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31/05/2018

Aussi loin que porte le regard...

Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Paul Fortune, cueilli sur son blog et consacré à l'impasse du conservatisme. Paul Fortune est l'auteur d'un excellent récit initulé Poids Lourd...

 

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Aussi loin que porte le regard

Tout ce qu’on peut recouvrir du nom de « droite » est voué à perdre, pour la bonne et simple raison que la droite, en France du moins, ne sait rien faire d’autre que regarder vers le passé. Or, s’il est bien une chose dont nous pouvons être certain, c’est que la posture du « c’était mieux avant » a toujours échoué. Toute la contre-révolution, depuis Burke et Joseph de Maistre, et malgré leur intelligence, n’a strictement rien empêché. La restauration monarchique a été un échec lamentable. Les gens qui aujourd’hui se rappellent avec nostalgie les années 60 – ou 40 pour certains – n’aboutiront pas non plus. Peut-être que c’était mieux avant – encore que sous certains aspects, il soit permis d’en douter. Mais le passé est, par définition, passé. La gauche au contraire parvient toujours à ses fins. Il n’y a pas là de sens de l’histoire ou autre force fumeuse issue du cerveau agité d’un intellectuel désœuvré. La gauche a toujours un but et regarde vers le futur. Elle a un projet, souvent néfaste, mais qui a le mérite d’exister. La seule façon de sortir du marasme est de proposer autre chose. Il faut d’ailleurs noter que les seuls mouvements qu’on aime à classer à droite qui ont imposé quelque chose étaient en réalité de gauche et porteur d’un projet, certes contestable, mais indéniablement novateur – vous savez, le genre de projet avec des aigles comme emblèmes, un tantinet agressif.

Pareillement, la posture systématiquement défensive qu’adoptent les conservateurs et autres droitards ne mènera nulle part, car l’action bat toujours la réaction. Il faut être offensif. Mais on en revient au problème précédent : il faut un projet. La difficulté vient de ce que ce projet n’est pas encore mûr. Il est clair cependant que les lubies portées par la gauche vont finir en vaste chaos. Notre démocratie droitdelhommiste, que certains nous présentent comme aboutissement ultime de l’humanité, est évidemment vouée à disparaître. Elle ne pouvait fonctionner qu’avec l’existence de classes moyennes éduquées dans un occident en pleine croissance économique et démographiquement viable face au reste du monde. Tout cela est fini. Les conditions ne sont plus là, cette forme politique va disparaître. Elle est déjà un astre mort. Tout le défi est d’imaginer ce qui va venir après, et il est probable que nous sommes à l’aube d’un bouleversement au moins aussi colossal que celui que fut la révolution industrielle.

Ceux qui s’accrochent au monde ancien seront emportés. Je ne crois pas que ce qui nous attende soit confortable, bien au contraire. Mais nous n’avons pas vraiment le choix, de toute façon.

Paul fortune (Blog de Paul fortune, 28 mai 2018)

28/04/2018

Pourquoi les riches votent à gauche...

Les éditions Agone viennent de publier un essai de Thomas Frank intitulé Pourquoi les riches votent à gauche. Journaliste et essayiste américain, Thomas Frank écrit régulièrement pour Le Monde diplomatique et Harper’s des articles  iconoclastes d’analyse sociale et politique de la situation américaine.

 

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" Ce livre analyse l’abandon par les « nouveaux démocrates » des classes populaires et des syndicats au profit des classes aisées et cultivées. Il rappelle ce que cette « économie de la connaissance » a coûté aux travailleurs manuels et aux catégories peu diplômées, condamnées à la relégation sociale et à une forme de plus en plus agressive de mépris culturel. Dépréciées par le parti qui leur servait autrefois de véhicule politique, elles sont devenues plus attentives aux thématiques identitaires de démagogues réactionnaires. Comme celui qui vit à la Maison-Blanche. "

20/04/2018

Critique de la droite et introduction à l’alterprogressisme...

Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Vertumne, cueilli sur Plebiscis et consacré à la droite comme impasse politique face au progressisme libéral.

