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26/10/2017

La revue de presse d'un esprit libre... (36)

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La revue de presse de Pierre Bérard

Au sommaire :

Comme chaque année à la date anniversaire de la manifestation du 17 octobre 1961 orchestrée  par le FLN à Paris, les militants « anticolonialiste » commémorent une tuerie qui n’existe que dans leur imagination saturée d’ethnomasochisme. Ce que l’africaniste Bernard Lugan nomme un « massacre  sans cadavre »   :

 
Le journal quotidien de Tv-Libertés fait sa une sur cette même manipulation avec un entretien avec Bernard Lugan  :
 
 
L’Ojim (Observatoire du journalisme) consacre une vidéo de 16 minutes à la personne du désinformateur tranquille et célébré André Marie Paul Mouchard alias Laurent Joffrin :
 
 
Comment les médias s’y prennent-ils pour relayer une information concernant la décision du président Macron d’accueillir 10000 migrants supplémentaires ? Tout se passe comme si pouvoirs politiques et médiatiques avaient entériné le fait que les migrations seraient devenues la norme. Une prétendue norme jamais interrogée et surtout jamais soumise à la décision souveraine des autochtones qui en subissent sans trop broncher les conséquences désastreuses et toujours tues :
 
 
Les souvenirs truculents de Michel Audiard sur la libération de Paris et la rage des tondeurs FFI de la vingt-cinquième heure, le plus souvent, mais couverts néanmoins de médailles, de galons et de brassards. Eux aussi auront connu leur extase warholien  : 
 
 
Les souvenirs identiques de Jean Rochefort contés avec l’émotion propre à ce grand artiste sans la touche truculente de Michel Audiard mais avec une gravité qui interroge la névrose des masses vengeresses abandonnées à leur vil ressentiment. Sur tout cela, on lira avec profit les deux livres de Patrick Buisson « 1940-1945. Années érotiques » parus au Livre de Poche :
 
 
Michel Marmin qui a brillamment illustré les grandes heures de la nouvelle droite publie aujourd’hui ses mémoires. Il y relate avec un talent non dénué d’ironie 50 années d’engagement intellectuel qui l’ont mené successivement de Valeurs Actuelles au Figaro et à Éléments pour y écrire sur le cinéma, l’art, la musique et la littérature :
 
 
Les saines remarques de Mathieu Bock-Côté dans une émission d’Éric Brunet. Autant Bock-Côté est doté d'un panache communicatif autant on peut se dispenser du babil libéral-poujadiste de l’animateur : 
 
 
Selon Pierre-André Taguieff il y aurait une continuité logique entre l’islam quiétiste (et laïco-compatible), l’islamisme ordinaire et l’islamisme criminel qui tous se fonde sur les mêmes textes canoniques et intangibles. En effet l’islam, s’il n’est contenu ni par la raison, ni par un cadre politique contraignant est par nature guerrier. L’intelligentsia occidentale est particulièrement pointée du doigt pour le déni qu’elle opère sans cesse du caractère religieux des massacres que takfiristes et islamistes violents exécutent partout dans le monde.
Pierre-André Taguieff, « L’islamisme et nous : penser l’ennemi imprévu » CNRS édition 2017 :
 
 
Ingrid Riocreux si elle dénonce n’adhère pas, mais pas du tout à la campagne d’hystérie collective qui enjoint à chacune (et à chacun) de balancer son porc (et d’acheter le dernier album de Bertrand Cantat, quand même). Cette mode tapageuse de corbeaux victimisés et héroïsés aux allures revanchardes nous vient évidemment d’Amérique comme tant de choses déplaisantes aux âmes bien nées. Le Délathon, comme le dit Elisabeth Lévy, ne passera assurément pas par elle :
 
 
Dans un point de vue tout de décence et de délicatesse, Bérénice Levet revient sur l’affaire précédente en faisant assaut de citations tirées de notre patrimoine littéraire. Elle aussi résiste à l’injonction du pénal et proclame que l’émancipation ne peut passer par la délation :
 
 
Bérénice Levet était l’invitée d’Elise Blaise dans son émission « La semaine Politique » à propos de la campagne de lynchage publique intitulée avec beaucoup d’élégance « Dénonce-ton-porc ». Cette curée qui risque de décrédibiliser les véritables victimes tout en bousculant la mixité sexuelle dont la France est le théâtre depuis de long siècles est aussi une manière, sans doute inconsciente, de condamner les hommes blancs hétérosexuels tout en faisant l’impasse sur ces trop nombreux représentants des cultures intrinsèquement machistes, elles, dont les heureux titulaires semblent protégés, chez nous, par les féministe les plus intransigeantes.
 
