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25/11/2017

Brexit, Trump, Catalogne... Ils voient des Russes partout !

Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de François-Bernard Huyghe, cueilli sur son blog Huyghe.fr et consacré à l'hystérie occidentale autour des fake news. Spécialiste de la stratégie et de la guerre de l'information et directeur de recherches à l'IRIS, François Bernard Huyghe a publié récemment La désinformation - Les armes du faux (Armand Colin, 2015) et, dernièrement, DAECH : l'arme de la communication dévoilée (VA Press, 2017).

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Brexit, Trump, Catalogne...

Le fake, voilà l’ennemi. La Commission européenne vient de lancer une consultation sur les mesures à prendre « pour offrir aux citoyens les moyens efficaces de trouver des informations fiables et vérifiées » et lutter contre la diffusion des fake news. On ne sait pas encore ce qui en ressortira : un projet de législation (prévoyant, par exemple une obligation pour les plate-formes de faire « diligence » et de retirer rapidement les contenus signalés, (comme pour les contenus djihadistes) ? Un guide de bonnes pratiques ? Dans tous les cas, cette démarche s’inscrit dans une logique qui avait suscité , il y a deux ans, la création d’une East Stratcom Force, chargée au sein du Service Européen d’Action Extérieure de lutter contre la « propagande russe » suivant ainsi le modèle américain (de l’époque Obama, s’entend). Cette logique, c’est celle qui tend à attribuer aux fausses nouvelles diffusées par la Russie le pouvoir de perturber les élections et de menacer la démocratie. On dénonce le pouvoir subversif de Moscou et de ses séides en des termes qui dépassent parfois la rhétorique anticommuniste de guerre froide : les Russes mènent une guerre « hybride » à la vérité, ils cherchent à répandre le chaos en Occident, leurs mensonges intoxiquent les malheureuses populations. Récemment, le Monde titrait sur les trois élections que la désinformation russe aurait ainsi perturbé :
-l’élection de Trump bien sûr (un dossier dont nous traiterons à part) mais également
- le vote sur le Brexit (un responsable du National Cybersecurity Center accusant les Russes d’avoir hacké des sites britanniques et influencé l’opinion à travers 150.000 comptes dédiés sur les réseaux sociaux>
- et même le referendum catalan (Madrid déclarant que Moscou avait bombardé l’opinion de fake news à travers les contenus hispanophones de ses médias internationaux et ainsi encouragé les séparatistes).

L’Otan n’est pas en reste : récemment, le chef de ses forces en Europe, le général Scaparotti, attribuant un lourde responsabilité à la campagne de déstabilisation par l’information que mènerai le Kremlin. Du coup, des humoristes russes en ont profité pour faire un canular à la ministre espagnole de la Défense : se faisant passer pour un ministre letton, ils l’ont un moment persuadée qu’ils avaient les preuves que Puigemont était un agent de Poutine, ce qui est passé comme une lettre à la poste.

Bien entendu, personne ne doute que les médias comme Russia Today ou Spoutnik, n’aient pris positions contre Clinton ou pour le Brexit. Personne ne doute non plus que les réseaux sociaux de l’est ne se soient positionnés contre les élites occidentales dans ces affaires. Si l’on va par là, nul ne croit vraiment qu’Al Jazeera en anglais ait des positions très différentes de celles de l’émir du Qatar. Et au moment du printemps arabe, tout le monde se félicitait que des milliers de jeunes internautes soient intervenus pour soutenir les révoltes et combattre ben Ali. Si influence russe il y a eu, il faudrait qu’elle ait eu une force persuasive très supérieure à celle des médias occidentaux ou des réseaux citoyens.

La vraie question est plutôt dans ce cas de savoir pourquoi les mass-médias, les élites, les experts, les autorités, etc qui, dans leur immense majorité, soutenaient Hillary, le no-Brexit et l’unité nationale espagnole ont si peu convaincu l’opinion que quelques délires, vite démentis, sur Facebook ou Twitter l’aient retournée.

On peut poser la question autrement et se demander pourquoi les milieux dirigeants se convainquent si facilement de la thèse de la subversion russe, ou du moins, en font la cause la plus convaincante, sinon de leur échec, du moins d’un refus populaire de suivre des choix qui leur paraissent évidents. L’idée que des millions de gens ont voté non pas en raison de leurs intérêts économiques et sociaux ou de convictions idéologiques, mais de façon irrationnelle, parce qu’ils ont été bernés par des désinformateurs professionnels mériterait d’être étudiée par les sciences sociales. Dans tous les cas, cette explication - intention perverse et manipulations frappant un public un peu niais-, semble fonctionner parce qu’elle rencontre trois milieux favorables, au moins aux États-Unis d’où part la croisade contre les fakes.

