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  • Laurent Obertone : « Les Français se sont habitués à cet état de barbarie ! »...

    Vous pouvez découvrir ci-dessous un entretien donné par Laurent Obertone à Frontières pour évoquer son dernier livre La France Demolition Man (Magnus, 2026).

    Journaliste, Laurent Obertone est l'auteur de trois enquêtes essentielles, La France Orange mécanique (Ring, 2013), La France Big Brother (Ring, 2015) et La France interdite (Ring, 2018), qui ont contribué à fissurer l'édifice du politiquement correct, puis d'essais comme Game over - La révolution antipolitique (Magnus, 2022), Raisonnablement sexiste (Magnus, 2023), ou Guerre - Le combat dont vous êtes enfin le héros (Magnus, 2024).

     

                                                  

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  • Qu'est-ce que la France ?...

    Vous pouvez découvrir ci-dessous une longue analyse de Julien Rochedy consacrée à la France et à son histoire. Un plaidoyer intéressant pour le patriotisme gaulois contre le centralisme romano-parisien !

    Publiciste et essayiste, Julien Rochedy, qui est une figure de la mouvance identitaire, a déjà publié plusieurs essais dont Nietzsche l'actuel,  L'amour et la guerre - Répondre au féminisme, Philosophie de droite, Surhommes et sous-hommes - Valeur et destin de l'homme (Hétairie, 2023), Qui sont les Blancs ? - Généalogie d'une identité interdite (Hétairie, 2025) et, dernièrement, Le temps du Centaure (Hétairie, 2026).

     

                                              

    Chapitres :

    00:00:00 : Quelle France voulons-nous sauver ?

    PARTIE I Réalités gauloises 00:16:45 L'isthme gaulois 00:28:52 La souche française 00:45:02 Le caractère gaulois

    Partie II L'Etat romain 00:53:20 La matrice impériale 01:02:57 L'empire perdu 01:18:10 Le rêve capétien 01:42:17 Dominer l'Europe 01:59:00 Grandeur et désillusion

    Partie III La France 02:12:35 Sa propre colonie 02:29:24 La capitale et rien 02:47:23 Le Mal français 02:58:46 L'idéologie parisienne

    Partie IV Pitié pour les Français 03:11:25 Honneur, égalité et rire 03:27:00 Pour un nouveau patriotisme

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  • Le Grand Dérèglement...

    Les éditions Odile Jacob viennent de publier un essai de Pierre Vermeren intitulé Le Grand Dérèglement - Ce que la France refuse de voir. Historien, professeur des universités (Paris-I-Panthéon-Sorbonne), Pierre Vermeren a notamment publié La France qui déclasse (Tallandier, 2019).

     

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    " Jamais la France n’a changé aussi rapidement et aussi profondément. En moins de deux générations, elle a accumulé le passif d’une guerre : endettement public de 120 % du PIB, abandon de territoires entiers, exil des plus fortunés, destruction de l’appareil productif, progression massive de la pauvreté, désagrégation scolaire…
    Qu’est devenu notre « cher et vieux pays » ? Nos paysages se sont bétonnés et l’identité de la France dévoilée par Fernand Braudel s’est disloquée. Quant à nos élites, elles oscillent entre un immobilisme assumé et de grands travaux dignes de Sisyphe qui alourdissent notre État ventripotent.
    La France est devenue un charivari, et les Français se comprennent de moins en moins, leur grammaire culturelle et leur confiance sociale s’étant envolées.
    C’est au chevet de cette France métamorphosée que nous convie l’historien Pierre Vermeren, une France qui ne manque pas de ressorts, à condition de retrouver sa confiance en elle-même et la lucidité de ses élites."

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  • L’inaction française...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Dominique Jamet, cueilli sur Boulevard Voltaire et consacré à la situation catastrophique de notre pays à l'orée d'une année d'élection présidentielle...