 
Dans l’émission hebdomadaire d’Elisabeth Lévy sur RCJ, Alain Finkielkraut s’en prend résolument à la campagne « balance ton porc ». Ces milliers de dénonciations anonymes vont-elles remplacer la justice sensée rendre des jugements fondés sur la preuve ? Elle traduit aussi une extension du domaine du harcèlement comparable à celle de l’extension du domaine du racisme. Tant qu’il y aura des hommes, dit-il, il y aura des tordus sur la terre mais la croisade puritaine ainsi engagée ne risque-t-elle pas de nous priver de la sublime mixité homme-femme qui faisait le charme de la France d’autrefois ? Le fond de l’affaire consiste bien comme il le montre à privilégier la philosophie libérale du contrat sur les rapports tacites et troubles entre les sexes jusqu’à nous contraindre à devenir collectivement une province de l’Amérique néo-puritaine, raisonnement déjà exprimé par Régis Debray :
 
 
Comme Sarkozy avant 2007, Laurent Wauquiez, dans un entretien donné à l'hebdomadaire Le Point (19 octobre 2017), s’inspire très nettement des intellectuels conservateurs et identitaires dont il reprend dans son entretien des citations in extenso. 
Le problème n’est pas tant de savoir ce qu’il dit aujourd’hui que de connaitre la façon dont il se comportera une fois parvenu à la tête de ce qu’il reste des Républicains. Sa volonté de réunir 
la droite et le centre est à elle seule tout un programme. On a en effet besoin de voix de droite pour faire élire des candidats centristes qui sont le plus souvent attirés dans la besace social-démocrate.,L’expérience Sarkozy est révélatrice à cet égard et chat échaudé craint l’eau froide.
 
Le pied nickelé Logan Alexandre Nisim fait trembler la République. Affirmatif ! Et il est défendu de rire de cette fable rocambolesque qui met en scène un apprenti cagoulard de 21 ans, maigrichon et timide, et sa phalange de cornichons recrutés sur le défouloir de Facebook (sans doute pour échapper aux investigations policières) qui se sont montés le bourrichon afin de nourrir leur fantasme de guerre civile et, effet pervers, de satisfaire la paranoïa du  camp du Bien. Celui-ci pourra dauber sur les « réseaux de l’ultra-droite » sans se priver des amalgames convenus qu’il s’interdit quand il s’agit d’attentats islamistes, bien réels ceux-là.  Alexandre Nisim Logan est-il un « déséquilibré »? C’est la question que personne ne pose et que pourtant les médias de propagande n’hésitent jamais à mettre sur le tapis quand il s’agit d’égorgeurs de « la religion de paix et de tolérance ». De cette histoire totalement bidon qui relève du bobard et empeste la machination barbouzarde le magazine L’Incorrect a dit à sa manière (après Le Monde du19 octobre) tout ce qu’il faut penser :   
 
Jean-Yves Le Gallou traite précisément de ce sujet en ouverture d’I-média, son émission hebdomadaire de Tv-Libertés :
 
 
Jean-Yves Le Gallou organise également avec la Fondation Polémia le troisième Forum de la Dissidence à Paris le 18 novembre. Un Plateau de choix pour cette démonstration qui promet de faire date. On y pulvérisera le politiquement correct, expression de la victoire du gauchisme libéral-libertaire qui a posé sur le pays un couvercle de plomb interdisant toute manifestation de la démocratie. Mot d’ordre : baisser les bras serait trahir; résister c’est combattre : 
 
 
Kafka disait qu’il fallait lire des romans pour briser la mer gelée en nous. On ne lit pas pour se divertir. Milan Kundéra définit l’humour comme l’éclair divin qui découvre le monde dans son ambigüité morale et l’homme dans sa profonde incompétence à juger les autres. L’humour est l’ivresse de la relativité des choses humaines, le plaisir étrange issu de la certitude qu’il n’y a pas de certitude. Le roman est la sagesse de l’incertitude dit-il dans « L’art du roman ». Il y a de tout cela dans les deux romanciers invités d’Alain Finkielkraut lors de son émission Répliques du 21/10/2017. Ces deux hommes qui parlent de la littérature avec passion sont le nostalgique heureux Benoît Duteurtre auteur de « Pourquoi je préfère rester chez moi » (Fayard) et Patrice Jean auteur de « L’homme surnuméraire » (Rue Fromentin Édition) qui suggère, entre mille autres choses, que l’être féminin ne s’est émancipé de la tutelle patriarcale que pour tomber dans les rets du despotisme social. Pascal Eysseric écrivait dans le dernier numéro d’Éléments qu’il était la révélation de la rentrée :
 
