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  • Le droit et la finance au service de la politique étrangère américaine...

    Les éditions L'Artilleur viennent de publier un essai d'Edward Fishman intitulé La nouvelle guerre économique - Le droit et la finance au service de la politique étrangère américaine. Diplômé de Yale et de Stanford, Edward Fishman a travaillé au cœur de la haute administration américaine, au Département d’État, au Pentagone et au Département du Trésor. Il enseigne à l’université Columbia et ses analyses paraissent dans le New York Times et le Wall Street Journal

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    " Conflit en Ukraine, émergence de la Chine et guerre en Iran, le livre qui dévoile la dimension « invisible » des affrontements : la guerre économique. Autrefois, pour mettre à genoux l’économie d’un pays, il fallait installer un blocus. Aujourd’hui, une simple déclaration publiée en ligne par le gouvernement américain suffit à déstabiliser lourdement un adversaire, qu’il soit russe, chinois ou iranien. Ancien haut responsable du Département d’État américain, Edward Fishman s’appuie sur son expérience personnelle, ses recherches et ses entretiens avec les plus importants dirigeants occidentaux, pour révéler comment les sanctions, les droits de douane et le contrôle des leviers stratégiques que sont le dollar, les semi-conducteurs et les chaînes d’approvisionnement énergétiques, sont devenus les armes principales de la géopolitique du XXIe siècle. Voici l’histoire secrète des décisions qui ont permis aux États-Unis de transformer l’économie en arme, et comment la Chine, l’Europe et la Grande-Bretagne font désormais de même."

     

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  • Groenland, la nouvelle frontière stratégique de l’Arctique...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Daniele Di Vuono, cueilli sur Euro-Synergies et consacré à l'intérêt géopolitique du Groenland dans le Grand Jeu des empires...

     

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    Groenland. La nouvelle frontière stratégique de l’Arctique

    Le Groenland n’est plus seulement une grande île reléguée dans les marges des cartes géographiques. Il est devenu l’un des points où se mesure le retour de la géopolitique dans l’Arctique. Pendant des décennies, il a été perçu comme une périphérie lointaine, froide, peu peuplée et éloignée des centres de décision du monde. Aujourd’hui, il apparaît pour ce qu’il a toujours été: une plateforme stratégique située entre l’Amérique du Nord, l’Atlantique nord et l’Europe.

    Le changement ne concerne pas seulement le climat, même si le climat en est l’une des causes profondes. La fonte des glaces, l’ouverture progressive de nouvelles routes, l’accès aux ressources minières et la militarisation croissante du Grand Nord transforment l’Arctique d’un espace extrême en un espace disputé. Dans ce contexte, le Groenland prend une valeur supérieure à son poids démographique ou économique. Sa position suffit à le rendre décisif.

    Le point central est géographique. Le Groenland se trouve sur le flanc nord de l’Alliance atlantique, dans une zone qui relie la défense de l’Amérique du Nord à la sécurité de l’Europe. C’est là que transitent des intérêts militaires, des systèmes de surveillance, des routes aériennes, des lignes maritimes et des projections de puissance. Celui qui ne considère le Groenland que comme un territoire autonome du Royaume du Danemark ne voit qu’une partie de la réalité. Celui qui regarde la carte stratégique y voit un seuil de l’Atlantique.

    Pour les États-Unis, le Groenland est important car il se trouve sur la trajectoire la plus courte entre le territoire américain et l’espace arctique-eurasiatique. Dans un monde revenu à des logiques de dissuasion, de missiles, de surveillance et de défense avancée, cette position devient essentielle. Ce n’est pas un hasard si Washington continue de considérer l’île comme un élément de sa propre sécurité nationale. L’enjeu n’est plus seulement la présence militaire, mais l’accès opérationnel stable à un espace qui pourrait devenir de plus en plus central dans la compétition entre grandes puissances.