Il y a d’abord celui des médias eux-mêmes et des journalistes professionnels dont on comprend qu’ils éprouvent une certaine méfiance à l’égard des réseaux numériques qui les concurrencent et ne leur offrent plus, pour justifier leur utilité, que la voie du fact-checking. L’appareil et, dans une certaine mesure, l’électorat démocrate, confrontés à une défaite incompréhensible, et irrationnelle à leurs yeux, ont tendance à chercher des coupables, si possible extérieurs et diaboliques. Mais une solide tradition anticommuniste américaine préconise la chasse aux mensonges des subversifs (si les gens étaient rationnels et correctement informés « sur la base des faits » ils ne pourraient que partager nos choix politiques qui sont des évidences et non des idéologies-. Récemment la Freedom House - une de ces institutions typiques de la guerre froide et de la lutte idéologique antisoviétique - a publié son rapport « Freedom of the Net 2017 de l’année attribuant à la désinformation en ligne une responsabilité dans le résultat des élections dans au moins dix-huit pays. Le discours sur la démocratie menacée par des États autoritaires et leurs agents d’influence n’a rien de très neuf mais la montée des paniques l’est. Reste le paradoxe de voir ceux qui célébraient les pouvoirs libérateurs d’Internet s’inquiéter aujourd’hui que chacun puisse y trouver sa version du réel, y compris celle qui contrarie la nôtre.

François-Bernard Huyghe (Huyghe.fr, 20 novembre 2017)

16/11/2017

Le régionalisme, un recours possible pour les peuples européens ?...

Nous reproduisons ci-dessous un point de vue d'Eric Werner, cueilli dans le n°102 d'Antipresse, lettre d'information de Slobodan Despot, dont la nouvelle formule sera disponible en début d'année 2018. L'auteur s'interroge sur ce que révèle l'affaire de Catalogne quant à l'état de la démocratie européenne

Auteur d'un essai essentiel, L'avant-guerre civile (L'Age d'Homme, 1998 puis Xénia, 2015), Eric Werner vient de publier dernièrement Un air de guerre (Xénia, 2017).

 

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La Catalogne comme recours

L’affaire catalane est plus que simplement anecdotique. Elle dit ce qu’est aujourd’hui l’Europe, à quoi, de plus en plus, elle ressemble. Elle jette également une lumière crue sur les nouvelles lignes de fracture qui traversent aujourd’hui le continent. Car elles sont nouvelles.

L’ancienne ligne de fracture était celle opposant l’UE dans son ensemble aux différents Etats membres. D’un côté, l’UE s’employant à élargir indéfiniment son champ de compétence, de l’autre l’ensemble des Etats membres résistant tant bien que mal aux pressions de la Commission européenne visant à les déposséder de leur souveraineté. Je dis tant bien que mal, car la Commission européenne ne cessait de pousser ses pions dans tous les domaines, alors que les Etats, de leur côté, ne cessaient de perdre du terrain. Mais ils n’en continuaient pas moins à résister. Jusqu’au moment, il n’y a pas très longtemps, en réalité, où ils ont arrêté de le faire. Car c’est un fait: ils sont aujourd’hui tous acquis à l’idée suivant laquelle la meilleure chose qui pourrait advenir aujourd’hui à l’Europe serait l’érection d’un super-Etat européen. (Les Etats est-européens sont, il est vrai, sur une ligne différente.)

Le souverainisme subsiste encore, peut-être, mais n’est plus aujourd’hui défendu que par des partis-parias situés sur les marges de l’échiquier politique, partis dont les chances d’accéder un jour au pouvoir sont très exactement égales à zéro. Les partis aujourd’hui au pouvoir sont tous acquis au point de vue fédéraliste: point de vue selon lequel les Etats historiques sont appelés à se transformer en simples courroies de transmission du futur super-Etat européen.

En sorte que l’ancienne ligne de fracture entre la Commission européenne et les Etats membres de l’UE n’existe tout simplement plus aujourd’hui. Ils tirent d’ailleurs tous à la même corde. Tous sont pour l’ouverture des marchés, les traités Ceta et Fatca, les délocalisations, les droits de l’homme, l’islam, le multiculturalisme, les quotas, les délits imprescriptibles, etc. On est très au-delà ici d’un simple projet fédéraliste. L’objectif est clairement de remodeler de fond en comble l’ancienne société européenne, afin de l’articuler aux exigences de la globalisation: celle-ci étant comprise comme point d’aboutissement de l’économie concurrentielle. C’est la Commission européenne qui fixe ici la route. Du passé faisons table rase. Les Etats suivent avec plus ou moins d’enthousiasme, mais toute espèce de résistance a aujourd’hui disparu. En revanche d’autres lignes de fracture sont récemment apparues. Et l’on retrouve ici la Catalogne.