 
• Dans un entretien donné au Figaro (21 octobre 2017), Marcel Gauchet reconnaissant que « l’enseignement scolaire de l’histoire n’imprime plus » déplore que nous soyons passé du roman national à la fable multiculturaliste, troquant une fiction pour une autre et met en garde contre « les dérives d’une histoire pénitentielle et moralisante ». Ces deux conceptions du passé étant hémiplégiques, le problème essentiel que doit affronter l’histoire est « l’ethnocentrisme du présent » et son lot d’anachronisme qui a pour but de mettre le passé à la disposition d'un présent susceptible d’en remodeler à volonté les arcanes, idée qui selon lui est l’essence même du totalitarisme.
 

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25/10/2017

Le chant du départ...

Les éditions Fayard viennent de publier un roman inédit de Michel Audiard intitulé Le chant du départ. Scénariste talentueux, Michel Audiard estégalement l'auteur de plusieurs romans dont La nuit, le jour et toutes les autres nuits (Denoêl, 1978).

 

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" Au Grand Vizir, bistrot donnant sur les miches verdâtres du lion de Denfert, on croise toute une galerie de personnages sur le retour. La grosse Clodomir, tout droit sortie de La Nuit, le jour et toutes les autres nuits, Vera Varlope, un boxeur, un comédien qui attend son heure et Monsieur Michel, cinéaste. Au son menaçant des Caterpillars détruisant le quartier, Audiard tisse sa trame nostalgique d’un Paris menacé de disparaître, en revenant sur des souvenirs encore brûlants de l’Occupation et de projets professionnels avortés. L’Instinct de mort, acheté par Belmondo pour être co-scénarisé avec Modiano, finira au placard lors de l’évasion de la Santé de Mesrine. On ne meurt pas d’amour aux Iles Borromées, scénario inédit de 67, sert de prétexte pour proposer à Vera un rôle de stripteaseuse. Ensemble ils écrivent le roman impressionniste d’une ville et d’une époque, où les promenades nocturnes d’une rive à l’autre de la capitale ont valeur d’épopée. "

22/08/2017

Un certain A.D.G....

A.D.G. (1947-2004): «Le bon polar? Une histoire bien tricotée, des per­sonnages attachants, un cadre intrigant, de la violence mais aussi de la passion ou de la tendresse, bref une œuvre où le lecteur ne s'ennuie pas plus en la lisant que l'auteur en l'écrivant. C'est ce qu'on appelle de la littérature populaire, au bon sens du terme.» (Cascavelle, n°13, mars-avril 2004.)

 

 

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" Issu d'une famille de gauche, Alain Fournier devient enfant de troupe à l'âge de douze ans avant de quitter l'école avec son seul B.E.P.C. Il exerce alors divers métiers, comme employé de banque, brocanteur ou bouquiniste... En 1971, La Divine Surprise paraît dans la «Série noire». Son homonymie avec l'auteur du Grand Meaulnes (Alain-Fournier) le dissuade d'écrire sous son nom ; il signera des initiales de son pseudonyme (Alain Dreux Gallou). Devenu A.D.G., il sera l'un des auteurs-phares de la «Série noire» et le maître du néo-polar. Son style, mêlant argot et calembours, en fait l'héritier de Louis-Ferdinand Céline, Michel Audiard et Albert Simonin. Les romans policiers s'enchaînent: Les Panadeux, La Nuit des grands chiens malades, Cradoque's band, Le Grand Môme ou Pour venger pépère. En 1977, il obtient le prix Mystère de la critique avec L'otage est sans pitié. Dans le même temps, il entame une carrière de journaliste dans l'hebdomadaire Minute. Au début des années 1980, il s'installe en Nouvelle-Calédonie et s'investit, à travers son journal, Combat calédonien, pour le maintien de l'île au sein de la France. Il publie d'autres romans policiers, comme Joujoux sur le caillou et Les Billets Nickelés. En 1987, il fait paraître Le Grand Sud, une gigantesque fresque consacrée à l'histoire de l'île calédonienne au XIXe siècle. De retour en France, il intègre l'hebdomadaire Rivarol et publie un thriller australien: Kangouroad Movie. Il meurt en 2004. "

24/05/2013

La France de Michel Audiard...