    Pour le Danemark, le Groenland est à la fois une responsabilité, une ressource et une vulnérabilité. Copenhague doit défendre la souveraineté du Royaume, maintenir la relation avec Nuuk, préserver la cohésion avec ses alliés et, en même temps, éviter que l’île ne devienne l’objet de pressions extérieures trop fortes. C’est une position difficile: le Groenland amplifie le poids géopolitique du Danemark bien au-delà de son échelle habituelle, mais expose aussi Copenhague à des tensions qui dépassent largement la dimension danoise.

    La question de l’autonomie groenlandaise complique encore la donne. Le Groenland n’est pas un simple avant-poste militaire ni une case vide sur laquelle d’autres peuvent dessiner leurs stratégies. Il a une population, des institutions propres, une identité politique et une trajectoire historique marquée par son rapport avec le Danemark. Le désir d’une plus grande autonomie, et à terme d’indépendance, coexiste avec une réalité matérielle difficile : un territoire immense, des coûts élevés, une dépendance économique et un besoin d’investissements extérieurs. Cela rend l’île plus visible mais aussi plus exposée.

    C’est précisément dans cet espace entre autonomie et vulnérabilité que s’insère la compétition internationale. Les États-Unis voient dans le Groenland une garantie stratégique. La Russie considère l’Arctique comme le prolongement naturel de sa profondeur septentrionale, renforcée par des bases, des flottes et des infrastructures le long de ses côtes. La Chine, bien que n’étant pas une puissance arctique au sens géographique, cherche depuis des années un accès, une influence économique, une présence scientifique et une place dans les chaînes minières du Grand Nord. Le Groenland se retrouve donc au centre d’intérêts différents, pas toujours compatibles.

    La valeur des ressources contribue à accroître la pression. Terres rares, minerais critiques, graphite, molybdène, énergie, pêche, infrastructures portuaires et aéroportuaires ne sont plus de simples dossiers économiques. Ce sont des éléments de la nouvelle géographie du pouvoir. Les transitions énergétiques et technologiques ont rendu stratégiques des matériaux autrefois confinés aux relations industrielles. Qui contrôle l’accès aux ressources critiques contrôle aussi une partie de la capacité productive future. C’est aussi pour cette raison que le Groenland intéresse Washington, Bruxelles et Pékin.

    Mais la partie ne se limite pas aux ressources. Le vrai nœud, c’est la transformation de l’Arctique en un espace militaire et logistique. Longtemps, le Grand Nord a été présenté comme une région de coopération scientifique, d’équilibres délicats et de gouvernance multilatérale. La guerre en Ukraine a changé cela aussi. La confiance envers Moscou s’est réduite, l’OTAN porte une attention accrue au flanc nord, la Finlande et la Suède ont modifié l’architecture de sécurité européenne et l’Arctique est entré dans une phase moins coopérative et plus stratégique.

    Dans ce contexte, le Groenland devient un test pour l’OTAN. Non seulement parce qu’il s’agit de la défense de l’Atlantique Nord, mais aussi parce que cela met à l’épreuve la relation entre alliés. Lorsque la sécurité d’une grande puissance rencontre la souveraineté d’un allié plus petit, l’équilibre de l’Alliance devient plus délicat. La défense collective ne peut se transformer en pression asymétrique. Si cela arrivait, le problème ne serait pas seulement groenlandais ou danois: il concernerait la crédibilité politique de l’ensemble du système atlantique.

    Pour l’Europe, la question est encore plus large. L’Union européenne parle de plus en plus d’autonomie stratégique, de sécurité des chaînes d’approvisionnement et de défense de ses intérêts. Mais le Groenland montre à quel point il est difficile de traduire ces formules en capacités réelles. L’Arctique est proche de l’Europe, concerne directement un pays membre de l’Union comme le Danemark, même s’il s’agit d’un territoire qui n’est pas dans l’UE, et touche des ressources critiques et la sécurité militaire. Pourtant, le centre de gravité de la discussion reste souvent entre Washington, Copenhague et Nuuk.