Historiquement parlant, l’Union européenne s’est toujours montrée plutôt bien disposée à l’égard du régionalisme. Elle-même n’a pas ménagé ses efforts pour favoriser toutes sortes de développements dans ce domaine. On pense en particulier à la charte européenne sur les langues régionales, mais pas seulement. Il y a aussi les eurorégions, théoriquement crées pour faciliter les relations transfrontalières. On en dénombrerait aujourd’hui 90 [1]. Bien d’autres projets de ce genre ont vu le jour ces dernières décennies, drainant de grandes quantités d'argent (les fameux «fonds communautaires») [2]. L’objectif, en réalité, était de miner l’Etat-nation de l’intérieur afin de le vider progressivement de sa substance et de le transformer ainsi en coquille vide. Il fallait aussi le prendre en tenailles: au-dessus, Bruxelles et son super-Etat en gestation, en-dessous, à l’échelon infraétatique, les régions avides d’autonomie, certaines, même, d’indépendance. La Catalogne, par exemple.

En choisissant de se rendre à Bruxelles après sa récente destitution par le pouvoir central espagnol, le président catalan pensait peut-être que l’Union européenne le soutiendrait dans son bras-de-fer avec Madrid. Comme on le sait, cet espoir s’est révélé vain. L’Union européenne a fait savoir au président catalan que sa présence à Bruxelles «n’était pas la bienvenue». Les portes du Parlement européen lui sont restées fermées. Les deux cents maires catalans qui ont débarqué quelques jours plus tard à Bruxelles pour lui apporter leur soutien ont été traités avec le même mépris. C’est normal. Le régionalisme a pu, à un moment donné, servir d’instrument à la technostructure européenne dans sa lutte contre les anciens Etats-nations. Mais comme l’affaire catalane le montre justement, cette lutte appartient aujourd’hui au passé.

La ligne de fracture s’est dès lors déplacée. Elle ne passe plus aujourd’hui entre Bruxelles et les Etats-nations, mais entre Bruxelles et les Etats-nations d’une part et les populations elles-mêmes de l’autre. Celles-ci sont désormais en première ligne. Les gens hésitent, tâtonnent, se battent avec les moyens du bord. Mais se battent. Se battent, en fait, pour leur propre survie. L’Etat-nation fonctionnait autrefois comme bouclier protecteur. Non seulement il ne remplit plus aujourd’hui ce rôle protecteur, mais il est devenu lui-même une menace pour les populations. Le régionalisme apparaît dès lors comme un recours possible. On le voit en Catalogne, mais aussi en Corse, en Bretagne, en Lombardie, en Flandre, ailleurs encore.

A certains égards, c’est la démocratie qui est en jeu: «La colère, le sentiment de dépossession démocratique qui minent la confiance entre les peuples et leurs gouvernants incitent à imaginer de nouveaux liens démocratiques, plus proches, plus vivants» [3]. Les gouvernants répondent en invoquant l’Etat de droit (qu’eux-mêmes ne respectent guère, pourtant: ils en fournissent des preuves tous les jours). Mais l’Etat de droit est une chose, la démocratie une autre.

Eric Werner (Antipresse, 12 novembre 2017)

Notes

1- Wikipedia, article «Euroregions».

2- Sur l’ensemble de ce dipositif, cf. Pierre Hillard, Minorités et régionalismes dans l’Europe Fédérale des Régions, François-Xavier de Guibert, 2002, en particulier pp. 233-274.

3- Natacha Polony, «Du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes», Le Figaro, 28-29 octobre 2017, p. 15.

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11/10/2017

Catalogne, Front National, Corée... L'actualité vue par Alain de Benoist !

Nous reproduisons ci-dessous un entretien donné par Alain de Benoist à Breizh info et consacré à un tour d'horizon de l'actualité du moment, à commencer par le référendum sur l'indépendance de la Catalogne... Philosophe et essayiste, éditorialiste du magazine Éléments, Alain de Benoist dirige les revues Nouvelle Ecole et Krisis et anime l'émission Les idées à l'endroit sur TV Libertés. Il a récemment publié Le moment populiste (Pierre-Guillaume de Roux, 2017) ainsi qu'un recueil d'articles intitulé Ce que penser veut dire (Rocher, 2017) et une étude sur L'écriture runique et les origines de l'écriture (Yoran, 2017).

 

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Catalogne. Alain de Benoist : « Et si l’on laissait les Catalans décider par eux-mêmes ? »

Breizh-info.com : Quel est votre point de vue sur le référendum en Catalogne ? Le pouvoir espagnol n’a-t-il pas fait une énorme erreur en refusant l’organisation d’une consultation qui aurait pu tourner en sa faveur s’il n’y avait pas eu ces violences et cette répression ?