     

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    L’inaction française

    Comment la France a-t-elle pu, en une décennie, devenir ce qu’elle est aujourd’hui, la risée du monde ?

    Souvenez-vous… Mais comment le pourriez-vous? La plupart d’entre vous n’étaient pas encore de ce monde ou, s’ils y avaient fait leur entrée, s’intéressaient probablement à d’autres jeux que ceux de la politique et de l’économie. Valéry Giscard d’Estaing, qui ne prétendait pas publiquement être un « Mozart de la finance » mais, en toute modestie, le Kennedy hexagonal, entamait la première année de ce qu’il pensait devoir être son premier septennat. Les institutions de la Ve République, encore neuves, avaient paradoxalement, à l’épreuve de Mai 1968, prouvé leur souplesse et leur solidité, la monnaie nationale - le franc – était respectée, l’économie apparemment en bonne santé, la majorité de droite sûre d’elle-même… Et tout naturellement, Jean-Pierre Fourcade, ministre de l’Économie, et des Finances, pouvait présenter un budget à l’équilibre.

    À l’équilibre ? Sérieusement ?

    Mais oui ! Les dépenses, annoncées et effectives, y étaient compensées et couvertes par des recettes équivalentes et assurées. Qui aurait pu imaginer que ce miracle, renouvelé d’année en année, sous de Gaulle puis sous Pompidou, comme à Naples la liquéfaction du sang de saint Janvier, serait le dernier de la série ? C’était en 1974. Il y a cinquante-deux ans. Qu’on l’ait vécu ou non, il n’est pas interdit d’en avoir la nostalgie.

    Alors même que l’Union européenne, notre autorité de tutelle, vient de fixer à 3 % la limite du déficit budgétaire permis à ses membres, l’infortuné Lecornu, kamikaze préposé au rôle suicidaire d’exécuteur testamentaire de l’héritage macronien, se bat comme un chien pour maintenir à 5 % celui de la France, tout en sachant que cette borne, comme bien d’autres, sera dépassée, tant il y a de trous dans la passoire gouvernementale. L’ultime Premier ministre du quinquennat a déjà intégré l’idée que l’Assemblée actuelle, agglomérat informe de partis et d’ambitions plus attachés à leurs devenirs personnels, à leurs électorats antagonistes et à leur ligne politique qu’à l’intérêt général pourrait bien repousser, quelle qu’elle soit, sa loi de finances. Dans ces conditions, c’est au prochain chef de l’État, élu en mai 2O27, puis à la nouvelle Assemblée consécutive à cette élection, si elle lui donne une majorité, qu’il reviendra de reprendre et de redresser la barre. Donc, entre autres, et au passage, de doter la France, à l’image de ce qui se fait ailleurs, d’un budget. En attendant, gouverner, c’est ne pas choisir, c’est ne pas agir, c’est ne pas prévoir.

    Les moines contemplatifs de notre dégringolade

    Exagération, caricature outrancière d’une réalité moins noire ? Hélas, non. Aussi dépassés, aussi décriés que les derniers gouvernements de la IVe République, les hommes et les équipes qui se sont succédé dans les lieux habituels du pouvoir depuis que le président en titre, désavoué à deux reprises par le suffrage universel, a décidé de continuer à faire comme si, sont devenus les spectateurs de notre déclin, pour ne pas dire les moines contemplatifs de notre dégringolade. En témoignent quelques exemples, choisis parmi tous ceux que nous avons sous les yeux, et sur le cœur, dont la liste complète excéderait de loin les limites de cette chronique et celles de votre patience, chers lecteurs.

