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07/04/2018

« La zombification est un phénomène de dérèglement de l’instinct de conservation »...

Nous reproduisons ci-dessous un entretien donné par Lucien Cerise à la revue Rébellion consacré au phénomène de la "zombification" de la société occidentale. Penseur indépendant et non-conformiste, Lucien Cerise a publié Gouverner par le chaos (Max Milo, 2010), Oliganarchy (Le Retour aux Sources, 2013, Neuro-pirates - Réflexions sur l'ingénierie sociale (Kontre Kulture, 2016) et, dernièrement, Retour sur Maïdan - La guerre hybride de l'OTAN (Le Retour aux sources, 2017).

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Entretien avec Lucien Cerise : « La zombification est un phénomène de dérèglement de l’instinct de conservation ».

Qui sont les zombies que tu évoques dans ta future conférence ?

À l’origine, dans le vaudou, le zombie est un mort réanimé par un sorcier pour en faire son esclave. C’est un pantin sous contrôle et corvéable à merci, une sorte de golem. Dans l’imaginaire audio-visuel contemporain (cinéma, jeux vidéo), le zombie n’est pas forcément sous contrôle et se caractérise plutôt par sa sauvagerie anarchique sans bornes. Dans les deux cas, le zombie représente le dépassement de l’instinct de conservation. Comme il est déjà mort, il ne craint plus la mort, on peut donc lui faire faire n’importe quoi, il ne dira jamais « non » et il produira docilement tous les comportements destructeurs et autodestructeurs qui lui seront dictés. Par métaphore, les zombies que j’évoque sont ces individus irrationnels et impulsifs qui obéissent aveuglement à une loi autre que celle de leur intérêt bien compris. Ils vivent autour de nous mais ils ne voient plus les choses comme elles sont et agissent sous l’emprise de conditionnements et d’automatismes qui ressemblent à des programmes d’ordinateurs incapables de se corriger, répétant les mêmes erreurs en boucle. Le zombie est donc l’homme de la masse décrit par la psychologie des foules de Gustave Le Bon, c’est-à-dire le fanatique, l’obsessionnel, le sectaire ou le « radicalisé », terme à la mode. On le trouve dans tous les milieux sans exception, non seulement chez les adeptes des religions, mais aussi chez les non croyants. Sur le fond, il n’y a guère de différences entre les consommateurs qui se battent dans un supermarché pour des pots de Nutella en soldes et les croyants millénaristes de toutes obédiences qui se délectent à l’idée que leur messie arrivera dans un déchaînement de violence matérielle signant la fin des temps. Quand ces deux sortes de « zombies » agissent en synergie, comme c’est le cas à notre époque, on peut dire qu’ils nous rapprochent effectivement de l’apocalypse, par effet de prophétie auto-réalisatrice.

L’aliénation zombifiante du système se prépare et s’exprime comment pour toi ?

La zombification est un phénomène de dérèglement de l’instinct de conservation. Quand ce dérèglement est provoqué méthodiquement chez autrui, on peut parler d’une ingénierie sociale négative. Un symptôme de cette aliénation zombifiante est la simplification de l’esprit dans deux tonalités primitives du cerveau reptilien, le sexe et la peur, ce qui peut se traduire de deux façons : le consumérisme et le militarisme (au-delà du militantisme). Aujourd’hui, le consumérisme n’a pas disparu mais il est un peu relégué derrière un conditionnement de masse pour nous préparer à la guerre. Après avoir fabriqué des consommateurs morts-vivants pendant des décennies, le système reprend aujourd’hui une tournure militarisée, mais non conventionnelle, adaptée aux méthodes de la guerre hybride. Il ne s’agit plus de former des troupes régulières mais de militariser les civils et l’opinion publique par l’ingénierie sociale : formater des comportements agressifs ou déprimés en faisant monter la méfiance ou l’indifférence vis-à-vis de telle ou telle cible. Par exemple, prononcer le nom « Poutine » doit déclencher automatiquement un réflexe conditionné d’agressivité par association avec les éléments de langage « bolchévique » ou « homophobe », selon le segment de public visé, afin de faire monter la méfiance et faire aboyer les chiens, ou encore par la diffusion d’une narration du type « Poutine est mondialiste, tout est sous contrôle », ce qui permet d’inculquer la passivité, la résignation, l’impuissance (cf. Martin Seligman). La propagande de guerre consiste toujours à personnaliser à outrance les débats pour faire baisser le niveau d’analyse en barrant l’accès à une compréhension systémique et parfois contre-intuitive du fonctionnement réel de nos sociétés de masse, dont la complexité est rétive à tout réductionnisme. Un volet de la zombification consiste donc à radicaliser la population en l’enfermant dans un monde mental où les projections de confiance et d’amour, ou de méfiance et de haine vont occuper toute la place dans le jugement et former un écran idéologique devant tous les faits contradictoires.