Les éditions Xénia rééditent en format de poche La France de Michel Audiard, l'essai d'Alain Paucard consacré au plus célèbre scénariste et dialoguiste du cinéma français. Anar de droite, ronchon impénitent, Alain Paucard a récemment publié Tartuffe au bordel ( Le dilettante, 2012).

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" Michel Audiard a eu le sort posthume qu'il méritait : récompensé par le public et honni de la critique de son vivant, il est désormais élevé au rang de gloire nationale, y compris et surtout par ceux qui l'avaient dénigré. C'est justice : Audiard fixe sur la toile de la vie française, entre 1949 et 1985, le tempérament gaulois avec, en dominante, l'esprit frondeur du Parigot-tête-de-veau. Gabin, Ventura, Blier, Lefebvre, Biraud et bien d'autres sont les instruments d'une partition qui sonne juste. Le monde a changé, mais pas les ressorts humains qui fondent l'éternelle comédie des passions. Audiard en est le vivant exemple. Une belle et gouailleuse introduction à l'univers d'Audiard par un frère en esprit parisien, assortie d'une filmographie détaillée : voici le parfait vademecum audiardien. La France de Michel Audiard a reçu en 2001 le prix Simone Genevois, présidé par Alexandre Astruc et récompensant le meilleur ouvrage sur le cinéma. "

27/03/2010

Michel Audiard romancier

Les éditions Denoël rééditeront début juin le roman de Michel Audiard, intitulé La nuit, le jour et toutes les autres nuits, initialement publié en 1978. Nous reproduisons ici un article qu'Olivier Maison avait consacré à ce livre dans l'hebdomadaire Marianne en 1998.

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La nuit, tous les cous sont gris
 
Michel Audiard est un dialoguiste hors pair. C'est entendu. Il a aussi écrit un roman d'anthologie: La Nuit, le jour et toutes les autres nuits (1). C'est moins connu. Le Audiard romancier mérite pourtant qu'on s'y arrête, même si la renommée des oeuvres de ce La Rochefoucauld des faubourgs ne dépasse pas le cercle des initiés: «Mes projets, déclarait-il (2), continuer d'écrire un genre de films que tout le monde va voir et un genre de livres que personne ne lit. C'est étudié pour.» Qui a vu les films d'Audiard avance cependant en terres familières dans ses romans où il «usine dans le sarcasme». On y retrouve la saillie virile, le raccourci métaphorique, la périphrase décapante. Mais la référence au dialoguiste fait de l'ombre au romancier. Ce stakhanoviste du dialogue ciselé prenait son temps avec les romans, jusqu'à réécrire cinq fois les mêmes pages. Lui qui pouvait finir un dialogue entre deux parties de boules...


Au cinéma, il écrivait sur commande, pour des acteurs qu'il connaissait. Il s'imprégnait de leurs mimiques, de leur phrasé. Voulait les rencontrer avant de les faire parler. Quitte à tout réécrire au cas où le casting changeait. «Pour Faut pas prendre les enfants du Bon Dieu pour des canards sauvages, raconte André Pousse, l'ami des débuts, l'intime, une actrice lui avait fait faux bond. Je lui ai proposé Marlène Jobert qui débutait à l'époque. Il lui a fixé rendez-vous et suite à cette rencontre, il a totalement réécrit son rôle.»


Mais pour ses derniers livres, c'est avec sa jeunesse que Michel Audiard avait rendez-vous. Celle de l'insouciance, malgré les putasseries de la guerre. Cette drôle d'époque qui était l'occasion de drôles de rencontres. Le P'tit Cheval de retour, que Julliard a la bonne idée de rééditer, et la Nuit, le jour et toutes les autres nuits sont ses deux derniers romans largement autobiographiques. Les deux plus aboutis aussi. Ils constituent un diptyque sur deux périodes troubles de notre Histoire: la débâcle et la Libération. Dans le premier, Audiard force le trait pour rappeler que la nuit, tous les cons sont gris et surtout pas très résistants. Que les réseaux de contrebande furent plus rapides à s'installer que ceux de la Résistance. Il exécrait ceux qui, à la Libération, tournèrent francisques dès que le vent changea de direction. Ces «Atrides de pissotières» ne voulaient rien perdre de la grande braderie de la veulerie.


