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  • La Douce France...

    Nous reproduisons ci-dessous une réflexion d'Armand Henri, cueillie sur le site de la revue Éléments, autour du livre de Jean de Viguerie, Les deux patries.

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    Douce France, cher pays de mon enfance…

    La force des Deux Patries de Jean de Viguerie est de ne pas réduire 1789 à un changement de régime. Une patrie révolutionnaire, fondée sur la souveraineté nationale, l’égalité juridique et la sacralisation de la République, aurait recouvert l’ancienne France chrétienne, monarchique, historique et charnelle. La distinction est juste, mais incomplète. Sous ces deux patries demeure une France plus ancienne qu’elles : la « Douce France ».

    Elle apparaît dans La Chanson de Roland, au sein d’un univers carolingien, impérial et chrétien antérieur au royaume capétien. Elle reparaît en 1943 chez Charles Trenet, sous les traits des villages, des paysages et de l’enfance. Entre Roland et Trenet, les frontières, les institutions et les régimes ont changé. Une même France reste pourtant reconnaissable.

    La Douce France précède donc l’État. Elle ne se confond ni avec la monarchie ni avec la République. Elle est le fonds historique que les régimes ont successivement incarné, ordonné ou refondu. Sa première forme politique se trouve dans la communitas regni, communauté du royaume composée de droits, de coutumes, de provinces et de fidélités emboîtées. L’Ancien Régime en conserve une part malgré la centralisation, jusqu’à la suppression des provinces en 1789 et à l’uniformisation juridique du Code civil.

    Compléter Viguerie revient ainsi à retrouver une France palimpseste, gauloise, romaine, chrétienne, médiévale, provinciale et royale, jamais réductible à Paris. Cette profondeur reste particulièrement sensible dans le Grand Ouest, où se superposent les héritages gallo-romain, normand, breton, angevin et plantagenêt.

    Une France aimée avant d’être définie

    Dans La Chanson de Roland, la « douce France » n’est pas encore une nation moderne. Roland sert Charlemagne, souverain d’un ensemble impérial et chrétien plus vaste que le futur royaume capétien. La France peut désigner la terre des Francs, le pays natal, le domaine du souverain ou la communauté des compagnons. Elle est donc aimée avant d’être précisément délimitée. Roland pense à Charlemagne, à sa parenté, à ses compagnons et aux terres quittées. La patrie n’est pas une souveraineté abstraite appliquée à un territoire uniforme. Elle est un ordre de fidélités reliant le prince, la famille, l’honneur, la foi, la mémoire et le sol.

    Viguerie saisit cette France comme une personne morale, tour à tour douce, noble, miséricordieuse, humiliée, coupable ou relevée. Sa valeur dépend moins de sa puissance que de ses vertus. La clergie unit les livres, les écoles, la mémoire antique et la sagesse chrétienne. La chevalerie soumet la force à l’honneur, au courage, à la fidélité et à la protection du faible. La douceur française désigne ainsi une civilisation de la mesure, où la puissance sert la justice, le savoir la morale et l’autorité le bien commun. Pendant la guerre de Cent Ans, cette France est blessée, mais non déclarée innocente. Les auteurs dénoncent ses divisions, ses mauvais gouvernants, son orgueil et sa perte de vertu. La défaite extérieure révèle un désordre intérieur. La Douce France n’est donc pas une essence confortable, mais une exigence morale.

    Trenet reprend cette intuition dans une langue sécularisée. Sa France n’est définie ni par le droit divin ni par la souveraineté populaire. Elle est faite de chemins, de villages, de paysages et de souvenirs. On ne l’aime pas pour son programme, mais parce qu’on la reconnaît. La continuité entre Roland et Trenet révèle la limite des Deux Patries. Les deux patries de Viguerie sont des constructions politiques et spirituelles rivales. La Douce France est le sol qui leur préexiste. La monarchie l’a incarnée sans l’épuiser. La République peut en hériter sans l’avoir créée.

    Elle la menace lorsqu’elle prétend que la France commence en 1789 ou se confond avec ses principes. La critique barrésienne de la République déracinante prend ici son sens. Une patrie suppose une terre, des paysages, des habitudes, des générations et des morts, non la seule adhésion à des valeurs. La citoyenneté permet d’entrer juridiquement dans la communauté politique. Elle ne transmet pas mécaniquement une civilisation. La Douce France peut être adoptée par celui qui ne l’a pas reçue à la naissance, mais cette adoption exige l’entrée dans une continuité historique, non son effacement.

    La communitas regni et les trois France hors de Paris

    La Douce France trouve une première forme politique dans la communitas regni. Avant l’État moderne, le royaume n’est ni la propriété personnelle du roi ni une juxtaposition anarchique de fiefs. Il est une communauté de communautés. Le roi en est la tête, non le propriétaire absolu. Il doit maintenir la paix, rendre la justice, protéger les églises, arbitrer les conflits et servir le bien commun. Il gouverne donc un ordre qu’il reçoit autant qu’il le dirige. Cet ordre rassemble princes, évêques, abbayes, seigneuries, villes, métiers, paroisses et pays coutumiers. Le droit combine héritage romain, droit canonique, coutumes, droit féodal, ordonnances royales et jugement prudentiel. Cette pluralité repose sur une justice supérieure à la volonté du souverain.

