à l'instant sur ces tricheurs et potentiels assassins ?

Les criminologues se le demandent. 

A ce jour, ils n'obtiennent pas de réponses sérieuses. 

Xavier Raufer (Atlantico, 15 novembre 2017)

 

Notes :

Quelques données sur la fraude sociale

• Fraudes à l'immatriculation à la Sécurité sociale (dispositif SANDIA) : 1,8 million de faux numéros de Sec. Soc. préjudice, 14 milliards d'euros par an. 

Riposte de l'Etat : quelques centaines de radiations par an (sur 1,8 million...).

• Fraudes aux systèmes sociaux :

- Cotisations sociales éludées : de 20 à 25 milliards d'euros (Md €) par an

- Prestations maladie (fraudes) : ± 14 Md €/an

- Chômage (fraudes) : ± 2 Md €/an

 - Famille (fraudes) : 1,3 Md €/an

Source : Sénat, 1/11/2017 - "Proposition d'une commission visant à évaluer les outils de lutte contre les fraudes, fiscales et sociales".

15/02/2013

La fraude des mots et l'extension du domaine du marché...

Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Cathy Cardaillac, cueilli sur Polémia et consacré à l'utilisation frauduleuse des mots à laquelle on a assisté au cours du "débat" sur le mariage homosexuel...

 

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La fraude des mots et l'extension du domaine du marché

Comme les lecteurs de Polémia le savent, « la perversion de la Cité commence par la fraude des mots » (Platon). « Mariage pour tous », « homoparentalité », mais aussi « gestation pour autrui », « don de gamètes » : autant que les mots « sans-papiers », «migrants », « jeunes » ou « incivilités », ces termes sont biaisés et mensongers. Certes, l’euphémisme trompeur n’est pas nouveau dans le domaine de la sexualité et de l’intime, l’IVG (et l’IMG ou interruption médicale de grossesse) ayant depuis longtemps remplacé le vilain « avortement ». Mais, parce que « la pensée est impuissante sans parole et qu’un certain vocabulaire condamne non seulement au mensonge exprimé mais au raisonnement tordu » (*), il nous faut refuser les mots du politiquement correct et dénommer clairement ce dont il s’agit.

Le mariage pour tous existe déjà. Tous les célibataires peuvent se marier, mais pas avec n’importe qui : on n’épouse pas un parent proche, plusieurs personnes, une personne de même sexe ou une personne déjà mariée. Le prétendu « mariage pour tous » est donc en fait un mariage entre personnes de même sexe et c’est comme cela qu’il doit être nommé (ce que les Anglo-Saxons ont l’honnêteté d’admettre puisqu’ils parlent de same-sex marriage). Le terme de « mariage pour tous » est destiné à nous sidérer et à désarmer la critique. Car comment peut-on être contre le mariage « pour tous » ? Une si jolie expression qui évoque la culture pour tous, la santé pour tous, ou encore une manif sympa, « Tous ensemble, tous ensemble, ouais, ouais ».

De même, le terme homoparentalité est-il tout sauf neutre. Ce néologisme a été forgé en 1997 par l’Association des parents et futurs parents gays et lesbiens – un lobby s’il en est. Le fait qu’il soit largement admis et repris aujourd’hui est une victoire sur les cerveaux. On impose le mot afin de banaliser la chose. Et l’ouverture de l’adoption aux couples homosexuels va faire monter les enchères sur le marché de l’adoption internationale, en augmentant la demande pour une offre stable ou en baisse du produit le plus convoité : un enfant en bas âge et en bonne santé (prix dans les agences américaines : 30.000 dollars). Bien sûr, là encore, on joue sur les mots en parlant de frais d’agence, de compensation des frais de grossesse, de donation (obligatoire) à l’orphelinat, ou autres euphémismes destinés à masquer la réalité de ce qui est un business.

Penchons-nous à présent plus avant sur les questions autour de la procréation médicalement assistée (PMA), puisque le débat est en train d’émerger et que beaucoup moins de choses ont été dites sur ce point pour le moment.

La Gestation pour autrui (GPA) d’abord : quelle jolie expression, n’est-ce pas ? Et ils y tiennent, à ce qu’on l’utilise, et font les gros yeux à ceux qui parlent de « mère porteuse » (les lecteurs qui auraient eu le courage de regarder Interdits d’enfants, le téléfilm de propagande diffusé sur France 2 le 9 janvier, comprendront de quoi je parle). Elle est si jolie, cette expression, se terminant par un mot français un peu désuet – autrui. Dans « autrui », on entend altruisme. « Autrui » nous rappelle aussi les Évangiles : « Fais à autrui ce que tu voudrais qu’il te fasse ».