    Tout d’abord, à tout seigneur tout honneur : le déficit, déjà insupportable. La dette, dont la lourde charge sera d’ici peu insoutenable. Pour réduire le déficit, pour alléger la dette, l’État devrait augmenter ses recettes et diminuer ses dépenses. Or, le poids écrasant de ses prélèvements, la crise économique que nous traversons et son affaiblissement même lui interdisent d’alourdir les impôts aussi bien que de limiter ses engagements et son périmètre ; bref, de revoir de fond en comble ses pratiques et sa gestion. Peut-on faire confiance aux candidats bonimenteurs qui ne parlent que de renverser la table autour de laquelle ils se sont assis depuis des années ? Autant placer ses économies chez un récidiviste de la carambouille !

    Un pays qui ne se reconnaît plus dans le miroir que lui tend sa métamorphose

    Des millions de Français sont logés dans des conditions indignes, quand ils ne sont pas littéralement à la rue. À en croire les spécialistes, la rareté de l’offre, qui explique le renchérissement des loyers, ne pourrait se résorber, lentement et progressivement, que si l’on construisait 400.000 nouveaux logements par an, pendant au moins dix ans. Les chiffres actuels et les prévisions sont inférieurs de moitié. C’est dire qu’à ce rythme, nous n’allons pas vers la fin mais vers l’aggravation d’une situation indigne d’un pays civilisé. Le recul amorcé et annoncé de la natalité serait-t-il la seule solution d’une crise qui, depuis une décennie, est vécue comme une fatalité ?

    Les Français ne sont, en tout cas n’étaient, ni xénophobes ni racistes. Ne nous voilons pas la face (la France n’est pas, ou pas encore, terre d’islam), ils le deviennent, et comment ne le deviendraient-ils pas quand une immigration de masse, subie et non choisie, altère les équilibres culturels, religieux, démographiques, sociaux et sécuritaires d’un pays qui ne se reconnaît plus dans le miroir que lui tend sa métamorphose ? Comment pourrait-il en être autrement lorsque l’intrusion illégale et clandestine d’étrangers sur notre sol n’est ni entravée ni réprimée, lorsqu'une OQTF, alias obligation de quitter le territoire français, décidée par l’autorité légale se mue de fait, habilement contestée, en titre de séjour, ou lorsqu'un casier judiciaire chargé conduit le pays d’origine à refuser le retour des délinquants sur leur terre natale ? Comme la fausse monnaie chasse la bonne, l’immigration indésirable est la première ennemie de l’accueil, de l’assimilation, de l’intégration qui ne sont compatibles avec la diversité que si celle-ci ne met pas en péril l’unité.

    Au point où nous en sommes...

    « France mère des arts, des armes et des lois… » Le dernier classement PISA vient de nous mettre face à notre déclin. Notre pays ne cesse de reculer là où, longtemps, il brilla par sa vitalité, sa créativité, sa prééminence. Là encore, comment pourrait-il en être autrement lorsque l’enseignement, sous le prétexte d’être égalitaire, abaisse le niveau général, que le mérite n’est pas plus sanctionné par des félicitations que la nullité par des blâmes, quand les différents métiers de l’enseignement, autrefois considérés comme synonymes de promotion et source de respect, sont tenus aujourd’hui pour un pis-aller et que, dans l’échelle sociale, le professeur, le chercheur, le savant ne pèsent rien au regard du rappeur, du trader et du footballeur ?

    Grand Remplacement, grand déclassement, deux réalités qui sont d’autant plus ignorées, contestées, voire niées par certains qu’elles sont, littéralement, plus aveuglantes. Mais aussi montée générale du mécontentement, de la colère, de l’appel au changement. Au vrai changement. Le mouvement royaliste fondé à la fin du XIXe siècle par Charles Maurras avait pour nom l’Action française. Le groupe, aujourd’hui résiduel, qui aspire, après l’avoir exercé pendant dix ans, à être reconduit à ce que par habitude on appelle le pouvoir prétend se perpétuer sous l’appellation de « socle commun ». Inaction française me semblerait plus approprié. J’y reviendrai prochainement

    Comment la France a-t-elle pu, en une décennie, devenir ce qu’elle est aujourd’hui, la risée du monde, et la honte des Français ? Les optimistes (il y en a toujours) diront qu’au point où nous en sommes, nous ne pouvons pas tomber plus bas. On voudrait les croire.

