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civilisation européenne

  • Poussée des populistes et montée des écologistes...

    Nous reproduisons ci-dessous entretien avec Alain de Benoist, cueilli sur Breizh Info, dans lequel il analyse les résultats des élections européennes... Philosophe et essayiste, Alain de Benoist a récemment publié Le moment populiste (Pierre-Guillaume de Roux, 2017), Ce que penser veut dire (Rocher, 2017), Décroissance ou toujours plus ? (Pierre-Guillaume de Roux, 2018) et Contre le libéralisme (Rocher, 2019).

     

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    Alain de Benoist : « Le fait dominant de ces élections européennes, c’est la poussée populiste d’une part, et la montée des partis écologistes »

    BREIZH-INFO. Voyez-vous dans ces élections européennes, en France, une marée verte, ainsi qu’une grande victoire pour le RN ?

    ALAIN DE BENOIST : Un mot d’abord sur la hausse de la participation. Les observateurs y ont immédiatement vu la preuve que les Français s’intéressent plus à l’Europe qu’on ne le dit. Cette interprétation est fautive. La participation a été plus forte tout simplement parce que cette élection européenne a été traitée, plus encore que d’habitude, comme une élection nationale. En personnalisant les enjeux du scrutin, en apparaissant, au mépris de sa fonction présidentielle, comme la véritable tête de liste LREM, Emmanuel Macron en est le principal responsable.

    C’était en outre un pari risqué. Macron l’a perdu, puisque sa liste n’arrive pas en première position et ne retrouve même pas son score du premier tour de la présidentielle. Loiseau ne s’est pas envolée. Le parti macronien avait cru découvrir en elle un aigle, ce n’était qu’une bécasse de couleur.

    Macron n’est toutefois pas le grand perdant de cette élection. Les deux vrais grands perdants sont Jean-Luc Mélenchon et Laurent Wauquiez. Le premier paie de façon tragique son abandon de la ligne populiste qui lui avait permis d’obtenir près de 20 % des voix au premier tour de la présidentielle. Le second se heurte à ce constat terrible que les Républicains ne correspondent aujourd’hui plus à rien. L’avenir des Républicains est le même que celui du PS : tomber à 5 ou 6 % avant de disparaître définitivement.

    Le soir de l’élection, Bruno Retailleau faisait pitié tant il était pathétique. Il parlait encore de « rassembler » pour « convaincre », alors qu’il n’a à rassembler, de Valérie Pécresse à Xavier Bertrand ou Gérard Larcher, que des torchons et des serviettes qui ont déjà beaucoup servi. La liste menée par François-Xavier Bellamy, qu’on disait appelée à faire des miracles, n’a même pas séduit la moitié de la « droite Trocadéro », c’est-à-dire de l’électorat bourgeois de François Fillon. L’autre moitié est partie chez Le Pen ou chez Macron. Avec ou sans Wauquiez, ce qui reste des Républicains finira par en faire autant.

    Quant à la « marée verte », elle reste relative. Une progression des écologistes n’a rien pour surprendre aujourd’hui, mais les Verts ont connu dans le passé des scores supérieurs à 13 %. Au Parlement européen, ils peuvent jouer un rôle d’appoint assez important, mais il ne faut pas oublier que leur électorat est à la fois hétérogène et volatil. A côté des écolos sincères, il y a aussi les bobos que Macron va maintenant s’employer à séduire.

    Le RN n’est-il pas définitivement bloqué à un plafond de verre (d’après mes calculs, il lui manquerait 8 à 10 millions de voix, soit autant qu’actuellement, pour l’emporter aux législatives et à la présidentielle) ?

