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Métapo infos - Page 1651

  • Le pire est de plus en plus sûr !...

    Les éditions Mille et une nuits publient ces jours-ci Le pire est de plus en plus sûr, un essai de Natacha Polony sur la politique scolaire. Déjà auteur de Nos enfants gâchés. Petit traité sur la fracture générationnelle (Lattès, 2005) et L’Homme est l’avenir de la femme (Lattès, 2008), elle tient, sur le site du Figaro, le blog intitulé Eloge de la transmission.

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    "« Septembre 2020 : Hugo entre en 6ème. Il vient de fêter ses onze ans, mais il n’y a là rien d’impressionnant. Pas de passage de l’école primaire au collège, pas de multiplication des professeurs en fonction des matières. En fait, l’école a tant changé que son organisation n’a plus rien à voir avec ce qu’a pu connaître Victor, son frère aîné, qui vient d’obtenir le baccalauréat sur la base du contrôle continu. Encore moins avec ce qu’ont connu ses parents, qui ont fréquenté le collège entre 1985 et 1989. D’ailleurs, eux sont un peu perdus : l’école du « socle commun » commence désormais à cinq ans et se poursuit jusqu’à seize ans dans la même structure. La seule chose que savent ces parents inquiets, c’est qu’il faut s’y prendre très tôt pour inscrire son enfant dans les meilleures écoles, tant les différences entre établissements sont désormais un fait acquis. Plus question de laisser son enfant dans l’école du quartier sous prétexte que c’est plus pratique. La réussite se prépare tôt. Mais elle coûte cher… »

         Fiction provocante ? Non. La logique des réformes, anciennes et récentes, travaille déjà à la reconfiguration de l’institution scolaire, mais qui veut l’admettre ? C’est par ce récit d’anticipation fondé sur les réformes en cours et les programmes politiques des différents partis que Natacha Polony nous ouvre les yeux. Le pire est de plus en plus sûr, nous sommes déjà dans l’école d’après l’école de la République, celle des gestionnaires qui méprisent l’enseignement. Les vieilles querelles françaises sur les méthodes et les programmes sont désormais caduques, remplacées par une vulgate internationale préoccupée de performance immédiate et peu soucieuse des risques de délitement de la Nation. Il est encore temps de prendre conscience de la grande transformation en cours et de mettre en place des contre-feux."

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  • Les vraies raisons de la peur...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue publié par Hervé Juvin sur son blog, Regards sur le renversement du monde. Un appel à la souveraineté, à la lucidité et à l'autorité pour faire face à la tempête !...

     

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    Les vraies raisons de la peur

    Faut-il avoir peur des émeutes londoniennes ? Du terrorisme islamique ? De la montée des salaires en Chine, 25 % en zone côtière au cours des six derniers mois, aux effets multipliés par la hausse du renminbi ? De l’explosion des marchés financiers ?

    Adeptes sans le dire des idées de Carl Schmitt, les gouvernements et les media se sont lancés à la poursuite de nos ennemis. Et la fabrication de l’ennemi est une industrie qui tourne à plein régime. Dans les mots, mais pas seulement ; après Oussama Ben Laden, le colonel Khadafi était un ennemi présentable, il y en a, il y en aura d’autres. Ils ne sont pas loin. Une formidable bataille se joue en coulisse pour savoir si, oui ou non, une partie des activités bancaires et financières est désignée comme telle. Le débat oppose, aux Etats-Unis, d’un coté les tenants d’un règlement global du problème des « foreclosures », ces expulsions de débiteurs insolvables de leur logement financé à crédit, expulsions effectuées, sur la base de documents falsifiés ou d’engagements abusifs, par les banques créancières, et de l’autre, ceux qui souhaitent que les responsabilités soient établies et des dommages et intérêts payés aux millions de familles illégalement expulsées. Les banques souhaitent, contre une indemnité forfaitaire, se mettre à l’abri de toute poursuite. Les familles illégalement spoliées réclament justice. Ce débat mérite intérêt ; s’y opposent rien moins que deux systèmes de vérité, celui qui veut que la justice dise le bien et le mal, et celui qui dit que la justice doit s’exercer dans l’intérêt bien compris du plus grand nombre ; entendez ; que les banques continuent à faire leur travail et évitent la faillite. A ceux qui auraient oublié que les lois de l’économie peuvent faire l’impunité du criminel, le rappel peut servir.