    Le Groenland illustre ainsi l’une des contradictions du présent européen: l’Europe est impliquée dans presque tous les dossiers décisifs, mais elle en détermine rarement seule la trajectoire. En Méditerranée, elle subit les crises d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient. Au Sahel, elle enregistre les effets de sa perte d’influence. Dans l’Arctique, elle risque d’observer une partie stratégique qui se joue sur son propre flanc nord. La distance géographique ne suffit plus à définir la distance politique.

    L’avenir de l’île dépendra de la capacité à maintenir ensemble trois dimensions : la sécurité occidentale, la souveraineté danoise et le droit des Groenlandais à décider de leur propre destin. Si l’une de ces dimensions écrase les autres, le Groenland deviendra une fracture. Si, au contraire, elles sont intégrées, il pourra devenir un espace d’équilibre dans un Arctique de plus en plus compétitif.

    La grande île blanche, longtemps restée aux marges de l’histoire visible, est revenue au centre de la carte. Non parce que sa position a changé, mais parce que le monde autour d’elle a changé. Et lorsqu’une périphérie devient indispensable, elle cesse d’être une périphérie : elle devient une frontière stratégique.

    Daniele Di Vuono (Euro-Synergies, 7 juin 2026)

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  • Trump - Xi : finance vs industrie, qui prend l'avantage ?...

    Le 18 mai 2026, dans l'émission Politique & Eco sur TV libertés, Pierre Bergerault,  recevait Hervé Juvin pour évoquer avec lui le face-à-face américano-chinois, soit la confrontation entre finance américaine et puissance industrielle chinoise...

    Économiste de formation et ancien député européen, Hervé Juvin est notamment l'auteur de deux essais essentiels, Le renversement du monde (Gallimard, 2010) et La grande séparation - Pour une écologie des civilisations (Gallimard, 2013) et d'un manifeste localiste intitulé Chez nous ! - Pour en finir avec une économie totalitaire (La Nouvelle Librairie, 2022).

     

                                              

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  • Chine-Inde : la guerre des mondes...

    Les éditions du Cerf viennent de publier un essai d'Emmanuel Lincot intitulé Chine-Inde - La guerre des mondes. Emmanuel Lincot est professeur des universités et consultant. Spécialiste de l'histoire politique et artistique de la Chine contemporaine, il est enseignant-chercheur à la Faculté des lettres de l'Institut catholique de Paris. Il est déjà l'auteur de Le Très Grand Jeu - Pékin face à l'Asie centrale (Cerf, 2023).

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  • Shein : bien tortueuses, les nouvelles Routes de la soie...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Françoise Monestier, cueilli sur le site de Polémia et consacré à l'impérialisme économique chinois qui exerce sa puissance en France...

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    Shein : bien tortueuses, les nouvelles Routes de la soie

    Ironie de l’histoire, mauvais alignement des planètes ou tout simplement hasard du calendrier, le Salon du Made in France — une concession supplémentaire au Système avec cet usage imbécile de l’anglais mis à toutes les sauces — a ouvert ses portes le jour même où Sébastien Lecornu donnait son absolution à Shein, qui ne respecte aucune règle environnementale, viole allègrement le droit du travail en devenant le champion toutes catégories de la contrefaçon et en inondant le monde entier de ses vêtements, ustensiles de cuisine et autres gadgets.

