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08/06/2017

La cour des miracles...

Les éditions de l'Observatoire viennent de publier, sous le titre La cour des miracles, les carnets que Michel Onfray a tenu tout au long de cette longue campagne présidentielle. Docteur en philosophie, Michel Onfray est le fondateur de l'Université populaire de Caen et est également l'auteur de nombreux essais, comme celui sur Freud, Le crépuscule d'une idole (Grasset, 2010) qui lui a valu ses premiers accrochages sérieux avec la police de la pensée, ou dernièrement Cosmos (Flammarion, 2015) et Décadence (Flammarion, 2017).

 

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" Quand on croit à la politique, on a la manie du prie- dieu, de la messe, du sermon, des excommunications, de l’eau bénite, du catéchisme, du bûcher, du bouc émissaire, du bréviaire, des burettes, des oraisons, mais surtout : des génuflexions.
Quand on n’y croit plus et qu’on est devenu un athée de la politique, on devient libre. Dès lors, on voit comment le cinéma politico-médiatique a pour fonction de nous laisser croire qu’un changement d’homme apportera un changement de politique, alors qu’il n’en est rien : il était évident que le nouveau président de la République serait un pion de l’État maastrichien. Le mécanisme est programmé pour ça.
On pouvait, comme moi, ne pas se plier à ce simulacre de démocratie, ne pas prendre au sérieux cette palinodie. Regarder cette campagne en voltairien et la raconter au jour le jour n’en demeure pas moins un geste politique : car déchirer le voile des fictions contribue au démontage de la servitude volontaire. "

25/01/2017

Reprendre le pouvoir musical...

Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Thierry Bouzard , cueilli sur le site EuroLibertés et consacré à la dimension identitaire de la musique et à son rôle essentiel dans une perspective métapolitique...

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Reprendre le pouvoir musical

En s’inscrivant dans la mémoire longue des peuples, la musique est un élément essentiel de leur identité profonde. Pendant longtemps le chanteur engagé ne s’est inscrit qu’à gauche, sa disparition marque bien une déroute, car la dictature culturelle de la gauche peine à masquer la vitalité des courants musicaux qui contestent son hégémonie. Pourtant les responsables des grands courants d’opposition, qu’ils soient politiques, associatifs, religieux ou médiatiques, peinent à prendre en compte la diversité des courants musicaux alternatifs qui les soutiennent.

La musique, donc la chanson, est un moyen d’expression et le reflet d’une identité, celle des musiciens et de leur public. Elle s’inscrit dans le moment de sa création, mais aussi dans le temps long de la mémoire d’un peuple à partir du moment où il s’identifie à elle par son écoute et par sa pratique.

Le chant grégorien et la musique sacrée sont identifiés comme le répertoire de l’Église, mais aussi comme appartenant au patrimoine musical de la civilisation occidentale, et il n’est pas nécessaire de pratiquer la religion pour l’apprécier.

Les monarques ont toujours entretenu des musiciens, pour leur chapelle, pour leur divertissement, et pour le prestige de leur gouvernement. Les formations musicales de la Grande Écurie sous Louis XIV constituent une étape majeure de l’établissement de ce système de représentation musicale destiné à édifier les populations et servir de modèle au monde.

La lente élaboration des orchestres de plein air dans l’administration militaire tout au long du XIXe siècle doit être envisagée comme un moyen de développer et d’entretenir la cohésion sociétale qui culmine à la Belle Époque avec les kiosques à musique ; la musique cérémonielle officielle étant assurée par l’élite de ces orchestres, celui de la Garde républicaine.

Les médias modernes ne pouvant faire l’économie de cette indispensable identité sonore collective, l’Eurovision, dans sa retransmission par la RTF, en viendra à reprendre pour indicatif le Te Deum[1] de Charpentier composé sous Louis XIV.

Le Te Deum de Louis XIV à l’Eurovision

Le Parti communiste avait compris l’importance de la musique et mit en application la doctrine de Jdanov (homme politique soviétique, proche collaborateur de Joseph Staline) dès le début de la Guerre froide avec la collaboration de grands noms de la chanson.