 

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Critique de la droite et introduction à l’alterprogressisme

L’émergence de la conscience politique moderne en Europe a engendré une multitude de projets de société qui peuvent néanmoins être classés en trois grandes catégories politiques :

La première, et celle qui domine idéologiquement l’Occident est le libéralisme, essentiellement d’origine anglo-protestante. La deuxième, qui fut élaborée par des penseurs occidentaux mais parvint finalement à s’emparer de la totalité du pouvoir politique dans l’ancien empire des tsars fut le communisme. Incapable de survivre à la compétition économique que le libéralisme lui imposa, il pourrit lentement puis s’effondra en quelques années. La troisième, qui émergea dans l’Europe continentale de l’entre deux-guerres pour finir écrasée militairement par les forces combinées des puissances libérales et communistes fut le fascisme.

Qu’en est-il de la réaction et du conservatisme ? Ne constituent-ils pas les quatrième et cinquième catégories politiques ?
Point du tout. Les rapports que la réaction et le conservatisme entretiennent avec le temps et le progrès humain les disqualifient d’office. La réaction a les yeux derrière la tête, elle ne se contente pas de détester le réel, elle le refuse pour chercher refuge dans un passé fantasmé. Le conservatisme quant à lui accepte bon an mal an toutes les innovations d’origine libérale, il ne fait que mettre le frein là où les libéraux appuient sur l’accélérateur et les réactionnaires enclenchent la marche arrière. La réaction et le conservatisme, formant ensemble ce que l’on appelle « la droite », font partie intégrante du libéralisme qui est, lui, une idéologie progressiste, donc de gauche. La droite n’est donc pas une force motrice autonome, elle n’est que la partie d’un ensemble dans lequel elle joue un rôle de figuration. Elle n’est qu’un organe, pas un corps autonome. Pareillement, là où nous imaginons l’instant présent comme un point et la gauche et la droite comme deux directions (choix) possibles, se trouve en réalité une ligne plus ou moins continue déterminée par le temps et représentant l’état d’avancement de la société humaine. La gauche propose de prolonger la ligne, la droite de l’arrêter, de ralentir ou de retourner sur ses pas. Mais dans tous les cas c’est toujours la gauche qui choisit la direction prise par la ligne, la droite se contentant de moduler la fébrilité de la gauche à la rallonger, tout du moins sur les questions de civilisation, car le schéma est opposé en ce qui concerne l’économie. Le progressisme libéral, qu’il soit économique ou sociétal y trouvera donc son compte. L’expression « sens de l’Histoire » employée par les progressistes est à ce titre tout à fait révélatrice du rapport de sujétion idéologique dans lequel la réaction est tenue par le progrès.

Maintenant que les catégories politiques ont été clairement définies, le bilan désastreux de la droite de ces deux derniers siècles, incapable qu’elle fut d’enrayer la marche triomphale du libéralisme nous apparait comme naturel puisqu’il lui est consubstantiel. C’est ainsi que la droite fut successivement contre la colonisation et la décolonisation qui furent toutes deux proposées et mises en œuvre par la gauche. La droite a également passé l’essentiel du XIXe siècle et le début du XXe à prôner un hypothétique retour à la monarchie, qui même lorsqu’il advint ne rétablit absolument pas les mœurs et valeurs de l’Ancien Régime mais, bien au contraire, « digéra », intégra à son génotype les avancées républicaines les plus raisonnables et les considéra comme acquises.
Le gaullisme, que l’on pourrait nous présenter comme l’exception qui confirme la règle n’illustre pas la vitalité idéologique de la droite, mais démontre en réalité sa conversion à la modernité et aux idées républicaines de gauche. Notre XXIe siècle voit la droite française désormais obnubilée par le sauvetage ou la préservation d’une République pluriethnique, énorme « machin » étatique brinquebalant et sans âme qu’elle n’eut de cesse de vomir pendant des décennies mais que la gauche considère déjà comme un astre mort.

A l’échelle européenne voire mondiale, les mouvements politiques issus de la droite conservatrice, bien qu’ils s’opposent parfois vigoureusement aux monstruosités conceptuelles accouchées par un libéralisme dévoré par l’hubris (théorie du genre, promotion désormais ouverte de l’éradication des phénotypes européens, etc.) ne pourront jamais triompher de leur adversaire puisqu’ils n’existent qu’à travers lui, comme facteurs de modération du libéralisme. La Pologne, la Hongrie, etc. constituent une sorte « d’Europe périphérique » qui reçoit les innovations de l’Europe libérale occidentale et de l’anglosphère et s’y oppose avec plus ou moins de succès quand elle les juge incompatibles avec sa culture. Cette Europe non occidentale occupe, à une échelle géographique plus considérable la même fonction que la « France périphérique » au niveau de l’Hexagone, sujette à la domination économique et idéologique des métropoles mondialisées, épicentres d’une vision du monde libérale que ces dernières émettent en continu. Les métropoles mondialisées « produisent » ainsi une idéologie que la périphérie se contente de « recevoir » sans pouvoir opposer de contre-idéologie originale. Le conservatisme des zones périphériques n’est rien d’autre qu’un refuge pour les idées surannées et déjà sur le déclin, à l’image de ces montagnes et zones reculées qui hébergent des espèces de fleurs boréales, éradiquées ailleurs par le réchauffement climatique et l’entreprise humaine.