    Les banques, les agences de rating, les fonds d’investissement, les systèmes de trading automatiques, tour à tour, suscitent la peur et sont accusées de porter la responsabilité d’une crise qui entre, vraiment, dans sa dimension politique Ce serait si facile ! La question est pourtant simple ; qu’est-ce qui donne tant d’importance à la dégradation de la note « triple A » de la dette américaine ? Qu’est-ce qui fait trembler la France à l’idée d’une dégradation de sa propre note ? Qu’est-ce qui donne tant d’importance à la finance de marché, aux taux d’intérêt, aux mouvements devenus erratiques du CAC 40 ? Rien d’autre que la facilité de la vie à crédit, un étrange aveuglement au recours aux investisseurs étrangers, une exigence déraisonnable de rendement du capital investi. Inutile de développer le fait ; le crédit condamne l’avenir à travailler pour le présent, et la politique de la France, si elle ne se fait pas à la Corbeille, sera durement et longtemps dominée par la question de la dette publique. Il est plus intéressant de souligner le ralliement borné des hauts fonctionnaires chargés de placer les titres de la dette publique à l’idéologie mondialiste et libre-échangiste ; avec le lancement des OAT, la création de l’Agence France-Trésor, ils ont pu sacrifier aux délices des road shows mondiaux, et ils ont réussi, puisque près de 70 % de la dette publique française est détenue par des investisseurs hors frontières. Mais qui a jamais cru qu’il serait aussi facile de spolier ces investisseurs, qui n’ont aucune raison de faire des cadeaux à la France, que les anciens porteurs nationaux de bons du Trésor, régulièrement volés par la décote ? La dette publique détenue par les nationaux s’apparente à l’impôt ; la question de la dette publique japonaise, détenue à plus de 90 % par les Japonais, ne se pose pas, du moins pas en terme de dépendance, alors qu’elle se pose et se posera à la France, qui s’est placée elle-même en situation de dépendre pour ses choix fiscaux, sociaux, et politiques, des détenteurs de sa dette, et de ceux qui la jouent. Il est tout aussi intéressant de constater la capitulation de tant d’entreprises, opérant dans secteurs matures où la croissance est de quelques pour cent par an, devant des exigences de rendement du capital de plus de 15 % annuels ! Ce qui, dans la durée, et dans un monde fini, signifie une alternative simple ; adopter un comportement de prédateur, ou truquer les comptes – certains s’étant fait fort de pratiquer les deux !

    Facilité, aveuglement, déraison ; ce sont les vraies raisons d’avoir peur. Car il n’est rien, dans la crise actuelle, qui ne soit exagération, montage et manipulation, c’est-à-dire qu’il n’est rien que l’esprit de décision, la lucidité et la souveraineté ne puissent résoudre. Mettre fin à l’assistance inconditionnelle va de pair avec faire payer l’impôt, et notamment celui des grandes entreprises. Recouvrer des marges de manœuvre va de pair avec renationaliser la détention de la dette, et proposer aux Français d’acquérir les titres de dette de la France, comme favoriser la participation des Français au capital des entreprises françaises. Affirmer l’autorité de la France appelle à se mobiliser autour de la notion d’entreprises criminelles, pour qualifier des agissements, des comportements et des systèmes qui doivent être éliminés, et dont la révélation par Wikileaks des menaces de l’ambassadeur américain contre l’opposition française aux OGM, (préconisant des « warlike measures » ! ) donne l’exemple. Et surtout, rompre avec l’abandon mondialiste et l’idéologie du libre-échange, dont chaque jour illustre davantage qu’ils sont la voie de la confusion de l’abandon, et de la soumission, est la condition du projet, de l’ambition, et du commun.