    Magouilles en tous genres

    Alors que son installation dans le très « bobo » quartier du Marais, où est implanté le BHV dirigé par un certain Merlin qui n’a rien d’un enchanteur, donnait du grain à moudre à une bande d’écervelés semblant ignorer que la Chine n’en est pas à son coup d’essai dans sa conquête systématique de l’Europe, Lecornu renonçait en effet à la suspension de la plateforme du site chinois. Une abdication d’autant plus surprenante que, selon Bercy Infos du 10 novembre, 80 % des 200 000 colis expédiés par Shein et contrôlés le 6 novembre par nos douanes se révélaient non conformes — cosmétiques non autorisés, jouets dangereux, appareils électroménagers défaillants…
    Pourquoi donc une telle reculade ? Le géant chinois a certes supprimé de son catalogue les « poupées pour pédophiles » et les armes de catégorie A jusque-là en vente libre sur le site du géant chinois, qui jure, en paraphrasant un roman américain à succès, que « le Diable ne s’habille plus en Prada mais en Shein ». Mais le maintien de l’accès à cette plateforme est surtout une soupape de sécurité pour éviter que des millions de Français en rupture de société ne descendent dans la rue. En effet, nos compatriotes, qui ne peuvent pas joindre les deux bouts, asphyxiés qu’ils sont par l’augmentation du coût de la vie, des taxes et autres impôts abusifs, et seront bientôt interdits de découvert bancaire par la bande d’Ursula von der Leyen, pourront quand même se payer des fringues à trois francs six sous, acheter des jouets à leurs gamins ou des robots de cuisine qui risquent de leur sauter à la figure. Nolentes volentes, ils continueront indirectement ainsi d’être les victimes d’un système qui appauvrit notre pays, augmente les fermetures d’entreprises hexagonales et grossit la liste des chômeurs, bien contents cependant de s’offrir une requinpette Shein, Temu ou Ali Baba et de pouvoir, à bas prix, déguiser leurs gamins pour Halloween ou le Carnaval.

    Une double tromperie

    La gauche parisienne bien-pensante y est allée de sa petite manif le jour de l’intronisation de Shein au sein du BHV, et nos gouvernants ont pris des airs de vierges effarouchées en jurant leurs grands dieux qu’il fallait en finir avec l’entrée du cheval de Chine rue de Rivoli. On allait voir ce qu’on allait voir. Comme le note très judicieusement Thomas Joly, patron du Parti de la France : « Ceux qui ont vendu notre industrie, bradé nos usines, signé les traités de libre-échange les plus délirants avec la Chine feignent aujourd’hui l’indignation devant les “dangers” du commerce asiatique. »
    Il suffit en effet de se balader sur les différents marchés de France et de Navarre pour voir, depuis des dizaines d’années, les masses de contrefaçons venues directement de l’ex-Céleste Empire. On ne compte plus les faux sacs ou les fausses écharpes Chanel, Hermès et Cie, ainsi que les fausses baskets Nike ou les faux cachemires Bompard. Mais il y a pire : de faux médicaments, des pneus de contrebande, du miel de pacotille… Bref, tout un éventail de produits acheminés directement par d’énormes flottes de bateaux et d’avions — au diable l’écologie ! — dans notre pays et souvent écoulés par des réseaux proches des trafiquants de drogue, qui consolident leur pouvoir dans notre pays, les triades chinoises et les mafias européennes ayant partie liée.
    Et que dire, s’agissant de certains de nos voisins, de l’achat par Pékin des principaux ports et aéroports de Grèce, ou de l’invasion de la même Chine en Italie, même si Giorgia Meloni a dénoncé en 2023 un accord signé en 2019 par ses prédécesseurs ?