    La France se construit ainsi par emboîtement. L’homme appartient à une famille, une paroisse, une ville, un pays coutumier, une province, un royaume et à la chrétienté. La monarchie se renforce lorsqu’elle ordonne ces appartenances sans les abolir. L’Ancien Régime conserve cette architecture. Les provinces gardent leurs institutions, leurs coutumes, leurs fiscalités, leurs privilèges et leurs mémoires. Même sous Louis XIV, l’absolutisme reste limité par les parlements, les offices, les pays d’états, les corps et les droits locaux. La souveraineté est une, mais la société demeure composée. Cette France forme un palimpseste organisé autour de trois grands ensembles hors de Paris.

    Le Midi est romano-occitan. Les cités antiques, le droit écrit, les langues d’oc, les échanges méditerranéens et l’empreinte urbaine de Rome y demeurent particulièrement visibles. Sa continuité est plus directement romaine que celle du domaine capétien du Nord. L’Est est une France de contact avec le monde germanique et impérial. Marches, villes, principautés et évêchés vivent dans la proximité du Saint-Empire. La frontière y est une zone de circulations, de fidélités croisées et de souverainetés superposées. Cette France se construit face à un autre héritage de Charlemagne. L’Ouest est atlantique et plantagenêt. Normandie, Bretagne, Anjou, Maine, Touraine, Poitou et Aquitaine ne sont pas des marges dépendantes de Paris, mais des centres politiques, juridiques, aristocratiques et littéraires.

    Le Grand Ouest relie la Loire, la Manche, l’Angleterre et les routes atlantiques. Il transmet les matières bretonne et arthurienne, projette le français dans les îles Britanniques par les voies normandes et anglo-normandes et porte des dynasties capables de rivaliser avec les Capétiens à l’échelle européenne. La France médiévale n’est donc pas née d’une expansion régulière de Paris vers des périphéries passives. Elle est un volume polycentrique progressivement royalisé. Les Capétiens lui donnent un axe, une justice supérieure et une continuité dynastique, mais n’en créent pas seuls la substance. Le Grand Ouest les oblige à composer avec des droits, des coutumes et des puissances antérieurs à leur administration. Il ralentit la centralisation tout en donnant à la France profondeur territoriale, ouverture maritime, culture aristocratique et projection insulaire. Cette histoire explique la persistance des identités bretonne, normande, angevine, mancelle, poitevine et vendéenne. Elles ne sont pas plus françaises que les autres. Elles rendent seulement plus visible l’existence de sociétés antérieures à l’administration centrale.

    Sous cette couche médiévale apparaît un fond plus ancien. La Gaule romanisée n’était pas une matière informe. Des cités, des sanctuaires, des territoires et des réseaux politiques existaient avant la conquête. Rome les a transformés et intégrés, non créés à partir du néant. La France palimpseste plonge donc dans les cités gauloises, leur romanisation et leur christianisation, bien avant Clovis et les Capétiens.

    De l’unité capétienne à l’abstraction jacobine

    La seconde limite de Viguerie concerne la chronologie de la rupture. La Révolution supprime les provinces et les corps, remplace les pays historiques par les départements et impose l’uniformité de la loi. Le Code civil prolonge cette tabula rasa par un cadre juridique commun. Cette mutation ne surgit pourtant pas dans un royaume étranger à la centralisation. Le jacobinisme n’est pas le prolongement direct du capétianisme, mais une généalogie relie les deux. La monarchie capétienne attire vers le roi la justice, la guerre, la fiscalité et la définition du bien commun. Cette concentration sert d’abord la communitas regni. Le roi protège les communautés, limite les violences privées et fournit un recours supérieur. Mais le centre peut cesser d’ordonner la pluralité pour vouloir la remplacer. Ce risque précède 1789, sans que l’on puisse projeter l’État jacobin sur les premiers Capétiens.

    Le tournant s’affirme avec les Bourbons, à partir d’Henri IV. Après les guerres de Religion, la reconstruction du royaume renforce un pouvoir central placé au-dessus des appartenances particulières. Le gallicanisme accompagne ce mouvement. Il défend l’autonomie de l’Église de France face à Rome, mais accroît sa dépendance envers le souverain. Le royaume tend ainsi à nationaliser le christianisme et à rapprocher le sacré du centre politique. Louis XIV pousse cette logique sans atteindre l’uniformité jacobine. Provinces, coutumes, parlements, privilèges fiscaux et corps intermédiaires subsistent. La souveraineté est indivisible, mais le royaume reste composé. La Révolution reprend cette unité et la retourne contre les médiations historiques. Elle substitue la nation au roi, l’individu aux corps, les départements aux provinces et la loi générale aux coutumes. L’appareil centralisateur devient égalitaire, abstrait et impersonnel. La deuxième patrie de Viguerie apparaît ainsi comme la sécularisation radicale d’une tendance monarchique. La royauté avait concentré la souveraineté. La Révolution la transfère à la nation et refuse tout corps durable entre le citoyen et l’État.

    La France risque alors d’être réduite à la République. Être français ne signifie plus d’abord recevoir une langue, des paysages, une mémoire et une civilisation, mais appartenir juridiquement à une communauté définie par le droit civil et administratif. Cette conception possède une force d’intégration réelle. On peut devenir français sans appartenir à un lignage ou à une province ancienne. La citoyenneté n’est pas réservée au sang. Elle devrait toutefois fonctionner comme l’entrée dans le catholicisme romain. Par le baptême, le converti rejoint une Église qui lui préexiste. Il ne la refonde pas. De même, le nouveau citoyen entre par le droit dans une continuité déjà constituée. La République devient déracinante lorsqu’elle nie cette antériorité et prétend que l’adhésion à quelques principes suffit à produire la France.