    Jordan Bardella, âgé de seulement 23 ans, a fait une très bonne performance et le RN peut se flatter d’avoir à la fois remporté l’élection et obtenu l’occasion de se présenter à nouveau comme le « premier parti de France ». Cette victoire n’a toutefois été acquise qu’avec un écart extrêmement mince, ce qui peut surprendre. Le score du RN atteint à peine celui du Front national aux européennes de 2014, alors que la liste Bardella est censée avoir bénéficié d’un apport de voix provenant aussi bien des Gilets jaunes (même si la majorité d’entre eux se sont abstenus), de l’aile « droite » des Républicains et d’une petite partie des électeurs de la France insoumise, auprès de qui l’image de Marine Le Pen s’était améliorée ces derniers temps. Que s’est-il passé exactement ? Il faudra des analyses plus fines pour le savoir.

    Je n’ai jamais beaucoup cru à la notion de « plafond de verre ». On dit couramment que, sauf circonstances exceptionnelles (qu’on ne peut pas exclure), aucun parti ne peut arriver seul à mobiliser plus de 50 % des électeurs. C’est pourtant ce que Macron est parvenu à faire en 2017. C’est en fait la situation politique générale qui est bloquée parce que la recomposition en cours n’est pas encore allée jusqu’à son terme. Si une nouvelle élection présidentielle avait lieu demain, les deux mêmes finalistes se retrouveraient au deuxième tour et le résultat final serait le même qu’il y a deux ans. Face à Marine Le Pen, Macron a des réserves de voix que Marine Le Pen n’a pas face à Macron. Aussi longtemps qu’on ne sera pas sortis de cette situation rien ne bougera.

    Quant à l’« union de la droite », elle est tombée dans les choux avec Nicolas Dupont-Aignan.

    Comment percevez-vous le vote au Royaume-Uni ? Seules l’Écosse et Londres se distinguent par un vote anti-Brexit majoritaire.

    On nous répétait depuis des mois que les Anglais se mordaient les doigts d’avoir décidé de quitter l’Union européenne. Or, c’est le Brexit Party de Nigel Farange qui a raflé la mise, au détriment des travaillistes et surtout des conservateurs. Cela laisse prévoir un « Brexit dur » (no deal Brexit). Comme les Ecossais tiennent à rester à l’intérieur de l’UE, il faut s’attendre à un regain de tension entre Londres et Glasgow qui pourrait très bien relancer les efforts pour parvenir à l’indépendance de l’Ecosse. Les violences en Irlande du Nord vont également reprendre, comme l’indiquent différents signaux enregistrés ces derniers temps.

    Et ailleurs en Europe, que voyez-vous ? Il semblerait au final, hormis en Italie et en Europe centrale, que la gauche sociétale progresse…

    Le fait dominant de cette élection, c’est d’une part la poussée populiste qui s’accentue un peu partout, et la montée des partis écologistes, qui correspond à l’air du temps. Populistes et écologistes, surtout quand ils sont incarnés par des visages nouveaux, voire atypiques, ont en commun de représenter des phénomènes relativement inédits, qui entrent en résonance avec le « dégagisme » généralisé auquel on assiste aujourd’hui. J’entends en ce moment beaucoup de gens « découvrir » que ce sont les grands partis institutionnels (ex-« partis de gouvernement ») qui en font les frais, et que le clivage droite-gauche devient obsolète. C’est exactement ce que j’annonce depuis cinq ou dix ans dans mes articles et dans mes livres.

    Quand on évoque la « gauche sociétale », il faudrait par ailleurs préciser ce dont on parle. S’il s’agit des délires du politiquement correct, du lobby gay, de l’hystérie des théoricien(ne)s du genre, du féminisme « Me-too » et des extravagances de l’« art contemporain », il est exact que, non seulement la droite, mais les classes populaires y sont tout à fait hostiles. S’il s’agit en revanche d’une certaine libéralisation des mœurs, il en va tout autrement. Tous les sondages le montrent, ceux qui votent aujourd’hui pour le RN sont favorables à l’euthanasie ou à la liberté d’avorter dans les mêmes proportions que l’ensemble des Français, c’est-à-dire à une énorme majorité, tandis que les débats sans fin sur la GPA ou la PMA les indiffèrent totalement.

    Qu’est-ce qui pourrait contribuer à sauver l’Europe et sa civilisation, au Parlement européen, dans les prochaines années ?