Dès le début des années 1960, il va savoir utiliser les chansonniers et les musiciens pour attirer des visiteurs à sa Fête de l’Huma. Les vedettes françaises et internationales en font un rendez-vous annuel de la musique.

Si les résultats électoraux ne suivent pas, le PC, et à travers lui toute la gauche, peut continuer à diffuser ses messages auprès des jeunes générations.

En arrivant au pouvoir en 1981, portée aussi par les musiques des radios libres, la gauche va rapidement surfer sur cette dynamique en lançant, dès 1982, une Fête de la musique dont la formule est reprise ensuite au niveau planétaire.

Pour relayer son changement de politique et la campagne de SOS Racisme auprès de la jeunesse, elle organise un grand concert le 30 juin 1985 qui réunit 300 000 personnes sur la place de la Concorde.

Ce type de méga concert avait été initié par Jean-Michel Jarre sur la même place en 1979 où il avait réuni un million de spectateurs venus entendre sa musique électronique.

Ces grands rassemblements sont dans l’air du temps. Initiées en juillet 1985 par la campagne Band Aid, les grandes campagnes humanitaires (contre la faim, l’apartheid, la drogue, le sida…) permettent d’intégrer la jeunesse à des projets planétaires.

À chaque fois, les musiciens de la scène prennent leur part dans le deal, car toute médiatisation est bonne à prendre.

Le concert pour l’égalité, organisé par SOS Racisme le 14 juillet 2011 sur le Champ-de-Mars, réunit encore un million de personnes. Si la jeunesse se désintéresse de la politique, les politiciens ont bien compris comment utiliser la musique pour continuer à l’influencer et comment y associer les artistes pour relayer plus efficacement leurs messages et maintenir leur emprise.

Contrôler la jeunesse par la musique

Les organisateurs des grandes manifestations de 2012 et 2013, dont certaines ont largement dépassé le million de personnes, n’ont pas choisi de se doter d’une identité musicale en phase avec leur discours politique. Quelle différence entre leur sélection musicale et celle de la Gay Pride ou de n’importe quelle autre grande manifestation parisienne ?

Ce choix était délibéré : choisir de la « dance » sans signification marquée, pour se fondre dans les sonorités adoptables par tous y compris ses adversaires, évite que la musique ne soit un enjeu.

Pourtant la LMPT (La Manif pour tous) sait choisir des musiciens : lors de son université d’été de 2013, au Parc floral de Vincennes, les organisateurs avaient fait appel à un orchestre de circonstance, LMPT Moov’, qui a su animer la soirée avec succès, en se cantonnant exclusivement dans la festivité.

Un constat similaire peut être établi pour la soirée anniversaire des 40 ans du Front national en décembre 2012. L’animation était confiée à un groupe de rock rétro un peu passé de mode, Les Forbans, qui, ensuite, questionné par les médias, s’est empressé d’expliquer qu’il ne partageait pas les idées du mouvement dont il était juste venu honorer un contrat : un aveu d’impuissance culturelle pour une formation politique qui aspire à prendre le pouvoir sans être capable de faire appel à des artistes partageant ses convictions.

Cela est d’autant plus surprenant que Jean-Marie Le Pen a fondé une entreprise d’édition musicale reconnue, et que le Front national et sa fête annuelle ont su offrir une scène à des artistes partageant officiellement ses valeurs et même fournir un relais politique à un courant musical nouveau, en l’occurrence le RIF (rock identitaire français) en 1996 et 1998.

Reprendre le pouvoir musical

La musique délimite un espace sonore dans lequel celui qui la produit impose sa marque, son identité. Cette prise de pouvoir sonore occupe un territoire et appelle au rassemblement des individus. La production de sons et de musiques n’est jamais neutre, c’est un acte d’autorité perçu comme tel par ceux qui l’entendent.

Rassembler tant de monde dans les rues, dans les urnes ou sur les ondes et avoir l’ambition de changer la société sans être capable de définir une identité musicale révèle un manque de convictions plus ou moins consciemment perçu par l’opinion, mais parfaitement entendu des adversaires.