    C’est le cœur de la critique de Barrès. Toute construction politique exige un sol humain. La volonté ne remplace pas la transmission. Une nation réduite aux droits individuels, aux procédures et aux valeurs déclarées perd la matière qui les rend habitables. Compléter Viguerie ne revient donc pas à réfuter les Deux Patries. La monarchie chrétienne et la République révolutionnaire sont deux interprétations rivales d’une France qui les précède. La première a conservé la Douce France tout en préparant la centralisation qui la menacerait. La seconde a ouvert juridiquement la citoyenneté tout en réduisant souvent la patrie à sa forme administrative.

    Le dépôt du Grand Ouest

    Au-delà des deux patries de Jean de Viguerie subsiste une patrie plus ancienne : la Douce France. Ni régime ni idéologie, elle est une continuité de paysages, de langues, de provinces, de rites et de mémoires. Elle précède l’État dans l’univers carolingien de Roland, la monarchie capétienne dans les communautés dont le royaume est issu, et la République, puisque la citoyenneté hérite d’une histoire qu’aucun décret ne crée. La retrouver suppose moins la nostalgie que la redécouverte de la communitas regni, des libertés provinciales, des coutumes et des corps intermédiaires. La chanson de Trenet pourrait en devenir l’hymne. La Marseillaise exprime la guerre révolutionnaire et la souveraineté populaire. « Douce France » nomme ce qu’elles prétendent défendre : une terre familière, une mémoire et une manière d’habiter le monde.

    L’attrait pour le Grand Ouest ne tient peut-être pas seulement à l’océan ou aux vacances. Bretagne, Normandie, Anjou, Maine, Poitou et Vendée conservent l’image d’une France où la province n’a pas entièrement disparu sous l’administration. Bocages, manoirs, clochers, ports et chemins creux portent un inconscient chouan : non un projet de restauration, mais l’intuition qu’une société peut être française sans être fabriquée par Paris, qu’une fidélité locale renforce l’appartenance nationale et que la liberté peut aussi résider dans l’enracinement.

    Cette profondeur plonge enfin sous le Moyen Âge. Lyon fut Lugdunum, capitale des Trois Gaules, mémoire encore portée par le titre de « primat des Gaules ». Dans La Cité des druides, publié chez Gallimard, comme dans son entretien avec Pierre Coutelle, Jean-Louis Brunaux montre une Gaule déjà structurée par des cités, des institutions, des sanctuaires et des réseaux territoriaux. Rome n’a pas civilisé un vide. Elle a intégré un monde organisé.

    La Douce France est le nom de cette sédimentation : gauloise par ses cités, romaine par ses villes et son droit, chrétienne par ses institutions, carolingienne par sa mémoire, médiévale par la communitas regni, plantagenêt par son Grand Ouest et capétienne par son unité royale.

    Armand Henri (Site de la revue Éléments, 5 août 2026)

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  • Du bonheur de se perdre en France...

    Les éditions Arthaud ont récemment publié un essai de Victor Coutard intitulé L'art du détour - Du bonheur de se perdre en France. Victor Coutard est auteur et journaliste et a notamment publié des livres de cuisine.

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    " « En empruntant de nouveau la petite route, dans une sorte de révélation d'ordre épiphanique, j'ai eu le sentiment de protester, à l'échelle de ma vie, contre l'accélération du temps. » À l'heure où même le voyage tombe sous le coup de la rationalisation, le détour s'impose comme un acte de résistance. Il permet de vivre la route, de profiter d'un temps élastique, de retrouver le goût de l'aventure et de cultiver un rapport sensible à la géographie. Prendre le temps de s'arrêter, se tromper, découvrir des adresses ou des points de vue, faire des rencontres inattendues : seul le détour permet cela. Ce livre n'est pas un guide mais une invitation au voyage au cœur d'une France qui change moins vite qu'on ne le prétend. Car se détourner, c'est aussi réapprendre une autre façon de vivre. C'est s'émanciper des trajets générés par ordinateur, des restaurants connus grâce aux réseaux sociaux et des plus beaux villages de France en carton-pâte. Chaque jour est différent quand on s'organise pour savoir se perdre et qu'on maîtrise l'art du détour. "

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  • Qu’est-ce que la France aujourd’hui ?...

    Dans cette émission du Plus d’Éléments, diffusée par TV Libertés, l'équipe du magazine s’empare du dernier numéro d’Éléments consacré à la France. Non pas la France des slogans ou des incantations creuses, mais celle qui résiste au temps, qui se transmet et se transforme sans se dissoudre.

    Qu’est-ce qu’être français aujourd’hui dans un monde travaillé par l’indifférenciation et l’oubli de soi ? Un débat sans détour, pour penser ce qui demeure.

    On trouvera sur le plateau, autour d'Olivier François, Thomas Hennetier, David L’Épée et Christophe A. Maxime.

     

                                                  

     

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  • Extermination bienveillante...

    Les éditions Arcades Ambo viennent de publier  Extermination bienveillante, un recueil de chroniques d'Yves Lepesqueur écrites entre 2011 et 2025 pour la revue L’Atelier du roman.