    Au Parlement européen ? Rien du tout, puisque les députés européens n’ont aucune initiative en matière législative et que leurs avis ne peuvent aller à l’encontre des traités en vigueur. Tout au plus peut-on penser qu’avec les nouveaux venus, les discussions prendront en telle ou telle circonstance une tournure différente. Mais ce n’est assurément pas cela qui va « sauver la civilisation » ! Ce qui la sauvera, c’est la conjonction d’un séisme de première grandeur et d’une volonté des peuples européens de persévérer dans leur être. Ce n’est pas encore pour demain, même si l’on avance dans cette direction.

    Alain de Benoist, propos recueillis par Yann Vallerie (Breizh info, 28 mai 2019)

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  • Europa invicta !...

    Une superbe vidéo consacrée à la civilisation européenne à découvrir et à diffuser !...

                                      

     

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  • Européen d'abord !...

    Les éditions Via Romana viennent de publier un essai de Jean-Yves Le Gallou intitulé Européen d'abord - Essai sur la préférence de civilisation. Ancien haut-fonctionnaire, président de la Fondation Polémia, Jean-Yves Le Gallou a, notamment, publié Immigration : la catastrophe - Que faire ? (Via Romana, 2016) et La tyrannie médiatique (Via Romana, 2013).

     

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    " Beaucoup de Français ne se sentent plus en France à Saint-Denis, Mantes-la-Jolie ou Marseille. Ils sont devenus étrangers chez eux et préfèrent l’ambiance de Prague, Budapest ou Lisbonne. Finalement ils se sentent Européens d’abord ! Européens de langue française.
       En novlangue, Français est devenu une simple notion juridique (la nationalité) et statistique. Un concept vidé de tout contenu historique et culturel. Européen renvoie, lui, à un contenu fort et charnel, un contenu spirituel et civilisationnel.
       La civilisation européenne est à nulle autre pareille : c’est la civilisation des libertés et de l’incarnation, la civilisation qui respecte la femme et voit du divin dans la nature, la civilisation des grandes découvertes.
       La préférence de civilisation, c’est mettre, au cœur de ses choix personnels et de l’action politique, la préservation et la transmission de l’héritage : c’est retrouver la mémoire européenne, c’est une école qui enseigne, une culture qui se ressource, des rites qui se réenracinent, des mœurs qui se défendent car elles sont plus importantes que les lois. La préférence de civilisation, c’est réaffirmer le droit des peuples européens à l’identité et à la continuité historique. Face au Grand Remplacement, au Grand Effacement, au Grand Chambardement, la préférence de civilisation, c’est le Grand Ressourcement.
       Trente ans après La préférence nationale, la préférence de civilisation est un livre qui fera date. "

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  • Se recueillir et réfléchir...

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    A l'aube d'une nouvelle année, face à un horizon apparemment bouché, se recueillir et réfléchir avant de reprendre la route...

    Et pour la réflexion, Métapo infos vous propose cette courte citation de Laurent Ozon, tirée de France, années décisives (Bios, 2015), un livre à lire, relire et méditer :

    Je terminerai de vous répondre en souhaitant que nous ne soyons pas simplement des conservateurs, mais que nous puissions aussi en quelque sorte briser à nouveau l'histoire, c'est à dire être capable d'un dépassement de forme et d'une créativité qui nous permettent de déplacer les contraintes de l'histoire de façons totalement inédite. Les conditions de cette refondation historique seront le résultat de la pression de l'histoire et de notre capacité à faire vivre des alternatives, prélude à la grande résurrection, à la translation de la civilisation européenne dans de nouvelles incarnations. Ce moment coïncidera probablement avec les temps qui suivront l'éclatement de la société-bulle à laquelle nous avons consacré tant d'énergie, tant de richesses, tant de créativité. Après les bulles, le retour des sphères ? Nous verrons bien, bientôt donc...

    Comme l'écrivait Philippe Jouet, en ces temps comme en d'autres, « les peuples qui survivront (…) sont ceux qui sauront résister aux forces de l'assimilation linguistique, culturelle, génétique et économique. Les autres rentreront dans le néant, c'est la loi du devenir »."