Dit autrement, et à l’opposé du fascisme et du communisme qui, pour leur époque proposaient une véritable alternative moderne au libéralisme, les forces « de droite » de toutes les époques ne font que retarder l’inéluctable ; sans jamais, et ceci est conforme à leur nature, émettre de proposition « concurrente » autre que celle du statu quo ou du retour en arrière à celle du libéralisme.

En conséquence, l’objectif d’un Européen conscient de l’état critique de sa civilisation ne doit pas être de « sauver la droite » ou de la « porter au pouvoir », cela ne veut strictement rien dire puisque la droite n’est tout simplement pas faite pour définir la marche du monde, elle n’est que le boulet plus ou moins volumineux du progrès libéral. Un Européen politiquement engagé doit, avant toute autre chose, déchirer la camisole idéologique du libéralisme philosophique pour « pro-poser » un projet de société basé sur une vision du monde indépendante de ce dernier. Croire naïvement que la survie des peuples européens s’accommodera des droits de l’Homme, voire, encore plus suicidaire se revendiquera de ceux-ci, c’est buter à coup sûr sur le petit corps d’Aylan Kurdi, la mort tragique d’un enfant justifiant la disparition entière d’une civilisation pour ceux qui sont tout imprégnés d’idéologie libérale. La défense de l’identité biologique européenne sera associée au « mal », et donc moralement indéfendable aussi longtemps qu’elle utilisera comme représentation mentale les valeurs de l’adversaire. Ne vous défendez pas d’être raciste, accusez-les d’être remplacistes !

A ceux qui m’objecteraient, à juste titre, que ce sont ces mêmes droits de l’Homme issus de la pensée libérale qui sont responsables de l’essor phénoménal de la civilisation occidentale de ces deux derniers siècles et du très haut niveau de vie de ses populations, je répondrai qu’une idéologie peut porter des fruits d’une grande fraîcheur durant sa jeunesse et d’autres plus amers, voire empoisonnés lorsqu’elle devient sénescente. Le pragmatisme impose de savoir se départir de ce qui entraîne notre civilisation vers l’abîme sans pour autant renoncer aux innovations scientifiques. Le « retour à la terre » (qui ne ment pas), à la France d’antan des villages n’est même pas une utopie, c’est un opium qui égare la pensée. Associer un pays majoritairement peuplé d’Européens à la réaction, ce qu’a fait l’ensemble de la droite occidentale, du parti républicain aux Etats-Unis au Front National en France depuis quarante ans est la meilleure façon de signer son arrêt de mort.
La « France blanche » ne pourra exister que lorsqu’elle sera mutée en « France d’après », lorsque la présence allogène sur notre territoire sera « naturellement » considérée comme une aberration par une majorité de nos concitoyens, tout comme elle l’est depuis longtemps pour nous. Dit autrement, il ne faut pas souhaiter le retour de l’ancien monde mais hâter l’avènement du nouveau.

Ce monde nouveau ne naîtra pas d’une tabula rasa mais du passage d’un flambeau s’inscrivant dans la continuité de la pensée européenne, puisant sa force à la fois dans la sagesse antique et les avancées technologiques contemporaines. Aux trois impasses philosophiques dans lesquelles la civilisation occidentale contemporaine s’est fourvoyée (idéalisme, individualisme, universalisme) seront opposées les trois vertus cardinales (matérialisme, collectivisme, différentialisme). Le matérialisme du monde réel et sensible pour dissiper l’enfumage idéaliste de l’Homme désincarné et des « valeurs » débilitantes. Le collectivisme comme antidote à l’égoïsme libéral, la prospérité de la communauté devenant le bien suprême à la place de « l’affirmation de soi », le « moi » sera remplacé par le « nous ». Enfin, un différentialisme de bon aloi nous guérira de la folie universaliste.