    Écrivain et essayiste, Yves Lepesqueur a séjourné en Iran, en Inde, en Afghanistan et en Arabie. Collaborateur régulier de  entre 2011 et 2025, il est notamment l’auteur de Pourquoi les Libanaises sont séduisantes (L’Harmattan, 2022) et de L’Islam et l’ordre du monde (Arcades Ambo, 2024).

     

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    " Des rues de Téhéran à l’ethnologie parisienne, des plans de technocrates indiens au cafard de la France périphérique, en  passant par les jardins de Kaboul ou les cérémonies funéraires devenues des talk-show pour les survivants, ces chroniques nous entraînent dans un monde où les démolisseurs n’ont pas laissé grand-chose à « déconstruire ».
    Cette époque si étrange, comique, absurde, et toujours si habile à dissimuler ses pulsions liquidatrices sous les plus louables intentions, l’auteur ne se contente pas de s’en irriter ou d’en rire. Il s’attache aussi à déchiffrer impitoyablement la logique des folies béates ou furieuses d’une modernité finissante.

    Ces textes ont été publié dans L’Atelier du roman entre 2011 et 2025."

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  • Brasillach et sa lettre à un soldat de la classe 60...

    Les éditions Lif viennent de rééditer Lettre à un soldat de la classe 60 de Robert Brasillach, avec une préface de Peter Tame.

    Écrivain et journaliste à l'Action française et Je suis partout, Robert Brasillach, à qui l'on doit, notamment, Les sept couleurs et Comme le temps passe, mais aussi une Histoire du cinéma (avec son beau-frère Maurice Bardèche) ou un Corneille, a été une des principale victimes de l'épuration des intellectuels et est mort le 6 février 1945, dans les fossés du fort de Montrouge, sous les balles d'un peloton d'exécution.

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    " Robert Brasillach aimait les enfants. Ils sont présents dans tous ses romans. Par ailleurs, toute sa vie, il a montré un sens très fort de la famille. Ses rapports avec son neveu, Jacques Bardèche, né en 1940, et sa nièce, Françoise, née en 1942, furent brefs mais chaleureux.
    Dans cette Lettre à un soldat de la classe 60, écrite en novembre 1944 à la prison de Fresnes, il lègue son idéal fasciste à son neveu.
    Cette Lettre constitue son testament politique. Incarcéré et inculpé pour «intelligence avec l’ennemi» (c’est-à-dire avec les Allemands, qui avaient occupé la France depuis 1940), il leur rend pourtant hommage. Le ton de la lettre est à la réconciliation des Français entre eux ainsi qu’à celle de la France et de l’Allemagne. Dynamiques et ambitieux, les Allemands paraissent encore à Brasillach très courageux en ce qu’ils continuent à tenir tête au monde entier. Pour lui, ce sont même des victimes plutôt que des ennemis dans la Deuxième Guerre mondiale.
    Il prévoit que, dans l’avenir, il faudrait que la France se réconcilie avec l’Allemagne afin que les deux nations puissent accomplir de grandes choses ensemble. Il cite une phrase d’un article polémique, phrase qui lui sera abondamment reprochée lors de son procès : «[...] les plus lucides d’entre nous ont tous plus ou
    moins couché avec l’Allemagne, et [...] le souvenir leur en restera doux.»
    Pourtant, sa pensée politique s’est légèrement modifiée : il prône encore son idéal fasciste, mais il y ajoute, paradoxalement, un certain libéralisme associé à l’anarchisme de sa jeunesse. Le texte montre un certain nombre de contradictions dans la pensée politique de Brasillach, qui les assume toutes.
    En janvier 1945, il sera condamné à mort par un tribunal de la Libération et fusillé le 6 février 1945."

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  • Trump : le grand piège de la droite française...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue d'Alexandre de Galzain, cueilli sur le site de la revue Éléments et consacré au piège que constitue l'hubris trumpienne pour la droite française...

     

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    Trump : le grand piège de la droite française

    Qui défend Donald Trump aujourd’hui se place de lui-même dans le camp de l’ennemi. Nous sommes la France, nos alliés face au monde sont l’Europe – pas l’UE, l’Europe – et qui nous nuit est notre ennemi. Un an après sa prise de pouvoir, il devient pratiquement impossible pour une personne sensée de contester la dureté des attaques menées par les États-Unis d’Amérique envers notre continent, que ce soit sur le plan diplomatique, économique, stratégique, écologique ou symbolique. Menace d’invasion militaire du Groenland, moqueries constantes, mise à l’écart dans le conflit russo-ukrainien, extractivisme, droits de douane et menaces : on ne compte plus les exemples de manifestations de mépris de Donald Trump à notre égard. Or, une partie de la droite l’applaudit toujours sans réserve.

    L’attaque du Venezuela a créé chez la droite française un nouveau sursaut trumpiste. Un dictateur communiste de moins dans ce bas monde, que demander de mieux ? Enlevé au terme d’une opération presque sans bavures – « seulement » 83 morts a priori –, le kidnapping a réjoui autant les admirateurs de la force brute que les anticommunistes. Pourtant, si la fin de Maduro est un fait positif en soi, trois problèmes majeurs en découlent.