Alain de Benoist : Concernant ce qui se passe actuellement en Catalogne, je vois mes amis attachés à une unité « indivisible » des grandes nations historiques s’opposer à mes amis favorables à l’Europe des régions, les uns et les autres réagissant de façon passionnée. « Jacobinisme » contre « balkanisation » ! Du même coup resurgissent les arguments classiques et les questions habituelles : Les Catalans ont-ils le droit d’être indépendants ? Est-il même de leur intérêt de le devenir ? En ont-ils les moyens ? Pourquoi ne se contentent-ils pas d’une autonomie dont ils ont joui au moins jusqu’en 2010 (et dont les peuples minoritaires de France peuvent seulement rêver) ? Les « sécessionnistes » sont-ils des « patriotes », les « terroristes » des « résistants » ? La crise va-t-elle dégénérer en guerre civile ? Chacun a ses raisons, et ce sont en général de bonnes raisons. Le problème, c’est que ces raisons sont inconciliables.

Je crois, pour commencer, qu’il faudrait sortir un peu de la véhémence et s’obliger à la réflexion.

La réflexion pourrait porter sur l’évolution actuelle de l’État-nation, dont on sait bien qu’il est en crise au moins depuis les années 1930. Quelles sont les raisons de cette crise ? Elle pourrait aussi concerner des cas qu’on met souvent en parallèle, alors que le parallèle ne va pas toujours très loin : le « Québec libre » et l’indépendance du Kosovo, le référendum catalan et le référendum pour la création d’un État kurde, le cas de la Padanie, le sort des Bretons, des Corses, des Flamands, des Basques, des Écossais et des Gallois, des Kabyles et des habitants des îles Feroë, des Tibétains et des Inuits, pour ne rien dire des minorités d’Europe centrale et orientale.

On pourrait encore évoquer la guerre de Sécession, la dislocation de la Yougoslavie, le vote qui a permis à la Crimée de réintégrer la Russie, et aussi les conditions dans lesquelles les départements français d’Algérie ont cessé de l’être. Tous ces cas ont quelque chose de commun, mais on voit bien aussi qu’ils sont tous différents.

On pourrait enfin s’interroger sur le sens que peut encore avoir le mot d’« indépendance » à l’époque de la globalisation. Un « grand » pays comme la France a déjà perdu son indépendance dans bien des domaines. Comment un « petit » État pourrait-il s’en sortir mieux ?

Personnellement, je suis par ailleurs assez gêné par la dimension économique sous-jacente à certaines formes d’indépendantisme : les régions riches veulent souvent faire sécession parce qu’elles se refusent à continuer d’« assister » les régions pauvres (de la Sicile à l’Andalousie). N’oublions pas que la Catalogne représente à elle seule 20 % du PIB espagnol. Il y a là un réflexe égoïste que je condamne totalement, car il est foncièrement impolitique.

Cela étant dit, il est clair qu’il existe une identité catalane spécifique et qu’un nombre très important de Catalans, sans doute une majorité, aspirent aujourd’hui à l’indépendance. Il est tout aussi évident que l’indépendantisme catalan sort pour l’instant renforcé de l’épreuve de force, tandis qu’en en faisant trop ou trop peu le triste Mariano Rajoy, à qui Emmanuel Macron a cru bon d’apporter son soutien, sort discrédité d’une crise dans laquelle il n’a fait la preuve que de sa maladresse, de son indécision et de sa médiocrité. Le 1er octobre, le quotidien El País disait ironiquement que Rajoy mériterait de recevoir la Croix de Saint Jordi (la plus haute décoration catalane), car nul n’a plus fait que lui pour convertir les Catalans à l’indépendantisme…

Rejeter les résultats du référendum au motif qu’il était « illégal » est une grave erreur. Dans ce genre d’affaires, ce n’est pas la légalité qui compte, mais la légitimité (celle-ci pouvant évidemment s’apprécier de divers points de vue). Les Sudistes s’étaient fort peu soucié de légalité quand ils décidèrent de faire sécession de l’Union, et les héros irlandais de Pâques 1916 n’ont pas eu besoin non plus d’autorisation légale pour prendre les armes. Mais on pourrait dire la même chose de l’immense majorité des grands événements qui dans le passé ont décidé du sort des peuples. Dans le cas de la « situation d’exception », au sens schmittien du terme, la légalité n’indique strictement rien.