Comment juges-tu la première année de Macron ?

Cette première année est conforme à ce que l’on pouvait attendre. Aucune surprise. Macron est le zombie par excellence : soumission totale au mondialisme, au régime de Bruxelles, UE et OTAN, aux lobbies communautaires, ce qui se traduit par la russophobie, l’ouverture des frontières et le djihadisme d’État, en Syrie et ailleurs. Macron ne décide de rien, il obéit à tout, et sans discuter. Son cas individuel est sans intérêt, c’est un pion dans un programme plus vaste qui devait aboutir en 2016 à placer Hillary Clinton à la tête des USA, et en 2017 à faire réélire confortablement Angela Merkel en Allemagne, ce qui est un demi-échec au vu des résultats de son parti.

Les mesures antisociales du gouvernement te semble-t-elles une commande de l’oligarchie ?

Les mesures antisociales du gouvernement sont effectivement des directives de Bruxelles et de la Commission européenne. Encore au-dessus, elles sont réclamées par la finance internationale et elles vont toujours dans le même sens : privatiser les biens publics. L’oligarchie qui pilote ces mesures nous promet la tiers-mondisation et le chaos, comme en Ukraine, un vrai cas d’école, où le gouvernement libéral issu de Maïdan vient d’autoriser la vente aux enchères de 3000 entreprises publiques, sur fond de guerre civile. L’Occident est en phase de régression à tous les niveaux, socio-économique mais aussi intellectuel, et l’on sait d’où ça vient.

Comment résister au nouvel ordre macroniste ?

Le nouvel ordre macroniste agit depuis les institutions. Pour lui résister efficacement, il faut se hisser au même niveau, sinon on ne fait pas le poids. Autrement dit, la résistance consiste à prendre le pouvoir au niveau institutionnel, ce qui exige de passer par le même système électoral que celui par lequel Macron est passé. Une bonne partie de la guerre hybride qui nous est livrée est menée depuis des bureaux et des administrations. La technocratie est un champ de bataille. La politique politicienne conventionnelle est un théâtre d’opérations qu’il ne faut en aucun cas déserter. Tout le monde n’a pas le temps de s’y impliquer, évidemment, car il y a beaucoup à faire. En effet, à côté du système des partis, il y a aussi un travail métapolitique indispensable à mener pour gagner l’hégémonie culturelle. Mais si cette hégémonie culturelle n’a pas de traduction institutionnelle et n’acquiert pas force de loi, la métapolitique revient à « pisser dans un violon » et ne sert pas à grand-chose. Une résistance non institutionnelle est fragile, précaire, en sursis et sera démantelée légalement un jour ou l’autre. Il faut donc viser la conquête du pouvoir central et ne pas se contenter de lui résister dans les marges, car ces marges seront interdites, criminalisées, déclarées illégales et disparaîtront pour toujours. Il est impératif de s’extraire du romantisme des marges pour conquérir et exercer le pouvoir à l’Élysée, au Parlement, dans les ministères et les préfectures. La seule Reconquista pertinente est là : c’est celle de l’État, car c’est le seul moyen d’organiser des purges dans l’État profond pour en finir avec le terrorisme et l’immigrationnisme, et d’autre part de peser face au pouvoir des banques pour stopper la casse sociale et la clochardisation de notre pays.

Lucien Cerise (Rébellion, 1er avril 2018)

12/11/2011

Zombies et néo-libéralisme...

Les éditions Les prairies ordinaires ont publié récemment Zombies et frontières à l'ère néo-libérale, un recueil de textes des anthropologues Jean et John Comaroff. Les deux ethnologues "s’appuient sur des histoires de zombies pour dévoiler l’envers du prétendu miracle capitaliste sud-africain. Ils décrivent la violence causée par la croyance en l’occulte, les formes d’un nationalisme exacerbé et les attentes déçues de l’ère post-coloniale" (Michel Naepels).