     

    Bonne année 2018 à tous les lecteurs de Métapo infos !

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  • Reconquête...

    Les éditions du Lore viennent de publier un roman d'Alcide Gaston intitulé Reconquête. L'auteur, ancien soldat du 2e Régiment étranger de génie ("Rien n'empêche"), reconverti dans l'informatique, connaît, à la fois, bien le terrain et les récentes avancées technologiques...

     

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    " Dans un futur proche qui pourrait être le notre, la France est en proie à toujours plus d’attentats meurtriers, encouragés par des politiques corrompues jusqu’à la moelle.

    C’est alors le déclic pour le narrateur qui, du fond de sa Bretagne charnelle, décide de réagir pour sauver ce qu’il reste de notre civilisation européenne.

    De la création de cellules indépendantes d’action, en passant par l’arrestation de dirigeants de la mouvance nationaliste identitaire, sans oublier d’improbables rencontres, ce roman cru d’anticipation n’est pas sans rappeler les fameux Carnets de Turner et ravira les inconditionnels du genre. "

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  • Le pape contre la civilisation européenne ?...

    Nous reproduisons ci-dessous un entretien donné par Laurent Dandrieu à Eugénie Bastié pour Figaro Vox dans lequel il revient sur les récents propos du pape favorables aux migrants. Auteur d'un essai intitulé Église et immigration, le grand malaise - Le pape et le suicide de la civilisation européenne (Presses de la Renaissance, 2017), Laurent Dandrieu est également rédacteur en chef des pages Culture à Valeurs Actuelles et on lui doit également un Dictionnaire passionné du cinéma (Éditions de l'Homme nouveau, 2013).

     

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    L. Dandrieu : «La sécurité personnelle ne peut exister si les nations basculent dans l'anarchie»

    FIGAROVOX.- Le pape François vient de publier un texte où il plaide pour «faire passer la sécurité personnelle [des migrants] avant la sécurité nationale», et appelle à un accueil beaucoup plus large des migrants. Que vous inspirent ces propos? Sont-ils inédits?

    Laurent DANDRIEU.- Il me semble que ce message qui vient d'être publié en préparation de la Journée mondiale du migrant et du réfugié 2018, qui aura lieu le 14 janvier prochain, est dans la droite ligne des positions défendues par le pape François depuis le début de son pontificat, mais qu'il va cependant plus loin que d'habitude sur un certain nombre de points. Dans un entretien accordé à une radio portugaise le 14 septembre 2015, par exemple, le pape reconnaissait le risque d'infiltration terroriste lié à la crise des migrants, mais n'en ajoutait pas moins qu'«à l'évidence, si un réfugié arrive, en dépit de toutes les précautions liées à la sécurité, nous devons l'accueillir, car c'est un commandement de la Bible». Quand, dans ce nouveau message, François écrit que «le principe de la centralité de la personne humaine (…) nous oblige à toujours faire passer la sécurité personnelle avant la sécurité nationale», il donne en quelque sorte une version plus théorique de cette précédente déclaration.

    La question est de savoir si, ce faisant, il ne cède pas à un certain idéalisme, potentiellement désastreux: car c'est oublier que la sécurité nationale est le plus sûr rempart de la sécurité personnelle, et qu'il n'existe aucune sécurité personnelle qui puisse exister en dehors de cadres politiques, juridiques et légaux qui en sont le rempart. Aucune sécurité personnelle ne peut exister si les nations occidentales, par exemple, du fait du terrorisme ou d'une immigration incontrôlée et ingérable, basculent dans l'anarchie.

    Par ailleurs, le principe de la centralité de la personne humaine oblige à considérer, aussi, que les citoyens des nations occidentales ont un droit évident à la sécurité nationale. On attend vainement, tout au long de ce texte, une prise en considération des intérêts des populations des pays d'accueil, qui ont droit, eux aussi, à la sollicitude de l'Église, et dont une partie de plus en plus importante vit, elle aussi, des situations de grande détresse et de grande précarité, matérielle, spirituelle et morale.