La légitimité est liée à la souveraineté populaire qui, lorsqu’elle s’en distingue, prime à mon avis sur la souveraineté nationale. C’est le peuple, en tant que force constituante, qui est la source de la légitimité. Or, il y a un peuple catalan, tout comme il y a un peuple écossais, un peuple québécois, un peuple corse, un peuple breton, etc. Pendant des siècles, ce peuple s’est trouvé associé à l’histoire de la nation espagnole, soit qu’il y ait consenti, soit qu’on l’y ait forcé. Aujourd’hui, apparemment, il veut mettre un terme à cette association. Qu’on s’en félicite ou qu’on s’en indigne, cela ne change rien à l’affaire. Il faut en prendre acte. Les orientations actuelles du gouvernement catalan, qui sont à mon avis détestables à bien des égards, n’y changent rien non plus.

Le peuple, à la fois en tant qu’ethnos et en tant que démos, en tant que peuple « en soi » et que peuple « pour soi », en tant que peuple hérité ou que peuple à construire (mais comme les individus, un peuple ne se construit jamais à partir de rien), doit en démocratie être considéré comme souverain. Il doit être libre de décider le plus possible par lui-même et pour lui-même. Dire qu’un peuple n’a pas le droit de décider de sa patrie est une contradiction dans les termes : c’est même la première chose sur laquelle il doit pouvoir décider. On ne maintient pas de force au sein d’un pays dans lequel, à tort ou à raison, il ne se reconnaît plus, un peuple qui veut s’instaurer en État.

Pour répondre à votre question, je ne suis ni hostile ni favorable à l’indépendance de la Catalogne. Je pense que c’est aux Catalans d’en décider.

Breizh-info.com : Parlons un peu de la situation française. Qu’avez-vous pensé du discours « tout neuf » de Marine Le Pen à Poitiers dans lequel elle cite notamment Homère et Charlemagne ? Ce changement de cap n’est-il pas surprenant ?

Alain de Benoist : Prenons d’abord un peu de recul. Nous avons assisté cette année à un séisme qui a entraîné une décomposition totale du paysage politique. Le fait essentiel, à mon avis, est que pour la première fois dans l’histoire de la Ve République, les finalistes du second tour de la présidentielle ne se reconnaissaient ni l’un ni l’autre dans le clivage gauche-droite. Les deux partis qui étaient les vecteurs majeurs de ce clivage, ont pris une raclée historique : le PS est à l’agonie, les Républicains sont en ruines (vous aurez aussi remarqué qu’il y a un mot qui ne sort plus de la bouche de Jean-Luc Mélenchon : c’est le mot « gauche »). On assiste ainsi à l’accélération du processus que j’avais anticipé dans mon livre intitulé Le moment populiste. Droite/gauche, c’est fini ! (Pierre-Guillaume de Roux, 2017). Un système politique s’est effacé, un autre système est à naître. La recomposition va prendre plusieurs années.

Le FN n’échappera pas à cette recomposition. En se séparant de Florian Philippot, qui cristallisait sur son nom toutes sortes de critiques (portant sur son caractère peut-être plus encore que sur ses idées), Marine Le Pen a perdu à la fois son bras droit et son paratonnerre. J’étais pour ma part totalement hostile au jacobinisme, au laïcisme et à l’hostilité de principe à l’Europe de Philippot. J’approuvais en revanche son positionnement politique, et si j’avais eu un reproche à lui faire dans le domaine économique et social, ç’aurait plutôt été de le trouver beaucoup trop timide en matière de lutte contre le capitalisme !

On ne change pas de cap en citant des noms de célébrités et, malgré leurs immenses mérites, ni Homère ni Charlemagne ne vont nous dire quel système social et politique il faut instaurer ! Pour le dire autrement, je ne crois guère à une modification en profondeur de la « ligne » du Front national.

On assistera surtout à des inflexions cosmétiques (on parlera moins de l’euro et plus de l’immigration). Cela dit, le vrai problème du Front national ne tient sans doute pas à une question de personnes ni à une question de programme. Il tient plutôt au fait qu’il apparaît déjà lui aussi comme un « parti d’avant », un parti d’avant la grande transformation en cours. C’est pourquoi je ne suis guère optimiste sur son avenir.

On a tort de raisonner en termes d’appareils politiques à un moment où tout montre que les appareils politiques ne séduisent plus personne. On aurait plutôt besoin d’une clarification doctrinale, mais personne ne semble avoir le désir ni surtout les capacités de l’engager. Ceux qui à droite critiquent Macron, par exemple, ne se cachent pas d’approuver son abominable loi Travail : c’est celle qu’ils auraient aimé voir mise en œuvre par François Fillon. Les médias disent en ce moment que la preuve que la politique fiscale de Macron est de droite, c’est qu’elle « favorise les plus riches ». Si la droite voulait exister, c’est cette équivalence qu’il faudrait commencer par briser. Tant que la droite, ce sera la soupe servie aux riches et aux puissants, ce sera sans moi !

Breizh-info.com : Que vous inspirent les échanges de plus en plus fermes entre la Corée du Nord et les États-Unis ? Quelles sont selon vous les réelles raisons de cette escalade ?