Pourtant si l’on examine la chose, où est l’altruisme ? Les mères porteuses sont rémunérées. Elles sont rémunérées parce que si elles ne l’étaient pas, il n’y aurait pas de mères porteuses. C’est aussi simple que cela. Au pays phare de cette innovation, les USA, le prix de la location d’un ventre est de 40.000 euros en passant par une agence (et beaucoup moins si les parties se mettent d’accord directement). L’autorisation de cette pratique dans d’autres pays a permis de casser les prix : c’est 10.000 euros en Inde et 20.000 en Ukraine. Seule une petite partie de ces sommes va aux mères porteuses elles-mêmes.

Quant à la réciprocité (« Fais à autrui… ») qui est au fondement de la règle d’or de l’éthique et des Évangiles, parlons-en. On n’a encore jamais vu une Américaine de la classe moyenne supérieure louer son ventre à une Ukrainienne pauvre ! Les femmes qui louent leur ventre pour neuf mois ont toujours moins d’argent que celles qui ont recours à ce service. Comme souvent, ce rapport économique a aussi une dimension raciale. Ce sont souvent des femmes de couleur qui louent leur ventre pour la gestation de bébés le plus souvent blancs : des Noires américaines et maintenant, avec le développement du tourisme procréatif, des femmes indiennes ou thaïes. Il y a aussi, bien sûr, aussi des femmes blanches : des Américaines blanches de la petite classe moyenne qui ont besoin d’argent, par exemple pour payer la scolarité de leurs propres enfants, et aussi des Ukrainiennes et des Géorgiennes depuis 1997, c’est-à-dire depuis l’effondrement économique des pays ex-soviétiques.

La « gestation pour autrui » est donc bien mal nommée. Sans doute est-ce volontaire. C’est un slogan publicitaire qui masque la violence du rapport de force économique. Il serait plus honnête de parler de mères porteuses et de maternité de substitution, comme le font les Anglo-Saxons, avec les termes surrogate mothers (opportunément abrégé en surrogates) et surrogacy. Mais ce qui gêne les tenants de la dite « GPA » dans le terme de « maternité de substitution », c’est qu’on nomme « mère » celle qui n’est pour eux que la gestatrice et en aucun cas la mère de l’enfant. La dite « GPA » a d’ailleurs explosé depuis que, après avoir séparé maternité sociale et maternité biologique, les évolutions de la médecine ont permis de diviser la maternité biologique elle-même en deux. En effet, les mères porteuses étaient rarissimes du temps où il fallait en passer par un rapport sexuel, et rares encore avec l’insémination artificielle car peu de femmes sont prêtes psychologiquement à abandonner ainsi leur enfant et à affronter le stigmate social qui va avec. Mais depuis que la fécondation in vitro (FIV) est maîtrisée, la porteuse ne fournit souvent que l’utérus (et tout son environnement évidemment), l’ovule ayant été fourni par une autre femme, laquelle peut être ou pas la mère d’intention ou mère sociale. Les Anglo-Saxons parlent alors de gestational surrogacy. Il faut toujours un ovule fécondé par du sperme et qui grandit dans un utérus pour faire un enfant, mais si l’ovule et l’utérus n’appartiennent plus à la même personne, alors la situation change du tout au tout et la « GPA » peut sortir de la marginalité. En effet, le lien de l’enfant avec la gestatrice est affaibli si celle-ci n’est pas aussi la mère génétique et surtout la situation juridique devient plus sécurisante pour les parents sociaux (le couple qui paye), en particulier si la mère sociale est aussi celle qui a fourni l’ovule. Dans ces conditions, la meilleure mère porteuse sera simplement celle qui a déjà des enfants, besoin d’argent, un mode de vie sain et qui présente le moins de risques de changer d’avis par la suite – finalement des conditions assez faciles à remplir, d’où l’explosion de la pratique.

Et la meilleure « donneuse » d’ovules sera celle qui a le meilleur patrimoine génétique.

Ceci nous amène à notre dernier point : le « don de gamètes » (ovules et spermatozoïdes).