    Dominique Jamet (Boulevard Voltaire, 12 septembre 2026)

     
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  • La Douce France...

    Nous reproduisons ci-dessous une réflexion d'Armand Henri, cueillie sur le site de la revue Éléments, autour du livre de Jean de Viguerie, Les deux patries.

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    Douce France, cher pays de mon enfance…

    La force des Deux Patries de Jean de Viguerie est de ne pas réduire 1789 à un changement de régime. Une patrie révolutionnaire, fondée sur la souveraineté nationale, l’égalité juridique et la sacralisation de la République, aurait recouvert l’ancienne France chrétienne, monarchique, historique et charnelle. La distinction est juste, mais incomplète. Sous ces deux patries demeure une France plus ancienne qu’elles : la « Douce France ».

    Elle apparaît dans La Chanson de Roland, au sein d’un univers carolingien, impérial et chrétien antérieur au royaume capétien. Elle reparaît en 1943 chez Charles Trenet, sous les traits des villages, des paysages et de l’enfance. Entre Roland et Trenet, les frontières, les institutions et les régimes ont changé. Une même France reste pourtant reconnaissable.

    La Douce France précède donc l’État. Elle ne se confond ni avec la monarchie ni avec la République. Elle est le fonds historique que les régimes ont successivement incarné, ordonné ou refondu. Sa première forme politique se trouve dans la communitas regni, communauté du royaume composée de droits, de coutumes, de provinces et de fidélités emboîtées. L’Ancien Régime en conserve une part malgré la centralisation, jusqu’à la suppression des provinces en 1789 et à l’uniformisation juridique du Code civil.

    Compléter Viguerie revient ainsi à retrouver une France palimpseste, gauloise, romaine, chrétienne, médiévale, provinciale et royale, jamais réductible à Paris. Cette profondeur reste particulièrement sensible dans le Grand Ouest, où se superposent les héritages gallo-romain, normand, breton, angevin et plantagenêt.

    Une France aimée avant d’être définie

    Dans La Chanson de Roland, la « douce France » n’est pas encore une nation moderne. Roland sert Charlemagne, souverain d’un ensemble impérial et chrétien plus vaste que le futur royaume capétien. La France peut désigner la terre des Francs, le pays natal, le domaine du souverain ou la communauté des compagnons. Elle est donc aimée avant d’être précisément délimitée. Roland pense à Charlemagne, à sa parenté, à ses compagnons et aux terres quittées. La patrie n’est pas une souveraineté abstraite appliquée à un territoire uniforme. Elle est un ordre de fidélités reliant le prince, la famille, l’honneur, la foi, la mémoire et le sol.

    Viguerie saisit cette France comme une personne morale, tour à tour douce, noble, miséricordieuse, humiliée, coupable ou relevée. Sa valeur dépend moins de sa puissance que de ses vertus. La clergie unit les livres, les écoles, la mémoire antique et la sagesse chrétienne. La chevalerie soumet la force à l’honneur, au courage, à la fidélité et à la protection du faible. La douceur française désigne ainsi une civilisation de la mesure, où la puissance sert la justice, le savoir la morale et l’autorité le bien commun. Pendant la guerre de Cent Ans, cette France est blessée, mais non déclarée innocente. Les auteurs dénoncent ses divisions, ses mauvais gouvernants, son orgueil et sa perte de vertu. La défaite extérieure révèle un désordre intérieur. La Douce France n’est donc pas une essence confortable, mais une exigence morale.