    Deuxième élément important et pour le coup très novateur de ce texte: le pape prend position pour «la défense des droits et de la dignité des migrants ainsi que des réfugiés, indépendamment de leur statut migratoire»: ce qui veut dire qu'il réclame des droits égaux pour les clandestins et pour les immigrants légaux, pour les demandeurs d'asile et pour les immigrés économiques. Parmi ces droits figurent «la liberté de mouvement dans le pays d'accueil, la possibilité de travailler et l'accès aux moyens de télécommunication»: ce qui veut dire, concrètement, que le pape réclame un droit d'installation préalable pour tous les migrants, avant même que soit étudié leur cas. Ce qui revient à donner une prime à l'illégalité d'autant plus forte qu'il est évident qu'un clandestin qui, entre-temps, aura trouvé un moyen de subsistance, aura d'autant moins de chance de voir son dossier rejeté. Cette prime à l'illégalité me paraît une seconde atteinte, très forte, contre les droits des nations et la citoyenneté: car la nation, la citoyenneté n'existent que par un consensus sur la légitimité de la loi. Si on postule que la loi est faite pour être contournée, il n'y a plus de bien commun possible.

    Ce discours a-t-il selon vous une dimension politique?

    Un autre aspect du message me semble clarifier ce qui apparaissait jusqu'alors une ambiguïté dans le discours de François. Il prônait jusqu'alors une grande générosité dans l'accueil, sans que l'on sache toujours si cela signifiait un simple rappel évangélique de la charité avec laquelle le chrétien se doit de traiter l'étranger croisé sur sa route, ce qui relève à l'évidence du rôle du pape, ou s'il s'agissait d'un appel plus politique, et donc plus discutable, à ouvrir les frontières. En stipulant que la protection des migrants «commence dans le pays d'origine», c'est-à-dire consiste à les accompagner à la source dans leur désir de migrer, le pape assume plus clairement que jamais la dimension politique de ce discours, la volonté de ne pas se cantonner à affronter une situation de fait, mais en quelque sorte d'accompagner et d'encourager ce mouvement migratoire vers l'Europe.

    Dernière clarification: en stipulant que les migrants doivent être mis en situation de se réaliser y compris dans leur dimension religieuse, le pape François donne une sorte de blanc-seing à l'entrée massive de populations de religion musulmane et à l'acclimatation de la religion musulmane sur le continent européen, en semblant indifférent aux innombrables problèmes identitaires et sécuritaires que cela pose.

    La position de François tranche-t-elle avec celle de ses prédécesseurs, et notamment celle de Benoit XVI? Que dit l'Église sur le devoir d'accueillir les migrants?

    La continuité est indéniable, et est attestée dans ce message par des nombreuses citations de son prédécesseur. Quand le pape prône le regroupement familial, au risque de transformer systématiquement les réfugiés temporaires en immigrés permanents, il ne fait que reprendre des positions défendues inlassablement, par exemple, par Jean-Paul II et Benoît XVI, comme je le montre abondamment dans mon livre.

    Le discours de l'Église, en son Catéchisme, reconnaît à la fois le droit de migrer quand la nécessité s'en fait sentir, et le droit des États de limiter les flux quand ils l'estiment nécessaire. Mais, dans les faits, le discours des papes oublie fréquemment ce second aspect. Il l'oublie d'autant plus volontiers que l'Église a souvent cédé à une vision quasi messianique des phénomènes migratoires, censés conduire vers «l'unité de la famille humaine», selon l'expression de Jean XXIII. Jean-Paul II écrit ainsi que «parmi toutes les expériences humaines, Dieu a voulu choisir celle de la migration pour signifier son plan de rédemption de l'homme», et Benoît XVI y voit une «préfiguration anticipée de la cité sans frontières de Dieu». Face à cela, la protection de la population des pays d'accueil est condamnée à peser de peu de poids, et de fait, elle est quasiment absente du regard que l'Église pèse sur les phénomènes migratoires. En face de cela, l'Église prône inlassablement l'intégration du Migrant, avec un grand M, sans se poser la question de savoir concrètement qui est ce migrant, et si le fait qu'il vienne, en grand nombre, avec un bagage culturel et religieux radicalement différent du nôtre, et dans certains cas incompatible avec le nôtre, ne rend pas cette intégration pour le moins illusoire.