    Le premier, qui touchera directement les Vénézuéliens, c’est celui de la succession. Pour le moment, il apparaît que le pays n’a pas prévu de nouvelles élections à court terme et que Delcy Rodriguez, la vice-présidente de l’ancien dictateur, veuille en profiter pour conserver le pouvoir. Sans doute sera-t-elle sensiblement plus prudente que son prédécesseur, mais rien ne garantit pour le moment une ouverture démocratique. De même, bien que Maduro ait été largement haï à juste titre par une large part de la population, il est envisageable que la cupidité américaine puisse créer un effet de repli anti-occidental, ce qui nous emmène au deuxième point.

    Ensuite, il y a donc l’interventionnisme pétrolier des États-Unis. Pour rappel, le Venezuela détiendrait les plus grandes réserves d’or noir au monde. Leur exploitation, dans un premier temps, favoriserait sans doute le peuple qui subit la grande faiblesse des infrastructures actuellement en place. Pourtant, nul doute connaissant Donald Trump que son intérêt premier reste l’extraction de cette ressource pour servir son pays : en permettant aux grandes multinationales américaines de mettre la main sur le pétrole vénézuélien, il renforce indéniablement sa puissance commerciale et sa capacité à jouer sur les cours au niveau mondial, accroissant par conséquent la dépendance de l’Europe à son voisin d’outre-Atlantique. Sur ce dernier point, il faudra un jour écrire un article sur le devenir mafieux de l’Amérique.

    Le dernier problème soulevé par cette intervention militaire est celui de la légitimité des États-Unis à mener des opérations militaires extérieures sans le consentement d’aucune autre personne que du « POTUS » – les membres du Congrès n’ont été informés des détails de l’attaque vénézuélienne qu’une semaine après son déroulement. Il incombe donc à un seul homme, qui dit n’obéir à aucune loi sinon celle de sa propre morale, de décider de la légitimité d’un régime à rester en place. Pour ce qui est du mal que représente une dictature communiste, personne de notre camp ne le niera. Mais à ce compte, qu’est-ce qui peut bien empêcher Donald Trump de renverser les régimes cubain, colombien, algérien, égyptien, turkmène ou que sais-je, tout régime qu’il jugera mauvais ? Poursuivons l’exercice de pensée : alors qu’Elon Musk déclare chaque semaine s’inquiéter de la situation démocratique dans tel ou tel pays européen – le Royaume-Uni, l’Allemagne et la France, principalement –, on peut aller jusqu’à imaginer une intervention américaine sur notre sol. De même, les adeptes de la complaisance devant plus fort qu’eux jugeront-ils avec concupiscence l’écrasement de l’Europe sous le talon de la botte des GI, s’il venait à se produire ?

    D’aucuns affirment que Donald Trump serait un adepte de sa « doctrine Donroe » et ne chercherait qu’à intervenir dans sa zone d’influence. Je rappellerai donc à toutes fins utiles qu’il se vantait il y a quelques mois d’avoir mis fin à huit guerres dans le monde, qu’il avait frappé l’Iran il y a quelques mois, que son implication en Israël et en Ukraine a replacé les États-Unis au centre du jeu. Comme isolationniste, on a vu mieux, ce que lui reproche d’ailleurs largement une partie de sa base.

    Le cas du Groenland a ainsi soulevé d’inquiétantes réactions au sein de la droite française. Une part d’entre elle, souverainiste, n’a pas tardé à expliquer que le Groenland était un problème danois et qu’on ne mourrait pas plus pour Nuuk que pour Kiev ou pour Dantzig. Une autre part, libérale-identitaire, a préféré se coucher par instinct, expliquant que puisque Trump avait enterré le droit international, nous devions en faire autant ; que puisque la loi du plus fort régnait et que l’Amérique était plus forte que l’Europe, il fallait se soumettre à l’Amérique. Déjà, Donald Trump a déclaré sanctionner économiquement à hauteur de 10, puis 25 % de taxes douanières les pays qui ne soutiendraient pas son action polaire, sorte de jizya pesant sur ses ennemis.

    On se demande légitimement ce que ces gens auraient fait en 40 devant un envahisseur nazi omnipotent, et comment ils peuvent soutenir une Ukraine bien plus faible que son envahisseur russe. À suivre leur raisonnement, n’eût-il pas mieux valu que M. Zelensky offrit son pays à M. Poutine quand, une semaine après le début de la guerre, les chars russes étaient à Kiev et que l’armée ukrainienne était dix fois moins puissante ? Là, on suggère de marchander les conséquences de la défaite avant même le premier coup de semonce.

    Trump, champion de la droite ?

    S’il n’est pas conservateur – tout juste anti-trans et anti-woke –, s’il est visiblement assez peu favorable à la liberté d’expression quand elle ne va pas dans son sens, Donald Trump mène indéniablement une guerre farouche à deux menaces qui planent sur l’Europe : le gauchisme et l’immigration de masse. Autre point essentiel : à la tête de la première puissance mondiale, nul ne peut ignorer son action. Une question se pose alors : la guerre que Donald Trump mène contre ces menaces aux États-Unis est-elle bénéfique pour l’Europe ?