La rémunération des donneurs de gamètes est interdite en France. Il s’agit donc bien d’un don, mais malheureusement, du coup, il n’y a pas assez de donneurs. Et surtout il n’y a presque pas de donneuses d’ovules – leur extraction étant autrement plus compliquée et médicalement contraignante que celle du sperme. Donc les gamètes se vendent et s’achètent sur un marché procréatif mondialisé. Le sperme danois s’exporte dans le monde entier. Alors, combien ça coûte ? En Europe, le prix d’une FIV avec « don » d’ovules frais va de 4 500 à 6 500 euros, selon les pays et les cliniques, plus le voyage et le séjour dans les pays où cela se fait (Espagne, Grèce, certains pays de l’Est). De cette somme rondelette la donneuse reçoit au maximum 1.000 euros. C’est bien le moins pour un « don » qui implique des piqûres et des médicaments tous les jours pendant un mois, puis une opération avec anesthésie locale ou générale pour recueillir les ovules. Sans parler des conséquences à long terme sur la santé, que l’on ne connaît pas vraiment. A la différence de l’Europe, les tarifs aux États-Unis sont beaucoup plus différenciés car ils dépendent de la qualité génétique présumée de la donneuse. Des agences spécialisées présentent des catalogues de donneuses, avec antécédents médicaux et familiaux, mensurations, niveau d’étude et bien entendu photos (de la donneuse adulte et enfant). Une étudiante de Harvard de haute taille peut vendre ses ovules dans les 50.000 dollars, alors que les ovules les moins chers coûtent dans les 3.000 dollars. La loi du marché n’opère pas avec une telle brutalité en Europe dans la mesure où les receveurs (en général des couples) n’ont accès à pratiquement aucune information sur les donneuses.

Finalement, quelle attitude adopter face à tout cela ? D’abord, lutter pour redonner aux mots leur sens. Ensuite, informer sur la réalité de ces pratiques complexes, sans juger à l’emporte-pièce les personnes en situation d’avoir à payer pour ce que les autres ont gratuitement. Enfin, prendre le pouvoir, au moins sur les esprits, et éduquer les jeunes générations pour les détourner de la marchandisation de l’humain. Sinon, de FIV en GPA et d’IVG en DPI (diagnostic pré-implantatoire), nous allons tout droit vers une nouvelle humanité inhumaine. Les publicitaires trouveront bien un sigle désincarné pour masquer le clonage vers lequel nous allons à brève échéance (les pratiques les plus en pointe de la FIV touchent d’ores et déjà au clonage) ou l’utérus artificiel qui, lui, est un horizon plus lointain.

Cathy Cardaillac (Polémia, 11 février 2013)

(*) Vladimir Volkoff, Petite Histoire de la désinformation. Du Cheval de Troie à Internet, Editions du Rocher, 1999, 314 pages

21/11/2011

Le retour de l'impôt ?...

Nous reproduisons ci-dessous un point de vue d'Hervé Juvin, cueilli sur son blog Regard sur le renversement du monde et consacré à l'impôt et à la nécessaire équité fiscale.

  

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Le retour de l'impôt ?

Légitimer l’impôt, redécouvrir l’impôt, demander plus à l’impôt…

En ces temps de campagne électorale, une étonnante découverte paraît réunir des candidats que par ailleurs à peu près tout oppose : la découverte de l’impôt ! Quelle soit énoncée sous sa forme élégante – supprimer les niches fiscales – ou plus brutale – faire payer les riches – l’idée est la même : augmenter l’impôt permettrait de résoudre le problème de la dette publique, de financer la protection sociale, d’assurer la solidarité entre les Français, d’investir dans la croissance de demain. Que n’y a-t-on pensé plus tôt !