    Hervé Juvin (Regards sur le renversement du monde, 29 août 2011)

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  • L'imprévu dans l'histoire...

    La Nouvelle Revue d'Histoire est en kiosque (n°56, septembre-octobre 2011).

    Le dossier central est consacré à l'imprévu dans l'histoire. On peut y lire, notamment, des articles de  Yann Le Bohec ("Rome : l'improbable fondation de l'empire"), de Philippe Conrad ("1630 : la journée des Dupes"), de Bartholomé Bennassar (" Christophe Colomb : le hasard de la découverte"), de Jean-François Gautier ("Sans le savoir Copernic inventa la modernité"), ou de Dominique Venner ("L'impensable pacte Hitler-Staline").

    Hors dossier, on pourra lire, en particulier, des entretiens avec Pascal Gauchon ("L'enseignement, l'histoire et la géoéconomie"), avec Paul Gottfried ("Les métamorphoses du conservatisme américain") et avec Dominique Venner ("Le choc de l'histoire") ainsi que des articles de Francis Bergeron ("Les sources historiques de Tintin"), d'Aymeric Chauprade ("L'ébranlement américain"), de Jean-Paul Angelelli ("Georges Valois : du Faisceau à la résistance").

     

    Yann Le Bohec, Bartholomé Bennassar, Jean-François Gautier, Dominique Venner, Pascal Gauchon, Paul Gottfried, Francis Bergeron, Aymeric Chauprade, Jean-Paul Angelelli, histoire, imprévu, choc

     


     

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  • Les nouvelles formes de la désinformation...

    Nous reproduisons ci-dessous un article de François-Bernard Huyghe, cueilli sur son site Huyghe.fr et consacré aux nouvelles formes de la désinformation. François-Bernard Huyghe est l'auteur de nombreux essais consacrés à l'infostratégie comme L 'Ennemi à l'ère numérique, Chaos, Information, Domination (PUF, 2001) ou  Maîtres du faire croire. De la propagande à l'influence (Vuibert, 2008). Il a dernièrement publié avec Alain Bauer Les terroristes disent toujours ce qu'ils vont faire (PUF, 2010).

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    Les nouvelles formes de la désinformation

    Stratégiquement, l’information peut être considérée comme

    - un ressource rare : il importe de savoir des choses vraies que ne sait pas l’adversaire ou le concurrent, par exemple connaître ses forces et ses plans tandis qu’il ignore tout des nôtres, ou être au courant d’un événement qui risque de changer les conditions de l’affrontement ou de la compétition. Il s’agit donc de se renseigner (de veiller) et de conserver ses secrets, les deux faces de la même approche.

    - un levier pour agir sur les hommes en suscitant leur adhésion à une cause, leur enthousiasme, leur indignation, leur découragement, s’ils sont dans le camp d’en face…. C’est typiquement ce que fait la propagande, de manière directe et visible, ou encore l’influence et le formatage des esprits de manière indirecte et subtile.

    - une arme offensive : il s’agit alors d’utiliser certains messages ou certains symboles pour provoquer un dommage chez l’adversaire. Pour aller plus en détail, on peut s’en prendre

    • o Soit à ses plans en lui insufflant de fausses certitudes qui lui feront commettre des erreurs. On peut alors parler d’intoxication : passer de la mauvaise information (au sens de non conforme à la réalité)
    • o Soit à une opinion (chez l’adversaire, chez les neutres) pour l’amener à croire des choses qui seront défavorables à la cible, en ruinant sa réputation, en lui faisant perdre des alliés. Il s’agit alors de désinformation.
    • o Soit au fonctionnement de son système d’information, afin de créer du chaos, de rendre une organisation incapable de recueillir, conserver ou traiter correctement l’information, de communiquer efficacement… Cette forme d’action « incapacitante », qui diminue les performances de la cible, peut être considérée comme de la déstabilisation. Elle se pratique très bien par des moyens technologiques (cyberattaques).