    Pour ce qui est de la guerre contre le gauchisme – dans son sens LFIste du terme –, il est vrai que le mouvement MAGA, largement incarné un temps par Charlie Kirk, a mené un véritable travail médiatique, rhétorique et même un peu culturel en développant ses propres « intellectuels » organiques. Le mot est à mettre entre guillemets car le niveau intellectuel des Américains étant ce qu’il est, il serait vain de lui apporter la même exigence qu’en Europe. Cela étant dit, le ralliement d’influenceurs, de personnalités célèbres, de grands patrons influents à une cause appuyée par la formidable machine de guerre qu’est le GOP (Great Old Party, soit les Républicains) a sans nul doute contribué à de nombreuses victoires. Pour le moment, on peine encore à voir les changements structurels (universités et institutions diverses), mais force est de constater qu’entre la classification des antifas comme groupe terroriste, les réformes anti-DEI (Diversity, Equity and Inclusion), l’interdiction des athlètes trans dans les compétitions sportives de leur sexe de destination, la dévalorisation sociale des études très marquées à gauche et la promotion des œuvres conservatrices, du bon travail a été fait. Il faudra sans doute s’en inspirer à l’avenir, sans la violence du langage propre à l’Amérique.

    Le sujet migratoire en revanche, est autrement plus complexe. Depuis un an, Donald Trump a commencé à mettre en place une politique de remigration massive, dont acte. Ainsi, selon le Homeland Security, plus de 600 000 expulsions ont été réalisées en 2025, soit plus du double de 2024. Des résultats satisfaisants qui, en soit, réjouissent les Américains. Ce qui les réjouit moins en revanche, c’est le comportement de l’ICE (Immigration and Customs Enforcement, la police aux frontières).

    Selon les derniers sondages, plus de la moitié des Américains considèrent que l’ICE rend les villes américaines moins sûres quand elle y intervient (51 % contre 31 % qui les voient comme plus sûres). Dans la même veine, la mort de Renee Nicole Good, cette Américaine tuée par un agent de la police aux frontières après un refus d’obtempérer, est vue comme un usage inapproprié de la force par une majorité d’entre eux. Même le podcasteur trumpiste Joe Rogan, écouté par des dizaines de millions de républicains, s’est récemment indigné face aux méthodes employées par l’ICE. De manière générale, la droite américaine elle-même, pourtant peu connue pour sa modération, est de moins en moins convaincue par les méthodes employées.

    Ce qui est en cause ici, ce n’est évidemment pas le principe de l’ICE en lui-même : plus de 80 % des Américains sont favorables à l’expulsion totale (31 %) ou partielle (51 %) des migrants illégaux. En revanche, le soutien à la manière d’expulser les migrants et le comportement de l’ICE s’érode de semaine en semaine, allant même jusqu’à modifier l’opinion des Américains sur la nécessité d’expulser les migrants !

    L’affaire Good est à ce titre assez évocatrice : il est manifestement difficile d’estimer si les trois tirs sont légitimes tant les paramètres à prendre en compte sont nombreux – la possibilité qu’ils le soient n’étant pas à écarter, soyons de bonne foi. Cependant, le vice-président américain JD Vance a coupé court à toutes les spéculations en déclarant péremptoirement que l’agent était dans son bon droit, et qu’il n’y aurait aucune enquête à ce sujet. Pour faire simple, l’État de droit est tout à fait enterré sur ce point.

    Le problème, c’est que cette affaire n’est pas isolée. Sur les réseaux sociaux, des dizaines, voire centaines de cas de violences policières objectives, dans des situations impliquant des agents de l’ICE bien moins litigieuses que pour Renee Good, sont relayées. On y voit des personnes non-blanches sommées de montrer leurs papiers, voire arrêtées sans raison, des « Natives » (Indiens d’Amérique) interpellés à tort, des personnes ne manifestant même pas attaquées par des agents de l’ICE se comportant pour beaucoup comme des cow-boys. Couverts par leur hiérarchie, n’ayant suivi pour certains que six semaines de formation, on les voit officier comme le ferait la police d’un régime autoritaire dans de nombreux cas. Il faut bien sûr soulever la question des manifestations gauchistes, notamment dans le Minnesota, qui gênent l’arrestation des clandestins : la faute est souvent partagée. Cependant, les cas de violences policières sont loin, très loin d’être des cas isolés : ce n’est pas faire preuve de gauchisme que de le dire, à nouveau, même les Républicains se montrent de plus en plus critiques à ce sujet.

    L’ultime argument brandi sur l’ICE sera qu’on ne peut pas faire d’omelette sans casser des œufs. La chose est évidente, mais il est toujours préférable que les œufs ne soient pas les citoyens et qu’on n’en casse pas trop pour dégoûter son propre peuple de la volonté de faire cette omelette. Ici, il n’est pas question d’excès d’expulsions, mais de chaos et d’amateurisme. Or, si Donald Trump rebute les Américains par sa politique migratoire, la conséquence nécessaire sera un rejet en miroir des Européens de ceux qui se placent dans son sillage. Mieux vaut une remigration ordonnée, efficace et appréciée qu’une action aveugle sous prétexte d’efficacité. Aujourd’hui, quelle valeur d’exemple ont les actes – pas les idées, les actes – de Donald Trump sur le sujet ? Il suffit aujourd’hui de dire : je suis contre l’immigration, pour la remigration des clandestins, mais pas de la même façon que Donald Trump, notre adversaire.