L’unité d’Homo sapiens n’est pas seulement une utopie, c’est un projet criminel qui éradiquera la richesse des populations humaines, et en premier lieu celles de notre continent.

Que l’Homme meure pour que les Européens vivent !

Vertumne (Plebiscis, 2 mars 2018)

27/03/2018

Refuser ou dominer la révolution anthropologique...

Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Romain d'Aspremont, cueilli sur Polémia et consacré à la révolution anthropologique, liée à l'évolution des technologies cybernétiques et génétiques, qui se dessine. Les Européens doivent-ils suivre les évolutions, les rejeter ou tenter de les dominer ? Bonne question...

 

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La droite doit reconsidérer sa position sur le transhumanisme

Dans son discours de Lille, Marine Le Pen s’en est prise à l’idéologie transhumaniste : « Déjà, on voit poindre la promesse de contrôler, par la technologie génétique, les caractéristiques intellectuelles ou physiques des enfants et supprimer le hasard de la naissance et de la vie. […] Au delà, se pose la question du transhumanisme, c’est à dire la fabrique à l’échelon quasi industriel, de bébés “améliorés”. Quelques États semblent y travailler pour aligner des individus avec 200 de QI, tout comme des grandes firmes, nourries par les bénéfices générés par les réseaux sociaux. […] On joue à colin-maillard sur le bord de la falaise. La science déferle sur nous avec la tentation prométhéenne de faire de l’homme l’égal de Dieu. Revenons sur Terre. »

Le « bon sens », toujours. En cela, elle sera suivie par l’ensemble des conservateurs, de droite comme de gauche, d’ailleurs. En France, la technophobie n’est pas une denrée rare et on comprend que le transhumanisme fasse frémir : améliorer l’homme, via la cybernétique ou l’ingénierie génétique, voilà qui nous conduirait tout droit à la « barbarie technologique » dénoncée par la nouvelle présidente du « Rassemblement national ».

Mais le Pen s’enferre dans le travers classique du conservatisme : ralentir le rythme des « avancées progressistes » plutôt que proposer un nouveau cap. Cette posture est politiquement suicidaire car elle implique de renoncer à écrire l’Histoire. Si celle-ci était un livre, les progressistes tiendraient la plume, les réactionnaires la gomme, et les conservateurs batailleraient pour ajourner l’écriture du prochain chapitre.

Or ce nouveau chapitre de l’histoire de l’évolution – l’Homme qui s’améliore lui-même – adviendra, quoi qu’il arrive. Sinon en Europe, du moins en Asie et aux États-Unis. En sanctuarisant la « nature humaine », la droite conservatrice croît bien faire, mais une telle prudence n’aboutira qu’à nous faire manquer la prochaine révolution industrielle. Les pays qui se fermeront aux vents mauvais de la technologie transhumaniste formeront, en l’espace de deux générations, un nouveau tiers-monde, au même titre que les peuples restés à l’écart des révolutions industrielles du XIXème siècle.

En Chine, des centres de recherches séquencent le génome des surdoués, avec pour projet avoué propager le « gène du génie » parmi les nouvelles générations de Chinois. Vitupérer contre ces délires prométhéens conduisant à la « fin de l’homme » (Fukuyama) n’y changera rien : si les jeunes Français ne sont que 13% d’enthousiastes à l’idée d’améliorer le QI de leurs enfants, c’est un jeune Chinois sur deux qui se dit prêt à franchir le pas.

Ceux qui dansent au bord de l’abîme ne sont peut être pas ceux que l’on croît. D’abord, parce que les nations transhumanistes distanceront les peuples bioconservateurs, dans tous les domaines (scientifique, économique, militaire et même artistique). Ensuite, parce qu’il faut nous souvenir que l’humanité, libérée de la sélection naturelle, est condamnée à la dégénérescence.

Jacques Monod, prix Nobel de médecine, dans son essai Le hasard et la nécessité, écrit que dans nos sociétés modernes « la sélection y a été supprimée [ou] du moins n’a-t-elle plus rien de “naturel” au sens darwinien du terme [si bien qu’] aujourd’hui, beaucoup de ces infirmes génétiques survivent assez longtemps pour se reproduire [car] grâce aux progrès de la connaissance et de l’éthique sociale, le mécanisme qui défendait l’espèce contre la dégradation, inévitable lorsque la sélection naturelle est abolie, ne fonctionne plus guère que pour les tares les plus graves. »

Autrement dit, à défaut d’ingénierie génétique, les mutations aléatoires – n’étant plus triées par la sélection naturelle – s’accumuleront. Soit le pire effet secondaire de l’Etat-providence, qui protège les plus faibles et les malades, leur permettant de transmettre leurs gènes de moindre qualité.