Comme a été obligé de le constater en 2014 le magazine Marianne, le chanteur engagé (sous-entendu à gauche) a disparu. Pour Pascal Nègre, le PDG d’Universal Music France, son dernier avatar est le chanteur belge Stromae. Quand le modèle a été Montand, on mesure l’effondrement. Effectivement, pour fêter l’adoption de la loi Taubira sur le mariage, un grand concert gratuit avait été organisé place de la Bastille, mais malgré un plateau de vedettes, à peine quelques centaines de personnes s’étaient déplacées. L’initiative a changé de camp, de nouvelles chansons sont apparues dans le sillage du mouvement d’opposition au mariage homosexuel. Ces chansons ne constituent pas un véritable courant musical, mais elles s’inscrivent dans une tendance plus large qui révèle qu’au-delà des clivages politiques s’est amorcé un profond revirement de société.

Dans les années soixante du siècle dernier, le microsillon permettait la diffusion d’enregistrements destinés à la jeunesse et préparait mai 1968 ; à la fin des années soixante-dix, ce furent les radios de la bande FM qui contournèrent les monopoles étatiques pour amener la Gauche au Pouvoir en 1981 ; depuis 2013, ce sont essentiellement les réseaux sociaux d’internet qui rendent possible la diffusion des nouveaux répertoires. Il ne reste plus qu’à les utiliser.

Thierry Bouzard (EuroLibertés, 21 janvier 2017)

Note

[1] Le Te Deum est notamment chanté le 31 décembre dans la liturgie romaine. En France, il était toujours interprété pour le sacre des rois. Dans le cadre profane, cet hymne connu de toute la population était chanté dans toutes les occasions festives pour louer et remercier Dieu, particulièrement pour fêter les événements joyeux de la famille royale (naissances, mariages, guérisons…) et les victoires militaires. Dans cet usage, il peut être considéré comme une sorte d’hymne national avant la lettre.

03/01/2017

Limites protectrices...

Nous reproduisons ci-dessous un point de vue cueilli sur Idiocratie et consacré à la question éminemment politique des frontières...

 

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Limites protectrices

Au début de l'automne, quand fut annoncé le démantèlement du bidonville de Calais, cette jungle si éloignée des tropiques mais dotée d'un inimitable cachet post-moderne, il y eut, dans plusieurs villes de France, quelques défilés de militants soutenant la ligne des « no border ». A cette occasion, on put voir des manifestants brandir de grandes banderoles ornées du slogan « ouvrez les frontières ». Le surréalisme était dans la rue. Dans l'Europe de Schengen où les frontières sont béantes depuis des décennies, quoi de plus absurde, en effet, qu'une telle formule ! Elle n'en révèle pas moins l'inquiétude de toute une frange de l'opinion, ces dernières années, devant le retour des frontières dans le débat public.

On sait à quel point le fantasme de l'ouverture tranquille a dominé l'Europe, depuis la chute communisme. Des habitudes de pensée se sont durablement établies. Une vision du monde benoîte, confortable, simplifiée. Des schémas et des sentiments. Or, voilà qu'apparaissent de fortes tendances en dehors de la voie à laquelle beaucoup s'étaient d'autant plus habitués qu'ils la croyaient définitive. Braves progressistes qui ne voient jamais la croisée des chemins, ni les bifurcations de l'Histoire ! Sous leurs yeux médusés, les peuples anglais et américains viennent d'exprimer leur souhait de voir, entre autres choses, revaloriser les frontières. Expressions de volonté politique qui semblent en outre appartenir à une vague de fond plus vaste puisque, selon l'analyste Jérôme Fourquet, deux tiers des opinions publiques européennes sont aujourd'hui favorables à une remise en cause des accords de Schengen, lesquels traduisent par excellence la volonté constante de nos dirigeants, depuis les années 80, de démanteler les frontières. Ceci malgré la propagande de masse qui n'a cessé d'accompagner toutes les décisions allant dans ce sens. Trente ans de prédication en faveur de la libre circulation en tous domaines pour en arriver là ! On comprend le désarroi des croyants les plus fidèles.