Etonnante découverte en effet, qui confirme l’état d’inconscience avancée de l’opinion, des media qui la font, et des élus qui les nourrissent. Etonnante à plus d’un titre, et d’abord pour cette ignorance manifeste ; avec plus d’un euro sur deux produit par les Français voué à la dépense publique socialisée, avec des dépenses publiques et des prélèvements qui placent la France en tête de presque tous les pays de l’OCDE, la France ne souffre pas d’un manque d’impôt, mais d’un trop plein de dépenses publiques. C’est l’évidence ; la nier sert seulement à masquer les décisions nécessaires et les arbitrages vitaux. Et d’ailleurs, le niveau atteint par l’impôt en France, le plus élevé de toute l’Union européenne, ne sera pas pour rien dans la possible dégradation de la note « triple A » des emprunts publics français. Etonnante ensuite par l’écart entre les fins énoncées et le moyen choisi. La preuve a été faite à maintes reprises, le seul moyen de résoudre un problème structurel de déficit budgétaire est de diminuer la dépense publique, pas d’augmenter l’impôt. Qu’il soit utile de distinguer entre les dépenses d’investissements et les dépenses courantes, qu’une réduction aveugle et générale de la dépense publique puisse poser des problèmes est évident. Mais que l’impôt soit la réponse à tout, et d’abord à l’impuissance de l’Etat face à des fonctionnaires bénéficiant d’inégalités éclatantes, par exemple dans le domaine de leurs retraites ( 32 % de la dépense pour 12 % d’ayant-droit !), revient à faire payer à ceux qui paient l’impôt, et à eux seuls, la lâcheté politique et le clientélisme des partis – l’Etat est impuissant devant ses fonctionnaires. Etonnante aussi parce que les fruits amers d’une solidarité qu’on n’ose plus dire nationale, puisqu’elle n’est plus réservée aux Français, agacent les dents des cotisants, et de ceux qui ont le sentiment de payer pour tout et pour tous. La manne de l’argent public, quand elle tombe de la politique de la Ville, des prises en charge aveugles de dépenses de santé à des non-ayant droits, quand elle finance sans compter des associations lucratives sans but sous couvert d’acheter la paix sociale,  quand elle fabrique par millions des abonnés à l’assistance, et s’interdit d’invalider le million de fausses cartes Vitale en circulation, ne finance pas la solidarité, elle finance l’isolement individuel, elle finance la spoliation des Français par leurs envahisseurs, elle finance la dégradation morale des abonnés aux guichets publics et pour finir, elle finance la désocialisation d’une France que les siens ne reconnaissent plus. L’argent public peut être un agent de la désocialisation et de la rupture de tous liens entre ceux qu’il dispense de se rendre utiles, de travailler, ou de se soucier ; et les facilités de l’assistance par l’argent public depuis longtemps contribuent à la dégradation de l’espace public national. Le socialisme de l’assistance et des droits inconditionnels devrait s’en souvenir, avant de devenir un peu plus le parti de la dissolution de la société.

Qu’il s’agisse de demander plus à la CSG ou à la TVA, qu’il s’agisse de revoir certains avantages accordés sans intérêt collectif manifeste et durable, les Français l’intègrent déjà : l’été 2012 sera un été fiscalement chaud, et la rentrée riche de surprises. Mais le préalable à l’effort national est connu – un plan de maîtrise des dépenses publiques, la réduction de l’assistance inconditionnelle, le contrôle rigoureux des droits à prestations, limitées dans le temps et non cumulables, la confrontation de chacune et de chacun à ses responsabilités et à ses choix de vie. Et enfin, et surtout, l’équité de mesures fiscales stables dans le temps, aux effets prévisibles et anticipés, donc gérables. Sinon, l’impôt se nomme spoliation, et la démocratie n’oblige personne à payer un impôt manifestement injuste ou confiscatoire. Qui se souvient que maintes révolutions démocratiques, de la Grande-Bretagne aux Etats-Unis, ont commencé par la perception d’impôts ou de taxes vécus par les redevables comme illégitimes ? Un pouvoir se joue aussi sur la légitimité de l’impôt qu’il perçoit. Et l’assiette comme les niveaux atteints par l’impôt en France sont tout prêt de le rendre illégitime. Ceux qui aspirent au pouvoir doivent s’en souvenir.

Hervé Juvin (Regards sur le renversement du monde, 14 novembre 2011)

16/11/2011

Wall street : place financière ou scène de crime ?

Nous reproduisons ci-dessous un article de Xavier Raufer, cueilli sur le site du Nouvel Economiste et consacré au royaume de la fraude et de l'escroquerie qu'est devenu Wall street, la bourse de New York.

 

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Wall street : place financière ou scène de crime

Lançant, dans les années 1980, un important programme de dérégulation de la finance américaine, Ronald Reagan avertissait : “La libre entreprise n’est pas un permis de chasse.” Un sage avis hélas resté lettre morte. Car ce qu’on apprend aujourd’hui sur la place boursière new-yorkaise, le New York Stock Exchange NYSE, ou “Wall Street”, fait dresser les cheveux sur la tête. Une “inquiétante disposition de Wall Street pour le crime”, comme le dit le procureur fédéral de Manhattan-Sud, aussi profonde qu’ancienne : délits d’initiés, faux en écritures comptables, escroqueries pyramidales bien sûr ; mais aussi réseaux illégaux de corruption et d’échanges de données confidentielles – et même présence avérée du crime organisé.