 

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"En cherchant à décrire les causes et les mécanismes de la violence de la transition néolibérale dans l'Afrique du Sud contemporaine, les Comaroff développent une anthropologie historique de la " culture du capitalisme ". Culture, en effet, plutôt que dogme ou idéologie économique : le néolibéralisme, depuis la fin de l'apartheid, n'inspire pas seulement les économistes ou les dirigeants, il imprègne l'univers symbolique des jeunes sans emploi, des botanistes, des membres des ONG ou des chercheurs en sciences sociales. Les zombies, qui prolifèrent aujourd'hui dans le nord du pays, ne sont à cet égard pas les signes d'un retour aux " traditions " ou, pire, les restes d'une supposée " irrationalité " sud-africaine. Ils incarnent, au sens propre autant que figuré, l'une des réponses régionales aux évidences tacites du néolibéralisme, et notamment à ces idées très répandues selon lesquelles on peut consommer sans produire, s'enrichir sans effort, travailler sans s'inscrire dans un lieu et vendre son corps organe par organe. Les zombies sont les plus flexibles et les moins protestataires des ouvriers ; leur disponibilité représente le comble de la main-d'oeuvre en régime néolibéral. Inscrits dans un imaginaire mondialisé nourri de l'esthétique des films de Romero et des clips de Michael Jackson, ils exemplifient cette promesse d'accumulation presque magique de la richesse qui séduit toujours plus d'habitants de la planète. En ce sens, le cas sud-africain est un révélateur inédit des économies de transition et, de façon plus décisive encore, le miroir grossissant d'une " culture du capitalisme " qui prospère dans le monde entier, avec son lot d'inconséquences et de superstitions. Qu'est-ce que le zombie, sinon la contrepartie clandestine et ténébreuse de l'euromillion ? Et les sociétés du Sud, sinon les laboratoires privilégiés d'analyse de ce que sont déjà, ou en passe de devenir, les pays du Nord ?"

26/09/2011

Plutôt le Monomotapa que Louis XIV ?...

Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de l'africaniste Bernard Lugan, cueilli sur son blog, à propos des nouveaux programmes d'histoire au collège.

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L’histoire de l’Afrique doit-elle être enseignée dans le secondaire aux dépens des fondamentaux de l’histoire de France ?