 

Digue politique

Enfermés dans la défense des droits individuels, ces adeptes de la foi transfrontiériste ne voient pas que, sous la question des frontières, se joue la survie du commun. De fait, une tendance se cristallise actuellement en Occident sur la question du respect des limites territoriales parce que ressurgit une vérité ancienne : de telles limites sont consubstantielles à l'existence de toute communauté politique et donc d'abord, point capital, à l'exercice de sa volonté propre. C'est en effet en vertu de cette volonté commune que les populations se rebiffent aujourd'hui contre les choix unilatéraux qu'on leur impose et qui touchent à leur être même. Quand s'affermit le souhait de ne plus subir, la lucidité revient et la frontière apparaît comme un enjeu déterminant, celui du pouvoir de la communauté souveraine face au pouvoir des oligarchies. On redécouvre alors que cette frontière constitue une ligne d'appui, une digue politique, pour faire face aussi bien aux menaces liberticides qui viennent d'en-haut (les oligarchies ne dominant que par la transgression) qu'à celles qui viennent d'en-bas, forces déferlant, dans un cas comme dans l'autre, sur le capital immatériel et matériel de la communauté, à la manière de fléaux. Devant la prédation des puissances d'argent et les masses humaines déracinées que celles-ci contribuent à mettre en mouvement sur le terrain, on comprend donc que l’on ne pourra opposer de barrage efficace que fondé sur le territoire.

 

D'une limite à l'autre

Dans les esprits, le désenfumage est donc à l'oeuvre, du Middle West américain aux vieilles nations d'Europe, et on commence à retrouver les liens fondamentaux entre territoire et volonté commune. Au regard de l'architecture civilisationnelle, il apparaît, de fait, que les limites dont une communauté politique donnée pourvoit un espace pour en faire un territoire renvoient directement aux limites englobantes de la communauté elle-même, à ses contours spécifiques, autrement dit au choix constitutif du groupe à partir duquel se définit qui en fait partie et qui n'en fait pas partie. Il est utile de le rappeler, ce rapport entre le bornage du sol commun et le bornage du groupe social est illustré notamment, avec la radicalité sereine propre aux Anciens, par le mythe de Romulus et Remus. La transgression du sillon fondateur est une menace pour l'existence de la communauté. Romulus tue donc Remus qui l'avait franchi par dérision et, ayant ainsi rendu sacrée cette limite, il devient le chef de la communauté. On ne saurait mieux faire entendre que celui qui est à même d'assurer le bien commun est celui qui défend avant tout la limite protectrice. Or, il s'agit bien là, non seulement de la limite territoriale mais aussi, et avant tout, de la limite anthropologique séparant les deux termes de la relation ami / ennemi, qui constitue la « distinction spécifique du politique » selon Carl Schmitt. De ce point de vue, il n’est guère étonnant que l'inaptitude toute contemporaine d’une part encore considérable de l’opinion à saisir ce qui est en jeu ici se traduise par de la méfiance devant la simple perspective d'une réhabilitation des frontières. Les sermons officiels ont fait des ravages durables chez les moins structurés. Chez ceux-là, on n'est pas prêt d'admettre que c'est la croyance infantile dans le « tous amis » qui empêche d'organiser des relations pacifique entre non-amis. 

 

Distinctions claires ou empire du flou

Aussi, en dépit du malaise croissant et des attentats sur notre sol, le fantasme de la grande fusion des peuples continue pour l'instant de faire obstacle à une plus large compréhension de cette traditionnelle distinction que l'on peut désigner ainsi: ami/non-ami. Distinction qui relève de la sagesse ancestrale des nations et que Schmitt n'avait fait que rappeler avec ses formulations propres (ce point précis prenant place, chez lui, au sein d’une réflexion puissante et originale, on le sait), après la rupture que constitua, en 1919, l'irruption des principes de Wilson sur la scène internationale. L'Histoire le montre à l'envi, une telle distinction représente l'une des conditions essentielles pour éviter que les non-amis, ennemi potentiels, se transforment en ennemis réels. Ceci en reconnaissant d'abord les non-amis comme tels (phase décisive où la limite est reconnue et assumée), puis à ce titre, comme des partenaires plus ou moins proches. C’est ce que recouvre la notion d’ennemi dans cette perspective. Envisager le conflit permet de le neutraliser, sans se soumettre pour autant. Tel est le vieux sésame ouvrant le champ précieux des bonnes relations. Et tel est le cadre raisonnable de toute diplomatie. Comme l’énonce Julien Freund dans le sillage de Schmitt, « la non-reconnaissance de l’ennemi est un obstacle à la paix ». 