    La taupe Raffarin dans ses basses œuvres

    D’ailleurs, à propos de prédécesseurs, que dire de celui de Sébastien Lecornu, un certain Jean-Pierre Raffarin, qui, depuis 1976 et sur recommandation de Giscard, joue les commis-voyageurs de ce pays communiste jusqu’à la moelle des os ?
    « Vous allez me présenter comme un agent de Pékin. La réalité est complexe ; je suis en permanence sur une ligne », confiait l’ancien Premier ministre de France au journal Paris Match lorsqu’en 2003, il est l’un des seuls représentants politiques occidentaux à se déplacer dans le pays en pleine pandémie de SRAS, ce qui lui confère une certaine aura sur place et renforce ses liens auprès des autorités locales. Il fut décoré quelques années plus tard, en présence du président Xi Jinping, de la médaille de l’Amitié devant 6 000 dignitaires chinois, comme l’avaient été Vladimir Poutine ou… Raoul Castro. Rien que du beau monde. C’est le même homme que mandata Sarkozy en 2008 afin qu’il mette de l’huile dans les rouages, Pékin n’ayant pas apprécié que le récent prisonnier de la Santé ait rencontré le Dalaï-Lama et vendu des frégates à Taïwan.
    Depuis janvier 2018, représentant spécial du ministère des Affaires étrangères pour la Chine, ainsi que membre du conseil d’administration de la China Europe International Business School de Shanghai, Raffarin s’est toujours bien gardé de prononcer les mots « dictature » et « censure » s’agissant de ce pays qu’il connaît sur le bout des doigts, bien qu’il ne pratique pas le mandarin, contrairement à son épouse qui parle couramment le chinois. C’est toujours le même Pékin — ou plutôt péquin — qui a posé avec l’empereur de l’industrie pharmaceutique Alain Mérieux les bases du laboratoire de haute sécurité dans la ville de Wuhan, la maudite patrie du Covid. On connaît la suite.
    Émissaire depuis maintenant plus de vingt ans de Chirac, Sarkozy, Hollande et Macron, Raffarin donne des cours à la Business School de Shanghai contre espèces sonnantes et trébuchantes et se produit même à la télévision chinoise pour vanter les réalisations du régime. N’oublions pas également qu’il a été le premier à accueillir dans son Poitou natal un Institut Confucius, ces têtes de pont de l’infiltration de Pékin en Europe, institut qui a également essaimé à Paris avant d’aller poser ses valises à Tahiti et… à Nouméa, dont les volontés d’indépendance nous ont coûté une fortune.

    Castaner, d’« En marche » à la Longue Marche

    Autre figure de la capture des élites européennes choisies pour promouvoir « les nouvelles routes de la soie » : un certain Christophe Castaner qui, après son passage à Place Beauvau et sa présidence du conseil de surveillance du port de Marseille — c’est bien commode pour les Chinois d’avoir des relations pareilles — a été choisi par Shein en décembre 2024 pour jouer les conseillers, en même temps que Nicole Guedj, ancienne secrétaire d’État dans deux gouvernements Raffarin et militante des droits de l’homme — que pense-t-elle des persécutions contre les Ouïgours astreints au travail forcé dans les camps du Lao Gai ? — et Bernard Spitz, un ancien patron d’Allianz.
    Avec un cynisme absolu, Donald Tang, le patron de Shein, indiquait avoir recruté « l’acteur clé du secteur du transport international » qu’est Castaner, président (toujours en activité) de la société concessionnaire des autoroutes et du tunnel du Mont-Blanc, « pour son expérience significative dans l’administration publique, la gouvernance et la planification stratégique, ainsi que pour sa connaissance du territoire ». On ne peut être plus clair, et on voit les résultats de cette embauche aujourd’hui, alors même que Castaner s’est discrètement écarté de Shein et observe, de Conrart, un silence prudent maintenant que le BHV est tombé — qu’on le veuille ou non — dans l’escarcelle chinoise.
    Dès l’embauche de l’ancien ministre de l’Intérieur, la Fédération française du prêt-à-porter féminin avait déploré le « soutien apporté à Shein par d’anciens responsables politiques ». Peine perdue, car Castaner se disait prêt à travailler main dans la main avec une entreprise qui « a une vraie volonté de s’adapter aux attentes européennes et démocratise la mode européenne », à coups de 7 200 nouveaux modèles de vêtements par jour, qui inondent le marché mondial et rendent « accros » un grand nombre de personnes fragiles. L’ancien protégé du caïd marseillais Christian Oraison, abattu en 2008 de plusieurs balles à Manosque, assurait, dès la prise de ses nouvelles fonctions, que « Shein démocratise la mode pour tous » et critiquait vertement la proposition de loi visant à taxer les produits issus de la fast fashion.

    Une loi suspendue. Par qui, pourquoi ?