    La droite soumise

    Il y a un peu d’amour de l’humiliation dans notre pays chez cette droite. Oh, personne ne conteste la gravité de la situation de notre pays, bien sûr. Mais l’orgueil du Français ne se réveille-t-il pas en entendant le vice-président JD Vance à Munich faire l’étalage de notre faiblesse, comme le fait d’ailleurs l’ancien président russe Dimitri Medvedev ? Pourquoi se réjouit-on de l’interdiction de territoire de l’infâme Thierry Breton aux États-Unis ? Cette droite n’aime rien tant que d’entendre l’inventaire des catastrophes qu’elle attribue sans réfléchir à la gauche et au centre : il sert bien son discours. Et pourtant, comment ne pas ressentir de la gêne à raconter au monde entier que Paris est devenue une ville-poubelle tiers-mondisée, que nous sommes sur le point d’entrer en guerre civile, que nos finances s’écroulent, que l’industrie s’en va ou que sais-je ? D’aucuns se sentent comme galvanisés par l’étalage de notre décrépitude. Ils répètent à qui veut l’entendre : « Nous sommes faibles. » Or, qu’on le martèle, il n’y a pas un gramme de patriotisme dans ce discours. Lavons notre linge sale en famille. On a parfois l’impression de lire les partisans français de Vladimir Poutine qui, constatant qu’un dirigeant politique mène une action autoritaire partageant certaines de leurs convictions, sont prêts à lui faire allégeance quand bien même il menacerait notre intérêt.

    Donald Trump n’est pas là pour sauver ni l’Europe, ni l’Occident, ni le monde. D’ailleurs, j’attends encore que l’on m’explique quel intérêt les États-Unis ont-ils à annexer le Groenland alors qu’ils ont déjà la possibilité d’y déployer autant de soldats que voulu et d’y extraire des minerais autant qu’ils le souhaitent. Alors, pourquoi Trump veut-il à ce point l’annexer ? Dans un entretien récemment accordé au New York Timesdans lequel on lui demandait pourquoi cette annexion était à ce point indispensable, il répondait : « Parce que c’est ce dont j’ai psychologiquement besoin pour réussir. » Annexer le territoire d’un allié pour des raisons psychologiques, est-ce donc cela, la droite ? Une offre à 700 milliards de dollars a même été proposée au Danemark, ce qui signifie que Donald Trump est prêt à dépenser cette somme pour un « besoin psychologique ». Dans le même style, le 47e Président a tout récemment envoyé une lettre au Premier ministre norvégien, expliquant que puisqu’il n’avait pas reçu son Prix Nobel, il ne se sentait aucune obligation de « penser purement en termes de paix ». Quel modèle pour la droite !

    Le culte de la personnalité qui se met petit à petit en place aux États-Unis est d’ailleurs, au-delà d’être passablement inquiétant, assez évocateur quant aux ambitions réelles de son dirigeant. En fait, Donald Trump ne défend même pas les intérêts des États-Unis : il défend son intérêt propre – encore et toujours, marquer l’Histoire à tout prix, en « rendant sa grandeur à l’Amérique ».

    Le phénomène interroge cependant. Pourquoi autant battre sa coulpe chez les « patriotes », si ce n’est parce qu’on ne se sent aucune responsabilité dans la situation actuelle et qu’on cherche à la fois un coupable et un sauveur ? Or, si la culpabilité appartient aux dirigeants politiques, économiques et culturels de ces dernières décennies, la responsabilité, elle, est collective. Certains ont dédié leur vie entière au combat pour une France meilleure. Ils ne se sentiront pas visés par ces propos.

    Que la droite cesse un peu de se passionner pour les dirigeants étrangers. Un siècle plus tôt, des membres d’Action française ou d’autres mouvements nationalistes commettaient précisément l’erreur de regarder avec fascination l’Italie mussolinienne ou l’Allemagne hitlérienne, dépité par la démocratie parlementaire radicale : Trump n’est certes pas Hitler, mais le principe aujourd’hui est le même. Ceux qui se soumettront deviendront les traîtres à la France : déjà, on voit de façon grotesque les centristes se faire les chantres de l’indépendance nationale face à une gauche tiers-mondiste et une droite encore trop soumise. Je rappelle qu’alors, parmi les nationalistes, beaucoup résistèrent. C’est d’eux qu’il faut nous inspirer, pas des « réalistes » d’alors qui nous menèrent au fond du gouffre. Cela, je l’évoquais déjà il y a six mois dans un article écrit chez Causeur.

    Mais revenons à l’essence du problème.

    Le problème du culte de la force

    Depuis quand des États-Unis en bonne santé sont-ils une bonne nouvelle pour les intérêts européens et français ? Voilà des décennies que les souverainistes, à juste titre, condamnaient la mainmise américaine sur notre continent et sur la France, le chantage à l’industrie militaire, l’exemple d’Alstom ou de l’espionnage de la NSA en étant de bons représentants. Un affaiblissement américain signifierait en réalité plus probablement un pétrole et un gaz moins chers, des droits de douane moins élevés, une reprise en main de l’Europe sur ses domaines de prédilection comme l’automobile, l’aviation, le tourisme, le luxe, la défense et bien d’autres. Voilà des décennies que l’Europe peine à reprendre son destin en main, et l’influence américaine manipulatrice ou offensive selon les « POTUS » n’y est sans doute pas pour rien.

    J’entends que l’on se fasse le défenseur de l’« Occident », de l’amitié franco-américaine. Mais alors, comment penser que l’homme qui menace tous les mois notre continent, souhaite s’emparer du territoire d’un allié, nous taxe et impose une jizya soit aujourd’hui un partenaire fiable auquel il faudrait se soumettre ?