En somme, contrairement aux illusions que défend l’ancien premier ministre Dominique de Villepin, « Mémoire de paix pour temps de guerre », c’est la culture de la guerre qui constitue la véritable culture de la paix. Naturellement, il ne faut pas confondre cette classique culture de la guerre avec le bellicisme, comme le fait Villepin, étrange gaulliste, qui croit prendre le contre-pied du néo-conservatisme agressif de l’ère Bush en préconisant une diplomatie générale de l’apaisement. Pour cet apôtre de la conciliation abstraite, nul retour aux frontières ne s’impose. Il est vrai que lorsqu’on pense que les peuples n’ont pas de formes définies, on n’a pas de raison de songer aux limites précises de leurs territoires qui en sont pourtant la garantie cruciale. Là est le centre de la question. On promeut donc l’empire du flou, c'est-à-dire, en définitive, l'empire tout court, la logique favorable aux impérialismes.

En effet, répondre aux dynamiques de domination de tous ordres, qu’elles soient le fait d’Etats, d’oligarchies financières ou d’une religion telle que l’Islam, par la politique impolitique de l’apaisement, selon la méthode tristement célèbre de Chamberlain, c’est tout simplement faire leur jeu. En l’occurrence, on semble avoir oublié en quoi consiste l’art d’obtenir l’équilibre le plus stable possible entre des forces. L’art politique, rien de moins.

Sous ce rapport, il est intéressant de noter que pacifisme et impérialisme belliqueux constituent deux façons symétriques de ne pas reconnaître de non-amis, dont l’une se résume dans le « tous amis », l’autre dans le « tous ralliés à ma botte », deux manières de pratiquer abondamment la rhétorique de la paix (paix universelle irénique ou paix de soumission) et, de ce fait, deux types de rapports à la conflictualité qui se complètent souvent de la manière la plus tragique qui soit.

Rappelons, pour finir, un évènement significatif qui eut lieu au XVIe siècle. Pendant la période troublée des guerres de religion, où certains critères d'appartenance à la communauté politique étaient devenus incertains, le jeune roi Charles IX, accompagné de la reine mère Catherine de Médicis, entreprit un long voyage dans le royaume, de 1564 à 1566. L'un des principaux buts de ce voyage était de visiter les frontières avec précision, en en suivant les sinuosités. Le roi effectua donc un « circuit », un « tour » (selon les expressions de l'époque) du sol français, réaffirmant ainsi de manière hautement symbolique les contours de la communauté politique, en crise, à travers les contours de son territoire.

Des idiots (Idiocratie, 1er janvier 2017)

06/12/2016

Les scandales du showbizz : drogue, sexe, mafia et politique...

Le troisième numéro de la nouvelle série du Crapouillot (novembre 2016 - janvier 2017) est en kiosque avec un dossier consacré au showbizz et  à ses turpitudes. Quand la jeune équipe du magazine non conformiste débarque sur la planète "people" et sort le lance-flamme, ça fait mal !...

 

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Au sommaire :

L’arnaque du classement des personnalités

Angelina Jolie : le cauchemar américain

La presse people, une presse poubelle

Le sexe, maladie chronique des PEOPLE

Pourquoi les célébrités sont-elles si célèbres ?

Les stars, une race bien à part

Les stars et LES petites frappes

Les médias, une niche Fructueuse

Macron et Mourad, politique et médias, un amour fort !

Journalistes corrompus

Les journalistes de la télé à la mangeoire du show-business !

L’affaire Morandini ou la sordidité du monde médiatique

Croisade contre Bernard de la Villardière

Mafia et célébrités mimétisme et proximité

La noblesse ratée du prince Victor-Emmanuel IV

Johnny Halliday copain du milieu malgré lui ?