Alain de Benoist : L’escalade en question s’est surtout traduite, jusqu’à présent, par des déclarations incandescentes, des mouvements de troupes, des gesticulations, des rodomontades et des insultes. On oublie du même coup qu’en cherchant à se doter d’un armement nucléaire, la Corée du Nord – pays pour lequel je n’ai bien entendu aucune sympathie particulière – ne fait jamais rien d’autre que ce que les États-Unis, la Russie, la France, Israël et bien d’autres pays ont fait avant elle. Pourquoi seuls certains pays en auraient-ils le droit ?

Ceux qui parlent des « menaces nord-coréennes » (mais jamais des menaces étatsuniennes) oublient aussi que l’arme atomique est avant tout une arme de dissuasion. Pour Kim Jong-un, une telle arme n’est rien d’autre qu’une façon de se prémunir contre une intervention extérieure dirigée contre lui. On comprend que cela gêne ceux qui aimeraient l’éliminer, comme ils ont éliminé Saddam Hussein ou Kadhafi. Un pays doté d’un armement nucléaire n’attaquera jamais un pays qui en possède lui-même, car il sait que son offensive serait immédiatement suivie d’une riposte qui le vitrifierait à son tour. Dans chaque région du monde, ce n’est en fait pas tant la prolifération nucléaire qui est dangereuse, mais le monopole. C’est pourquoi la meilleure manière de rendre inoffensive l’arme nucléaire nord-coréenne serait sans doute d’aider la Corée du Sud et le Japon à l’acquérir aussi !

Trump et Kim Jong-un sont peut-être cinglés, mais ils ne sont pas fous (du moins on l’espère). Pour rester dans le style bouffon, on pourrait leur suggérer de faire s’affronter leurs coiffeurs respectifs !

Breizh-info.com : En ce mois d’octobre, quels sont les livres qui, depuis la rentrée littéraire et politique de septembre, vous ont tapé dans l’œil ?

Alain de Benoist : D’une façon générale, je n’aime pas trop le tape-à-l’œil ! Je conseille la réédition, chez Pierre-Guillaume de Roux, du Romantisme fasciste de Paul Sérant, enrichie d’une excellente préface d’Olivier Dard, et du Terre et Mer de Carl Schmitt, que j’ai préfacé moi-même.

Sur le plan littéraire, Le cénotaphe de Newton, de Dominique Pagnier (Gallimard), et L’homme surnuméraire, de Patrice Jean (Rue Fromentin), sont deux romans superbes. Pour le reste, à part les polars, je ne lis en ce moment que des traités de théologie sur le péché originel, pour un travail en cours.

Alain de Benoist, propos recueillis par Yann Vallerie (Breizh info, 7 octobre 2017)

24/09/2014

Ecosse, Catalogne, Corse, Pays basque : même combat ?...

Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Jean-Paul Brighelli, cueilli sur son blog Bonnet d'âne et consacré à la poussée des régionalismes identitaires. Une analyse intéressante (et étonnante de la part de son auteur) sur un sujet profondément ambivalent...

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Ecosse, Catalogne, Corse, Pays basque : même combat !

Les Ecossais ont donc majoritairement voté No au référendum sur l’indépendance : le contraire aurait été surprenant, vu le matraquage opéré non seulement par les Anglais, soudain inquiets de perdre le contrôle de la poule aux œufs d’or, mais globalement par le monde entier, soucieux de ne pas encourager un si vilain exemple. Pour l’Europe, particulièrement, malgré le pseudo-exemple allemand, qui serait à la source des recompositions de régions voulues par François Hollande, le type qui n’a jamais fait de géographie, et qui semble croire que le Bordelais lorgne sur le Limousin, l’Auvergne sur Rhône-Alpes et la Corse — ben la Corse, on n’y touche pas, on sait trop bien ce qui arrive aux bâtiments publics quand on les contrarie. Et puis pour l’économie mondialisée, ces histoires de région, cela sonne un peu archaïque. Dans l’optique des Nouveaux Maîtres — Alibaba et Goldmann-Sachs réunis —, la planisphère s’article autour de la Chine industrielle (production) en une très vaste périphérie regroupant le reste du monde (consommateurs). Bref, l’Empire du Milieu mérite à nouveau son nom.
« À titre personnel, oui, je suis heureuse, parce qu’on n’aime jamais voir les nations qui constituent l’Europe se déliter… », a dit Najat Vallaud-Belkacem sur les ondes de France-Info, en ouverture de son interview du 19 septembre. Ma foi, elle a presque touché du doigt l’essentiel de cette élection ratée — mais une occasion manquée ne peut manquer d’amener une nouvelle occasion plus réussie — en Catalogne par exemple. L’essentiel, c’est que les Etats sont morts, dans le Grand Projet Mondialisé. Le pur jacobin que je suis s’en émeut, mais il constate : « l’Etat, c’est moi », disait Louis XIV — et l’Etat, désormais, c’est Hollande. On mesure la déperdition de sens. Le soleil s’est couché.