    Le 15 mars 2024, les députés votaient à l’unanimité une loi visant à réduire l’impact environnemental de l’industrie textile. Aussitôt, le géant chinois se mettait en chasse et recrutait l’influenceuse Magali Berdah, établie maintenant à Dubaï après de nombreux déboires judiciaires en France, pour réaliser une vidéo dans laquelle elle partait à la rencontre des Français afin de défendre la fast fashion chinoise et adhérer à la cause de Shein et de son slogan : « La mode est un droit, pas un privilège. » Berdah, qui a également tâté de la politique en tournant des vidéos avec Zemmour, Le Pen, Ciotti et ne tarit pas d’éloges sur Bardella. Quinze mois plus tard, et après un travail de sape conjoint de Shein et Temu pour détricoter la loi — c’est le cas de le dire — le texte arrivait au Sénat où il perdait de sa substance initiale après des rencontres entre certains sénateurs — notamment Sylvie Valente Le Hir — et les dirigeants de Shein. Le texte était cependant voté en juin dernier et devait passer en commission mixte paritaire avant une adoption définitive. Mais le gouvernement bloque volontairement la tenue de cette réunion depuis des mois.
    Cerise sur le gâteau, l’Union européenne conteste le texte voté par le palais du Luxembourg, reproche à la France de cibler des prestataires étrangers comme Shein et Temu, et pointe le risque de voir émerger une restriction de la libre circulation des marchandises.
    Et pendant ce temps-là, Serge Papin, nouveau ministre du Commerce, se félicite que Shein ait accepté de supprimer sur son site Internet Market Place, qui vend des produits dont on ne sait pas d’où ils viennent et qui ne respectent aucune norme de santé, aucune norme environnementale, aucune norme sociale. Une broutille qui permet d’amuser la galerie et de mener en laisse le toutou France.
    Et pendant que Pékin accroît son emprise commerciale dans le pays, nos confrères de Radio France publient une intéressante vidéo rappelant que la famille royale qatarie possède plus de 70 immeubles de prestige à Paris et sur la Côte d’Azur, dont le prestigieux hôtel Martinez à Cannes. Grâce à un certain Nicolas Sarkozy, ces princes du désert bénéficient d’un avantage fiscal sur les plus-values accordé en 2008. C’est ainsi qu’après avoir vendu au milliardaire Xavier Niel, gendre du multimilliardaire Bernard Arnault, ce joyau de l’île Saint-Louis qu’est l’hôtel Lambert, Abdallah ben Khalifa Al Thani aurait dû débourser 7 millions d’euros. Elle n’est pas belle, la vie ?

    Françoise Monestier (Polémia, 12 novembre 2025)

     

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  • États-Unis et Chine: une concurrence, deux mondes...

    Nous reproduisons ci-dessous un article d'Andrés Berazategui cueilli sur le site d'Euro-Synergies et consacré à la différence en matière d'approche stratégique qui existe entre la Chine et les États-Unis...

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    États-Unis et Chine: une concurrence, deux mondes

    La concurrence entre les États-Unis et la Chine met en évidence différentes manières de planifier des stratégies et d'agir. La pensée stratégique, étant quelque chose de complexe, révèle également que les contextes culturels qui sous-tendent les décisions des acteurs internationaux peuvent être très différents. En effet, la stratégie est planifiée en vue d'atteindre des objectifs à l'aide d'un ensemble de moyens utilisés de manière rationnelle. Or, la rationalité des acteurs, c'est-à-dire leur capacité à calculer et à évaluer de manière réfléchie l'utilisation des moyens permettant d'atteindre ces objectifs, n'est pas nécessairement la même chez tous, car les rationalités peuvent être conditionnées par des contextes culturels différents. Par exemple, l'immolation personnelle pour commettre un attentat peut être un moyen parfaitement rationnel pour un certain acteur, alors que pour un autre, c'est tout le contraire. Sans aller jusqu'à cet extrême, nous pensons qu'il est possible d'observer une différence de mentalité dans les stratégies des États-Unis et de la Chine, les deux plus grandes puissances actuelles.