Alain Delon, icône aux amitiés sulfureuses

Rap et banditisme un mariage fidèle

Sport business et tradition criminelle

Zdravko Mamic : le Parrain du football croate

S’extraire de la société du divertissement

29/11/2016

Le gouvernement du désir...

Les éditions Gallimard viennent de publier un nouvel essai d'Hervé Juvin intitulé Le gouvernement du désir. Économiste de formation, Hervé Juvin a publié des essais essentiels tels que Le renversement du monde (Gallimard, 2010), La grande séparation - Pour une écologie des civilisations (Gallimard, 2013) ou Le Mur de l'Ouest n'est pas tombé (Pierre-Guillaume de roux, 2015), qui font de lui un des penseurs les plus pertinents du moment.

 

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"Le désir est le nouveau pouvoir. Il gouverne nos vies. Son autorité à peu près insensible s'exerce partout. Du lit à la table et du corps aux songes, elle se nourrit du consentement qu'elle suscite et du contentement qu'elle assure. Il fallait analyser ce mode inédit de gouvernement. Provoquer et orienter le désir est le moyen de tenir l'individu, de le diriger et de disposer de lui, au plus intime et au plus profond. En apparence, ce système du désir nous tient plus étroitement qu'aucune idéologie, qu'aucune religion n'a pu le faire. Mais les promesses s'épuisent. Mais la déception délie ceux que leur désir des mêmes choses réunissait. Quand la croissance n'est plus là, quand le progrès n'est plus partagé par tous, le désir de richesse, de confort, de plaisir apparaît pour ce qu'il est : le simulacre du désir vital, celui du pouvoir sur soi, de la liberté politique, de la survie de la communauté. Nous vivons ce moment extraordinaire où il s'agit de se libérer de nos libérations, où l'instinct de survie appelle à la renaissance du désir politique et du choix de notre destin".

17/10/2016

La seule Cour suprême, c'est le peuple français !...

Nous reproduisons ci-dessous entretien avec Alain de Benoist, cueilli sur Boulevard Voltaire et consacré à l'effacement de la politique...

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Alain de Benoist : « Le général de Gaulle était contre le gouvernement des juges et des experts »

Autrefois, on nous disait que « tout est politique ». Désormais, la mode semble être du côté des « experts ». La politique a-t-elle encore de l’avenir ?

Comme toujours, il faut distinguer la politique et le politique : la vie politicienne et la dimension politique de la vie publique. Portée par l’actualité, la politique va son bout de chemin : chasse au burkini et au Pokémon, ambitions montebourgeoises, louvoiements du Marmiton et du Maqueron, échéances électorales, etc. Le politique, lui, se réduit comme peau de chagrin, puisque tout est fait pour substituer à la décision populaire la gestion administrative, la souveraineté des marchés financiers, l’autorité des « experts » et le gouvernement des juges.

Le politique s’efface d’abord sous l’effet de la morale, qui prend la forme d’une posture dont les groupes de pression « antiracistes » et les ligues de vertu néopuritaines qui se réclament de l’idéologie des droits de l’homme sont l’exemple achevé. Parallèlement, on assiste à la dissolution du politique dans l’économique, qui va de pair avec celle du national dans le transnational (ou le supranational) lorsqu’on prétend que le politique n’est pas libre de remettre en cause l’injonction libérale de libre circulation des hommes, des marchandises et des capitaux. Quant à l’expertocratie, elle assied son pouvoir sur l’idée que le peuple est « incompétent » et qu’il vaut mieux laisser à « ceux qui savent » le soin de conduire les affaires publiques.

Pour les experts, les problèmes politiques ne sont-ils pas finalement de simples problèmes techniques ?