Dans un livre qui vient de paraître (la France périphérique — Comment on a sacrifié les classes populaires, Flammarion), le géographe Christophe Guilluy montre fort bien que la France est désormais une galaxie de malaises additionnés tournant autour des « villes mondialisées » que sont Paris et deux ou trois autres centres urbains. Ce qui, explique-t-il, entraîne des réactions, frictions, émeutes et vote FN dans des endroits fort éloignés des bastions historiques du lepénisme. Les cartes de la désindustrialisation et de la montée des extrêmes se superposent exactement. Et après les Bonnets rouges, précise-t-il, on peut s’attendre à d’autres jacqueries — au moment même où je lisais son analyse, les Bretons incendiaient le Centre des impôts de Morlaix. Et la Bretagne, pour tant, est fort éloignée de Hénin-Beaumont ou de Vitrolles. Mais voilà : ce sont désormais les périphéries qui flambent.
Eh bien, je vois la tentation indépendantiste de l’Ecosse, de la Catalogne ou du Pays basque comme des réactions périphériques au viol permanent opéré par la mondialisation. Ce ne sont pas des réactions contre les Etats — il n’y a plus d’Etat —, mais contre les abolisseurs de frontières, les importateurs de saloperies à deux balles, les financiers transnationaux, contre ceux qui trouvent que le McDo est meilleur que le haggis ou le figatelli, contre les appétits qui pompent du pétrole pour assouvir la City, ou qui exploitent Barcelone pour faire vivre Madrid.
En fait, soutenir les régions, aujourd’hui, a un sens exactement à l’opposé de ce qu’il a pu avoir en 1940-1944 — il faut être bête comme Askolovitch pour croire qu’exalter le vrai camembert normand est une manœuvre pétainiste. Soutenir les régions, c’est combattre l’uniformisation voulue par les oligarques du gouvernement mondial, et, plus près de nous, les valets de l’ultra-libéralisme qui ont fait de l’Europe le champ de manœuvres de leurs intérêts — les leurs, pas les nôtres.

Jean-Paul Brighelli (Bonnet d'âne, 22 septembre 2014)

29/01/2014

L'Espagne au bord de l'éclatement ?...

Vous pouvez découvrir ci-dessous un point de vue de Jean-Michel Quatrepoint, cueilli sur Xerfi Canal et consacré à la situation politique et économique de notre voisin espagnol.

 

28/11/2012

Autonomie ou indépendance ?...

"L’autonomie, il faut le souligner, est quelque chose de tout à fait différent de l’indépendance. L’autonomie n’est pas plus une indépendance « inachevée » que l’indépendance n’est le point d’aboutissement logique de la marche vers l’autonomie. L’indépendance suppose la capacité d’un individu ou d’une collectivité, d’un « je » ou d’un « nous », à vivre de manière totalement autosuffisante, sans rien devoir aux autres. C’est ici que l’on retrouve l’idéal libéral de l’individu « séparé ». L’autonomie, au contraire, organise le rapport aux autres d’une manière plus souple, plus organique. On pourrait dire qu’elle n’appelle pas l’indépendance, mais plutôt l’interdépendance." Alain de Benoist (2003)

 

Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Javier R. Portella, cueilli sur Polémia et consacré aux élections en Catalalogne, qui pourraient déboucher à terme sur un référendum sur l'indépendance de cette région. Javier R. Portella, qui est l'auteur de l'essai intitulé Les esclaves heureux de la liberté (David Reinharc, 2012), nous rappelle que la solutions des problèmes de l'Europe ne passe sans doute pas par la multiplication des micro-nationalismes mais plutôt par la capacité des Européens à construire une identité forte articulée sur trois niveaux de réalité : celui des patries charnelles, celui des états-nations et celui de la civilisation commune...

 

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La sécession en Catalogne ou les maux du nationalisme chauvin

J’écris ces lignes le soir même du dimanche 25 novembre, jour des élections en Catalogne qui étaient censées produire un raz-de-marée sécessionniste en faveur de l’indépendance vis-à-vis de l’Espagne. Le raz-de-marée ne s’est pourtant pas produit, les électeurs s’étant bornés à préférer « l’original », Esquerra Republicana, le parti le plus radicalement sécessionniste, qui est passé de 10 à 21 sièges, à « la copie », le CiU, parti qui avait convoqué les élections, qui est tombé de 62 à 50 sièges. Bref, un simple transfert de voix au sein des sécessionnistes qui, ensemble, représentent toujours 64% des électeurs, face à 36% pour les forces non séparatistes.