    Ce n'est plus un secret pour personne que les États-Unis et la Chine sont en concurrence dans de nombreux domaines de la politique internationale. Citons quelques-uns des thèmes les plus importants : la rivalité dans le commerce international ; les différents discours utilisés par les États-Unis et la Chine pour justifier leurs actions ; la présence militaire du géant asiatique au-delà de ses frontières et en particulier dans la mer de Chine méridionale ; les tensions permanentes autour de Taïwan ; l'alliance de plus en plus étroite entre la Chine et la Russie ; l'activité croissante dans l'espace extra-atmosphérique ; les accusations relatives à la cybersécurité ; les campagnes de « désinformation » ; la concurrence pour les ressources — notamment les minéraux et les métaux critiques — ; les développements en matière de biotechnologie, de semi-conducteurs, d'intelligence artificielle...

    Cependant, les deux pays présentent des différences notables dans la manière dont ils planifient leurs stratégies et défendent leurs intérêts. Même s'il n'a pas été le premier à le remarquer, il convient de rappeler ce qu'a dit Henry Kissinger à propos des différences entre la Chine et l'Occident. Il a illustré son propos en donnant l'exemple des « jeux respectifs auxquels chaque civilisation s'est adonnée » : le wei ki (plus connu sous le nom de go en Occident) en Chine et les échecs dans le monde occidental. Kissinger explique que dans le wei ki, l'idée d'encerclement stratégique est fondamentale. En effet, le nom du jeu peut se traduire par quelque chose comme « jeu de pièces environnantes ».

    Kissinger poursuit : « Les joueurs placent à tour de rôle les pierres à n'importe quel endroit de la grille, créant ainsi des positions de force et s'efforçant en même temps d'encercler et de capturer les pierres de l'adversaire ». Il souligne également comment, au fur et à mesure des mouvements des pièces, les équilibres se modifient progressivement jusqu'à ce que, vers la fin de la partie, « le plateau se remplisse de zones de forces qui s'entrelacent partiellement ». Le wei ki cherche à encercler les pièces de l'adversaire en occupant le plus grand nombre possible d'espaces vides. Le but du jeu n'est pas de « manger des pièces », mais d'obtenir la domination stratégique du plateau en acculant l'adversaire tout au long de la partie, jusqu'à ce qu'il n'ait plus aucune possibilité de faire des mouvements productifs ». Pour sa part, le jeu d'échecs est différent. Kissinger nous dit que, dans ce jeu, on recherche la victoire totale. Et c'est vrai, dans le jeu d'échecs, l'objectif « est le mat, placer le roi adverse dans une position où il ne peut plus bouger sans être détruit ». L'interaction des pièces est directe : elles cherchent à s'éliminer pour occuper des cases bien délimitées. Les pièces se mangent et sont retirées du plateau, épuisant ainsi l'adversaire et orientant les efforts vers l'encerclement de la pièce principale, le roi, jusqu'à ce que, comme nous l'avons dit, celui-ci ne puisse plus bouger sans être détruit.

    Dans le wei ki, on cherche à encercler et à contourner, on fait appel à la flexibilité, à l'exploration des espaces sur l'échiquier en essayant d'occuper ses vides : le wei ki a une conception du temps plus liée à des développements fluides et rythmés. La rationalité dans les échecs se manifeste différemment: il s'agit de dominer la zone centrale du plateau, car c'est son « centre de gravité ». Les joueurs cherchent à « tuer » les pièces adverses en les mangeant et en les remplaçant par leurs propres pièces. Aux échecs, on s'affronte pièce par pièce, on cherche donc à être décisif. Une pièce qui est mangée reste à l'extérieur et le temps est mesuré avec plus de précision, car l'élimination d'une pièce ne se fait pas par un détour (tâche qui prend un certain temps), mais elle est mangée à un moment précis, localisable avec exactitude.

    Ce n'est pas un hasard si, d'un point de vue militaire, les plus grands stratèges des deux cultures sont si différents. Sun Tzu et Clausewitz illustrent clairement les différences que nous avons relevées ici, car ils s'appuient tous deux sur des rationalités analogues à celles que nous avons exposées en parlant des jeux.