    Les catégories que nous venons de rappeler ne sont pas étanches. Par exemple :

    • - Difficile de mener une vraie opération d’intoxication sans avoir quelque peu violé les secrets de l’adversaire, exploité un bon renseignement et, dans tous les cas, sans avoir mené sa propre opération dans la plus totale confidentialité. Les alliés auraient-ils réussi l’opération Mincemeat en 1943 (opération qui consistait à faire de telle sorte que les Nazis découvrent un faux noyé portant de faux plans d’un faux débarquement) s’ils n’avaient bien connu le mode de fonctionnement de l’adversaire ?
    • - Difficile de tracer une frontière très nette entre un opération d’intoxication qui s’adresse aux dirigeants d’une désinformation qui s’adresse à un public plus large. Ainsi lors de l’affaire des Armes de Destruction Massive en Irak, les faux rapports décrivant la façon dont Saddam Hussein cherchait à se procurer de l’uranium enrichi au Niger étaient-ils destinés à tromper les chefs d’État et les membres du Conseil de Sécurité ou les populations du monde entier ?


    L’utilisation offensive de l’information en fait un moyen symbolique d’attrition (terme stratégique qui peut se traduire par « causer des pertes ») ou de désorganisation et division. Sun Tze conseille d’utiliser les espions ennemis : « Si vous venez à les découvrir, gardez vous bien de les faire mettre à mort… Les espions des ennemis vous serviront efficacement si vous mesurez tellement vos démarches, vos paroles et toutes vos actions qu’ils ne puissent jamais donner que de faux avis à ceux qui les ont envoyés. ». Plusieurs stratagèmes chinois reposent sur cette technique. Un des plus anciens est celui de «l’agent perdu» qui consiste à envoyer dans le camp ennemi un espion particulièrement maladroit de telle sorte qu’il soit pris. On le fera parler et on s’emparera des messages chiffrés qu’il détient : ils révéleront que le général ennemi est un traître (ce qui, bien entendu, est totalement faux : tout est truqué dans cette affaire) : il sera donc exécuté, à tort, par le souverain ennemi et cela contribuera à affaiblir son armée.

    De ce point de vue, il est permis de considérer la désinformation comme une intoxication s’adressant à des peuples entiers et recourant le plus souvent pour cela à des relais médiatiques qui rendront la désinformation encore plus contagieuse (ce qui en fait, si l’on préfère, une sorte de rumeur délibérée pensée et relayée pour produire un dommage maximal).

    Le mot « désinformation » a fini par désigner toute forme de bobard journalistique, de trucage, déformation ou simplement toute interprétation tendancieuse, à tel point qu’elle devient l’information dont nous doutons comme l’idéologie l’idée que nous refusons. D’un côté, le Charybde paranoïaque : voir partout des complots contre la vérité et des manipulations invisibles. De l’autre, le Sylla de l’angélisme : noyer la réalité de la désinformation dans des considérations vagues sur la relativité de toute vérité du type : toute image est sélectionnée et interprétée, tout événement est construit. L’usage commun oscille toujours entre la désinformation/résultat (je suis désinformé = on nous cache tout, la vérité est ailleurs, tous des menteurs, etc.) et la désinformation/manœuvre (services secrets, complots, stratégie…).

    Répétons que le recadrage idéologique, le psittacisme médiatique, la myopie engagée, la construction de l’agenda par les médias ne doivent pas être assimilés à leur emploi tactique. Ou plutôt, la désinformation ne doit pas être confondue avec les règles du jeu qu’elle exploite .

    Du reste, le préfixe « dé » du mot est assez mal choisi : dans la désinformation, on ne prive pas d’information, on met en scène une pseudo information de façon qu’elle soit reprise par d’autres et qu’elle procure un avantage stratégique. Contrairement à la propagande qui est sans rapport avec la notion de vérité (au contraire : plus elle colle à la vérité, plus elle est efficace), la désinformation n’a de sens que si elle persuade un nombre suffisant de gens de la vérité d’un événement, non seulement faux (cela, c’est simplement mentir), mais aussi fabriqué, truqué en vue d’un effet offensif.