Trois ans séparent l'écriture de ces deux derniers romans. Mais, entre les deux, une tragédie: une voiture jaune, conduite par son fils de 26 ans, «le petit garçon» comme il l'appelle pudiquement, s'écrase sur la pile d'un pont de l'autoroute du Sud, à quelques kilomètres de Dourdan où son père l'attendait. Lui, dont le dernier film s'intitule On ne meurt que deux fois, est mort sans doute la première fois ce jour-là.


Les tribulations picaresques du jeune Audiard dans le P'tit Cheval se sont transformées en errance dans la Nuit, le jour et toutes les autres nuits. Et le cynisme de circonstance en un cri strident. Les «z-héros», dont l'unique obsession était de se ravitailler, deviennent soudain des cloportes qu'il veut voir engloutir. Une écriture crépusculaire, jusque dans les rares pages consacrées à son fils mais qui irradient toutes les autres: les phrases commencent, douloureuses, pour s'achever par des points de suspension, par des silences. Dans la nuit... la verve est devenue assassine: l'incorrigible enfant de choeur du P'tit Cheval est devenu un chevalier de l'Apocalypse. Il appelle de ses voeux, au début de la Nuit, le jour et toutes les autres nuits, «l'aube enchanteresse où la fusée porteuse larguera l'ogive qui piquera, dans un hululement de chouette hystérique, sur quatre milliards cinq cents millions d'enfoirés». Ce roman, qui fut salué par les critiques le plus réfractaires, marque une rupture. Audiard sort de son rôle d'amuseur. Il renonce aux facilités de son talent pour devenir un grand écrivain. L'insouciance a disparu, mais ses souvenirs le hantent. Audiard s'y enfonce avec obstination, à peine perturbé par les figures dérisoires du présent qui l'arrachent à ses rêveries. Les rares personnages qui provoquent encore sa compassion sont des épaves de la vie, échouées sur un trottoir ou derrière un comptoir, poussées là par les ressacs de l'alcool.


«Aucun sujet ne justifie qu'on s'emmerde indéfiniment dessus, écrivait Audiard. Ou alors c'est un sujet à vous. Mais dans ce cas, je serais beaucoup plus tenté d'écrire un livre.» Et pourtant, la Nuit, le jour... fut son dernier roman. Pourquoi cet homme si cultivé, qui soulevait sa casquette à la seule évocation de Céline ou d'Antoine Blondin, n'a pas écrit davantage ? Pourquoi ne continua-t-il pas son oeuvre après le succès de son dernier roman ? La réponse est un joyau de banalité: parce qu'il n'en a pas eu le temps ! «Le cinéma est un piège, résume Alphonse Boudard. Il a écrit des livres qui n'ont pas marché, puis a vivoté grâce au cinéma avant qu'il lui apporte la reconnaissance mais aussi l'argent.» Et Audiard en avait besoin: cet homme généreux fut victime de ses largesses... et des bassesses du fisc. «Quand on entrait dans son bureau, se souvient André Pousse, il y avait deux piles: les scenarii qu'il travaillait, et ceux qu'il réécrivait. Au noir.» Pour donner un peu de consistance à des textes insignifiants et pour calmer les ardeurs des impôts.


«Hors des cimetières, les jours sont vides»

Reste la légende rimbaldienne à la mode des faubourgs. L'alchimie qui transfigure la tragédie en une écriture sublime le temps d'un livre. Pour Boudard, son dernier roman était «un point final», une oeuvre testamentaire. André Pousse n'est pas loin de partager ce point de vue. L'homme brisé qui a dit ce qu'il avait à dire et préfère se réfugier dans ses souvenirs, vers le parc Montsouris de son enfance. L'Abyssinie d'Audiard: «Hors des cimetières, les jours sont vides», écrivait-il.


Il y a sans doute une part de vrai dans cette légende, mais la vérité est ailleurs. Car cet homme secret, qui parlait peu de ce qu'il écrivait, même à ses proches, se consacrait de plus en plus à la littérature. Il mettait d'ailleurs la dernière main à un manuscrit avant d'être fauché brutalement par la maladie à 65 ans. Juste une question de temps... Lui qui n'était pas homme à cultiver le regret nous en laisse quelques-uns. Mais le p'tit Audiard est de retour. Faites passer...
 
 
Olivier Maison (Marianne, 2 février 1998, disponible sur Marianne2.fr)

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