    Trenet reprend cette intuition dans une langue sécularisée. Sa France n’est définie ni par le droit divin ni par la souveraineté populaire. Elle est faite de chemins, de villages, de paysages et de souvenirs. On ne l’aime pas pour son programme, mais parce qu’on la reconnaît. La continuité entre Roland et Trenet révèle la limite des Deux Patries. Les deux patries de Viguerie sont des constructions politiques et spirituelles rivales. La Douce France est le sol qui leur préexiste. La monarchie l’a incarnée sans l’épuiser. La République peut en hériter sans l’avoir créée.

    Elle la menace lorsqu’elle prétend que la France commence en 1789 ou se confond avec ses principes. La critique barrésienne de la République déracinante prend ici son sens. Une patrie suppose une terre, des paysages, des habitudes, des générations et des morts, non la seule adhésion à des valeurs. La citoyenneté permet d’entrer juridiquement dans la communauté politique. Elle ne transmet pas mécaniquement une civilisation. La Douce France peut être adoptée par celui qui ne l’a pas reçue à la naissance, mais cette adoption exige l’entrée dans une continuité historique, non son effacement.

    La communitas regni et les trois France hors de Paris

    La Douce France trouve une première forme politique dans la communitas regni. Avant l’État moderne, le royaume n’est ni la propriété personnelle du roi ni une juxtaposition anarchique de fiefs. Il est une communauté de communautés. Le roi en est la tête, non le propriétaire absolu. Il doit maintenir la paix, rendre la justice, protéger les églises, arbitrer les conflits et servir le bien commun. Il gouverne donc un ordre qu’il reçoit autant qu’il le dirige. Cet ordre rassemble princes, évêques, abbayes, seigneuries, villes, métiers, paroisses et pays coutumiers. Le droit combine héritage romain, droit canonique, coutumes, droit féodal, ordonnances royales et jugement prudentiel. Cette pluralité repose sur une justice supérieure à la volonté du souverain.

    La France se construit ainsi par emboîtement. L’homme appartient à une famille, une paroisse, une ville, un pays coutumier, une province, un royaume et à la chrétienté. La monarchie se renforce lorsqu’elle ordonne ces appartenances sans les abolir. L’Ancien Régime conserve cette architecture. Les provinces gardent leurs institutions, leurs coutumes, leurs fiscalités, leurs privilèges et leurs mémoires. Même sous Louis XIV, l’absolutisme reste limité par les parlements, les offices, les pays d’états, les corps et les droits locaux. La souveraineté est une, mais la société demeure composée. Cette France forme un palimpseste organisé autour de trois grands ensembles hors de Paris.

    Le Midi est romano-occitan. Les cités antiques, le droit écrit, les langues d’oc, les échanges méditerranéens et l’empreinte urbaine de Rome y demeurent particulièrement visibles. Sa continuité est plus directement romaine que celle du domaine capétien du Nord. L’Est est une France de contact avec le monde germanique et impérial. Marches, villes, principautés et évêchés vivent dans la proximité du Saint-Empire. La frontière y est une zone de circulations, de fidélités croisées et de souverainetés superposées. Cette France se construit face à un autre héritage de Charlemagne. L’Ouest est atlantique et plantagenêt. Normandie, Bretagne, Anjou, Maine, Touraine, Poitou et Aquitaine ne sont pas des marges dépendantes de Paris, mais des centres politiques, juridiques, aristocratiques et littéraires.

    Le Grand Ouest relie la Loire, la Manche, l’Angleterre et les routes atlantiques. Il transmet les matières bretonne et arthurienne, projette le français dans les îles Britanniques par les voies normandes et anglo-normandes et porte des dynasties capables de rivaliser avec les Capétiens à l’échelle européenne. La France médiévale n’est donc pas née d’une expansion régulière de Paris vers des périphéries passives. Elle est un volume polycentrique progressivement royalisé. Les Capétiens lui donnent un axe, une justice supérieure et une continuité dynastique, mais n’en créent pas seuls la substance. Le Grand Ouest les oblige à composer avec des droits, des coutumes et des puissances antérieurs à leur administration. Il ralentit la centralisation tout en donnant à la France profondeur territoriale, ouverture maritime, culture aristocratique et projection insulaire. Cette histoire explique la persistance des identités bretonne, normande, angevine, mancelle, poitevine et vendéenne. Elles ne sont pas plus françaises que les autres. Elles rendent seulement plus visible l’existence de sociétés antérieures à l’administration centrale.