Monod s’inquiète aussi du risque de dégénérescence intellectuelle, observant « une corrélation négative entre le quotient d’intelligence (ou le niveau de culture) et le nombre moyen d’enfants des couples » – les couples au QI le plus bas faisant moins d’enfants que ceux au QI élevé.

Et de conclure que « le danger, pour l’espèce, des conditions de non-sélection, ou de sélection à rebours, qui règnent dans les sociétés avancées est certain ». Rappelons que Monod, loin d’être fasciste, était sympathisant communiste. S’il ne s’est jamais prononcé en faveur du transhumanisme (qu’il considérait relever de la science fiction), son cri d’alarme devrait au moins nous conduire à réviser notre point de vue sur le transhumanisme : moins une lubie prométhéenne qu’une exigence éthique visant à corriger un génome accumulant les erreurs de copie.

Enfin, la droite serait plus inspirée de se battre pour modifier le contenu de la révolution anthropologique en cours, plutôt que de s’échiner à la tuer dans l’œuf. Car les plus fanatiques des transhumanistes n’aspirent à rien de moins que concrétiser leur égalitarisme mortifère : à l’image de Donna Haraway, auteur du Manifeste cyborg de 1985, les féministes déconstructivistes espèrent voir émerger des Posthumains asexués. Soit l’ultime étape de leur croisade : passer de la déconstruction des « stéréotypes » à la déconstruction biologique.
D’autres transhumanistes, tels Max More, souhaiteraient créer des Posthumains génétiquement pacifistes, dépourvus de pulsions agressives, débordant d’empathie et d’altruisme. Et, idéalement, herbivore.

Romain d’Aspremont (Polémia, 23 mars 2018)

15/03/2018

Union des droites ou droite plurielle ?...

Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Gabriel Robin, cueilli sur le site du magazine L'Incorrect et consacré à la question de l'union des droites...

 

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Union des droites ou droite plurielle ?

On l’oublie souvent, mais l’« union des droites » a existé dans la vie politique française, au moins durant les deux premières décennies de la Troisième République. C’est à l’aune de cette donne historique que l’on doit envisager quelle forme pourrait revêtir aujourd’hui l’union des droites.

Les alliances entre factions politiques à la fin du Second Empire, comme au début de la Troisième République, sont difficiles à appréhender. Les différents groupes composant la droite née des suites de la proclamation de la Troisième République, donc du traumatisme de la guerre franco-prussienne de 1870, s’ils avaient de grandes divergences, partageaient une même défiance à l’égard du retour à la forme républicaine des institutions de la nation française, sorte de miroir inversé du gouvernement d’Emile Ollivier qui avait précédé la chute du Second Empire.

Légitimistes, orléanistes et bonapartistes autoritaires nourrissaient tous le secret espoir d’abattre la gauche, alors unanimement républicaine, s’inspirant peut-être de la relation qui unit Jean-de-Dieu Soult, héros de la bataille d’Austerlitz, à Louis-Philippe durant la monarchie de Juillet. Un ressentiment qui culmina sous une forme paradoxale, baroque, sinon grotesque : le boulangisme. Suicidé sur la tombe de sa maîtresse, le Général Boulanger sut auparavant réunir autour de sa personne des républicains de gauche, mais aussi des nostalgiques de la monarchie et de fervents bonapartistes, qui financèrent cette drôle et pathétique épopée du XIXème siècle français finissant.  Ainsi s’achevait « l’union des droites » en France. La tentation d’en finir avec la République n’était pas morte, loin s’en faut, surtout dans les cercles royalistes qui ont longtemps cru pouvoir y parvenir, notamment sous l’impulsion de l’Action Française de Charles Maurras. Hasard de l’histoire, les maurrassiens empruntèrent à Paul de Cassagnac, député bonapartiste jusqu’au-boutiste, l’expression « La Gueuse » pour désigner la République.