    L'État nation et l'existence de frontières se justifient-ils d'un point de vue théologique?

    Bien évidemment, car c'est une suite logique du commandement d'honorer son père et sa mère. Saint Thomas d'Aquin écrit qu'«il appartient à la piété de rendre un culte aux parents et à la patrie» et, à la suite de saint Augustin, stipule qu'on doit la charité en priorité à ceux qui nous sont proches par les liens du sang ou de la citoyenneté. Léon XIII écrit que «la loi naturelle nous ordonne d'aimer d'un amour de prédilection et de dévouement le pays où nous sommes nés et où nous avons été élevés», et Pie XII enseigne que «dans l'exercice de la charité il existe un ordre établi par Dieu, selon lequel il faut porter un amour plus intense et faire du bien de préférence à ceux à qui l'on est uni par des liens spéciaux. Le Divin maître lui-même donna l'exemple de cette préférence envers sa terre et sa patrie en pleurant sur l'imminente destruction de la Cité sainte.»

    Plus récemment, Jean-Paul II a abondamment développé cette «théologie des nations», des nations qu'il ne voit pas seulement comme un bien politique, un outil au service du bien commun, mais à qui il reconnaît une dignité spirituelle éminente: la nation, explique-t-il, de toutes les communautés humaines, est «la plus importante pour l'histoire spirituelle de l'homme». Il va même jusqu'à dire que «la fidélité à l'identité nationale possède aussi une valeur religieuse.» De là, on peut évidemment déduire que les nations ont un droit irrépressible à défendre leur identité nationale face aux menaces extérieures, comme une immigration incontrôlée et inintégrable.

    «L'intégration n'est pas une assimilation qui conduit à supprimer ou à oublier sa propre identité culturelle», a aussi dit le pape. Y a-t-il position traditionnelle de l'église en matière d'assimilation?

    Cette condamnation de l'assimilation, au nom du respect de la culture d'origine de l'immigré, est malheureusement une constante dans le discours de l'Église sur l'immigration. Jean-Paul II va jusqu'à la renvoyer dos à dos avec des politiques de discrimination allant jusqu'à l'apartheid: «On doit en effet exclure aussi bien les modèles fondés sur l'assimilation, qui tendent à faire de celui qui est différent une copie de soi-même, que les modèles de marginalisation des immigrés, comportant des attitudes qui peuvent aller jusqu'aux choix de l'apartheid.» Je dis «malheureusement», car on ne voit pas bien, dès lors, malgré les appels répétés de l'Église à une politique d'intégration, commet l'appel de la hiérarchie catholique à un accueil généreux des migrants pourrait ne pas déboucher sur un multiculturalisme, d'ailleurs parfaitement assumé par le pape François.

    Le problème est que ce multiculturalisme aboutit dans les faits à un refus de considérer la culture du pays d'accueil comme une culture de référence, et rend de facto l'intégration illusoire. Sous la pression de l'immigration de masse et de l'idéologie multiculturaliste, les sociétés occidentales se réduisent de plus en plus à une juxtaposition de communautés d'origines, de cultures et de religions différentes, qui se regardent en chiens de faïence faute d'avoir de référence commune, autre que de très vagues principes abstraits, tels que cette «culture de la rencontre» à laquelle le pape François tend à réduire l'identité européenne. Le bien commun, faute de valeurs partagées, se réduit ainsi à un vivre ensemble qui, de plus en plus, tourne dans la réalité à un apartheid de fait. Soit le contraire du but recherché, et une catastrophe civilisationnelle majeure en germe tant pour les peuples européens que pour les populations immigrées.

    Laurent Dandrieu, propos recueillis par Eugénie Bastié (Figaro Vox, 22 août 2017)

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