    Sun Tzu explique qu'il faut essayer de subordonner la volonté de l'ennemi, mais si possible sans combattre. Sa maxime selon laquelle « l'art suprême de la guerre consiste à soumettre l'ennemi sans livrer bataille » est bien connue. Sun Tzu recherche ce que l'on pourrait définir comme une patience stratégique, étroitement liée à la notion d'un temps qui s'écoule et se régule au fur et à mesure que ses propres mouvements et ceux de l'ennemi se produisent. C'est pourquoi les questions immatérielles revêtent une telle importance pour le stratège chinois. Si l'idéal ultime est de soumettre sans livrer bataille, on comprend que Sun Tzu accorde autant d'importance à des choses telles que connaître l'ennemi ou recourir au mensonge et à la tromperie. Pour l'Orient, la bataille est très coûteuse en hommes et en ressources, c'est pourquoi il vaut mieux essayer de l'éviter et n'y recourir que lorsqu'il n'y a pas d'autre alternative.

    Clausewitz est tout à fait différent, tout comme le reste des stratèges militaires classiques occidentaux. Pour commencer, pour le Prussien, la bataille est cruciale. De plus, l'idéal n'est pas d'éviter les batailles, mais au contraire d'essayer d'en trouver une qui soit décisive. L'objectif de la guerre est de vaincre l'ennemi par la force, car la guerre est avant tout un acte de violence physique. C'est pourquoi Clausewitz accorde une grande importance aux variables matérielles, temporelles et spatiales qui peuvent favoriser au mieux les performances au combat. Dans la pensée stratégique militaire occidentale, la confrontation, la force et l'anéantissement de l'ennemi sont fondamentaux.

    Si nous appliquons cette analyse à la concurrence actuelle entre la Chine et les États-Unis, nous constatons que les schémas de pensée que nous avons exposés se retrouvent dans la manière dont les deux puissances gèrent leurs géostratégies respectives. La Chine cherche principalement à promouvoir des intérêts mutuellement avantageux avec d'autres acteurs — afin de les convaincre qu'il est profitable de s'entendre avec elle —, tout en recourant au soft power pour se présenter comme une puissance bienveillante et diplomatique qui ne recherche que la prospérité commune.

    Les mesures coercitives sont généralement des derniers recours que la Chine met en œuvre de manière indirecte et à des degrés d'intensité variables en fonction du contexte. La projection du géant asiatique sur la mer de Chine méridionale ressemble à un coup de wei ki : il occupe des espaces « vides » (de souveraineté pratique relative ou contestée) en construisant des îles artificielles qui s'articulent autour d'une « ligne de neuf points » qui entoure l'espace qu'il entend dominer. La construction de ces îles est menée de manière si soutenue et ferme qu'elle laisse peu de place aux manœuvres politiques des États de la région. Dans le même temps, la Chine, à travers son initiative « Belt and Road », déploie sa puissance sur une vaste zone géographique en générant des investissements et des intérêts communs avec des acteurs qui, en principe, bénéficient du projet. Avec l'initiative « Belt and Road », la Chine étend à long terme son influence et son commerce en attirant un grand nombre de pays avec de bons dividendes.

    Les actions américaines, en revanche, sont clairement différentes. Les États-Unis mettent toujours l'accent sur le hard power, les actions directes et même les menaces publiques. Sa stratégie pour la région indo-pacifique, principal espace de concurrence avec Pékin, consiste généralement en une combinaison d'accords en matière de sécurité et de renseignement avec les pays de la région (AUKUS, QUAD, Five Eyes, ou accords bilatéraux de défense avec le Japon, la Corée du Sud, les Philippines) et de sanctions économiques et de restrictions technologiques à l'égard de la Chine. Les États-Unis s'opposent explicitement à la Chine, au point que la reconnaissance de cette dernière comme principale menace pour les intérêts mondiaux des États-Unis est un point de convergence fondamental entre les partis démocrate et républicain. Le fait que Donald Trump se soit montré un peu plus ouvert au dialogue avec Xi Jinping ne change rien à l'équation, selon nous. La concurrence stratégique entre les deux pays est là pour durer. Chacun agira selon sa stratégie, sa vision du monde et ses valeurs. En définitive, selon son propre esprit.

    Andrés Berazategui (Euro-Synergies, 5 septembre 2025)

     

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