    Le mot désinformation a longtemps été lié à un contexte de guerre froide. Annie Kriegel écrivait à l’époque :

    « Le terme de désinformation, comme d’autres aussi chanceux : nomenklatura, goulag, langue de bois, est tombé dans le domaine public, mais, de proche en proche, immergé dans des contextes de plus en plus dépourvus de rapports avec le contexte initial, celui constitué par le monde communiste, il risque de perdre tout contour et toute couleur, peut-être toute substance. Tantôt le voici gonflé au point de se trouver aspiré vers le ciel métaphysique du mensonge qui couvre de son ombre gigantesque les ténèbres du monde de la chute. … Tantôt le voici, plus raisonnablement, mais de manière encore trop extensive, qui s’identifie, sinon à l’humanité toute entière, du moins à l’humanité communiste. C’est en somme confondre la désinformation avec l’idéologie »

    Il faut rappeler que le mot était d’abord apparu dans des dictionnaires soviétiques pour désigner les mensonges que les capitalistes répandaient pour ternir l’image du socialisme radieux. Puis très vite, le terme est passé chez l’adversaire. La désinformation est devenue un manière de regrouper les mises en scène et campagne de dénigrement, vraisemblablement montées par le KGB, et imputant de faux crimes au monde occidental : faux activités de néo-nazis (qu’auraient toléré les «bellicistes» de RFA), faux carnets d’Hitler, fausses lettre de dirigeants de l’Otan ou des USA, fausse preuve que le Sida avait été fabriqué par des laboratoires de la CIA. À cette époque, c’est surtout la droite qui dénonce la désinformation communiste (liée à l’idée de « subversion »). On verra par la suite que ce procédé n’est nullement le monopole des régimes marxistes.

    On notera que la désinformation est surtout négative : elle vise essentiellement à attribuer des crimes ou des plans criminels à celui que l’on désire affaiblir, en faisant si possible révéler la chose par un journaliste « indépendant ».
    La désinformation suppose une mise en scène initiale destinée à accréditer le mensonge plus une utilisation intelligente de relais apparemment neutres.
    Exemple du premier procédé : lors du procès de Nuremberg, lorsque l’Urss de Staline accuse la Wehrmarcht vaincue d’avoir massacré des milliers d’officiers polonais à Katyn (un crime dont l’Armée Rouge était responsable) elle produit de fausses preuves : témoignages, balles allemandes…
    Exemple du second procédé : lorsque la même URSS veut disqualifier Kravchenko, qui révèle la nature régime soviétique, elle utilise non seulement les PC nationaux (eux ne faisaient pas de désinformation délibérée, ils étaient plutôt dans l’aveuglement idéologique), quelques compagnons de route mais aussi des agents payés (comme André Ullmann produisant des faux anti Kravchenko) qui cachent leur allégeance.

    En ce sens, certaines des affaires qui ont marqué l’après chute du Mur se plaçaient dans la tradition des « forgeries » de services secrets. On pense ici aux faux cadavres de Timisoara destinés à saler un peu plus l’addition de Ceaucescu (qui en avait pourtant beaucoup fait contre son peuple).

    Depuis la décennie 90, nous avons découvert que la désinformation n’était en aucun cas intrinsèquement liée au communisme. Dans la première et la seconde guerre du Golfe comme au moment de la guerre « humanitaire » du Kosovo, les imputations de crimes atroces et de plans diaboliques ont fonctionné suivant le même schéma : fausses « super-armes » de Saddam, fausses horreurs comme les couveuses de Koweit City que l’on disait délibérément débranchées par les soudards irakiens, faux génocide de Kosovars (certains journaux parlaient à l’époque de centaines de milliers de victimes), faux plans d’épuration ethnique des Serbes
    En attendant peut-être de nous débarrasser ce concept des années 50, la désinformation est à repenser. Autrefois la difficulté était de la situer entre la lutte idéologique opposant deux systèmes et les déformations et mésinformations journalistiques.

    Désormais, ce qu’il faut bien nommer désinformation avoisine trois domaines.