Le désastre du nationalisme chauvin

Mais oublions la petite cuisine électorale. Essayons de cerner les questions qui vraiment importent. Que se passe-t-il, que se joue-t-il en Catalogne (et il faudrait ajouter : et dans le Pays basque) ? La question est d’autant plus importante que la mouvance identitaire (du moins en France), portée sans doute par le rejet on ne peut plus légitime du jacobinisme, fait preuve souvent d’une grande incompréhension du phénomène national en Espagne, en même temps qu’elle manifeste des sympathies à l’égard de forces dont la victoire nous mènerait tout simplement à la catastrophe : au désastre du nationalisme chauvin que l’Europe a déjà suffisamment souffert jadis dans ses chairs.

Ne nous trompons pas. L’enjeu, aujourd’hui en Catalogne (il faudrait préciser : en Catalogne espagnole, car il y a aussi une Catalogne française), ce n’est nullement la défense d’un petit peuple à la langue, à la culture, à l’identité et aux droits politiques brimés par l’oppression d’un autre peuple ou d’un quelconque pouvoir central. Si brimades il y a eu, elles ont plus que disparu depuis plus de trente ans, l’Espagne s’étant constituée en fait dans une sorte d’Etat fédéral dont les parties constitutives, appelées « Communautés autonomes », jouissent même de plus de droits que bien des Etats fédéraux.

Le catalan, l’anglais et l’espagnol

Soyons clairs. Si une langue, une culture, une histoire est aujourd’hui brimée et vilipendée en Catalogne, cette langue, cette culture, cette histoire n’est nullement celle de la Catalogne : c’est celle de l’Espagne, dont la langue – un exemple parmi mille – tient dans l’enseignement une place plus réduite que celle accordée à l’anglais. La fin du discours que pour clôturer la campagne électorale Artur Mas, président de la Catalogne, a prononcé en… anglais en constitue d’ailleurs la preuve éclatante et symbolique. Puisque le catalan est une langue minoritaire, était-il signifié, et puisqu’il nous faut bien une langue universelle dans ce monde heureusement globalisé que nous aimons tellement… alors, que cette langue soit donc l’anglais plutôt que l’espagnol que nous exécrons mais dont nous ne savons pas quoi faire pour nous en passer !

La négation d’un passé millénaire

C’est là toute la question. Lorsque la haine nationale, ou, si l’on préfère un mot moins fort, lorsque l’animadversion chauvine déverse son fiel dans le cœur d’un peuple (comme elle le déversa jadis dans le cœur, par exemple, des Français et des Allemands), toutes les autres questions deviennent parfaitement secondaires. Posons celle qui est sans doute la plus importante : Faut-il en finir avec « l’Etat-nation » pour créer, au sein de l’Europe, un autre modèle d’organisation politique de nos peuples ? Sans doute. C’est même tout à fait légitime de le revendiquer ou, tout au moins, de poser la question. Or, toute revendication devient illégitime, toute question devient là-dessus nulle et non avenue dès lors que le mouvement premier qui porte un tel élan consiste dans la négation de l’Autre : dans la négation, en l’occurrence, d’un passé millénaire où la langue, les institutions, la culture, l’être même de la Catalogne ont été indissociables – avec autant de particularités que l’on voudra – de la langue, des institutions, de la culture, de l’être même de l’Espagne.

La vraie question de l’identité collective de nos peuples

Il faut, certes, poser et défendre, face à l’individualisme qui nous accable, la question de l’identité collective de nos peuples. C’est là, il faut bien le reconnaître (*), le grand (et seul) mérite des mouvements nationalistes catalan et basque (tout le problème est qu’ils prétendent que leur identité est une, alors qu’elle est double !). Le phénomène est d’autant plus paradoxal que, face à ce grand élan identitaire, il s’étale, dans le reste de l’Espagne, une sorte de néant d’identité où l’individualisme le plus forcené, ayant écarté toute mémoire, tout enracinement, toute tradition, a gagné la partie.

Il faut poser, disais-je, la question de l’identité collective de nos peuples. Mais il est absurde (outre ce qui vient d’être dit) de poser une telle question dans les termes de ces nationalistes catalans (et basques) qui, tout en ayant constamment le mot « identité » à la bouche, s’empressent d’accueillir, les bras grands ouverts, les masses extra-européennes dont l’immigration de peuplement met en danger notre identité à nous tous, à commencer par la leur.

Javier R. Portella (Polémia, 25 novembre 2012)

(*) Je l’ai explicitement reconnu et développé, par exemple, dans mon livre España no es una cáscara [L’Espagne n’est pas une coquille], Áltera, Barcelone, 2000.