    Sous cette couche médiévale apparaît un fond plus ancien. La Gaule romanisée n’était pas une matière informe. Des cités, des sanctuaires, des territoires et des réseaux politiques existaient avant la conquête. Rome les a transformés et intégrés, non créés à partir du néant. La France palimpseste plonge donc dans les cités gauloises, leur romanisation et leur christianisation, bien avant Clovis et les Capétiens.

    De l’unité capétienne à l’abstraction jacobine

    La seconde limite de Viguerie concerne la chronologie de la rupture. La Révolution supprime les provinces et les corps, remplace les pays historiques par les départements et impose l’uniformité de la loi. Le Code civil prolonge cette tabula rasa par un cadre juridique commun. Cette mutation ne surgit pourtant pas dans un royaume étranger à la centralisation. Le jacobinisme n’est pas le prolongement direct du capétianisme, mais une généalogie relie les deux. La monarchie capétienne attire vers le roi la justice, la guerre, la fiscalité et la définition du bien commun. Cette concentration sert d’abord la communitas regni. Le roi protège les communautés, limite les violences privées et fournit un recours supérieur. Mais le centre peut cesser d’ordonner la pluralité pour vouloir la remplacer. Ce risque précède 1789, sans que l’on puisse projeter l’État jacobin sur les premiers Capétiens.

    Le tournant s’affirme avec les Bourbons, à partir d’Henri IV. Après les guerres de Religion, la reconstruction du royaume renforce un pouvoir central placé au-dessus des appartenances particulières. Le gallicanisme accompagne ce mouvement. Il défend l’autonomie de l’Église de France face à Rome, mais accroît sa dépendance envers le souverain. Le royaume tend ainsi à nationaliser le christianisme et à rapprocher le sacré du centre politique. Louis XIV pousse cette logique sans atteindre l’uniformité jacobine. Provinces, coutumes, parlements, privilèges fiscaux et corps intermédiaires subsistent. La souveraineté est indivisible, mais le royaume reste composé. La Révolution reprend cette unité et la retourne contre les médiations historiques. Elle substitue la nation au roi, l’individu aux corps, les départements aux provinces et la loi générale aux coutumes. L’appareil centralisateur devient égalitaire, abstrait et impersonnel. La deuxième patrie de Viguerie apparaît ainsi comme la sécularisation radicale d’une tendance monarchique. La royauté avait concentré la souveraineté. La Révolution la transfère à la nation et refuse tout corps durable entre le citoyen et l’État.

    La France risque alors d’être réduite à la République. Être français ne signifie plus d’abord recevoir une langue, des paysages, une mémoire et une civilisation, mais appartenir juridiquement à une communauté définie par le droit civil et administratif. Cette conception possède une force d’intégration réelle. On peut devenir français sans appartenir à un lignage ou à une province ancienne. La citoyenneté n’est pas réservée au sang. Elle devrait toutefois fonctionner comme l’entrée dans le catholicisme romain. Par le baptême, le converti rejoint une Église qui lui préexiste. Il ne la refonde pas. De même, le nouveau citoyen entre par le droit dans une continuité déjà constituée. La République devient déracinante lorsqu’elle nie cette antériorité et prétend que l’adhésion à quelques principes suffit à produire la France.

    C’est le cœur de la critique de Barrès. Toute construction politique exige un sol humain. La volonté ne remplace pas la transmission. Une nation réduite aux droits individuels, aux procédures et aux valeurs déclarées perd la matière qui les rend habitables. Compléter Viguerie ne revient donc pas à réfuter les Deux Patries. La monarchie chrétienne et la République révolutionnaire sont deux interprétations rivales d’une France qui les précède. La première a conservé la Douce France tout en préparant la centralisation qui la menacerait. La seconde a ouvert juridiquement la citoyenneté tout en réduisant souvent la patrie à sa forme administrative.