    • - Le domaine de la « sidération » agressive militaire. Il s’agit ici d’une infoguerre vraiment martiale avec ses psyops, opérations psychologiques, version « âge de l’information » de la guerre psychologique de papa. Cette stratégie-là se préoccupe aussi de « management de la perception », donc de proposer du « contenu », de faire circuler des informations sélectionnées en fonction de leur capacité d’influencer les « estimations » des acteurs dans un sens favorable à ses desseins. Sous cette phraséologie compliquée typique du Department Of Defense, se cachent des méthodes d’action sur les médias étrangers. Aux USA, la révélation de l’existence d’un « Office of Strategic Influence » a provoqué un scandale qui a abouti à sa fermeture en 2002 : cette officine avouait naïvement qu’elle aurait pu non seulement désinformer des opinions étrangères, mais aussi mentir à des Américains.
    • - Le domaine de la rumeur, de la e-rumeur, de la légende urbaine , et autres formes de prolifération, sur la Toile, de l’information anarchique, là encore, pas forcément fausse ou malicieuse. Les communautés d’internautes sont prêtes à reprendre et amplifier toute nouvelle sensationnelle qui ne provient pas des médias « officiels », toujours suspects. Les publicitaires découvrent la puissance du « marketing viral » pour répandre l’image positive de leurs produits. C’est encore plus vrai de rumeurs négatives et autres « hoaxes »: elles prolifèrent par milliers . La désinformation stricto sensu cohabite avec les virus, l’altération de données, le déni d’accès, qui consiste à sursaturer un système informatique, avec la prise de commande à distance sur des réseaux. La désinformation qui agit sur la croyance des victimes, c’est-à-dire sur leur interprétation du réel, voisine ainsi une quasi-désinformation ou anti-information : celle qui agit sur le fonctionnement des organisations et des systèmes.
    • Le domaine de l’économie, surtout celle que l’on disait nouvelle. Les faux sites, les opérations de dénigrement par forums Internet, pseudo associations, et pseudo scandales interposés, les révélations et pressions, composent l’arsenal de l’économie dite hypercompétitive . Une opération de désinformation peut viser à faire perdre à sa victime sa réputation, à faire baisser son action en Bourse ou tout simplement un temps de paralysie, crucial dans une économie « zéro délai » en flux tendus. D’où ce paradoxe : plus l’entreprise se dote de déontologues et de codes d’éthique, plus elle se veut citoyenne et responsable, plus elle est soumise au danger de telles opérations. Ici, la désinformation est à rapprocher de la déstabilisation, du risque informationnel. Et ce paradoxe-là pourrait bien peser lourd à l’avenir.


    Un autre élément qui change la pratique de la désinformation : le monde semble s’être peuplé de chasseurs de bobards. Avec le journalisme numérique, avec la possibilité de mettre en ligne des vidéos « démentant la version officielle » ou « révélant une opération de désinformation » la chasse à la désinformation et au trucage semble ouverte. Or, le problème est que le meilleur côtoie le pire en ce domaine.

    Le meilleur : la multiplication des sites sérieux d’analyse de l’information, le travail d’intelligence collective ou de vérification des sources qui permet souvent en quelques minutes de déceler une information fausse ou suspecte. Un exemple : après l’élection d’Ahmaninedjad, d’anciens otages de l’ambassade des États-Unis à Téhéran affirmèrent que le nouveau président de l’Iran était un de leurs anciens bourreaux, ils produisirent même une photo d’époque où le nouvel élu semblait bien apparaître avec vingt ans de moins. Quelques minutes plus tard, des amateurs avaient comparé des photos, mesuré des tailles, et ils démontraient qu’il ne s’agissait pas du même homme.

    Le pire : n’importe quel paranoïaque peut dénoncer les trucages de la presse « officielle », les expliquer par des complots du complexe militaro-industriel et révéler aux foules éblouies que les Américains n’ont jamais débarqué sur la lune, qu’il n’y a jamais eu d’avion lancé contre le Pentagone le 11 Septembre ou qu’il n’y avait aucun juif dans les Twin Towers.