Ressusciter l’idée d’« union des droites » implique donc d’en mesurer la portée historique et politique. Il ne s’agit pas d’un concept anodin, mais bien de l’affirmation d’une volonté d’union de sensibilités extrêmement diverses face à un ennemi commun, un régime honni. Autour de quel programme (ou quelle détestation commune, ce qui serait plus précis en l’espèce) ? Avec quels hommes ? Tant de questions presque insolubles qui font du projet d’union des droites une hypothèse peu vraisemblable à l’heure où j’écris ces lignes. Auteur de La guerre à droite aura bien lieu – Le mouvement dextrogyre, Guillaume Bernard a bien tenté de tracer à grands traits ce que pourrait être l’union des droites au XXIème siècle : « L’unité de la droite ne viendra pas de la connivence des « chefs » mais de l’aspiration du peuple de droite à l’adoption d’une plateforme commune. Si les chefs ne suivent pas, la base n’aura pas d’autre solution que de se passer d’eux ».

Passons sur le fait que Guillaume Bernard se débarrasse un peu trop facilement des difficultés politiciennes, pour nous attarder sur le consensus politique qu’il entend construire. L’essayiste dégage cinq points, à ses yeux essentiels d’une vision politique de droite authentique : la défense de l’identité et du patrimoine hérité ; la restauration de l’autorité de l’Etat ; la promotion de la souveraineté nationale ; la «subsidiarité » censée garantir les libertés, notamment économiques ; et, le maintien d’une « conception traditionnelle » en matière de mœurs et de bioéthique. Ces principes pourraient-ils donc servir de programme commun d’une « union des droites » contemporaine ? Possible sur le fond. Au moins pour une partie de la sociologie de l’électorat de droite, plus engagée et généralement plus militante.

Mais n’y-a-t-il pas là aussi l’expression d’une forme d’idéal platonicien, que la réalité contredit le plus souvent ? Imagine-t-on le « peuple de droite », si l’on admet qu’il existe, se réunir spontanément autour d’une personnalité providentielle venue le guider vers la victoire ? Plus surréaliste encore, en créant ex-nihilo une plate-forme de démocratie directe et participative, totalement horizontale ?

Les difficultés pratiques sont réelles, sans compter que les principes ne sont pas un programme. Si le diable se cache dans les détails, cela n’est sûrement pas sans raison. Quid de la partie sur la souveraineté nationale, infiniment complexe ? Quid de la formule indiquant que le programme commun de la droite devrait défendre une « conception traditionnelle » en matière de mœurs et de bioéthique ? Il n’est pas difficile de percevoir les premières difficultés auxquelles feraient face les promoteurs actuels de l’union des droites, si d’aventure ils cherchaient à bâtir un outil agglomérant les différents courants d’un camp dont l’identité politique commune de ses partisans se réduit parfois au fait qu’ils ne soient pas de gauche !

Interrogée par Laurent Delahousse, Marine Le Pen se déclarait ouverte aux alliances, sans toutefois aller jusqu’à se définir comme étant elle-même de droite : « Je souhaite défendre la nation avec tous ceux qui sont prêts à le faire ». Seul parti de gauche partageant des vues similaires à celles de Marine Le Pen sur la question européenne, La France Insoumise ne se rapprochera jamais, de près comme de loin, d’une formation qui ne serait pas véritablement de gauche, c’est-à-dire dotée d’un axe idéologique l’orientant prioritairement vers la lutte contre les inégalités, cœur de combat du marxisme et de ses dérivés. Alors qui ? La droite, pardi ! Nicolas Dupont-Aignan ? En dépit des pudeurs de gazelle qu’il affiche, il a déjà franchi le pas et pourrait recommencer. Problème, il ne pèse pas suffisamment pour créer une majorité. Il n’y a donc qu’une solution en magasin : Les Républicains. La lucidité m’oblige à penser que l’éventualité est très peu probable en l’état.

L’étude des votes du premier tour de l’élection présidentielle avait montré que les électorats de François Fillon et de Marine Le Pen plaçaient les mêmes sujets en tête de leurs priorités respectives, hors la lutte contre les déficits et la dette publique. À l’image de l’Italie ou de l’Autriche, les électeurs de droite s’accordent au moins sur un sujet : la lutte contre l’immigration. La coalition de centre-droit italienne, qui a échoué de peu à former une majorité, dénonçait ainsi la gestion de la crise des « migrants » par le parti démocrate europhile de Matteo Renzi.