    Le dépôt du Grand Ouest

    Au-delà des deux patries de Jean de Viguerie subsiste une patrie plus ancienne : la Douce France. Ni régime ni idéologie, elle est une continuité de paysages, de langues, de provinces, de rites et de mémoires. Elle précède l’État dans l’univers carolingien de Roland, la monarchie capétienne dans les communautés dont le royaume est issu, et la République, puisque la citoyenneté hérite d’une histoire qu’aucun décret ne crée. La retrouver suppose moins la nostalgie que la redécouverte de la communitas regni, des libertés provinciales, des coutumes et des corps intermédiaires. La chanson de Trenet pourrait en devenir l’hymne. La Marseillaise exprime la guerre révolutionnaire et la souveraineté populaire. « Douce France » nomme ce qu’elles prétendent défendre : une terre familière, une mémoire et une manière d’habiter le monde.

    L’attrait pour le Grand Ouest ne tient peut-être pas seulement à l’océan ou aux vacances. Bretagne, Normandie, Anjou, Maine, Poitou et Vendée conservent l’image d’une France où la province n’a pas entièrement disparu sous l’administration. Bocages, manoirs, clochers, ports et chemins creux portent un inconscient chouan : non un projet de restauration, mais l’intuition qu’une société peut être française sans être fabriquée par Paris, qu’une fidélité locale renforce l’appartenance nationale et que la liberté peut aussi résider dans l’enracinement.

    Cette profondeur plonge enfin sous le Moyen Âge. Lyon fut Lugdunum, capitale des Trois Gaules, mémoire encore portée par le titre de « primat des Gaules ». Dans La Cité des druides, publié chez Gallimard, comme dans son entretien avec Pierre Coutelle, Jean-Louis Brunaux montre une Gaule déjà structurée par des cités, des institutions, des sanctuaires et des réseaux territoriaux. Rome n’a pas civilisé un vide. Elle a intégré un monde organisé.

    La Douce France est le nom de cette sédimentation : gauloise par ses cités, romaine par ses villes et son droit, chrétienne par ses institutions, carolingienne par sa mémoire, médiévale par la communitas regni, plantagenêt par son Grand Ouest et capétienne par son unité royale.

    Armand Henri (Site de la revue Éléments, 5 août 2026)

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  • Du bonheur de se perdre en France...

    Les éditions Arthaud ont récemment publié un essai de Victor Coutard intitulé L'art du détour - Du bonheur de se perdre en France. Victor Coutard est auteur et journaliste et a notamment publié des livres de cuisine.

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    " « En empruntant de nouveau la petite route, dans une sorte de révélation d'ordre épiphanique, j'ai eu le sentiment de protester, à l'échelle de ma vie, contre l'accélération du temps. » À l'heure où même le voyage tombe sous le coup de la rationalisation, le détour s'impose comme un acte de résistance. Il permet de vivre la route, de profiter d'un temps élastique, de retrouver le goût de l'aventure et de cultiver un rapport sensible à la géographie. Prendre le temps de s'arrêter, se tromper, découvrir des adresses ou des points de vue, faire des rencontres inattendues : seul le détour permet cela. Ce livre n'est pas un guide mais une invitation au voyage au cœur d'une France qui change moins vite qu'on ne le prétend. Car se détourner, c'est aussi réapprendre une autre façon de vivre. C'est s'émanciper des trajets générés par ordinateur, des restaurants connus grâce aux réseaux sociaux et des plus beaux villages de France en carton-pâte. Chaque jour est différent quand on s'organise pour savoir se perdre et qu'on maîtrise l'art du détour. "

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