    L’accusation de désinformation peut elle même être désinformante. Le conflit du Proche-Orient est un terrain de choix pour cette technique, d’autant qu’il existe un public pro-israélien et pro-palestinien prêt, dans nombre de pays, à croire les uns que toutes les accusations contre Tsahal sont honteusement truquées, les autres que la main du Mossad est partout et la presse occidentale toujours à son service.

    Le pire est qu’ils trouvent toujours un début de vérité, donc un début de trucage adverse, pour justifier leur attitude hypercritique.

    Deux exemples célèbres au début de la seconde Intifada. Lorsque le petit Mohamed Djura est tué par des balles israéliennes, il devient une icône dans tout le monde arabe. L’accusation de trucage ne tarde pas : les journalistes ont tout bidonné, c’est une balle palestinienne qui l’a atteint, l’opinion occidentale gobe n’importe quoi… Accusation portée comme par hasard par une association dont le dirigeant se révéla être un ancien du Mossad, et dont les tribunaux firent justice. Oui, mais quelques jours après la mort du petit Mohamed, Libération avait présenté une photo d’un malheureux Palestinien matraqué par un soldat de Tsahal. Mais cette fois-là, il se révéla que le « Palestinien » était en fait un touriste venu en Israël qui avait manqué d’être lynché par la foule, et que le soldat protégeait au contraire.

    Depuis, la compétition visant à dénoncer les mises en scènes adverses ne s’est pratiquement pas arrêtée (elle fut très vive pendant l’invasion israélienne du Sud Liban). Avec un « avantage » côté pro-israélien où il existe davantage de moyens (et de relais notamment dans les télévisions américaines) pour dénoncer le « Palywood » (comprenez, le cinéma, le Hollywood, des fausses victimes palestiniennes).

    Dernier élément : la crainte de la désinformation (d’ailleurs infiniment plus facile à l’image avec des procédés numériques) se nourrit de la révélation de quelques scandales journalistiques : articles truqués de Stephen Glass, Jayson Blair, Jack Kelley, fausse interview de Castro, fausses révélations sur les ADM irakiennes… ou tout dernièrement ce consultant français à Washington qui publiait des entretiens fictifs dans Politique Internationale...

    François-Bernard Huyghe (Huyghe.fr, 12 août 2011)

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  • Dans les forêts de Sibérie...

    Les éditions Gallimard viennent de publier le dernier récit de Sylvain Tesson, Dans les forêts de Sibérie, dans lequel il relate son retrait du monde pendant six mois, dans une cabane au bord du lac Baïkal. Aventurier, géographe, marcheur et journaliste, Sylvain Tesson est déjà l'auteur, notamment, de L'axe du loup (Robert Lafont, 2004) ou de Une vie à coucher dehors (Gallimard, 2009), tous deux réédités en collection de poche.

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    "Assez tôt, j'ai compris que je n'allais pas pouvoir faire grand-chose pour changer le monde. Je me suis alors promis de m'installer quelque temps, seul, dans une cabane. Dans les forêts de Sibérie.
    J'ai acquis une isba de bois, loin de tout, sur les bords du lac Baïkal. 
    Là, pendant six mois, à cinq jours de marche du premier village, perdu dans une nature démesurée, j'ai tâché d'être heureux. 
    Je crois y être parvenu. 
    Deux chiens, un poêle à bois, une fenêtre ouverte sur un lac suffisent à la vie. 
    Et si la liberté consistait à posséder le temps ? 
    Et si le bonheur revenait à disposer de solitude, d'espace et de silence – toutes choses dont manqueront les générations futures ? 
    Tant qu'il y aura des cabanes au fond des bois, rien ne sera tout à fait perdu."

     

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  • Dominique Venner et le choc de l'histoire...

    A l'occasion de la sortie prochaine de son nouveau livre Le choc de l'histoire  chez Via Romana, Dominique Venner répond à Novopress et présente son oeuvre d'historien et de praticien de l'histoire.

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