Plus précisément des problèmes pour lesquels il ne peut exister rationnellement qu’une seule solution optimale, qu’il appartient précisément aux experts de déterminer. C’est le fondement de l’idée libérale selon laquelle « il n’y a pas d’alternative » (« there is no alternative », formule attribuée à Margaret Thatcher), qui est aussi l’un des fondements de la « pensée unique ». On veut faire croire que les antagonismes politiques sont appelés à dépérir sous l’effet apaisant d’une culture « technique » commune. Cette neutralisation équivaut, en fait, à une dépolitisation et, à terme, à la mort du politique. Les aspirations humaines étant différentes et potentiellement conflictuelles, on ne peut en effet trancher entre elles qu’au nom de critères normatifs qui ne se ramènent jamais à l’unité. La décision politique consiste à choisir entre des possibles, dont aucun ne s’impose « objectivement » à tous. Elle peut toujours varier en fonction des circonstances et des critères retenus.

Les démocraties ont besoin d’être « incarnées ».

Mais dans les démocraties libérales, le pouvoir appartient moins aux hommes qu’il n’appartient aux lois. Or, comme l’explique très bien Jacques Sapir, ces lois « s’imposent comme des normes générales, de manière “technique”, aux individus. Dans un tel régime, il n’y a plus de place pour la controverse et la lutte pour le pouvoir et pour l’action politique. Il n’y a plus de place que pour une polarité entre raisonnement que l’on prétend technique et posture morale. On a donc bien cette dépolitisation du politique qui est ressentie comme une agression insupportable par une majorité du peuple, car elle vise à lui retirer sa capacité de décider, c’est-à-dire sa souveraineté ».

Vous parliez aussi de « gouvernement des juges » ?

On y est. Le Conseil constitutionnel et le Conseil d’État ont été dotés de nouveaux pouvoirs, qu’ils exercent en référence à la Déclaration des droits de l’homme de 1789, au préambule de la Constitution de 1946, à la Convention européenne des droits de l’homme de 1950 et à la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme de Strasbourg. Créée en 1949, cette dernière est, on le sait, compétente pour traiter des recours visant n’importe quel État membre du Conseil de l’Europe. Elle peut être saisie par tout individu s’estimant victime d’une « atteinte aux droits de l’homme », indépendamment de son lieu de résidence et de sa nationalité. Elle connaît aujourd’hui 70.000 requêtes par an ! Ses décisions n’étant susceptibles d’aucun recours, les États condamnés n’ont pas d’autre possibilité que de s’incliner. C’est ainsi que la France a dû s’incliner devant l’obligation qui lui a été faite de reconnaître les enfants nés d’une mère porteuse étrangère, d’autoriser les syndicats de soldats, d’admettre le regroupement familial, de verser une indemnité à des pirates somaliens pour le « dommage moral » subi au cours de leur arrestation, d’empêcher l’expulsion d’un certain nombre de djihadistes, etc.

Jean-Yves Le Gallou n’a pas tort de dire que « nous vivons depuis quarante ans sous un régime qui est celui du coup d’État des juges » et qu’un certain nombre de décisions ou de réformes, touchant notamment les problèmes migratoires ou les questions de société, sont aujourd’hui impossibles et le resteront aussi longtemps que l’on n’aura pas modifié ou abandonné le bloc de constitutionnalité. « Tout, ou à peu près, de la vie quotidienne des Français relève désormais des pouvoirs des 47 juges de Strasbourg », écrit de son côté Pierre Lellouche, qui ajoute : « Ce qui est en marche n’est rien d’autre qu’un pouvoir juridictionnel supranational dénué de tout contrepoids politique. »

Cette situation va à l’encontre d’une tradition européenne qui n’est pas celle des pays de Common Law : contrairement à Locke, Montesquieu refusait le gouvernement des juges. Dans la conception française de l’État, théorisée par Carré de Malberg, l’État, étant souverain, ne peut être soumis à une volonté supérieure à la sienne. C’est cette conception qui a été abolie par la décision de reconnaître aux traités européens une autorité supérieure à celle des souverainetés populaires et des législations nationales (art. 55 de la Constitution). Le général de Gaulle, lui, n’avait jamais accepté de reconnaître la compétence de la Cour européenne des droits de l’homme : « En France, disait-il, la seule Cour suprême, c’est le peuple français. »

Alain de Benoist, propos recueillis par Nicolas Gauthier (Boulevard Voltaire, 8 octobre 2016)