En sus, une incapacité – parfois proche de la complicité – de l’instance régulatrice, la SEC (Securities and Exchange Commission) à faire régner un ordre minimal au sein d’un bazar d’autant plus tortueux que les transactions douteuses s’y opèrent, ajoute le magistrat, “entre proches ou au sein de la même communauté ethnique”.

Du coup, le FBI use désormais, pour ses investigations visant la criminalité financière en col blanc, de techniques “associées aux enquêtes visant le crime organisé violent” : écoutes téléphoniques, perquisitions, détentions préventives, inculpations criminelles aussi bien que civiles. Une mobilisation en mesure de juguler la vague criminelle ? Pas sûr car cet élan répressif est bien tardif, le FBI ne consacrant, en outre, aux grandes fraudes financières, que “quelques centaines de policiers fédéraux sur un effectif de 14 000 agents”.

Des policiers qui ont du pain sur la planche. Car désormais la certitude est là : au moins dans l’affaire Madoff, la présence mafieuse est avérée. Lisons cet extrait d’une interview donnée au New York Times par Harry Markopolos, expert financier qui, depuis l’an 2000, dénonçait les fonds Madoff comme une “pyramide de Ponzi” : “Question : “Vous sembliez vraiment craindre que M. Madoff ou ses sbires [nous soulignons] ne vous tuent ?” Réponse de H. Markopolos : “Croyez-moi, ce n’est pas de la paranoïa… Les agents du FBI portent des armes, pourquoi ? Au cas où. Donc moi aussi, j’ai une arme. Madoff jouait un jeu très dangereux. Quand j’ai discuté avec l’agent du FBI chargé de l’affaire, il m’a dit “Harry, avec de tels montants – on parle de plusieurs milliards [de dollars US], certains finissent mal et tu as eu beaucoup de chance”.” Telle était, vers 2008, l’ambiance à Wall Street.

Les choses se sont-elles arrangées depuis ? En tout cas pas du fait de la SEC, instance régulatrice sur laquelle on apprend, jour après jour, les faits les plus effarants.

D’abord, celui-ci : le directeur juridique de la SEC, l’homme personnellement chargé du dédommagement des victimes de l’escroquerie Madoff, était lui-même un bénéficiaire de la fraude en tant qu’héritier, avec ses proches, d’un compte Madoff de 2 millions de dollars – et pendant longtemps, nul à la SEC n’a réagi ! Un conflit d’intérêt chimiquement pur, la loi fédérale interdisant d’évidence à tout haut fonctionnaire de traiter un dossier où il a un intérêt financier personnel.

Cette négligence proviendrait-elle des agents de la SEC, qu’un journaliste dépeint comme “abrutis par la consultation maladive de sites pornographiques pendant les horaires de bureau” ? Pas seulement, car il y a plus grave encore.

En août dernier, le sénateur fédéral Charles Grassley s’indigne contre la SEC, qu’il décrit comme “un organisme dominé par les malfaiteurs financiers sur lesquels il est chargé d’enquêter”. Depuis la décennie 1990, la SEC (en théorie censée garder toutes ses archives 25 ans…) aurait en effet systématiquement détruit quelque 18 000 dossiers de ses enquêtes préliminaires, dont – entre bien d’autres – ceux de Madoff, Lehman Brothers, Goldman Sachs – bref, dit le rapport sénatorial, des archives sur les prédateurs ayant provoqué “la vague de corruption et de fraude qui a dévasté l’économie mondiale”.

Membre de la commission de la justice au Sénat, Grassley souligne que ces dossiers contenaient sans doute des éléments qui auraient pu permettre de prévenir la crise financière de 2008 et l’escroquerie de Madoff.

En cours, l’enquête sur ces destructions illicites de pièces de justice montre que ces faits sont réels – tout cela étant négligemment considéré par la SEC comme éléments “secondaires” ou “sans intérêt”.

La SEC pourra-t-elle se ressaisir ? Difficilement, car un efficace lobbying des grands prédateurs financiers a amputé son présent budget de 222 millions de dollars (sur un total de 1, 2 milliard). Rappelons que les réserves financières pour litige de la seule banque JP Morgan, s’élèvent à 4 milliards de dollars…

Or un budget amoindri signifie moins d’enquêtes, moins d’investigations elles-mêmes limitées dans le temps, donc moins de malfaiteurs poursuivis et plus d’arrangements à l’amiable – un rêve pour requin de Wall Street.