    C’est là le problème du culte de la force. La loi du plus fort est un principe simple : plus on est fort, plus on a la capacité d’imposer sa volonté à l’autre. Elle est une évidence en relations internationales. Le culte de la force est autre chose : c’est la mise en place d’une pyramide alimentaire dans laquelle le fort domine le faible. La nuance est importante, car, dans le premier cas, il s’agit simplement d’un constat que l’on peut d’ailleurs retrouver dans toutes les guerres : à la fin, c’est le plus fort qui l’emporte. Dans le second cas, le plus faible doit se soumettre au plus fort. Sur l’exemple de l’Ukraine, la loi du plus fort dispose que l’Ukraine doit devenir plus forte, de façon militaire ou diplomatique, pour l’emporter ; le culte de la force eût exigé qu’elle se rende dès le départ.

    Sur le Groenland, le culte de la force demanderait qu’on le cédât en en tirant quelques avantages, la loi du plus fort voudrait que l’on trouve un moyen d’inverser le rapport de force pour empêcher sa perte. On peut ici relever en embryon de solution une constante chez Donald Trump : alors qu’il refuse toujours de s’enliser dans de longs conflits coûteux comme l’Afghanistan, on a bien de la peine à l’imaginer tuer des soldats européens si faible que soit leur nombre. Les conséquences seraient trop graves. Tous disent : « Cela prouve bien qu’à la fin, il n’y a que la FORCE qui compte. » Or, le fort s’affaiblirait trop ici en nous attaquant : il perd déjà des alliés à mesure que les semaines passent, et ce faisant, il perd aussi des soutiens dans son propre camp. Le mauvais usage de la force rend souvent vulnérable. Cela ne signifie pourtant par qu’il faille rejeter la force, bien au contraire. Pourtant, on aimerait, en temps de crise, entendre la droite appeler au renforcement avant l’asservissement. La réponse à notre faiblesse n’est pas la nécessité de notre soumission, mais l’urgence de notre montée en puissance.

    Passer du campisme à l’espérance

    Nombreux sont ceux qui considèrent qu’il ne faudrait jamais critiquer son propre camp car ce serait l’affaiblir. L’histoire leur donne tort : c’est parce que le camp national a fait son autocritique qu’il est passé de 13 à 20 % aux élections, c’est parce qu’il a fait son autocritique qu’il est passé de 20 à 44 %. D’autres arguent que c’est la radicalité – au sens commun du terme – qui nous permettra de l’emporter. Est-ce en se radicalisant que le RN a triplé son électorat ? C’est en se radicalisant que La France insoumise s’est marginalisée à gauche, que la gauche a perdu l’ascendant moral et intellectuel qu’elle avait. Il ne s’agit pourtant pas de devenir centriste, mais de permettre aux centristes de trouver l’action de la vraie droite suffisamment acceptable pour l’emporter. Ne perdons pas de temps à essayer de convaincre la gauche militante qui nous haïra toujours : consacrons-nous à bâtir un projet – même radical – qui puisse paraître attrayant pour le peuple majoritaire.

    La droite, particulièrement en France, s’attache encore à son idéal d’homme providentiel. Exaspérée par la médiocrité du personnel politique qui la représente, elle agit comme un orphelin battu qui verrait une figure paternelle dans chaque homme qui le gifle. C’est parce qu’elle ne croit plus dans la politique que cette droite adule Trump. Alors, elle se met à genoux. Devant Poutine il y a dix ans, devant la guerre menée par Netanyahou il y a deux ans, devant Trump aujourd’hui.

    C’est d’ailleurs toujours la même phrase : « Lui au moins, il défend son pays. » Dans la même veine, une figure souverainiste déclarait récemment que Maduro avait beau être autoritaire, son taux de popularité était supérieur à celui de Macron. Avec ce raisonnement, nul doute qu’une telle droite aurait défendu Staline en son temps. Mais par-delà ces mots, il y a un désespoir tremblant de ne voir aucun mouvement se dédier tout à fait à la défense du pays, un sentiment d’abandon de la part des « grands serviteurs de l’État » d’autrefois, et toujours sans doute un défaut d’incarnation au sein même de notre camp. Au fond, qui croit vraiment que l’un des partis en lice « sauvera le pays » ?

    Le manque d’espérance conduit au réalisme, à la froideur, à l’amoralité, voire l’immoralité. À quoi bon être les gentils dans l’affaire, si ce ne sont pas les gentils, mais les plus forts qui l’emportent ? À quoi bon les règles, à quoi bon la morale ? Sans espérance, sans esprit de conquête, nous nous enfermons dans un bunker, dans l’esprit de résistance qui autorise tout, et ce alors même que nous ne sommes plus en résistance, mais en conquête.

    On me répondra là encore que la gauche, elle, se permet tout : mais précisément, c’est parce qu’elle se permet tout qu’elle ne l’emporte pas. Sa violence, sa passion du chaos, son affection pour l’outrance permanente sont sans doute jalousables parce qu’ils nous sont interdits à nous, mais aussi une chance parce qu’ils nous interdisent l’inutile excès. Des libertés sont sans doute à conquérir, mais que les militants se souviennent toujours qu’ils sont des militants, et que le peuple n’est pas militant.

    L’idéal aristocratique, essence de la droite, prône la force, l’amélioration constante, le service du faible, la noblesse, la chevalerie, la défense du bien et de sa capacité à faire le bien. Soyons-y fidèles. N’ayant pu faire que le fort soit juste, faisons que le juste soit fort.

    Alexandre de Galzain (Site de la revue Éléments, 22 janvier 2026)

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