Laurent Wauquiez pourrait vouloir profiter de la relative faiblesse de Marine Le Pen dans les derniers sondages, en chute dans tous les indicateurs testés dans le sondage Kantar Sofres-One Point pour Le Monde, pour encore durcir sa proposition et se présenter en champion de la « droite vraiment de droite ». Ce désamour est certainement en trompe l’œil, Marine Le Pen bénéficiant toujours d’un monopole de fait dans le créneau du nationalisme à la française. L’« union des droites » ? Les cadres des Républicains n’en veulent d’ailleurs pas dans leur grande majorité, y compris aux élections locales. Il faut bien dire que les institutions de la Vème République ne s’y prêtent pas, favorisant le fait majoritaire au détriment des alliances faites de compromis.

Ajoutons à cela que les sympathisants des Républicains, contrairement à ceux du Front national, majoritairement favorables à des accords, ne sont pas non plus très séduits, n’étant que 11 % à déclarer vouloir traiter le «Front national comme un allié en passant avec lui une alliance électorale globale » et 32 % à se montrer favorables à l’idée de « faire des alliances » ponctuelles avec le Front national en fonction des circonstances, toujours selon le sondage Kantar Sofres-One Point. Une telle reconfiguration pourrait, en outre, dépouiller la droite de gouvernement de l’intégralité du centre, déjà largement aspiré par Emmanuel Macron.

Si la « bataille des idées » n’a pas été remportée par la droite – encore faudrait-il s’assurer qu’elle l’eût un jour véritablement livrée -, les constats qu’elle dresse sont désormais mainstreams. Éric Zemmour le disait dans nos colonnes : « Mon constat et mon diagnostic sont désormais la norme ! Ce que je disais il y a quelques années est devenu banal. Tout le monde le pense ».  Même Ariane Chemin. Je ne donnerais pas d’autres noms pour ne vexer personne. L’Union des droites serait-elle donc la traduction d’un impensé français ? Soit la réunion d’une majorité protéiforme : celle qui dit que le réel a eu lieu ?  Malheureusement, cette majorité de l’opinion publique n’a pas de traduction politique efficiente. En aura-t-elle une demain ? Rien n’est moins sûr.

Céder au désespoir, se lamenter face à la fatalité serait pourtant une « sottise absolue ». La droite, prise dans son sens le plus large, doit être modeste. La solution révolutionnaire ou le coup de force lui sont hors de portée.  Une première option pourrait donc consister à privilégier l’émergence d’une droite plurielle à la romantique et nébuleuse union des droites. L’idée de droite plurielle pourrait servir à former des coalitions aptes à gouverner, ses membres s’accordant pour remplir un minimum d’objectifs le plus efficacement possible, sans s’étouffer et faire de trop grandes concessions. En somme, il s’agirait du retour de Richelieu, pour qui la politique était l’art de rendre possible ce qui est nécessaire.

Seconde option offerte à la droite dite « authentique », plus étonnante : se résoudre à rester dans l’opposition un bon moment, en l’envisageant de manière productive. Dans des sociétés connectées, surinformées, l’opinion peut jouer un rôle de moteur historique en influençant les décisions prises par le gouvernement et en aidant les communautés de pensée à s’organiser en lobbys. Il ne s’agit pas à proprement parler de « métapolitique », mais de para-politique. Vaste sujet…

Gabriel Robin (L'Incorrect, 12 mars 2018)

08/02/2018

Le conservatisme, une idée à la mode ?...

Le 5 février 2018, Martial Bild recevait, sur TV libertés, Frédéric Rouvillois et Christophe Boutin, à l'occasion de la sortie du Dictionnaire du conservatisme (Cerf, 2017), dont ils ont dirigé la publication avec Olivier Dard.

Professeur de droit public à l’université Paris-Descartes, Frédéric Rouvillois est l'auteur de plusieurs ouvrages d'histoire des idées comme Histoire de la politesse (2006), Histoire du snobisme (2008),  tous deux disponibles en format de poche dans la collection Champs Flammarion, ou L’invention du progrès (CNRS éditions, 2010) et plus récemment, Être ou ne pas être républicain (Cerf, 2015).

Professeur de droit constitutionnel, Christophe Boutin est notamment l'auteur d'un essai intitulé Politique et tradition (Kimé, 1992), consacré au penseur traditionnaliste italien Julius Evola.