L’histoire des mondes non européens a toujours figuré dans les programmes scolaires, cependant, elle n’était pas enseignée aux dépens de l’histoire de France. De plus, cette nécessaire ouverture ne se faisait qu’à partir du moment où les fondamentaux de notre histoire étaient acquis par les élèves. Aujourd’hui, il en va tout autrement avec la réforme Darcos qui prépare le délitement de l’imaginaire historique national, ce précieux socle auquel les Français sont encore arrimés.
Les ravages commencent désormais dès la classe de 5° qui a subi des amputations insensées et même proprement « ubuesques » de son programme d’histoire. Or, ces amputations ont été rendues nécessaires afin de dégager autant de plages horaires destinées à l’étude des civilisations non européennes, qu’elles soient africaines, asiatiques ou autres. Pour ce qui concerne l’Afrique, seront ainsi étudiés plusieurs royaumes avec un point central, celui du Mali. Pour leur « faire de la place », Louis XIV a donc été relégué en toute fin de programme et il ne sera donc « survolé » que si le Monomotapa (!!!) a été vu. De même que les crédits de l’armée constituent la variable d’ajustement des déficits de l’Etat, l’histoire de France devient quant à elle la variable d’ajustement des apprentis sorciers du ministère de l’Education nationale.
Toute éducation supposant l’acquisition de fondamentaux et de connaissances de base sans lesquelles il est impossible ou vain de vouloir aller plus loin, il est donc insensé de vouloir faire apprendre l’histoire du Mali à des enfants qui ne savent pas si Napoléon a vécu avant ou après Louis XIV…Les « docteurs Folamour » du pédagogisme ne l’ignorent pas. Ils en sont même parfaitement conscients, mais ce sont d’abord des militants dont le but est de casser tous les enracinements européens considérés par eux comme susceptibles de déclencher des réactions identitaires.
Ne nous cachons pas derrière notre pouce et disons les choses clairement : le premier but de cette aberrante réforme de l’enseignement de l’histoire est de toucher le public de ces établissements mosaïques dans lesquels 30 à 40% d’élèves possédant moins de 350 mots de vocabulaire, ne sachant ni lire, ni écrire, ni même raisonner et encore moins comparer, pourrissent littéralement l’apprentissage de classes entières. Les assassins de notre mémoire espèrent, grâce à cette réforme, capter l’attention de ces auditoires « difficiles » et avant tout peu intéressés par l’histoire de France, en leur proposant une histoire sur mesure, une histoire à la carte, une histoire ethno sectorielle en quelque sorte.
Les élèves d’origine mandé-malinké de Tremblay en France seront peut-être attentifs à l’histoire de l’empire du Mali qui fut constitué par leurs ancêtres, mais il risque de ne pas en être de même avec les petits soninké de Garges les Gonesse, héritiers, eux, du royaume de Ghana qui fut détruit par les premiers…De plus, comment vont réagir les rejetons des nombreux autres peuples africains ? N’y a-t-il pas une forme de discrimination à leur égard ? En effet, pourquoi privilégier le Mali ou le Ghana et passer sous silence l’empire Luba et le royaume zulu ?
Un autre but de ce programme qui fait naturellement de continuelles références à la traite des esclaves vue comme une sorte de fil conducteur de la matière, est de tenter de faire croire aux élèves que l’histoire du monde est d’abord celle de la confrontation entre les méchants, lire les Européens, et les bons, lire les autres. L’ethno culpabilité est décidément sans limites !
De plus, et là est peut-être le plus important, l’histoire de l’Afrique a son propre temps long qui n’est pas celui de l’Europe. Elle s’appréhende avec une méthodologie particulière impliquant une maîtrise de la critique des sources orales, une connaissance approfondie de l’anthropologie, de l’archéologie, de la linguistique, etc., Or, les professeurs qui vont devoir enseigner cette histoire à leurs jeunes élèves n’ont pas été formés pour cela.
Un exemple : la connaissance que nous avons de Philippe le Bel repose sur des dizaines de milliers d’études, de thèses, de documents d’archives, de mémoires, de correspondances, de traités etc. Son contemporain, Abu Bakr II empereur du Mali (+- 1310-1312), dont l’existence n’est même pas certaine, n’est connu que par des traditions orales tronquées, des sources arabes de seconde ou même de troisième main et par une chronologie totalement erronée établie par Maurice Delafosse en 1912. L’histoire de son bref règne, s’il a véritablement eu lieu, est pourtant largement enseignée en Afrique où ce souverain est présenté comme une sorte d’explorateur conquistador parti à la tête de 2000 ou même 3000 pirogues pour découvrir les Amériques.  
Les professeurs des classes de 5° qui vont devoir parler du Mali, cœur du nouveau programme, devront évidemment étudier cet empereur. Or, sont-ils formés pour expliquer à leurs élèves que l’histoire scientifique ne se construit pas sur des légendes? De plus, le seul fait, dans un cours, de consacrer le même temps d’étude à un personnage historique attesté d’une part, et à un autre, largement légendaire d’autre part, conduira automatiquement les élèves à prendre le virtuel pour la réalité, ce qu’ils sont déjà largement enclins à faire avec les jeux électroniques.   
Mais allons encore au-delà et abordons l’essence même de la question. Face à ces élèves « en difficulté» (traduction en langage politiquement incorrect : enfants dont la langue maternelle n’est pas le français), les enseignants oseront-ils, sans risquer un hourvari, expliquer qu’un tel voyage n’a jamais eu lieu?  En effet, si tout est faux dans cette légende c’est parce que les Africains de l’Ouest -à la différence de ceux de l’Est-, ne pouvaient affronter la haute mer car ils ignoraient l’usage de la voile ainsi que celui de la rame et parce que leurs pirogues étaient sans quille. 
Les mêmes enseignants sont-ils armés pour faire comprendre à leurs classes que pour atteindre l’Amérique, les hommes d’Abu Bakr II auraient été contraints de pagayer durant plus de mille kilomètres à travers l’océan atlantique avant de rencontrer enfin le courant des Canaries, seul susceptible de leur permettre de dériver ensuite vers l’Ouest… et cela sur 6000 km ? Enfin, seront-ils en mesure de mettre en évidence l’incohérence majeure de cette légende que certains considèrent comme une histoire vraie, à travers un exemple clair : comment l’expédition de l’empereur malien aurait-elle pu atteindre l’Amérique alors que les Africains ignoraient l’existence de l’archipel du Cap-Vert situé à 500 km « à peine » de la péninsule du Cap-Vert, point le plus occidental du littoral ouest africain contrôlé par l’Empire du Mali et qui leur barrait la voie du grand large ? En effet, cet archipel était vierge et vide d’habitants en 1450,  au moment de sa découverte par le Génois Antonio Noli qui était au service du Portugal...[1]
L’enseignement de l’histoire africaine ne s’improvise pas !
Hier la méthode d’apprentissage de la lecture dite « globale » fabriqua des générations d’illettrés et de dyslexiques; la réforme des programmes d’histoire donnera quant à elle naissance à des générations de zombies incapables de rattacher des évènements ou des personnages à une chronologie et ayant pour toute culture historique celle du volapük mondialisé.
 