Des prédateurs qui, s’ils se trouvent encore trop gênés aux entournures dans le cadre financier traditionnel, peuvent aujourd’hui aisément recourir à la “finance de l’ombre”. Une “soupe de structures, d’entités et d’intermédiaires hors des circuits traditionnels”, nous dit récemment Le Monde, hedge funds, firmes de capital-investissement, banques d’affaires, agences de notation, spéculateurs en matières premières, chambres de compensation, sociétés hors-bilan – un ensemble mondialement actif, mais laissé à peu près sans surveillance.

Concluons par cette cruelle observation de Karl Marx (auteur dont le signataire use peu…) : “Dans son mode de gain comme dans ses jouissances, dit-il dans Les Luttes de classe en France, l’aristocratie financière n’est pas autre chose que la résurrection du lumpenproletariat dans les sommets de la société bourgeoise.” Marx décrivait alors la France de la monarchie de Juillet. Depuis sa fin, voici plus de 160 ans, il semble hélas qu’à Paris comme à Wall Street, bien peu ait changé.

Xavier Raufer (Le nouvel Economiste, 4 novembre 2011)

01/07/2011

L'école en triche...

Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Philippe Bilger, mis en ligne sur son site Justice au singulier et consacré au développement de la fraude aux examens. Un signe des temps. Un de plus...

 

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L'école en triche

Il faut remettre la règle au coeur de la vie scolaire, déclare le ministre de l'Education nationale (Le Figaro). Elle n'y était donc pas, donc plus ? Quel constat d'échec mais quel beau programme s'il est réalisé !

On a le droit d'être sceptique en considérant la multiplication récente des fraudes aux examens (bac, BTS et autres diplômes universitaires) et des triches qui dépassent "les blagues de potache", comme l'a affirmé trop rapidement au sujet de l'une d'elles Jean-Luc Mélenchon, mais un véritable système, "un vrai sport national" (Le Parisien). Cette généralisation ne permet pas de se rassurer en s'attachant aux faiblesses et à la subjectivité de chacun mais fait apparaître qu'il y a un poison coulant aujourd'hui dans les veines de nos institutions, de notre société : le déni de loyauté, la répudiation de l'honnêteté.

Ce n'est pas rien que ce bouleversement d'un monde autour de ses bases morales. Là où il y a de la "triche", il y a de la certitude, du succès, en tout cas de l'espoir, rien qui malheureusement soit de nature à favoriser l'image qu'on devrait chercher à donner de soi. Il y a tant de dégradations qui, au fil du temps, constituent d'implacables réquisitoires contre notre laxisme, notre manière de gouverner, nos accommodements. A force de ne rien trouver de grave, on a descendu insensiblement, quasiment sans douleur ni secousse, une pente que nous ne parviendrons plus à remonter.

Remettre la règle au coeur de la vie scolaire ! Pour mieux lutter contre les dérives qui depuis des années pourrissent les collèges et les lycées et pouvoir disposer d'un arsenal de sanctions plus adaptées, paraît-il (Marianne 2). Qu'on soit obligé en 2011 de prêcher des évidences et de décréter une autorité verbale sans cesse niée et ridiculisée par la réalité manifeste, certes, de la bonne volonté mais dans le vide !  L'existence  souvent insupportable au quotidien pour nombre d'enseignants, dont on est obligé de vanter le courage plus que le sens pédagogique, dans des établissements difficiles, est le signe d'une "machine" qui périclite. Il faut cesser de "jouer" l'étonnement devant la chronique inlassable et ostensible des dysfonctionnements de l'école.

Aussi, comment espérer que ce qui résulte d'un délitement, conséquence de beaucoup de responsabilités médiocrement assumées à tous les niveaux, soit miraculeusement stoppé ? Il y a quelque chose de pathétique dans l'illusion que nourrit un pouvoir de prétendre opposer une politique à une catastrophe morale et civique. Là où il faudrait tout reprendre à zéro, ce qui est impossible, on est condamné à partir d'aujourd'hui, et donc toujours trop tard.

Une anecdote personnelle pour terminer. Je me souviens au collège d'avoir été accusé de tricher parce que j'avais obtenu une note de 14 sur 20 à une épreuve de mathématiques sans jamais avoir été brillant dans cette matière. Ce qui m'avait horriblement humilié alors - le sentiment d'une injustice profonde - serait-il aujourd'hui si mal perçu ? Je n'irais pas jusqu'à prétendre que la fraude jouit aujourd'hui du charme d'une règle pas encore traditionnelle mais déjà moins sulfureuse, mais je m'interroge : et si la triche était devenue presque la règle ?

Vite, que la honte revienne.

Philippe Bilger (Justice au singulier, 29 juin 2011)