Bernard Lugan (Blog de Bernard Lugan, vendredi 23 septembre 2011)
 

15/11/2010

La guerre des Zombies

World war Z et Guide de survie en territoire zombie, de Max Brook, viennent d'être réédités en collection de poche. Parfaitement réussie, cette fable grinçante, et dans le fond assez traditionaliste, avait fait l'objet dans le revue Eléments (n°132, juillet septembre 2009), sous la plume d'Arnaud Bordes, d'une recension que nous reproduisons ici.

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La guerre des zombies

La prochaine guerre ne sera ni nucléaire ni conventionnelle.

Et ses motifs ne seront pas politiques. La prochaine guerre sera la guerre des zombies. D'ailleurs, et la disparition complète de l'humanité fut évitée de peu, elle a déjà eu lieu. Tel est du moins le postulat, car World War Z, présenté comme histoire orale, comme document pour l'histoire, vient a posteriori puisque l'auteur, missionné par l'ONU (encore affaiblie après sa quasi-destruction - rien n'échappe aux zombies et surtout pas les organisations mondialisées) de Dachang en Chine à Parnell dans le Tennessee, du Rajasthan à Sydney, du lac Baïkal à Kyoto, a enquêté auprès de divers survivants de toutes origines et professions dont il livre les témoignages. Au travers de points de vue multipliés, qui se recoupent, se complètent, se superposent subtilement et ordonnent donc une polydiégèse des plus fascinantes (des plus brillantes même), l'épidémie - sa propagation apocalyptique, son horreur, les bouleversements géopolitiques, sociaux, économiques qu'elle provoque - est ainsi progressivement renseignée.

Assurément, comme dans toute histoire de zombies, et selon que nous l'ont désormais appris les films de George A. Romero, dont l'auteur, Max Brooks (fils de Mel), est le thuriféraire et l'obligé, il n'y pas là que boucherie gore et viandes plus ou moins avariées. Une critique, une allégorie également, se font jour, du consumérisme et de l'individualisme contemporains, des monades urbaines qui sont connectées à tout mais liées à rien, qui ont remplacé les relations humaines par la communication en réseau, aussi vide que proliférante, et qui errent, sans passé ni avenir, dans l'immédiateté d'un présent perpétuel et l'assouvissement de leurs pulsions.

Retrouvons, semble-t-on nous dire dans World War Z, à peine de nous transformer en zombies, les grands récits collectifs, prescripteurs de durée, de temps et d'histoire: l'humanité n'aura jamais remporté la guerre contre les morts-vivants qu'en retrouvant ses fondations, qu'en se retrouvant elle-même. Une réussite littéraire.

Quant à l'aspect pratique, Max Brooks ne l'omet pas avec Guide de survie en territoire zombie, où l'on trouvera nombre de conseils des plus avisés, tandis que tout est rigoureusement analysé, les avantages comme les inconvénients: armes adéquates (préférez le pied-de-biche, le calibre 22, l'arbalète) et techniques de combat; sécurisation d'un périmètre, lieux offrant la plus efficace défense passive (préférez quais et docks, prisons, étages d'immeubles) ; fuites, déplacements et transport (évitez les zones urbaines, les plaines, préférez les forêts, le vélo, le véhicule blindé) ... En outre, c'est d'importance, le zombie, ses origines, sa nature, ses aptitudes, sont étudiés. Par exemple, le mal est viral, provoqué par le Solanum qui « envahit la circulation sanguine à partir de la blessure initiale et atteint rapidement le cerveau », le virus utilisant les cellules des lobes frontaux pour se multiplier, ce qui les détruit au passage ... Et la durée de vie d'un mort-vivant, « le temps pendant lequel il fonctionne avant de pourrir sur pied", est estimée entre trois et cinq ans. De même, on ne confondra plus - mais la méprise est aisée, il est vrai - le zombie vaudou, qui relève de néfastes pratiques de magie noire, et, donc, le zombie (le vrai) épidémique et infecté. Utile et préventif!

Arnaud Bordes (Eléments n°132, juillet septembre 2009)